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Aller aux pruneaux

Delvau, 1866 : Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

France, 1907 : Farce que l’on fait, dans les hôpitaux militaires, aux nouveaux venus naïfs et qui consiste à aller dans une salle voisine demander son dessert à tel ou tel malade qu’on dit chargé de la distribution.

Avoir rôti le balai

Delvau, 1864 : Avoir eu de nombreux amants, savoir ce que la pine en vaut l’aune, avoir fait une vie de chienne, — par allusion aux sorcières qui chevauchaient le balai pour aller au sabbat et qui le rôtissaient à la chaleur de leur cul.

C’est une fille qui a rôti le balai.

(Lemercier)

Balai

d’Hautel, 1808 : Faire le balai neuf. Cette façon de parler n’est guères usitée qu’en parlant d’un domestique qui en entrant dans une nouvelle condition, fait tous ses efforts, les premiers jours, pour contenter son maître.
On dit par menace à un subordonné contre lequel on est en colère, que s’Il ne se retire, on lui donnera du manche à balai sur les épaules.
Il a rôti le balai.
Locution équivoque pour faire entendre qu’un homme a passé sa jeunesse dans la dissipation et la débauche.
Rôtir le balai. Signifie aussi mener une vie obscure et indigente.

Larchey, 1865 : Gendarme (Vidocq). — On appelle de même raclette une ronde de police ; elle racle les gens que la gendarmerie balaie.

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des petits marchands ambulants.

Rigaud, 1881 : Dernier omnibus qui rentre au dépôt, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. Ils appellent l’avant-dernière voiture : le manche.

Rigaud, 1881 : Gendarme, agent de police, — dans le jargon des camelots et des marchands ambulants.

La Rue, 1894 : Gendarme.

France, 1907 : Agent de police. Ils balayent en effet la chaussée des petits marchands ambulants et des groupes qui gênent la circulation. Donner du balai, mettre quelqu’un à la porte. « Le général Boulanger était considéré comme le balai qui devait débarrasser la France de la bande des tripoteurs opportunistes. »

Balai de l’estomac

Rigaud, 1881 : Épinard.

France, 1907 : Les épinards, dans l’argot du peuple.

Balai de l’estomac (le)

Delvau, 1866 : Les épinards, — dans l’argot du peuple, qui connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la Spinacia oleracea.

Balai neuf (faire)

Rigaud, 1881 : Être rempli de zèle ; bien faire son service ; contenter ses maîtres les premiers jours, — en parlant d’un nouveau domestique.

Balais

Vidocq, 1837 : s. m. — Gendarme. Terme des camelots ou marchands ambulans.

Balayer ses enfants

Delvau, 1864 : Enlever avec un balai ou avec un torchon les gouttes de sperme qu’on a laissées tomber sur le parquet en se branlant ou en baisant une femme sur une chaise.

Balayeuse

Rigaud, 1881 : Femme qui porte une longue jupe de robe dont elle balaie le pavé. On les a aussi appelées : « La joie des balayeurs. »

Rigaud, 1881 : Jupe à traîne dont la mode a suivi celle des crinolines. Fausse jupe garnie de dentelles et cousue après la robe, mode de 1876-1879.

France, 1907 : Longue queue de robe qui ramasse tous les crachats du trottoir.
L’intelligente personne qui traîne ce balai est également appelée balayeuse.

Barbouilleur

d’Hautel, 1808 : C’est un barbouilleur. Se dit d’un mauvais écrivain, d’un homme qui parle, d’une manière inintelligible ; d’un croûton ; d’un peintre au balai.

Bâton de maréchal

Merlin, 1888 : Manche à balai.

Blaireau

Larchey, 1865 : Conscrit.

Moi, j’ai carotté un blaireau…

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des vieux troupiers.

Delvau, 1866 : s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu’il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.

Rigaud, 1881 : Balai, — dans le jargon du régiment. Être de garde au blaireau, être de corvée au balayage.

Rigaud, 1881 : Conscrit. — C’est-à-dire préposé au blaireau « balai », parce que les nouveaux venus au régiment ont plus que les autres droit aux honneurs du balayage.

Merlin, 1888 : Conscrit.

France, 1907 : Se dit à la fois du balai et du conscrit, sans doute parce que le conscrit maladroit est souvent commandé de corvée pour le maniement du blaireau.

Bouleau

d’Hautel, 1808 : Un balai de bouleau. Et non bouilleau, comme on a coutume de le dire.

Virmaître, 1894 : Travail. Ce mot a pris naissance chez les sculpteurs sur bois, parce que tout morceau de bois à travailler est un bouleau. Cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers qui disent :
— Je cherche du bouleau (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Travail. Un ouvrier qui n’a pas de travail n’a pas de bouleau.

Chambarder

Delvau, 1866 : v. a. Secouer sans précaution ; renverser ; briser, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Fustier, 1889 : Faire du bruit, du chambard.

Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l’École (Polytechnique), comme vous en avez l’habitude…

(XIXe siècle, 1881)

On dit familièrement en Bretagne chambarder pour : remuer, bousculer quelqu’un ou quelque chose. (V. Delvau : Chambarder.).

Virmaître, 1894 : Tout casser, tout démolir, bouleverser une maison de fond en comble, renouveler son personnel. Mot à mot : faire balai neuf (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeter.

Dans un moment de colère, j’ai chambardé par la fenêtre tout ce qu’il y avait dans les meubles.

France, 1907 : Tout casser. Se défaire à vil prix de son mobilier où de ses hardes.

Louise Michel était bouclée dans la prison de Vienne, quand les gaffes viennent lui annoncer, la gueule en cul de poule, que Constans ayant pitié d’elle on allait la foutre en liberté.
Bien plus, nom de dieu ! on disait tout bas que c’était elle qui avait réclamé sa grâce.
Sous un coup pareil, Louise a bondi ! Sortir seule de prison et y laisser moisir une cinquantaine de bons copains ? — Non, non, elle ne sortirait pas !
Foutue en rage, elle s’est mise à tout chambarder !

(Le Père Peinard)

Crevé (petit)

France, 1907 : Petit jeune homme dont la principale occupation est le souci de sa personne. Jeune fainéant que balaiera du trottoir la prochaine révolution sociale. On dit aussi simplement : crevé.

Peut-être apprendrons-nous aussi que les dames de la cour et les crevés du macadam ont dansé, comme à l’exécution des quatre sergents de la Rochelle, autour de quelques pieds carrés où seront couchés les cadavres encore chauds de Ferré ou de Rossel.

(Camille Barrère, Qui-vive !)

Hier, sur les boulevards, un corbillard vide passe à toute vitesse.
Un jeune gommeux, frais et rose, qui traversait la chaussée, est presque renversé par la voiture noire.
— Dites donc, cocher, vous ne pourriez pas faire attention, vous avez failli m’écraser, j’ai pas encore envie d’aller dans votre voiture.
— Hé ! va donc, sale crevé, j’en ai porté au cimetière qui avaient encore meilleure mine que toi.

(Ange Pitou)

I’s sont comm’ ça des tas d’crevés,
Des outils, des fiott’s, des jacquettes,
Des mal foutus, des énervés
Montés su’ des flût’ en cliquettes…

(Aristide Bruant)

Déballage

Delvau, 1864 : Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.

Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. m. Déshabillé de l’homme ou de la femme, — dans l’argot des faubouriens. Être volé au déballage. S’apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu’on s’était imaginée idéalement belle, d’après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n’a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

Rigaud, 1881 : Linge de femme.

Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.

(É. Zola)

Rigaud, 1881 : Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.

Virmaître, 1894 : Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sortir du lit.

C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.

France, 1907 : Déshabillé. Être volé au déballage, s’apercevoir, en couchant avec une femme, que les charmes qui vous ont séduit sont des appas postiches. Plus le déballage cause de déceptions, dit un philosophe, plus c’est flatteur pour la couturière. Gagner au déballage : le triomphe des fausses maigres.

Le long de la plage,
Comme au déballage,
C’est un étalage
De gens mal bâtis ;
Maillots uniformes,
Où des corps difformes
Exhibent leurs formes
Et leurs abatis.

(L. Xanrof)

Donner du balai

Delvau, 1866 : Chasser quelqu’un, remercier un employé, congédier un domestique, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Renvoyer, chasser.

Il y a longtemps que la grosse maman leur a donné du balai, en leur disant : « Filez, salopes ! » Elles ne se le sont pas fait répéter, car elle leur menait la vie dure. Des filles de son mari… tu penses si elle rageait de les voir pousser et lui faire concurrence !

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Emmanché

Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent d’empoté, de maladroit, — dans le jargon du peuple. Il ne bouge pas plus qu’une lame emmanchée. C’est un emmanché. — Espèce d’emmanché, remue-toi donc !

Virmaître, 1894 : Individu qui se tient raide comme un pieu. Dans le peuple, on dit qu’il à un manche à balai de cassé quelque part. On emmanche une affaire. Emmanché se dit aussi dans une autre sens.
— J’ai emmanché la gosse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu qu’un autre prend pour un balai.

France, 1907 : Garçon lent, lourd, maladroit.

Faire balai neuf

Delvau, 1866 : v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se soutenir, — dans le même argot [du peuple].

Boutmy, 1883 : v. Changer de conduite… quand celle qu’on a laisse à désirer. Il est rare que le balai neuf soit bien solide.

Faubert

Rigaud, 1881 : Épaulette, — dans le jargon des soldats d’infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.

France, 1907 : Épaulette, dans l’argot des matelots. Allusion au faubert, balai fait avec du fil de caret qui, en se détordant par le bout, forme une étoupe avec laquelle on éponge le pont des navires.

Godiche

Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.

France, 1907 : Niais, nigaud, benêt. Corruption de Claude.

Un jour, elle était revenue au Culot, en robe de velours, des bagues à tous les doigts, si joliment astiquée que le village entier avait processionné devant les fenêtres pour la voir ; même le vieux et la vallée, interloqués par ses airs de grande dame, n’avaient su quoi lui offrir à manger. C’est ça qui s’appelait avoir de la chance ! Elle aurait pu en faire autant si elle avait été moins godiche.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

— Si, au lieu d’avoir fait de mes deux grandes, de mon Adèle comme de ma Victoire, ce que j’en ai fait, de leur avoir mis à toutes les deux le balai et l’aiguille à la main, j’avais été assez godiche pour leur faire étudier un tas de belles choses comme celles qu’on a enseignées aux princesses d’ici, de la pédagogie qu’elles appellent ça, de la géométrie… de l’anatomie, de la… mythologie, je ne sais plus quoi ! je les aurais encore sur les bras.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

— Si tu crois que c’est amusant d’être là comme une godiche de jeune fille… et de se heurter la cervelle à un tas d’affaires qu’on devine à moitié… et auxquelles on n’ose pas croire tout de même… parce que c’est tellement fort ! tellement fort ! Alors, dans ces moments-là, on pense à ses amies qui sont mariées… on va les trouver ; on les interroge tout doucement, gentiment, comme je le fais… et puis elles, qui savent à présent tout ce qu’on peut savoir et qui en font de toutes les couleurs… puisque ça leur est permis !…

(Henri Lavedan)

…Nous nous sommes regardés profondément… un de ces regards qui déshabillent le corps et fouillent l’âme… Puis, dans ses yeux, un sourire ineffable, car elle s’apercevait que, douze ans après, je la trouvais toujours belle et désirable… Puis, tout à coup, elle devint distraite… Et, à la vue d’un tout jeune homme, à l’air à la fois malin et godiche, qui l’accompagnait, j’ai compris qu’il n’était plus temps de réparer une erreur de ma jeunesse.

(Paul Alexis)

Comme autrefois, l’amour, cachant ses ailes,
Sur son blason met deux cœurs enflammés ;
Comme autrefois, les femmes sont fidèles,
Comme autrefois, les maris sont aimés.
Les amoureux seront toujours godiches ;
Les innocents seront toujours dupés ;
Les daims courront toujours après les biches,
Mais ce sont eux qui seront attrapés.

(La Toile ou mes quat’ sous, Revue de 1859)

Grenouille

d’Hautel, 1808 : C’est un bon enfant, il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit ironiquement pour exprimer qu’un homme est simple et très-borné ; qu’il n’entend malice en rien.
Grenouille. Apostrophe injurieuse que l’on adresse à une femme perdue de mœurs et de réputation.

Larchey, 1865 : Caisse, trésor.

Il tenait la grenouille.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. f. Femme, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.

Delvau, 1866 : s. f. Prêt de la compagnie, — dans l’argot des troupiers. Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie. S’emploie aussi, dans l’argot du peuple, pour signifier : Dépenser l’argent d’une société, en dissiper la caisse.

Rigaud, 1881 : Femme stupide et bavarde, — dans le jargon du peuple.

Des propres à rien Qui ne savent faire que courir la grenouille.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Rigaud, 1881 : Somme d’argent d’une certaine importance. — Manger la grenouille, dépenser l’argent confié, soustraire un dépôt d’argent. On a tant mangé de grenouilles, il y a tant eu de mangeurs de grenouilles depuis une vingtaine d’années, que l’expression, toute militaire, d’abord, s’est généralisée. Elle s’applique à tous ceux qui s’approprient un dépôt, et principalement aux caissiers infidèles.

La Rue, 1894 : La caisse. Prostituée vulgaire, coureuse de bals publics. Grenouillage, vol de caissier. Manger la grenouille, voler la caisse.

Virmaître, 1894 : Femme de rien (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Caisse. Manger la grenouille, voler la caisse.

France, 1907 : Fille à soldats. Elle est très souvent atteinte de la maladie diagnostiquée par Alphonse Allais : crapulite vadrouilliforme et pochardoïde. On l’appelle aussi, dans le langage du troupier, limace, bonne de quartier, balai de caserne, paillasse de corps de garde.

Guerluchon

France, 1907 : Amant de cœur d’une femme galante. C’est à tort que quelques écrivains, entre autres Henry Bauer, emploient cette expression au lieu de greluchon. Voir ce mot.

Le guerluchon n’appartient pas toujours à la dernière classe de la société ; ce n’est pas toujours un cocher ou un palefrenier, c’est parfois même un homme du meilleur monde, aux grandes manières, à l’allure pleine de distinction ; seulement ce qui l’auréole aux yeux de la dame, c’est son absence complète de fonds : c’est un pique-assiette mondain, qui va piquer jusque dans… l’assiette de l’amour, aux frais des autres ; en un mot, il ne casque pas ! Ce guerluchon-là finit souvent par un mariage d’amour avec une rôtisseuse de balais hors d’âge.

(Jules Davray, L’Armée du Vice)

Guignolant

Larchey, 1865 : Malheureux.

Ce n’est t’y pas guignolant, Rien qu’en balais Je me ruine en frais.

(Ch. Voizo, Chanson)

Vient de Guignon.

Indicateur

Rigaud, 1881 : Espion, mouchard ; terme technique de la préfecture de police.

La compagnie des allumettes emploie un certain nombre d’individus à surveiller les concurrents de son privilège ; elle a des indicateurs, etc.

(Petit journal, du 2 août 1877)

France, 1907 : Individu qui donne des renseignements à la police.

Il y a deux genres d’indicateurs : les indicateurs sur place, tels que les marchands de chaînes de sûreté et les marchands d’aiguilles, bimbelotiers d’occasion, faux aveugles, etc., et les indicateurs errants : marchands de balais, faux infirmes, musiciens ambulants… Il y avait, sous l’empire, des indicateurs jusque dans le haut commerce parisien.

(Mémoires de M. Claude)

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Lancier du préfet

Delvau, 1866 : s. m. Balayeur, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Balayeur. Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

France, 1907 : Balayeur des rues.

Après la cérémonie bondieusarde, au lieu d’aller prendre les instruments qui leur ont fait donner le surnom de lanciers du préfet et de se mettre à faire la toilette de la voie, les insatiables cantonniers allèrent continuer la fête religieuse au siège de leur société, sans négliger toutefois d’y mélanger quelques distraction profanes.
À chaque signe de croix, il paraît que l’on buvait un coup.

(L. Sourdillon)

Dans l’argot de l’École de cavalerie, le lancier du préfet est le commissionnaire.

Les maîtres d’hôtel défilèrent d’abord. Puis les cafetiers, les loueurs de voitures, les bijoutiers, les libraires, les artistes capillaires ; enfin la noble corporation des commissionnaires et que nous appelions les lanciers du préfet. Ce sont eux qui portent les billets doux à ces dames, et vous donnent toutes les indications nécessaires ; de plus, ils sont électeurs.

(Théo-Critt, Nos Farces à Saumur)

Lésée

Fustier, 1889 : Femme.

La frangine ! Je n’y ai seulement pas parlé ! Elle ferait bien mieux de s’occuper de ses lésées (femmes) !

(A. Humbert, Mon bagne)

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme ou fille publique. Elle est, en effet, lésée par son souteneur.

Devant l’Élysée-Montmartre, des voitures stationnaient. Des filles descendaient l’escalier, dans la lumière bleuâtre de l’électricité, rigoleuses, les jupes haut troussées pour montrer leurs dessous… Et, en face, dans l’ombre du large trottoir central, sous les arbres frileux, des types louches, un bout de cigarette éteinte au coin des lèvres, le dos bombé dans le mince veston, les mains aux poches, surveillaient leurs lésées, lancées sur le grand chantier du turbin.

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Si nos doches étaient moins vieilles,
On les ferait plaiser,
Mais les pauv’ loufoques balaient
Les gras de nos lésées.

(Jean Richepin)

Majoritard

France, 1907 : Membre de la majorité de la Chambre. Individu qui se met toujours du côté du nombre, et, quand on tient le balai, du côté du manche.

Le czar Nicolas II, souverain maître de la Russie, vient de reconnaitre dans un ukase « le triste sort de ceux qui, plongés dans la misère, cherchent vainement un asile et un travail » ; ce maître après Dieu pense qu’il est urgent de venir en aide à des malheureux en leur procurant du travail. De telles réflexions devraient faire rougir de honte (s’ils pouvaient rougir !) nos gouvernants, ministres et députés majoritards, trop occupés à entretenir leur graisse pour se préoccuper de ceux qui meurent de faim, faute de trouver de l’ouvrage.

(Alphonse Argence, Le Monde nouveau, octobre 1895)

Manche

d’Hautel, 1808 : Branler dans le manche. Voyez Branler.
Jeter le manche après la Cognée. Voyez Cognée.
Se moucher sur la manche. Proverbe qui vient de ce qu’autrefois on mettoit un mouchoir sur sa manche pour se moucher.
Se moucher sur sa manche, signifie aussi être novice, sans expérience, d’une grande simplicité.
Ne pas se moucher sur la manche. Être hardi, courageux, entreprenant, n’avoir pas l’air, emprunté dans le monde. Ne pas se laisser faire la loi.
Avoir quelqu’un dans sa manche. Être sûr de ses bons offices ; être en droit d’en disposer à son gré.
Il ne se fait pas tirer la manche. Pour il fait cette chose de bonne volonté, d’une manière gracieuse.
C’est une autre paire de manches. Pour c’est une affaire tout à fait différente.
Avoir la conscience large comme la manche d’un cordelier. Pour n’être ni délicat, ni scrupuleux sur le point d’honneur.
Il en mettroit deux comme celui-ci dans sa manche. Se dit pour abaisser le mérite d’un homme, et élever à ses dépens celui d’une autre personne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Quête. Faire la manche, quêter.

Bras-de-Fer, 1829 : Quête.

Delvau, 1866 : s. f. Partie, — dans l’argot des joueurs. Manche à (sous-entendu : Manche). Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu’il reste à faire la belle.

Delvau, 1866 : s. f. Quête ; aumône, — dans l’argot des saltimbanques. Faire la manche. Quêter, mendier.

Rigaud, 1881 : Partie de cartes, — dans le jargon des joueurs.

Rigaud, 1881 : Patron. Un mot que le journal le Tam-Tam a lancé dans la circulation et qu’il pourrait bien avoir créé. Le mot lui plaît, car il n’y a pas de numéros où il ne se trouve répété plusieurs fois.

Rigaud, 1881 : Quête. — Faire la manche, faire la quête, attraper le public en faisant la quête, — dans le jargon des saltimbanques.

La Rue, 1894 : Partie, au jeu. Mendicité. Quête. La manche, le monde des mendiants. Coup de manche, mendicité à domicile.

Rossignol, 1901 : Maladroit. Il est maladroit comme un manche à bastos.

France, 1907 : E. Blédort, dans ses Chansons de faubourg, donne les diverses significations argotiques de ce mot. En voici quelques extraits :

Un mot souvent déconcertant,
Pour l’exotique qui l’entend,
C’est « manche »,
Avec « une » ou bien avec « un »,
Les deux genr’s ont son sens chacun
Dans « Manche »,
César, escomptant l’avenir,
De certain balai croyait t’nir
Le manche.

Sentant son patron s’amener,
L’arpett’ crie, en cessant d’flâner :
« V’là l’manche ! »
Du maladroit ou du croquant
Gavroche dit en se moquant :
« Quel manche ! »
Quand il a produit son effet,
L’artiste en plein vent vite fait
La manche.

Sans le voir aussi court qu’ils l’ont,
Des gens se croi’nt le bras plus long
Qu’la manche.

Si, chez vous, un sang français bout
Et qu’un’ main franche soit au bout
D’vot’ manche,
Jamais ne vous déconcertez,
Après la cogné’ ne jeter
Pas l’manche.
Quand on a perdu l’premier point,
Gardez l’espoir de n’perdre point
L’aut’ manche…
Qu’on cit’ Cambronne à l’Alsacien,
Aussitôt il répond : « Eh pien,
Doi, manche ! »

(É. Blédort)

France, 1907 : Le pénis.

En me tâtant le pouls au manche, elle me prédisait la santé.

(Cabinet satirique)

N’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Mendicité, quête.

Manche (avoir son)

Virmaître, 1894 : Être formidablement en colère. Un compositeur typographe qui a de la mauvaise copie (la mienne par exemple) qu’il ne peut lire, a son manche contre l’auteur. Heureusement que ce n’est pas celui du balai. Synonyme d’avoir sa chèvre (Argot d’imprimerie).

Manche à balai

Merlin, 1888 : Hautbois.

France, 1907 : Jambe maigre. Exhiber ses manches à balai.

Y en a qu’exhib’nt de gros mollets,
Y en a qu’ont d’vrais manch’s à balais
Et n’ont pas l’air d’en êtr’ honteuses.

(Émile Hauton, Les Pédaleuses)

Mollange

France, 1907 : Boue liquide qui ne peut se tenir en tas et qu’on pousse avec le balai dans les égouts.

Navets (des) !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, qui l’emploient toutes les fois qu’ils ont à dire catégoriquement non.

Rigaud, 1881 : Non, jamais. Terme de refus dans le jargon des voyous qui disent également : des nèfles !

Ohé ! les gendarmes, ohé ! des navets !

(H. Monnier, Scènes pop.)

France, 1907 : Exclamation indiquant le refus, l’incrédulité. Les synonymes sont assez nombreux : De l’anis ! De l’anis dans une écope ! Du flan ! Flûte ! Tu t’en ferais mourir ! Tu t’en ferais péter la sous-ventrière ! Mon œil ! La peau ! Des plis ! Peau de nœud ! Peau de balle et balai de crin ! Et ta sœur ! Du vent ! De la mousse ! On t’en fricasse ! Des nèfles ! Zut !

— … Décidément, non… tu es trop laid !
— Maintenant, possible ! mais, tout petit, j’étais gentil tout plein.
— Des navets !
— Parole d’honneur !
— Alors c’est qu’on t’aura changé au perchoir !

(Parisis)

Et cependant mon esprit papillote,
Mon petit chou, je ne sais où je vais ;
Je ne veux pas te tirer de carotte,
Car tu pourrais répondre : Des navets !

(René Esse)

Tracassé par un créancier,
J’m’en fus un jour chez son huissier
Qui m’dit : « Nous n’somm’s pas endurants ;
Versez-moi trent’-deux francs. »
J’en verse vingt, tout c’que j’avais,
Lui d’mandant de m’laisser tranquille ;
Mais il ajout’, sans s’fair’ de bile :
« Tranquil’, mon p’tit vieux ?… des navets ! »

(Blédort, Chansons de faubourg)

Neuf

d’Hautel, 1808 : Faire le balai neuf. Voyez Balai.
Il est neuf, il durera trop long-temps. Se dis d’un nigaud, d’un sot, d’un stupide.
Un habit tout battant neuf. Un habit qui sort de l’ouvrier.
Faire un corps neuf. Pour, rétablir sa santé après une longue maladie.

Ordre (copier l’)

Merlin, 1888 : Un loustic, armé de son balai et désigné pour la corvée de quartier, s’apprête à aller copier l’ordre. On dit aussi : signer le rapport.

France, 1907 : Faire une corvée fatigante ; argot militaire.

Un loustic, armé de son balai et désigné pour la corvée de quartier, s’apprête à aller copier l’ordre.

(Léon Merlin, La Langue verte du troupier)

On dit aussi signer le rapport.

Peau de balle

France, 1907 : Rien, néant ; argot populaire. Cette singulière expression est parfois suivie de cette autre : balai de crin.

— Vous ne vous intéressez plus à rien, ni aux êtres, ni aux choses, ni aux idées ?
— Je m’intéresse à peau de balle !
— Qu’est-ce que c’est que ça, peau de balle ?
— C’est un mot appartenant naguère au répertoire de l’armée et signifiant le néant. Ce terme passa bientôt dans le domaine civil, où il fit une rapide fortune.

(Alphonse Allais)

Il nous arrive assez souvent
De suivre une blonde jeunesse,
Et de lui dire en la suivant
Combien elle nous intéresse.
« Mademoiselle, écoutez-moi,
Depuis si longtemps je désire
Vous entretenir de ma foi !
Ou donc vous voir ? daignez le dire,
— Un rendez-vous ?
J’vous l’donn’ chez nous ;
J’suis fille honnête
À conscienc’ nette ;
Papa s’y trouv’ra,
De cett’ façon-là
Vous d’mand’rez ma main ;
On vous attend d’main… »
(Parlé.) Sinon, peau d’balle et balai d’crin !

(Belhiatus)

Peau de bite et balai de crin

Rigaud, 1881 : Même signification, — dans l’argot de la marine, que peau de libi et peau de nœud, — dans celui-de l’armée de terre. C’est une formule dénégative qui équivaut à : rien, pas le sou, jamais de la vie.

Peau de tambour (faire)

France, 1907 : Ne rien faire ; même sens que peau de balle et balai de crin.

Première femme. — C’est pas tout cela ; il faut payer. Què’que t’as fait, toi, ce soir ?
Seconde femme. — Moi ? peau de tambour.
Troisième femme. — C’est que c’est vrai. On ne f… plus rien. Si on n’avait pas des amis à passion, il faudrait tout bazarder.

(Le Gil Blas)

Peintre

Larchey, 1865 : Balayeur. V. Pinceau.

Delvau, 1866 : s. m. Balayeur, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Balayeur. Il manie le balai, en argot : pinceau.

Peintureur

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un peintre au balai, à un barbouilleur.

Pinceau

d’Hautel, 1808 : On lui a donné un vilain coup de pinceau. Se dit d’un homme contre lequel on s’est permis quelque satire, que l’on a tourné en ridicule.

Larchey, 1865 : Balai. — Allusion de forme. — V. Giberne.

Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau eu main, je veux dire le balai en joue.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Balai, — dans l’argot des troupiers.

Delvau, 1866 : s. m. La main ou le pied, — dans l’argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet. Détacher un coup de pinceau. Donner un soufflet.

Delvau, 1866 : s. m. Plume a écrire, — dans l’argot des francsmaçons.

Rigaud, 1881 : Balai, — dans le jargon du régiment. — Voyons voir, administrez un coup de pinceau, et là, vivement !

Merlin, 1888 : Balai.

La Rue, 1894 : Balai. Pied.

Virmaître, 1894 : Balai.
— Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Balai.

France, 1907 : Balai ; argot de Saint-Cyr et des régiments.

Quels préjugés de caste, quels instincts nobiliaires résisteraient à cette manœuvre du balai dans les dortoirs, faite avec gaieté, avec entrain et à laquelle on a donné le nom de manœuvre de l’officier pinceau ?

(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)

Quand de corvée tu seras,
D’un pinceau tu te muniras,
En certain lieu tu te rendras,
Ceci fini, libre seras
De te croiser les dents ou de curer tes bras.

(Litanies du cavalier)

France, 1907 : Pied. « Détacher un coup de pinceau. »

France, 1907 : Plume ; argot des scribes militaires. Dans le langage des francs-maçons, la plume est appelée plume d’architecte.

Le F… Tartempion tenait le pinceau d’architecte pour tracer l’esquisse des travaux du jour.

(Procès verbal de L. M.)

Plats à barbe

Rigaud, 1881 : Grandes oreilles.

Merlin, 1888 : Cymbales.

Virmaître, 1894 : Oreilles démesurées, se détachant du visage.
— Faudrait un balai pour nettoyer tes plats à barbe (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Grandes oreilles.

France, 1907 : Longues oreilles, détachées du visage.

Raclette

Larchey, 1865 : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de la police secrète, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Agent de police. Ramoneur. Violon.

Virmaître, 1894 : Agent de police de la Sûreté ou sergent de ville. Allusion à la raclette du ramoneur qui enlève la suie des cheminées. Les agents raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Balai de ramoneur.

France, 1907 : La police ; agent de police ; argot les voleurs. Allusion à la raclette du ramoneur. « Les agents, dit Virmaître, raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société. »

— Lorsque vous êtes entrés, un individu assis à côté de moi m’a donné un coup de coude en disant :
— Tiens, voilà la raclette.
— Non, a répondu un autre ; c’est des étrangers.
— Des étrangers ?… a repris le premier. Allons donc !… Un joli bouquet de vaches, oui !… et nous ferions bien de décamper au plus vite.

(G. Macé, Un Joli Monde)

France, 1907 : Violon.

Riz-pain-sel

Larchey, 1865 : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. m. Fournisseur militaire, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Ouvrier d’administration.

Merlin, 1888 : Soldats de l’intendance, chargés du service des vivres.

La Rue, 1894 : Ouvrier militaire ou soldat d’administration.

Rossignol, 1901 : Soldat d’administration.

France, 1907 : Employé militaire d’administration. Officier ou soldat chargé des subsistances. Intendant militaire.

Ah ! bureaux, bureaux maudits ! directions stupides ! triomphe des ronds de cuir ! conservateurs des vieilles rapsodies et de livres moisis ! charançons du budget ! riz-pain-sel ! comités de ramollis ! Quel mal vous nous avez fait ! Quel coup de balai à la rentrée, si nous avons le courage de reconnaitre notre aveuglement et notre sottise !

(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

La nourriture de nos pénitenciers est on ne peut plus mauvaise et insuffisante : les riz-pain-sel qui la fournissent essayant de gagner tous les jours davantage sur leurs prisonniers ; car, en France, personne n’est plus volé que les voleurs.

(Henri Rochefort)

Rôtir le balai

Delvau, 1866 : v. a. Mener une vie obscure et misérable, — dans l’argot du peuple. Avoir rôti le balai. Se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.

France, 1907 : Mener une existence désordonnée.

Le jeune Gontran, après avoir rôti le balai jusqu’au manche, se décide à épouser sa cousine.
À la sortie de la mairie, la belle-mère s’adresse à son nouveau gendre :
— Eh bien ! beau neveu, c’est fini ; j’espère que vous ne ferez plus de sottises.
— C’est la dernière, chère tante et belle-maman.

(Ange Pitou)

Tandem

France, 1907 : Bicyclette pour deux personnes placées l’une derrière l’autre. Bi-tandem, tandem à deux sièges, nom emprunté au cabriolet découvert avec deux chevaux en flèche.

Une dame se présente dans un magasin pour y acheter un de ces objets de toilette intime qui ont quatre pieds, comme l’animal dont ils portent le nom.
— Alors, fait la dame, étonnée qu’on lui montre un modèle unique, vous n’avez que cet article-là ?…
Et l’employé, avec son plus gracieux sourire :
— Hélas ! oui, Madame ; nous ne fabriquons pas le tandem !

(Le Journal)

La femme dont la jambe est
Bien faite, bien ronde,
Par coquetterie irait
Jusqu’au bout du monde.
Et la femme laide, idem,
Car, c’est une rage,
Seule ou bien sur un tandem,
Elle a le courage
D’exhiber de fins mollets
Qu’on prend pour des manches
De pelles ou de balais,
Et ses maigres hanches.

(Victor Leca, L’Écho de la Pédale)

Atteler en tandem, atteler deux chevaux l’un devant l’autre.

Tendeur

Virmaître, 1894 : Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir rippeur.

France, 1907 : Homme de complexion amoureuse. Vieux tendeur, vieux débauché. Argot populaire.

Très tendeur, il se payait d’autor les plus girondes ouvrières…, et fallait pas qu’une lui résistât, — sinon, du balai !
Ce n’était pas qu’un coq, c’était aussi un cochon : un jour, il appela dans son bureau une ouvrière et, se débraillant, lui mit le marché en main.

(Père Peinard)

Pour les vieux tendeurs qu’assomme
Une ronfle à grippart,
On s’camoufle en p’tit jeune homme,
En tant’ figne-à-part,
Quand l’pant’ a l’doigt dans la miche,
S’i’n’ casque pas gros,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Trimbaler

Clémens, 1840 : Transférer.

Rigaud, 1881 : Marcher en portant un fardeau, transporter.

France, 1907 : Conduire.

— Tu n’es pas contente ?
— Contente de quoi ?
— Mais d’avoir marié ta fille. C’est quelque chose, ça ! On dirait… ma parole ! Tu geignait cependant assez de la trimbaler de soirée en soirée, de concert en concert… Tu disais en rentrant : Pourvu que cette fois-ci ça y soit, mon Dieu ! Ah ! que j’en ai assez de m’habiller, de me serrer, de me coucher à des quatre heures du matin ! Eh bien ! ma bonne, tu ne te serreras plus, tu ne te coucheras plus à quatre heures, mais à huit heures, si tu veux. Ta fille est mariée. Ça y est !

(J. Marni)

France, 1907 : Transporter, porter avec soi.

Cependant, dans nos courses vagabondes, nous rencontrions parfois un certain vieux, Canadien français, assez bien connu dans les prairies, avec qui nous troquions des peaux de buffles contre de vieux mousquets à pierre, du plomb, de la poudre, des verroteries, des couvertures, des couteaux, enfin tout ce qu’il trimbalait qui pût nous convenir.

(Hector France, Chez les Indiens)

Vadrouille (la)

France, 1907 : Façon de s’amuser en courant les cabarets et les filles. Aller en vadrouille, chercher dans un état de demi-ébriété les aventures plus ou moins malpropres. La vadrouille est un balai fait de cordages avec lequel on nettoie le pont des navires ; elle traîne par conséquent dans l’ordure.

Bien différente de cette vie d’héroïsme crapuleux, la bohème factice de Murger, cette école buissonnière des enfants prodigues de la bourgeoisie. Adaptée aux convenances particulières de l’étudiant, elle est devenue la vadrouille. Ici le désordre est prévu et la folie réglée. S’enivrer sans presque boire, à force d’agitation et de bruit ; se trouver régulièrement démuni les derniers jours du mois ; promener partout sa turbulence des nuits de fête ; gémir sur la sobriété et le calme qui les suivent ; autant de procédés romantiques de duper la galerie et de se duper soi-même. Ostentatoire et avisée, la vadrouille satisfait ainsi les instincts à la fois vaniteux et cupides de notre race.

(Joseph Caraguel)

Vieille peau

Virmaître, 1894 : Expression méprisante employée dans le peuple, même vis-à-vis d’une personne jeune. On dit d’un vieillard qui se donne des allures juvéniles :
— C’est un jeune homme dans une vieille peau.
Vieille peau
signifie aussi : vieille putain (Argot du peuple).

France, 1907 : Vieille putain ; expression populaire.

Parmi les ouailles les plus ferventes, se faisait remarquer une ancienne rôtisseuse de balai, qui, après avoir fait les quatre cents coups, s’était retirée du monde de la noce en voyant fuir les amoureux, et, comme toutes les vieilles peaux, se jetait dans les bras du bon Dieu.

(Hector France)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique