Virmaître, 1894 : Être indolent qui s’amuse à des bagatelles, qui piétine sur place et dormirait, comme dit le proverbe, le cul dans la rivière par dix degrés au-dessous de zéro (Argot du peuple).
Accagnardir (s’)
Affutiau
d’Hautel, 1808 : Bagatelle, brimborions : colifichets.
Il a mis tous ses affutiaux. Pour il s’est paré de ses plus beaux ornemens.
Affutiaux
Delvau, 1866 : s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.
France, 1907 : Bagatelles, menus objets.
Amuser
d’Hautel, 1808 : Il se faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Phrase par laquelle les bateleurs, les saltimbanques, terminent ordinairement la harangue qu’ils font à leurs auditeurs, pour les engager à venir voir les curiosités qui ne sont point exposées à leurs regards.
S’amuser à la moutarde. Donner son temps à des choses oiseuses et frivoles, et négliger des affaires d’une utilité reconnue.
Amuser le tapis. Perdre le temps en vain discours et sans rien conclure.
Bagatelle
d’Hautel, 1808 : S’amuser à la bagatelle. Donner son temps & des choses frivoles, ne penser qu’a la dissipation et aux plaisirs.
Il ne faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Voyez Amuser.
La Rue, 1894 : Amour.
Rossignol, 1901 : La femme honnête n’aime pas son mari uniquement pour la bagatelle.
France, 1907 : Une affaire de canapé, ainsi que le disait Napoléon, en parlant de l’amour. Être porté sur la bagatelle, aimer à rendre le devoir amoureux aux dames.
Enfin, dernier tableau, une almée et sont danseur jouèrent la pantomime de la Bagatelle (sic). Impossible de décrire l’enthousiasme des assistants indigènes à ce spectacle.
(Alfred Lecomte)
Elle ne croyait pas à l’amour
Et très tard resta demoiselle,
Quand, d’un galant, notre donzelle
Accepta la main un beau jour.
Elle prisa fort la bagatelle
Et révéla une ardeur telle
Que le pauvre diable en est mort !
N’éveillons pas le chat qui dort.
Bagatelle (faire la)
Virmaître, 1894 : Faire l’amour. Quand la maquilleuse de brèmes tire les cartes à une jeune fille et que l’as de pique sort, elle lui annonce qu’elle fera la bagatelle (Argot des filles).
Bagatelle (la)
Delvau, 1864 : Le plaisir vénérien, la plus sérieuse des occupations de l’espèce humaine. — L’expression appartient à l’argot des filles qui, elles, n’attachent aucune importance à l’amour.
Si j’effleure, dit-elle,
L’asphalte du trottoir,
C’est pour la bagatelle :
Entrez dans mon boudoir.
(A. Montémont)
Rigaud, 1881 : Sacrifice à Vénus. — Faire la bagatelle, sacrifier à Vénus.
Bagatelles de la porte (s’amuser aux)
France, 1907 : Perdre son temps à des niaiseries, baguenauder, comme ceux qui s’arrêtent devant les parades de saltimbanques appelées par eux Bagatelles de la porte.
Bayer
d’Hautel, 1808 : Baye, Colas ! Espèce d’interjection dont on se sert en parlant à un ébaubi, à un nigaud qui a constamment la bouche béante et qui semble n’avoir jamais rien vu que par le trou d’une bouteille.
Bayer aux mouches, aux corneilles. Niaiser, s’amuser à des frivolités, à des bagatelles ; admirer sottement une chose peu digne de fixer les regards.
Billevesée
d’Hautel, 1808 : Au propre, bulle que les enfans se plaisent à former dans l’eau de savon. Au figuré, contes en l’air ; bagatelles ; idées creuses et chimériques.
Bouterne
Vidocq, 1837 : s. f. — La Bouterne est une boîte carrée, d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, et parmi lesquels les badauds ne manquent pas de remarquer la pièce à choisir, qui est ordinairement une superbe montre d’or accompagnée de la chaîne, des cachets, qui peut bien valoir 5 à 600 fr., et que la Bouternière reprend pour cette somme si on la gagne.
Les chances du jeu de la Bouterne, qui est composé de huit dés, sont si bien distribuées, qu’il est presque impossible d’y gagner autre chose que des bagatelles. Pour avoir le droit de choisir parmi toutes les pièces celle qui convient le mieux, il faut amener une râfle des huit dés, ce qui est fort rare ; mais ceux qui tiennent le jeu ont toujours à leur disposition des dés pipés, et ils savent, lorsque cela leur convient, les substituer adroitement aux autres.
Ils peuvent donc, lorsqu’ils croient le moment opportun, faire ce qu’ils nomment un vanage, c’est-à-dire, permettre à celui qu’ils ont jugé devoir se laisser facilement exploiter, de gagner un objet d’une certaine importance ; si on se laisse prendre au piège, on peut perdre à ce jeu des sommes considérables. Le truc de la Bouterne est presque exclusivement exercé par des femmes étroitement liées avec des voleurs ; elles ne manquent jamais d’examiner les lieux dans lesquels elles se trouvent, et s’il y a gras (s’il y a du butin à faire), elles renseignent le mari ou l’amant, qui a bientôt dévalisé la maison. C’est une femme de cette classe qui a indiqué au célèbre voleur Fiancette, dit les Bas-Bleus, le vol qui fut commis au Mans, chez le notaire Fouret. Je tiens les détails de cet article de Fiancette lui-même.
Comme on le pense bien, ce n’est pas dans les grandes villes que s’exerce ce truc, il s’y trouve trop d’yeux clairvoyans ; mais on rencontre à toutes les foires ou fêtes de village des propriétaires de Bouterne. Ils procèdent sous les yeux de MM. les gendarmes, et quelquefois ils ont en poche une permission parfaitement en règle du maire ou de l’adjoint ; cela ne doit pas étonner, s’il est avec le ciel des accommodemens, il doit nécessairement en exister avec les fonctionnaires publics.
Larchey, 1865 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.
Delvau, 1866 : s. f. Boîte carrée d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, parmi lesquels il y a l’inévitable « pièce à choisir », qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, « d’une valeur de 600 francs », que la marchande reprend pour cette somme lorsqu’on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela : les dés sont pipés !
Rigaud, 1881 : Tablette, plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement.
France, 1907 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires, les objets, montres ou bijoux destinés à amorcer les amateurs de jeux d’adresse ou de hasard.
Caquet de l’accouchée
France, 1907 : Bavardage, niaiserie, entretien de médisances et de bagatelles, suivant la coutume des femmes réunies, comme il s’en rencontre au lit d’une accouchée.
Chercher la petite bête
Delvau, 1866 : v. a. Vouloir connaître le dessous d’une chose, les raisons cachées d’une affaire, — comme les enfants les ressorts d’une montre. Argot du peuple. Avoir trop d’ingéniosité dans l’esprit et dans le style, s’amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s’occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.
Boutmy, 1883 : v. Être trop minutieux dans le travail. C’est surtout aux correcteurs qu’on reproche de chercher la petite bête. Que ne leur reproche-t-on pas encore !
France, 1907 : Vouloir connaître les raisons cachées d’une affaire, le dessous, les minuties d’une chose ; s’attacher à des vétilles. Les gens de lettres emploient cette expression à l’égard d’un auteur qui s’occupe trop du style, de la rondeur et de la cadence de ses phrases et néglige les qualités plus solides du fond, c’est-à-dire de la pensée.
Chicoter
d’Hautel, 1808 : Il ne fait que chicoter. Pour il conteste sur des bagatelles, sur des riens.
Chipette
Vidocq, 1837 : s. f. — Tribade.
Delvau, 1866 : s. f. Lesbienne, — dans l’argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.
Delvau, 1866 : s. f. Rien ou peu de chose, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Bagatelle. Employé surtout dans ce sens : « Ça ne vaut pas chipette. »
France, 1907 : Lesbienne.
Chipeur, chipeuse
France, 1907 : Voleur ou voleuse de bagatelles.
Courte-pointe
d’Hautel, 1808 : Il est piqué comme une courte-pointe. Se dit par raillerie d’un homme précieux et susceptible qui a pris de l’humeur ; qui s’est choqué d’une plaisanterie ou d’une bagatelle, et qui manifeste son mécontentement par un air froid et maussade.
Denier
d’Hautel, 1808 : Il le vendroit à beaux deniers comptans. Pour exprimer qu’un homme est plus subtil qu’un autre ; qu’il lui est supérieur dans un art ou profession quelconque.
Il n’y a point de borne qui ne lui doive un denier. Se dit d’un domestique musard, indolent, paresseux, qui s’arrête aux moindres bagatelles.
Il vaut plus de deniers que lui ne vaut de mailles. Pour, il l’emporte sur lui en toute chose.
Net comme un denier. Manière figurée qui s’entend d’un compte mis au net, réparé.
Détourneur, -euse
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.
Drôlerie
d’Hautel, 1808 : Des drôleries. Pour dire des friandises, des choses de fantaisie ; des frivolités.
Drôlerie, au propre signifie boufonnerie, goguenarderie, gaillardise, bagatelle divertissante.
Estiffet
d’Hautel, 1808 : Et plus ordinairement Estiflet. Bibus, bagatelle, la moindre chose, presque rien.
Je m’en soucie comme d’un estiflet. Pour, je m’en mets peu en peine.
Je n’en donnerois pas un estiflet. C’est-à-dire, moins que rien.
Cela ne vaut pas un estiflet. Pour, cela ne vaut pas la moindre chose.
Faire du genou, faire du pied
Rigaud, 1881 : Frotter son genou, frotter son pied, contre le genou, contre le pied d’une femme. Petite polissonnerie innocente, quelque chose comme les bagatelles de la porte en espérant le lever du rideau.
Folichon
d’Hautel, 1808 : Pantin, homme d’une humeur folâtre, qui fait le farceur et le falot.
Larchey, 1865 : « Homme d’une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. »
(1808, d’Hautel)
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme amusant, chose agréable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Être folichon. Commencer à se griser. Signifie aussi : Dire des gaudrioles aux dames.
France, 1907 : Amusant, agréable, folâtre, disposé à rire, à baguenauder et à faire l’amour.
— Farandol, dit Ventripard, parlons peu, mais parlons bien. Tu dois connaître des fillettes du quartier Latin ?
— Toutes, affirma Farandol.
— Il faut que tu m’en fasses connaître quelques-unes.
Farandol réfléchit un moment. Puis il proféra ceci :
— Prête-moi un louis, Ventripard.
— En voici deux, dit le banquier, qui vraisemblablement s’attendait à cette botte.
Farandol escamota les deux jaunets avec une prestesse de jongleur japonais ; puis, se croisant les bras, il cria :
— Ah ça ! Ventripard, tu n’es donc pas un homme sérieux… Tu as des idées folichonnes ?
(Gramont, Intransigeant)
Et lui, folichon,
Dit cent bagatelles,
Fripe les dentelles,
Flaire le manchon.
(Gabriel Vicaire)
Un soir, ne pouvant plus tenir,
L’âme très folichonne,
Il frappa pour se faire ouvrir
La chambre de la bonne,
— C’est le diable qui vient me voir,
Murmurait le pauvrette,
— Non, dit le curé plein d’espoir,
C’est l’Amour, ma poulette !
(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)
Foutaise, foutèse
France, 1907 : Bagatelle, rien que vaille. « C’est de la foutaise. » Mot venu du provençal.
Comme l’on vantait, devant un natif de la Cannebière, l’intelligence d’un chien qui va chercher, au kiosque, les journaux de son maître :
— Tout ça, fit le Marseillais, c’est de la foutaise ! Nous avons à Marseille un chien autrement stylé… Dès qu’il voit que quelqu’un, dans la maison, à mauvaise mine, il court chercher le médecin !
Au lieu de s’acharner après des pauvres bougres sans sou ni maille, qui — s’ils ont quelques foutaises sur la conscience — ont pour excuse la dèche noire, les chats-fourrés seraient rudement mieux avisés en bouzillant un tantinet chez les aristos et les richards.
(La Sociale)
Foutaises
d’Hautel, 1808 : Des foutaises. Pour dire des choses de peu d’importance ; des bagatelles ; des bibus des riens.
On dit moins incivilement des fichaises.
Des foutaises en manière d’ange. Pour dire des gaudrioles ; des ornemens frivoles ; de petits enjolivemens.
Larchey, 1865 : « Bagatelles de peu d’importance. On dit moins incivilement fichaise. » — 1808, d’Hautel. pour le verbe d’où dérive ce substantif, voir également ficher, dont il est en tout le synonyme. — quelques exemples suffiront à prouver que son usage est général. Il signifie tour à tour perdre « Et bien, dit-elle, soit !… ce qui est fait est fait, il n’y a point de remède, qui est outu est outu. (Quelques docteurs disent qu’elle adjoucta une F). » — Contes d’Eutrapel (seizième siècle). — « Certes on peut dire que tout est foutu pour eux (les mazarins), puisque dans le festin des princes, le libérateur et les délivrez ont beu, disant : À la santé du Roy et foutre du Mazarin ! » — Les Trois Masques de bouc, ou la Savonette, 1651. se moquer Une des brochures les plus violentes de la révolution de 1789 porte pour titre : Et je m’en fouts. — « Ils ne s’en foutront plus les coquins. » — Hébert, 1793. — « Je me fouts de la guillotine. » — P. Lacroix, 1832. frapper « Nos Parisiens portent moustaches ; Ils te foutront sur la … »
Rigaud, 1881 : Niaiseries, propos en l’air, objets sans valeur.
Goguenettes
France, 1907 : Bagatelles, choses sans valeur.
— Vous serez récompensé bien au delà de vos désirs. Je vous permettrai de baiser ma fluette main blanche et, si ce n’est assez, encore qu’il m’en coûte fort, vous baiserez aussi mon frais visage.
Le jeune marchand s’esclaffa d’insolente façon.
— Ouais ! dit-il, j’ai bien cure de ces goguenettes-là ! En ma demeure, j’en prends ma satiété.
(Charles Foley)
Grinchir à l’amour
France, 1907 : Séduire une servante, femme de chambre, cuisinière ou bonne d’enfant au cœur tendre, lui fixer un rendez-vous à une heure où l’on sait que les maitres sont absents ; on a dérobé au préalable la clef de l’appartement et tandis qu’on amuse la demoiselle aux bagatelles de la porte, un compère muni de cette clef fouille les tiroirs et fait main basse sur l’argent et les objets de valeur.
Harponner une femme
Delvau, 1864 : La baiser militairement, sans s’arrêter aux bagatelles de la porte, pelotage, langues fourres, branlage du bouton, etc comme fait un pandour qui viole une béguine — On dit aussi : Se harponner.
Ma gorge, par exemple, tu n’as pas eu le loisir d’y faire attention : nous venons de nous harponner si brusquement. !
(A. de Nerciat)
Histoire
d’Hautel, 1808 : Bagatelle, fadaises, grimaces, minauderie ; bruit, querelle mal fondée.
Voilà bien des histoires. Se dit de ceux qui font des façons, qui se font prier pour des choses qui n’en valent pas la peine.
Faire bien des histoires pour rien. Faire beaucoup de bruit pour peu de choses.
Delvau, 1864 : Le membre viril — que la femme se plaît à étudier avec son ventre ; — quelquefois le con.
— Allons, pas tant de facons, montre-moi ton histoire.
(Lemercier de Neuville)
Madame, lui dit il je ne peins que l’histoire
— et quoi mon cher monsieur, n’est-ce donc que cela ?
Peignez toujours, le reste un autre le peindra.
(Arm. Séville)
Delvau, 1866 : s. f. Visage de campagne que découvrent si volontiers et si innocemment les petits garçons et les petites filles.
Delvau, 1866 : s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise, — dans l’argot du peuple, qui donne ce nom à tout ce qui n’en a pas pour lui.
Rigaud, 1881 : Le temple de l’amour. Une demoiselle vint trouver, un jour, le peintre David pour faire faire son portrait. — Je ne peins que l’histoire, répondit l’artiste. — Alors, qui me peindra le reste ? demanda la naïve enfant.
France, 1907 : Les parties sexuelles.
Dès l’âge de cinq ans, la petite Sophie s’amusait à montrer son histoire aux polissons de son quartier.
(Les Propos du Commandeur)
Une jeune horizontale se présente chez une de nos célébrités artistiques pour avoir son portrait.
— Mais, Mademoiselle, lui dit le peintre, l’on vous a mal renseignée, je ne suis pas portraitiste, je ne peins que l’histoire.
— Ah ! bien, je ne demande pas mieux que vous me peignez mon histoire, mais qui fera la figure et le reste, alors ?
Houbille
d’Hautel, 1808 : Colifichet, bagatelle ; chiffons de femmes, haillons, guenilles.
Hussarde (amour à la)
France, 1907 : Amour rapide, sans déclaration, sans temps perdu aux bagatelles de la porte. Les hussards étaient renommés pour la rapidité du leurs coups de main. Ils faisaient l’amour comme la guerre, au galop !
Ce sont les vieilles gardes qui admettent les entreprises à la hussarde. Les idoles dont l’autel est déserté ne se montrent pas difficiles sur l’offrande. Pour la recevoir plus vite, elles abrègent les oremus. La vie est courte et la chair est faible. Il faut se hâter.
(Colombine, Gil Blas)
Les observations permettent de remarquer que l’amour charnel est d’autant plus brutal que les amoureux sont d’essence sociale opposée. La mondaine qui subira l’attirance d’un robuste paysan le prendra brutalement. Je dis à dessein : le prendra, car le cas est moins fréquent du paysan qui aspire aux caresses d’une princesse. Il sera, lui, plus sensible aux douceurs des baisers de la fille dont le contact lui est fréquent et vis-à-vis de laquelle il peut prétendre aux supériorités. L’amour brutal se remarque également dans le cas de l’homme du monde qui possède une paysanne, mais la brutalité provient moins de l’acuité présumée des sensations que du procédé cavalier et hussard qui invite à ne rien ménager.
(Machecoul, L’Art d’aimer)
Lantiponner
d’Hautel, 1808 : Hésiter, marchander, s’amuser à des bagatelles, à des riens ; passer son temps à des niaiseries ; badauder.
Delvau, 1866 : v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.
Rigaud, 1881 : Parler pour ne rien dire.
La Rue, 1894 : Bavarder. Muser, perdre son temps à des riens.
Virmaître, 1894 : Synonyme de rasoir et de bassinant. Généralement, les concierges passent leur temps à lantiponner, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Embêter, ennuyer quelqu’un.
Liarder
d’Hautel, 1808 : Être minutieux dans les affaires ; y montrer un intérêt bas et sordide ; disputer pour des bagatelles ; chicaner ; être fort économe, d’une ladrerie peu commune.
France, 1907 : Rogner, réaliser d’infimes bénéfices ou des économies mesquines.
Le petit boutiquier ?… Avec ça que son existence est dorée sur tranches ! Il est toujours à liarder, ayant la continuelle frousse de la faillite. Après être resté un quart de siècle vissé à son comptoir, vendant à faux poids et empoisonnant son monde, il a quelquefois amassé de quoi vivre de ses rentes.
(Père Peinard)
Licher
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Boire.
Larchey, 1865 : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder.
Je liche chez le mannezingue, motus !
(Paillet)
Buvons plutôt bouteille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles.
(Chanson poissarde, 1772)
Larchey, 1865 : Boire. — V. Béquiller.
Puis il liche tout’la bouteille. Rien n’est sacré pour un sapeur.
(Houssot)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger et boire à s’en lècher les lèvres.
France, 1907 : Boire.
Il a liché toute la bouteille,
Rien n’est sacré pour un sapeur.
(Répertoire de Thérésa)
En Normandie, les hommes accompagnent leurs sœurs ou leurs femmes jusqu’au seuil du saint lieu, puis ils se distribuent dans les joyeux petits bouchons des alentours, où l’on fait si bien la partie en lichant un coup de cidre ou de marc jusqu’à l’heure où la cloche sonore annonce aux « sexe fort » qu’il faut aller rechercher les « sexe faible. »
(Marc Anfossi)
France, 1907 : Lécher, embrasser.
Et tous les poissons lubriques, comme anguilles, congres, lamproies, ainsi nommés vulgairement parce qu’ils lichent les pierres.
(Prosper Colonius)
Tu resteras pour licher mes blessures ;
Mon pauvre chien, ne me quitte jamais.
(Vieille complainte)
Je ne connais rien de plus agréable que de passer une semaine ou deux sans apercevoir un journal ; c’est ce qui vient de m’arriver, et je m’en fiche encore les paupières ; mais toute médaille a un revers : j’ai fini par m’apercevoir, à la longue, que ce n’était pas le moyen de se tenir au courant de l’actualité.
(Grosclaude)
France, 1907 : Manger.
Je te bénis, ô mon poète,
Car c’est son rêve, à ta Nini,
D’aller licher chez Tortoni.
(Léon Rossignol)
Marchand
d’Hautel, 1808 : Marchand de tout, vendeur de rien. Se dit par raillerie d’un courtier, d’un homme qui commerce sur toute chose, et qui n’a aucune espèce de fonds.
Un négociant, marchand de sangles. Vendeur de bagatelles, de colifichets, de bibus, de riens.
N’est pas marchand qui toujours gagnée. Signifie que les affaires que l’on fait dans le commerce ne présentent pas toutes de bénéfices réels certains.
Tromper le marchand. Pour acheter quelque chose à vil prix.
Il en sera le mauvais marchand, ou il n’en sera pas le bon marchand. Se dit d’un commerçant qui fait une affaire hasardeuse, et d’une personne qui fait quelqu’action dont il aura à se repentir.
Mouche
d’Hautel, 1808 : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.
Halbert, 1849 : Vilain.
Larchey, 1865 : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.
Delvau, 1866 : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.
Delvau, 1866 : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Agent de police.
Fustier, 1889 : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.
Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.
(Bernadille)
On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.
La Rue, 1894 : Mousseline. Mauvais. Laid.
Virmaître, 1894 : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).
France, 1907 : Mauvais, vilain. Abréviation de mouchique.
France, 1907 : Petite rondelle de taffetas noir que les femmes se collaient autrefois sur le visage et même ailleurs pour rehausser la blancheur de leur teint. Voici, à titre de curiosité, le langage des mouches à l’usage des coquettes : « La femme passionnée ou qui veut paraître telle place sa mouche au coin de l’œil ; celle qui vise à la majesté la colle au milieu du front ; l’énjouée, sur le bord de la fossette formée par la joue quand on rit ; la galante, au milieu de la joue ; la sentimentale, au coin de la bouche ; la gaillarde, sur le nez ; la coquette, sur les lèvres : la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, vers le menton. »
France, 1907 : Petite touffe de poils sous la lèvre inférieure.
France, 1907 : Police, policier.
On a été chercher lien loin l’origine de mouche et mouchard, jusqu’à l’attribuer à un certain Mouchy qui remplissait le métier d’agent secret du cardinal de Lorraine, tandis qu’ils viennent tout simplement de l’insupportable insecte dont nous avons tous eu à souffrir. C’est, dit avec raison Charles Nisard, son impudence et son importunité qui ont fait appeler mouchards les curieux, les effrontés qui se fourrent partout, mettent le nez dans tout, et qui, sans s’arrêter à l’épiderme, vont droit aux nerfs de leur victime et la tuent moralement. D’où naturellement ces noms furent donnés à la police les mots mouche, moucher (espion, espionner) sont, observe Ch. Ferrand, très anciens dans notre langue. Le peuple en a fait mouchard, moucharder, par la simple raison que la terminaison ard implique chez nous un sens défavorable, comme on le voit par les mots bavard, vantard, cafard, soudard, pleurard, pendard, communard, etc.
— Oui, oui, il est de la mouche, gare aux coups de casserole.
(Félix Remo, La Tombeuse)
Il vit un espion qui le regardait faire ;
Il fuit ; l’autre le suit de carfour en carfour.
Ils arrivent enfin proche un certain détour ;
Alors, se retournant, l’impatient Cartouche
De la bonne façon rosse la pauvre mouche,
Et, rempli de colère, il l’étrille à souhait.
(Nicolas de Grandval, Le Vice puni, 1726)
France, 1907 : Sobriquet donné vers 1840 aux jeunes femmes que les maîtresses de table d’hôte hébergeaient gratis pour attirer les clients mâles.
Un trait caractéristique de la table d’hôte, c’est la présence d’une ou deux jolies femmes (selon l’importance de l’établissement) qui s’affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d’heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table : elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c’est plus piquant et d’un effet plus sûr et plus général. À ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d’égards, exposées à toutes sortes d’hommages, et dînent tous les jours pour l’amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu’on désigne généralement sous le nom de mouches (soit à cause de la légèreté de leur allure, soit plutôt par analogie avec le rôle qu’elles jouent dans cette circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d’hôte du premier et du dernier degré.
(Auguste de Lacroix)
Moutarde
d’Hautel, 1808 : Rêver à la moutarde. Faire le pensif ; prendre sans sujet un air rêveur et mélancolique.
C’est de la moutarde après dîner. Se dit de quelque chose nécessaire à une affaire, qui arrive long-temps après qu’on y a supplée.
La moutarde lui monte au nez. Se dit de quelqu’un qui commence à s’impatienter, à s’échauffer ; à se mettre en colère.
S’amuser à la moutarde. Pour dire, à des bagatelles, à des frivolités.
Il n’appartient pas à tout vinaigrier de faire de bonne moutarde. Signifie qu’il n’est pas donné à tous les auteurs de faire de bons ouvrages.
Il est fin comme moutarde. Se dit d’une personne très-rusée.
Sucrer la moutarde. Adoucir son chagrin ; modérer son ressentiment ; reprendre quelqu’un d’une manière piquante, sans cependant le choquer.
Delvau, 1866 : s. f. Le stercus humain.
La Rue, 1894 : Excrément. Moutardier, derrière.
France, 1907 : Excrément. Baril à moutarde, le derrière.
En le lançant, il dit : Prends garde,
Je vise au baril de moutarde.
(La Suite du Virgile travesti)
Moutarde (s’amuser à la)
France, 1907 : Lambiner :s’arrêter à des bagatelles qu’on trouve sur son chemin. Ce dicton s’emploie surtout en parlant des domestiques ou des enfants qui s’attardent quand on leur envoie faire des commissions.
Nigauderie
d’Hautel, 1808 : Niaiserie, sottise, bagatelle, frivolité, bibus.
Nugis addere pondus
France, 1907 : Accorder de l’importance à des niaiseries ; donner du poids à des bagatelles. Locution latine.
Oie (jeu de la petite)
France, 1907 : Les menus plaisirs de l’amour et de la galanterie, ou, en d’autres termes, les bagatelles de la porte ; à quoi s’amusent entre eux par timidité adolescents et adolescentes, les collégiens avec leur petite cousine ignorante — s’il en est encore — serrements de mains, billets doux, baisers furtifs derrière la porte et autres mignardises, prélude de plus sérieux engagements. « Petite oie, petite joie », dit le proverbe. Le proverbe à tort.
Une fleur donnée, une main serrée dans les petits coins, un baiser effleurant une mèche de cheveux, bref, ce que nos pères appelaient si gentiment : la petite oie.
(Raoul Toché)
Oripeaux
d’Hautel, 1808 : Prétintailles, faux brillans, frivolités, bagatelles ; et généralement tout ce qui constitue les ornemens des femmes.
Paille
d’Hautel, 1808 : Cela se vend comme de la paille. Manière exagérée de dire qu’une marchandise a un grand débit, une grande vogue ; qu’on l’enlève.
Lorsqu’un auteur traite de son manuscrit avec un libraire, il ne cesse de répéter à ce dernier : monsieur, mon ouvrage est unique en son genre ; il se vendra, s’enlèvera comme de la paille ; imprimez, tirez à grand nombre… Mais malheur au trop crédule libraire qui se laisse aller à ces prophéties présomptueuses que l’on voit si rarement se réaliser.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Se dit pour montrer la supériorité de l’homme sur la femme.
À la paille. Terme de soldat qui se dit quand l’exercice est fini, et qui équivaut à, allez vous-en ; allez vous reposer.
Il est dans la paille jusqu’au ventre. Se dit de quelqu’un qui est dans un lieu où il a toutes ses commodités, tout en abondance.
On dit dans le même sens, Ils sont comme rats en paille.
Tirer à la courte-paille. Se dit d’une chose que l’on tire au sort pour savoir à qui elle appartiendra.
Il a bien mis de la paille dans ses souliers. Se dit de quelqu’un qui s’est enrichi en fort peu de temps, et d’une manière illicite.
Il mourra sur la paille. Se dit d’un homme qui se ruine, qui dépense plus que sa fortune le lui permet.
Elle tire la paille. Se dit pour donner de la valeur à une chose quelconque, pour exprimer qu’elle est excellente, et par allusion à l’ambre, qui a la vertu de lever la paille.
Jeter la paille au vent. Ne savoir de quel côté on dirigera ses pas ; abandonner au hasard la marche d’une affaire.
Vidocq, 1837 : s. f. — Dentelle.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.
Delvau, 1866 : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. (Argot des grecs). Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.
France, 1907 : Bagatelle ; le mot est employé dans un sens ironique, signifiant justement le contraire. « Huit jours de clou ! Une paille à tirer ! »
France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs.
France, 1907 : Tricherie au jeu de cartes, consistant à en onduler une et à la placer de façon à la reconnaitre, d’où l’expression couper dans la paille. C’est la même filouterie que le pont : « couper dans le pont. »
Papillon
d’Hautel, 1808 : Courir, voler après les papillons. Voltiger d’objets en objets ; courir après des bagatelles ; avoir l’esprit léger.
Il s’est allé brûler à la chandelle comme le papillon. Se dit d’un homme qui se laisse tromper par des apparences flatteuses, et qui s’engage dans une affaire qui lui devient préjudiciable.
Ansiaume, 1821 : Voiture de blanchisseur.
J’ai fait les papillons, mais c’est un vilain phlanchet.
Larchey, 1865 : Blanchisseur (id.). — Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu’il porte sur le dos.
Delvau, 1866 : s. m. Blanchisseur, — dans l’argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l’épithète qui conviendrait à l’objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.
Rigaud, 1881 : Blanchisseur. — Linge.
La Rue, 1894 : Blanchisseur. Inconstant.
Virmaître, 1894 : Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Vol à la marque. Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et contient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).
France, 1907 : Garçon de lavoir ; blanchisseur. Argot des voleurs.
Pas de ça, Lisette !
Larchey, 1865 : Formule négative due sans doute à la vogue de cette chanson connue : Non ! non ! vous n’êtes plus Lisette, etc.
Un jeune drôle fait la cour à ma nièce… pas de ça, Lisette !
(Ricard)
Delvau, 1866 : Formule de refus ou de négation, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Béranger.
France, 1907 : Formule de négation ou de refus.
Elle les connaissait maintenant, les hommes. Tous des égoïstes et des trahisseurs. Encore un amant, pour qu’il vous plante là, quand il en aura assez, n’est-ce pas ? Et peut-être avec un second bébé. Pas de ça, Lisette !… D’ailleurs, elle ne pensait plus à la bagatelle. Fini, l’amour. La maternité l’avait calmée, assagie.
(François Coppée, Le Coupable)
Pègre (haute)
Vidocq, 1837 : Le plus fécond de nos romanciers, celui qui sait le mieux intéresser ses lecteurs au sort des héros qu’il met en scène, parle, dans une de ses dernières publications (le Père Goriot), d’une association de malfaiteurs qu’il nomme la Société des Dix Mille, parce que tous ses membres se sont imposé la loi de ne jamais voler moins de 10,000 francs. La Société des Dix Mille n’abandonne jamais celui de ses affiliés qui est toujours resté fidèle au pacte d’association. Tout en donnant carrière à son imagination, le spirituel romancier semble n’avoir voulu parler que de la Haute Pègre.
La Haute Pègre, en effet, est l’association des voleurs qui ont donné à la corporation des preuves de dévouement et de capacité, qui exercent depuis déjà long-temps, qui ont inventé ou pratiqué avec succès un genre quelconque de vol. Le Pègre de la Haute ne volera pas un objet de peu de valeur, il croirait compromettre sa dignité d’homme capable ; il ne fait que des affaires importantes, et méprise les voleurs de bagatelles auxquels ils donnent les noms de Pégriot, de Pègre à marteau, de Chiffonnier, de Blaviniste.
L’association des Pègres de la Haute a ses lois, lois qui ne sont écrites nulle part, mais que cependant tous les membres de l’association connaissent, et qui sont plus exactement observées que celles qui régissent l’état social. Aussi le Pègre de la Haute qui n’a pas trahi ses camarades au moment du danger n’est jamais abandonné par eux, il recoit des secours en prison, au bagne, et quelquefois même jusqu’au pied de l’échafaud.
On rencontre partout le Pègre de la Haute, chez Kusner et au café de Paris, au bal d’Idalie et au balcon du théâtre Italien ; il adopte et il porte convenablement le costume qui convient aux lieux dans lesquels il se trouve, ainsi il sera vêtu, tantôt d’un habit élégant sorti des ateliers de Staub ou de Quatesous, tantôt d’une veste ou seulement d’une blouse. Le Pègre de la Haute s’est quelquefois paré des épaulettes de l’officier-général et du rochet du prince de l’église ; il sait prendre toutes les formes et parler tous les langages : celui de la bonne compagnie comme celui des bagnes et des prisons.
Quoique le caractère des hommes soit, à très peu de chose près, toujours le même, les associations de voleurs ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient autrefois. La Haute Pègre, maintenant, n’est guère composée que d’hommes sortis des dernières classes de la société, mais jadis elle comptait dans ses rangs des gens très-bien en cour. La plupart d’entre eux, placés par leur position au-dessus des lois, se faisaient une sorte de gloire de la braver. « L’administration de la justice, dit Dulaure dans ses Essais sur Paris, faible et mal constituée, accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d’une main les abus qu’elle faisait naître de l’autre ; une législation vague et incertaine laissait un champ vaste à l’arbitraire, et, à la faveur des formes compliquées de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
Le hasard de la naissance tenait lieu de génie, de talens et de vertus ; dépourvus de ces qualités, le noble n’en était pas moins honoré ; doué de ces qualités, le roturier n’en était pas moins avili.
Tant de germes de corruption, des institutions vicieuses et sans force pour lutter avec avantage contre les passions humaines, encouragées par l’intérêt du gouvernement, ne pouvaient qu’égarer l’opinion et pervertir la morale publique. »
Aussi, dit l’auteur de la Pourmenade du Pré aux Clercs, ouvrage publié en 1622, « des vols et assassinats très-multipliés se commettent, non-seulement la nuit, mais encore en plein jour, à la vue de la foule qui ne s’en étonne pas. »
Bussi Rabutin (Mémoires secrets, tome 1er, page 22) raconte qu’étant à Paris, deux filoux de qualité, le baron de Veillac de la maison de Benac, et le chevalier d’Andrieux, ayant appris qu’il avait reçu 12,000 livres pour faire les recrues de son régiment, vinrent en armes, pendant la nuit, entrèrent dans sa chambre par la fenêtre et lui en volèrent une partie ; ces Messieurs auraient, dit-il, volé le tout si la peur ne les avait fait fuir.
L’époque à laquelle Bussi Rabutin écrivait ses Mémoires, fut, sans contredit, l’âge d’or de la Haute Pègre : les temps sont bien changés ; les derniers membres renommés de la Haute Pègre, les Cognard, les Collet, les Gasparini, les Beaumont, sont morts depuis déjà longtemps, et n’ont pas laissé de dignes successeurs.
Il serait à peu près inutile de chercher à moraliser les membres de la Haute Pègre, ils volent plutôt par habitude que par besoin ; ils aiment leur métier et les émotions qu’il procure ; captifs, leur pensée unique est de recouvrer la liberté pour commettre de nouveaux vols, et leur seule occupation est de se moquer de ceux de leurs compagnons d’infortune qui témoignent du repentir, et manifestent l’intention de s’amender.
Plusieurs nuances distinguent entre eux les membres de la Haute ; la plus facile à saisir est, sans contredit, celle qui sépare les voleurs parisiens des voleurs provinciaux ; les premiers n’adoptent guère que les genres qui demandent seulement de l’adresse et de la subtilité : la Tire, la Détourne, par exemple ; les seconds, au contraire, moins adroits, mais plus audacieux, seront Cambriolleurs, Roulottiers ou Venterniers ; les parisiens fournissent généralement la masse de la population des maisons centrales, les provinciaux fournissent celle des bagnes. Quoi qu’il en soit, les uns et les autres ne pêchent pas par ignorance : les Pègres de la Haute sont tous d’excellents jurisconsultes, ils ne procèdent, pour ainsi dire, que le Code à la main.
Celui d’entre eux qui a adopté un genre de vol, renonce plus difficilement au métier que celui qui les exerce tous indifféremment, et cela peut facilement s’expliquer : celui qui ne pratique qu’un genre acquiert bientôt une telle habileté qu’il peut, en quelque sorte, procéder impunément ; cela est si vrai, que l’on n’a dû qu’à des circonstances imprévues l’arrestation de la plupart des Pègres de la Haute qui ont comparu devant les tribunaux.
J’ai dit plus haut que maintenant la plupart des Pègres de la Haute sortaient des dernières classes de la société, cela n’empêche pas qu’ils ne se piquent d’être doués d’une certaine grandeur d’âme et de beaucoup d’amour-propre ; lorsque les Jambe d’argent, les Capdeville, qui à une certaine époque étaient les premiers de la corporation, après s’être introduits à l’aide de fausses clés ou d’effraction dans un appartement qu’on leur avait indiqué, trouvaient dans les meubles qu’ils avaient brisés des reconnaissances du Mont-de-Piété ou quelques autres papiers qui indiquaient que la position de celui qu’ils voulaient voler n’était pas heureuse, ils avaient l’habitude de laisser, sur le coin de la cheminée tout l’or qu’ils avaient en poche, comme réparation du dommage qu’ils avaient causé ; plusieurs Tireurs donnaient au premier venu la montre qu’ils venaient de voler si elle n’était pas d’or.
Larchey, 1865 : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq.
La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses.
(Canler)
Perle
d’Hautel, 1808 : La perle des garçons ou des filles. Pour, dire un jeune homme, une jeune demoiselle recommandables par des qualités personnelles et par leurs vertus.
Je ne suis pas venu ici pour enfiler des perles. C’est-à-dire, pour perdre mon temps à des bagatelles, à des frivolités.
France, 1907 : Vent intestinal : ne s’emploie que dans cette expression : lâcher une perle.De quoi donc ?… on dirait d’un merle ;
Ej’ viens d’entendre un coup d’sifflet !…
Mais non, c’est moi que j’lâche eun’ perle,
Sortez donc, Monsieur, s’i’ vous plait…
Ah ! mince, on prend des airs de flûte,
On s’régal’ d’un p’tit quant à soi…
Va, mon vieux, pêt’ dans ta culbute,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
Pied
d’Hautel, 1808 : Donnez un coup de pied jusqu’à cet endroit. Manière de parler métaphorique, pour engager quelqu’un à se transporter dans un lieu.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Se dit par raillerie d’une personne qui a le pied gros et mal fait, et qui a la prétention de se chausser en pied mignon.
Mettre les pieds dans le plat. Pour, ne plus garder de mesure ; casser les vitres.
J’en ai cent pieds par-dessus la tête. Pour, je suis dégoûté de cette affaire ; je donnerois volontiers tout au diable.
Il a trouvé chaussure à son pied. Pour dire, il a rencontré ce qu’il lui falloit ; et, dans un sens contraire, il a trouvé à qui parler ; quelqu’un qui lui a résisté.
Déferré des quatre pieds. Battu à plattes coutures.
Il se trouvera toujours sur ses pieds. Signifie qu’un homme industrieux et laborieux, quelque chose qui arrive, trouvera toujours de quoi subsister.
Il croit tenir Dieu par les pieds. Se dit pour exagérer le contentement de quelqu’un.
Il a eu un pied de nez. Se dit d’un homme qui a été trompé dans ses espérances ; qui a reçu quelque mortification.
La vache a bon pied. Pour dire qu’un plaideur est riche ; qu’il peut satisfaire aux frais d’un procès.
Elle n’a point de pieds. Se dit d’une chose que l’on attend, et qui n’arrive pas comme on le désire.
Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un. Lui faire des propositions déraisonnables ; le tenir avec beaucoup de sévérité.
Il fait cela haut le pied. Pour, d’une manière supérieure, avec habileté, perfection.
Elle sèche sur pied. Se dit d’une personne consumée par le chagrin et la tristesse.
Il voudroit être à cent pieds sous terre. Se dit d’un homme qui est dégoûté de la vie ; qui mène une vie malheureuse.
C’est un pied d’Escaut, un pied plat, un pied poudreux. Se dit d’un misérable, d’un chevalier d’industrie, d’un homme obscur, sans moyens, sans fortune, et qui ne jouit d’aucune considération.
Chercher quelqu’un à pied et à cheval. Le chercher partout.
Faire rage de ses pieds tortus. Intriguer ; se donner beaucoup de mouvement pour la négociation d’une affaire.
Les petits pieds font mal aux grands. Se dit d’une femme qui se trouve souvent mal dans sa grossesse.
Quand on lui donne un pied, il en prend quatre. Se dit d’un homme entreprenant, qui abuse de la liberté qu’on lui a donnée.
Faire le pied de derrière. Saluer avec le pied ; faire des révérences à n’en plus finir.
Faire le pied de grue. C’est-à-dire, le soumis, l’hypocrite, le tartuffe ; s’humilier devant quelqu’un dont on veut tirer parti.
Faire le pied de veau. Flatter, caresser, cajoler quelqu’un qui est puissant ; lui marquer de l’obéissance, de la soumission.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’une personne susceptible qui se pique de la moindre des choses, et que l’on n’offense pas impunément.
Être en pied. Pour dire, être sur ses gardes ; être en mesure ; être en fonds ; être bien dans ses affaires.
Faire pieds neufs. Mettre un enfant au monde ; accoucher.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le réduire au silence ; le confondre ; le mettre hors d’état de répondre.
Au pied de la lettre. Pour dire, à proprement parler.
Des pieds de mouches. On appelle ainsi une écriture mal formée, difficile à lire.
Disputer sur des pieds de mouches. C’est-à dire, sur des bagatelles.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. Le contraindre à faire son devoir.
Aller de son pied gaillard. Voyager lestement et sans frais.
Vous êtes encore sur vos pieds. Pour dire, vous êtes encore en état de faire ce qu’il vous plaira.
Vidocq, 1837 : Les Tireurs adroits avaient autrefois l’habitude, en partageant avec les Nonnes et les Coqueurs, de retenir, sur la totalité du chopin, 3 ou 4 francs par louis d’or. Plusieurs Tireurs qui existent encore à Paris, et qui sont devenus sages, avaient l’habitude de prélever cette dime.
Halbert, 1849 : Sol.
Fustier, 1889 : Part. Ce à quoi on a droit.
Mon pied ! ou je casse ! Ma part ou je te dénonce.
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Part. En avoir son pied. En avoir suffisamment.
Hayard, 1907 : Partage.
France, 1907 : Part, affaire ; argot faubourien. En avoir son pied, en avoir assez ; ça fait le pied, ça fait l’affaire ; il y a pied, il y a moyen. Mon pied, ou je casse, ma part ou ça va se gâter.
Piquer
d’Hautel, 1808 : Il est piqué comme une courte pointe. Se dit d’un homme très-susceptible, qui a pris de l’humeur, qui s’est offensé pour une frivolité, une bagatelle, et dont le silence et la réserve témoignent le mécontentement.
On ne sait quelle mouche l’a piqué. Pour, on ne connoît point le sujet de sa bourderie, de sa mauvaise humeur.
Se piquer. Se vanter, s’énorgueillir de quelques talens ; faire le fanfaron, marquer de l’arrogance et de l’orgueil, comme le font ordinairement les petits maîtres, les fats, les pédans.
Delvau, 1866 : v. a. Faire quelque chose, — dans l’argot des Polytechniciens. Piquer l’étrangère. S’occuper d’une chose étrangère à la conversation.
Rossignol, 1901 : Chiffonner.
France, 1907 : Donner une note ; argot des écoles militaires. Piquer bas, donner une note faible ; piquer haut, forcer la note. Piquer la constante, donner constamment la même note.
On site des examinateurs qui ne piquent jamais de 20, de 19 ou même de 18. Le célèbre Gérono disait à un élève qui venait de passer en colle d’une manière remarquable : « Si Dieu le Père passait chez moi à la planche, je lui piquerais 19 ; si c’était Jésus-Christ, je piquerais 18 : si c’était M. Chasles, je mettrais 17. Pour vous, Monsieur, je me contenterai de vous piquer 16. »
(Albert Lévy et G. Pinet)
Entre nous, le célèbre Gérono méritait d’être piqué cuistre.
Porté sur la bagatelle (être)
France, 1907 : Avoir des dispositions amoureuses.
La petite Marie venait me voir. Elle devait me trouver froid à son égard, car, fatigué par tant de secousses, j’étais peu porté sur la bagatelle.
(Léon Daudet, Les Morticoles)
Postiche, postige
Rigaud, 1881 : Parade de saltimbanque. Petites scènes jouées en plein air pour attirer le public. Bagatelles de la porte avec accompagnement de soufflets et de coups de pied au cul. C’est le lever de rideau des artistes forains. — Les saltimbanques donnent encore le nom de postiche ou postige aux exercices qu’ils font sur la voie publique : un tapis percé à jour, quatre pavés pour retenir le tapis, un orgue, un plateau pour la quête, une chaise pour le travail de la dislocation ou des poids pour le travail de force, voilà la scène et la composition du postige.
Pour le roi de Prusse (travailler)
France, 1907 : Perdre son temps, travailler pour rien. Cette expression est attribuée à Voltaire, furieux de l’avarice de Frédéric II qui, l’ayant sollicité, en 1750, de se rendre à la cour de Berlin, lui fit subir quantité de petites avanies. Le roi lui avait promis des appointements de ministre, un appartement au château, le chauffage, deux bougies par jour, sucre, thé, café, chocolat à discrétion. Mais le thé et le chocolat étaient de mauvaise qualité, le café était avarié, le sucre en quantité dérisoire, l’éclairage insuffisant. Sur les plaintes de Voltaire, Frédéric répondit qu’il allait chasser ses canailles de valets qui n’exécutaient pas ses ordres. Il ne chassa personne et rien ne fut changé. Sur de nouvelles plaintes, il répondit :
— Comment, mon cher monsieur de Voltaire, est-il possible que vous vous laissiez distraire de vos idées poétiques par de pareilles misères ?… Ah ! je vous en prie, n’employons pas à ces simples bagatelles les moments que nous pouvons donner aux muses et à l’amitié !… voyons, n’en parlons plus…
C’est ainsi que Frédéric apaisa les réclamations du poète grincheux qui n’oublia pas, à son retour à Paris, de révéler la parcimonie de son royal ami.
— J’ai perdu temps et peine, disait-il, à travailler pour de roi de Prusse.
Prétentailles
d’Hautel, 1808 : Ornemens de femmes ; frivolités, bagatelles, toutes choses de peu de valeur.
Révolution
d’Hautel, 1808 : Mettre tout en révolution. Faire beaucoup de bruit pour rien, mettre tout en rumeur pour une bagatelle.
Risette (faire)
France, 1907 : Faire des agaceries, sourire.
Vous faites mille misères aux pauvrettes qui, ne sachant encore rien de l’existence, se laissent aller à la bagatelle et font des gosses sans vous demander la permission.
Mais voilà, vous êtes plus furieux de leur désobéissance que joyeux de voir naître un môme qui deviendra votre proie !
Tas de crétins !
Or, si vous en pincez réellement pour que le populo repeuple, faites risette aux filles-mères et supprimez la misère.
(Le Père Peinard)
Suce larbin
Vidocq, 1837 : s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.
« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.
Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.
Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.
Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué celte tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.
Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard. » Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu la maladresse de montrer mon livret ; les maitres pensent que l’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. » Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils cachaient avec soin leur livret.
Les mauvais domestiques furent et sont encore favorisés dans leurs desseins par l’indifférence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il se nommait Pierre, le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la fait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où chercher Pierre ?
L’impunité enhardit les fripons : lorsqu’un domestique a commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître qui ne veut pas sacrifier au juge d’instruction et aux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom.
Ainsi sapé dans ses fondemens, par la ruse des domestiques et l’insouciance des maîtres, le décret de 1810 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions.
Aujourd’hui rien ne régit la classe si nombreuse des domestiques (dans Paris seulement on en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les effets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvantent non-seulement les gens obligés de se faire servir, mais encore le philantrope qui désire l’amélioration des classes infimes. »
Une cause qui contribue puissamment à démoraliser les domestiques, est la multitude de bureaux de placement qui infestent la capitale (on en compte plus de trois cents) ; la Gazette des Tribunaux a plus d’une fois donné la mesure de la moralité des individus qui dirigent ces sortes d’établissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, que les tribunaux viennent de faire justice de deux de ces forbans. La Gazette des Tribunaux rapporte, que les sieurs Prévost et Turquin, directeurs du bureau de placement rue St.-Denis, no 357, viennent d’être condamnés à un an de prison, cent francs d’amende, et à la restitution des sommes nombreuses extorquées par eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de l’argent ; pour arriver à ce but ils doivent désirer des mutations, car plus il y a de mutations, plus il y a d’inscriptions à recevoir.
Dans toutes les professions centralisées, lorsqu’un individu commet une faute, si elle est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans examen préalable tous ceux qui se présentent, donnent aux mauvais domestiques la faculté de se produire comme des hommes nouveaux autant de fois qu’il y a d’établissement de ce genre ; les maîtres qui choisissent là leurs serviteurs sont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au premier jour ils s’éveillent et sonnent leur domestique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchent leur montre ; plus de montre, elle a disparu avec le domestique ayant de bons répondans. Un autre inconvénient des bureaux de placement, moins grave il est vrai, mais cependant très-désagréable, est celui-ci : vous demandez un cocher, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez un cuisinier, c’est un palefrenier que l’on vous adresse.
Si les bureaux de placement nuisent aux maîtres, ils nuisent aussi aux bons serviteurs ; alléchés par des annonces mensongères, ces hommes laborieux grimpent bravement les quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ou moins forte, et sortent bercés par l’espérance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.
Lorsque l’on a toujours vécu dans une certaine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pu étudier des mœurs qui échappent aux yeux des gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la même histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure de faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance ; je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : il faut vivre, a poussé plus de victimes dans l’abîme, que la corruption et la débauche.
« Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent.
Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. L’obligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dix-sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des Tribunaux a rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et 11 septembre 1835.)
Un établissement créé sur une vaste échelle, qui remédierait aux inconvéniens, aux vices même qui viennent d’être signalés, établissement fondé dans l’intérêt des maîtres ct dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti : les services immenses que j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de renseignemens existent, ont engagé mes nombreux cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante, et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée.
Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’autres erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes efforts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égarés seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administration, ils devront donc disparaître de la corporation : au reste, et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philantropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’avait paru une utopie irréalisable.
Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont je saurai, je l’espère, me montrer toujours digne.
Sans pourtant négliger les anciens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme décident de sa vie toute entière. Une correspondance sera établie avec MM. les maires de toutes les communes de France qui voudront bien, sans doute, encourager mes efforts et m’adresser ceux de leurs administrés qui viendraient à Paris pour servir. Aucun domestique ne sera admis à l’agence qu’il n’ait préalablement établi son individualité d’une manière positive, et justifié de l’emploi de son temps depuis sa sortie de son pays.
Une carte dont le domestique sera porteur pour être envoyé en place, fera connaître ses nom, prénoms, ses antécédens, etc., etc. ; les maîtres sauront donc enfin quelles sont les mœurs, les habitudes et le caractère de leurs serviteurs.
Comme on l’a déjà dit, les mauvais seront impitoyablement repoussés, les bons, au contraire, seront protégés, aidés et secourus en cas de besoin.
Je ne prétends pas avancer que ces mesures détruiront de suite le mal, le temps seul peut opérer des prodiges ; mais si les maîtres veulent bien, en s’adressant exclusivement à moi, seconder mes efforts, le bien ne tardera pas à se faire sentir.
Les domestiques sortis de l’administration devront donc jusqu’à un certain point inspirer de la confiance, car enfin ils seront connus, et leur vie passée sera la garantie morale de leur vie à venir.
On appréciera, j’ose l’espérer, ce que je viens de dire, et pour être bien comprises, mes raisons n’ont pas besoin de plus longues explications : que l’on me permette seulement les quelques lignes qui suivent et qui doivent nécessairement terminer ce discours.
Ceux qui se font servir considèrent aujourd’hui leurs domestiques comme des instrumens nécessaires sans doute, mais qui peuvent être brisés sans remords ; cette funeste tendance des esprits a fait plus de coupables peut-être que les vices naturels à l’homme, dont l’éducation n’a pas corrigé les mœurs : le domestique qui ne reçoit en échange de son travail, de ses soins, de son dévouement même, que de l’argent seulement, se dégoûte bientôt d’une chaîne dont l’espoir d’un meilleur avenir ne vient pas alléger le poids ; il se sert, pour quitter cette position devenue insupportable, de tous les moyens qui se présentent à son esprit : aussi tel individu a manqué à sa destinée qui devait être celle d’un honnête homme, parce que ses protecteurs naturels n’ont pas su deviner le fruit caché sous une rude écorce. Il existe malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombre de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.
Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiques qui honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tête, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domestiques périssent d’inanition sur la voie publique.
On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiques sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupent pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toit que des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, l’encourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. »
Voir
d’Hautel, 1808 : Voir deux cochers sur un siège. Être ivre.
Il ne voit pas plus loin que son nez. Se dit par raillerie d’une personne bornée, sans jugement et sans prévoyance.
Il faut voir cela avec les yeux de la foi. C’est-à-dire, ne pas l’examiner avec scrupule ; n’y pas mettre une grande attention.
Si vous ne voulez pas le croire, allez-y voir. Se dit à quelqu’un qui fait l’incrédule, qui se refuse à ajouter foi à un discours, à un récit.
Il a vu le loup. Pour, c’est un vieux renard, un rusé compère qui a vu du pays, qui a fait des siennes.
On diroit qu’il n’a jamais rien vu que par le trou d’une bouteille. Se dit par raillerie d’un nigaud, d’un homme qui s’extasie sur des bagatelles, qui n’a pas fréquenté le monde.
Voyons voir. Pléonasme et solécisme très-usités parmi le peuple ; pour dire, permettez que je voye, ou, laissez moi voir.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.
Vous languissez quelquefois
À lacour plus de trois mois,
Sans que l’heure se présente,
Et moi, bienheureux, je vois,
Quand il me plaît ma servante.
(Cabinet satyrique)
Vous avez été pour le moins six mois à la voir journellement.
(Ch. Sorel)
Il dit que si je la vois
En un mois plus d’une fois,
Il m’en coûtera la vie.
(Saint-Pavin)
Le dernier homme que voit Fulvia, c’est toujours celui qu’elle croit destiné par le ciel à perpétuer sa race.
(Diderot)
Delvau, 1866 : v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam, — dans l’argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : v. n. Se dit de l’indisposition mensuelle des femmes, — dans l’argot des bourgeoises.
Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans le jargon des voleurs. — Se faire voir, se faire arrêter.
Rigaud, 1881 : Avoir ses menstrues, — dans le jargon des bourgeoises. Voir Sophie, — dans celui des ouvrières.
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