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Abadie

Delvau, 1866 : s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi, avec mépris, parce qu’ils ont remarqué qu’elle se compose de badauds, de gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les oreilles d’une façon démesurée.

Abadie, abadis

France, 1907 : Foule ; argot des voleurs. D’après Alfred Delvau, ce mot viendrait de badaud, le badaud formant l’élément général des foules. Mais j’opine pour le provençal Abadie, abbaye, dérivé lui-même de l’italien Abbadia, les abbayes étant remplies d’une foule de moines fainéants.

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Badaud

d’Hautel, 1808 : Niais, dandin, nigaud, hébété.
Les badauds de Paris. Sobriquet injurieux que l’on donne aux Parisiens à cause de leur frivolité ; et de la surprise qu’ils témoignent sur les choses les moins dignes de fixer l’attention.
Si les Parisiens, hors de leur ville, passent pour badauds aux yeux des étrangers, combien ceux-ci ne le paroissent-ils pas davantage aux Parisiens, en arrivant dans la grande ville ?

Badaud de Paris

France, 1907 : Niais qui s’amuse de tout, s’arrête à tout, comme s’il n’avait jamais rien vu.
Un jésuite du siècle dernier, le père Labbe, dit que cette expression de badaud vient peut-être de ce que les Parisiens ont été battus au dos par les Normands, à moins qu’elle ne dérive de l’ancienne porte de Bandage ou Badage. Il faut avoir la manie des étymologies pour en trouver d’aussi ridicules.
Celle que donne Littré et qu’il a prise de Voltaire est plus vraisemblable. Badaud vient du provençal badau (niaiserie), dérivé lui-même du mot latin badare (bâiller). Le badaud, en effet, est celui qui ouvre la bouche en regardant niaisement, comme s’il bâillait, qui baye aux corneilles, enfin.
Mais pourquoi gratifier les Parisiens de cette spécialité ? C’est qu’à Paris, comme dans toute grande ville, une foule d’oisifs cherchent sans cesse des sujets de distraction et s’arrêtent aux moindres vétilles. « Car le peuple de Paris, dit Rabelais, est tant sot, tant badault, et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vieilleux au milieu d’un carrefour assemblera plus de gents que ne feroit un bon prescheur évangélicque. »
Et plus loin : « Tout le monde sortit hors pour le voir (Pantagruel) comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot par nature, par béquarre et par bémol, et le regardoient en grand ébahissement… »
Avant lui, les proverbes en rimes du XVIIe siècle disent déjà :

Testes longues, enfans de Paris
Ou tous sots ou grands esprits.

Ces badauds prétendus de Paris sont surtout des campagnards et des gens de province. Le badaud se trouve partout où affluent les étrangers, aussi bien à Londres qu’à Rome et à Berlin.
Corneille dit :

Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés… Il y croit des badauds autant et plus qu’ailleurs.

Et Voltaire :

Et la vieille badaude, au fond de son quartier,
Dans ses voisins badauds vois l’univers entier.

Et enfin Béranger :

L’espoir qui le domine,
C’est, chez un vieux portier,
De parler de la Chine
Aux badauds du quartier.

(Jean de Paris)

Toute grande ville a sa collection d’imbéciles, car il ne suffit pas à un idiot de Quimper-Corentin ou de Pézenas de vivre à Paris pour devenir spirituel : sa bêtise, au contraire, ne s’y étale que mieux.

Badauder

d’Hautel, 1808 : Niaiser, s’amuser constamment à des choses frivoles ; s’extasier sur tout.

Badauderie

d’Hautel, 1808 : Niaiserie, nigauderie, sottise.

Badaudière

France, 1907 : Paris, ville des badauds.

Parmi tous les badauds de la grande badaudière parisienne, qui est le pays du monde où l’on en trouve le plus, parmi les flâneurs gâcheurs de temps…

(Jean Richepin)

Badeloris, badeur

d’Hautel, 1808 : Synonymes de Badaud.

Bader

d’Hautel, 1808 : Syncope de Badauder, dont ce mot a toutes les acceptions.

Baguenauder

d’Hautel, 1808 : Au propre, aller à la recherche des baguenaudes, pour s’amuser à les faire claquer. Au figuré, niaiser, badauder, perdre son temps à des bibus, à des riens.

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, vagabonder, — les mains dans les poches. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se promener, flâner, paresser, — dans le jargon des voyous. C’est-à-dire avoir les mains dans les baguenaudes, dans les poches.

Virmaître, 1894 : Flâner, errer par les chemins sans avoir un but déterminé. Être longtemps sans ouvrage (Argot du peuple).

Hayard, 1907 / France, 1907 : Flâner.

Baliverner

d’Hautel, 1808 : Dire ou conter des balivernes ; se jouer de quelqu’un, le berner ; donner son temps à des occupations vaines et frivoles ; niaiser, badauder.

Boniment

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.

M.D., 1844 : Conversation.

un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.

Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.

Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.

Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.

C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.

La Rue, 1894 : Propos, discours.

Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Discours.

France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.

Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »

(Jean Richepin)

Bouline

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

Rigaud, 1881 : Quête simulée faite dans les foires entre truqueurs pour chauffer le zèle des badauds.

Virmaître, 1894 : Cette expression désigne une vieille coutume en usage dans les petites fêtes locales. Les camelots qui font ces fêtes se cotisent pour produire une certaine somme elle est destinée à faire boire le garde-champêtre pour détourner sa surveillance ou à l’indemniser s’il y consent pendant qu’un des compères qui tient un jeu de hasard vole les paysans. Bouliner, faire le tour de la bouline (Argot des camelots).

Hayard, 1907 : Fête des marchands en certains lieux.

France, 1907 : Collecte.

Les truqueurs des foires de village font ce qu’ils nomment une bouline, c’est-à-dire une collecte entre eux, et ils chargent un compère de distraire le surveillant, de l’emmener à l’écart, de l’inviter et de le griser. Alors, malheur aux pauvres pétrousquins (particuliers) qui s’aventurent à jouer ! ils sont rançonnés sans merci.

(Privat d’Anglemont)

Bouterne

Vidocq, 1837 : s. f. — La Bouterne est une boîte carrée, d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, et parmi lesquels les badauds ne manquent pas de remarquer la pièce à choisir, qui est ordinairement une superbe montre d’or accompagnée de la chaîne, des cachets, qui peut bien valoir 5 à 600 fr., et que la Bouternière reprend pour cette somme si on la gagne.
Les chances du jeu de la Bouterne, qui est composé de huit dés, sont si bien distribuées, qu’il est presque impossible d’y gagner autre chose que des bagatelles. Pour avoir le droit de choisir parmi toutes les pièces celle qui convient le mieux, il faut amener une râfle des huit dés, ce qui est fort rare ; mais ceux qui tiennent le jeu ont toujours à leur disposition des dés pipés, et ils savent, lorsque cela leur convient, les substituer adroitement aux autres.
Ils peuvent donc, lorsqu’ils croient le moment opportun, faire ce qu’ils nomment un vanage, c’est-à-dire, permettre à celui qu’ils ont jugé devoir se laisser facilement exploiter, de gagner un objet d’une certaine importance ; si on se laisse prendre au piège, on peut perdre à ce jeu des sommes considérables. Le truc de la Bouterne est presque exclusivement exercé par des femmes étroitement liées avec des voleurs ; elles ne manquent jamais d’examiner les lieux dans lesquels elles se trouvent, et s’il y a gras (s’il y a du butin à faire), elles renseignent le mari ou l’amant, qui a bientôt dévalisé la maison. C’est une femme de cette classe qui a indiqué au célèbre voleur Fiancette, dit les Bas-Bleus, le vol qui fut commis au Mans, chez le notaire Fouret. Je tiens les détails de cet article de Fiancette lui-même.
Comme on le pense bien, ce n’est pas dans les grandes villes que s’exerce ce truc, il s’y trouve trop d’yeux clairvoyans ; mais on rencontre à toutes les foires ou fêtes de village des propriétaires de Bouterne. Ils procèdent sous les yeux de MM. les gendarmes, et quelquefois ils ont en poche une permission parfaitement en règle du maire ou de l’adjoint ; cela ne doit pas étonner, s’il est avec le ciel des accommodemens, il doit nécessairement en exister avec les fonctionnaires publics.

Larchey, 1865 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.

Delvau, 1866 : s. f. Boîte carrée d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, parmi lesquels il y a l’inévitable « pièce à choisir », qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, « d’une valeur de 600 francs », que la marchande reprend pour cette somme lorsqu’on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela : les dés sont pipés !

Rigaud, 1881 : Tablette, plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement.

France, 1907 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires, les objets, montres ou bijoux destinés à amorcer les amateurs de jeux d’adresse ou de hasard.

Buse

d’Hautel, 1808 : Badaud, musard, sot et ignorant.
On ne sauroit faire d’un buse un épervier. C’est-à-dire d’un fat, d’un laquais, un homme d’importance ; d’un sot, un homme d’esprit.

Chahut

Larchey, 1865 : Danse populaire.

Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.

(1833, Mansion)

La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.

(Privat d’Anglemont)

Larchey, 1865 : Dispute.

Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

Delvau, 1866 : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.

Rigaud, 1881 : Bruit, tapage. Faire du chahut.

Rigaud, 1881 : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.

Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.

(Physiologie du Carnaval)

La Rue, 1894 : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.

France, 1907 : « Le chahut est la danse par excellence, dit l’auteur des Physionomies parisiennes, danse fantaisiste, sensuelle, passionnée, plus d’action et de mouvement que d’artifice, qui se prête aux improvisations les plus hardies et les plus excentriques… Le cancan est l’art de lever la jupe : Le chahut, l’art de lever la jambe. »
S’il faut en croire le même auteur, ce qui caractérise le chahut, c’est la décence ; car, dit-il, tout ce qui est simple et naturel est décent, et le chahut est la plus simple et la plus naturelle de toutes les danses.
Le chahut remonte à la plus haute antiquité. Cette danse à été et est encore celle de tons les peuples primitifs. Les austères Lacédémoniennes dansent le chahut en costume des plus légers : c’est le chahut que le saint roi David dansait devant l’arche, et le Parisien badaud a pu jouir d’un vrai chahut sauvage avec les Peaux-Rouges du colonel Cody.

— Hein ! quelle noce à la sortie du bloc ! Que de saladiers rincés joyeusement et de chahuts échevelés pour célébrer le sacrifice ! Franchement, ça vaut ça !

(Montfermeil)

France, 1907 : Bruit, tapage.

Peu à peu, le cabaret du Hanap d’Or s’était rempli de monde. Adèle, Marie étaient venues entourées d’une bande de petits gommeux qui, ce soir-là, avaient trouvé amusant d’aller faire du chahut à l’Élysée-Montmartre.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

Chaillot (à) !

France, 1907 : Exclamation qu’ou lance aux gêneurs. Aller à Chaillot signifie : aller au diable. Chaillot a été, on ne sait pourquoi, le point de mire des sarcasmes des Parisiens. À dire vrai, les badauds de Paris n’ont rien à revendre en âneries aux ahuris de Chaillot.

Charrieur

un détenu, 1846 : Voleur en accostant.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a la spécialité du charriage. Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques. Charrieur de ville. Celui qui vole à l’aide de procédés chimiques. Charrieur à la mécanique. Autre variété de voleur.

Rigaud, 1881 : Compère, — dans le jargon des grecs.

Rigaud, 1881 : Curieux, — dans l’argot des voleurs. — Charriage, curiosité. — J’aime pas le charriage, moi.

Fustier, 1889 : adj. Curieux. — Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs.

Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.

(Henri IV, 1881)

La Rue, 1894 : Voleur au charriage. Curieux. Racoleur pour les tripots.

France, 1907 : Voleur au charriage.

Le filou qui se livre à cet art se promène dans les endroits publics, fréquentés de préférence par les personnes paraissant des propriétaires ou des ouvriers aisés. Il suit sa victime choisie avec soin, et, s’approchant d’elle, il la pousse légèrement, se baisse et feint de ramasser à terre un objet…
Le promeneur, surpris, s’arrête et regarde.
Le voleur s’extasie sur sa chance. Il vient de trouver une bague ou une épingle de prix. Il attend que le badaud donne son avis. Si celui-ci dit : « Il faut porter cet objet trouvé au prochain bureau de police », l’homme s’esquive sans rien ajouter. Si le bon bourgeois ne dit rien ou admire le bijou, le charrieur (voleur à tour d’adresse) le tourne, le retourne entre ses doigts, comme embarrassé, et dit : « Je ne saurai que ne faire de cela… elle vaut au moins quarante francs, cette bague : si j’en trouvais vingt francs, je la céderais bien ! » Neuf fois sur dix, le badaud tombe dans le piège : il pense que l’homme ne sait pas la vraie valeur du bijou, puisqu’il évalue quarante francs ce qui vaut, à vue d’œil, et par de poids, soixante ou quatre-vingts francs. Il lâche son louis et le tour est joué. La bague, quand elle est estimée, vaut à peine deux ou trois francs.

(La Nation)

Clabaud

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris qui équivaut à balourd, benêt ; homme dont la langue est dangereuse ; grand parleur.

France, 1907 : Compère qui parle haut dans les foules, pérore et attire l’attention des badauds, tandis que ses camarades fouillent les poches. On dit aussi clabaud de cohu.

Cockney

France, 1907 : Badaud, ignorant plein de préjugés ; anglicisme.

C’est l’étranger badaud, le marchand de pruneaux imbécile, le rastaquouère, le forban cosmopolite parlant et volant dans toutes les langues, c’est, surtout, le « snob », de cockney de Londres et des trente-deux comtés, race « objectionable », avouent les feuilles britanniques, ignorante, infatuée, trainant partout ses préjugés et sa mauvaise éducation, détestable à tous, aux compagnons de route, aux hôteliers, aux indigènes, et que convoie au milieu des lazzis de l’Europe et à la stupéfaction de l’Asie, à prix réduits et fixes, la célèbre agence de Ludgate Circus.

(Hector France, Monaco et la Côte d’azur)

Colas

d’Hautel, 1808 : Un grand Colas. Terme de raillerie qui a la même signification que grand dadais, nigaud, badaud, homme d’une extrême simplicité d’esprit.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le cou. Faire suer le colas, égorger, couper le cou.

Halbert, 1849 : Le cou.

Delvau, 1866 : s. m. Cou, — dans le même argot [des voleurs]. Faucher le colas. Couper le cou. On dit aussi le colin.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, ou seulement homme timide, — dans l’argot du peuple, qui aime les gens dégourdis. Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

France, 1907 : Niais, benêt de village. Faire bailler le colas, couper la gorge. Allusion soit au cou, soit au mot Colas, la victime étant, aux yeux de l’assassin, toujours un niais, c’est-à-dire un pante.

Comtois

un détenu, 1846 : Feinte. Battre comtois, faire semblant, singer, etc.

Larchey, 1865 : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — V. Battre.

Sans doute qu’elle bat comtois.

(Decourcelle)

La Rue, 1894 : Compère. Niais. Scène feinte. Mensonge.

Rossignol, 1901 : Voir Battre comtois ou Chiquer contre.

Hayard, 1907 : Compère.

France, 1907 : Boniment.

— Ni comme moi, reprend un collègue : je n’ai pas mon pareil, je m’en flatte, pour débiter un comtois. Je suis sûr de mon effet ; les badauds m’achètent tout ce que je veux.

(Louis Barron, Paris Étrange)

France, 1907 : Compère.

Des tonnerres de bravos accueillirent la victoire du comtois. En une seconde, l’arène fut pleine d’oranges, de cigares et de fleurs.
— T’auras du moins d’quoi fumer ! dit le jongleur de poids, en aidant l’Italien à ramasser cette moisson. Mais, pour ta soupe, je crois qu’tu feras bien de la chercher ailleurs.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Couper la queue à son chien

Delvau, 1866 : v. a. Faire quelque excentricité bruyante et publique, de façon à attirer sur soi l’attention des badauds, — stratagème renouvelé des Grecs.

Dandin

d’Hautel, 1808 : Un George-Dandin. Épithète insultante que l’on donne à un mari d’humeur facile et complaisante ; et généralement à un homme simple et pusillanime dont la bonté approche beaucoup de la bêtise.

France, 1907 : Mari trompé, personnage d’une pièce de Molière : Georges Dandin ou le Mari confondu. Mais, avant Molière, Rabelais avait déjà fait un nom propre de ce mot si expressif de notre vieille langue, qui signifiait un niais, un badaud.

De plus, nous vivons dans un milieu aimable où l’indulgence souriante est de bonne compagnie. Non seulement où ne s’indigne nullement à l’idée qu’une jolie femme trompe son mari, mais les pièces de théâtre, les romans et les journaux — que le Gil Blas prenne sa part de responsabilité ! — nous prêchent la vie facile et excusent, pour ne pas dire glorifient, l’adultère. Depuis certain général qui semble la personnification vivante de la bravoure française et de l’élégance aristocratique, il n’est plus du tout ridicule pour un marquis d’être un successeur de Sganarelle ou de Dandin.

(Colombine, Gil Blas)

Drague

M.D., 1844 : Médecin.

Halbert, 1849 : Chirurgien, drille.

Delvau, 1866 : s. f. Attirail d’escamoteur, tréteaux de charlatan, — dans l’argot des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent nettoyer les poches.

Rigaud, 1881 : Fonds de commerce de saltimbanque ; le métier de banquiste lui-même.

Il avait pris des associés et monté une drague.

(J. Vallès.)

Virmaître, 1894 : Le médecin. Allusion à la drague qui nettoye la Seine. Le médecin de prison qui a le purgatif facile, drague les intestins des malades qui sont au castu (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Médecin, charlatan, marchand d’onguent.

France, 1907 : Fonds de saltimbanque, baraque de foire, table d’escamoteur, enfin tout ce qui sert à draguer l’argent des badauds.

France, 1907 : Le médecin. Il drague les intestins.

Engayeur

Virmaître, 1894 : Complice qui attire le trèpe (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds. L’engayeur est indispensable à tous les camelots ; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs. L’engayeur est le complice du bonneteur ; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : Individu qui par ses plaisanteries arrive à faire mettre quelqu’un en colère. Engayer est synonyme de faire endéver, taquiner.

Engueulement

Larchey, 1865 : Bordée d’injures.

Vadé est le Démosthènes de l’engueulement.

(Catéch. poissard, 1844)

Delvau, 1866 : s. m. Injure de parole, — dans l’argot du peuple. Injure de plume, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Avalanche d’injures. Langage particulier aux dames des halles du temps jadis. Les bals masqués sont des écoles d’engueulement.

France, 1907 : Même sens que engueulade et engueulage.

Néanmoins, un rien l’arrête le long du chemin : parfois il regarde en badaud, soit des journaux ouverts à l’éventaire des librairies, soit une boutique nouvelle, soit un embarras de voitures provoquant un engueulement de cochers.

(Paul Pourot, Les Ventres)

Envoyer s’asseoir

France, 1907 : Même sens qu’envoyer promener. « C’est fini, nous n’avons plus besoin de vous… Allez vous asseoir. » Allusion à la phrase traditionnelle des magistrats qui viennent d’entendre la déposition d’un témoin.

On ne croit plus aux momeries
Que nous faisions pour les badauds ;
On se moque des singeries
Qui faisaient pâmer les lourdauds ;
Enfin, l’on ne croit plus au diable
Que nous prions matin et soir,
Et ce qui devint pitoyable,
Le bon Dieu nous envoie asseoir !

(Julien Fauque, Les Plaintes des Jésuites)

Fourchette

d’Hautel, 1808 : La fourchette du père Adam. Pour dire les doigts.
Il se sert de la fourchette du père Adam. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui prend la viande avec ses doigts, ce qui est incivil et malpropre.
La fourchette de l’estomac. Pour dire le bréchet.

Halbert, 1849 : Doigts de la main.

Larchey, 1865 : Homme de grand appétit, sachant bien jouer de la fourchette.

Larchey, 1865 : Réunion des doigts de la main (Bailly).

Delvau, 1866 : s. f. Baïonnette, — dans l’argot des soldats. Travailler à la fourchette. Se battre à l’arme blanche.

Delvau, 1866 : s. f. Mangeur, — dans l’argot des bourgeois. Belle fourchette ou Joli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.

Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des troupiers. — Fourchette du père Adam, les doigts. — Se servir de la fourchette du père Adam, manger avec les doigts.

Rigaud, 1881 : Voleur à la tire.

Merlin, 1888 : Voyez Déjeuner.

La Rue, 1894 : Voleur à la tire. Mangeur. Doigt. Donner le coup de fourchette, crever les yeux avec deux doigts écartés.

Virmaître, 1894 : Voleur à la tire. Allusion à ce que les voleurs qui ont cette spécialité, ne se servent que des deux doigts de la main droite qui forment fourchette pour extraire les porte-monnaies des poches des badauds (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Pick-pocket.

France, 1907 : Baïonnette, sabre. Déjeuner à la fourchette, aller se battre au sabre ou à l’épée.

Gobe-mouches

d’Hautel, 1808 : Oisif, paresseux, badaud qui a toujours le nez en l’air, et qui s’éprend d’une sotte admiration pour les choses les plus simples.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.

France, 1907 : Même sens que gobe-la-lune.

Je ne vais pas compter parmi les oiseaux de Paris ceux du Jardin des Plantes ou des oiseleurs du quai, non plus que les grues du théâtre, ou les gobe-mouches de la Bourse, ou les perroquets étouffés chaque jour sur le coup de 5 heures. Non, je méprise ces facéties de chroniquailleur.

(Jean Richepin)

Hypnotiser (se faire)

France, 1907 : Se laisser séduire. Cette locution remonte à l’affaire Chambige qui occupa, avec l’affaire Prado en 1888, la badauderie parisienne. Un jeune décadent, Chambige, ayant assassiné une femme mariée, sa maîtresse, les protestants, auxquels la victime appartenait, déclarèrent qu’une personne de la religion réformée ne pouvait faillir de plein gré, et qu’il avait fallu qu’elle fut hypnotisée par son séducteur ! O Bérenger, tu reconnais là les tiens ! Ce mot, dit avec le grotesque sérieux qui caractérise les sectes moralistes, fut relevé par presque toute la presse, et l’on ne parla plus que des femmes hypnotisées par leurs amants. Maxime Boucheron donna, dans l’Écho de Paris (17 novembre 1888), d’amusantes définitions de ce nouveau genre d’hypnotisme : On ne dira plus : « Ma femme me trompe », mais : « Ma femme se fait hypnotiser » — « Je suis du dernier bien avec Clara », mais : « J’hypnotise Clara », etc., etc. Et, au moment où la jeune épouse innocente et naïve, entrée dans la chambre nuptiale, dira rougeissante à sa mère, chargée selon l’usage de lui adresser les dernières recommandations : « Oh ! maman, j’ai peur… Que va-t-il me faire ? — T’hypnotiser, mon enfant. »

Jaspin

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Oui.

Vidocq, 1837 : adv. — Oui.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Oui.

Delvau, 1866 : adv. Oui, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Oui. — Jaspiner, parler.

La Rue, 1894 : Oui.

Rossignol, 1901 : Discours, plaidoyer.

France, 1907 : Langage, paroles.

J’ai bien quèqu’ part un camerluche
Qu’est dab dans la magistratmuche :
Son jaspin esbloqu’ les badauds.

(Jean Richepin)

France, 1907 : Oui ; argot des voleurs.

— Y a-t-il un castu dans cette vergue ? — Jaspin !

Jaspiner

d’Hautel, 1808 : Jaser, bavarder, etc. Ce verbe du vieux langage est encore en usage parmi le peuple.
Jaspiner bigorne. En terme d’argot, signifie, entendre et parler le langage des filous, des voleurs.

anon., 1827 : Parler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler, bavarder.

Vidocq, 1837 : v. a. — Parler. Terme des voleurs parisiens.

Clémens, 1840 : Parler, dire.

M.D., 1844 : Causer.

un détenu, 1846 : Parler sur quelqu’un, bavarder.

Halbert, 1849 : Parler, raconter.

Larchey, 1865 : Parler, causer. — Diminutif de Jaser.

Ils jaspinaient argot encore mieux que français.

(Grandval, 1723)

Alle voulut jaspiner avec moi.

(Vadé, 1788)

Je lui jaspine en bigorne : « N’as tu rien a morfiller ? »

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, bavarder. Jaspiner bigorne. Entendre et parler l’argot. V. Bigorne. En wallon, Jaspiner c’est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.

La Rue, 1894 : Parler.

Virmaître, 1894 : Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Parler, causer.

Hayard, 1907 : Parler.

France, 1907 : Parler, bavarder.

Pas plus tard que la semaine dernière, jaspinant à propos de la journée de huit heures, je disais : Il ne tient qu’aux prolos de réduire la durée de la journée de travail, — qu’ils le veuillent et ça sera fait.

(Le Père Peinard)

Mon fils se faisois grand : dès sa quinzième année
Il fit voir qu’il avoit l’âme noble et bien née ;
Il jaspinoit argot encor mieux que François,
Il voloit joliment, et tuoit quelquesfois ;
Peut-être il me sied mal de tenir ce langage,
Mais à la vérité je dois ce témoignage.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Jadis, pour être avocat, il ne suffisait point de savoir parler — jaspiner, disaient des clients. Pas plus que, pour être juge, il me suffisait de siéger. De ce que l’un incarnait la justice, de ce que l’autre représentait le droit, il leur était demandé de conformer un peu leur personne à leur mission, leur vie privée à leur vie publique — et le décorum n’était point que le manteau de Japhet, dissimulant les turpitudes humaines.

(Séverine)

Jauquesu

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et me qui équivaut à badaud, ignorant, jocrisse, niais

Lantiponner

d’Hautel, 1808 : Hésiter, marchander, s’amuser à des bagatelles, à des riens ; passer son temps à des niaiseries ; badauder.

Delvau, 1866 : v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.

Rigaud, 1881 : Parler pour ne rien dire.

La Rue, 1894 : Bavarder. Muser, perdre son temps à des riens.

Virmaître, 1894 : Synonyme de rasoir et de bassinant. Généralement, les concierges passent leur temps à lantiponner, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Embêter, ennuyer quelqu’un.

Louvoyante

France, 1907 : Manœuvre opérée par les agents de police pour disperser les rassemblements.

La méthode en usage pour disperser les rassemblements, méthode qu’on a baptisée la louvoyante, ne sert à dissiper les tapageurs un jour que pour les voir revenir le lendemain en plus grand nombre. Le Parisien, il faut l’avouer, badaud par excellence, se rend aux troubles comme à une fête, espérant toujours voir bousculer les autres et être assez malin pour ne pas être bousculé lui-même. Et quand il attrape des horions, il est furieux.

(Hogier-Grison, La Police)

Markouse

Virmaître, 1894 : Carte marquée visiblement par le bonneteur. Mais aussitôt qu’elle a été vue par la dupe, elle est démarquée. Il la devine, mais ce n’est plus la même (Argot des camelots).

France, 1907 : Carte dont se sert le bonneteur pour duper le pante. Il l’étale visiblement à celui-ci, la lui marque, mais quand le badaud met le doigt dessus, croyant l’avoir bien suivie de l’œil, c’est une autre qu’il retourne.

Marpau. marpaut

France, 1907 : Le maître de la maison. Vieux mot, terme injurieux.

Pour n’offenser point le marpaut
Afin qu’il ne fasse défaut
De foncer à l’appointement.

(Le Pasquil de la rencontre des cocus)

L’après le Dictionnaire comique de Le Roux, marpaut était autrefois employé à Paris pour sot, niais, nigaud, badaud. Notons à ce sujet que Francisque Michel fait observer que le mot morpion, injurieuse épithète, dérive sans doute de marpaut.

Marpaud

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne, à Paris, aux hommes qui fréquentent les mauvais lieux ; il signifie aussi niais, sot, nigaud, badaud.

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Nasarde

d’Hautel, 1808 : Chiquenaude. Un homme à nasarde. Pour dire, un sot, un niais, un badaud dont on peut se jouer, se moquer impunément.

Nonne

Delvau, 1866 : s. f. Encombrement volontaire, — dans l’argot des voleurs. Faire nonne. Simuler à huit ou neuf un petit rassemblement afin d’arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.

France, 1907 : Attroupement. Faire nonne, c’est faire un attroupement pour aider à un vol. Manger sur les nonnes ou nonneurs, c’est dénoncer ses complices.

Le quart d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte,
Lui montant la couleur.

(Mémoires de Vidocq)

Nonne (faire)

Larchey, 1865 : Faire un attroupement simulé pour aider à un vol (Vidocq). — Mot à mot : faire le neuvième. — Du vieux mot nonne. V. Roquefort.

Virmaître, 1894 : Faire la foule. Rien de plus simple : les nonneurs (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée ; les badauds s’amassent, le tireur peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde. Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs (complices) (Argot des voleurs).

Palantin

d’Hautel, 1808 : Nigaud, lambin, niais, badaud, janot, musard, fainéant, paresseux.

Pante

Clémens, 1840 : Dupe.

Delvau, 1866 : s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs, — volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds. Pante argoté. Imbécile parfait. Pante arnau. Dupe qui s’aperçoit qu’on la trompe et qui renaude. Pante désargoté. Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes, s’en va chercher un état civil à ce mot jusqu’au fond du moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme dont on fait ce qu’on veut), ou de Pantin (Paris) ? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie ! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j’en ai une autre en réserve : ponte. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s’expose à payer souvent. Pourquoi pas ? Dollar vient bien de thaler.

Virmaître, 1894 : Imbécile qui se laisse facilement duper. Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin : gens de Paris (Argot des voleurs).

France, 1907 : Dupe, individu à voler, à exploiter ; de Pantin, synonyme de Paris ; le Parisien ayant à tort ou à raison la réputation de badaud, de gogo, de dupe.

Il y a un mot terrible, l’excuse du corrompu qui court l’usine, qu’on échange dans les tripots, qui monte dans les mansardes et qui pétrifie les cœurs : c’est assez faire le pante, l’imbécile, le souffre-douleur, le forçat ! Jouissons !

(E. Chauvière)

Refroidir un pante, assassiner.

— Si ne s’agissait que de refroidir un pante et une couple de largues, il nous aurait emmenées pour sûr. Que diable ! il sait bien qu’au besoin nous ne boudons pas sur la besogne…

(Paul Mahalin, Le Megg)

On dit aussi pantre, pantruchois.

anon., 1907 : Victime (dégringoler le pante).

Pétarder

France, 1907 : Faire du bruit, crier, protester, causer du scandale.

C’est nous qui somm’s les gardes
Municipaux,
Droits comm’ des hallebardes
Sur nos chevaux,
Si le peuple pétarde,
Nous montrons aux badauds
Que c’est pas des manchots
Les gard’s municipaux !

(Blédort)

Pétrousquin

Delvau, 1866 : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Petzouille. Privat d’Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s’est trompé.

Rigaud, 1881 : Derrière. Paysan. — Public, dans le jargon des saltimbanques. Entortiller le pétrousquin en faisant la manche, soutirer de l’argent au public en faisant la quête.

La Rue, 1894 : Le postérieur. Badaud.

Virmaître, 1894 : La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D. Pétrousquin, paysan. Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît. Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression. Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Paysan.

France, 1907 : Fainéant, vaurien. C’est, en terme propre, le derrière.

Je fréquente un tas de pétrousquins dont les figures ne me vont guère.
— Comment ?
— Des pratiques, des loupeurs, des gouapes. La vermine de Paris, parbleu !

(Paul Mahalin, Le Megg)

France, 1907 : Paysan, badaud ; euphémisme pour cul. D’après Lorédan Larchey, Pétrousquin serait un nom d’homme, diminutif de Petrus, Pierre.

Plus en plus fort comme chez Nicolet (de)

France, 1907 : Nicolet, célèbre bateleur qui avait ses tréteaux sur de Pont-Neuf, annonçait aux badauds qui l’écoutaient des tours de plus en plus surprenants. « Ce que vous avez vu n’est rien, disait-il, vous allez voir plus fort encore. » De là est venue la locution familière pour indiquer un étonnement vrai ou figuré qui va crescendo.

Rasta

France, 1907 : Abréviation de rastaquouère ; c’est au degré au-dessous. Un article de la Vie parisienne le décrit ainsi :

Cet échantillon grotesque et parfaitement désagréable arrive plus souvent de n’importe où que du Pérou ou de la République Argentine. Ce qui le caractérise, c’est la trivialité, la piètre éducation, le snobisme, la prétention, le mauvais goût, la fausse opulence, l’absence complète de scrupules sur les moyens à employer pour épater les populations et pour asseoir son crédit.
Il est insinuant, encombrant, bruyant et parfois fort insolent, à son insu. Il est mis comme une gravure de modes, avec des gilets verts et des cravates sang de bœuf ; couvert de bijoux qui tirent l’œil et imprégné d’une morgue de pacotille sentant son commis voyageur d’une lieue, qui cache imparfaitement un fond de bassesse et de servilité.
Dans les salons, où il va peu, ayant de la peine à s’y faire admettre et s’y trouvant, d’ailleurs, par trop dépaysé, il cherche, avec une énervante insistance, à se faufiler dans les bonnes grâces des gens bien posés ; poursuivant dans tous les coins les malheureux et les malheureuses qu’il suppose en situation de lui procurer du relief, se collant aux imprudents qui lui adressent la parole, se donnant avec eux des airs l’intimité compromettants, les blaguant lourdement et à haute voix, mettant perpétuellement les pieds dans le plat. Il va sans dire qu’il est constellé de décorations invraisemblables, dont il serait les trois quarts du temps fort embarrassé d’indiquer la provenance.
Mais où le rasta opère de préférence, c’est au dehors : dans les restaurants à la mode, dans les tripots achalandés, dans les théâtres en vogue, dans l’enceinte du pesage, à Auteuil ou à Longchamps ; chez les dégrafées de grande envergure. Là il se carre, se met en avant, fast du chic, du vacarme, de la mise en scène ; attire l’attention des imbéciles et assomme les autres. On ne peut aller nulle part sans le trouver sur son chemin, sans qu’il vous obsède de sou outrecuidance et vous empoisonne l’existence.
Parasite insupportable qui vit, au bout du compte, à nos dépens, sans nous amuser le moins du monde, sans nous en donner pour notre argent ; qui contribue à renchérir la vie des vrais Parisiens, à pervertir le goût des badauds, à fausser toutes les notions sur l’élégance et qui fait planer sur Paris, par instants et par places, quelque chose de l’aspect d’une ville d’eaux interlope, d’un immense bastringue international.

Rothomago ou Thomas

Rigaud, 1881 : Petit bonhomme en bois dont se servent les diseurs de bonne aventure pour prédire l’avenir aux badauds.

On place le magot dans une carafe à moitié pleine d’eau. Suivant qu’on pose ou retire le doigt, il monte ou descend. Monsieur Rrho… Rrho… Rrho… tomago va nous dire qui vous êtes.

(J. Vallès, Le Bachelier géant)

Vade

Vidocq, 1837 : s. — Foule, multitude, rassemblement.

Delvau, 1866 : s. f. Foule ; rassemblement, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Foule.

Virmaître, 1894 : Foule, rassemblement. Synonyme de trèpe. Le camelot fait un vade pendant que des complices fabriquent les profondes des badauds (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Foule, multitude.

France, 1907 : Foule, rassemblement ; argot populaire.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique