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Accouchée

d’Hautel, 1808 : Les caquets de l’accouchée. Babil, conversation des femmes entr’elles, lorsqu’elles visitent une accouchée.
Faire l’accouchée. Locution goguenarde : se tenir au lit par oisiveté et mollesse.

Affilé

d’Hautel, 1808 : Elle a le bec bien affilé. Manière de dire qu’une femme est caqueteuse et babillarde, quelle aime beaucoup à jaser. Le peuple de Paris dit Elle a le bec bien effilé.

Babillante

un détenu, 1846 : Lettre.

Babillard

d’Hautel, 1808 : Un babillard. Pour dire un livre, une lettre, un papier manuscrit ; en un mot, tout ce qui peut fournir à la lecture.

Ansiaume, 1821 : Livre de lecture.

J’ai passé la soirée avec un babillard qui est bien brodé.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Livre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Confesseur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Livre.

Clémens, 1840 : Livre.

M.D., 1844 : Du papier.

Halbert, 1849 : Livre.

Delvau, 1866 : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs. Ils donnent aussi ce nom à tout livre imprimé.

Rigaud, 1881 : Journal. — Griffonneur de babillards, journaliste.

La Rue, 1894 : Journal, Livre, Confesseur. Avocat. Placet. Lettre délibération. Griffonneur de babillards, journaliste.

Virmaître, 1894 : Aumônier de prison. Allusion à ce qu’il babillarde sans cesse sans que son interloculeur lui réponde (Argot des voleurs). N.

Virmaître, 1894 : Livre imprimé. On dit aussi : bavard (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Papier (à écrire).

France, 1907 : Confesseur, avocat ; argot des voleurs. Livre, journal, placet.

Ma largue part pour Versailles ;
Aux pieds de sa Majesté,
Ell’ lui fonce un babillard
Pour me faire défourailler.

(Victor Hugo)

Aumonier de prison.

La maçonnerie était épaisse ; il ne pouvait saisir aucun bruit. Mais il ne parlait plus jamais de ses deux amis ; et une fois que Sautreuil les avait nommés devant lui, il répondait d’un air gêné : — Le babillard veut que je leur pardonne… ne me causez plus d’eux.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Griffonneur de babillard, journaliste.

Babillard, babillarde

Larchey, 1865 : Livre, lettre — Babiller : Lire. — Comparaison d’une lecture au babillage d’une personne qui cause sans s’arrêter.

Ma largue part pour Versailles aux pieds de Sa Majesté ; elle lui fonce un babillard pour me faire défourailler.

(Vidocq)

Babillard : Confesseur (Vidocq). — Allusion aux efforts persuasifs des aumôniers de prison vis-à-vis de leur troupeau.

anon., 1907 : Lettre, mot d’écrit.

Babillarde

Ansiaume, 1821 : Lettre.

J’ai fait broder une babillarde à mon daron pour lui demander du carle.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lettre, épître.

Bras-de-Fer, 1829 / Clémens, 1840 : Lettre.

Halbert, 1849 : Lettre, épître.

Delvau, 1866 : s. f. Montre.

Rigaud, 1881 : Lettre.

Rigaud, 1881 : Montre, pendule.

La Rue, 1894 : Lettre. Montre.

Virmaître, 1894 : Lettre.
— T’en fais du chi-chi dans la menteuse de babillarde (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Montre. Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie babille et égaie la solitude (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Lettre.

Dans le courrier de ce matin, j’avais douze babillardes.

Hayard, 1907 : Lettre.

France, 1907 : Lettre, montre. Babillarde volante, télégramme.

Il y a à craindre que la petite ne s’y prenne maladroitement en trouvant la babillarde… qu’elle n’ai attiré l’attention soit des surveillantes, soit de ses voisines en déployant le fafiot.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Babillarde, babille

Vidocq, 1837 : s. f. — Lettre.

Babillarder

Virmaître, 1894 : Écrire (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Écrire une lettre.

France, 1907 : Écrire.

Babillardes (porteur de)

France, 1907 : Facteur.

Babillardeur, babillardeuse

France, 1907 : Écrivain, écrivaine.

Babillards

Delvau, 1866 : s. f. Lettre. On dit aussi Babille.

Babillaudier

Halbert, 1849 : Libraire.

Delvau, 1866 : s. m. Libraire, vendeur de babillards.

France, 1907 : Libraire.

Babille

France, 1907 : Lettre.

Babiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Lire.

Halbert, 1849 : Lire.

Delvau, 1866 : v. a. Lire.

France, 1907 : Lire.

Babilleur

France, 1907 : Journal.

Babilleuse

Hayard, 1907 : Bibliothèque.

Babilleuse (la)

Virmaître, 1894 : Bibliothèque. Allusion aux livres babillards qu’elle contient (Argot des voleurs).

Babine

d’Hautel, 1808 : Il s’en est torché les babines. Manière triviale d’exprimer que quelqu’un a mangé avec appétit et plaisir d’un mets quelconque.
Qu’il s’en torche les babines. Réponse dure et désobligeante que l’on fait en refusant une chose demandée pour quelqu’un, et qui signifie, qu’il s’en passe.

Babines

Delvau, 1866 : s. f. pl. La bouche, — dans l’argot du peuple, pour qui sans doute l’homme n’est qu’un singe perfectionné. S’en donner par les babines. Manger abondamment et gloutonnement. S’en lécher les babines. Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d’agréable, — bon dîner ou belle fille.

France, 1907 : Bouche ; employé surtout dans ce sens : S’en lécher les babines.

Babines (les)

Delvau, 1864 : Les grandes lèvres de la nature de la femme.

Les deux babines un peu retroussées et colorées d’un rouge attrayant qui passe un peu au dehors entre les cuisses.

(Mililot)

Babouin ou baboua

Delvau, 1866 : s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les babines.
Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu’ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n’importe quoi. On comprend qu’à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres, — d’où, par suite d’un trope connu, le nom est passé de la cause à l’effet.

Bajoter

Fustier, 1889 : Bavarder, jacasser.

France, 1907 : Babiller, faire aller ses bajoues.

Barbette

d’Hautel, 1808 : Diminutif de barbe : petite pointe de vin qui met en gaieté, qui fait babiller et souvent dire des choses que l’on auroit tenues cachées étant à jeun. Terme typographique.

Barbillons de Varenne

Halbert, 1849 : Navets.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Navets, — dans l’argot des voleurs, qui savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses. Le dictionnaire d’Olivier Chéreau donne : Babillons de varane.

France, 1907 : Navets.

Bavette

d’Hautel, 1808 : Causerie, bavarderie, commérage.
Tailler des bavettes. Jaser, babiller, caqueter à qui mieux mieux, comme le font les femmes entre elles ; et notamment ces sortes de commères qui passent des jours entiers à médire du tiers et du quart et auxquelles on donne à juste titre le nom de Tailleuse de bavettes.

Bec

d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Un oiseau à gros bec, Sobriquet bas et trivial que l’on donne à un goinfre, à un gourmand ; à un homme grossièrement ignorant.
Se refaire le bec. Prendre un bon repas ; s’en mettre jusqu’au nœud de le gorge.
Donner un coup de bec. Et plus souvent Un coup de patte. Censurer, satiriser quelqu’un ou quelque chose, quand on en trouve l’occasion.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’entretenir de promesses trompeuses ; le tenir dans l’attente l’alternative.
Avoir bon bec. Parler avec trop d’abondance, babiller, caqueter ; en dégoiser.
Avoir bec et ongles. Savoir repousser à propos une injure, soit par paroles, soit par les voies de faits.
Faire le bec à quelqu’un. Lui faire sa leçon ; lui apprendre ce qu’il doit dire ou répondre. Cette manière de parler signifie aussi corrompre quelqu’un ; le soudoyer pour l’engager au secret.
Mener quelqu’un par le bec. En disposer à volonté ; gouverner son esprit, se rendre maître de toutes ses actions.
Passer la plume par le bec à quelqu’un. Le fourber, le tromper, le friponner.

Larchey, 1865 : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.

Delvau, 1866 : s. m. Bouche, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Bouche, langue, langage, visage.

Quand ma muse est échauffée, elle n’a pas tant mauvais bec.

(St-Amant)

Passer devant le bec, ne pas participer à. Les bons morceaux lui passent devant le bec. — Trouilloter du bec, sentir mauvais de la bouche. Et les variantes : Schlinguer, puer repousser du bec, — avoir la rue du bec mal pavée, manquer de dents. — Se rincer le bec, boire. River le bec, imposer silence. Taire son bec, ne plus parler.

Voyons M’me Rabat-Joie, tais ton bec !… et qu’on vienne baiser son vainqueur !

(Gavarni)

France, 1907 : Bouche. Rincer le bec à quelqu’un, lui payer à boire ; se rincer le bec, boire ; tortiller du bec, manger ; chelinguer du bec, avoir mauvaise haleine ; avoir la rue du bec mal pavée, avoir les dents mal rangées ; se calfater le bec, manger ou boire, dans l’argot des voleurs ; ourler son bec, finir son travail, argot des matelots ; claquer du bec, n’avoir rien à manger, allusion aux cigognes qui font claquer leur bec lorsque la faim se fait sentir. Bec fin, gourmet ; river le bec, faire taire par des menaces ; taire son bec, cesser de parler ; avoir bon bec, avoir la langue bien pendue.

Prince, aux Dames parisiennes
De bien parler donnez le prix.
Quoi qu’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

(François Villon)

Bibles

France, 1907 : Papiers en général, notes, lettres ; argot des voleurs.

Il palpa un portefeuille de cuir usé, le tira, l’ouvrit et en examina le contenu rapidement :
— Des babillardes ! des bibles ! fit il dépité, en ne trouvant dans la poche du portefeuille que des quittances, des notes, des lettres.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Bobino

Vidocq, 1837 : s. m. — Montre. Terme des Tireurs parisiens.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Bobine.

Delvau, 1866 : Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants. On disait aussi Bobinche et Bobinski.

Virmaître, 1894 : Montre (Argot des voleurs). V. Babillarde.

Borgne

d’Hautel, 1808 : Jaser comme une pie borgne. Babiller, caqueter continuellement.
Cabaret borgne. Trou ; méchant petit cabaret.
Faire des contes borgnes. Raconter des histoires surannées, des fariboles.
Un méchant borgne. Homme caustique et mordant ; d’un fort mauvais caractère.
Troquer son cheval borgne contre un âne aveugle. Voy. Aveugle.
Un compte borgne. Compte embrouillé et peu clair ; cote mal taillée.

Larchey, 1865 : Derrière. — Comparaison de l’anus à l’œil.

V’là moi que je me retourne et que j’li fais baiser, sauf votre respect… mon gros visage… Ce qui a fait dire aux mauvaises langues qu’il a vu mon borgne.

(Rétif, 1783)

Delvau, 1866 : s. m. Le derrière de l’homme et de la femme. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : As d’un jeu de cartes.

Rigaud, 1881 : Le fondement.

France, 1907 : Le derrière, le cul ; argot des faubouriens. L’as dans les jeux de cartes. « L’hôtel avait pour enseigne l’as de pique, ce qui était suffisamment indiquer les plaisirs qu’on y pouvait trouver. »

Brimboron

d’Hautel, 1808 : Babiole, frivolités, niaiserie, colifichets de femme.
Dire des brimborions. C’est-à-dire des futilités, des pauvretés.

Brioche

d’Hautel, 1808 : Il est un peu brioche. Se dit en riant d’un homme qui est un peu gris et que le vin fait babiller plus que de coutume.
C’est la Reine d’Antioche qui mange plus de pain que de brioche. Bouts rimés dont on se sert pour railler une femme qui, dépourvue de naissance et de fortune, fait la précieuse, la mijaurée, la bégueule, et veut prendre les airs et le ton des grands, des gens de qualité.

Larchey, 1865 : Voir boulette.

Delvau, 1866 : s. f. Grosse bévue, faute grossière, — dans l’argot des bourgeois.

Campagne (être à la)

France, 1907 : Être en prison ; argot des voleurs. Dans l’argot des filles, c’est passer quelques mois dans une maison de prostitution de province. Barbotteur de campagne, voleur de nuit. Garçon de campagne, voleur de grand chemin.

— Pauvre sinve ! par suite de circonstances qu’il est inutile de te dégoiser, ton a patron a non seulement de l’argent, mais des papiers à nous… S’il est poursuivi pour sa banque, la police va venir ici fourrer son museau… elle chauffera les babillards et poissera l’aubert… Nous serons donc refaits… sans compter qu’on pourrait trouver là peut-être de quoi envoyer quelques-uns de vous à la campagne…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Caquet bon bec

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à une babillarde, à une commère.

Caqueter

d’Hautel, 1808 : Bavarder, babiller ; dire des choses frivoles et inutiles ; montrer de l’indiscrétion dans ses discours.

Caqueteur, caqueteuse

d’Hautel, 1808 : Qui babille qui bavarde beaucoup ; diseur de rien ; commère.

Changeur

Delvau, 1866 : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.

Rigaud, 1881 : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.

Rigaud, 1881 : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.

La Rue, 1894 : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.

Virmaître, 1894 : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).

France, 1907 : Marchand d’habits qui fournit de déguisements les voleurs.

Chopin

anon., 1827 : Objet volés.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vol, objet volé.

Bras-de-Fer, 1829 : Coup.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vol.

M.D., 1844 : Sac d’argent.

Halbert, 1849 : Objet volé.

Larchey, 1865 : Vol.

Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin.

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Objet volé ; coup ; affaire. Bon chopin. Vol heureux et considérable. Mauvais chopin. Vol de peu d’importance, qui ne vaut pas qu’on risque la prison.

Rigaud, 1881 : Profit, réussite, bonne aubaine, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Profit, bonne aubaine. Petit vol. Coup, affaire.

Rossignol, 1901 : Bonne affaire.

France, 1907 : Objet volé, vol. Faire un chopin, commettre un vol.

Travaillant d’ordinaire
La sorgue de Pantin,
Dans mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.

(Winter)

— Rarement le pante met sa bougie dans son pardessus… Non ! il y a autre chose… des fois on trouve des papiers, des babillardes, et c’est là le meilleur chopin.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

J’pourrais m’frusquiner en rupin,
Mais j’ai l’air baluch’ sans patente,
Et pis, va donc faire un chopin
Quand tu veux êt’ pris pour eun’ pante !

(Blédort)

Cig

Rigaud, 1881 : Apocope de cigale qui, dans le jargon des voleurs, a la signification de pièce d’or, pièce de vingt francs.

Entends-tu babiller les cig chez le balanceur de braise ? entends-tu sonneries pièces de vingt francs chez le changeur ?

Rossignol, 1901 : Pièce de 20 francs.

Claquet

d’Hautel, 1808 : La langue lui bat comme un claquet à moulin. Se dit d’un babillard, d’un homme qui parle continuellement à tort et à travers.

Conter fleurette

France, 1907 : Débiter des riens aimables, faire des compliments aux jeunes femmes et aux jeunes filles.

On sent, Claudine, en te contant fleurette,
Qu’il est plus doux, plus piquant pour l’amour
De chiffonner ta simple collerette,
Que les clinquants d’une riche toilette
Dont sont chargés tous nos tétons de cour.

Cette locution est fort ancienne : en voici l’origine :

Les jardiniers faisaient le commerce des roses qu’ils vendaient fort cher à la cour de Philippe Le Bel et de Louis le Hutin, ainsi qu’aux couples qui fréquentaient leurs treilles ombragées de rosiers. La locution conter fleurette trouve là son origine, parce que de hautes dames, des damoiselles et des damoiseaux de la Cité venaient au milieu des roses danser de belles caroles et se chuchotaient à l’oreille.

Cette explication est, en effet, conforme à Bescherelle, Littré et quelques autres savants, qui pensent que c’est par une métaphore facile à saisir que des propos galants ont été assimilés à une petite et jolie fleur. Littré ajoute que nous avions le mot fleureter, babiller, dire des riens, que les académiciens out supprimé, et dont les Anglais ont fait flirt (prononcer fleurt), verbe que les jeunés misses aiment tant à conjuguer. Ce qui confirmerait dans cette opinion, c’est que les Latins se servaient de la même expression : rosas loqui, — dire des roses, — qu’ils tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels l’avaient prise des Persans, qui, peut-être, l’avaient empruntée aux Babyloniens, etc. ; l’on pourrait remonter ainsi jusqu’aux flirtations de notre mère Eve.
Cependant, je suis d’avis que Bescherelle, Littré et les autres se trompent, et voici pourquoi :
Conter fleurette s’écrivait, au XIIIe siècle, cunter des flurettes, c’est-à-dire compter de petites pièces de monnaie d’argent appelées ainsi à cause d’une fleur marquée an revers. Comment est-on arrivé à changer le sens primitif de cette expression ? Est-ce parce que ces pièces ayant, à la suite d’une refonte ou de faux monnayages si communs alors, perdu de leur valeur, l’on disait des gens à parole dorée, des hâbleurs, des gascons : « Ils comptent des fleurettes » — ils veulent faire passer pour de bon aloi des pièces qui ne valent rien ? Ou bien compter des fleurettes à une jeune fille, c’est-à-dire lui glisser dans la main de petites pièces d’argent, était-il, en ces siècles cyniques et grossiers, un moyen immoral de fondre sa vertu ?
Je suis assez disposé pour cette seconde version, laissant à un plus érudit le soin de la certifier.

Coque

d’Hautel, 1808 : Marie la Coque. Terme injurieux ; femme indiscrète et de mauvaises mœurs ; babillarde, causeuse qui néglige les affaires de son ménage.
Ce sont des contes à Marie la Coque. C’est-à dire des bavardages qui ne méritent aucune confiance.
À peine est-il sorti de la coque. Se dit par reproche à un jeune homme qui prend des airs qui ne lui conviennent pas, pour l’avertir qu’il n’est encore qu’un enfant.
Avoir un œil à la coque. Pour dire avoir l’œil meurtri, poché.

Couler

d’Hautel, 1808 : Il est coulé. Se dit d’un marchand, d’un négociant qui a mal fait ses affaires et qui a été obligé de fermer boutique.
Cela coule de source. Pour cela s’entend, c’est naturel.
Couler une chose à fond. La conclure, la terminer.
Je lui ai coulé ce mot. Pour, je lui ai glissé adroitement ce mot sans avoir l’air d’y penser.
On empêcheroit plutôt la rivière de couler, que cet homme de parler. Se dit d’un grand babillard, d’un parleur éternel.
Il nous en a coulé. Pour, il nous a dit des gasconnades, des menteries.

Delvau, 1864 : Avoir une coulante, une gonorrhée gagnée au service de la femme, parce qu’en effet le membre viril, à l’instar du suif qui coule d’une chandelle, filtre alors une chaude-pisse dans la culotte.

Ma pine encore vierge
Coula,
Ni plus ni moins qu’un cierge.
Voilà.

(Eugène Vachette)

La Rue, 1894 : Ruiner. Faire du coulage, faire perdre de l’argent au patron en travaillant mal.

France, 1907 : Faire du coulage, faire perdre de l’argent à ses maîtres ou à ses patrons.

Coureuse

d’Hautel, 1808 : Nom injurieux que l’on donne à une prostituée, à une femme qui cherche les aventures galantes.

Ansiaume, 1821 : Plume à écrire.

Prêtes-moi ta coureuse pour broder ma babillarde.

Delvau, 1864 : Femme libertine qui court volontiers après les porte-queue, soit parce qu’elle y trouve son plaisir, soit parce qu’elle y trouve son intérêt.

Une fille inconnue, qui fait le métier de coureuse.

(Molière)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui a plus souci de son plaisir que de sa réputation et qui hante plus les bals que les églises.

Delvau, 1866 : s. f. Plume à écrire, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Machine à coudre, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Fille ou femme de mauvaise vie.

France, 1907 : Machine à coudre.

France, 1907 : Plume à écrire. Elle court sur le papier.

Daron, daronne

Larchey, 1865 : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Rigaud, 1881 : Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Maître, maîtresse. Père, mère.

Hayard, 1907 : Père, mère.

France, 1907 : Patron, patronne. Se dit aussi pour père et mère. Ce mot signifiait, dans le vieux langage, vieillard rusé. Il est encore employé, dans la Flandre française, dans le sens de maître de maison, et comme équivalent de chef de famille. Selon toute probabilité, c’est une corruption de baron, autrefois employé dans le sens de maître, de mari ; à moins, comme le dit Larousse, qu’il ne vienne de la racine sanscrite dar, déchirer, diviser, le maître de la maison divisant, faisant les parts aux siens.

Le daron, à pas lents, parcourt du même jour
La ville, les faubourgs et jardins tour à tour.

(Anonyme)

La double signification de mère et maîtresse de maison se retrouve dans les lettres adressées, de la prison de Luxembourg, à sa chère Lucile, par Camille Desmoulins. Il appelle constamment daronne Mme Duplessis, sa belle-mère, avec qui il habitait à Cachan.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Défourailler

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tomber.

Vidocq, 1837 : v. a. — S’enfuir, s’évader.

Halbert, 1849 : Courir.

Larchey, 1865 : Sortir de prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.

Delvau, 1866 : v. n. Courir, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Courir. — Tomber. — Sortir de prison.

La Rue, 1894 : Courir. Sortir de prison. Tomber.

France, 1907 : Courir. Sortir de prison ; du vieux mot defors, dehors.

Ah ! si j’en défouraille,
Ma largue j’entiferai ;
J’li f’rai porter fontange
Et souliers galuchés.

(Chanson de l’argot)

Du croquant fais une lessive,
Choppe-lui cornauts, douille et sive ;
Mais si tu rebouissais l’arnac,
Défouraille, t’irais dans l’lac !

(Hogier-Grison)

Dégoiser

d’Hautel, 1808 : Babiller, bavarder avec feu ; caqueter comme un perroquet.
Il a l’air dégoisé ; c’est-à-dire, fin et mâdré.
On dit aussi d’une fille hardie, qui semble en savoir plus qu’il ne convient, qu’elle a l’air dégoisée.
Faire dégoiser quelqu’un.
Le faire jaser, lui tirer les vers du nez.

Rossignol, 1901 : Parler, causer, dire.

As-tu bientôt fini de dégoiser sur tout le monde. — Je le sais, on me la dégoisé.

Dégoûté (pas)

France, 1907 : Se dit de quelqu’un qui désire au-dessus de sa condition ou hors de toute probabilité de réussite.

— Je coucherais bien avec la marquise.
— Je te crois, mon vieux larbin, tu n’es pas dégoûté !

Discret

d’Hautel, 1808 : Il est discret comme un boulet de canon. Se dit d’un homme imprudent, babillard et léger, qui va divulguer à chacun les secrets qu’on lui a confiés.

Fiche (va te faire) !

France, 1907 : Expression de désappointement. « Je croyais trouver la même dans sa chambre, mais va te faire fiche ! elle était déjà partie. »

Du pain de son ! des sous de cuivre !
C’est pour nous vivre ;
Mais va te faire fiche !
On nous prend pour des merlifiches !

(Jean Richepin)

… As-tu regardé, quelquefois, du fumier ?.…. C’est d’un mystère… d’une beauté déconcertante… Figure-toi un tas d’ordures, d’abord… Et puis, quand on cligne de l’œil, voilà que le tas s’anime, grandit, se soulève, grouille, devient vivant… et de combien de vies ?… Des formes apparaissent, des formes de fleurs, d’êtres féeriques, de surnaturels animaux qui brisent la coque de leur embryon… C’est une folie de germination merveilleuse, une magie de flores, de faunes, de chevelures, un éclatement de vie splendide… Oui, mais comment rendre ça dans ce sentiment ? J’ai essayé… Mais, va te faire fiche !…

(Octave Mirabeau)

On dit aussi dans le même sens : je t’en fiche, ou je t’en fous.

Qu’a caus’ quand alle a rien à faire
Ou dans l’jour, quand on est couché,
Mais l’soir, qu’a soye à son affaire
Et qu’a caus’ qu’avec le miché,
Mais j’t’en fous, faut qu’madam’ babille,
C’est des cancans, c’est des potins,
C’est La femme à Jules qu’est eun’ vrille,
Les sœurs à Pierr’ qu’est des putains…

(Aristide Bruant)

Foncer

d’Hautel, 1808 : Il est foncé. Pour dire, il a beaucoup d’argent, il est fortune ; il peut faire face à cette entreprise.

Bras-de-Fer, 1829 / M.D., 1844 : Donner.

Larchey, 1865 : Se précipiter. — Abrév. d’enfoncer.

Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé.

(Vidocq)

Foncer, foncer à l’appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer un babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.

Delvau, 1866 : v. n. Courir, s’abattre, se précipiter, — dans l’argot des écoliers.

Delvau, 1866 : v. n. Donner de l’argent, fournir des fonds.

S’il plaist, s’il est beau, il suffit.
S’il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu’il n’espargne rien.

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle. Les bourgeois disent, eux : Foncer à l’appointement.

Rigaud, 1881 : Payer, compter. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Foncer à l’appointement.

C’est une coutume fort établie à Paris, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le bufle.

(Le Roux, Dict. comique, 1750.)

La Rue, 1894 : Payer. Donner.

France, 1907 : Courir, se précipiter, secouer.

Et si tezig tient à sa boule,
Fonce ta largue et qu’elle aboule…

(Jean Richepin)

France, 1907 : Donner de l’argent, payer. Foncer à l’appointement est une vieille expression signifiant fournir aux dépenses de quelqu’un, subvenir à ses besoins, à son entretien. « C’est une coutume fort établie à Paris, dit Pierre J. Leroux, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le buffle ; une maîtresse en fait souvent autant de son amant, qui quelquefois achète de petites faveurs fort cher. Aimez-vous une personne de quelque rang qu’elle puisse être, si vous ne foncez à l’appointement pour acheter des robes à la mode ou des bijoux, votre maîtresse vous casse net comme un verre. »
Je crois qu’il en est encore aujourd’hui comme au temps dont parle le bon Leroux.

Frimoussette

France, 1907 : Petite frimousse.

Une frimoussette nichée dans une perruque à marteaux. Allongée dans les ramages d’un fauteuil, elle écoutait babiller trois dames, et l’index posé sur une mouche du menton, ironique, agaçait de coups de pointes sa jupe à la circassienne.

(Georges d’Esparbès)

Geler

d’Hautel, 1808 : Il gèle à pierre fendre. Pour dire il gèle fortement.
Il n’a pas le bec gelé. Se dit d’un homme qui parle continuellement ; d’un grand babillard.

Gigolette

Delvau, 1864 : Drôlesse de quinze à seize ans qui débute dans la vie en même temps que dans le vice et qui est du bois — pourri — dont on fait les putains.

La gigolette est une adolescente, une muliérocule… qui tient le milieu entre la grisette et la gandine, — moitié ouvrière et moitié-fille.

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet pardessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer des gigues dans les bals publics, — surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d’années. J’en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes) ; « La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine, — moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n’est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec. le gigolo, tout aussi ignorant qu’elle, sans redouter ses sourires et ses leçons. »

Rigaud, 1881 : Apprentie ouvrière doublée d’une danseuse de bals publics. Comme son mâle, le gigolo, type éteint, la gigolette est venue à l’époque du succès des Mystères de Paris. C’est Rigolette encanaillée, bastringueuse, avec changement de la première lettre.

Virmaître, 1894 : Fille des faubourgs qui, à l’âge ou les autres vont encore à l’école, a déjà jeté son bonnet par dessus la Tour Eiffel. La gigolette travaille pour l’amour de l’art. Comme elle fréquente les bals publics où elle gigotte avec frénésie, l’expression gigolette est indiquée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Femme légère, au point de vue mœurs.

France, 1907 : Grisette, coureuse de bals publics, maîtresse de souteneur.
D’après Jean Richepin, autorité en la matière, gigolette viendrait de gigue qui signifie non seulement en argot, mais en français, jambe. Une gigolette est donc une femme qui joue des jambes, c’est-à-dire qui danse. Mais dans le sens attaché à ce mot, une gigolelte n’est pas seulement une danseuse, c’est surtout une gourgandine, la maîtresse d’un gigolo, une raccrocheuse enfin. Nous trouvons alors son étymologie en anglais dans les mots giglot et gigglett signifiant tous deux coureuse, fille lascive, impudique, ce qui répond à notre cas. Giglot et gigglett dérivent du saxon geagl, folâtre, gai, bruyant, peu scrupuleux en matière de morale.
Cette origine nous semble plus naturelle que celle donnée par Berey, connu comme poète argotique sous le pseudonyme de Blédort :
« Ce mot, dit-il, avec l’acceptation actuelle, existe en argot depuis une quinzaine d’années. Dans le numéro 36 du Chat Noir (sept. 1882), on trouve ce vers :

… En f’sant masser ma gigolette.

Gigolo, dont c’est le féminin, vient des pronoms personnels moi, toi, soi ; en patois, mé, té, sé ; en argot, mézigo, tésigo, sézigo ou mézig, tésig, sézig. L’argot déforme les mots par addition ou suppression ; ainsi s’est formé le mot zig, devenu par altérations successives : zigoyo, gigoyo, et enfin gigolo. »
M. François Deloncle, qui se rallie à l’opinion de Jean Richepin, a trouvé dans différents textes du XVIIe et du XVIIIe siècle les mots gigole, gigolan et gigolard, danse, dansant et danseur. Gigolette, d’après lui, n’a paru qu’en 1836.
Tout cela ne fait que confirmer l’étymologie anglaise de giglot et gigglett, femme qui aime à lever la jambe.

Autrefois, femme de rapport,
D’un’ Terreur d’la Villette
J’étais l’unique et cher trésor ;
J’étais la gigolette
À Totor,
J’étais sa gigolette…

(L’Imagier : L. D)

Dire que pendant qu’à Nanterre
Les couples se roulent à terre,
Avec des gestes immoraux
À la Morgue les gigolettes,
En voyant nos tristes binettes,
Rigolent devant les carreaux !!!

(Georges Prud’homme)

Gourd

d’Hautel, 1808 : C’est un gaillard qui n’a pas les mains gourdes. C’est-à-dire, c’est un garçon qui travaille avec ardeur ; ou auquel il ne faut pas chercher dispute.
Se prend aussi en mauvaise part, et se dit d’un homme qui aime beaucoup à prendre, et dont il faut se méfier.

Rigaud, 1881 : Tromperie, mensonge, filouterie. D’où l’ancien verbe gourrer.

Pour gourrer les pauvres gens
Qui leur babil veulent croira.

(Parnasse des Muses)

La Rue, 1894 : Pot.

Gourer, gourrer

France, 1907 : Tromper, Vieux mot.

Pour gourrer les pauvres gens,
Qui leur babil veulent croire.

(Parnasse des Muses)

Itrer

Halbert, 1849 : Avoir.

Delvau, 1866 : v. a. Avoir, — dans le même argot. C’est un verbe irrégulier. Ainsi : Ire-tu picté ce luisant ? (As-tu bu aujourd’hui ?).

Rigaud, 1881 : Avoir, posséder, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Avoir. Posséder. Itres-tu picté, ce luisant ? As-tu bu aujourd’hui ? V. Gitrer.

France, 1907 : Avoir. Abréviation de litrer.

J’itre mouchaillé le babillard.

(Le Jargon de l’argot)

Itre-tu picté ce luisant ? (As-tu bu aujourd’hui ?)

(Idem)

Jabot

d’Hautel, 1808 : Faire jabot. Pour se glorifier, faire le vaniteux, l’orgueilleux.
Il a un bon jabot. Se dit d’un homme qui babille beaucoup.
Il a bien rempli son jabot. Pour, il a bien mangé ; il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des faubouriens, qui savent pourtant bien que l’homme n’est pas un granivore. S’arroser le jabot. Boire. Faire son jabot. Manger. On dit aussi Remplir son jabot. L’expression est vieille :

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).

Delvau, 1866 : s. m. Gorge de femme. Chouette jabot. Poitrine plantureuse.

Rigaud, 1881 : Estomac. — Se remplir le jabot, manger.

La Rue, 1894 : Estomac.

Virmaître, 1894 : La gorge. Allusion au jabot du dindon. Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Estomac.

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot,
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

(Tragédie-parade de 1755)

Se disait autrefois pour cœur.

L’amour qui dans mon cœur chante ville gaignée,
Excite en mon jabot exhalaison ignée.

(Scarron)

Se dit aussi pour poitrine de femme :

La commère avait du jabot, et si dodu et si ferme que toute la garnison en louchait.

(Les Joyeusetés du régiment)

Jaboter

d’Hautel, 1808 : Caqueter ; parler à tort et à travers ; ne dire que des choses frivoles et inutiles.

Larchey, 1865 : Causer.

Asseyez-vous donc un peu… nous jaboterons.

(Ricard)

On trouve jaboter avec ce sens dans Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. Parler, bavarder. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne :

Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte ;
Voyez comme l’esprit
Dans un jeune cœur s’introduit.

Rossignol, 1901 : Causer, parler.

France, 1907 : Bavarder.

Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte.

(Restif de la Bretonne)

Le babillage politique de Léonide Leblanc, ses prétentions d’Égérie attestaient assurément plus de bonne volonté que d’information. Son esprit s’honora, du moins, par quelques curiosités intellectuelles. Elle déclarait un jour à un des plus spirituels rédacteurs en chef parisiens « Téléphonez-moi vers 5 heures, tous les jours : nous jaboterons politique… »

(Francis Chevassu)

Sous la brise fraîche,
Filant comme flèche,
Des bateaux de pêche
Passent au lointain ;
Les baigneurs barbotent,
Les vagues clapotent,
Les dames jabotent,
C’est l’heure du bain.

(L. Xanrof)

Jaboteur

d’Hautel, 1808 : Babillard, parleur éternel. Terme de mépris qui se dit d’un homme léger et indiscret qui divulgue les choses les plus importantes.

Delvau, 1866 : s. m. Bavard.

France, 1907 : Bavard ; merle.

Jacasse

d’Hautel, 1808 : Une Marie jacasse. Petite fille très-babillarde, qui fait l’entendue dans tout ; une commère.

Delvau, 1866 : s. f. Femme bavarde. Se dit aussi d’un Homme bavard ou indiscret.

France, 1907 : Bavard, bavarde.

Jacasser

d’Hautel, 1808 : Bavarder, babiller, caqueter ; se mêler de toutes les affaires.

Delvau, 1866 : v. n. Bavarder.

Rossignol, 1901 : Synonyme de jaboter.

France, 1907 : Bavarder.

Des femmes jacassent avec animation au seuil des maisons. Puis voici des soldats de ligne, l’air penaud. Ils défilent entre deux haies de populaire.

(Sutter-Laumann)

Jargonner

d’Hautel, 1808 : Discourir, faire le raisonneur ; le docteur, sans avoir jamais rien appris ; parler de tout avec suffisance, à la manière des fats et des freluquets.

Delvau, 1866 : v. n. Babiller, bavarder, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Parler, bavarder.

Jean

d’Hautel, 1808 : Il n’est que de la saint Jean. Se dit pour abaisser le mérite de quelqu’un et pour faire entendre qu’un autre lui est bien supérieur.
Un Saint Jean bouche d’or. Homme qui ne peut garder un secret ; bélitre, dissipateur.
On y a appliqué toutes les herbes de la Saint Jean. Voyez Herbe.
Jean fesse. Mot injurieux que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui équivaut à poltron, homme sans honneur.
Jean de Nivelle. Voyez Chien.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile ; mari que sa femme trompe sans qu’il s’en aperçoive. On disait autrefois Janin.

France, 1907 : Niais, imbécile, mari dupé.

Jean ? Que dire sur Jean ? C’est un terrible nom
Que jamais n’accompagne une épithète honnête.
Jean des Vignes, Jean Lorgne…. Ou vais-je ? Trouvez bon
Qu’en si beau chemin je m’arrête.

(Mme Desroulières)

— Pourquoi nommer Catin votre charmante fille ?
Appelez-la Catau, disait-on à Lubin.
— Non pas, dit-il ; en vain on en babille ;
Chez nous le mâle est Jean, la femelle Catin ;
C’est l’usage dans la famille.

(Pons de Verdun)

Languard

d’Hautel, 1808 : Pour, babillard, hâbleur, qui a plus de langue que d’effet.

France, 1907 : Bavard ; vieux mot.

Langue

d’Hautel, 1808 : C’est une belle chose que la langue. Se dit par mépris en parlant d’un fanfaron, d’un pédant qui, à dessein de rabaisser les autres, se vante de faire ce dont il n’est pas capable.
S’il en avoit autant sur le bout de la langue, il ne parleroit si à son aise. Voy. Bout.
Marie quatre langues. Sobriquet offensant que l’on donne à une commère, à une femme qui s’occupe sans cesse de divulguer les secrets des autres.
Il n’a pas sa langue dans sa poche. Se dit d’un homme loquace et babillard, qui manie bien l’instrument de la parole.
Une méchante langue, une langue de vipère. Celui qui dit du mal de tout le monde.
Tirer la langue d’un pied de long. Être dans la nécessité, dans l’extrême besoin.
Avoir la langue longue. Ne pouvoir garder un secret.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose de peu de valeur.
Il n’aura jamais assez de langue pour le restant de ses jours. Se dit d’un parleur éternel, qui babille à tort et à travers.
Avoir la langue grasse. Au figuré, tenir des propos obscènes.
Avoir la langue bien pendue. S’exprimer avec précision et facilité.
Il lui a donné du plat de la langue. Pour, il l’a enjôlé par ses beaux discours.
La langue lui a fourché. Pour, il a dit quelque chose contre son intention.
Qui langue a, à Rome va. Signifie qu’avec le don de la parole, on peut se frayer les chemins les plus difficiles.
Il a la langue bien affilée. Se dit d’un diseur de riens, d’un homme fort indiscret.
Un coup de langue est pire qu’un coup de lance. L’un est du moins souvent aussi dangereux que l’autre.
Voilà une langue qui n’a jamais menti. Plaisanterie usitée lorsqu’on sert sur table la langue de quelqu’animal.

Langue de la Pentecôte

France, 1907 : Langue de femme, c’est-à-dire langue de feu. Allusion au jour de la Pentecôte où, d’après les Écritures, le Saint-Esprit descendit en langues de feu sur les disciples de Jésus-Christ et leur communiqua ainsi le don des langues pour les mettre en état d’aller prêcher l’Évangile chez tous les peuples de la terre.

La glose — dit à ce sujet M. Quitard — nous avertit qu’il ne faut pas conclure de ce proverbe que tout ce que disent les femmes soit parole d’évangile, car les langues envoyées par l’Esprit saint ne descendirent pas sur elles, et celles qu’elles ont n’en sont que des contrefaçons faites par l’esprit malin. L’abbé Guillon disait, en usant d’une expression tirée d’un proverbe fort connu : « L’enfer est pavé de langues de femmes. »

Les dictons sur la langue des femmes sont fort nombreux ; citons-en quelques-uns :

— La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas rouiller.
— La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu’elle est coupée.
— À femme trépassée, il faut tuer la langue en particulier.
— La rage du babil est-elle donc si forte
Qu’elle doive survivre en une langue morte ?
— Les femmes portent l’épée dans la bouche, c’est pourquoi il faut frapper sur la gaine. (Ce proverbe brutal nous vient des Allemands.)
— Les femmes sont faites de langue comme les renards de queue.
— Coup mortel git en langue de femme.
— Il se peut que sans langue une femme caquette,
Mais non qu’en ayant une elle reste muette.

Marie

d’Hautel, 1808 : Nom de femme auquel on ajoute souvent une épithète injurieuse.
Marie chiffon. Se dit d’une femme ou d’une fille, qui se mêle de tout ce qui ne la regarde pas ; qui fait des caquets.
Marie grognon. Se dit d’une femme ou d’une fille qui a l’humeur inégale ; qui est toujours à bouder, à grimauder.
Marie quatre langues. Bavarde, caqueteuses, mauvaise langue.
Marie bon bec. Babillarde ; commère hardie et éveillée.
Marie à la coque. Voyez Coque.
Marie mouvette. Petite fille turbulente, d’une pétulance extraordinaire, qui est toujours en mouvement.

Merdeux

d’Hautel, 1808 : Ce n’est qu’un petit merdeux. Terme injurieux qui se dit d’un poltron, d’un fat sans esprit, sans talent ; et d’un fanfaron qui n’a que du babil.
Il sent son cas merdeux. Pour, il est dans son tort ; ses affaires sont mauvaises.
Il est comme un bâton merdeux, on ne sait par où le prendre. Se dit d’un homme qui a l’humeur acariâtre et revêche, qui brusque tous ceux qui s’adressent à lui.

Larchey, 1865 : « Terme injurieux qui se dit d’un poltron, d’un fat sans esprit. » — 1808, d’Hautel. — « Bâton merdeux : Homme qui brusque tous ceux qui s’adressent à lui. » — Id.

Muet

d’Hautel, 1808 : Il n’est pas muet. Pour dire, il parle hardiment ; c’est un babillard un grand parleur.

France, 1907 : Sobriquet que l’on donnait à l’adjoint qui assistait l’examinateur aux examens de sortie de l’École polytechnique et avec lequel il s’entendait pour fixer la note de l’élève. « On avait cru trouver dans ce système, disent MM. Albert Lévy et G. Pinet, une garantie d’impartialité et de plus grande justice ; vers l’année 1870 on y renonça. » On l’appelait muet parce qu’il n’avait pas le droit de questions.

Navette

d’Hautel, 1808 : Cela fait la navette. Pour dire va et vient.
La langue lui va comme la navette d’un tisserand. Se dit d’un babillard, d’un grand parleur.

Delvau, 1864 : Le membre viril, que les femmes font aller et venir entre leurs doigts, et qui sert à filer la trame de la vie humaine.

D’un vieux je tenais la navette,
La sonde en main et la cuvette.

(Chanson)

France, 1907 : Colporteur ; argot des voleurs. Il va et vient comme une navette. Faire la navette, c’est aller et venir d’un endroit à un autre, retourner au lieu d’où on est parti.

Sera-t-il dieu, table ou cuvette ?
Pour l’empereur ou pour le roi ?
En ce moment, c’est bien son droit,
Entre les deux il fait navette.

(Gringoire)

Nez (avoir du)

Rigaud, 1881 : Pressentir les bonnes occasions, arriver aux bons moments. On dit également : Avoir le nez creux.

France, 1907 : Être habile, avoir de l’intuition, de la prévoyance. On dit aussi : avoir bon nez. « Avoir bon nez, dit l’auteur anonyme des lestres proverbes, parus à Lyon en 1654, c’est être prévoyant, prudent, judicieux, ou doué de quelque autre vertu… Les physionomistes qui jugent des passions et affections de l’âme par l’apparence des traits extérieurs, tirent de grands indices de la forme du nez. Ils disent que ceux que ont le bout du nez grêle sont prompts et colères ; ceux qui l’ont plein et retroussé comme les lions et les dogues sont forts et présomptueux ; ceux qui ont le nez long, grêle et aigu, de même ; ceux qui l’ont gros et plat sont réputés méchants ; les nez penchants sont indice d’honnêteté ; les droits, de basserie et de babil ; les aigus, de colère ; les gros, de volupté ; les camus, de paillardise et d’impudence ; les courts, de dol et de rapine ; les ronds et estoupés, de stupidité, de bêtise et de fureur ; les tortus de confusion, de trouble d’esprit ; les aquilins, de magnificence et d’une nature excellente, etc. Par allégorie, tons ceux qui par prudence prévoyent les choses et y pourvoient sagement soit dits avoir bon nez par comparaison avec les chiens qui conjecturent et connaissent par le moyen de l’odorat où ils doivent tirer. »
Il faut avoir du nez pour estre pape, dit un proverbe du XVIe siècle.
Lavater a depuis longtemps apporté de nouvelles éclaircies et condensé ce fatras. « Un beau nez ne s’associe jamais avec un visage difforme, dit-il : on peut être laid et avoir de beaux yeux, mais un nez régulier exige une heureuse analogie des autres traits. Aussi voit-on mille beaux yeux contre un seul nez parfait. Un beau nez suppose toujours un caractère excellent et distingué. » Aquilin, en bec d’aigle, il dénote la force et le courage ; évasé, refrogné au bout, l’ironie et l’hilarité.
Le gros nez est très répandu parmi les épiciers, les bourgeois, les boursiers et les maquignons.
Le gros nez finissant en poire appartient aux marchands heureux et aux hommes en place.
Le gros nez boursouflé, aux limonadiers, aux maitres d’hôtel et aux valets de chambre.
Le gros nez bourgeonné, aux campagnards et aux ivrognes.
Le nez mince, sec, difforme, dénote la peur ou la lâcheté.
La narine étroite, nacrée, diaphane indique a volupté.
Chez les femmes, cette narine accompagne une tête mutine, un minois provocant.
La narine large dénonce le travail acharné dès l’enfance.
Celui qui a des excroissances de chair sur le nez est de caractère sanguin ou lymphatique, mais, dans les deux cas, s’emporte facilement.
Enfin, celui dont le nez s’attache au front par une ligne très courbe est presque toujours excentrique et tant soit peu disposé à la folie.

Ocugné

France, 1907 : Qui a la figure et les mains sales, et, selon toute probabilité, le reste.

Ognon

d’Hautel, 1808 : Pérette à l’ognon. Petite fille babillarde et inconséquente, qui fait la bégueule et la mijaurée.
Il y a de l’ognon. Locution basse et triviale, tirée d’une chanson populaire, pour, il y a quelque chose là dessous ; on trame quelque mauvaise affaire.
Il croît à la façon des ognons. Pour dire que quelqu’un épaissit et ne grandit pas.
Être vêtu comme un ognon. Se dit de quelqu’un qui porte un grand nombre d’habits les uns sur les autres.
Se mettre en rangs d’ognons. Se placer en un rang ou il y a des personnes plus considérables que soi.
Il s’est frotté les yeux avec un ognon. Se dit par ironie d’une personne peu sensible, et qui affecte de verser des larmes pour un évènement qui ne l’intéresse que faiblement.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe, — dans l’argot du peuple, ami des mots-images. On remarquera que, contrairement à l’orthographe officielle, j’ai écrit ognon et non oignon. Pour deux raisons : la première, parce que le peuple prononce ainsi ; la seconde, parce qu’il a raison, oignon venant du latin unio. J’ai même souvent entendu prononcer union.

Oignons (aux petits)

France, 1907 : D’une façon excellente. « Je vais vous faire cela aux petits oignons, vous vous en lécherez les babines. »

— Vous savez, elle est cocasse votre chanson et vous l’avez détaillée aux petits oignons !

(Edgar Monteil)

On dit aussi petites oignes :

On ne saurait trop imiter les maîtres, surtout lorsqu’ils vous donnent l’exemple et la manière de cuisiner eux-mêmes la ratatouille de leur gloire et d’en éplucher les pelites oignes. J’ai choisi, d’ailleurs sans fatigue, mes gribouillages les plus récents, soit ceux de la semaine dernière.

(Émile Bergerat, Mon Journal)

Cette expression s’emploie également pour désigner une façon de traiter quelqu’un rudement : « Je vais vous arranger aux petits oignons. »
Marchand d’oignons se connait en ciboules, expression proverbiale signifiant que quand on exerce un métier, on en connaît toutes les parties.

Papilloter

d’Hautel, 1808 : Babiller avec facilité ; se servir de grands mots pour de petits sujets.

Papoter

Delvau, 1866 : v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.

France, 1907 : Bavarder. Dans le patois du Centre, c’est parler entre ses dents.

Quiconque n’a pas traversé les jardins où ce vieux petit peuple tient ses assises, se groupe par affinités de tempérament ou de profession ; papote, jacasse, avec des voix fragiles, comme fêlées et déjà lointaines ; discute sur l’avenir (ou sur la soupe) ; débat les plus ardus problèmes de philosophie, ou la conduite d’une nonagénaire « qui, décidément, flirte trop », n’a pas contemplé un des spectacles les plus touchants et les plus caractéristiques qu’il soit possible d’observer.

(Séverine)

Parlement

d’Hautel, 1808 : C’est un parlement sans vacances. Se dit par mépris d’un homme qui ne décesse de parler, d’un grand babillard, d’un par leur éternel.

Rigaud, 1881 : Langue. — Ouvrir le parlement, faire l’ouverture du parlement, parler.

France, 1907 : Bavardage. Parlement sans vacances, bavard insupportable. Ouvrir le parlement, commencer à bavarder. « Dès que la vieille ouvre le parlement, elle n’en finit plus. »

Parlère

France, 1907 : Parlerie, babil, abondance de paroles oiseuses et inutiles.

Pépie

d’Hautel, 1808 : Petite peau blanche qui vient sur la langue des oiseaux, et qui les empêche de boire.
Avoir la pépie. Manière bachique qui signifie avoir soif de vin.
Il n’aura pas la pépie. Se dit en plaisantant d’un bon buveur, d’un homme qui boit dur et sec.
On dit aussi d’une petite babillarde, qu’Elle n’a pas la pépie.
Vulgairement, et par corruption, on prononce pipi.

France, 1907 : Soif ; argot populaire.

Perette

d’Hautel, 1808 : Perette à l’ognon. Nom que l’on donne à une petite fille indiscrète et babillarde ; ou qui s’en fait trop accroire.

Petiot

France, 1907 : Diminutif de petit, en usage chez le peuple des villes et des campagnes.

Pour exploiter les gosses, les crapulards ont plus d’un joint.
Il y a d’abord le coup de l’apprentissage : on colle le gosse à l’atelier et on lui fait remplir les fonctions d’homme de peine.
Il y a aussi des bagnes où on n’exploite quasiment que des mômes, sous l’hypocrite prétexte de faire de la boite une vague école professionnelle.
Mais fichtre, le pire enfer pour les mômes, c’est ces cochonnes de maisons de correction où on claquemure les petiots, — le plus souvent pour d’insignifiantes babioles qui ne seraient pas répréhensibles dans une societé libre — en supposant qu’elles y fussent encore possibles !
À un âge où les pauvrets ne devraient songer qu’à se laisser vivre, à rigoler, à chahuter, — et à s’instructionner quand ils s’en sentiraient le besoin, — on les fourre au ballon et on les traite kif-kif des forçats.

(Le Père Peinard)

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim,
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! Il faut qu ils entrent,
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux n’ont rien dans le ventre.
Ouvrez la porte
Aux petiots qu’ont un briquet,
Les petiots grincent des dents.
Ohé ! les durs d’oreilles !
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille.

(Jean Richepin)

Petits cadeaux entretiennent l’amitié

France, 1907 : C’est surtout l’amour qu’ils entretiennent, et rien de plus vu que ce conte espagnol : Une jeune et belle marquise accueillit un jour d’un air boudeur son amant qui venait les mains vides. C’était, sans doute, un poète plus amoureux que riche, il s’étonna de sa froideur, surtout quand il en sut le motif : « Hélas ! dit-il, je n’ai que mon cœur à vous offrir. » Alors la marquise lui fit ce discours : « Souvenez-vous que s’il arrivait à une reine de recevoir les vœux d’un valet de ses écuries, elle attendrait de lui quelque petit présent, ne fût-ce que son étrille. » Là-dessus le poète, qui n’était pas sot, réprliqua : « Sans doute, mais elle préférerait le bouchon », faisant allusion au bouchon avec lequel on frotte les chevaux.
Les Anglais ont le même dicton : Giff-gaff makes good friends. Un autre vieux proverbe français dit : Bon présent en amour sert mieux que babil.

Platine

d’Hautel, 1808 : Pour dire une bonne langue, une voix forte, un gosier rustique.
Il a une bonne platine. Se dit d’un grand babillard, d’un homme qui parle avec une grande volubilité et pendant long-temps ; d’un crieur public qui fait de grands efforts de voix.

Larchey, 1865 : « Il a une bonne platine, se dit d’un grand babillard. » — 1808, d’Hautel.

Delvau, 1866 : s. f. Faconde, éloquence gasconne, — dans le même argot. Avoir une fière platine. Parler longtemps ; mentir avec assurance.

Merlin, 1888 : Verve, faconde, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Faconde, bavardage.

Rossignol, 1901 : Voir grelot.

France, 1907 : Verve, facilité de parole ; argot populaire.

— Ah ! nom de Dieu ! nom de Dieu ! quelle platine… Comme c’est ça, comme c’est ça… Tu étais née pour être actrice, tu gagnerais ce que tu voudrais sur les planches… Nom de Dieu ! comme c’est bien ça, laisse-moi me déboutonner.

(René Maizeroy, Portraits parisiens)

Pointe

d’Hautel, 1808 : Pousser sa pointe. Soigner ses intérêts auprès de quelqu’un ; s’immiscer dans la société des grands ; conter fleurette à une femme.
On dit par ironie d’un homme qui fait le malade, qu’Il a mal dans la pointe des cheveux.
Faire un procès sur la pointe d’une aiguille.
Quereller, chicaner sur la moindre chose. Avoir une pointe de vin. Avoir bu plus que de coutume ; être en gaieté ; babiller.
Un faiseur de pointes. Un railleur, un mauvais plaisant, un faiseur de calembourgs.

Delvau, 1866 : s. f. Demi-ivresse, — dans l’argot des faubouriens. Avoir sa pointe. Être gris. Avoir une petite pointe. Avoir bu un verre de trop.

Pompette

d’Hautel, 1808 : Il est un peu pompette. Pour dire, à demi-gris, il a bu un petit coup ; le vin lui donne de la gaieté, du babil.

Larchey, 1865 : Ivre. Du vieux mot pompette : pompon. — Cette allusion à la tronche rouge des buveurs se retrouve dans plumet et cocarde.

Lupolde, à tout (avec) son rouge nez à pompette, conclud tous ses contes par le vin.

(Contes d’Eutrapel, seizième siècle)

L’amant lui-même a perdu la raison, et Vénus est entièrement pompette.

(Cabarets de Paris)

Delvau, 1866 : adj. Gris, — dans l’argot du peuple. L’expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.

Rigaud, 1881 : Légèrement pris de vin. — Être un peu pompette.

Pont

d’Hautel, 1808 : La foire n’est pas sur le pont. Pour dire rien ne presse.
Laisser passer l’eau sous les ponts. Ne se pas mettre en peine des affaires des autres.
Il est sur le pont de Sainte-Larme. Se dit en plaisantant d’un enfant qui est sur le point de pleurer.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cavité pratiquée au milieu du jeu de cartes que l’on présente à la coupe de son adversaire, et qui doit faciliter la retourne d’un roi ou de la couleur que l’on désire.

Larchey, 1865 : Voir couper.

Delvau, 1866 : s. m. Congé que s’accorde l’employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier. Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu’il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.

France, 1907 : Légère courbure imprimée à une carte de façon à la reconnaitre ; argot des grecs. Faire le pont sec, c’est placer cette carte à l’endroit où le tricheur désire que sa dupe coupe le paquet ; d’où l’expression couper dans le pont, pour se laisser tromper, duper, donner dans le panneau.

Peuple crédule qu’on lanterne
Et qui coupe dans tous des ponts,
Allume un peu mieux ta lanterne :
Tu démasqueras les fripons,
Les renégats et les capons.
Du candidat sur son affiche,
N’écoute plus le vain babil ;
Ses promesses, ce qu’il s’en fiche !
Poisson d’avril !

(Jules Jouy)

Quartier

d’Hautel, 1808 : La gazette du quartier. Nom injurieux que l’en donne à une femme babillarde qui se mêle de toutes les affaires, qui sait toutes les nouvelles de son quartier, et qui s’amuse à les débiter aux uns et aux autres.
Il se mettroit en quatre quartiers pour le service de cet homme. Pour dire, il n’y a rien qu’il ne voulût faire pour l’obliger.
Mettre l’alarme dans tout un quartier. Y débiter de fausses nouvelles, faire courir de mauvais bruits.
Tirer quelqu’un à quartier. Pour dire à l’écart, à part.

Delvau, 1866 : s. m. Logement de trois ou quatre pièces, — dans l’argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.

Rigaud, 1881 : Quartier Latin, quartier des Écoles, — dans le jargon des étudiants. — Aller au quartier. — Femme du quartier, femme qui habite le quartier Latin pour y étudier, sur le vif, l’étudiant ; ce qui lui permet d’être restaurée chez Petiau, désaltérée à la Source, amusée chez Bullier et couchée un peu partout.

France, 1907 : Logement composé de plusieurs pièces : expression importée par les ouvriers belges. En Belgique, un appartement est appelé quartier.

Question

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas là la question. Pour, ce n’est pas ce qui pourroit empêcher cette affaire ; cela n’y feroit rien, etc.
Il ne faut pas le mettre à la question pour savoir ses secrets. Se dit par raillerie d’un homme qui se confie avec trop de facilité, d’un babillard, d’un indiscret.

Qui vanne sans son ressemble à Babion

France, 1907 : Ce vieux dicton, que l’on répète encore en certaines provinces, sans en connaître l’origine, signifie qu’il ne faut pas faire de choses inutiles comme le nommé Babion, prêtre païen d’une comédie du XIIe siècle (Comedia Babionis), qui, devenu éperdument amoureux de sa pupille, la jeune Viola, la… viola, peut-être avec le consentement d’icelle, mais ayant eu son chien témoin de l’accident, le bourrait de friandises et des meilleurs morceaux de sa table, pour qu’il gardât le secret des choses qu’il avait vues.

Rebabillarder

France, 1907 : Récrire, faire une nouvelle babillarde. Voir ce mot.

Religion fusionienne

France, 1907 : Secte religieuse fondée en 1845 par un médecin nommé de Toureil, et destinée à faire fusionner toutes les religions en une seule. Un des apôtres de cette billevesée fut le célébrée Babick.

Fixé à Genève, Babick tenta de s’y faire connaitre par des conférences sur la religion fusionienne, dont il est resté l’apôtre convaincu. Mais, n’ayant pu réussir à se créer des disciples, il se souvint de son ancienne profession, et c’est ce qui lui permit de débiter, au Café Lyrique et ailleurs, entre deux parties le jacquet ou de dominos, quelques flacons d’odeur, produits de sa cuisine transformée eu laboratoire de chimie.

Résolu

d’Hautel, 1808 : Margot la résolue. Sobriquet injurieux que l’on donne à une femme hardie, sans pudeur, qui babille beaucoup, et se mêle de toutes les affaires.
Résolu comme Bartole. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a le ton décisif et tranchant. Le peuple dit par corruption Berthaud.

Robinet

d’Hautel, 1808 : On dit populairement d’un homme qui parle abondamment, d’un babillard, d’un bavard éternel, que quand une fois le robinet est lâché, il a de la peine à finir.

Tirer des plans de longueur

France, 1907 :

Les bons bougres savent quelle foultitude d’employés la Ville entretient : c’est rigolo de reluquer les allées et venues de toute cette séquelle pour la moindre babiole, — comme qui dirait boucher un trou sur un trottoir, avec un seau de bitume.
Mince de procession d’employés ! ll s’en amène une dizaine qui restent trois quarts d’heure, en rond, à tirer des plans de longueur, crayon et calepin aux pattes.

(Le Père Peinard)

Toile

d’Hautel, 1808 : Il en fait comme de la toile. Pour dire, il est expéditif, très-habile à l’ouvrage ; il travaille avec ardeur ; il en fait considérablement.
Aller se mettre dans les toiles. Pour dire aller se coucher, se mettre au lit.
Il a trop de caquet, il n’aura pas ma toile. Se dit d’un babillard auquel on ne veut point avoir affaire, et par allusion, avec un conte de vieille fort connu.

Tortillade

Ansiaume, 1821 : Festin.

Ils ne font que des tortillades en vergue, ils se feront grimer.

France, 1907 : Nourriture, de tortiller, manger ; argot populaire.

Voilà : un crime quelconque se commet, aussitôt l’indignation publique réveillée, — elle dort quelquefois, complaisamment, — l’indignation publique se dresse, éructe un cri et ouvre une large gueule. Oui, imagine-toi la susdite indignation sous la forme terrifiante d’un monstre mythologique, doué d’une mâchoire de crocodile, affamé dès son réveil, s’en donnant par les babines, mangeant à tous les râteliers, même à celui de la justice, et s’offrant de rabelaisiennes tortillades pour dormir ensuite plus profondément, assouvi, abruti, dans la paix lourde d’une longue digestion… Donc, un crime se commet et l’indignation publique ouvre la gueule.

(Gustave Guesvilier)

Triturer une babillarde

France, 1907 : Écrire une lettre ; argot des voleurs.

Vierge

Delvau, 1864 : Fille qui n’est pas encore devenue femme, c’est à-dire dont le vagin n’a pas encore été habité par un membre viril, — mais dont l’imagination a été hantée par mille visions lubriques.

Non, je n’appelle pas vierge une jeune fille
Qui donne des cheveux à son petit cousin,
Ou qui, chaque matin, se rencontre et babille
Avec un écolier dans le fond du jardin.

(Alph. Karr)

Je veux mourir, si je me souviens d’avoir jamais été vierge ! dit Quartilla à Encolpe, — et beaucoup de femmes pourraient en dire autant.

Vioque

Clémens, 1840 : Vie.

Larchey, 1865 : Vieux. — Corruption de mot. — V. Flacul. Vioque : Vie.

Quelle vioque je ferais avec mon fade de carle.

(Balzac)

France, 1907 : La vie ; argot des voleurs.

France, 1907 : Vieux ; argot des voleurs.

— Il a passe une babillarde à un vioque richard de son patelin… un loufoque qui s’amène à Paris pour faire la noce et courir les mômes… il l’a connu dans le temps, en Russie ; l’ayant filé aux environs de Paris, dans le tram qui le brouettait, il a fait remettre au pantre un mot d’écrit par un homme du chemin de fer… Le vioque est à nous…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Les objets mêm’ les pus moraux
Les pus vioques, n’ont quèqu’chose qui jase
Et gn’a pas jusqu’aux becs de gaz
Qui n’ont envie d’finir poireaux !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Voir vioc.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique