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Bâtir

d’Hautel, 1808 : Une maison bâtie de boue et de crachat. C’est-à-dire, construite à la légère et avec de mauvais matériaux.
Bâtir sur le devant. Devenir gros et gras ; se faire un ventre à la maître d’hôtel.
Qui bâti ment. Calembourg pitoyable, pour exprimer qu’un homme qui fait bâtir, est toujours obligé de dépenser plus qu’il ne se l’étoit d’abord proposé.
Un mal bâti. Bamboche ; homme mal tourné, rempli d’imperfections.

Rigaud, 1881 : Mettre en page. — Bâtir la deux, caser sur la forme les paquets qui constitueront la seconde page d’un journal.

Fustier, 1889 : Terme de couturière ; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l’essayage, des retouches à opérer.

Deuxième séance ; essayage des toilettes bâties.

(Gaulois, 1881)

France, 1907 : Être enceinte. Bâtir sur le devant, prendre du ventre.

Batir sur le devant

Virmaître, 1894 : Être enceinte. — L’allusion est facile à saisir (Argot du peuple). V. Avaler le pépin.

Bâtir sur le devant

Rigaud, 1881 : Prendre du ventre.

La Rue, 1894 : Prendre du ventre. (Chez une femme, être enceinte).

Calino

Larchey, 1865 : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type.

L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d’esprit, par exemple, pour s’imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

France, 1907 : Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fanchery dans un vaudeville, vers 1858, et dont la presse s’est emparée pour en faire un nouveau type auquel on attribue toutes les niaiseries et toutes les naïvetés. Le nom vient, du reste, du vieux mot calin (niais) et on le trouve dans Tallemant des Réaux : « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de Calino. »
Cependant, s’il faut s’en rapporter à certains étymologistes, ce type de la naïveté burlesque aurait réellement existé.

C’était un garçon fort connu des artistes qui fréquentaient vers 1846 l’ancien café de la Porte Saint-Martin, où il s’était créé une véritable célébrité.

Chique

d’Hautel, 1808 : Une chique de tabac. On appelle ainsi une pincée de tabac que les soldats, les marins et la plupart des journaliers mettent dans leur bouche pour en prendre toute la substance. Voyez Chiquer.
Une chique de pain. Pour dire une bribe, un morceau de pain.

Ansiaume, 1821 : Voler les églises.

Thierry n’en veut qu’aux ratichons et aux antonnes.

Vidocq, 1837 : s. f. — Église.

Halbert, 1849 : Bon ton.

Larchey, 1865 : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir. Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort).

De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers.

(Gaucher, Chansons)

Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Larchey, 1865 : Voir chic. — chiquement — Avec chic.

Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui, s’ils ne savent pas le français, savent sans doute l’anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l’allemand (Kirch).

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi mauvaise humeur, — l’état de l’esprit étant la conséquence de l’état du corps. Avoir une chique. Être saoul. Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir — dégoûtant. Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir. On dit aussi, pour imposer silence à quelqu’un : Pose ta chique et fais le mort.

Rigaud, 1881 : Église, — dans l’ancien argot des voleurs ; vient de l’italien chièsa.

Rossignol, 1901 : Beau, bien, bon. Une bonne action est chique. Un bel objet est chique. Une femme bien mise est chique.

France, 1907 : Église ; germanisme, de Kirch.

France, 1907 : Mauvaise humeur. « Avoir sa chique. »

France, 1907 : Tabac roulé en corde, que les marins et les ouvriers mettent dans un coin de leur bouche, d’où plusieurs expressions. Couper la chique, désappointer, réduire au silence ; couper la chique à quinze pas, avoir mauvaise haleine ; coller sa chique, être honteux, courber la tête : poser sa chique, se taire, mourir. Pose ta chique, fais le mort.

Daron, daronne

Larchey, 1865 : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Rigaud, 1881 : Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Maître, maîtresse. Père, mère.

Hayard, 1907 : Père, mère.

France, 1907 : Patron, patronne. Se dit aussi pour père et mère. Ce mot signifiait, dans le vieux langage, vieillard rusé. Il est encore employé, dans la Flandre française, dans le sens de maître de maison, et comme équivalent de chef de famille. Selon toute probabilité, c’est une corruption de baron, autrefois employé dans le sens de maître, de mari ; à moins, comme le dit Larousse, qu’il ne vienne de la racine sanscrite dar, déchirer, diviser, le maître de la maison divisant, faisant les parts aux siens.

Le daron, à pas lents, parcourt du même jour
La ville, les faubourgs et jardins tour à tour.

(Anonyme)

La double signification de mère et maîtresse de maison se retrouve dans les lettres adressées, de la prison de Luxembourg, à sa chère Lucile, par Camille Desmoulins. Il appelle constamment daronne Mme Duplessis, sa belle-mère, avec qui il habitait à Cachan.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Daronne du mec des mecs

France, 1907 : La mère de Dieu.

Si tu consens à vous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine, nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs.

(Mémoires de Vidocq)

On dit aussi : daronne du grand Aure.

Démolir

Larchey, 1865 : Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits.

Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse.

(Th. Gautier, 1845)

Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir.

(Balzac)

On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. Critiquer âprement et injustement, — dans l’argot des gens de lettres, qui oublient trop qu’il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens, qui oublient trop qu’il faut vingt ans pour construire un homme.

Hayard, 1907 : Assassiner.

France, 1907 : Destituer. Démolir un fonctionnaire.

France, 1907 : Maltraiter quelqu’un, soit par des voies de fait, des injures on des écrits.

Certains journalistes se donnent la tâche de démolir la réputation de leurs confrères.

Devant

d’Hautel, 1808 : Préposition de lieu.
Si vous êtes pressé, courez devant. Se dit aux gens qui affectent des airs expéditifs et, empressés.
Mettre tout sens devant derrière, sens dessus dessous. Mettre tout en confusion, en désordre ; bouleverser quelque chose de fond en comble.
Bâtir sur le devant. Voy. Bâtir.

France, 1907 : Le côté opposé au derrière, dans le langage des petites filles qui n’ont pas encore été en pension.

À la place Maubert,
Un jour, une harengère
De monsieur Saint-Hubert
Insulta la bannière.
Pour punir cette infame,
L’on vit, soudainement,
Son chaudron plein de flamme,
Griller tout son devant.

(J.-J. Vadé, Cantique de Saint-Hubert)

Dialogue surpris sur le boulevard :
— Cocher, vous avez quelque chose qui se lève par devant, n’est-ce pas ?
— Oui, madame.
— Bien, c’est pour que ma bonne puisse s’asseoir dessus.
— Comme madame voudra.

(Gil Blas)

Faire des châteaux en Espagne

France, 1907 : Faire iles projets en l’air, se repaître de chimères, de rêveries sans corps et sans sujet, comme dit Montaigne (« Une resverie sans corps et sans sujet régente notre âme et l’agite ; que je me mette à faire les chasteaux en Espaigne, mon imagination m’y forge des commodités et des plaisirs desquels mon ame est réellement chatouillée et réjouie. »). C’est la grande ressource des malheureux.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Pichrocole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ;
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux,
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.

(La Fontaine, La Laitière et le Pot au lait)

Mais pourquoi cette expression châteaux en Espagne ? Est-ce parce que, comme le dit Pasquier, les châteaux sont rares en Espagne et qu’on n’y rencontre guère que quelques cassines ou maisonnettes fort distantes les unes des autres ? « Ceux qui rendent raison de cela, ajoute-t-il, estiment que ce fut pour empescher que les Maures ne surprissent quelques chasteaux de force ou d’emblée, où ils auraient eu moyen de faire une longue et sûre retraite. C’est pourquoi on a dit que celuy fait en son esprit des chasteaux en Espagne, quant il s’amuse de penser à part soy à chose qui n’estait faisable. » Cette explication, observe Leroux de Lincy, est aussi hasardée que celle de Fleury de Bellingen qui fait remonter au consul Cécilius Métellus l’origine de ce proverbe.
L’explication la plus plausible est celle donnée par Quitard qui croit que ce proverbe date de la seconde partie du XIe siècle, lorsque Henri de Bourgogne traversa les Pyrénées pour aller au secours d’Alphonse, roi de Castille, contre les Maures d’Espagne et qui, en récompense, obtint la main de Teresa, fille du roi, et le comté de Lusitania pour dot, lequel comité devint, sous son fils Alphonse Henriquez, royaume de Portugal. Les chevaliers qui avaient accompagné Henri de Bourgoin partagèrent naturellement sa fortune, et leurs succès ne manquèrent pas d’exciter l’émulation de tous les aventuriers et hommes de guerre qui ne rêvèrent plus que fiefs à gagner et châteaux à bâtir en Espagne. La Conquête de l’Angleterre par les Normands et les biens dont furent comblés tous les chevaliers qui suivirent Guillaume éveillèrent les mêmes convoitises et les mêmes rêves. L’on disait : faire des châteaux en Albanie (Albion) aussi bien que faire des châteaux en Espagne. Il est a remarquer, dit Walter Kelly, qu’avant le XIe siècle il y avait très peu de châteaux en Angleterre et en Espagne. Les aventuriers conquérants avaient à s’en bâtir pour eux-mêmes. Les Anglais disent : to build castles in the air (bâtir des châteaux en l’air).
Quoi qu’il en soit, il est très ancien, car on le trouve dans le Roman de la Rose, au XIIIe siècle :

Telle fois te sera advis
Que tu tiendras celle au cler vis (clair visage),
Du tout t’amie et ta compagne ;
Lors feras chasteaux en Espagne.

Voici, au sujet de ce proverbe, des vers de Collin d’Harleville. :

Chacun fait des châteaux en Espagne.
On en fait à la ville ainsi qu’à la campagne ;
On en fait en dormant, on en fait éveillé.
Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé,
Peut se croire un moment seigneur de son village.
Le vieillard, oubliant les glaces de son âge,
Croit avoir recouvré sa brillante santé,
Et sourit… son neveu sourit de son côté,
En songeant qu’un matin du bonhomme il hérite,
Un commis est ministre, un jeune abbé prélat ;
… Il n’est pas jusqu’au simple soldat
Qui ne se soit un jour cru maréchal de France ;
Et le pauvre lui-même est riche en espérance,
Et chacun redevient Gros-Jean comme devant.
Eh bien ! chacun du moins fut heureux en rêvant !
C’est quelque chose encor que de faire un beau rêve !
À nos chagrins réels c’est une utile trêve :
Nous en avons besoin ; nous sommes assiégés
De maux dont à la fin nous serions surchargés,
Sans ce délire heureux qui se glisse en nos veines.
Flatteuse illusion ! doux oubli de nos peines !
Oh ! qui pourrait compter les heureux que tu fais !

Délicieuse erreur ! tu nous donnes d’avance
Le bonheur que promet seulement l’espérance.

Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes,
Et dès que nous croyons être heureux, nous le sommes.

Il n’y a si bon mariage que la corde ne rompe

France, 1907 : Le meilleur mariage est sujet à devenir mauvais, et l’époux le plus amoureux de sa femme finit quelquefois par rompre la corde, en s’apercevant qu’il est dupé.

On aime à se flatter de l’espoir décevant
D’être toujours aimé de sa douce compagne,
Mais l’amour d’une belle est un sable mouvant
Où l’on ne peut bâtir que châteaux en Espagne.

Limousiner

Delvau, 1866 : v. a. et n. Bâtir des maisons.

Rossignol, 1901 : Le maçon qui fait le gros d’une construction limousine ; c’est un Limousin limousinant.

France, 1907 : Bâtir.

Meg, mec

Larchey, 1865 : Maître. V. Chique. — Du vieux mot Mège : chef, souverain. V. Roquefort, au mot megedux. — Mec des mec : Dieu. V. Rebâtir.

Mur guilloutet

France, 1907 : Mur de la vie privée, appelé ainsi du marquis Louis-Adhémar de Guilloutet, député au Corps législatif pour les Landes et qui, vers 1863, fit voter une loi interdisant toute enquête dans la vie privée.

Ne vous imaginez pas que je gâche ici du plâtre pour rebâtir le mur de la vie privée avec les moellons écroulés de la loi Guilloutet. Je comprends très bien qu’un homme public a quelquefois pour devoir — et pour intérêt — de montrer en plein jour les plus intimes détails de son existence. Néanmoins, laissez-moi rire en songeant au spectacle bouffon qui nous est promis — que sait-on ? pour bientôt peut-être — lorsque nous jouirons d’un gouvernement socialiste ayant établi l’égalité des salaires et sous lequel le ministre de l’intérieur ne touchera que cinq sous par jour, comme les camarades.

(François Coppée)

Papyrolithe

France, 1907 : Papier-pierre. Néologisme. Aux États-Unis, l’on construit des maisons entières en papier. Ce papier est réduit en pâte, puis comprimé. Un inventeur allemand préconise le papyrolithe pour la confection de planchers qui, ne présentant pas de rainures, seraient exempts de poussière et par conséquent de microbes. Il existe déjà depuis quelques années dans les services auxiliaires de l’armée française des ambulances de campagne démontables, en carton comprimé, d’une étanchéité et d’une solidité absolues. Du reste, un constructeur américain proposait récemment de bâtir une cathédrale en papyrolithe.

Paturon

Vidocq, 1837 : s. m. — Pied.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Pied.

Larchey, 1865 : Pied, pas. — Terme hippique. — V. Flacul, Rebâtir.

Pont du coil (le) et le coil au pont

Delvau, 1864 : Jeu innocent qui consiste à faire dire plusieurs fois de suite à une jeune fille cette phrase ; ce qui l’amène à dire en se trompant : Le poil du con, le con au poil, — par anagramme.

Mon père a fait bâtir maison
Sur le pont du coil, sur le coil du pont ;
Les charpentiers du roi la font
Sur le pont du coil, sur le coil du pont.
Ah ! le joli petit pont
Que le pont du coil, que le coil du pont !

Il y a aussi cet autre dicton : Six petites pipes fines dans un sac, qui, répété avec volubilité, produit : six petites pines, etc.

Rebatir

France, 1907 : Tuer ; argot des escarpes.

Rebâtir

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer.

Halbert, 1849 : Tuer.

Larchey, 1865 : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir il faut démolir. V. ce mot.

Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans l’ancien argot des voleurs. Par altération de rabatir, pour rabattre, verbe que les matois ont disloqué comme la plupart des mots de leur langue.

La Rue, 1894 : Tuer.

Ruineux

d’Hautel, 1808 : Bâtir sur des fondemens ruineux. Fonder ses espérances sur des choses qui n’ont aucune solidité.

Rup, rupart, rupin

Larchey, 1865 : Seigneur, élégant, riche.

Madame, en v’là un rup ! il m’a dit de garder la monnaie pour moi.

(Jaime)

Pour enfoncer un rupiné, Je sers d’exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné.

(Mouret, Ch., 1846)

V. Rebâtir, Bigorne, Caloquet. Se prend adjectivement.

tu étais dans une société assez rup.

(Montépin)

faisons un petit bout de toilette que chacun soit rupin.

(Chenu)

Sabre

d’Hautel, 1808 : Sabre de bois ! Interjection badine et populaire ; juron dont on se sert pour intimider ou faire peur aux enfans ; ou leur faire croire que l’on est irrité contre eux.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Un bâton.

Larchey, 1865 : Bâton. — Sabri : Forêt. — V. Rebâtir.

Delvau, 1866 : s. m. Bâton, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bâton, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Bâton.

Virmaître, 1894 : Bâton. Sabre : être gris. A. D. C’est sas qu’il faudrait dire. Être sas, être blindé, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.
— Quitte-nous le coude, t’es sas comme une bourrique (Argot du peuple).

France, 1907 : Bâton.

Safran (accommoder au)

Larchey, 1865 : Faire une infidélité conjugale. Le safran est jaune et cette couleur passe pour celle du cocuage. — V. Rebâtir.

Je ne suis pas fâché qu’elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV.

(E. Augier)

Sur le devant (bâtir)

France, 1907 : On dit d’une femme enceinte ou obèse qu’elle bâtit sur le devant ; on dit aussi dans le même sens qu’elle a un surcroit de bagages.

Tartines

Halbert, 1849 : Souliers.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Vieux souliers.

Virmaître, 1894 : Souliers avachis et éculés.
— Ah ! mon vieux, quelles sales tartines (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Longue lettre, long rapport.

Il y en a une tartine !

France, 1907 : Chaussures.

— Tiens, regardez-moi c’te grande asperge montée ! Monsieur s’est déguisé en obélisque ? T’es en deuil ? T’auras perdu ton concierge ? Et c’t’autre qui va-t-à-pied ! T’as peur d’user les voitures de M. Bixio ? Fais donc au moins cirer les tartines… C’qu’elles sont sales ! ah ! J’avais pas pigé l’coup ! C’est pas des pieds, mon vieux, c’est des cercueils d’enfant ! C’est-il vrai que c’est là-dessus qu’on va bâtir la tour Eiffel ? Ah ! mince alors…

(Gil Blas)

Veaux de Brou

France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants de Saint-Romain-de-Brou, chef-lieu de canton d’Eure-et-Loir, à la suite d’une farce dont ils furent victimes, et dont on trouve le récit dans le Facétieux Réveille-matin des esprits mélancoliques, ou remède préservatif contre les tristes, Rouen 1659 :

Ce sobriquet est venu d’un tour que trois jeunes garçons, qui n’avaient pas d’argent, firent aux habitants de la ville de Brou en Beausse, en feignant qu’ils estoient comédiens. D’abord qu’ils eurent obtenu la permission du juge, ils firent afficher par la ville des placards où estoient éscrits ces mots : « Les comédiens du Roy représenteront aujourd’huy la fuite des enfans sans argent, pièce qui n’a jamais esté veue n’y représentée. » On leur donna une grange où ils firent leur théâtre. L’un d’eux garda la porte pour recevoir l’argent, qui estoit de trois sols par teste, et les deux autres faisoient jouer deux meschans violons, en attendant la pièce qu’ils avoient promise, faisant semblant de s’aprester. Lorsqu’ils virent la grange pleine, ils descendirent par derrière le théâtre, et celuy qui gardoit l’argent à la porte, la fermant à double tour, ils s’en allèrent tous trois. À une lieue de Brou ils rencontrèrent un homme qui y retournoit, ils le prièrent de vouloir bien se charger de la clef d’une grange qu’ils avoient fermée par mesgarde, où il y avoit, dirent-ils, qui quantité de veaux. Ce bourgeois, en l’ouvrant, ne peut s’empescher de rire. Les habitans crurent qu’il avoit esté d’intelligence avec les prétendus comédiens, de sorte qu’ils le batirent rudement. Depuis on a toujours appelé les habitans de la ville les Veaux de Brou.

Villois

Vidocq, 1837 : s. m. — Village.

Larchey, 1865 : Village (Vidocq). — vieux mot. V. Rebâtir.

Delvau, 1866 : s. m. Village, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Village ; argot des voleurs.

Si j’venais de faire un gerbement et que j’en aye de la surbine, on m’enverrait dans un trou de vergne ou dans un villois de la jargole.

(Mémoires de Vidocq)

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique