Delvau, 1864 : Gorge plantureuse, poitrine à la mode de Caen.
C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.
(Auguste Villemot)
Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge des femmes, — dans l’argot des bourgeois.
Avantages
Delvau, 1864 : Gorge plantureuse, poitrine à la mode de Caen.
C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.
(Auguste Villemot)
Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge des femmes, — dans l’argot des bourgeois.
Avantages, avant-cœur, avant-scènes
Larchey, 1865 : Seins.
N’étouffons-nous pas un petit brin ? lui dit-il en mettant la main sur le haut du busc ; les avant-cœur sont bien pressés, maman.
(Balzac)
C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.
(Villemot)
Beurre
d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.
Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.
(Chansons, Avignon, 1813)
Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.
Rigaud, 1881 : Argent.
La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.
Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.
France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.
Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.
(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)
Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.
Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.
(Germinal)
Capitonner (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Garnir le corsage de sa robe « d’avantages » en coton, — dans l’argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont recours à l’Art quand la Nature est insuffisante.
France, 1907 : Se garnir le corsage et le derrière, pour remplacer les tétons absents et les fesses trop plates ; argot des filles.
Chausser
d’Hautel, 1808 : Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Signifie que les ouvriers négligent ordinairement pour eux-mêmes les avantages que leur donne leur profession.
Elles chaussent le même point. Se dit de deux personnes qui ont mêmes inclinations, mêmes sentimens.
Larchey, 1865 : Convenir (d’Hautel, 1808).
Les diamants ! ça me chausse, ça me botte.
(Mélesville)
Delvau, 1866 : v. a. Convenir, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas dire botter.
Rigaud, 1881 : Convenir. Vieux mot ; autrefois on disait se chausser au point, en parlant de deux amoureux.
Toutes en fait d’amour se chaussent en un point.
(Régnier)
France, 1907 : Convenir : même sens que botter.
— Alors, mon garçon, qui dit, j’pourrai pas m’occuper d’vot’ affaire avant mardi. — Ça me chausse et ça me botte, que j’y dis.
(Henry Monnier)
Crier
d’Hautel, 1808 : Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voyez Aveugle.
Il faut plumer la poule, mais sans la faire crier. Signifie qu’il faut jouir des avantages que procure une place, mais n’en pas abuser.
Crier aux petits pâtés. Se dit lorsqu’on est surpris tout-à-coup par de vives douleurs, et notamment d’une femme lorsqu’elle est en mal d’enfant.
Déplaisant
d’Hautel, 1808 : Ce qui est petit est gentil, ce qui est grand est déplaisant. Dicton facétieux et badin dont on se sert par flatterie, lorsqu’une personne se plaint du peu d’avantages physiques que la nature lui a donnés.
Double-six
Rigaud, 1881 : Poseur. Fat sans cesse occupé à étudier ses poses, à faire valoir ses avantages. Au jeu de dominos la première pose est au joueur qui a le double-six ; d’où le surnom donné au poseur, au fat.
Virmaître, 1894 : Nègre (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Nègre.
Écopeur
Rigaud, 1881 : Fine mouche qui arrive chez les autres à l’heure du dîner. Le véritable écopeur, sans jamais rien demander, ne sort jamais d’une maison sans avoir retiré un petit profit de sa visite. Il a un flair particulier pour arriver aux bons moments. L’écopeur porte un coup à ceux qu’il va voir et l’on n’ose pas l’éconduire.
France, 1907 : Individu qui s’arrange de façon à tirer de petits avantages de quelqu’un sans en avoir l’air.
Emplumer
d’Hautel, 1808 : S’emplumer ; se parer ridiculement de plumes ; s’éprendre, s’enticher, s’enrichir dans un emploi.
Il s’est bien emplumé ou remplumé dans cette place. Pour il y a fait de bonnes affaires, il a su profiter des avantages qu’elle lui offroit.
Faire une fin
Delvau, 1864 : Se marier. — Après avoir bien vécu, bien fait la noce, devenir épicier, maître de bordel et… cocu, comme X, Y et Z, que tout le monde connaît. — Ces dames font également une fin.
Quoique l’état ne manque pas
D’appas,
Foi de Margot, si ça ne reprend pas,
Je m’expatrie.
Ou bien je me marie ;
Il faut enfin
Que je fasse une fin.
(F. Seré)
Delvau, 1866 : v. n. Se marier, — dans l’argot des viveurs, qui finissent par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s’en repentir.
France, 1907 : Se marier.
… La maîtresse, celle qui vit en concubinage et qui, sans être épouse, jouit de tous les avantages de la situation. D’habitude elle n’est point malheureuse ; on la rencontre partout. Parfois quelques vertus, le plus souvent beaucoup de vices. Marchant inconsciente dans la vie, elle finit la plupart du temps par faire une fin. L’amant, bête comme une oie et qu’elle a soigné pendant une maladie, se laissant prendre à ce faux dévouement et à la glu de l’habitude, épouse ! Ces ménages en détrempe sont une spécialité de la grande ville. Prostitution : article Paris !
(Louis Davyl)
Fessard
France, 1907 : Femme, à cause de ses avantages postérieurs.
Grisette
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.
Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.
Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.
Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).
France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.
France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :
Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.
(Joconde)
Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.
(Ibid.)
Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :
De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.
Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.
(Joseph Caraguel)
— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »
(H. de Latouche, Grangeneuve)
Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?
— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !
(A. Glatigny)
Jésus
Vidocq, 1837 : s. m. — Les voleurs donnent ce nom aux jeunes garçons que les Tantes, les Chanteurs, les Rouspans (Voir ces divers articles), prostituent à leur gré, et dressent en même temps au vol et à la débauche.
Halbert, 1849 : Grand jeune homme payé pour satisfaire aux passions d’un vieillard.
Larchey, 1865 : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. »
(Canler)
Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.
Delvau, 1866 : s. m. « Enfant dressé au vol et à la débauche, » — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Innocent, — dans l’argot souvent ironique du peuple. D’où le grippe-Jésus de l’argot encore plus ironique des voleurs, puisqu’ils appellent ainsi les gendarmes.
Rigaud, 1881 : Innocent, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Jeune filou. — Tout jeune Éphestion de trottoir.
La Rue, 1894 : Innocent. Jeune Voleur. Nouveau-né. Adolescent du troisième sexe.
Virmaître, 1894 : Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses. Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Jeune chatte qui sert d’appât pour faire chanter les individus portes à cette passion.
Hayard, 1907 : Jeune garçon de mœurs pédérastiques.
France, 1907 : Adolescent du troisième sexe.
Dans cette catégorie d’individus (les pédérastes) on désigne deux classes : les amateurs, ceux qui recherchent dans la pédérastie la seule satisfaction de leurs sens ;
Les prostitués qui trafiquent de leur corps ; ceux-ci prennent le nom de Jésus…
Vêtu d’un costume étriqué qui lui permet d’étaler à tous les regards ses avantages, la raie allant du front à la nuque, maquillé, une cigarette aux lèvres, le Jésus va et vient, le regard en coulisse, la bouche ou cœur, le sourire aux lèvres ; il joue avec une mince badine — qu’on peut lui arracher des mains et lui casser sur la figure si prompte fuite vous en laisse le temps.
(Jules Davray, L’Armée du vice)
Le persillard, une fois d’accord avec le chanteur pour duper son douillard, devient alors son compère, c’est-à-dire son Jésus ! Tel est dénommé aujourd’hui le persillard exploiteur.
(Mémoires de M. Claude)
Le Jésus est un jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomites que veut exploiter le chanteur.
(Mémoires de Canler)
France, 1907 : Innocent, et aussi jeune voleur.
Mathurins plats
Vidocq, 1837 : s. m. — Dominos. Des personnes qui dans la crainte d’être trompées ne jouent ni au billard, ni aux cartes, croient que celui des dominos est très-innocent, aussi elles ne se font aucun scrupule de jouer tous les soirs leur demi-tasse, et quelquefois même de l’argent. Ces personnes ne seront sans doute pas fâchées d’apprendre que l’on triche aux dominos aussi facilement qu’à tout autre jeu ; je connais des Floueurs invalides qui vivent très-bien du jeu de dominos ; ils savent reconnaître les dés au passage, et s’approprier ceux dont ils ont besoin ; les avantages qu’ils prennent, joints à une grande habitude du jeu, doivent nécessairement mettre toutes les chances de leur côté. Le café qui occupe le coin du boulevard et de la rue Montmartre était, autrefois, le rendez-vous habituel des Floueurs aux dominos.
Médaille
d’Hautel, 1808 : Tourner la médaille. Changer de discours ; dire le contraire de ce que l’on pense ; considérer le bien et le mal d’une affaire.
La médaille est renversée. Pour, la fortune a changé ; les circonstances ne sont plus les mêmes.
Toute médaille a son revers. Pour dire, que toute affaire a ses avantages et ses inconvéniens.
Vieille médaille. Se dit ironiquement d’une vieille femme qui affecte beaucoup de prétentions.
Larchey, 1865 : « La jolie voix ! dit Schaunard en faisant chanter les pièces d’or. — Comme c’est joli, ces médailles ! ajouta Rodolphe. » — Murger.
Delvau, 1866 : s. f. Pièce de cinq francs en argent, — dans l’argot des artistes et des faubouriens. Le mot sort de la Vie de Bohême, d’Henry Murger. Médaille dor. Pièce de vingt francs.
Mess
Delvau, 1866 : s. m. Table où mangent en commun les officiers d’un même régiment. Encore un mot d’importation anglaise, à ce qu’il paraît : The Mess, dit le Dictionnaire de Spiers ; to mess, ajoute-t-il. C’est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.
Rigaud, 1881 : Agent de la sûreté. Abréviation de Messieu pour « monsieur ». Un de ces mess me lâche de la filature, un agent de la brigade de sûreté me suit.
Rigaud, 1881 : Le mess est un cercle militaire avec une réfection spécialement affectée aux officiers d’un même régiment.
Anatole, le garçon du mess, venait d’apporter la bougie et les cigares.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)
France, 1907 : Pension des officiers d’un même corps. Le mot comme la chose vient d’outre-Manche. C’est Napoléon III qui, ayant vécu en Angleterre et frappé des avantages résultant pour les officiers d’un régiment d’une table commune, institua l’usage du mess dans sa garde. Le régiment des guides eut le premier mess et l’empereur donna 12,000 francs pour son argenterie. Déjà, pendant l’expédition de Crimée, les officiers des divers régiments s’étaient formés en mess à l’instar des officiers anglais. Mess, qui signifie en anglais plat, mets, gamelle, vient du latin missa, messe, repas.
Le mess à des avantages incontestables ; les conversations animées y font oublier les heures ; la confusion des grades y est complète et la camaraderie absolue : tel qui tient le dé de la conversation, qui parle de tout avec la liberté la plus complète, vient d’obéir et obéira demain, tout à l’heure, sans broncher, au supérieur qui le coudoie. Là, les hommes s’examinent, apprennent à se connaître, à s’apprécier ; ils se rapprochent selon les hasards des sympathies, sans distinction d’épaulette. Il règne dans les mess un certain laisser-aller qui entretient l’animation à table ; il y a les boute-en-train, ceux qui sont intarissables sur l’anecdote. On parle du métier, on raconte ses hauts faits, ses aventures de garnison. On rit des dangers connus et l’on fait des charges sur les choses de la guerre, souvent si tristes et que l’on croit mieux braver ainsi. À la suite de la malheureuse guerre de 1870, nos officiers ont senti la nécessité, non plus seulement de se nourrir et s’amuser, mais aussi de s’apprécier et de s’instruire. Presque partout, le cercle remplace ou plutôt complète le mess.
(Pierre Larousse)
Ces mess de la garde étaient supérieurement tenus et le service ne laissait rien à désirer. Les domestiques nombreux, pris parmi les hommes du régiment, portaient la livrée bleu de ciel à boutons d’or et, les jours de gala ou de réception, la culotte courte, les bas blancs et les souliers à boucles. À l’heure des repas, un domestique ouvrait à deux battants la porte conduisant à la salle à manger et le maître d’hôtel, très correct, en habit noir, s’avançant sur de seuil, annonçait à haute voix : « Le colonel et ces Messieurs sont servis. »
(Marcel de Baillehache, Souvenirs intimes d’un lancier de la garde impériale)
Mouture
d’Hautel, 1808 : Tirer d’un sac deux moutures. Vouloir tirer plusieurs avantages d’un même travail, ou se faire payer deux fois.
Or est qui or vaut
France, 1907 : On apprécie et estime les gens d’après les avantages que l’on peut en tirer.
Paonner
France, 1907 : Étaler ses avantages physiques à l’instar des paons qui font la roue.
Pauvre comme Job
France, 1907 : Le saint homme Job, qui est devenu si fameux par son humble patience, avait, durant toute sa vie, allié deux choses bien difficiles, une grande vertu avec de grandes richesses… Le démon ne put souffrir une si haute vertu sans lui donner quelque atteinte. Il osa porter ses calomnies jusqu’à Dieu même, et, ne trouvant rien dans la vie de Job qu’il pût blâmer, il accusa ses intentions cachées, soutenant devant Dieu qu’il ne le servait qu’à cause des avantages qu’il en recevait. Dieu, pour confondre ce méchant calomniateur, lui donna la puissance de lui ravir tout son bien. Le démon usa de ce pouvoir avec toute sa malignité ; et pour mieux accabler ce saint homme, il fit en même temps piller ses troupeaux par des voleurs, périr ses brebis par le feu du ciel, emmener ses chameaux par les ennemis, et mourir tous ses enfants sous les ruines d’une maison qu’il fit tomber pendant qu’ils étaient à table. Job reçut ces tristes nouvelles sans que sa vertu en fût ébranlée. Il se prosterna, bénit Dieu et dit ces paroles : « Dieu me l’a donné, Dieu me l’a ôté ; que son saint nom soit béni !… » Le démon alors frappa Job d’un ulcère épouvantable qui lui couvrait tout le corps. Il fut réduit à s’asseoir sur un fumier, et à racler avec le têt d’un pot la pourriture qui sortait de ses plaies et les vers qui s’y formaient. Il ne lui restait alors de tout ce qu’il possédait autrefois dans le monde que sa femme seulement, que le démon lui avait laissée pour être, non la consolatrice, mais la tentatrice de son mari, et pour le porter à l’impatience. Car cette femme, jugeant que la piété de ce saint homme était vaine, tâcha de le jeter dans des paroles de blasphème et de désespoir … Et saint Augustin, admirant sa fermeté en cette rencontre, dit que Job, n’ayant point succombé à cette Eve, est devenu incomparablement plus glorieux sur son fumier qu’Adam ne le fut autrefois dans toutes les délices du Paradis (Histoire de l’Ancien et du Nouvenu Testament).
C’est M. Lemaistre de Sacy qui analyse ainsi l’Ancien Testament sans rire, et il a la bonté de mettre en note qu’il ne sait pas au juste en quel temps s’est passée cette histoire, mais qu’il y a apparence que ce fut durant que les Israélites étaient dans le désert !
Pied de veau (faire le)
France, 1907 : Faire bassement et servilement sa cour à un supérieur ; flagorner quelqu’un dont on attend des avantages.
Poser
Delvau, 1864 : Faire valoir habilement, aux yeux des femmes, les avantages qu’on possède dans son pantalon, par exemple eu se cambrant et en se présentant de profil.
Larchey, 1865 : Chercher à paraître ce qu’on n’est pas.
Que cherches-tu sous les meubles ? — Le naïf pour qui tu poses.
(E. Augier)
Pose et Poser sont donc substantif et verbe d’un sens vif et prompt, mais d’acceptation nouvelle, laquelle nous vient des arts et a bientôt passé dans le torrent du discours. Poser, c’est ne point vouloir être soi. Pendant le sombre procès de Tulle, toutes les femmes ont posé Mme Lafarge. Hélas ! des êtres sans méchanceté pour deux liards avaient posé Lacenaire quelque temps auparavant, etc., etc.
(Luchet)
L’homme qui pose se place généralement dans la situation qu’il sait la plus favorable, aux avantages physiques que lui a ou que ne lui a pas donné la nature.
(Ed. Lemoine)
Larchey, 1865 : Mettre en évidence.
Voilà un ménage qui pose une femme.
(Balzac)
C’est une manière ingénieuse… ça pose un homme.
(L. Reybaud)
Larchey, 1865 : Se laisser mystifier.
Il croyait toujours qu’on allait ce qui s’appelle le faire poser et se moquer de lui.
(Méry)
Delvau, 1866 : v. a. Mettre en évidence. Se poser. Faire parler de soi.
Delvau, 1866 : v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu’on n’a pas ; se vanter de succès et de richesses imaginaires. Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu’on a ou qu’on croit avoir. Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l’Antinoüs. Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.
Rigaud, 1881 : Attendre depuis longtemps. — Être mystifié. — Se donner de l’importance. — Chercher à faire valoir ses avantages, soit physiquement, soit moralement, en prenant une attitude étudiée.
La Rue, 1894 : Attendre longtemps. Faire valoir les avantages que l’on croit posséder. Se vanter. Afficher des sentiments ou des vices que l’on n’a pas. Poser un lapin. V. Lapin.
Raccrocher
d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.
Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.
J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.
(Rétif de la Bretonne)
Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.
France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.
La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.
(Louis Davyl)
Renchéri
d’Hautel, 1808 : Faire le renchéri. Faire le précieux, le petit-maître, le fanfaron ; se prévaloir des moindres avantages ; jouer le gros seigneur.
On dit aussi d’une femme, qu’Elle fait bien sa renchérie, pour dire qu’elle se fait trop valoir ; qu’elle s’aime beaucoup ; qu’elle fait la bégueule, la dédaigneuse, la femme de qualité.
Starting-machine
France, 1907 : Machine à donner les départs aux courses. Cette machine, inventée par un Américain, réunit plusieurs avantages ; les principaux sont la suppression des faux départs, l’impossibilité de suspecter le starter d’avoir avantagé un ou plusieurs des concurrents au détriment des autres, et la sérénité du starter lui-même vis-à-vis des jockeys, toujours tentés de voler le départ.
Argot classique, le livre • Telegram