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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Amuseux

France, 1907 : Enjôleur. Un amuseux de filles.

Adieu, galant trompeux,
Amuseux de fillettes ;
Tu as mon cœur en gage,
À présent tu t’en vas.
En passant la rivière,
Galant, tu périras.

(Chanson recueillie par le comte Jaubert, à Bengy-sur-Craon)

Aplomb (coup d’)

Larchey, 1865 : Coup vigoureux, tombant verticalement sur le but.

Sus c’coup là, je m’aligne.
L’gonse allume mon bâton,
J’allonge sur sa tigne
Cinq à six coups d’aplomb.

(Aubert, chanson, 1813)

Ah ! fallait voir comme il touchait d’aplomb.

(Les Mauvaises Rencontres, chanson)

Argent

d’Hautel, 1808 : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.

Attelage

France, 1907 : Le mari et l’amant ; la femme les conduit.

Et je me rappelle cette phrase que disait la jolie marquise de Luxille à une de ses amies : « Vous ne sauriez croire, ma chère, comme mon attelage me donne du mal depuis quelque temps ! »

(Champaubert)

Auber ou aubert

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs. Ce mot date de loin et ne serait qu’un jeu de mots du moyen âge où la maille était une monnaie et le haubert une cotte de mailles. Avoir de l’aubert était donc, comme dit Charles Nisard, être couvert de mailles ou d’argent. Le nombre de mots pour désigner le « vil métal » est considérable et prouve le rôle important qu’il joue dans le monde d’en bas comme dans celui d’en haut. Nous avons : achetoires, beurre, bille, braise, carle, cercle, cigale, cuivre, dale, douille, face, galette, graisse, huile, jaunet, médaille, métal, mitraille, monacos, monarque, noyaux, patard, pèze, philippe, picaillon, pimpion, quantum, quibus, rond, roue de derrière, roue de devant, sine qua non, sit nomen, sonnette, thune, vaisselle de poche, etc.

Plus d’aubert nestoit en fouillouse.

(Rabelais)

Aubert

d’Hautel, 1808 : Mot baroque. Pour argent monnoyé ; espèces sonnantes.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des hauberts, comme les enfants avec les loques de cuivre.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Argent.

Bibine

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu)

Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.

France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Blé

d’Hautel, 1808 : Il ne sait pas seulement comment vient le blé. Se dit d’un homme ignorant et borné, qui n’a jamais sorti de la ville.
Manger son blé en herbe. Être dépensier ; manger son revenu avant que les termes en soient échus.
Crier famine sur un tas de blé. C’est se plaindre de la misère les mains pleines.
Être pris comme dans un blé. Être attaqué à l’improviste, sans armes et sans aucune défense.

Virmaître, 1894 : Argent monnayé (Argot des voleurs), V. Aubert.

Hayard, 1907 : Argent.

Bovarisme

Delvau, 1866 : s. m. Hystérie littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre du roman de G. Flaubert, madame Bovary. L’expression a été créée par Barbey d’Aurevilly, à propos de son étude sur l’Antoine Quérard de Ch. Bataille.

Caillette

d’Hautel, 1808 : Nom injurieux que l’on donne à une commère, à une méchante langue.

France, 1907 : Petite femme, aimable et de mœurs légères.

Je vis une de ces caillettes tout récemment aux fêtes de Rome.
Elle a la savoureuse maturité, l’éclat d’un fruit automnal, de petites dents nacrées dans une bouche qui ressemble à l’arc symbolique d’Éros, qui est comme une cible à baisers, des bouclettes soyeuses qui lui dorent toute la nuque et des yeux où l’on croirait qu’un ciel pâle de neige s’est reflété. Elle fut élevée avant d’être levée, comme disent les gamins du club, figura en bonne place je ne sais plus dans quelle cour du Nord ; sait tout l’alphabet du vice sur le bout du doigt et aurait, rien qu’avec ses souvenirs, fourni à ce libertin de Casanova la matière de sept ou huit volumes ad usum senectutis.

(Champaubert)

Campagne (être à la)

France, 1907 : Être en prison ; argot des voleurs. Dans l’argot des filles, c’est passer quelques mois dans une maison de prostitution de province. Barbotteur de campagne, voleur de nuit. Garçon de campagne, voleur de grand chemin.

— Pauvre sinve ! par suite de circonstances qu’il est inutile de te dégoiser, ton a patron a non seulement de l’argent, mais des papiers à nous… S’il est poursuivi pour sa banque, la police va venir ici fourrer son museau… elle chauffera les babillards et poissera l’aubert… Nous serons donc refaits… sans compter qu’on pourrait trouver là peut-être de quoi envoyer quelques-uns de vous à la campagne…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Carme

un détenu, 1846 : Argent monnayé.

Halbert, 1849 : Miche.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs. Quelques étymologistes veulent qu’on écrive et prononce carle, — probablement par contraction de carolus.

Delvau, 1866 : s. m. Miche de pain, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Argent. — Carmer, donner de l’argent. — Carme à l’estoque, ou carme à l’estorgue, fausse monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot des souteneurs). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent, miche de pain.

— Minute, la commère, faut pas s’emballer. Vous avez un béguin pour moi, c’est parfait. Nous f’sons des cornes au papa, c’est encore mieux ; mais là, entre nous, vous avez deux fois l’âge de bibi, et dame, faut combler la différence en belle et bonne galette. Quand on n’a plus ses dix-huit printemps, faut abouler du carme. Pas d’argent, pas d’amour.

(Michel Morphy, Les Mystères du crime)

Chineur

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de peaux de lapins, — dans l’argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu’un lot de fonte.

Rigaud, 1881 : Marchand d’habits ambulant qui va déverser ses achats sur le carreau du Temple. — Marchand qui va offrir à domicile des objets souvent volés. — Filou qui vole en augmentant frauduleusement la valeur apparente des objets.

Le Mont-de-Piété n’a guère à se défendre que contre deux sortes de filous parfaitement catégorisés : les chineurs et les piqueurs d’once. il ne faut pas croire que cette fraude s’arrête aux objets précieux ; on chine tout.

(Maxime du Camp, Revue des Deux-Mondes 1873)

Un des procédés du chineur consiste à forer les chaînes, les bracelets, pour en extraire l’or qu’il remplace par du cuivre. Les employés du Mont-de-Piété ont été, plus d’une fois, victimes de ce genre de vol. — Dans le jargon des chiffonniers, un chineurest un marchand, un commerçant quelconque.

Merlin, 1888 : Méchante langue ou mauvais plaisant.

La Rue, 1894 : Colporteur. Marchand d’habits.

Virmaître, 1894 : Genre de voleurs dont les procédés se rapprochent de ceux des charrieurs. Ils sont pour la plupart originaires du Midi (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleur au chinage. Marchand qui fréquente les ventes publiques et achète tout ce qui est à bas prix, d’où le populaire a baptisé de ce nom le marchand de peaux de lapins. On appelle aussi chineurs ou roulants les marchands de vieux habits qui courent les marchés et les foires et ceux qui vont à domicile offrir des étoffes à bas prix.
Dans le Pavé, voici ce qu’écrit sur ce mot Jean Richepin : « En argot, chineur veut dire travailleur, et vient du verbe chiner… Mais ce mot se spécialise pour désigner particulièrement une race de travailleurs sui generis…
Elle campe en deux tribus à Paris. L’une habite le pâté de maisons qui se hérisse entre la place Maubert et le petit bras de la Seine, et notamment rue des Anglais. L’autre niche eu haut de Ménilmontant, et a donné autrefois son nom à la rue de la Chine… Les chineurs sont, d’ailleurs des colons et non des Parisiens de naissance. Chaque génération vient ici chercher fortune, et s’en retourne ensuite au pays. »

Claquette

Rigaud, 1881 : Bavard.

France, 1907 : Langue.

Au second verre de champagne, enchanté par l’inédit de cette aventure, Stanis demanda à la petite :
— Au fait, comment t’appelles-tu ?
Elle répondit :
— À vot’ choix ! La môme Claquette, parce qu’il parait que je n’ai pas la langue dans un sac.

(Champaubert)

Connaître dans les coins (la)

Merlin, 1888 : Être au courant des ficelles du métier. On dit également : être à la coule.

Fustier, 1889 : C’est la variante de l’expression citée par Delvau : Connaître le numéro.

France, 1907 : Être habile, pas se laisser duper et savoir attraper les autres.

Est-ce naturel qu’un vieux garçon qui la connait dans les coins, comme on disait au régiment, qui en a vu de toutes les couleurs, qui considère la femme comme un joujou un peu plus perfectionné que les poupées, s’énerve, compte les heures et les minutes, se surmène en des courses vertigineuses …

(Champaubert, Le Journal)

Dételer

Delvau, 1866 : v. n. Renoncer aux jeux de l’amour et du hasard, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent le Solve senescentem d’Horace, mais qui ont de la peine à y obéir. On dit aussi Enrayer.

Rigaud, 1881 : Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.

À cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.

(E. de Goncourt, La Fille Élisa)

France, 1907 : Ne plus pouvoir sacrifier à Vénus. Un cheval dételé ne tire plus. « Le mot, dit Lorédan Larchey, est du XVIIIe siècle. Effrayé dès le début de sa dernière maladie, Louis XV disait à La Martinière : — Je le sens, il faut enrayer. — Sentez plutôt qu’il faut dételer ! répondit brusquement le docteur. »

Comme nous nous attardions, après ce souper frugal de camarades qui ont dételé, qui regardent avec une sereine philosophie les autres continuer la fête, qui ne se passionnent plus pour rien, et ainsi que des soldats chevronnés qui firent les mêmes campagnes, commencent à remuer ce tas de feuilles mortes qu’est le passé !

(Champaubert)

Devant

d’Hautel, 1808 : Préposition de lieu.
Si vous êtes pressé, courez devant. Se dit aux gens qui affectent des airs expéditifs et, empressés.
Mettre tout sens devant derrière, sens dessus dessous. Mettre tout en confusion, en désordre ; bouleverser quelque chose de fond en comble.
Bâtir sur le devant. Voy. Bâtir.

France, 1907 : Le côté opposé au derrière, dans le langage des petites filles qui n’ont pas encore été en pension.

À la place Maubert,
Un jour, une harengère
De monsieur Saint-Hubert
Insulta la bannière.
Pour punir cette infame,
L’on vit, soudainement,
Son chaudron plein de flamme,
Griller tout son devant.

(J.-J. Vadé, Cantique de Saint-Hubert)

Dialogue surpris sur le boulevard :
— Cocher, vous avez quelque chose qui se lève par devant, n’est-ce pas ?
— Oui, madame.
— Bien, c’est pour que ma bonne puisse s’asseoir dessus.
— Comme madame voudra.

(Gil Blas)

Dos vert

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Maquereau. Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos. L’allusion est transparente. (Argot du peuple).

France, 1907 : Maquereau.
Fernand Varlot, garçon intelligent perdu par la flemme et l’absinthe, qui est devenu, à la suite d’infortunes de police correctionnelle, le poête du « Père Lunette », a chanté ainsi l’une des fresques ornant ce célèbre café :

Les pieds posés sur un dos vert,
Une Vénus de la Maubert,
Mise en sauvage,
Reçoit des mains d’un autre dos
Une cuvette pleine d’eau
Pour son usage.

On dit aussi dos d’azur.

Douloureuse

Rigaud, 1881 : Dans le « pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit l’addition. » (X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

La Rue, 1894 : La carte à payer.

Rossignol, 1901 : Note à payer.

France, 1907 : Note à payer.

On arrive au bal de l’Opéra, tout frais, tout mignon, tout pimpant, bien brossé, plein d’illusions, et l’on s’en retourne couvert de poussière, harassé, avec sa blanchisseuse ou la fille de sa concierge au bras, supercherie dont on ne s’aperçoit qu’au moment de la douloureuse, et l’on rentre chez soi avec cinq louis de moins dans son porte-monnaie, quelquefois avec un œil au beurre noir, un mal de tête atroce, et, malgré cela, avec l’envie de recommencer le samedi suivant.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

Je vous jure que c’est odieux, attristant au delà de tout de ne pouvoir ainsi jamais s’abandonner aux tentations qui vous assaillent autant qu’un saint Antoine, croire à rien de ce qui vaut la peine de s’emballer, de ce qui sent un peu l’amour, de demeurer sans trêve sur le qui-vive, d’avoir cette perpétuelle arrière-pensée que ces regards alliciants, ces frôlements pervers, cette gentillesse, ces détraquantes coquetteries, ces lèvres qui s’offrent sont une comédie, un long mensonge, qu’on se fiche de l’homme, qu’on lui monte, comme on dit, un bateau, qu’on ne pense qu’à lui tendre un piège, qu’à profiter de sa faiblesse, qu’à acquitter en monnaie de singe une douloureuse dont on est embarrassée et devant laquelle renâcle l’amant peut-être aux abois.

(Champaubert, Le Journal)

Essayeuse

France, 1907 : Femme employée dans les magasins de modes qui essaye devant les clientes les objets de toilette pour les faire valoir. Il va sans dire que l’essayeuse doit être grande, gracieuse et jolie.

Les femmes sont toujours les femmes, pauvres ou riches, et je ne vois pas pourquoi celles-là abdiqueraient les caprices de leur sexe, sous prétexte qu’elles sont des salariées. Sans compter que ces fanfreluches leur iraient tout aussi bien qu’à nous, et parfois mieux — voyez les essayeuses. Et elles sont condamnées à poser en mannequin, indéfiniment, devant des chipies qui les toisent, les font tourner, retourner, se vengent par la fatigue et l’humiliation de leur fine taille et de leur élégante allure.

(Jacqueline, Gil Blas)

… S’annonçant par des heurts discrets contre la porte, rentraient, étalaient quelque pièces l’étoffe, quelque éblouissante broderie, chuchotaient en hâte quelque question, de petites essayeuses aux cheveux blonds qui moussent au-dessus d’un profil rieur de trottin, aux lignes souples que souligne l’élégante simplicité d’un corsage et d’une robe sombres.

(Champaubert, Le Journal)

Fagoter (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller extravagamment, grotesquement. A signifié autrefois Se moquer.

France, 1907 : S’habiller mal, sans goût.

Les femmes, elles, sont généralement d’une rare impertinence, s’exaspèrent, piaillent, provoquent, menacent d’un procès, de confier leurs intérêts à quelque homme d’affaires madré, sortent en haussant les épaules, en déclarant qu’elles sont trop heureuses de ne plus être fagotées comme des provinciales, étrillées, etc., etc. en claquant les portes.

(Champaubert, Le Journal)

Vêtu de complets gris perle et chaussé de guêtres blanches, son père, très jeune, se démenait au milieu de bandes élégantes, toujours égayées par la profusion des vins. Il lui causait peu, pour dire : « Mais tu te fagotes, mon enfant… Tu te fagotes. Il faut me remplacer cette robe : mettre un boléro plus ajusté. Va donc cette après-midi chez Léoty, qu’on te corsète convenablement… Miss… miss ! Veillez donc à ce qu’elle n’ait pas l’air si Louis-Philippe, cette enfant. On dirait, ma foi, le parapluie constitutionnel. »

(Paul Adam, Le Journal)

Faire à la pose (la)

France, 1907 : Poser ; vouloir se faire passer pour plus qu’on ne vaut. C’est le fait des imbéciles ou des intrigants de la faire à la pose.

Brouh ! ça vous fout la frousse : parce que quelques salopiots d’enjuponnés voudront la faire à la pose, ils vont m’expédier au bagne ou, chose plus emmerdante, me faire couper le coup.

(Père Peinard)

J’antipathis’ les bourgeois qui nous r’prochent
D’fair’ turbiner nos femm’s, sœurs et bell’s-sœurs.
Tandis qu’nous ons les deux mains dans les poches
Pour honorer le glorieux nom d’sout’neurs.
Tous ces muff’s-là qui la font à la pose,
S’ils regardaient autour d’eux, je n’dout’ pas
Qu’ils r’connaîtraient qu’il n’y a guère aut’ chose
Que des sout’neurs ; y en a des tas, des tas !!

(Édouard Maubert)

Faubert

Rigaud, 1881 : Épaulette, — dans le jargon des soldats d’infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.

France, 1907 : Épaulette, dans l’argot des matelots. Allusion au faubert, balai fait avec du fil de caret qui, en se détordant par le bout, forme une étoupe avec laquelle on éponge le pont des navires.

Flirt

France, 1907 : Action de flirter, de coqueter, de badiner avec le sexe différent. Vieux mot revenu dans notre langue après avoir passé par l’anglais.

Qu’est-ce donc que le flirt ? — Un mot, un simple mot si freluquet d’apparence, si inoffensif d’allure, qu’on ne songeait pas même à s’en méfier… Aussi a-t-il fait son chemin dans le monde et aujourd’hui, établi dans notre vocabulaire, installé dans nos boudoirs, blotti dans nos canapés, il règne en maître dans nos salons après en avoir chassé l’amour, son concurrent et son rival, dont il est la contrefaçon : le flirt n’est ni aveugle, ni meurtrier, un monocle a remplacé le classique bandeau de Cupidon et un jeu d’épingles le carquois aux flèches traîtresses. Comme de caporal on devient général, le flirt de substantif est passé verbe et désormais on le conjugue à tous les temps et à toutes les personnes.

(Le Journal)

— Mais ce n’était pas de l’amour, Laurette, il ne manquerait plus que ce fût de l’amour, je n’aurais aujourd’hui qu’à prendre le deuil… Un flirt, un simple flirt qui m’occupait, qui me plaisait, qui durant… Vous ne comprenez pas très bien cela, vous autres, vous n’avancez pas suffisamment ou vous vous lancez trop loin…

(René Maizeroy, Âmes tendres)

Je me souviens qu’entre douze et quatorze ans, j’eus un fort béguin pour la grand’mère d’un de mes petits amis.
Afin d’effacer tout de suite ce que cet aveu pourrait avoir de scabreux, j’ajouterai qu’à l’époque de notre flirt, l’excellente dame était morte depuis dix ans.

(Fernand Vandérem)

— Je vous disais donc que depuis deux mois que vous flirtez avec moi, vous devez juger dans quel état d’âme je suis.
— Je l’ai deviné, votre état d’âme… il était assez visible.
— Il faut pourtant que ça finisse, que je sache à quoi m’en tenir.
— Vous êtes trop impatient… il faut toujours commencer par le flirt. Le flirt est la leçon que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d’aller sur le terrain avec des épées véritables.
— Oui, mais si elle va sur le terrain avec un autre… sans compter que c’est la plupart du temps ce qui arrive !

(Maurice Donnay)

— Et j’ai bien senti, en ce long après-midi d’attente et d’angoisse, que ce flirt tournait à l’amour et au sentiment, que je me mentais à moi-même, que je suis pris et bien pris.

(Champaubert)

Foi du charbonnier

France, 1907 : Foi irraisonnée et aveugle ; la foi comme l’entend l’Église catholique, sans examen et sans raisonnement, la foi des ignorants, enfin.
Le diable, dit la légende, apparut un jour à un charbonnier.
— Que crois-tu ? lui demanda-t-il. — Je crois tout ce que croit la sainte Église. — Et que croit la sainte Église ? — Elle croit tout ce que je crois. — Mais quoi ? — Tout ce qu’elle m’enseigne de croire. — Mais, cria le diable, tout ce qu’elle te dit de croire est sottise. — Cela m’est bien égal, répliqua le charbonnier. Ce n’est pas mon affaire. M. le curé m’a dit de croire, je crois. Je ne suis qu’un charbonnier, et j’ai la foi d’un charbonnier. — C’est la foi d’un imbécile ! conclut le diable en s’en allant.

C’était une âme simple, enfantine bien qu’elle eût les cheveux tout blancs, qui ignorait toute rouerie, tout mensonge, une âme d’infinie bonté qui se fût apitoyée sur l’agonie d’une mouche, qui aurait partagé avec les miséreux sa garde-robe et son pain, qui avait la foi aveugle et béate du charbonnier.

(Champaubert)

Foucade

Delvau, 1866 : s. f. Lubie, envie subite, fougue d’un moment, coup de tête. Travailler par foucades. Irrégulièrement. On prétend qu’il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade, — comme l’écrivait Agrippa d’Aubigné.

Rigaud, 1881 : Caprice amoureux.

France, 1907 : Lubie, caprice ; évidemment de fougue.

Le maréchal Pélissier, ce bourru bienfaisant, que ses coups de boutoir, ses foucades de caractère rendaient si insupportable aux gens qui ne le jugeaient qu’à la surface, possédait l’esprit le plus prime-sautier, le plus original, le plus pittoresque même qui fût. Il avait des traits à l’emporte-pièce, des reparties hautes en couleur qui faisaient la joie ou le désespoir de ses familiers. Épris de poésie badine, l’intrépide soldat taquinait volontiers la Muse et rimait des madrigaux ou des épigrammes. De temps à autre même, il se lançait dans la chanson, et je vous prie de croire qu’alors il ne travaillait pas précisément pour les pensionnats de demoiselles.

(Santillane, Gil Blas)

— J’ai eu la sottise de croire qu’elle s’amendait, qu’elle me revenait guérie de cette foucade avortée, qu’elle m’aimait à nouveau passionnément, je me suis laissé prendre à ses baisers, à ses cajoleries, à son air inquiet et troublé et pour un peu, parce qu’elle avait retrouvé le chemin de notre amour, parce qu’elle m’accordait des miettes de sa vie, parce qu’elle ne m’abandonnait plus, parce qu’elle était venue quatre jours de suite, j’eusse embrassé ses genoux avec une contrition parfaite.

(Champaubert, Crépuscule d’amour)

Travailler par foucade.

Fouillouse

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Poche.

Larchey, 1865 : Poche. — Mot à mot : endroit où l’on fouille.

Et vous aurez, sçavez-vous quoy ? force d’aubert en la follouse.

(Vie de Saint Christophe, Grenoble, 1530)

Delvau, 1866 : s. f. Poche, — dans l’argot des voleurs. Le mot est contemporain de François Villon.

Rigaud, 1881 : Poche. — Bourse. — Vieux mot en usage au XIVe siècle. La poche est l’endroit où l’on fouille.

Hayard, 1907 : Poche.

France, 1907 : Poche ; vieux mot. Voir Fondrière.

Plus d’aubert n’estoit en fouillouse.

(Rabelais)

Dans le patois lorrain, l’ouverture verticale dans une robe pour y passer la main s’appelle fouyouse.

Fourrager

Delvau, 1864 : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.

Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.

(Henry Monnier)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.

Rigaud, 1881 : Chiffonner… la collerette.

France, 1907 : Palper, fouiller de la main les seins ou les dessous d’une femme.

Il s’échappait dans le plus strict incognito de sa capitale, seul, sans domestique, sans aide de camp, s’exilait en quelque bourg lointain de ses chères Alpes, et tout lui était bon alors : les servantes d’auberge qu’on jette d’une poussée brutale sur le lit, qui se débattent, qui insultent et qui griffent avant de demander grâce ; les robustes et rouges paysannes qu’on heurte au détour de quelque chemin creux, qu’on lutine, qu’on fourrage d’audacieuses caresses, qui s’abandonnent passives bestiales, parmi l’embaumement des herbes et des feuilles ; les filles précoces qui rêvent le pêché, qui donnent leurs rendez-vous au fond des granges ou des églises, qu’apprivoisent un carré de soie voyante ou une bague d’or.

(Champaubert)

Galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.

Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

(La Bédollière)

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.

Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.

Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent.

—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !

(Oscar Méténier)

Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.

(Jacques Rédelsperger)

Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »

(Le Charivari)

Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.

Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.

(Paul Alexis)

On dit aussi bonne galette.

Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.

France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.

France, 1907 : Matelas très mince et dur.

France, 1907 : Mauvais acteur.

… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Mauvais soulier.

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.

Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !

On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.

Galtouze

Merlin, 1888 : (?) Gamelle.

La Rue, 1894 : Argent.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 : Argent.

Hayard, 1907 : Argent, et aussi gamelle (en prison).

France, 1907 : Argent ; corruption de galletausse, gamelle. Quand on a de l’argent, on a droit à la gamelle ; d’où argent, gamelle, galette sont devenus synonymes.

Galvauder

d’Hautel, 1808 : Traiter quelqu’un avec hauteur ; le maltraiter de paroles, l’injurier.

Delvau, 1866 : v. a. Gâcher, gâter, dissiper.

France, 1907 : Salir, souiller, dissiper, gâcher ; du latin galbanum, sorte de casaque que portaient les esclaves.

Le romantisme, ou, si l’on veut, l’idéalisme, puisque les tartufes galvaudent ce terme, nous propose l’hypocrisie sous le couvert de l’illusion. Sa morale, qui est une politique au service des formes sociales rétrogrades, n’a que le souci de nous dérober au mépris de nous-mêmes.

(Joseph Caraguel)

Je ne parlerai que pour mémoire des fêteurs pratiques, qui sont enchantés qu’un camarade ou un inconnu les débarrasse d’une femme gênante, leur donne, comme on dit, barre sur elle, qui reprennent leurs anciennes habitudes, le jeu, la jolie petite camarade et le reste, et ne demandent à celle qui a désormais la bride sur le col que de ne pas trop galvauder leur nom, de ne pas faire de bruit inutile, de ne pas les obliger à endosser quelque fâcheuse grossesse. Ceux-là appartiennent au répertoire courant des vaudevilles grivois, et manquent de relief.

(Champaubert)

Gibier d’amour

Delvau, 1864 : Jolie fille que l’on chasse — pour mieux la tenir et la posséder.

Vrai gibier d’amour, Colette,
Par moi fut prise au collet.

(Vaubertrand)

Griot

France, 1907 : Peuple de la Sénégambie que diffère des peuples voisins par sa religion et ses mœurs. Les griots ne contractent d’alliance qu’entre eux et ne se livrent à aucune pratique religieuse. Ils exercent parmi les nègres une espèce de profession de bouffons et chantent les louanges de ceux qui les payent. La prostitution est générale chez leurs femmes et leurs filles qui s’enivrent comme les hommes avec de l’eau-de-vie. Les nègres, tout en les méprisant, ne leur causent aucun mal ni préjudice, les considérant comme doués de pouvoirs magiques.

Que je ne fusse cependant ni médecin, ni soldat, cela n’était point pour embarrasser le griot ; car, de démentis en démentis, il chanta successivement ma gloire comme lettré, comme orateur, comme commerçant…
Si bien que pour le réduire au silence, je lui fis de nouveau servir du couscouss et du vin de palme.

(Paul Bonnetain)

Le vieux, tragiquement accroupi, pelotonné en boule sur une sorte de perchoir, semblait un de ces griots qui suivent les roitelets du continent noir, qui président aux sacrifices et aux prières, qui consacrent les amulettes.

(Champaubert)

Juponner

France, 1907 : Courir le guilledou.

Elle m’acceptait aucune invitation, ne donnait jamais de bal. Aussi la considérait-on comme une incurable malade, et plaignait-on le marquis d’être rivé à un tel boulet, lui surtout qui exubérait de santé, qui adorait le monde, qui eût rêvé de jeter l’argent par les fenêtres, de juponner sans trêve, d’accorder sa vie sur un brante de violons.

(Champaubert)

Jus de bâton

Larchey, 1865 : Coup de bâton.

Pour passer votre rhume, j’ai du jus de bâton.

(Aubert, Chanson, 1813)

Delvau, 1866 : s. m. Coup de bâton.

Rigaud, 1881 : Coups de bâton.

France, 1907 : Coups.

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Largue

anon., 1827 : Catin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fille de joie.

Bras-de-Fer, 1829 : Femme, catin.

Vidocq, 1837 : s. f. — Femme, généralement parlant.

M.D., 1844 : Fille prostituée.

un détenu, 1846 : Une femme.

Delvau, 1864 : femme, maîtresse, dans l’argot des voleurs, des voyous et des bohèmes.

Toi non plus, ta ne m’as pas l’air d’une largue ordinaire.

(Lemercier de Neuville)

Les largues nous pompent le nœud.

(Dumoulin-Darcy)

Larchey, 1865 : Femme. — V. Coquer, Momir.

Si j’éprouve quelque malheur, je me console avec ma largue.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Femme, maîtresse, — dans l’argot des voleurs et des souteneurs. Larguepé. Femme publique.

Rigaud, 1881 : Femme. — Largue en vidange, femme en couches. (Colombey.) — Largue d’altèque, jeune femme. Largue en panne, femme abandonnée.

La Rue, 1894 : Femme. Larguepé, prostituée.

Virmaître, 1894 : Femme publique. Les voleurs disent larguepé par une adjonction de finale. M. Marcel Schwob dit que largue s’explique par marque (Villon. J. de l’arg.), qu’on a eu lasquemé, puis que la finale mé est tombée ; de là largue. Halbert d’Angers donne largue ou lasque. C’est largue qui a subsisté (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme, maîtresse. À ce sujet, nous trouvons dans Francisque Michel : « Je crains bien qu’une pensée obscène n’ait présidé à la création de ce mot : ce qui me le fait soupconner, c’est que je lis, page 298 du livre d’Antoine Oudin : « Léger au large d’une femme qui a grand… » Or, large se prononçait largue à l’italienne et l’espagnole dès le XIVe siècle. »

Deux mots avaient suffi. Ces deux mots étaient : vos largues et votre aubert, vos femmes et votre argent, le résumé de toutes les affections vraies de l’homme.

(Balzac)

Quand Polyte aperçut enfin la guillotine,
Il la trouva rien piètre — et de par la bottine
De sa largue Zoé, comtesse du trottoir,
Ce n’était même pas digne de l’abattoir.

(Paul Nagour)

Mâcher les mots (ne pas)

Virmaître, 1894 : Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense. Parler grossièrement : ainsi, dans le peuple, quand on dit merde à quelqu’un, on répond : mâche (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Parler ouvertement, dire sa façon de penser, suivre le précepte de Boileau, appeler un chat un chat ou celui de Victor Hugo :

Ô fils et frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.

Quelqu’un, dans ce dîner de camarades où l’on ne mâchait pas les mots, détailla l’ironique bouffonnerie où après tant d’autres, avec sa grosse verve brutale, son observation à fleur de peau a esquissé une tranquille association d’adultère, un de ces partages de femme entre le mari et l’amant qu’admet peu à peu le monde, qui finit par perdre son apparence de faute secrète, de scandale, que légitiment et que cimentent des années d’attachement.

(Champaubert, Le Journal)

Marotte

Delvau, 1866 : s. f. Caprice, entêtement, manie, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Lubie.

Puisque la loi ne nous défend pas assez, faisons-nous justice nous-mêmes, comme les Yankees, ce peuple d’aplomb qui ne poursuit pas d’inutiles marottes.

(Gil Blas)

Pour le décider et le réveiller en cette torpeur, les femmes devaient lui lire dans la Bible, au Livre des Rois, l’épisode des amours de Salomon, lui donner de leur voix vibrante le mirage des luxures légendaires.
Bientôt les évocations du passé le laissèrent aussi insensible que le reste et, s’entêtant à demeurer sur la brèche, à ne pas avouer sa déchéance, le malheureux eut une suprême marotte, se fit amener, toutes les fois qu’il devait délibérer avec ses sept ministres sur les affaires de l’État, de superbes et impeccables filles qui auraient été dignes de poser l’ensemble chez un sculpteur épris des beaux mythes païens ou de figurer dans une baraque foraine.

(Champaubert)

Maube

France, 1907 : Diminutif de Maubert. La place Maube.

Maubert, mauberte

Fustier, 1889 : Argot des voyous qui désignent ainsi l’homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la place Maube : comme ils disent, ou y habitant.

Celle-ci est née rue Galande. C’est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille…

(Du Boisgobey, Paris-Bandit)

Miché

Delvau, 1864 : Homme galant forcé d’acheter ce que les femmes galantes donnent pour rien à leurs amants de cœur.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses et d’autant de michés.

(Lemercier de Neuville)

Surtout selon l’argent donné par le miché.

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. d’Hautel).

On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette.

(Mérard de Saint-Just, 1764)

Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons :

Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés.

« La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin. On disait aussi micheton « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813. Outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton — « 1/ Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2/ Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeaux, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

Delvau, 1866 : s. m. Client, — dans l’argot des photographes ; homme ou femme qui achète, qui paie, — dans plusieurs autres argots.

Delvau, 1866 : s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre, — dans l’argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).

On appelle miché…
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette,

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n’offre que des gants de filoselle. Miché sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

La Rue, 1894 : Niais. Dupe. Homme qui pave généreusement les faveurs d’une Aile. Miché de carton, homme qui paye mal ou pas du tout les filles.

Virmaître, 1894 : Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche. Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci :

D’où vient qu’on appelle miché
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Riche client d’une fille.

France, 1907 : Niais, dupe, ou simplement client, dans l’argot des souteneurs et des prostituées. Le miché est celui qui paye, du vieux mot michon, bien, richesse. Mais les michés n’apportent pas toujours la richesse, il y en a qui ne payent pas ou qui payent peu : ce sont les michés de carton. Quant à ceux qui payent bien, on les appelle michés sérieux.

Les femmes — dit Léo Taxil — appellent « michés sérieux » les clients qui montent et flanelles ceux qui se contentent de peloter et de payer un petit verre…
On a prétendu, ajoute-t-il, que toutes les prostituées de Paris avaient un argot ou un jargon qui leur était particulier ; ceci n’est pas exact, nous avons vu qu’elles désignent le client sous le nom de miché, le visiteur qui ne monte pas sous celui de flanelle. Pour elles, les inspecteurs sont des « rails », un commissaire de police un « flique », une jolie fille une « gironde » ou une « chouette », une fille laide un « roubion », etc. Ce sont là des expressions qui font partie du langage des souteneurs qui, eux, possèdent un véritable argot ; elles en retiennent quelques mots et les mêlent à leur conversation. Quant aux prostituées qui s’entendent avec les voleurs et qui n’ont recours au libertinage que pour cacher leur réelle industrie, il n’est pas étonnant qu’elles ont adopté le jargon de leurs suppôts ; mais on ne peut pas dire que ce langage soit celui des prostituées.

(La Prostitution à Paris)

Or, quelqu’un les remarque et se met à les suivre,
L’espoir de voir finir la dèche les enivre ;
Leur pas se ralentit, d’instinct, sans faire exprès…
Le monsieur est bien mis et fume des londrès,
Tandis que leurs premiers amants fumaient la pipe ;
Elles tournent la tête, et jetant sur ce type,
Par-dessurs leur épaule, un regard curieux,
Songent : « Oh ! Si c’était un miché sérieux ! »

(André Gill, La Muse à Bibi)

Un vieux miché, un vieux beau.

Tel au printemps un vieux miché
Parade en galante toilette.

(André Gill)

On écrit aussi michet.

Vous êt’s tous des fils de michets
Qu’on envoie téter en nourrice ;
C’est pour ça qu’vous êt’s mal torchés…
Allez donc dir’ qu’on vous finisse !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Le client.

Moc-aux-Beaux

Fustier, 1889 : Quartier de la place Maubert. — On dit aussi Mocaubocheteau.

Les mèques de la Mocaubocheteau, v’là des mèques sérieux, des gonsiers qui crachent noir comme de l’encre…

(Humbert, Mon bagne)

France, 1907 : Quartier de la place Maubert ; argot des voleurs. Jeu de mot.

Moc-aux-beaux, mocaubocheteaux

La Rue, 1894 : Le quartier Maubert.

Mort (à)

France, 1907 : Beaucoup, considérablement, en quantité. « Il y a eu du blé à mort cette année. Il y avait du monde à mort à cette assemblée. »

« C’est un bon ouvrier, il travaille à mort », à mort (usque ad mortem), jusqu’à extinction de la force agissante ou productive.
Avoir la mort dans le dos, être mort dans le dos, locution pour exprimer l’état d’exténuation d’un animal.

(Cte Jaubert, Glossaire du Centre)

Nombre caché

France, 1907 : Pratique superstitieuse encore existante dans certains départements du Centre et qui consiste à dissimuler le nombre exact des bêtes d’un troupeau, des bouillots d’un rucher, etc., pour les préserver des voleurs ou des maléfices. De là le dicton : « Brebis comptées, le loup les mange. »

(Cte Jaubert)

Nouvelle

d’Hautel, 1808 : On n’en a eu ni vent ni nouvelle. Pour dire qu’on n’a plus entendu parler de quelqu’un, qu’on a perdu une affaire de vue.
On dit en parlant de l’autre monde, que personne n’en est revenu dire de nouvelles.

Rigaud, 1881 : Pour Nouvelle-Calédonie. Passer à la Nouvelle, être condamné à la déportation, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : La Nouvelle-Calédonie. Passer à la Nouvelle, être transporté.

À quatorze ans fort souvent l’on se tâte
Et l’on se dits « Quel sera mon métier ?
Serai-je huissier ou délayeur de pâte,
Artiste peintre, évêque ou charretier ? »
Un jour soudain, un ami vous révèle
Que vous feriez un excellent colon…
« Tiens ! dites-vous, le conseil parait bon,
Essayons donc d’aller à la Nouelle ! »

(Georges Prud’homme)

Il en a pour vingt ans d’Nouvelle,
On n’en r’vient pas, de c’pat’lin-là,
Mais l’on part avec sa donzelle,
C’est tout c’qu’i’ faut pour vivr’ là-bas.

France, 1907 : Parcelle de la mèche ou fétu brûlant avec plus d’éclat, au milieu de la flamme d’une chandelle. C’est, dit-on, l’annonce d’une nouvelle. Si l’on frappe le flambeau sur la table et que la petite flammèche se détache et tombe, on en conclut que le messager est un cavalier, et, si elle persiste, que c’est un piéton.

(Cte Jaubert, Glossaire du Centre de la France)

Dans les campagnes lorraines, quand le feu se met à lancer des étincelles et à pétiller, c’est signe de visite.

Oignon

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser.

S’prend’ de bec c’est la mode,
Et souvent il y a de l’oignon.

(Dupeuty)

Rigaud, 1881 : Montre d’argent épaisse et large.

La Rue, 1894 : Grosse montre démodée. Aux petits oignons, très bien.

Virmaître, 1894 : Montre énorme. Argot du peuple qui dit : ognon.
— Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge ? (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Grosse montre.

France, 1907 : Argent. « Tu peux l’épouser, elle à de l’oignon. » L’expression est très ancienne ; on la trouve dans les vieux poètes :

Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoyent vaillant deux ougnons,
Tentes, tapis ne pavillon.

(Les Repenes franches)

Les Dannois jadis et Saxons
À vous, Anglois, firent grans armes ;
Ils n’y gagneront deux oygnons,
Non obstant leurs grans vuaquarmes.

(Robert Gaguin, Le Passe-temps d’oysiveté)

France, 1907 : Bruit, tapage, grabuge. « Il a de l’oignon » est le refrain d’une chanson populaire fort en vogue sous le consulat et les premières années de l’empire. Cette expression s’emploie aussi pour dire qu’il y a quelque chose de désagréable, que des difficultés vont surgir, métaphore tirée de ce que les vapeurs d’oignons piquent les yeux et arrachent les larmes.
Le comte Jaubert raconte que, l’empereur Napoléon Ier rentrant un jour aux Tuileries de très mauvaise humeur, le suisse dit tout bas à son voisin : « Il paraît qu’il y a de l’oignon. » L’empereur, qui l’avait entendu, se dirigea vers lui et lui dit : « Eh bien ! oui, il y a de l’oignon ! » Le malheureux faillit tomber à la renverse.
On disait autrefois, quand on se jouait de quelqu’un, qu’on lui baillait de l’oignon :

— Par nostre Dame ! on m’a baillé de l’oignon, et si ne m’en doubtoye guères…. Le dyable emporte la gouge… !

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

France, 1907 : L’anus, autrement dit le trou de balle ; argot des souteneurs. On dit aussi oignon brûlé.

France, 1907 : Montre épaisse, telle qu’on les faisait autrefois, ce qui leur donnait quelque similitude avec un oignon.

Oseille

Rigaud, 1881 : Argent, — dans le jargon des voleurs. C’est le mot os doté de la terminaison eille.

Les frangins auraient plutôt acheté quatre exemplaires, au lieu d’un, afin de remettre de l’oseille dans ton porte-monnaie !

(Le petit Badinguet, 1878)

La Rue, 1894 : Argent.

Virmaître, 1894 : La faire à l’oseille. Jouer un tour désagréable à quelqu’un. A. D. Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple. Selon lui, ce mot date de 1861 environ. Comme cette locution : la faire à l’oseille est très répandue, il est bon de rétablir son origine. Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue. Il avait été sauvage au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet ; il mangeait dans la gargote citée par Delvau. La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée : Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’homme à la vessie la chantait encore en 1848, place de la Bastille. Voici un couplet de cette chanson :

Comme papa j’suis resté garçon
Pour bonne j’ai pris Gervaise.
Elle est maîtresse à la maison
Je la trouve mauvaise
De la cave au grenier
La danse du panier
Que c’est une merveille.
Elle mange à son goût
Mes meilleurs ragoûts.
Vous me la faites à l’oseille.


Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent. Il fond dans la main comme l’oseille dans la casserole.

Mais, nom de Dieu ! mince d’purée !
C’est dégoûtant c’que nous cachons :
Des nentill’s, des pois en purée
Et d’l’eau grass’ comme à des cochons,
Vrai, j’m’enfil’rais ben un’ bouteille ;
À présent qu’t’es sorti d’là-bas,
Envoy’-moi donc un peu d’oseille,
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Peine (en sentir à la)

France, 1907 : « Être à portée de faire une chose, en avoir la possibilité, ne pas rencontrer trop d’empêchement à la faire : « Je ferai cette chose, j’irai voir telle personne, je ferai telle chose dans un mois, si j’en sens à la peine. » S’applique à toute action, qu’elle soit avantageuse ou non, agréable on fâcheuse. La teinte mélancolique dont cette locution est empreinte semble se rapporter au sentiment des chances de la vie humaine. »

(Comte Jaubert, Glossaire du Centre)

Pékin, péquin

Rigaud, 1881 : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.

Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.

(A. Pommier, Paris)

France, 1907 : Sobriquet que les militaires donnent aux civils. Depuis l’obligation pour tous du service militaire, ce mot est beaucoup moins en usage qu’autrefois. L’orthographe diffère suivant l’origine qu’on lui donne et en cela les étymologistes ne sont nullement d’accord. Littré était d’abord disposé à ne voir dans pékin que l’étoffe de ce nom que, sous le premier empire, les civils portaient en pantalon comme les militaires le nankin. On distinguait de la sorte à première vue, dit-il, le militaire de celui qui ne l’était pas. Mais, d’après le supplément de son Dictionnaire, pékin daterait de la fête de la Fédération. « À cette fête il y avait des délégués militaires et des délégués des cantons ; la plaisanterie vit dans les cantons la ville de la Chine, et y substitua le nom de la capitale, Pékin. »
Ampère, de son côté, pense que ce mot vient du latin paganus, paysan, villageois, par opposition à soldat ; d’autres lui donnent pour origine l’espagnol pequeno, petit ; d’autres encore en font une altération des vieilles expressions injurieuses piquechien et pissechien. « à moins, dit Charles Royan dans ses Petites Ignorances de la conversation, qu’il ne soit tout simplement une façon de dire chinois, mot qui se prend vulgairement dans un sens dédaigneux et burlesque ».
Mais, ajoute-t-il, mous inclinons à penser que péquin, usité surtout dans l’armée, a pris naissance au milieu des soldats, et c’est pourquoi nous adoptons plus volontiers l’explication du colonel Aubert : « Le père Daniel, dans son Histoire de la milice française, parle des piquenaires, sorte de soldats à pied, qu’il ne faut pas confondre avec les piquichinis, mauvais soldats, sorte de valets d’armée, fort nombreux dans les armées de Charles VI. Les piquichinis ou piquinis, d’origine italienne, méprisés des véritables soldats, firent tant par la maraude que leur nom devint un terme de mépris dans les armées. De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre dialogue est intitulé les pékins de Montauban. »
Élisée Reclus, de son côté, donne une autre explication qu’il a trouvée dans les ouvrages du docteur Louis-Joseph Janvier :

Les Pauvres Haïtiens étaient toujours prêts à se soulever, dans l’espérance constamment déçue d’arriver enfin à cette possession du sol qui pouvait les rendre libres. Haïti eut ses guerres de paysans ou de piquets. Telle serait aussi en France l’origine du mot péquin, changé en pékin, qu’emploient les soldats de métier pour qualifier les civils ou militaires d’occasion, c’est-à-dire des gens simplement munis de pèques ou piques, armes impuissantes contre les fusils et les canons.

Après l’expédition de Chine, le général de Montauban, averti que Napoléon III désirait lui accorder un titre rappelant ses victoires, avait une peur atroce que l’empereur ne le fit duc de Pékin. « Duc de Pékin, disait-il, cela sonnerait bien mal pour un militaire. » On sait qu’il fut fait comte de Palikao.

En vain l’on veut rester pékin,
Quand on a-z-eu la chance
De s’fourrer dans le creux d’la main
Un numéro de partance.
Le sac sur le dos,
En bott’s ou sabots,
N’y a qu’un parti-z-à prendre ;
La loi vous le dit :
En route, conscrit !
Au corps il faut se rendre.

Disons, pour terminer, que dans le patois des Pyrénées, pec, peguin signifient niais, imbécile, idiot. Ne faudrait-il pas aller là pour trouver l’étymologie de pekin ?

Perdues (à bûches)

France, 1907 : « Mode de transport des bois par le flottage dans les ruisseaux du Morvan. Voyager à bûches perdues, un peu au hasard, sans se presser, en faisant des détours, en zigzags, comme dit Topffer, l’auteur des Nouvelles Genevoises. La métaphore « voyager à bûches perdues » a été recueillie dans une conversation de salon en Morvan : le sens propre fourni par l’industrie du pays est sans doute le seul que connaissent les vrais Morvandiaux. »

(Jaubert, Glossaire du centre de la France)

Petit gôt (le)

France, 1907 : Livre de magie qu’on nomme aussi le Petit Albert. « Les sorciers qui possèdent le Grand Albert, autrement dit le Grand Gôt, sont bien plus puissants que ceux qui n’ont à leur disposition que le Petit. Rien ne leur est impossible. » D’où viennent ces deux noms : Grand Gôt et Petit Gôt ? Jaubert, dans son Glossaire, se demande « s’ils n’auraient pas quelque rapport avec ce roi des Goths qui n’avait qu’à poser son bonnet d’une certaine façon pour soulever un orage, ou bien avec un de ces grimoires traitant de la goétie, espèce de magie » ?

Pincer (en)

Rigaud, 1881 : Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs.

Quand je vous récidive qu’on en pince et dur.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris)

France, 1907 : Être amoureux.

Monsieur le curé de Fouilly,
En pinçait pour sa bonne,
Il promettait le paradis
À la jeune friponne :
« Un baiser doux comme le miel,
De ta lèvres, ma belle,
Te conduira tout droit au ciel. »

(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)

France, 1907 : Locution facétieuse employée dans le Centre, exprimant la prétention de s’entendre à une chose, de connaître un art ou un métier ; synonyme de s’en piquer.
L’expression est vieille. Le comte Jaubert fait observer qu’on la trouve déjà dans le Roman du Renard, à l’entrée en scène du chien qui se vante de pincer le beau français.

Pingre

d’Hautel, 1808 : Un pingre. Pour dire un avare, un homme parcimonieux et intéressé ; un ladre, un fesse mathieu.

Ansiaume, 1821 : Mendiant.

Il n’entend rien à travailler, c’est un pingre suspect.

Vidocq, 1837 : s. m. — Malheureux, misérable.

Halbert, 1849 : Pauvre, avare. On dit aussi Arca.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme qui pousse l’économie jusqu’au vice. Argot du peuple. Signifie aussi Voleur.

Virmaître, 1894 : Avare qui rapine sur tout. Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon ; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers. Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs ; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin ! (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Avare.

France, 1907 : Pauvre. Déformation de l’ancien français pigre, misérable, lâche, venant du latin piger, paresseux. Aux yeux du peuple, l’avare possède tous les vices, et il a raison, car, autant que la paresse, l’avarice les engendre. On voit d’ici l’analogie. Nous ne parlons pas, et pour cause, de ceux qui prétendent que pingre vient d’un vieux mot qui signifiait épingle : « Les Juifs, dit Fournier, étaient accusés d’enfoncer des pingres dans la chair des enfants ; de là pingre a passé aux Juifs pour désigner un usurier. »

Comme aussi il n’eût pas voulu — ayant passé l’âge où l’on est parfois aimé pour soi-même — les leurrer de vaines promesses, laisser sans salaire leurs douces complaisances, avoir un mauvais renom de pingre qui compte ses liards avec un émoi de dévot, l’excellent homme avait pris l’habitude de donner à ses maîtresses passagères — grisettes cueillies sous quelque porche, un jour de giboulée, trottins qu’on aide à porter leurs cartons un bout de chemin, bourgeoises qu’on rencontre aux offices du soir, servantes qui sautent du coche et fleurent encore la campagne — une pistole d’or soigneusement enveloppée en du papier de soie, un sac de pastilles à la menthe ou à la bergamote et deux petites cuillères d’argent chiffrées d’une initiale.

(Champaubert)

Pivane, pive

France, 1907 : Bouvreuil.

Une pive
Cortive
Anc ses piviots
Cortiviots
Livardiots
S’en va pivant
Cortiviant
Livardiant.

(George Sand, La Petite Fadette)

Le sens des mots cortive, livardiot, etc., dit le comte Jaubert, s’est perdu, ou bien ce sont des agréments rustiques de chant, des fioritures qui n’ont point de sens.

Place

d’Hautel, 1808 : C’est aujourd’hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd. Se dit en plaisantant lorsqu’on saisit l’instant ou quelqu’un se lève pour prendre son siège et s’asseoir à sa place.
Des complimens de la place Maubert. Des injures, ou des civilités communes et triviales.
Se mettre à la place du niais. Prendre la place la plus commode ; se mettre au beau milieu de la table.
Ta place est au cimetière. Se dit à celui qui redemande une place qu’il a quittée, et dont on s’est emparée.

Delvau, 1866 : s. f. Chambre meublée ou non, — dans l’argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique. À Bruxelles, en effet, une chambre seule est une place ; deux chambres sont un quartier. (V. ce mot.)

France, 1907 : Chambre meublée ou non ; argot importé par les ouvriers belges. Voir Quartier.

Quartiers souffrants

La Rue, 1894 : Les quartiers Maubert et Mouffetard ; les quartiers malheureux.

Quémanderie

France, 1907 : Mendicité. « Il est possible, dit le comte Jaubert, que plus d’une localité appelée commanderie ne tienne pas ce nom de l’ordre de Malte, mais de quémanderie, par corruption dans la prononciation. »
Vu la pullulation des mendiants dans certaines campagnes, cette hypothèse n’a rien d’improbable.

Ramasseur de mégots

Virmaître, 1894 : Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes. Ces mégots sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers. La bourse aux mégots se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

Rappliquer au plumard

France, 1907 : Aller se coucher.

Tout à coup, la môme regarda sa montre et sursauta :
— Onze heures et demie, bien le bonsoir, faut que j’rapplique au plumard !
— Tu ne nous quitteras pas comme ça, Claquette.
— Vous êtes bien gentils, mais mon p’tit homme m’attend, et, si j’étais trop en retard, je pense que je danserais dans les grands prix, répliqua-t-elle.

(Champaubert)

Sabot (casser son)

France, 1907 : Perdre sa virginité ; expression populaire. Dans les provinces du Centre, on dit également d’une femme qui a trompé son mari, qu’elle a cassé son sabot. Changer de sabot se dit aussi ironiquement pour avoir couché avec quelqu’un. En se trompant le matin, on change de sabots. Il faut que la commère ait le pied joliment développé pour prendre les sabots du voisin pour les siens. « Pendant que soun homme est sur les routes pour son commarce, la Michelle a changé de sabots avec son voisin. »

(Comte Jaubert)

Sainte (herbe)

France, 1907 : Absinthe, dont herbe sainte est la corruption. « Les Berrichons, dit le comte Jaubert, ont de la tendance à sanctifier les herbes qu’ils supposent douées de quelque vertu ; ainsi ils disent la sainte Oseille pour la centaurée ; le sainfoin est pour eux le saint Foin ; l’absinthe l’herbe sainte, etc. »

Sainte Solange (cousin de)

France, 1907 : Nom donné dans le Berry aux pèlerins de la grande solennité religieuse qui se fait annuellement à la chapelle de sainte Solange, près de Bourges. Comme ces estimables crétins prétendent obtenir de la sainte ce qu’ils lui demandent, on dit qu’ils sont ses cousins. « Saint Janvier de Naples, observe le comte Jaubert, a aussi ses parentes, vieilles femmes du peuple qui le gourmandent quand le prétendu miracle annuel de ce saint se fait trop attendre. » La superstition et la bêtise sont de tous les pays. C’est le vrai cosmopolitisme.

Samedi aux deux besaces

France, 1907 : « C’est ainsi que l’on appelle, dans les environs de la Châtre le samedi qui précède le carnaval, parce que marché se tenant dans cette ville le samedi, on y va ce jour-là avec deux besaces, pour mettre dans l’une la provision de viande qui doit se manger pendant les jours gras, dans l’autre la provision de maigre que l’on doit consommer pendant le carême. »

(Jaubert, Glossaire du Centre de la France)

Sœur (et ta) !

France, 1907 : Grossièreté populaire que l’on répond à propos de tout. C’est le commencement d’un couplet de chanson de café-concert :

Et ta sœur est-elle heureuse,
A-t-elle eu beaucoup d’enfants ?
Fait-elle toujours la gueuse
Pour la somme de trois francs ?

 

Il y a maintenant dans le Quartier latin des façons de parler qui feraient rougir des crocheteurs. Ce sont d’inqualifiables expressions, d’horribles membres de phrases, mis en usage par je ne sais quel habitant de la place Maubert.
Il arrive de temps en temps qu’il passe par la tête d’un sot l’idée de mettre en circulation une locution vide de sens, et aussitôt voilà que l’on accueille comme le trait d’esprit le plus piquant quelque grosse saillie, fruit malsain produit par une imagination échauffée ou une intelligence malade. Ces bouffonneries se succèdent avec une rapidité incroyable, et il n’y a jamais de vide dans la liste de ces tabarinades. Hier, c’était : Et ta sœur ! aujourd’hui c’est : Eh ! Lambert ! demain ce sera quelque autre épigramme de la même force.

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne, 1869)

Sœurs (les deux)

Virmaître, 1894 : Nattes de cheveux que les femmes portent tressées sur leurs épaules. Mes deux sœurs, pour : testicules (Argot des voyous).

France, 1907 : Les fesses, les cuisses. « Croirait-on, dit Jaubert, qu’une locution si triviale fût sortie de la ruelle élégante des précieuses du grand siècle ? On la trouve cependant imprimée en toutes lettres dans le Dictionnaire des Précieuses de Saumaize : « Un lavement, le bouillon des deux sœurs. » Nos braves aïeules étaient moins puristes que nos grues. »

Souille d’oreiller

France, 1907 : « Taie, linge qui sert d’enveloppe à un oreiller. Ainsi nommé peut-être parce que c’est une des pièces du lit qui se salit, se souille le plus rapidement, de même que l’on appelle salaud le petit tablier que l’on met aux petits enfants. »

(Jaubert, Glossaire du Centre)

Sully

France, 1907 : « Vieux ormes dont quelques-uns existent encore au centre des bourgs et ainsi nommés parce qu’on fait remonter l’époque de leur plantation au règne de Henri IV, sous le ministère de Sully. »

(Jaubert,Glossaire du Centre)

Tératologue

France, 1907 : « Qui diable peut encore s’intéresser aux séances du Sénat, hormis les malades sujets aux insomnies, les tératologues ou ceux qui collectionnent, comme Flaubert préparant son Bouvard et Pécuchet, les anas de la sottise humaine ? »

(Intransigeant)

Tire-larigot

d’Hautel, 1808 : Boire à tire-larigot. Pour dire à grand trait, excessivement.
Les uns prétendent qu’il faudroit écrire tire la Rigaud, du nom d’un sonneur de Rouen, qui buvoit d’une manière excessive. Les autres font remonter plus haut cette étymologie, et veulent persuader que les Goths, dans une émeute, ayant tué leur roi Alaric, mirent sa tête au haut d’une pique, et, l’ayant plantée au milieu de leur camp, ils se mirent à boire et à danser autour, en proférant ces mots, ti Alaric Got, dont, par la suite, on a fait tire-larigot.

France, 1907 : Boire à tire-larigot. On a déjà donné une explication de cette locution. En voici d’autres. « Un glossaire de Rabelais, dit le comte Jaubert dans son Glossaire du centre de la France, fait dériver ce mot de larynx. Suivant une autre édition du même auteur : « Aucuns tirent ce mot d’Alaric roi des Goths, qui fut défait près de Poitiers par Clovis ; lors les soldats joyeux, lorsqu’ils beuvoient, se disoient les uns aux autres : Je bé à ti, ré Alaric Goth. » — Enfin, il y en a qui, non sans quelque vraisemblance, expliquent cette locution populaire par : Boire jusqu’à tirer l’arigot (l’ergot, équivalent burlesque de la jambe, comme dans cette autre locution familière : se tenir sur ses ergots). Arigot, èrigot, pour ergot, existent dans plusieurs patois notamment en Normandie. »
On dit aussi tourner à tire larigot, pour tourner vite, tourner tant qu’on peut sur ses ergots, ce qui appuierait cette dernière explication.

Accourez en chœur, jeunes filles,
Avec les vieilles du quartier,
Pour esquisser de fous quadrilles
Autour de cet ardent brasier.
Venez sauter, brunes et blondes,
Au-dessus du rouge fagot ;
Vous, jeunes gens, amis des rondes,
Tournez à tire-larigot.

(A. Capdeville, Rouge et Noir)

Enfin, pour donner satisfaction à tous, P. Borel, conseiller et médecin ordinaire du roi, dans le Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françaises (Paris, 1655) donne la version suivante aussi plausible que les premières :

Tirelarigot peut venir du mot de Languedoc s’arrigoula, prendre tout son saoul de quelque chose ; Et ce mot ayant esté ouï dire par quelque français, il le retint mal ; et, le travestissant ainsi, lui a donné cours…

Toucheur

France, 1907 : Chef de bande d’assassins.

L’assommeur n’est que l’aide du pégriot. Son chef d’attaque, c’est le toucheur. On qualifie de toucheur celui qui, après avoir donné le premier coup à la victime, est aussi le premier à faire sauter le tiroir et à toucher la monnaie. D’ordinaire le toucheur est un gamin de dix-sept à dix-huit ans, aussi frêle, aussi chétif que son assommeur est d’aspect redoutable.

(Mémoires de M. Claude)

France, 1907 : Conducteur de bestiaux.

Les chemins de fer ont amélioré la condition des toucheurs en les transportant commodément eux et leurs animaux et à moins de frais que par le passé.

(Comte Jaubert)

Tournant-virant

France, 1907 : « Mécanisme d’une usine. Se dit aussi d’un pré appartenant à deux propriétaires dont chacun coupe une moitié chaque année, en changeant de portion tour à tour. C’est un pré tournant virant. »

(Jaubert, Glossaire du Centre)

Tremble

France, 1907 : Tremblement, frisson.

En temps de froidure, dit le comte Jaubert dans le Glossaire du centre de la France, on dit de ceux qui n’ont pas de bois pour se chauffer, qu’ils n’auront pas chaud, car ils ont vendu leur bois jusqu’au tremble. C’est un jeu de mot fondé sur le double sens de tremble. D’une part, jusqu’au tremble signifie jusqu’à en trembler de froid, de l’autre, jusqu’à n’avoir pas une bûche, en considérant le bois de tremble comme un de ceux qui ne se vendent que le plus difficilement, car il est impropre au chauffage et de peu de valeur en industrie.

Trotter (se)

Rigaud, 1881 : Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

La Rue, 1894 : Aller. Aller vite. Partir. S’enfuir.

France, 1907 : S’en aller, s’enfuir, ou simplement marcher.

Mélie, un bout de femme pâlotte, aux joues piquetées de taches de rousseur, aux lèvres friandes, d’une joliesse de petite bouquetière vicieuse et qui, dans sa robe nuptiale, avait l’air de s’être déguisée pour quelque chahut de mi-carême plutôt que de revenir de l’église, s’était tranquillement trottée en même temps que le trombone de l’orchestre, un solide garçon dont la tête faisait penser aux images qui ornent les romances sentimentales.

(Champeaubert, Le Journal)

Se dépêcher.

Quand je sors, c’est avec orgueil
Que je me mets en grand’ tenue ;
Les p’tits tendrons me font de l’œil,
J’vous avou’ qu’mon cœur éternue,
Mais sitôt rentré, cré mâtin !
Faut qu’aux écuri’s je me trotte,
Et quand je lav’ le cul d’Cocotte,
Pour l’amour j’n’ai plus de béguin !

(Rosario)

Truquer

un détenu, 1846 : Vivre d’industrie.

Halbert, 1849 : Commercer.

Delvau, 1866 : v. n. Tromper ; ruser, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Mendier.

Boutmy, 1883 : v. intr. Avoir recours à des trucs ; tromper. Usité dans d’autres argots.

France, 1907 : Arranger, façonner. Une pièce bien truquée.

On pourrait chercher aussi querelle à Zola sur les inconvénients de son procédé habituel, le trop grand nombre des personnes éparpillant l’attention, la multiplicité des épisodes fatiguant l’intérêt au lieu de l’émoustiller, l’abus du leitmotiv. Et son habitude de tout mettre en action, sans omettre un détail, donne parfois trop d’importance au décor, à l’extériorité des choses. Mais comme tout cela est habilement mené, dosé, et souvent truqué ! Quel tour de main !

(Paul Alexis)

France, 1907 : Donner un coup de tête, en parlant des moutons ; patois du Centre.

Les entame disent à un mouton comme pour le défier : « Truque, cadet ! »

(Comte Jaubert)

France, 1907 : Faire.

Le monde « où l’on barbotte » blague les bottes des sergots (ce qui prive injustement la gendarmerie d’un monopole jusqu’alors respecté) et, pas plus tard que ce matin, j’entendais un blême voyou crier à l’un des nouveaux carabiniers parisiens :
— Tu sais, ma vieille rousse, ce n’est pas avec ces bottes-là que tu m’enverras truquer des chaussons de lisière.

(Maxime Boucheron)

France, 1907 : Tromper, ruser.

Quand on est pas braiseux de naissance,
Pour viv’ faut ben truquer un peu…
Ces gonc’s-là, c’en a t i d’la chance,
Ça mange et ça boit quand ça veut.

(Aristide Bruant)

Vacances

France, 1907 : « Banderoles de papier, confectionnées avec les vieux cahiers d’études, durant la semaine qui précède la distribution des prix et que les écoliers lancent et collent au plafond des salles de classe en signe de joie, à l’aide d’une boulette de papier mâché. » Expression d’Issoudun.

(Comte Jaubert)

Vezon

France, 1907 : « Bruit aérien, bourdonnement à peine perceptible que l’on entend dans l’air au milieu des champs, pendant les jours chauds et calmes de l’été. Le bourdonnement est la réunion des mille petits bruits que font les insectes en volant. On peut le comparer au son très lointain du bourdon de la vèze, d’où sans doute lui vient son nom. Le vezon est un signe de beau temps. »

(Jaubert, Gloss. du Centre)

Avoir le vezon, se dit d’une femme évaporée, extravagante.

Vieillisseuse

Fustier, 1889 : « J’ai fait la connaissance d’une vieille femme qui exerce aujourd’hui la profession de vieillisseuse… nos boulevards, vous le savez, sont sillonnés de petites marchandes d’amour que leur extrême jeunesse expose souvent aux indiscrétions de la police… A l’aide de certains onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner aux traits trop tendres des gamines l’expression d’un visage de 18 à 25 ans. »

(Figaro)

France, 1907 : Proxénète qui attire et maquille les jeunes filles mineures de façon à les faire paraître majeures, à cause non des clients, mais de la police.

— Tante Pascaline a pris la suite des affaires et les recettes d’une vieille amie à elle qui lui voulait du bien. Elle est vieillisseuse. Ça ne vous dit rien, cette profession-là ? Je vais vous l’expliquer… Grâce à elle, à ses drogues, à ses maquillages, les petites précoces et vicieuses, les premières communiantes d’amour que les vieux prudents renvoient si souvent à l’école, peuvent tenter le coup, se lancer, trouver chaussure à leur pied… Elle les métamorphose en un mois, éteint le rose trop violent de leurs joues, cerne leurs yeux, leur donne une apparence de lassitude, pétrit si bien leurs doux visages de fillettes qu’on leur donnerait au moins dix-sept ans… Et les libertins qu’affriande a chair à peine nubile, mais qui redoutent comme la peste les chantages, les descentes de police, les surprises, les toiles d’araignées d’où l’on ne sait comment s’évader, s’y laissent piper, se figurent que ces bouquetières qui leur épinglent un œillet à la boutonnière en se haussant sur la pointe des bottines, que ces faux trottins dont ils emboitent le pas dans les rues désertes, le soir, et dans les passages lointains ; que ces primeurs que leur vendent les proxénètes ont presque l’âge réglementaire, ne sauraient leur attirer aucun désagrément.
— Et cela lui rapporte, ce métier bizarre ?
— Dans les quinze mille par an…

(Champaubert)

Vigne (vendre sa)

France, 1907 : Marier sa fille.

Il est arrivé que des paysans, lorsqu’ils avaient une fille à marier, se sont fait payer du vin, pendant des années entières, par les amoureux avant de donner leur consentement. Quelques-uns savent prolonger ce temps d’épreuve avec beaucoup d’art. Or, la fille une fois mariée, adieu les longues séances du cabaret. C’est pourquoi, lorsqu’on parle d’un homme qui a marié sa fille, on dit : Un tel a vendu sa vigne.

(Comte Jaubert, Gloss. du Centre)

Vin (demi-)

France, 1907 : « Boisson que l’on obtient en mettant une quantité déterminée d’eau sur la grappe d’une cuvée dont on vient de tirer le vin, et en la laissant pendant quelques jours se saturer des principes vineux que peut encore contenir la râpe (marc de raisin), à la différence du rapé, que l’on remplit d’eau nouvelle à mesure qu’on en boit. On appelle aussi demi-vin le vin que le consommateur a volontairement mélangé de moitié d’eau. »

(Comte Jaubert)

Voici sur le vin diverses expressions proverbiales tirées d’anciens documents d’archives, ayant cours en Bourgogne, où l’on désignait le vin suivant la diversité des effets qu’il produit :

Vin d’âne qui rend la personne assoupie avant d’avoir trop bu.
Vin de cerf, qui fait pleurer.
Vin de lion, qui rend furieux et querelleur.
Vin de pie, qui fait bavarder.
Vin de porc, qui fait rendre gorge.
Vin de renard, qui rend subtil et malicieux.
Vin de singe, qui fuit sauter et rire.
Vin de Nazareth, qui passe à travers du nez.
Vin de mouton, qui rend doux et soumis.

Virer le vent (corde à)

France, 1907 : « à faire tourner le vent, à le faire venir d’un autre point de l’horizon. Quand vient la saison du poisson d’avril, les chefs de maison qui aiment à plaisanter envoient leurs enfants ou leurs domestiques chercher chez leurs voisins la corde à virer de vent ou le moule à boudins. »

(Comte Jaubert)

Dans les casernes, on envoie chercher :

La selle de la cantinière.
La clé du terrain de manœuvre.
Le surfaix de voltige du cheval de bois.
La boite à matriculer les pompons.
Le parapluie de l’escadron ou de l’escouade.
La boîte à guillemets.
Les oreillettes de mobilisation.
Le moulin à rata.
Le fer à repasser les pompons.
La trajectoire.
La ligne de mire.

Voir la jument

France, 1907 : Faire la sieste : expression des moissonneurs du Centre qui ont l’habitude de se coucher sur le sillon et d’y dormir pendant une heure au milieu du jour. « Quand, dit Jaubert, le roi (le chef des moissonneurs) tarde trop à donner le signal de cette sieste, l’un des moissonneurs se met à contrefaire le hénnissement d’un cheval, aussitôt les autres travailleurs répondent par un cri semblable et tout le monde va voir la jument. »

Voleuse (lune)

France, 1907 : « On appelle ainsi la lune lorsqu’elle est trop belle et trop claire pendant le temps des fruits. Cet astre semble complice des maraudeurs qu’il éclaire. De là on appelle vin de lune le vin provenant de raisins volés la nuit. »

(Jaubert, Gloss. du Centre)

Zut !

Delvau, 1866 : Exclamation qui est une formule de refus ou de congé. Depuis 1865, on dit : Ah ! zut alors si ta sœur est malade ! C’est plus long, mais c’est plus canaille — et, à cause de cela, préférable.

La Rue, 1894 : Non. Allez au diable. Vous m’ennuyez.

France, 1907 : Cette exclamation employée si fréquemment aujourd’hui dans le langage familier, pour exprimer le dépit, l’ennui, l’incrédulité, se prononçait autrefois zot, diminution de Diablezot, qui avait la même signification. Suivante Furetière, la locution complète était au diable zot : « Vous imaginez que je vous crois, au diable zot ! » Zot me semble être la corruption de soit. Au diable, soit ! D’un autre côté, certains étymologistes, entre autre le comte Jaubert, prétendent que zut n’est autre que le vieux mot ut, corruption de l’anglais out, hors d’ici, qui s’est naturalisé dans le Bas-Berry lors des ravages qu’y exercèrent les envahisseurs. On lit dans le Roman de Rou de Wace :

Normanz escrient : Dex aïe !
La gent Englesche : Ut ! s’escrie.

Le z euphonique se serait joint au monosyllabe ut. Voir ce mot. Burnouf, au contraire, le fait venir du sanscrit suth, dédaigner. Au lecteur de choisir.

Le critique. — Ah ! cher ami, quelle joie vous me faites !…zut !… le joli mot si court, si prestement national, comme il résonne, délicieusement, à mes oreilles françaises !… Zut !… Comme je vous retrouve enfin dans ce mot bref et vibrant, tel un coup de clairon !… Zut !… Comme je m’y retrouve moi-même !… Zut ! Zut ! Zut !… Chercher ailleurs, dans de fabuleux pays, sur des terres mortes, de soi-disant émotions littéraires, alors que nous avons, chez, ce zut ! si joyeux et si clair, et si sublime, ce zut ! divin qui dit nos âmes, notre esprit, notre bravoure, notre gaité, nos croyances !… quelle aberration ! quelle folie ! quel crime !… Ah ! redites-le, redisons-le ensemble, ce mot lustral, et qu’il se répande de nos lèvres, dans toute cette salle, pour en laver les boues étrangères… et qu’il aille, tout droit, comme le défi de notre génie, frapper la face obscure, la face des ténèbres des Ibsen et des Bjornson !… Zut ! Zut ! Zut ! Ah ! ce zut ! cliquetis de nos épées, baiser de nos amantes, rire vengeur et triomphant de notre Paris !… Zut !
L’abonné. — Zut ! Zut !…

(Octave Mirbeau)

— Marguerite ?
— Père…
— Viens un peu !
Mais Margot ne vint point. Jamais elle n’avait vu, à ce point, la pleutrerie du vieux. Elle se révoltait enfin et gueulait de toutes ses forces :
— Zut ! T’avais ma mère pour ça ; cours après !… J’en ai plein le dos, moi aussi, d’être ta femme…

(Montjoyeux)

Zut, pour le qu’en-dira-t-on ;
Ici-bas nous sommes libres.
Les gosiers sont bons calibres
Si le crâne est de carton.

(Alfred Marquiset)


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