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Américaine

Larchey, 1865 : Voiture découverte à quatre roues.

Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.

Briser

d’Hautel, 1808 : Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. Signifie que quand on s’expose trop souvent aux mêmes dangers, on finit par en être accablé.

Vidocq, 1837 : v. a. — Escroquer. Terme auvergnat. (Voir Es.).

Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre bas, cesser le travail. Se dit particulièrement dans les commandites.

Virmaître, 1894 : S’en aller.
— Mon vieux, il est l’heure de la mouise, je me la brise au galop.
Quand une commandite d’ouvriers compositeurs a achevé son travail, le metteur en page frappe sur sa casse avec un taquoir. Ce signal veut dire : c’est fini, brisez (Argot d’imprimerie).

Cavaler (se)

Bras-de-Fer, 1829 : S’évader.

Vidocq, 1837 : v. p. — S’enfuir.

un détenu, 1846 : Se sauver, prendre la fuite.

Halbert, 1849 : S’enfuir.

Larchey, 1865 : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort.

Il faut se cavaler et vivement.

(Chenu)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enfuir comme un cheval, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.

Merlin, 1888 : Partir, fuir, naturellement… au galop.

France, 1907 : Se sauver, s’enfuir.

— Et la Cognette donc ! Vous savez qu’elle était malade, depuis la mort du maître. Alors, ou l’avait oubliée dans son lit… Elle grillait déjà, elle n’a eu que le temps de se sauver en chemise. Ah ! ce qu’elle était drôle, à se cavaler en pleins champs, les quilles nues ! Elle gigotait, elle montrait son derrière et son devant, des gens criaient : hou ! hou ! pour lui faire la conduite, à cause qu’on ne l’aime guère… Il y a un vieux qui a dit : La v’là qui sort comme elle est entrée, avec une chemise sur le cul !

(Émile Zola, La Terre)

— Dans ce cas, répondit Baltid, nous n’aurions qu’à prendre le train, et à nous cavaler le plus loin possible.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

Corbillard de loucherbem

Fustier, 1889 : « Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l’immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée. »

(Richepin)

France, 1907 : Voiture qui ramasse, dans les boucheries, la viande gâtée. Loucherbem signifie, en largonji, boucher. Cet argot consiste à substituer la lettre l à la première consonne qu’on transporte à la fin du mot suivi de la désinence em.

Coupe (tirer sa)

Larchey, 1865 : Nager.

Rodolphe, qui nageait comme une truite… se prit à tirer sa coupe avec toute la pureté imaginable.

(Th. Gautier)

Rigaud, 1881 : Nager. — Signifie encore dans le langage du peuple, partir, se sauver.

Pignouf, tu ferais mieux de me donner ma paperasse, pour que je tire ma coupe au galop.

(Le Petit Badinguet.)

France, 1907 : Nager.

Courante

d’Hautel, 1808 : Avoir la courante. Pour avoir le dévoiement, la diarrhée.

Delvau, 1866 : s. f. Fluxus ventris, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Se payer une courante, se sauver au galop.

France, 1907 : Diarrhée, sans doute appelée ainsi parce qu’elle oblige à courir.

La discussion commençait à devenir générale, chacun ayant un exemple à citer ou ayant fait soi-même la triste épreuve des sévérités militaires à l’égard des fricoteurs. Verginon écoutait toujours, dans un mutisme ahuri de pauvre diable tombé du haut de ses illusions. Mais tout à coup il se frappa le front, un front plat comme la main, étroitement logé entre l’épaisse ligne des sourcils et le retroussis des cheveux tailles à l’ordonnance.
— Des fois, insinua-t-il avec un fin sourire, y aurait pas un moyen pour em’ flanquer une bonne courante ?

(G. Courteline, Les Gaîtés de l’escadron)

Le mot est vieux : on le trouve dans le Virgile travesti de Scarron.

Fantasia (faire la)

France, 1907 : Faire du bruit avec grand déploiement de costumes, à la façon des Arabes qui, dans les noces et à certaines fêtes, tirent des coups de fusil et déploient leurs brillants oripeaux. C’est faire, en un mot, plus de bruit que de besogne.
La fantasia est une course de chevaux particulière aux Arabes, une fête à cheval en guerre comme en paix.
La course se fait soit en ligne, soit par groupes de cavaliers, soit un à un. Au signal donné, on s’élance au galop en poussant le cri de guerre, chacun décharge son arme, et, debout sur les étriers, lance son fusil en l’air et le rattrape, toujours chargeant avec une merveilleuse dextérité. Aux noces, aux fêtes de la tribu, la fantasia s’exécute près des tentes devant les femmes réunies qui acclament les cavaliers par des you you prolongés.

Fantasia ! Fantasia ! les coups de feu se précipitent. Les cavaliers s’ébranlent ; les longs chelils de soie aux franges d’or flottent sur les croupes ; les fusils jetés en l’air retombent dans les mains habiles ; jeunes et vieux, courbés sur les encolures, sont lancés au galop et, suivis des éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable jaune. Et dans les grandes lignes dorées de la plaine on voit fuir les couples d’autruches et bondir les troupeaux d’antilopes et de gazelles.

(Hector France, L’Amour au pays bleu)

Galoper

d’Hautel, 1808 : Travailler à la hâte, bousiller, sabouler un ouvrage.

Larchey, 1865 : Envahir au galop. Très-expressif et toujours pris au figuré.

Voilà la peur qui me galope. Qu’est-ce que je pourrai dire ?

(E. Sue) — Galoper :

Travailler à la hâte, bousiller un ouvrage.

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : v. n. Se dépêcher. Signifie aussi Aller çà et là. Activement, ce verbe s’entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu’un.

France, 1907 : Se dépêcher à une besogne, travailler à la hâte.

Gamin (faire le)

Delvau, 1864 : Quand une femme a bien fait la patte d’araignée, collé un joli bécot sus le bout du vit d’un homme, quand, enfin, elle a usé de toutes les gamineries capables de le faire bander, elle n’a plus qu’à s’enfourcher sur la glorieux priape façonné par elle, — pour elle. — Alors : Hue ! dada !… notre gamin allant au trot, puis au galop : patatrot, patatrot ! — comme s’il sautait sur les genoux de son grand-père, — se bourre le vagin à sa fantaisie, jusqu’à ce que plaisir s’ensuivant, le cavalier tombe épuisé sur sa monture. — C’est du nanan ! — Voir le Tire-bouchon américain.

Graisser la patte

Larchey, 1865 : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.

Delvau, 1866 : v. a. Acheter la discrétion de quelqu’un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets. On dit aussi graisser le marteau, — mais plus spécialement en parlant des concierges.

France, 1907 : Donner de l’argent à quelqu’un pour le gagner, le mettre dans ses intérêts. Cette expression remonte au moyen âge : on la trouve dans un fabliau du XIIIe siècle, mais elle doit dater de beaucoup plus haut, de l’époque où le clergé s arrogea le droit de percevoir la dîme sur le produit de la vente des chairs de porc. Afin de rendre les agents du clergé moins rigides, les marchands de cochons leur mettaient dans la main un morceau de lard qui, naturellement, la leur graissait. Mais le lard étant pièce à conviction compromettante, on le remplaça par de l’argent. C’était pour percevoir plus facilement cette redevance que la foire aux jambons se tint longtemps sur le parvis Notre-Dame.

Au diable même il faut graisser la patte.

(Béranger)

« – Au galop, cocher ! » Et celui-ci dont la patte avait été préalablement graissée, fouetta. Vingt-cinq minutes plus tard, ayant débarqué dans un lit inaccessible aux bêtes de proies ailées ou non, ils y roucoulaient, ces deux pigeons, à l’abri des loups et des renards, des milans et des buses de la race humaine.

(Léon Cladel, Tragi-comédies)

Le directeur de la colonie était alors un raté de la politique, qui, jadis au quartier Latin, avait bu d’innombrables bocks avec deux ou trois futurs ministres. Ils l’avaient plus tard placé là, comme dans une sinécure. Ce fruit sec était un peu fripon. Il se laissa graisser la patte par les soumissionnaires des travaux exécutés à la colonie, et aussi par les fournisseurs. Les enfants mangèrent de la carne, ce dont personne ne se soucia ; mais l’État fut par trop volé et finit par s’en émouvoir.

(François Coppée, Le Coupable)

L’expression graisser le marteau est plus récente. C’est donner de l’argent an portier d’une maison pour s’en faciliter l’entrée.
Racine, dans les Plaideurs, fait dire à Petit-Jean :

Ma foi ! j’étais un franc portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait point chez nous sans graisser le marteau,
Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close.

Hippiquer (s’)

France, 1907 : Voici un mot qui devrait entrer dans la langue, car il remplace à lui seul quantité de périphrases pour dire se tenir bien à cheval. Il est d’Édouard Cavailhou qui, dans un dîner chez M. Paul Chirey, le sportsman bien connu, à improvisé une chanson de circonstance intitulée : Qui s’y frotte s’hippique, dont voici le premier couplet et le refrain :

Si vous voulez, de par la vie,
Gagner bonne position,
Livrez-vous à la folle orgie
De l’ardente équitation.
Au début, la jambe se gerce
Et l’on souffre dans ses dessous,
Mais une volupté vous berce,
Vous chatouille, Vrai Dieu ! c’est doux.
L’on trouve une caresse
Au galop.
L’on n’a de celte ivresse
Jamais trop.
Qui s’y frotte s’hippique,
Eyohé !
Irait-on en bourrique ?
C’est forcé !

Hussarde (amour à la)

France, 1907 : Amour rapide, sans déclaration, sans temps perdu aux bagatelles de la porte. Les hussards étaient renommés pour la rapidité du leurs coups de main. Ils faisaient l’amour comme la guerre, au galop !

Ce sont les vieilles gardes qui admettent les entreprises à la hussarde. Les idoles dont l’autel est déserté ne se montrent pas difficiles sur l’offrande. Pour la recevoir plus vite, elles abrègent les oremus. La vie est courte et la chair est faible. Il faut se hâter.

(Colombine, Gil Blas)

Les observations permettent de remarquer que l’amour charnel est d’autant plus brutal que les amoureux sont d’essence sociale opposée. La mondaine qui subira l’attirance d’un robuste paysan le prendra brutalement. Je dis à dessein : le prendra, car le cas est moins fréquent du paysan qui aspire aux caresses d’une princesse. Il sera, lui, plus sensible aux douceurs des baisers de la fille dont le contact lui est fréquent et vis-à-vis de laquelle il peut prétendre aux supériorités. L’amour brutal se remarque également dans le cas de l’homme du monde qui possède une paysanne, mais la brutalité provient moins de l’acuité présumée des sensations que du procédé cavalier et hussard qui invite à ne rien ménager.

(Machecoul, L’Art d’aimer)

Messe (fesser la)

Rigaud, 1881 : Dire la messe au galop, — dans le jargon des vieilles dévotes.

Naturel revient au galop (le)

France, 1907 : On revient toujours à ses premières habitudes ; on subit malgré soi les exigences de son tempérament.

Chassez le naturel, il revient au galop.

C’est Destouches qui, dans le Philosophe marié, est l’auteur de ce vers devenu dicton ; confirmant ce qu’a dit lourdement Boileau dans sa XIe Satire :

Le naturel toujours sort et sait se montrer :
Vainement on l’arrête, on le force à rentrer ;
Il rompt tout, perce tour, et trouve enfin passage.

Combien La Fontaine est plus pittoresque et plus charmant, quoique plus prolixe !

Coups de fourches ni d’étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n’en serez les maîtres ;
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il rentrera par les fenêtres.

Horace avait dit avant eux :

Naturam expellas furca, tamen usque recurrit
Et mala perrumpit furtim fastidia victris.

Panache (faire)

France, 1907 : Passer par-dessus la tête de son cheval en tombant. Un cheval au trot on au galop qui s’arrête brusquement expose le cavalier maladroit à faire panache. On dit aussi qu’un cheval fait panache, lorsqu’il culbute à l’obstacle la tête la première.

Poser un factionnaire

France, 1907 : Laisser un souvenir…

En un lieu écarté
Où, pour se mettre à l’aise, ou à la liberté.

À propos de ce genre de factionnaires, le commandant A. Longuet raconte dans ses Méditations de caserne une crânerie entre des milliers que nos soldats firent pendant la guerre d’Espagne. Il s’agit d’un sous-officier du 6e léger. « Ce régiment passait en vue des avant-postes anglais ; un sergent quitte la colonne, et s’avance à portée de pistolet d’une vedette. Il met sac à terre, tourne le dos à l’ennemi, et prend cette position où les genoux sont plus élevés que la partie sur laquelle on s’assoit. L’Anglais, irrité d’un pareil outrage, arrive au galop, croyant avoir bon marché du provocateur. Celui-ci se redresse, toutes voiles déployées, et, sans bouger un pied, fait face en arrière par le haut du corps, ajuste et couche le cavalier ; puis il continue… son factionnaire. »

Rasibus (le père)

France, 1907 : Le bourreau.

Et le coup de la bagnole au père Rasibus, quand il fouette les cadors au galop et que les cognes font un blaire.

(Jean Richepin)

Suriner

Clémens, 1840 : Frapper à coups de couteau.

un détenu, 1846 : Assassiner.

Delvau, 1866 : v. a. Assassiner quelqu’un avec un surin. V. Chouriner.

Virmaître, 1894 : Assassiner à coups de couteau. Cette expression remplace celle de chouriner (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Tuer à coups de couteau.

Hayard, 1907 : Assassiner.

France, 1907 : Donner des coups de couteau, assassiner avec une arme tranchante.

Pendant le jour on peut l’voir
Usant dignement l’trottoir
Entre Montrouge et Bell’ville,
L’sergent d’ville.
Mais qu’la nuit on vous surine
Comme il est intelligent,
C’est au galop que s’débine
Le parfait agent (bis).

(É. Blédort, Chansons de faubourg)

Toujours loup est loup

France, 1907 : On ne change jamais de nature.
« Si l’on vient vous affirmer, disait Mahomet, qu’une montagne a changé de place, permis à vous de le croire, mais si l’on vous affirme qu’un homme a changé de caractère, n’en croyez rien » ; ce que Boileau a traduit par ce vers resté proverbial :

Chassez le naturel, il revient au galop.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique