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Bê ! bê !

Boutmy, 1883 : Cri d’appel, imitant le bêlement du mouton, que poussent, dans quelques ateliers au coup de quatre heures, les imprimeurs et conducteurs altérés.

Coup de cachet

Fustier, 1889 : « Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola… a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival… en imprimant à son arme, s’il en faut croire l’acte d’accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C’est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet. »

(L. Chapron)

Écoper

Delvau, 1866 : v. n. Boire, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : v. n. Recevoir des coups, — dans l’argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter.

On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape, il y en a un qui écope.

(A. Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, 1880)

Merlin, 1888 : Être puni, ou battu.

La Rue, 1894 : Être victime. Boire. Écoper la centrouse, être condamné à la centrale.

France, 1907 : Boire ; d’écope, petite soucoupe profonde.

France, 1907 : Recevoir des coups, ou, dans l’argot militaire, une punition.

Au coup de midi, l’officier de semaine Mousseret, — un petit, tout petit sous-lieutenant sorti quelques mois auparavant de l’école, — donna ordre de faire rassembler. Il dit qu’on allait procéder à l’appel des réservistes, et que les retardataires écoperaient de quatre jours.

(Georges Courteline)

Écoper se dit aussi dans le sens d’attraper : écouper une contravention. Écoper la centrousse, être condamné à une prison centrale.

Chaque soir, quand il n’y voyait plus, le peintre Bonvin coiffait un chapeau plus que mou, bourrait et allumait sa pipe, et s’en allait, en vareuse et en galoches, à la gare de Sceaux, où il achetait régulièrement son journal.
Un soir, il arrive au moment où sortent les voyageurs d’un train, une dame l’aperçoit, lui place une valise dans les bras, et en route. Bonvin suit respectueusement à trois pas. Enfin, la dame s’arrête devant un petit hôtel, reprend sa valise et tend une pièce blanche à l’artiste, qui refuse.
— Est-ce que vous n’êtes pas médaillé ? lui demande la dame.
— Hélas ! madame, je n’ai que des médailles de peinture. Et, si un agent passait, ça ne m’empêcherait pas d’écoper une bonne contravention !
Combien de peintres ayant pignon sur rue et rentes sur l’État sont loin de cette bonne humeur !

(Théodore Massiac)

— Ce qu’il nous faut ? Je le sais bien, et je vais vous le dire. Une bonne petite paroisse avec pas trop de dévotes. Les dévotes ça ne vaut rien. Ça ne pense qu’à se fourrer dans les jambes du curé. De là propos, jalousies, médisances, un tas de vilaines histoires, jusqu’à ce qu’un beau jour, patatras, le pauvre monsieur écope. Si vous voulez m’en croire, nous nous arrangerons dans notre nouvelle paroisse à ne pas nous laisser envahir par cette vermine.

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Femme laborieuse

Delvau, 1864 : Femme qui ne refuse jamais de conduire un miché au bonheur.

Ah ! monsieur, me dit cet homme avec des larmes d’admiration dans la voix, à quelque heure de la nuit qu’on frappe, si nous sommes couchés, elle se lève sans rechigner, va ouvrir au monsieur, reste avec lui le temps qu’il faut et remonte se coucher jusqu’à ce qu’un nouveau coup de sonnette la fasse relever et redescendre : c’est une femme bien laborieuse !

(A. François)

Lafarger

Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser de son mari en l’empoisonnant ou de tout autre façon, — dans l’argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu’il fait survivre le châtiment au coupable.

France, 1907 : Empoisonner. Allusion à la célèbre Mme Lafarge qui, sous le règne de Louis-Philippe, fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité pour avoir empoisonné son mari. Peu usité.

Langue fourrée

Rigaud, 1881 : Allusion libertine au coup fourré de l’escrime et appliquée au langage de l’amour. En latin, lingua duplex, id est quum in basiis lingua linguæ promiscetur.

France, 1907 : Acte que les prudes mâles et femelles nomment obscènes, mais qu’ils accomplissent en cachette quand ils le peuvent. C’est ce que l’historien Gibbon nous rapporte que le fondateur de l’islamisme faisait à sa fille, la belle Fathma, quand il avait envie d’éprouver les joies du Paradis : « Ingero linguam meam in os ejus. »

Maqui

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mettre du rouge.

Delvau, 1866 : s. f. Rouge, fard, — dans l’argot des voleurs. C’est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquillage, maquille. Dérivé de masque. — En terme de grecs, le maquillage consiste à marquer les cartes qu’on a intérêt à connaître. Il y a les maquis au coup de pouce, au coup d’ongle, au coup d’épingle, à la mine de plomb, à la pièce et autres, suivant l’inspiration du grec et la tête des dupes.

La Rue, 1894 : Rouge, fard. Maquillage.

Marchand de mort subite

Rigaud, 1881 : Médecin, — dans le jargon du peuple. Autrefois l’expression ne s’appliquait qu’aux charlatans. Depuis que tant de médecins ont fait concurrence à tant de charlatans, elle s’est étendue jusqu’à ceux-là.

C’était bien sûr le médecin en chef… tous les marchands de mort subite vous ont de ces regards-là.

(É. Zola)

Dans la bouche des voyous l’expression s’applique encore à tout individu qui, par maladresse, peut occasionner un accident. Ainsi, un mauvais cocher, un charretier imprudent, sont des marchands de mort subite.

Merlin, 1888 : Prévôt d’armes.

Virmaître, 1894 : Le maître d’armes et le bourreau. Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement. Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). N.

Mettre dans le mille

Delvau, 1866 : v. a. Réussir dans une entreprise. Se dit aussi pour : Donner un coup de pied au derrière de quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Réussir. — Toucher juste. — Allonger un coup de pied au cul d’un indifférent ou d’un ami.

Virmaître, 1894 : Réussir une affaire du premier coup. Terme usité chez les pédérastes : mille : podex (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Avoir réussi dans une affaire, être tombé juste, c’est avoir mis dans le mille.

France, 1907 : Réussir du premier coup. Allusion au coup gagnant du jeu du tonneau qu’on obtient en lançant son palet exactement sur le numéro 1000.

Pour venir en aide aux nénés
Des petites mamans jolies ;
Pour apaiser des nouveaux-nés
Les soifs toujours inassouvies,
L’inventeur à mis dans de mille !

France, 1907 : Terme usité chez les pédérastes et qui se passe d’explication.

Paysage (faire bien dans le)

Rigaud, 1881 : Concourir au coup d’œil général, produire bon effet, rehausser une toilette. — Pour les mondaines, un bracelet en diamants fait bien dans le paysage, les soirs d’Opéra. Pour un ivrogne, une rangée de bouteilles sur le dressoir fait bien dans le paysage.

Surmenage

France, 1907 : Excès de travail exigé maintenant dans les établissements d’éducation pour arriver à fabriquer des bureaucrates, des ratés ou des ambitieux.

Ce qui est caractéristique dans notre existence trépidante, c’est l’impatience. Béroulde de Verville ajouterait facilement, aujourd’hui, un chapitre narquois à son Moyen de parvenir. Il lui faudrait, pour être complet, la collaboration de quelque disciple de Charcot. À un certain degré, l’impatience devient une névrose constatée, et lorsque le surmenage conduit au coup de revolver un Parisien qui n’avait qu’à se laisser vivre, c’est que la maladie était latente, mais indéniable.

(Jules Claretie)

Vache (coup de pied de)

France, 1907 : Coup de pied en dehors qui atteint la jambe du cavalier ; argot militaire. C’est aussi par extension un coup de pied sur le tibia.

La parade au coup de la bascule et de la petite chaise est, au moment où l’on se sent saisi, non pas de boxer… mais d’appliquer à l’agresseur le coup de pied de vache, qui casse net un tibia quand il est bien appliqué. Malheureusement le coup de pied de vache n’est pas familier aux bons bourgeois qui rentrent tardivement.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Vigne de l’abbé (avoir la)

France, 1907 : Passer dans un accord parfait la première année de mariage. Cette locution tombée en désuétude était fort usitée jadis, M. Quitard la fait remonter à une vieille histoire d’après laquelle un abbé aurait promis une belle vigne au couple qui prouverait que nul nuage n’est venu assombrir les joues des douze premiers mois des noces. C’est aller chercher bien loin une explication fort simple. On sait quelle vie licencieuse menaient les abbés et de quelle nature était leur vigne produisant ce vin qui, suivant une expression biblique, fait germer les vierges. Avoir la vigne de l’abbé, c’était pour un homme posséder les qualités propres à satisfaire l’épouse la plus exigeante et l’empêcher ainsi de songer à chercher des distractions près du voisin.

Yankee Doodle

France, 1907 : Air national des États-Unis, littéralement Yankee niais. Rien de plus niais, en effet, que cette vieille chanson digne de prendre place dans les chants dont se servent les nourrices pour endormir leurs poupons. Les Yankees en ont fait cependant leur chant de guerre et marchent au combat aux accents de cet hymne que les soldats anglais, au temps de Charles Ier, chantaient pour humilier les révolutionnaires marchant sous les ordres de Cromwell. On célèbre dans cette chanson les aventures d’une sorte de Jocrisse, Yankee Doodle. Le poème débute ainsi ;

Yankee Doodle came to town,
Riding on a pony,
Stuck a feather in his cap
And said t’was macaroni.

Traduction : Yankee Doodle se rend en ville, monté sur un poney, il pique une plume à son chapeau, et dit que c’est du macaroni.
Au couplet suivant Yankee Doodle tue un porc et constate que cet animal tenait à la vie. D’autres couplets suivent tout aussi bizarres au point de vue littéraire et national.
Ajoutons qu’en parlant de macaroni, Yankee Doodle ne veut pas dire qu’il a orné son chapeau d’un bout de ces tubes de pâte si appréciés des sujets du roi Humbert. Le mot « macaroni » ainsi employé est une expression d’argot qui signifie élégant, chic, dernier cri.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique