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Balle

d’Hautel, 1808 : Enfans de la balle. Ceux qui suivent la profession de leurs pères. On désigne aussi sous ce nom et par mépris, les enfans d’un teneur de tripot.
Il est chargé à balle. Manière exagérée de dire qu’un homme a beaucoup mangé ; qu’il crève dans sa peau.
Il y va balle en bouche, mèche allumée. Pour il n’y va pas de main morte ; il mène les affaires rondement.

d’Hautel, 1808 : Ustensile d’imprimerie qui sert à enduire les formes d’encre.
Démonter ses balles. Expression technique : au propre, l’action que font les imprimeurs lorsqu’ils mettent bas, et qui consiste à détacher les cuirs cloués au bois des balles. Au figuré, et parmi les ouvriers de cette profession, cette phrase signifie s’en aller en langueur ; dépérir à vue d’œil, approcher du terme de sa carrière.

anon., 1827 : Franc.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Franc (vingt sous).

Bras-de-Fer, 1829 : Franc.

un détenu, 1846 : Un franc, pièce de vingt sous.

Halbert, 1849 : Une livre ou un franc.

Larchey, 1865 : Tête. — Comme Boule et Coloquinte, balle est une allusion à la rondeur de la tête. Une bonne balle est une tête ridicule. Une rude balle est une tête énergique et caractérisée.

Une balle d’amour est une jolie figure.

(Vidocq)

Être rond comme une balle, c’est avoir bu et mangé avec excès. Balle : Franc. — Allusion à la forme ronde d’une pièce de monnaie.

Je les ai payées 200 fr. — Deux cents balles, fichtre !

(De Goncourt)

Balle de coton : Un coup de poing. — Allusion aux gants rembourrés des boxeurs.

Il lui allonge sa balle de coton, donc qu’il lui relève le nez et lui crève un œil.

(La Correctionnelle)

Delvau, 1866 : s. f. Occasion, affaire, — dans l’argot du peuple. C’était bien ma balle. C’était bien ce qui me convenait. Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’un franc, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Secret, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot des voyoux. Balle d’amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres. Rude balle. Visage caractéristique.

Rigaud, 1881 : Ballet.

Rigaud, 1881 : Figure, tête, physionomie.

Oh c’tte balle !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France)

Rigaud, 1881 : Occasion. Rater sa balle, manquer une bonne occasion.

Rigaud, 1881 : Pièce d’un franc. Une balle, un franc. Cinq balles, cinq francs.

Rigaud, 1881 : Secret.

S’il crompe sa Madeleine, il aura ma balle (s’il sauve sa Madeleine, il aura mon secret.)

(Balzac)

Mot à mot ; ce qui est caché dans ma balle, dans ma tête. — Faire la balle de quelqu’un, suivre les instructions de quelqu’un.

Fais sa balle, dit Fil-de-Soie.

(Balzac, La Dernière incarnation)

La Rue, 1894 : Secret. Physionomie. Pièce d’un franc. Occasion.

Virmaître, 1894 : Celle femme me botte, elle fait ma balle (Argot du peuple). V. Blot.

Rossignol, 1901 : Chose qui convient qui plaît, qui fait l’affaire.

ça fait ma balle.

Rossignol, 1901 : Visage, celui qui a une bonne figure a une bonne balle.

France, 1907 : Pièce d’un franc. Blafard de cinq balles, pièce de cinq francs.

France, 1907 : Secret, affaire, occasion. Cela fait ma balle, cela me convient.

— C’est pas tout ça, il faut jouer la pièce de Vidocq enfoncé après avoir vendu ses frères comme Joseph.
Vidocq ne savait trop que penser de cette singulière boutade ; cependant, sans se déconcerter, il s’écria tout à coup :
— C’est moi qui ferai Vidocq. On dit qu’il est très gros, ça fera ma balle.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Manquer sa balle, manquer une occasion ; faire balle, être à jeun.

Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.

(Alphonse Humbert)

On dit aussi dans le même sens : Faire balle élastique.

J’avais fait la balle élastique tout mon saoul.

(Henri Rochefort)

Faire la balle, agir suivant des instructions ; enfant de la balle, enfant élevé dans le métier de son père ; rond comme une balle, complètement ivre.

France, 1907 : Tête, figure. Balle d’amour, beau garçon, argot des filles ; rude balle, contenance énergique ; bonne balle, figure sympathique ou grotesque ; balle de coton, coup de poing.

Biche

Larchey, 1865 : Lorette. — Abréviation de biche d’Alger, synonyme populaire de chameau.

Une biche, — il faut bien se servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, — se trouvait cet été à Bade.

(Figaro, 1858)

Forte biche : Lorette élégante.
Bicherie : Monde galant.

Mme Marguerite V., de la haute bicherie du quartier d’Antin.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l’encre de Guyot ; variété de fille entretenue. Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

Rigaud, 1881 : Une des nombreuses appellations des coryphées de la prostitution élégante et élevée… comme tarif. Ainsi nommées parce qu’on les rencontre généralement au Bois où elles courent le daim.

Les biches sont des demoiselles plus que douteuses.

(L. Gozlan)

(En 1869) à l’époque de l’Exposition universelle, on l’appelait le guide de l’étranger dans Paris.

(Jules de Vernay)

Rossignol, 1901 : Quand un pêcheur prend du poisson, c’est que ça biche (ça mord). Lorsqu’un individu cherche à faire une dupe et que la dupe mord à l’hameçon, ça biche.

France, 1907 : Petite dame, féminin de daim, qui est le nom donné à l’amant de ces demoiselles. Il était autrefois fort en usage et semble tombé en désuétude.

Parmi les femmes que l’on désigne sous la dénomination générale de lorettes, il y a trois classes bien distinctes : la femme entretenue, la lorette et la biche… La biche est une apprentie lorette ; ses amants de la veille ne sont jamais ceux du lendemain. On les rencontre un peu partout ; elles ont soin de se placer sous vos pas et viennent au-devant de toutes vos tentations. Le moindre louis, un succulent dîner, ont toujours raison des blondes comme des brunes, voir même des rouges, car il en faut pour tous les goûts.

(Ces Dames)

Assez rares dans les sentiers des bois, les biches pullullent sur les trottoirs des grandes villes.

(Dr Grégoire)

Bois

d’Hautel, 1808 : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.

Rossignol, 1901 : Meubles ; mes bois, mes meubles.

Boudiné

Fustier, 1889 : Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin.

Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur parait rendre d’une façon imagée l’étroitesse de leur costume ; il répond… à cet ensemble de tenue qui leur donne l’air de boudins montés sur pattes.

(Siècle, 1883)

Encore un mot qui n’a eu qu’une existence bien éphémère.

La Rue, 1894 : Voir Copurchic.

France, 1907 : Petit jeune homme ridiculement étriqué dans ses vêtements.

Un de ces êtres singuliers dont le nom générique varie de jour en jour et qu’on nomme encore, à l’heure qu’il est (allons, bon, ma montre est arrêtée !), des boudinés, je crois, descendait, au grand trot d’un pur sang douteux, l’avenue des Champs-Élysées.

(J. A. Magin)

Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur parait rendre d’une façon imagée l’étroitesse de leur costume ; il répond… à cet ensemble de tenue qui leur donne l’air de boudins montés sur pattes.

(Richepin)

Le mot date de 1883. Un bon portrait de boudiné est celui qu’en burine, dans Nos plaies, Paul Roinard :

Soudain, la porte s’ouvre : il entre un boudiné,
Monsieur de Vergenel, un joli comte né
Pour dévorer gaiment cent mille francs de rente
Trouvés sous l’oreiller de sa mère mourante.
Monsieur le comte est un adorable mondain,
Coquet comme une fille, affectant le dédain
Le plus impertinent pour tout ce qui travaille,
Sans but, sans foi, sans frein, ne faisant rien qui vaille,
Passant le temps au cercle, au Bois ou dans les bras
D’amantes de hasard, salissant tous les draps
Et brisant tous les cœurs ; ayant une maîtresse
Parce que cela pose ; évitant la tendresse
Parce que cela nuit ; jouant, soupant, dansant,
Mettant tout son amour dans le trot d’un pur sang ;
Renvoyant une femme, en vaniteux sceptique,
Comme il fouette son chien ou chasse un domestique.

Coupe-file

Fustier, 1889 : Carte délivrée par la Préfecture de police aux membres du corps diplomatique, aux ministres, aux personnages de distinction et qui sert à couper les files de voitures, à circuler ou à stationner dans des endroits où le public ne peut ni circuler, ni stationner.

Tu ne verras pas, conduisant
Leur bois peint, tout frais reluisant,
Un groom en croupe,
Avec un coupe-file, au Bois,
Des gens qui faisaient autrefois
Filer la coupe !

(Clairon, 1882)

France, 1907 : Carte délivrée à un fonctionnaire ou à un agent de police, qui lui permet de passer par les endroits interdits à la foule.

— Les journalistes, disait Deibler, pour gagner la place de la Roquette, ont besoin de coupe-files. Moi, je m’en passe. N’ai-je point mon coupe-fioles ?

Cueillir la fraise, la noisette, la fleur, un bouton de rose sur le nombril

Delvau, 1864 : Tirer un coup.

Ah ! qu’il fait donc bon
Cueillir la fraise,
Au bois de Bagneux,
Quand on est deux.

(Le Bijou perdu)

Mais souffre que je puisse cueillir le fruit, dès si longtemps promis à ma pure et sainte fidélité.

(P. De Larivey)

Je craignais qu’elle ne laissât cueillir la belle fleur de son pucelage sans en tirer profit.

(Ch. Sorel)

Par ma fine, je suis perdue,
Disait Babet à son seigneur,
Qui par méprise, en lui cueillant sa fleur,
La greffa d’un beau fruit.

(Vadé)

Vous abusez, car Meung, docteur très sage,
Nous a décrit que pour cueillir la rose
Riche amoureux a toujours l’avantage.

(F. Villon)

Dame du lac

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, ou qui, désirant l’être, va tous les jours au Bois de Boulogne, autour du lac principal, où abondent les promeneurs élégants et riches. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : Dame où fille à la recherche du mâle cossu et dont le champ d’exploration est principalement le tour du lac du bois de Boulogne.

Décavé

Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

(Villemot)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

La Rue, 1894 : Ruiné.

France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.

Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.

(Jean Lorrain)

— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !

(Adolphe Belot)

Entretien

France, 1907 : Conversion intime entre deux personnes d’un sexe différent, et où l’usage de la parole n’est pas absolument nécessaire.

Le soir, il mène Éléonore
Avec un vieux tout plein de feux
Qui lui dit, en baissant le store :
« Cocher, au pas… vas où tu veux !… »
Compris ! Sans souffler mot, il roule
Au bois, comme un pauvre martyr,
Dans les chemins que fuit la foule,
Mais où l’amour prend son plaisir !…
Pour ces trajets il est commode :
S’il entend un seul bruit, eh bien !
Il sifflote un air à la mode,
Il ne voit rien… de l’entretien !…

(Henri Buguet)

Eustache

d’Hautel, 1808 : Un eustache. On donne ce nom à une espèce particulière de couteau dont se servent les gens de la plus basse condition.
Eustache pot à l’eau. Dénomination baroque et insultante que l’on donne par mépris à quelqu’un dont on a oublié le nom.

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot du peuple, qui dit aussi : Ustache.

La Rue, 1894 : Couteau.

Virmaître, 1894 : Couteau (Argot du peuple). V. Lingre.

Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Couteau.

  — Voici l’eustache de mon père :
  Tu vas le mettre à ton côté.
 
Ils passaient pour querelleurs et pillards, robant le gibier au bois et les poules aux censes, maraudant de nuit dans les campagnes, l’eustache toujours aux doigts pour se défendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Ses bains de pieds étant célèbres dans son parti, et ils le firent suspecter de modérantisme à plusieurs reprises. Pendant la Commune, le bruit courut qu’il avait un pédicure, et il dut se disculper de l’accusation. Comme Phryné devant l’aéropage, il ôta ses souliers, montra ses cors et les tailla lui-même, avec un eustache à treize, en présence de ses farouches collègues de l’Hôtel de Ville ! Cette épreuve rétablit son crédit ébranlé, et elle lui rendit la confiance du peuple.

(Émile Bergerat)

Faire de la mousse

France, 1907 : Faire des manières, prendre de grands airs, faire l’important.

Le cocher. — C’est Blanche de Croissy qui m’a renseigné.
Le valet de pied. — Ah ! c’est vrai… tu as été cocher chez elle.
Le cocher, se rengorgeant. — Cocher et autre chose… La v’là… tiens… Blanche de Croissy !…
S’adressant à demi-voix à Blanche de Croissy qui passe en landau & huit ressorts :
— Oh ! là ! là !… Fais donc pas tant d’la mousse !… Tu sais ! Inutile avec moi, les magnes !… On n’monte pas l’coup à Bibi, mon petit chat.
Le valet de pied. — Oh ! elle a piqué un fard !
Le cocher. — Ben, elle m’a reconnu, quoi !

(Gyp, Au Bois)

Fin de siècle

France, 1907 : Qualificatif imbécile employé à toutes sauces, désignant généralement le nec plus ultra, l’outrance, la décadence artistique, morale. Le fin de siècle, c’est le plus idiot boudiné, la fille la plus excentrique, la femme la plus dénuée de préjugés, l’enfant le plus insolent et le plus mal élevé. J’ai dit ce qualificatif imbécile, puisque les siècles sont une division arbitraire du temps qui n’a ni commencement ni fin.

Notre pauvre humanité a mal à la vie, et malheureusement ce ne sont ni les boulevards, ni les squares, ni l’éclairage à l’électricité, ni les trains-éclairs, ni les maisons chauffées au calorifère, ni le téléphone, et tous les et cætera dont le progrès l’a dotée, qui peuvent la guérir de ce mal-là. Aussi, allons patiner au Bois, pendant que les lacs sont gelés, et occupons-nous d’être bel et dûment fin de siècle.

(Gil Blas)

Il dépassait le but, devenant fringant et coquet, abusant outrageusement des cosmétiques et des coups de fer au chapeau et à la moustache, innovant cravates inouïes, bouleversant l’armoire aux chemises et s’instituant boudiné et fin de siècle.

(Marc Anfosse)

Pour moi, j’ai beau ne m’être jamais aventurée sur l’ombre d’un vélocipède, je n’en suis pas moins une jeune fille fin de siècle, détestablement élevée.

(Fernand Berolaud)

C’était une petite fin de siècle, curieuse et détraquée, désirant connaître, avant vingt ans tous les mystères de la passion ; une de ces femmes que le danger fascine, qui convoitent le fruit défendu, comme la seule joie tentatrice et digne de leurs cerveaux raffinés.

(Sapho, La Lanterne)

Frisons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd’hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu’elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.

France, 1907 : Boucles de cheveux sur les tempes ou la nuque.

Mes frisons, à moi, sont les frisons du flâneur, et, si vous voulez les étudier en dehors du silence du cabinet, dans la rue mouvementée ou sur le boulevard méliniteux, faisons ensemble une sortie de flâneurs, au moment charmant et psychologique où les ouvrières vont à l’atelier, les femmes d’employés au marché, les bourgeoises au bain et les grandes mondaines au Bois.
Et nous analyserons, nous détaillerons, nous admirerons les nuques, presque toujours ornées de frisons voluptueux, de tout ce joli monde enjuponné qui compose le véritable peuple souverain, la tête de ligne, la classe dirigeante de l’humanité en marche.

(E. Domerc)

Gondolé (air)

Rigaud, 1881 : Mauvaise mine. Avoir l’air gondolé, avoir le visage boursouflé ; allusion au bois gondolé.

Habiller de sapin (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Mourir, — par allusion au bois dont se composent ordinairement les cercueils. Argot du peuple. Les gueux de Londres appellent le cercueil a wooden coat (un habit de bois ou une redingote en sapin).

France, 1907 : Mourir. Allusion au cercueil habituellement fait de bois de sapin.

Lapin du bois de Boulogne

Fustier, 1889 : Filles publiques qui, l’été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, quærentes quos devorent.

Ces amoureuses vagabondes, qu’on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes…

(République française, juin 1885)

Levage

Larchey, 1865 : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Delvau, 1866 : s. m. Escroquerie, — dans l’argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin, — dans l’argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès, — dans l’argot des gandins.

Rigaud, 1881 : Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes galantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.

La Rue, 1894 : Escroquerie. Séduction facile. Lever une femme.

France, 1907 : Raccrochage. Levage au crachoir, lever une femme grâce au bagoût.

— Qu’allait-il devenir de cette grossesse ? Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! Elle devait bien s’y attendre, pourtant, avec la vie qu’elle menait, les intrigues qu’elle nouait, ses frasques et ses levages de chaque jour, de chaque soir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Jane, sur le tapis vert,
Tout l’hiver,
Ayant semé sa galette,
Revint à Paris seulette,
Sans un seul petit morceau
De prince ou de rigolo.
Elle alla crier famine
Chez Thérèse, sa voisine,
La priant de lui prêter
Cent louis pour subsister
Jusqu’à son prochain levage :
Je vous pairai, je le gage,
Avant peu, foi d’animal
Car je ne suis pas trop mal.

(Edme Paz)

Locati

France, 1907 : Voiture de louage.

Les respectables familles dont le landau austère croise, aux Acacias, le locati discret du lutteur à la boutonnière leurs ne se doutent pas, dans la sécurité de leur optimisme appuyé sur quarante mille livres de rentes, des prodiges d’invention, des dépenses de génie faites par ces jeunes hommes pour la gloire de paraître. Tandis que l’équipage débonnaire qui porte M. Perrichon et sa fortune poursuit son train-train paisible, au trot mesuré de chevaux auxquels la dignité de leur allure confère déjà une sorte de solennité bourgeoise, le subtil locati glisse au milieu des voitures, menant aux hasards de la chasse, à travers ce marché de l’Amour et de l’Argent, le viveur d’appétit violent et de bourse plate qui quête un salut, un sourire ou une affaire.

(Francis Chevassu)

Périclès avait bien été accusé, dans le temps, d’avoir un peu filouté les deniers de l’État ; mais au moins il pouvait montrer Aspasie se rendant au temple plein des statues de Phidias, dans un char d’argent. Nos Périclès sont également suspects d’avoir triché dans les comptes du budget ; mais ils vont au Bois dans des locatis. Ils aiment l’argent pour l’argent, ce qui est la dernière des hontes pour un civilisé.

(Colombine)

Miché

Delvau, 1864 : Homme galant forcé d’acheter ce que les femmes galantes donnent pour rien à leurs amants de cœur.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses et d’autant de michés.

(Lemercier de Neuville)

Surtout selon l’argent donné par le miché.

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. d’Hautel).

On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette.

(Mérard de Saint-Just, 1764)

Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons :

Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés.

« La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin. On disait aussi micheton « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813. Outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton — « 1/ Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2/ Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeaux, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

Delvau, 1866 : s. m. Client, — dans l’argot des photographes ; homme ou femme qui achète, qui paie, — dans plusieurs autres argots.

Delvau, 1866 : s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre, — dans l’argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).

On appelle miché…
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette,

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n’offre que des gants de filoselle. Miché sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

La Rue, 1894 : Niais. Dupe. Homme qui pave généreusement les faveurs d’une Aile. Miché de carton, homme qui paye mal ou pas du tout les filles.

Virmaître, 1894 : Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche. Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci :

D’où vient qu’on appelle miché
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Riche client d’une fille.

France, 1907 : Niais, dupe, ou simplement client, dans l’argot des souteneurs et des prostituées. Le miché est celui qui paye, du vieux mot michon, bien, richesse. Mais les michés n’apportent pas toujours la richesse, il y en a qui ne payent pas ou qui payent peu : ce sont les michés de carton. Quant à ceux qui payent bien, on les appelle michés sérieux.

Les femmes — dit Léo Taxil — appellent « michés sérieux » les clients qui montent et flanelles ceux qui se contentent de peloter et de payer un petit verre…
On a prétendu, ajoute-t-il, que toutes les prostituées de Paris avaient un argot ou un jargon qui leur était particulier ; ceci n’est pas exact, nous avons vu qu’elles désignent le client sous le nom de miché, le visiteur qui ne monte pas sous celui de flanelle. Pour elles, les inspecteurs sont des « rails », un commissaire de police un « flique », une jolie fille une « gironde » ou une « chouette », une fille laide un « roubion », etc. Ce sont là des expressions qui font partie du langage des souteneurs qui, eux, possèdent un véritable argot ; elles en retiennent quelques mots et les mêlent à leur conversation. Quant aux prostituées qui s’entendent avec les voleurs et qui n’ont recours au libertinage que pour cacher leur réelle industrie, il n’est pas étonnant qu’elles ont adopté le jargon de leurs suppôts ; mais on ne peut pas dire que ce langage soit celui des prostituées.

(La Prostitution à Paris)

Or, quelqu’un les remarque et se met à les suivre,
L’espoir de voir finir la dèche les enivre ;
Leur pas se ralentit, d’instinct, sans faire exprès…
Le monsieur est bien mis et fume des londrès,
Tandis que leurs premiers amants fumaient la pipe ;
Elles tournent la tête, et jetant sur ce type,
Par-dessurs leur épaule, un regard curieux,
Songent : « Oh ! Si c’était un miché sérieux ! »

(André Gill, La Muse à Bibi)

Un vieux miché, un vieux beau.

Tel au printemps un vieux miché
Parade en galante toilette.

(André Gill)

On écrit aussi michet.

Vous êt’s tous des fils de michets
Qu’on envoie téter en nourrice ;
C’est pour ça qu’vous êt’s mal torchés…
Allez donc dir’ qu’on vous finisse !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Le client.

Michetonner

France, 1907 : Chercher un micheton.

Jeanne, t’en souvient-il des dèches d’autrefois ?
Las ! Alors tu portais moins de batiste fine,
Tu n’allais pas encore michetonner au Bois.

Niais de Sologne

France, 1907 : Fripon qui fait le sot pour mieux tromper. On trouve dans les vieux dictons :

Les Solognots sots à demi
Qui se trompent à leur profit.

Et dans les Curiosités françaises d’Oudin :

Un fol de Souloigne qui s’abuse à son profit.

Cette expression niais de Sologne est le début des vers adressés avec une épée de bois au poète Saint-Ange, natif de Blois, le traducteur d’Ovide, l’un des écrivains les plus bâtonnés du XVIIe siècle, et qui voulait se venger d’un soufflet :

Petit roi des métis de Sologne,
Petit encyclopédie entier,
De Bébé petit écuyer (1),
Petit querelleur sans vergogne,
Petit poète sans laurier
Au Parnasse petit rentier,
Petit brave, au bois de Boulogne
Tu veux, en combat singulier,
Exposer ta petite troupe :
Eh bien, nous t’armons chevalier.
(1) Bébé était le sobriquet donné à Laharpe.

On dit maintenant dans le même sens : Faire l’âne pour avoir du son.

Œil américain

France, 1907 : Œil scrutateur qui observe tout, ne laisse rien échapper de ce qui se passe : allusion à la vue perçante prêtée aux tribus indiennes de l’Amérique par Fenimore Cooper dans ses célèbres romans, entre autres Œil-de-Faucon. Cette expression tend à remplacer cette autre de plus vénérable origine : yeux d’Argus. On dit généralement des femmes, plus observatrices des détails que les hommes, qu’elles ont l’œil américain, et aussi qu’elles ouvrent l’œil. Mais ouvrir l’œil, c’est être circonspect, prudent, ne pas agir à la légère. Les Grecs disaient : Le loup à l’œil au bois. Le loup, en effet, s’éloigne rarement du bois : il ne le perd pas de vue, toujours prêt à y trouver un refuge. Nous avons, pour exprimer la surveillance attentive du maître : avoir l’œil au chanin et à la ville.
On lit dans le Trésor des Sentences du XVIe siècle, de Gabriel Meurier :

Un seul œil a plus de crédit
Que deux oreilles n’ont d’audivi.

On dit vulgairement : ouvrir l’œil et le bon.

Le vieux commandant s’apercevait bien que son sacripant de neveu tournait autour de jupes de Mariette et semblait humer les parfums sui generis autant que champêtres qui s’en exhalaient comme on hume ceux d’une rose. Il voyait approcher le moment de la décisive culbute, aussi se promeltait-il d’avoir l’œil américain, c’est-à-dire d’ouvrir l’œil et le bon.

(Les Propos du Commandeur)

Œil au bois (avoir l’)

France, 1907 : Être vigilant, prendre garde à ses affaires. Allusion aux voleurs et aux coupe-jarrets qui hantaient les bois et obligaient par conséquent les vovageurs à ouvrir un œil attentif. Voir Œil américain.

Omnium

Fustier, 1889 : Argot du turf. Course réservée aux chevaux de toute provenance âgés de trois ans et au-dessus. L’omnium se court au bois de Boulogne, à la réunion d’automne.

France, 1907 : Nom donné, dans l’argot des courses, au grand handicap d’automne. Les engagements pour cette épreuve importante se font dès le printemps, et pendant toute la saison d’été on discute les chances des chevaux qui s’y trouvent engagés.
L’inconvénient de ces engagements faits de si bonne heure dans la saison sportive, avant que le classement des chevaux soit établi selon leur réelle valeur, a pour conséquence fâcheuse de réduire extrêmement les chances, car il se trouve toujours des animaux favorisés par les poids que le handicapeur ne peut établir, a aussi longue échéance, avec la même sûreté qu’il pourrait le faire quelques semaines plus tard.
Les chevaux de toute provenances âgés de trois ans et au-dessus peuvent prendre part à l’Omnium.

Ouvrir l’œil et le bon

Rigaud, 1881 : Surveiller avec soin ; faire bien attention à ne pas être trompé. On disait jadis : Avoir l’œil au bois.

France, 1907 : Voir Œil américain.

Persil

d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(É. Zola, Nana)

Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

France, 1907 : Le monde des cocottes, le commerce de la prostitution. Ce mot a dû être importé à Paris par les filles du midi de la France, où persil signifie argent, à moins qu’il ne vienne du latin percilum, œillade.

C’est le grand jour du Cirque, jour du persil et du gratin ; le jour des demoiselles qui se respectent et qui sont seules, du reste, à remplir cette fonction, et des messieurs dont la boutonnière se fleurit d’un gardénia acheté un louis à la bouquetière du cercle.

(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)

Aller au persil, faire son persil, travailler dans de persil, autant d’expressions courantes pour signifier raccrocher les hommes ; aussi dénomme-t-on les raccrocheuses Mesdames du Persil. Une partie très fréquentée du bois de Boulogne est appelée le Persil depuis la transformation et l’embellissement du bois, sous le second empire, à cause du nombre de filles galantes qu’on y rencontre soit à pied, soit en voiture.

Yen a des tas, yen a d’partout :
De la Bourgogne et du Poitou,
De Nanterre et de Montretout,
Et d’la Gascogne ;
De Pantin, de Montmorency,
De là d’où, d’ailleurs et d’ici,
Et tout ça vient fair’ son persil
Au bois d’Boulogne.

(Aristide Bruant)

Petit bleu

Rigaud, 1881 : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.

France, 1907 : Nom que les ouvriers donnent au vin, surtout celui de mastroquet qui lorsque suffisamment falsifié au bois de campêche, a des teintes bleuâtres.

Il paraîtrait — les savants l’affirment — que, enfant, on aime le jaune ; en grandissant c’est le rouge que l’on préfère, puis, au moment où le cœur parle, on rêve du bleu ; enfin, une fois adulte et marié, le jaune ne compte plus de partisan.
Adulte, adultère, cela n’a pas besoin d’explication.
Le bleu continue d’avoir des partisans, et combien y en a-t-il qui chantent le Petit Bleu !

(Gil Blas)

Brisson, ton erreur n’est pas mince :
Tu te mets les dix doigts dans l’œil
Quand tu déclares que j’en pince
Pour le petit bleu d’Argenteuil,
M’as-tu pas déjà que j’use
Sans broncher de douteux mégots ;
Tu veux aussi que je m’abuse
Sur des petits bleus visigoths ?…
C’en est trop, sans me crier gare,
Sache ceci : de même que
J’en tiens pour le parfait cigare,
Il me faut du vrai vin, morbleu !

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Télégramme expédié par tube pneumatique.

Poseur, poseuse

Rigaud, 1881 : Homme, femme, qui affecte des allures ou un langage étudié. — Celui, celle qui cherche à produire de l’effet au moyen d’une attitude étudiée. Au théâtre, le poseur fait des effets de torse ; il projette sa poitrine sur le devant d’une loge, lorgne avec affectation ; au bal, il s’accoude sur le marbre de la cheminée ; au Bois de Boulogne, il fait piaffer sa monture devant les équipages de luxe ; dans la conversation, il récite avec emphase une tirade politique lue, le matin, dans un journal, ou il traite une question d’art étudiée, la veille, dans un livre. — La poseuse fait des effets de toilette.

Punaise

d’Hautel, 1808 : Plat comme une punaise. Se dit de celui qui a le ventre creux ; et d’un lâche, d’un poltron, d’un homme bas, flatteur et rampant.

Vidocq, 1837 : s. f. — Femme de mauvais ton, fille publique du dernier rang.

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie. — J’aurais cru ce mot moderne dans cette acception : je l’ai retrouvé dans une épigramme de Sygognes :

Lise, cette insigne punaise,
Me fait montre de ses ducats,
Et c’est afin que je là baise :
Mais qu’elle ne l’espère pas.

Une cocotte arrête une voiture, monte dedans, et dit au cocher d’une voix de duchesse : « Cocher, au bois ! » — « Au bois de lit, punaise ! » crie un voyou !

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante de méchanceté, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il se sert là de l’expression même employée par le prince des poètes latins : Cimex, dit Horace.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs, — dans l’argot des gens de lettres. Encore une punaise dans le beurre ! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d’un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables, — comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari !). La soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné ; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

Delvau, 1866 : s. f. Fleur de lit, — dans l’argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.

Rigaud, 1881 : Sale femme ; sale fille publique.

La Rue, 1894 : Femme acariâtre. Basse prostituée. Lentille.

Virmaître, 1894 : Cette expression date de 1862 ; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.
— Au Bois, lui dit-elle.
— Au bois de lit, punaise, fait le gamin.
Le mot est resté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Méchante femme.

Hayard, 1907 : Femme publique.

France, 1907 : Femme hargneuse, sale et méchante ; argot populaire.

France, 1907 : Fille ou femme de mauvaise vie. « Punaise dans le beurre. » Se dit d’une fille qui de l’asphalte monte sur les planches.

Cette expression, dit Alfred Delvau, sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre ; la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné : mais de public, habituée aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

France, 1907 : Nom que les républicains et bonapartistes donnaient à fleur de lis emblème royaliste et que le roi Louis XVIII avait rapportée de Gand avec la charte et mise partout jusque sur les boutons des collégiens.

Raccrocher

d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.

Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.

J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.

(Rétif de la Bretonne)

Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.

La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.

France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.

La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.

(Louis Davyl)

Refiler

Clémens, 1840 : Remettre, rendre, donner.

un détenu, 1846 : Faire passer de main en main.

Halbert, 1849 : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.

Larchey, 1865 : Donner un vol nourri, suivre.

Delvau, 1866 : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Passer, mettre en circulation.

Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.

La Rue, 1894 : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.

Virmaître, 1894 : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler
quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »

Hayard, 1907 : Donner.

France, 1907 : Donner. Un argotier s’est amusé à mettre en argot la chanson Au clair de la lune.

Au chair de la luisante,
Mon frangin Pierrot,
Refile-moi ta griffonnante,
Pour broder un mot.
Ma camoufle est chtourbe,
Je n’ai plus de rif ;
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec !

France, 1907 : Rendre.

Il allait se coucher jusqu’à midi, puis il irait déjeuner au cercle ; après an tour au Bois, retour au cercle pour y doubler ou y refiler le sac de la nuit dernière.

(Gil Blas)

France, 1907 : Suivre, surveiller.

Ma sœur est avec Éloi
Dont la sœur est avec moi :
L’soir, su’ l’boul’vard, ej’ la r’file
À Bell’ville :
Comm’ ça j’gagn’ pas mal de braise ;
Mon beau-frère en gagne autant,
Pisqu’i’ r’fil’ ma sœur Thérèse
À Ménilmontant.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Quand on a des « lois scélérates »
Comme y en a dans not’ doux pays,
Quand on est toujours sous la patte
D’un tas d’argousins, de bandits,
Qui vous espionn’nt et qui vous r’file,
Toujours prêts à vous arrêter,
L’gouvernement, sans s’faire ed’bile,
Fait mettre sur les murs : Liberté !

(Le Père Peinard)

Repoussoir

Rigaud, 1881 : Femme très laide dont une coquette moins laide fait sa société habituelle pour mieux faire valoir, par la comparaison, ce qui lui reste de fraîcheur et de beauté. Le rôle du repoussoir est d’accompagner sa partner au Bois, au théâtre, au bal.

La Rue, 1894 : Femme d’une beauté médiocre qu’une autre femme prend pour compagne afin de mieux faire ressortir sa propre beauté.

France, 1907 : Femme laide qui fait ressortir, met en relief la beauté d’une autre femme.

Dans le monde où l’on s’amuse, et j’en excepte tout de suite les phénomènes de Lesbos, il est assez rare de voir deux jeunes femmes d’égale beauté s’aimer, vivre et sortir ensemble. Et si aux Folies-Bergère, aux Montagnes Russes, à l’Eden, à l’Hippodrome, au Moulin-Rouge, au Jardin de Paris, elles vont deux par deux, il y a toujours une dame jolie et une laide : la première, c’est la travailleuse ; l’autre, c’est le repoussoir.

(Dubut de Laforest)

Saint Antoine (compagnon de)

France, 1907 : Cochon.

Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.

(Semiane)

Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.

Savoir se tenir

France, 1907 : Savoir se conduire non seulement en société, mais dans tous les détails de la vie… suivant les snobs.

Savoir se tenir est un grand art à notre époque ; à ceux qui le possèdent, on passe beaucoup d’imperfections, de défauts et même de vices.
Un homme du monde qui sait se tenir a des vêtements élégants, des chemises artistement repassées, des bottines toujours irréprochables.
Pour un empire, il ne sortirait pas à pied en chapeau rond, dans les rues de Paris, même au mois d’août. Il ne se permettrait pas de monter dans une voiture de place ; il n’oserait porter à la main le plus léger paquet. Il aura dix maîtresses, il se ruinera pour elles et compromettra par la même occasion l’avenir de sa femme et de ses enfants, mais il évitera de se montrer en première loge à l’Opéra, au Bois en voiture découverte, avec la moins compromettante de ses dix maîtresses.
Il lui arrivera de ne jamais payer ses fournisseurs, mais il sera d’une régularité exemplaire quand il s’agira d’une différence de bourse, d’un pari fait aux courses ou d’une dette de jeu.

(Adolphe Belot, Le Drame de la rue de la Paix)

Sept à neuf

Rigaud, 1881 : Vêtement du matin pour monter à cheval. Mot à mot : vêtement que l’on met de sept à neuf heures pendant la promenade à cheval au Bois de Boulogne, — dans le jargon dessportsmen.

Quel joli sept-à-neuf cela ferait !

(Figaro, du 27 mai 1879)

Tortillante

Rigaud, 1881 : Vigne, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Vigne.

Virmaître, 1894 : Le cep de vigne qui pousse en espalier devant les maisons dans les campagnes. Allusion au bois qui se tortille de mille façons. Claude Tillier a écrit dans un de ses pamphlets :
— Nos pères étaient faits de ce bois noueux et tortillé dont on fait les forts (Argot du peuple).

France, 1907 : Vigne ; argot des voleurs, qui disent aussi bois tortu.

Tortu

d’Hautel, 1808 : Il n’est ni tortu, ni bossu. Se dit en plaisantant, pour exprimer que la taille d’une personne n’a aucune de ses imperfections.

Rigaud, 1881 : Vin, — dans l’ancien argot. Allusion au bois tordu de la vigne.

Virmaître, 1894 : Le vin.
— Allons, mastroquet, sers-nous deux cholettes de tortu.
Cholette :
chopine, tortu : le vin, en souvenir du bois tortu qui produit le raisin (Argot du peuple).

France, 1907 : Vin ; argot des voleurs. Voir Tortillante.

Toupiner

Halbert, 1849 / France, 1907 : Mesurer au boisseau.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique