Vidocq, 1837 : v. a. — Encourager.
Delvau, 1866 : v. a. Encourager quelqu’un, lui donner de l’atout. Même argot [des prisons].
France, 1907 : Encourager. Donner de l’atout à quelqu’un ; argot des voleurs.
Atouser
Vidocq, 1837 : v. a. — Encourager.
Delvau, 1866 : v. a. Encourager quelqu’un, lui donner de l’atout. Même argot [des prisons].
France, 1907 : Encourager. Donner de l’atout à quelqu’un ; argot des voleurs.
Atout
d’Hautel, 1808 : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.
Vidocq, 1837 : s. m. — Estomac.
un détenu, 1846 : Estomac.
Larchey, 1865 : Coup grave.
Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.
(Balzac)
Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).
Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.
(E. Sue)
Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.
Delvau, 1866 : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.
Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.
Delvau, 1866 : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.
Delvau, 1866 : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.
Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.
Rigaud, 1881 : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.
La Rue, 1894 : Courage. Coup. Estomac.
Virmaître, 1894 : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Courage, audace, coup.
France, 1907 : Argent ; argot des faubouriens.
France, 1907 : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.
Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.
(Eugène Sue)
Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.
Atout !
France, 1907 : L’exclamation populaire, après un coup reçu.
Atout (avoir de l’)
Vidocq, 1837 : s. m. — Être courageux, hardi.
Atout (de l’)
Halbert, 1849 : Du courage.
Atouts (le plus d’)
Fustier, 1889 : Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
Baiser (se faire)
Rigaud, 1881 : Se laisser tromper grossièrement, se laisser voler. — Être baisé, être trompé, avoir le dessous dans une affaire d’amour, dans une affaire quelconque, dans une partie de jeu. « — Capitaine ! — Commandant ? — Vous allez faire la partie de la colonelle ; attention ! pas de blagues, pas de mots risqués. — Ayez pas peur… je veux que le tonnerre de N. D. D. m’emporte si… » On joue : Le capitaine (annonçant :) — « Le roi, (entre ses dents :) un foutu gueux. » — La colonelle : « La dame de pique. » — Le capitaine : « Je lui fends le c… (d’une voix de stentor :) atout, ratatout, le poil de mes… moustaches et je prends tout… vous êtes baisée, ma petite mère. »
Bien de la maison (es-tu)
Virmaître, 1894 : Expression employée au jeu de manille. Dans la partie à quatre, les joueurs sont deux à deux ; ils se questionnent à voix haute pour savoir comment diriger leur jeu :
— Es-tu bien de la maison ? As-tu beaucoup d’atout ? (Argot du peuple). N.
Costière ou côtière
France, 1907 : Poche secrète dont se servent les grecs, ouverte sur le côté du gilet.
Aussi se promit-il de faire agir avec plus d’adresse, plus d’acharnement, les rois, les atouts et les as qu’il tenait en réserve dans sa côtière.
(Mémoires de M. Claude)
Emportage à la côtelette
Vidocq, 1837 : Beaucoup de commerçans recommandables ont l’habitude d’aller le soir à l’estaminet se délasser des travaux de la journée, et quoiqu’ils sachent très-bien que ce n’est pas la meilleure société qui fréquente ces établissemens, ils se lient facilement avec tous ceux qu’ils y rencontrent. Un quidam leur a demandé ou offert une pipe de tabac, c’en est assez pour que la connaissance se trouve faite ; si le quidam est un fripon, ce qui arrive très-souvent, il ne manque pas d’exploiter sa nouvelle connaissance. Admettons un instant que la dupe en herbe soit bottier, chapelier ou tailleur, le quidam, dont la mise et les manières sont toujours celles d’un honnête homme, lui commandera quelque chose qu’il paiera comptant et sans marchander ; lorsqu’il ira prendre livraison de sa commande, il paraîtra très-content des objets qui lui auront été fournis, et pour témoigner sa satisfaction au marchand, il voudra absolument lui payer à déjeuner ; le marchand fera bien quelques façons ; mais, pour ne point mécontenter la nouvelle pratique, il finira par accepter la côtelette qui lui est offerte avec tant affabilité.
Le marchand qui a accepté une semblable invitation est aux trois quarts perdu ; le quidam le conduit chez un marchand de vins traiteur, où sont déjà réunis ceux qui doivent lui servir de compères ; lorsque le quidam et le marchand arrivent, ils paraissent très-occupés d’une partie d’écarté, et n’accordent pas aux nouveaux arrivans la plus légère attention ; ces derniers se placent, et le quidam, qui a ses raisons pour cela, verse à son compagnon de fréquentes rasades. Les individus qui occupent la table voisine jouent toujours ; en ce moment, celui d’entre eux qui doit figurer, c’est-à-dire jouer le rôle principal, descend un instant, et, pendant ce temps, les deux individus qui sont restés à la table où il était placé conversent entre eux.
« Il est riche, le gaillard ; dit l’un, en parlant de celui qui vient de s’absenter.
— Je le crois bien, répond l’autre ; mais au train dont il va, il sera bientôt ruiné.
— Peut-être, mais il a plus de bonheur que de science ; il m’a dernièrement gagné 200 fr., mais il faut que je me rattrape aujourd’hui.
— Prends bien garde de n’en pas perdre encore autant, car c’est un gaillard heureux. »
La conversation en est là lorsque celui dont on parle revient prendre sa place. « Eh bien ! dit-il, continuons-nous notre partie ? — Certes, répond son adversaire ; et si vous voulez me donner ma revanche, je vous joue les 200 fr. que vous m’avez gagnés l’autre jour.
— Non, non ; je ne veux plus jouer d’argent ; mais je vous joue du champagne pour toute la société ; ça va-t-il.
— Ça va, répond l’adversaire, qui paraît piqué au jeu ; du champagne pour tout le monde. »
Pendant tous ces pourparlers, on a mêlé les cartes. « Vous paierez le champagne, dit celui qui doit perdre, en montrant au marchand son jeu, qui est composé du roi, de la dame, du neuf d’atout et de deux rois.
— Peut-être, répond l’adversaire, qui en achevant de donner les cartes, en a tourné deux à la fois. — Je parie que si, dit l’un. — Je parie que non, répond l’autre. »
La discussion s’échauffe, le marchand s’intéresse au jeu ; et, comme il est facile de le supposer, celui auquel il s’est intéressé perd, malgré la beauté de son jeu. Il ne faut donc pas jouer avec les personnes que l’on ne connaît pas, ni même avec celles que l’on connaît, ou que l’on croit connaître, à moins que ce ne soient de très-petites sommes, car des gens très-bien placés dans le monde emploient sans scrupules toutes les ruses possibles pour corriger la fortune, et la forcer à se tenir de leur côté.
On ne saurait trop se méfier de ces hommes toujours prêts à payer un succulent déjeuner à des individus qu’ils connaissent à peine ; une invitation de leur part est presque toujours un piège caché dans un pâté de Lesage ou dans une tête de veau du Puits certain.
Delvau, 1866 : s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les détails. (V. Les Voleurs, page 108.)
Endosses
Delvau, 1866 : s. f. Épaules, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Jupons. Épaules.
France, 1907 : Épaules ; argot des voleurs.
France, 1907 : Jupons.
— Tu es un vrai homme ! Le Pâtissier était girond et gentil avec les femmes, mais toi tu as de l’atout… une gonzesse peut être fière de toi… personne ne touchera à mes endosses et tu seras toujours mon homme ! Allons ! un bécot et qu’on fasse risette à sa petite femme !…
(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Fendre l’arche
Delvau, 1866 : v. a. Importuner, ennuyer, — dans le même argot [des faubouriens]. Tu me fends l’arche ! est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.
Virmaître, 1894 : Quand un homme pressé marche vite, les voyous lui crient :
— Prends garde, tu vas te fendre l’arche.
Couper une carte de son adversaire, c’est lui fendre l’arche (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Couper une carte avec l’atout.
France, 1907 : Importuner. Tu me fends l’arche, tu m’embêtes.
Galuchet
Larchey, 1865 : Valet de cartes. — Allusion aux galons de sa livrée.
Cinq atouts par le monarque son épouse et le galuchet.
(Montépin)
Qu’est-ce que c’est que ça, galuchet ? — C’est le valet.
(Méry)
Delvau, 1866 : s. m. Valet, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Valet d’un jeu de cartes.
Je dormais jusqu’à cinq heures du soir et je voyais flotter sur mon traversin la grande ombre de Galuchet.
(Ed. About, Trente et Quarante)
La Rue, 1894 : Valet.
France, 1907 : Valet ; allusion au galon de la livrée.
Guidatou
France, 1907 : Petit valet qui guide les bœufs attelés à la charrue, dans le Midi. Ce mot doit s’écrire ainsi et non guidatout, le féminin étant guidatoure.
Jouer le point de vue
Fustier, 1889 : Argot de cercle ou mieux de tripot.
De la même famille est la « ficelle » qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution ; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l’on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l’on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu’on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s’appelle jouer le point de vue.
(Carle des Perrières, Le Monde qui triche)
France, 1907 : C’est, dans l’argot des grecs, se placer de façon à apercevoir le dessous des cartes du banquier qui, de connivence, les donne de très haut. L’on ajoute alors à son enjeu, si l’on découvre le principal atout, tout ce qu’on peut ajouter.
Lire la cote avant de partir
France, 1907 : Expression de l’argot des courses dont voici l’explication :
Le propriétaire bookmaker est un propriétaire d’occasion, qui ne considère le cheval que comme un atout de plus dans son jeu déjà biseauté… Suivant l’expression consacrée, son cheval lit la cote avant de partir, et court en conséquence, autrement dit ne gagne que lorsque son maître juge la cote assez rémunératrice pour faire un coup.
(F. Laffon, Le Monde des courses)
Morutier
France, 1907 : Pêcheur de morues.
— Il y a longtemps que je navigue, vous le savez, et j’ai rarement vu la mer aussi en colère. Si nous avons pu tenir avec notre gréement tout neuf, pensez à ceux qui ont été surpris sans avoir pareil atout dans leur jeu. Surtout près de la côte, avec les courants terribles qui vous drossent sur les roches en un rien de temps ! Et puis, c’est l’époque du retour des morutiers. Hier, au moment où le chambard a commencé, il y en avait plusieurs autour de nous et je n’aurais pas voulu être à leur place. Il faut avoir bourlingué sur ces goélettes, comme je l’ai fait pendant six campagnes, pour savoir ce qu’elle valent. Ah ! malheur, quelle vie de chien on mène là-dessus !
(Ivan Bouvier)
Noix de coco
France, 1907 : Tête : allusion à la forme. On dit plus généralement coco.
Je me saisis d’une table que je dresse à l’aide du camarade, un sionneur qui avait déjà quelques refroidis sur la conscience, et nous nous embusquons derrière par respect des prunes, lorsqu’il me dit : « Le voilà ! cette fois-ci, je le tiens, je ne vais pas le rater. — Qui ça ? — Le damné Sheffield, là, là ! gare l’atout ! Et il vous ajuste à six pouces de la noix de coco, tandis que vous étiez occupé à envoyer quelques convives au Père Éternel. »
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Panier au pain
Delvau, 1866 : s. m. L’estomac. Les ouvriers anglais ont la même expression : bread basket, disent-ils.
Rigaud, 1881 : Ventre.
Au premier atout dans le panier au pain, faut pas caner.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres)
Paumer
Vidocq, 1837 : v. a. — Perdre.
un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.
Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.
Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.
(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)
Larchey, 1865 : Perdre.
Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.
Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.
Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.
Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.
Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.
La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.
Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.
Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »
Hayard, 1907 : Perdre.
France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.
France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.
France, 1907 : Manger avec avidité.
France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.
Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.
(Le Père Peinard)
Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.
— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.
(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)
Paumer l’atout
Vidocq, 1837 : v. — Perdre courage.
Pied (avoir son)
Rossignol, 1901 : Part, compte.
J’ai quatre atouts dans mon jeu, j’ai mon pied.
Pleige
France, 1907 : Garant, répondant, caution. Vieux français passé dans la langue anglaise sons la forme pledge.
Terre met sa robbe de neige
Atout ses joyaux de christal,
Quand Froidure on souffle fatal
Navre Flore et son doux cortège,
Très gente, Yver en est le pleige,
Qui l’ayme d’ung amour brutal.
(G. de Colvé des Jardins, Les Oberliques)
En patois béarnais, on écrit plege.
Q
France, 1907 : Le derrière, maître Luc. On trouve, dans le discours d’un avocat facétieux, plaidant en police correctionnelle, les différentes significations argotiques de ce que représente la dix-septième lettre de l’alphabet :
Nous venons vous demander justice de l’outrage le plus sanglant. Nous avons été frappé… où ? Si nous étions poète, nous vous apprendrions que nous avons été foudroyé sur la double cime : si nous avions été géographe, nous nous plaindrions d’avoir été blessé à la mappemonde : si nous étions philosophe, nous vous démontrerions que nous avons été assailli à posteriori ; si nous étions joueur, nous affirmerions qu’on nous a donné un atout sur l’as de pique ; si nous étions bibliophile, nous vous ferions voir que nous avons été endommagé au verso ; si nous étions numismate, nous prouverions qu’on nous a maltraité sur le revers de la médaille ; si nous étions général, nous établirions que nous avons été attaqué sur l’arrière-garde ; si nous étions architecte, nous vous expliquerions que nous avons été dégradé à l’opposé de la façade ; si nous étions carrossier, nous constaterions que nous avons subi un choc à l’arrière-train ; si nous étions charcutier, nous ferions l’aveu que nous avons reçu un horion dans le gras-double ; enfin, si nous étions armurier, nous attesterions que nous avons été atteint dans la région de la culasse. Mais nous ne sommes qu’un bon bourgeois sans prétention et sans rhétorique ; nous vous dirons donc tout bonnement que nous avons attrapé un coup de pied dans la dix-septième lettre de l’alphabet.
Quibus
d’Hautel, 1808 : Du quibus. Pour dire des espèces, de l’argent monnoyé.
Larchey, 1865 : « Il a du quibus, c’est à dire des écus, de quibus fiunt omnia. »
(Le Duchat, 1738)
Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Argent.
Vlà qu’un jour que le quibus répondait à l’appel, je dis à Manon la noceuse…
(Charrin, Une nuit bachique, chans.)
La Rue, 1894 : Argent.
France, 1907 : Argent. D’après Ch. Nisard, quibus serait une corruption du bas latin cuignus, type auquel on frappait la monnaie.
Qui a de quoy tousjours est honoré
De toute gent en chascune saison ;
Car devant tous il sera préféré ;
Sans de quibus, il va à reculon.
(Le Débat de l’homme et de l’argent)
Voici les différentes expressions argotiques pour désigner le « vil métal » : des achetoires, de l’affure, de l’artiche, de l’as, de l’atout, de l’auber, — du bath, du beurre, des billes, de la bougie, de da braise, — du carle, du carme, du cé, de ce qui se pousse, du cercle, — de la dole, de la douille, — des faces, du foin, — de la galette, du gallos, de la galtouze, du gras, du graissage, de la graisse, — de l’huile, de l’huile de main, — des jaunets — du métal, de la miche de profondes, du michon, des monacos, des monnerons, de la mornifle, des mouscaillons, — du nerf, des noyaux, — de l’oignon, de l’oignon pèse, de l’onguent, de l’os, de l’oseille, — des patards, de la pécune, des pépettes, des pépins, du pèze, des pedzoles, des picaillons, des piestos, du plâtre, des plombes, des pimpoins, du pognon, du pouiffe, du poussier, — du quantum, du de quoi, — du radin, des radis, des rouscaillons, — du sable, de la sauvette, du sine qua non, du sit nomen, des soldats, des sonnettes, des sous, — de la vaisselle de poche, — du zing, des zozottes.
Ratatout
Rigaud, 1881 : Atout redoublé. Jouer cœur atout, et ratatout.
France, 1907 : Nouvel atout ; terme de joueur. « Atout et ratatou. »
Retourne
Delvau, 1866 : s. f. Atout, — dans l’argot des joueurs. Chevalier de la Retourne. Joueur passionné — jusqu’à en être grec.
Retourne (de quoi il)
Larchey, 1865 : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l’atout indique en effet l’apparition d’une couleur inattendue.
Voici de quoi il retourne pour le quart d’heure.
(E. Texier)
Satout
M.D., 1844 : Baton.
Tirelire
Delvau, 1866 : s. f. La tête, — où se mettent les économies de l’Étude et de l’Expérience. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Le podex, — dans l’argot ironique des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Derrière.
S’il a envie de se faire coller un atout dans la tirelire.
(Tam-Tam du 6 juin 1880)
Rigaud, 1881 : Gagne-pain des filles de joie.
Virmaître, 1894 : La tête. Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une tirelire. Tirelire veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Toutes les filles publiques mettent l’argent que les michés leur donnent pour leurs gants, dans leurs bas. Leurs bas sont des tirelires (Argot des souteneurs). N.
Rossignol, 1901 : Visage.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Estomac. S’emplir la tirelire, boire ou manger.
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud.
Vous avez beau dire.
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud,
J’m’emplis la tir’lire.
Du cidre il faut,
Tire, tire,
Du cidre il faut,
Larigot.
(Jean Richepin, La Chanson des gueux)
France, 1907 : Le derrière ou le devant, ce que Rigaud appelle le gagne-pain des files de joie. Coller un atout dans la tirelire, donner un coup de pied au derrière. Mettre dans la tirelire, coïter. Expressions populaires.
France, 1907 : Prison.
On l’a fourré dans la tirelire
Avec les pègres d’Pelago.
(Jean Richepin)
France, 1907 : Tête. Vieille tirelire, vieux détraqué.
anon., 1907 : Cervelle.
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