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Abreuvoir

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, — d’où l’on sort plus altéré qu’on n’y est entré. D’où l’expression proverbiale : Un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, pour dire : Un ivrogne n’a pas besoin d’y être invité pour aller au cabaret.

Virmaître, 1894 : La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte. Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogne : As-tu assez abreuvé ton cochon ? (Argot du peuple).

France, 1907 : Cabaret. On dit aussi et avec plus juste raison Assommoir. C’était primitivement le nom d’un cabaret de Belleville.

Assommoir

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.

Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.

(Le Sublime)

J’entrerai en face, au petit assommoir.

(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)

Merlin, 1888 : Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.

Virmaître, 1894 : Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).

France, 1907 : Cabaret. — Voir Abreuvoir.

Assommoir (poivre d’)

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie débitée par un marchand de vin de dernier ordre.

L’eau-de-vie servie dans les assommoirs est du… oui vitriol. Il est incroyable que l’estomac puisse supporter ce liquide.

(Le Sublime)

Assommoir, abreuvoir

La Rue, 1894 : Débit de liqueurs.

Attaque (être d’)

Delvau, 1866 : v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple. Y aller d’attaque. Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.

La Rue, 1894 : Être courageux, vif ou habile au travail.

France, 1907 : Être résolu, énergique. D’attaque signifie violent, dur.

V’lan ! v’là l’vent qui m’fiche eun’ claque,
Fait vraiment un froid d’attaque.

(Richepin)

Coupeau marchait de l’air esbrouffeur d’un citoyen qui est d’attaque.

(Zola, L’Assommoir)

Beuglant

Larchey, 1865 : Café chantant.

Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux.

(Les Étudiants, 1860)

Rigaud, 1881 : Café-concert. Le premier café-concert auquel on a infligé ce surnom fut le café des Folies-Dauphine, fréquenté par les étudiants.

Nous voici au café beuglant, ainsi nommé dans le quartier parce que, dans le principe, les artistes beuglaient leurs chansons.

(Marc Constantin, Hist. des cafés-concerts)

La Rue, 1894 : Café-concert de dernier ordre. Beuglante, chanteuse de café-concert.

Virmaître, 1894 : Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes. Les deux plus célèbres furent le Beuglant de la rue Contrescarpe et le Divan japonais de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Concert où il y a de mauvais artistes et où les spectateurs chantent avec eux.

Hayard, 1907 : Café-concert.

France, 1907 : Café chantant du dernier ordre.

Une place lui fut offerte dans l’orchestre d’un café chantant du Gros-Caillou, un de ces Alcazars de dernier ordre que l’ouvrier parisien qualifie de beuglants ou de bouibouis.

(Albert Cim, La Petite Fée)

Jadis l’homme seul travaillait. N’ayant ni le café, ni l’assommoir, ni les « beuglants », ni l’hôtel garni, ni le restaurant à faux bon marché, il était forcé de se constituer un intérieur, et se mariait. La femme le soignait, l’habillait, le nourrissait, élevait les enfants. Ceci n’existe presque plus. L’ouvrier agricole a toujours besoin d’une ménagère. Mais l’ouvrier des villes s’en passe, vit au jour le jour, et l’isolement où, de son côté, la femme est tenue, lui livre des filles en assez grand nombre pour tromper au moins son besoin d’aimer.

(Colombine, Gil Blas)

Bullier, les beuglants, les soupers de la rôtisseuse ne les tentaient pas. Ils aimaient bien mieux rester chez Malmus, parler patois, boulotter entre le café, l’école et la table d’hôte.

(A. Daudet, Numa Roumestan)

Certes, il y a loin de nos beuglants à ces Music-halls anglais où, au hasard de l’actualité, on sert tout chaud au public le couplet du jour.

(Séverine)

anon., 1907 : Café-concert.

Bibine

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu)

Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.

France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Camphre

Larchey, 1865 : Eau-de-vie. — Allusion a l’alcool camphré. — V. Casse-poitrine.

Aux buveurs émérites et à ceux qui ont depuis bien des années laissé leur raison au fond d’un poisson de camphre.

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier et funeste à l’estomac, comme on en boit dans les cabarets populaciers ou assommoirs.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie extracommune.

France, 1907 : Eau-de-vie.

Claque-dents

La Rue, 1894 : Cabaret du plus bas degré. Prostibulum. Tripot.

France, 1907 : Maison de jeu de bas étage, cercle ou tripot clandestin.

— Voulez-vous donner un coup d’œil au Lincoln, le plus beau claque-dents de Paris, comme qui dirait Le Chabannais des tripots… Les grands tripots sont à couvert… beaucoup de gens importants sont les obligés du patron… et l’on assure même que plus d’un légume de la préfecture a son couvert mis, sans parler d’un crédit ouvert à la caisse, dont on ne parle jamais, dans chaque tripot sérieux…
— Mais alors que faites-vous dont, vous autres agents de la brigade des jeux ? À quoi se borne votre fonction ?
— Nous donnons la chasse aux pauvres diables… nous surveillons et nous déférons aux tribunaux les petits cafés, les crèmeries, les liquoristes où par hasard une partie s’est organisée… Oh ! pour ceux-là, nous sommes impitoyables. Dame ! ils ne se sont pas mis en règle avec la préfecture et n’ont pas les moyens de se payer le luxe d’un sénateur on d’un homme de lettres célèbre comme président…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Et, par là-dessus, des difficultés à son cercle, un convenable claque-dents, fréquenté par des rastaquouères et des grecs, mais bien tenu, et dont, la veille, le commissaire des jeux lui avait fait interdire l’entrée jusqu’à nouvel ordre, sous prétexte qu’il ne jouait pas assez gros. Plus de tripot et pas de position sociale : que devenir ?

(Paul Alexis)

On entend dire tout d’un coup que le chef du cabinet du préfet de police était le protecteur attitré d’un claque-dents de la dernière catégorie. Il était en rapport avez des croupiers de bas étage ; on l’avait vu s’attabler avec eux et traiter, sans la moindre gène, ses petites affaires.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

France, 1907 : Maison de prostitution.

Ce qui fit enfin le triomphe de Zola dans la foule, ce ne fut pas assurément la précision d’une analyse impitoyable, non plus que la force d’un style merveilleusement net et brillant. Ce fut la langue verte de certains de ses héros qu’il avait surpris dans l’ignominie des assommoirs et des claque-dents, et qu’il coula tout vifs dans le moule de sa terrible observation.

(Abel Peyrouton, Mot d’Ordre)

Zola va dans les claque-dents, au fond des ateliers, dans les ruelles des faubourgs, il descend dans la nuit des mines, et, des ténèbres de ce monde de misères, de vices, de déchéances, de vertus aussi, il tire les acteurs puissants de son drame.

(Henry Fouquier)

Louise Michel a écrit un volume intitulé Le Claque-dents : « Il y a, dit-elle, le vieux monde, le claque-dents de l’agonie ; Shylock et satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives : ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c’est le délire de la faim. »

Cocarder (se)

Rigaud, 1881 : Se griser.

France, 1907 : Se griser.

Tout se passait très gentiment, on était gai, il ne fallait pas maintenant se cocarder cochonnement, si l’on voulait respecter les dames.

(É. Zola, L’Assommoir)

Consolation (s’en offrir une)

Virmaître, 1894 : Aller boire un coup et même plusieurs chez le marchand de vin pour faire passer un chagrin réel ou imaginaire. Un assommoir de Belleville avait pris cette enseigne ; les buveurs se consolaient en s’empoisonnant (Argot du peuple).

Enfant (décrocher un, faire couler un)

Rigaud, 1881 : Déterminer un avortement, — dans le jargon du peuple.

Oui, oui, t’as décroché un enfant à la fruitière.

(É. Zola, l’Assommoir)

Faire son beurre

Virmaître, 1894 : à la même signification. V. Faire ses orges.

Rossignol, 1901 : Gagner de l’argent. Un domestique fait aussi son beurre lorsqu’il fait danser l’anse du panier.

France, 1907 : Réaliser des bénéfices, faire des profits.

— Et si ton monsieur est bien nippé, demande-lui un vieux paletot, j’en ferai mon beurre.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Faire suer

Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer. — dans l’argot des escarpes, qui d’un coup de surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang. — Faire suer un chêne. Tuer un homme.

Virmaître, 1894 : Faire suer une affaire, lui faire rendre l’impossible. Faire suer, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole. Dire à quelqu’un : Vous me faites suer, signifie : Vous m’embêtez (Argot du peuple).

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

— Ainsi, leur politique extérieure, vrai ! ça fait suer depuis quelque temps.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Faire revenir légèrement de la viande dans une casserole.

France, 1907 : Tirer le plus d’argent possible d’un procès on d’une affaire.

Il introduit le plus d’incidents qu’il peut dans la même cause ; il entasse instances sur instances, il tente procès sur procès. Il ne fait pas seulement les actes nécessaires au procès, il commet tous ceux que la loi autorise directement ou indirectement. Bref, son talent consiste à faire suer (c’est le mot) à une cause tout ce qu’il est légalement possible d’en extraire en la pressurant.

(Altaroche, L’Avoué)

Frigousse

d’Hautel, 1808 : Mot baroque, qui équivaut à fricot, fripe, bonne chère.
Faire la frigousse.
Aprêter le repas habituel.
Faire frigousse. Signifie aussi ripailler, se mettre en débauche.

Delvau, 1866 : s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée, — dans l’argot des faubouriens. Signifie spécialement : Ragoût de pommes de terre.

Rigaud, 1881 : Fricot ; cuisine ; repas. — Frigousser, faire la cuisine ; manger.

France, 1907 : Cuisine.

C’était trop réussi ; ça prouvait où conduisait l’amour de la frigousse.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Galfâtre

La Rue, 1894 : Goulu.

France, 1907 : Goinfre, goulu ; corruption du provençal galioufard, même sens.

Certes, il n’aimait pas les corbeaux ; ça lui crevait le cœur de porter ses six francs à ces galfâtres-là qui n’en avaient pas besoin pour se tenir le gosier frais.

(Émile Zola, L’Assommoir)

En un coin de la salle, à une table séparée, s’emplissait d’un rata fortement alliacé au galfâtre à grosses joues.

(Les Propos du Commandeur)

Guimbarde

Larchey, 1865 : Vieille voiture, grosse voiture a quatre roues.

Monsieur, pourquoi votre guimbarde n’est-elle pas prête ?

(Cormon)

Delvau, 1866 : s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d’il y a cinquante ans, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n’importe quelle voiture. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l’emploie à propos d’une « grande voiture à quatre roues chargée de marchandises ». Se dit aussi en parlant d’une vieille guitare.

Rigaud, 1881 : Horloge, — dans le jargon des voyous.

Au moment juste où douze plombes se sont décrochées à la guimbarde de la tôle.

(Le Père Duchêne, 1879)

Rigaud, 1881 : Porte, — dans le jargon des ouvriers. — Bousculer la guimbarde, faire claquer la porte.

Rigaud, 1881 : Voix, parole, — dans le jargon des halles. — Couper la guimbarde, imposer silence.

Mon gesse et surtout mon n’harangue
Coupent la guimbarde aux plus forts.

(L. Festeau, Le Tapageur)

La Rue, 1894 : Mauvaise ou vieille voiture.

La Rue, 1894 : Porte. Guitare.

Rossignol, 1901 : Fiacre.

France, 1907 : Femme bonne à rien, qui ne sait pas se remuer, se tirer d’affaire.

Oui, une femme devrait savoir se retourner, mais la sienne avait toujours été une guimbarde, un tas. Ce serait sa faute, s’ils crevaient sur ls paille.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Porte.

France, 1907 : Voiture, fiacre.

L’autr’ soir un’ guimbard’ de l’Urbaine
Accroch’ mon pal’tot et m’entraîne
Sur l’pavé,
Je crie au cocher qui m’renverse :
Tu vois donc pas quand on traverse ?
Il m’répond : Fais pas tant l’mariole…
Y’a vingt ans que j’traîn’ ma carriole :
Quand j’te démolirais les côtes,
Heu !… j’en ai bien démoli d’autes.

(Aristide Bruant)

Le cocher, droit sur sa guimbarde,
À croire qu’un pal le retient,
Dédaigneusement me regarde
Et me traite de propre à rien !

(Henry Buguet)

Herbe à la vache

Rigaud, 1881 : La couleur trèfle d’un jeu de cartes.

Virmaître, 1894 : L’as de trèfle (Argot du peuple).

France, 1907 : Le trèfle, dans le jeu de cartes.

Quinte majeure portant son point dans l’herbe à la vache.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Lâcher la mousseline

France, 1907 : Neiger.

Le ciel restait d’une vilaine couleur de plomb, et la neige, amassée là-haut, coiffait le quartier d’une calotte de glace… Gervaise levait le nez en priant le bon Dieu de ne pas lâcher la mousseline de suite.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Lâcher le coude

France, 1907 : Laisser quelqu’un tranquille ; s’emploie surtout dans le sens de ficher la paix.

— Lâchez-nous le coude avec votre politique… Lisez les assassinats, c’est plus rigolo.

(Émile Zola, L’Assommoir)

— Alors elle s’est mise en colère et a crié devant tout le corps de ballet réuni : « Voyez-vous cette sale puce qui dit que les autres ne connaissent pas l’amour, parce qu’elle a eu un vieil orang-outang ! » Moi de lui dire : « Tu aurais bien voulu l’avoir à ma place, et même après moi, car tu es encore contente, aujourd’hui, de ramasser mes restes. » Alors, la Salvia s’en est mêlée. Elle m’a regardée avec ses grands yeux bêtes et m’a dit : « Ce n’est pas gentil, Zéozia, ce que tu dis là. » Je me monte et je lui crie : « Toi aussi, tu as mes restes ! Lâche-moi le coude ! »

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Lâcher le paquet

France, 1907 : Dénoncer, avouer.

Et Mme Lerat, effrayée… lâcha tout le paquet à son frère.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Lune (voir la)

France, 1907 : Se dit d’une fille qui perd sa virginité. On dit aussi voir de loup.

La petite a beau avoir de la dentelle, elle n’en verra pas moins la lune par le même trou que les autres.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Magne

France, 1907 : Affectation, manières. Faire des magnes, prendre des airs.

Mais la partie où l’on s’gondole,
Qu’est la plus chic et la plus drôle,
C’est un bon flambe à l’étouffoir ;
Pour le meg, c’est un assommoir !
On lui fait le neuf de campagne,
Changement, duss, coup d’ongle et magne ;
Il se tir’ final’ment chambré,
Sans bonnir à l’autorité !…

(Conseils d’un vieux cagout aux jeunes volaillons, recueillis par Hogier-Grison)

Maquiller

anon., 1827 : Travailler, battre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler, battre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire.

M.D., 1844 : Arranger quelque chose.

un détenu, 1846 : Cameloter, brocantage.

Halbert, 1849 : Chicaner, travailler, battre.

Larchey, 1865 : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

(Grandval, 1723)

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Larchey, 1865 : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Delvau, 1866 : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

Rigaud, 1881 : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

La Rue, 1894 : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

Virmaître, 1894 : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

Rossignol, 1901 : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

Hayard, 1907 : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

France, 1907 : Travailler, et naturellement voler, le vol étant un travail.

Cambriolle tu maquilleras
Par carouble et esquintement,

disent les commandements des voleurs pour faire pièce à ceux de l’Église.

Qu’est ceci, mes enfants, écoutez-vous vos flames ?
Et perdez-vous ainsi le tems avec des femmes ?
C’est boire trop long-tems, aimer et baléller ;
Il est, vous le savez, heure de maquiller :
Levez-vous, finissez bonne chère et musique,
Partez, et travaillez pour le bien de la clique ;
C’est trop, indignes cœurs, vous devriez rougir
D’un si lâche repos, quand il est tems d’agir.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Maquiller un gayet, donner au moyen de certains procédés l’apparence d’un bon cheval à une rosse ; maquiller le papelard, écrire ; maquiller un suage, préparer un assassinat ; maquiller le vitriol, falsifier de l’eau-de-vie.

— Vieille drogue, tu as changé de litre !… Tu sais, ce n’est pas avec moi qu’il faut maquiller ton vitriol.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Tromper, falsifier.

J’ai fait par comblance
Gironde larguecapé (maîtresse)
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Winter, forçat, 1829)

Mine à poivre

France, 1907 : Cabaret.

Lui était un bon, un chouette, un d’attaque. Ah ! zut ! le singe pouvait se fouiller, il ne retournerait pas à la boîte, il avait la flemme. Et il proposait aux deux camarades d’aller au « Petit bonhomme qui tousse », une mine à poivre de la barrière Saint-Denis, où l’on buvait du chien tout pur.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Nettoyer

d’Hautel, 1808 : Nettoyer un homme sans vergette. Le rosser, le battre avec un bâton ; le maltraiter, l’étriller d’importance.

M.D., 1844 : Donner une roulée.

un détenu, 1846 : Voler de fond en comble, dévaliser quelqu’un.

Halbert, 1849 : Voler ou achever quelqu’un.

Larchey, 1865 : Ruiner, voler. V. Lavage.

Delvau, 1866 : v. a. Voler ; ruiner, gagner au jeu ; dépenser ; battre, et même tuer, — dans l’argot des faubouriens. Se faire nettoyer. Perdre au jeu ; se laisser voler, battre ou tuer.

Rigaud, 1881 : Battre, renverser à coups de poing. Prendre de force la place de quelqu’un, le chasser d’un endroit. — Ruiner. Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l’argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.

La Rue, 1894 : Voler. Ruiner. Gagner au jeu. Dépenser. Battre. Tuer.

France, 1907 : Dépenser, dissiper.

— De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce… se fichant de l’ouvrage, vous lâchant au beau milieu d’une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Vider, rendre net. Nettoyer une poche, voler tout ce qu’elle contient ; nettoyer un plat, manger entièrement ce qui y était servi. Faire plat net.

Nez (avoir un)

France, 1907 : Être désappointé.

Le petit cornichon de lieutenant en avait un nez quand il a vu la donzelle qu’il chauffait depuis une heure filer avec le sergent-major !

(Les Joyeusetés du régiment)

On dit dans le même sens : faire un nez.

On se mouilla encore d’une tournée générale ; puis on alla la Puce qui renifle, un petit bousingot où il y avait un billard. Le chapelier fit un instant un nez parce que c’était une maison pas très propre. Le schnick y valait un franc le litre.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Nez (se piquer le)

France, 1907 : S’enivrer.

Lui se piquait le nez proprement, sans qu’on s’en aperçût… Le zingueur, au contraire, devenait dégoûtant, ne pouvait plus boire sans se mettre dans un état ignoble.

(Émile Zola, L’Assommoir)

On dit aussi mettre son nez dans le bleu.

Œil au beurre noir

France, 1907 : Œil endommagé par un coup de poing.

Il aperçut Bibi-la-Grillade qui lisait également l’affiche. Bibi avait un œil au beurre noir, quelques coups de poings attrapés la veille.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Paillasson

Delvau, 1864 : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.

J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :

Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !

Rigaud, 1881 : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.

Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.

(Paris-vivant, La Fille. 1858)

Rigaud, 1881 : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.

Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson)

La Rue, 1894 : Libertin. Amant de cœur.

France, 1907 : Amant d’une fille publique, d’une paillasse.

C’est d’nature, on a ça dans l’sang :
J’suis paillasson ! c’est pas d’ma faute,
Je m’fais pas plus marioll’ qu’un aut’e,
Mon pèr l’était ; l’Emp’reur autant !

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Chevelure. N’avoir plus de paillasson à la porte, être chauve.

— Eh ben ! en v’là un vieux gâteux avec son crâne à l’encaustique ! S’il avait des cheveux, il serait encore assez réussi. Mais il n’a plus de fil sur la bobine, plus de crin sur la brosse, plus de gazon sur le pré ; il a le caillou déplumé, quoi ! Enfin, n’y a plus de paillasson à la porte.

(Baumaine et Blondelet)

France, 1907 : Petite pièce en un acte donnée avant une grande, autrement dit : lever de rideau.

Panier aux crottes

Delvau, 1866 : s. m. Le podex et ses environs, — dans l’argot du peuple. Remuer le panier aux crottes. Danser.

Rigaud, 1881 : Derrière.

Et pas de musique au dessert, bien sûr pas de clarinette pour secouer le panier aux crottes des dames.

(L’Assommoir)

C’est une variante moderne de l’ancien « pot aux crottes ».

Jamais on ne vid si bien remuer le pot aux crottes ny secouerle jarret.

(Le facétieux réveille-malin des esprits mélancholiques, 1654)

Panne

d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.

Larchey, 1865 : Misère.

Il est dans la panne et la maladie.

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.

Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.

Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.

Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.

(Ed. et J. de Goncourt)

Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.

(É. de La Bédollière, Les Industriels)

En terme de théâtre, bout de rôle.

Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.

(J. Pelcoq, Petit journal amusant)

Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…

(P. de Kock, Le Sentier aux prunes)

En terme d’atelier, mauvais tableau.

Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.

(J. Noriac, Têtes d’artistes)

La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.

France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :

Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.

France, 1907 : Fanon du bœuf.

France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.

Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.

(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)

France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.

Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.

Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.

(Pierre Wolff)

France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »

— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.

(Jean Richepin, La Glu)

Parfait amour de chiffonnier

Delvau, 1866 : Eau-de-vie d’une qualité au-dessous de l’inférieure.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie mauvaise.

Virmaître, 1894 : Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

Patagueule

Delvau, 1866 : s. m. Homme compassé, qui fait sa tête et surtout sa gueule, — dans l’argot des sculpteurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Ennuyeux, pas drôle.

C’est lui qui trouvait ça patagueule de jouer le drame devant le monde !

(É. Zola)

France, 1907 : Imbécile qui prend de grands airs. Être patagueule, faire parade d’affectation ridicule.

C’est lui qui trouvait ça patagueule, de jouer le drame devant le monde ! elle le prenait peut-être pour un dépuceleur de nourrices, à venir l’intimider avec ses histoires ?

(Émile Zola, L’Assommoir)

Peloter

d’Hautel, 1808 : Peloter en attendant partie. S’amuser, s’essayer à quelque chose, que l’on doit par la suite embrasser sérieusement.
Se peloter. Pour dire, se battre, se prendre aux cheveux.

Larchey, 1865 : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur.

Se montrer rampant, pelotteur et bêta.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d’Elmire. Par extension, Amadouer par promesses quelqu’un dont on attend quelque chose.

Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu’un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Flatter. Courtiser une femme avec la main.

France, 1907 : Flatter, flagorner.

Il ne blaguait plus le sergent de ville en l’appelant Badingue, allait jusqu’à lui concéder que l’empereur était un bon garçon… C’était visible, il le pelotait.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Palper, caresser les formes d’une femme.

— Laissez-moi vous caresser, vous aimer, vous dorloter, vous peloter, petite Vanina !
— Ici ?
— Oui, ici. Tandis que le peuple chante, danse, rit ; tandis qu’il est tout à la joie, au son des marches guerrières, enfilons la cadence d’amour. Nos soupirs battront la mesure…

(Fin de Siècle)

Albertine, qui savait ce que peloter veut dire, ne se scandalisait pas pour si peu. En gloussant de plaisir comme une poule, elle ne trouva que cette protestation assez vague : — Vous me chatouillez.

(Jean Deslilas, Fin de Siècle)

Au flambe il faut voir la bergère
Sans lui peloter le derrière.

Ce distique, tiré de Pigeons et Vautours d’Hogier-Grison, ne renferme aucune idée indécente, il signifie simplement en argot des grecs :

Au jeu il faut voir la dernière carte
Sans être obligé de la toucher.

Pétrole

Rigaud, 1881 : Mauvais vin. — Mauvaise eau-de-vie.

Virmaître, 1894 : Mauvaise eau-de-vie servie dans les assommoirs. Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Eau-de-vie ; argot populaire ; ce que les Anglais appellent French cream, crème française.

Des bouges où se rassemble la racaille de l’égout ; où les faces blêmes sont souvent tatouées de pochons noirs, où il coule partout du sang dans les saladiers gluants de vin bleu, où les pierreuses viennent se donner du cœur à l’ouvrage en avalant un verre de pétrole qui leur flanque un coup de fer rouge dans l’estomac…

(Jean Richepin, Le Pavé)

France, 1907 : Mauvais marchand de vin.

Pièce de dix sous (cracher des)

France, 1907 : Être altéré, avoir le gosier sec.

Coupeau voyant le petit horloger cracher des pièces de dix sous, lui montra de loin une bouteille.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Plantes

France, 1907 : Pieds ; argot populaire.

— Eh bien, vous êtes de la jolie fripouille, cria-t-il, j’ai usé mes plantes pendant trois heures sur la route, même qu’un gendarme m’a demandé mes papiers.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Poileuse

Virmaître, 1894 : Absinthe. Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression. Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler ; il est poileux. Mot à mot : il a un poil (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Absinthe. Ceux qui s’y adonnent deviennent poileux.

Poivrot

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Ivrogne qui se colle des bitures à tout casser. Poivrot vient sûrement de ce que dans les assommoirs, on débite de l’eau-de-vie qui ressemble à une décoction de poivre long. Il est saoul, il est poivré, de là poivrot (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Ivrogne.

France, 1907 : Ivrogne. On écrit aussi poivreau.

Des faits divers presque journaliers racontent combien d’individus, sous l’influence du délire alcoolique à forme répressive, deviennent idiots, maniaques, inconscients, criminels ; enfin, fous dangereux.
Simples poivrots au début, sous l’influence de l’alcoolisme chronique, de l’idée fixe, des hallucinations, ces individus aux impulsions violentes et irrésistibles sont rapidement transformés en êtres dangereux aux autres et à eux-mêmes.

(La Nation)

Voici la reine des poivrots
Buvant sans trêve ni repos,
C’est Amélie ;
Jadis, cette affreuse guenon
Était une femme, dit-on,
Jeune et jolie.

(Chanson du Père Lunette)

Le féminin est poivrotte.

Bref, à minuit, ru’ Mont’notte,
Nous rentrons ; sur notr’ palier,
Clémentine, ma poivrotte,
S’fich’ par terr’ dans l’escalier.

(Chanson de beuglant)

Polonais

Delvau, 1866 : s. m. Épouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement. « Et le plus souvent, dit l’auteur anonyme moderne auquel j’emprunte cette expression, le Polonais n’est autre qu’un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison. »

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, dans l’argot du peuple. L’expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d’être conservée, d’abord parce qu’elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s’en guérira difficilement ; ensuite parce qu’elle est, à ce qu’il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l’ancienne rue d’Errancis, — depuis rue du Rocher, — au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n’avait-il pas été fondé vers l’époque du démembrement de la Pologne ?

Rigaud, 1881 : Petit fer à repasser les dentelles, — dans le jargon des blanchisseuses.

Fustier, 1889 : Souteneur. — Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.

La Rue, 1894 : Souteneur.

France, 1907 : lvrogne ; argot populaire. D’après Alfred Delvau, cette expression viendrait non du vice d’ivrognerie attribué à tort à une nation malheureuse, mais d’un cabaret guinguette appelé la petite Pologne, ouvert dans la rue des Errancis, aujourd’hui rue du Rocher, et fort achalandé vers le milieu du XIXe siècle.

France, 1907 : Personnage imaginaire chargé de maintenir le bon ordre dans les lupanars. Cette expression n’eut cours qu’après le démembrement de la Pologne, où nombre de pauvres Polonais expulsés en étaient réduits à tous les expédients pour vivre.

Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement.

(Alfred Delvau)

France, 1907 : Petit fer dont se servent les dames.

Elle promenait doucement, dans le fond de la coiffe, le polonais, un petit fer arrondi des deux bouts.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Quiqui

Delvau, 1866 : s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d’oies, etc., — dans l’argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels « en font de fameux potages ».

Rigaud, 1881 : Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu’ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.

La Rue, 1894 : Cou. Abattis, os et débris de volaille ramassés dans les ordures et dont les gargotiers font du bouillon.

Virmaître, 1894 : Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures. Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Le cou.

France, 1907 : Le con : on écrit aussi kiki.

France, 1907 : Poulet.

— Hein ? tu fais la traînée, bougre de trognon ! Je t’ai entendue danser d’en bas. Allons, avance ! Plus près, nom de Dien ! et en face : je n’ai pas besoin de renifler ton moutardier. Est-ce que je te touche, pour trembler comme un quiqui ?

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rognures de viandes, détritus ramassés par les chiffonniers dans les ordures et revendus aux restaurateurs à bon marché qui en confectionnent des potages fort appréciés de leur clientèle. Ce nom vient évidement de quiqui, cou, morceau généralement peu estimé et qu’on trouve plus souvent que les cuisses ou les ailes sur les tas d’ordures.

Rabibocher (se)

France, 1907 : Se réconcilier.

Les moindres bisbilles maintenant finissaient par des attrapages où l’on se jetait la débine de la maison à la tête, et c’était le diable pour se rabibocher avant d’aller pioncer chacun dans son dodo.

(É. Zola, L’Assommoir)

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Rebouiser

d’Hautel, 1808 : Pour dire, regarder quelqu’un depuis la tête jusqu’aux pieds ; l’examiner d’une manière affectée, et dans de mauvais desseins.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder.

Clémens, 1840 : Regarder. Voir.

Delvau, 1866 : v. a. Remarquer, distinguer, — dans l’argot des faubouriens. Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l’Assommoir (O lepida cantio !) où l’on dit :

Faut pas blaguer, le treppe est batte ;
Dans c’taudion i’ s’ trouv’ des rupins.
Si queuq’s gonziers train’nt la savate,
J’en ai r’bouisé qu’ont d’s escarpins.

Delvau, 1866 : v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans le même argot [des voleurs]. A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens : Déniaiser quelqu’un ; jouer un tour, faire une fourberie.

Rigaud, 1881 : Tuer. — Regarder, remarquer. — Raccommoder, repriser, ressemeler. — Au XVIIIe siècle, le mot avait le sens de filouter, déniaiser quelqu’un ; c’est ainsi qu’il est expliqué dans le dictionnaire comique de Leroux.

La Rue, 1894 : Tuer. Regarder. Remarquer. Réparer. Ravauder.

France, 1907 : Raccommoder, réparer ; argot populaire. Voir Rebossir.

France, 1907 : Regarder, remarquer ; argot des voleurs.

Faut pas blaguer, le treppe est batte :
Dans c’taudion i’s’trouv’ des rupins.
Si queuq’s gonziers train’nt la savate,
J’en ai r’bouisé qu’ont d’s’escarpins.

(Chanson de l’Assommoir)

France, 1907 : Tuer.

Reposoir

Fustier, 1889 : Hôtel garni. Argot des voyous.

Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms : reposoirs ou assommoirs.

(Henri IV, 1882)

France, 1907 : Hôtel meublé, cabaret de bas étage, logements pour voleurs et prostituées.

Paris, en dépit de ses démolitions… renferme toujours des tapis-francs, comme au temps d’Eugène Sue. Leurs noms seuls ont changé. Ce sont des Ribines, des Reposoirs, des Assommoirs dont le Château-Rouge possède, en fait d’alphonses, d’escarpes ou de gonzesses, la fleur du panier.

(Mémoires de M. Claude)

France, 1907 : Lieu de recel ; argot des voleurs.

Le reposoir, tenu par le fourgat, est un lieu de recel pour le criminel qui ne travaille qu’en ville.

(Mémoires de M. Claude)

Sénat

Rigaud, 1881 : Débit de vin fréquenté par des ouvriers d’un même corps d’état.

Depuis longtemps, les travailleurs appellent les marchands de vin où ils se réunissent par spécialité, des sénats.

(Le Sublime)

Il ne faut pas confondre le sénat avec les assommoirs. Il y a peu de sénats, tandis qu’il y a plus de deux cents assommoirs. Le sénat est spécial à une seule partie. Le sénat est un diminutif de la mère des compagnons. Les ouvriers du fer ayant abandonné le compagnonnage formèrent des sénats.

(Idem).

France, 1907 : Établissement de marchand de vin.

Depuis longtemps les travailleurs appellent sénats les boutiques de marchands de vin où ils se réunissent par spécialité.

(Denis Poulot, Le Sublime)

C’est aussi dans les cafés et cabarets une salle retirée où se rassemblent certains habitués.

Signe de la croix des pochards

France, 1907 : Émile Zola, dans l’Assommoir, donne l’explication de cette singulière expression :

Coupeau se leva pour faire le signe de la croix des pochards. Sur la tête il prononça Montparnasse, à l’épaule droite Ménilmontant, à l’épaule gauche la Courtille, au milieu du ventre Bagnolet et dans le creux de l’estomac trois fois Lapin sauté.

Sublime, sublimisme

Rigaud, 1881 : Dans les ateliers ces mots sont synonymes de paresse, dégradation, avilissement.

Lèpre capitale qui ronge les classes laborieuses.

(V. le très remarquable ouvrage du Sublime de M. Denis Poulot et l’Assommoir de M. Zola, où le Sublimisme a été dépeint de main de maître)

Suiffard

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme mis avec élégance, avec chic.

Delvau, 1866 : s. m. Richard.

Rigaud, 1881 : Riche.

Rigaud, 1881 : Tricheur, grec. — Les suiffards se mettent au vert pour charrier des types.

Fustier, 1889 : Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.

France, 1907 : Escroc.

Le suiffard opère dans les bouges les plus immondes, dans les assommoirs où l’on débite du poison alcoolique à un sou le verre… c’est presque toujours un repris de justice qui a été payé (condamné) deux ou trois fois. Lorsqu’il ne trouve pas à tricher… il se livre aux attaques nocturnes, aux vols au rendez-moi, à la ramastie, au charriage, au bonneteau, etc.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

France, 1907 : Homme riche ou simplement endimanché.

— Était-il assez suiffard, l’animal ! Un vrai proprio ; du linge blanc et des escarpins un peu chouettes !

Voir Suiffée.

France, 1907 : Soldat ou sous-officier portant une tenue fine ou ayant de l’argent dans ses poches ; elles sont métaphoriquement graissées.

Tâtez-y

Delvau, 1866 : s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d’or qui pend sur la gorge des demoiselles et même des dames.

Rigaud, 1881 : Petit bijou en forme de cœur que les jeunes personnes portent sur la poitrine, à la naissance de la gorge.

France, 1907 : Bijou que portent les femmes sur la poitrine, médaillon, cœur où croix.

Une bague de cornaline, un de ces cœurs en doublé, des tâtez-y que les filles se mettent entre les deux nénais.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Téton de satin blanc tout neuf

Rigaud, 1881 : Sein de jeune fille. L’expression est de Marot. Elle est encore usitée de nos jours.

Des nichons lui étaient venus, une paire de nichons de satin blanc tout neufs.

(É. Zola, L’Assommoir)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique