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Aller voir défiler les dragons

Delvau, 1866 : Dîner par cœur, c’est-à-dire ne pas dîner du tout, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des hussards de la guillotine, et sous l’Empire des dragons de l’Impératrice. Qui admire, dîne !

Virmaître, 1894 : Ne pas manger. Être de la revue signifie la même chose (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Se passer de manger.

France, 1907 : Se passer de dîner ; expression qui vient sans doute de l’habitude qu’on les pauvres gens qui n’ont pas de quoi dîner d’errer par les rues et d’assister au défilé des soldats, aux parades militaires qui avaient lieu précisément à l’heure où l’on dîne.
Les Anglais disent : To dine with Duke Humphrey, dîner avec le duc Humphrey, à cause de l’aventure arrivée à un gentleman qui, ayant été visiter avec plusieurs de ses amis le tombeau du duc Humphrey de Glocester, y fut enfermé par plaisanterie ou par mégarde et y resta pendant que le reste de la compagnie dînait dans une hôtellerie voisine. Quand on lui ouvrit le caveau, on dit qu’il avait dîné avec le duc Humphrey et le proverbe resta.

Assister

d’Hautel, 1808 : Dieu vous assiste. Vœu stérile, ou plutôt manière d’éconduire un pauvre auquel on refuse l’aumône. C’est aussi une salutation respectueuse que l’on fait à une personne qui éternue.
Dieu assiste trois sortes de personnes : les enfans, les fous et les ivrognes. On dit plus habituellement, qu’Il y a un dieu pour les enfans, les fous et les ivrognes, parce que les chutes fréquentes qu’ils font, leur sont rarement préjudiciables.

Delvau, 1866 : v. a. Porter le pagne à un détenu, — dans l’argot des voleurs et des filles.

France, 1907 : Porter à manger à un détenu ; argot des voleurs et des filles.

Bouloter

Vidocq, 1837 : v. a. — Assister.

Delvau, 1866 : Assister un camarade, — dans l’argot des voleurs.

Boulotter

un détenu, 1846 : Aller lentement. Exemple : Les affaires boulottent.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Vivre à l’aise. Mot à mot : rouler sans peine dans la vie. — Diminutif de bouler.

Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(De Lynol)

Boulotter : Assister (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Manger. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Manger. — boulotter de l’argent, manger de l’argent.

Rigaud, 1881 : N’aller ni bien ni mal, marcher doucement, en parlant de la santé, des affaires. — Ça boulotte.

Boutmy, 1883 : v. intr. Manger. Aller boulotter, c’est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d’autres argots.

La Rue, 1894 : Manger. Boulottage, mangeaille.

Virmaître, 1894 : Faire ses petites allaires. Quant ça va bien on dit : ça boulotte à la douce, comme le marchand de cerises. On sait que ce dernier pour annoncer sa marchandise crie :
— À la douce, à la douce (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Manger (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Manger ; on dit aussi lorsque ça va bien : ça boulotte.

France, 1907 : S’emploie aussi, dans l’argot des voleurs, pour aider un camarade.

France, 1907 : Vivre à l’aise sans trop se faire de bile, aller doucement, réaliser de petits bénéfices. Boulotter l’existence, vivre tranquillement, être eu bonne santé.

Ils boulottaient l’existence sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(Lynol)

Se dit aussi pour manger :

Quand y a plus rien à boulotter,
On va là où qu’on vous invite.

(Ch. Saint-Heant)

Boulotter de la galette, dépenser de l’argent.

Et tout le monde se disperse, vivement, excepté les trois compères et le môme, qui rentrent d’un pas tranquille dans Paris pour y fricoter l’argent des imbéciles, y boulotter la galette des sinves.

(Richepin)

Coup de vin du supplicié

France, 1907 : « À Paris, quand un condamné à mort était conduit au gibet de Montfaucon, on le faisait arrêter en route, dans la cour des Filles-Dieu, rue Saint-Denis, et là on lui donnait deux coups de vin à boire. Quand l’exécution se faisait dans Paris même, l’usage était de servir aussi du vin aux juges chargés d’y assister, et c’était le bourreau qui le fournissait. Au moins ce fait se produisit-il en 1477, à l’exécution du duc de Nemours. »

(Musée Universel)

Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont

France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.

Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…

(Gil Blas)

Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.

(Paul Paillette)

Curieux

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.

Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.

Halbert, 1849 : Juge.

Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.

Le curieux a servi ma bille (mon argent).

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.

Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.

La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.

Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.

Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.

En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.

(Gustave Macé)

France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.

— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.

(Georges Pradel, Cadet Bamboche)

Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.

Dabe

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Maître, père, roi.

un détenu, 1846 : Père.

Halbert, 1849 : Père, maître.

Larchey, 1865 : « C’est notre dabe, notre maître. »

(Balzac)

L’étymologie de dabe est incertaine. Il est à noter que dam avait au moyen âge la même signification.

Larchey, 1865 : Dieu.

Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement.

(Vidocq)

Larchey, 1865 : Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.

Rigaud, 1881 : Maîtresse, amante, — dans le jargon des souteneurs.

Ma dabe vient m’assister et me voir deux fois par semaine.

(Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)

anon., 1907 : Père. Mère.

Dégueulas

Delvau, 1866 : adj. Dégoûtant, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.

Rigaud, 1881 : Dégoûtant.

Rossignol, 1901 : Chose écœurante à voir.

France, 1907 : Qui donne envie de vomir. Le féminin est dégueulasse.

Voir cette fin de siècle, dégueulasse au possible, où tout est menteries, crapuleries et brigandages, — et assister la bouche close à tout ça : nom de Dieu ! je pouvais pas m’y faire.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Égayer l’ours

France, 1907 : Siffler une pièce.

À la sortie du théâtre, entre deux journalistes :
— Oh ! mon cher, mon rêve serait d’assister à une belle chute, de voir égayer l’ours, mais là… carrément.
— C’est bien facile. Faites une pièce.

Ennocer

d’Hautel, 1808 : S’ennocer. Être de noce ; faire ou assister à des cérémonies, à des repas de noces.

Épaule

d’Hautel, 1808 : Tu l’auras pardessus l’épaule. Pour tu ne l’auras point.
Il ne jette pas les épaules de mouton par les fenêtres. Pour il ne prodigue pas son bien ; il est fort économe.
Il est bien large, mais c’est des épaules. Se dit d’une personne intéressée, d’un égoïste.
Il sent l’épaule de mouton. Pour il pue, il sent fort mauvais.
On a toujours cet homme sur les épaules. Se dit d’un homme importun, indiscret, dont on ne peut se débarrasser.
On l’a mis dehors par les épaules. Pour on l’a chassé avec ignominie.
Donner un coup d’épaule. Aider, assister, secourir quelqu’un.
Regarder quelqu’un par dessus l’épaule. D’une manière arrogante et fière.

Godan, godant

France, 1907 : Niaiserie, bêtise, mensonge, piège.

Ô Muse ! idéale amoureuse,
Va-t-en ! Je ne donne plus dans
Ces ponts vieillis et ces godans !
Ô Muse ! assez de viande creuse
Est venue agacer mes dents !

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

— Ce matin, c’était le mystère de la Sainte Trinité… Te souviens-tu du mystère de la sainte Trinité ?
— Brumeusement.
— C’est crevant !… Le Père, le Saint-Esprit, le Fils !… Le Père a engendré le Saint-Esprit en se contemplant lui-même… Toi, qui commences à être un vieux type, tu comprends pas grand’chose à ça, déjà ? Alors, quoi, nous, les mômes !…. Et après, le Père a contemplé le Saint-Esprit, et ils ont engendré le Fils !… C’est dommage, dis donc, qu’on n’ait pas organisé des trains de plaisir pour assister à ça, hein ?… Ils sont trois et ils ne sont qu’un… Ils ne sont qu’un et ils sont trois !… Arrange ça… Moi, encore, je ne suis pas trop bête, j’en prends et j’en laisse ; mais, autour de moi, au catéchisme, il y a un tas de pauvres petites gourdes qui en deviennent gaga. Tiens, veux-tu que je te dise ? Seulement, tu le répréteras pas à p’tite mère, qui coupe un peu dans ces godants-là ?

(Alphonse Allais)

Herbe des sorcières

France, 1907 : On appelait ainsi autrefois une sorte de liqueur faite de décoction de plantes soporifiques et aphrodisiaques qui plongeaient ceux qui en buvaient dans le délire érotique et dont se servaient les sorcières, qui s’imaginaient, après en avoir bu, assister aux scènes diaboliques du sabbat. On l’appelait aussi herbe aux magiciens.

Onofrio avait accepté de son étrange amie un petit flacon contenant une liqueur faite avec cette célèbre herbe des sorcières, grâce à laquelle on peut se rendre au sabbat — tout en restant dans son lit — c’est-à-dire que l’on s’y rend en la personne de ce que nos modernes occultistes appellent le « périsprit » ou le « corps astral. »

(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)

Hirondelle de la mort

Rigaud, 1881 : Gendarme chargé d’assister à une exécution capitale.

Lapin (manger un)

Boutmy, 1883 : v. Aller à l’enterrement d’un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l’issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd’hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin. Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d’une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait : c’était la pensée attristante qu’il n’assisterait pas au repas de ses funérailles ; en un mot, qu’il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l’automne d’antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s’envolèrent vers le bas Meudon et s’abattirent dans une guinguette au bord de l’eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N’est-ce pas gentil ça ? C’est jeudi. Il est midi ; une trentaine de personnes attendent à la porte de l’Hôtel-Dieu que l’heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l’une d’elles, un typographe, « dans l’asile de la souffrance ». Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écœurantes qu’on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit no 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir ; c’est le faux noyé dont il a été question à l’article attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir… parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin. » Cela ne vaut-il pas le « Plaudite ! » de l’empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ?

France, 1907 : Aller à l’enterrement d’un camarade ; argot des ouvriers. Cette locution vient de l’habitude qu’avaient autrefois les ouvriers, en revenant de l’enterrement d’un camarade d’atelier, de se réunir dans un des cabarets avoisinant le cimetière et d’y manger une gibelotte. Le lapin est généralement remplacé maintenant par un morceau de charcuterie.

Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée… Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir vendredi, parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter un lapin. »

(Eugène Boutmy, Argot des typographes)

Main

d’Hautel, 1808 : Il ne sait où mettre ses mains. Pour, il a l’air gauche et décontenancé ; il est dans un extrême embarras : se dit aussi pour exprimer que quelqu’un est dans l’ivresse du succès.
Faire quelque chose à deux mains trois cœurs. Pour dire, avec zèle et empressement ; de tout cœur.
Passez cela de main en main jusqu’au plus vilain. Se dit à dessein de plaisanter une personne dans les mains de laquelle doit rester l’objet que l’on fait passer.
Il a la main chaude. Pour dire que quelqu’un est en train de gagner au jeu.
Il est à deux mains. Se dit d’un homme propre à plusieurs emplois, ou que l’on occupe à différentes choses.
Il le surpasse haut la main. Pour, il le passe de beaucoup, il lui est bien supérieur.
Jeu de mains, jeu de vilains. Signifie qu’il n’y a que les gens mal élevés qui jouent à se frapper.
Fermez la main, et dites que vous ne tenez rien. Manière de dire à quelqu’un qu’on ne veut pas lui accorder ce qu’il demande.
Est-ce que tu as des mains de beurre. Se dit à une personne maladroite, qui laisse tomber tout ce qu’elle porte à la main.
Donner de la main à la main. C’est-à-dire mutuellement.
Il a toujours ses mains dans ses poches. Se dit d’un fainéant, d’un homme qui vit dans l’oisiveté.
Il a une belle main pour chanter et une belle voix pour écrire. Voyez Chanter et Écrire.
Il vaut mieux tendre la main que le coup. Pour il est moins déshonorant de demander l’aumône, que de s’exposer à être pendu en exerçant des vols et des brigandages.
Un homme de main. Pour dire, auquel on peut se fier pour l’exécution d’une chose difficile.
Faire la main. Pour faire des gains illicites et déshonnêtes.
L’argent lui fond dans les mains. Se dit d’un prodigue, d’un dissipateur.
Ils sont comme les deux doigts de la main. C’est-à-dire, inséparables ; ils vivent dans une grande familiarité.
Tous les doigts de la main ne se ressemblent pas. Signifie que dans la société, on rencontre des humeurs et des caractères différens.
Il faut regarder à ses mains plutôt qu’à ses pieds. Se dit d’un homme dont la probité est suspecte.
Il est Normand, il a les mains crochues. Parce qu’on prête beaucoup de finesse et d’habileté aux habitans de cette province, surtout dans leur manière de traiter. Il est certain que, quelque peu fondé que soit leur droit dans une affaire, ils ont l’adresse de la faire tourner toujours à leur avantage.
Il ne va jamais sans ses mains. Se dit d’un escroc, d’un fripon, d’un homme qui vit d’une industrie infâme.
De marchand à marchand, il n’y a que la main. Pour dire, qu’il suffit de toucher dans la main entre marchand, pour conclure un marché. Signifie aussi que le commerce égalise toutes les conditions.
Mettre le pain à la main de quelqu’un. L’assister dans la nécessité, ou lui ouvrir le chemin de la fortune.
Les mains lui démangent. Pour, il a envie de se battre ; il y a long-temps qu’il s’est battu.
Il a la main à la pâte. Pour, il est dans un emploi lucratif où il fait de bons profits.
Il faut aller bride en main dans cette affaire. Pour dire, prudemment, avec retenue.
Il a des mains de laine et des dents de fer. Se dit d’un homme nonchalant et paresseux, qui ne sait rien faire que boire et manger.
C’est un homme de sa main. Pour une de ses créatures.
Prenez cela de ma main. Pour, ayez confiance dans ce que je vous donne. Locution marchande, pour engager les chalands à acheter.
Jouer à la main chaude. Au propre, jouer au jeu de la main chaude ; au figuré, avoir les mains liées derrière le dos, comme le sont ordinairement les patiens que l’on conduit au supplice, et par allusion avec ce jeu. Voy. Chaude.
Mettre la main à la pâte. Se mêler des travaux les plus difficiles, des plus petits détails d’une affaire ; prendre part aux services domestiques ; se servir soi-même.
Il n’y va pas de main morte. Pour, il touche ferme ; il travaille avec ardeur.

Rigaud, 1881 : La totalité des cartes constituant une partie, soit au baccarat, soit au lansquenet. La main réglementaire est de quatre jeux de cinquante-deux cartes.

Rigaud, 1881 : Série de coups gagnés, — dans le jargon des joueurs de baccarat et de lansquenet. — Avoir la main, tenir les cartes à son tour. — Prendre la main, prendre les cartes qu’un joueur quitte après un ou plusieurs coups de gain. — Passer sa main, ne pas prendre les cartes à son tour. — Passer la main, passer les cartes après un ou plusieurs coups gagnés. — Brûler la main, jeter au panier les cartes du talon, après avoir gagné, en banque, un certain nombre de coups.

Manger

d’Hautel, 1808 : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.

Ansiaume, 1821 : Révéler, déposer.

Mon camarade d’affaires ne mangera pas, mais j’ai le taff.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.

Delvau, 1866 : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.

La Rue, 1894 : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.

Manteau

d’Hautel, 1808 : Garder les manteaux. Assister à un duel ; n’y être que simple spectateur ; faire le guet ; demeurer les bras croisés, quand les autres travaillent.
Il a un bon manteau pour son hiver. Se dit par plaisanterie de quelqu’un qui a un gros rhume, ou, les fièvres, au commencement de l’hiver.
Manger son pain sous son manteau. Se dit d’un égoïste, d’un avare, qui ne fait jouir personne de son bien.
Faire quelque chose sous le manteau. Pour dire, d’une manière furtive, cachée.
Cela est fait sous le manteau de la cheminée. Se dit d’une affaire concertée en cachette ; faite à plaisir, et que l’on présente comme arrivée accidentellement.

Fustier, 1889 : Argot théâtral. Rôle où l’acteur porte un manteau. (Littré)

Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d’études des plus attrayants.

(Revue britannique)

Marmite

d’Hautel, 1808 : Il a le nez fait en pied de marmite. Se dit d’un homme qui a le nez large et épaté.
Un écumeur de marmite. Pour dire, un parasite ; un piqueur d’assiette.
La marmite est bonne dans cette maison. Pour dire, qu’on y fait bonne chère.
La marmite est renversée. Signifie que l’on n’a plus son couvert dans une maison.
On dit aussi qu’Une chose fait bouillir la marmite, ou sert à faire bouillir la marmite, quand elle fournit à l’entretien de la maison.

Delvau, 1864 : Putain, — la femelle naturelle du maquereau, à qui elle fournit de quoi manger, boire et rigoler avec ou sans elle.

Tu es un crâne fouteur… et… si tu y consens, ce n’est pas toi qui me donneras de la braise, c’est moi qui serai ta marmite.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Fille publique nourrissant un souteneur. — Allusion facile à saisir.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage.

(Canler)

Marmite de terre : Prostituée ne gagnant pas d’argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de Cuivre rapporte beaucoup. — (Dict. d’argot, 1844)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des souteneurs, qui n’éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles. Marmite de cuivre. Femme qui gagne — et rapporte beaucoup. Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins. Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.

Rigaud, 1881 : C’est ainsi que les dragons appellent leurs casques. — Je récure la marmite pour la revue de demain.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur. Elle fait bouillir la marmite.

Merlin, 1888 : Cuirasse.

La Rue, 1894 : La femme du souteneur. Marmite de terre, qui rapporte peu ; marmite de fer, qui rapporte davantage, marmite de cuivre, qui rapporte beaucoup.

Virmaître, 1894 : D’après M. Lorédan Larchey, c’est une fille publique nourrissant son souteneur. Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit Canler. La marmite de terre est une prostituée qui ne gagne pas de pognon à son souteneur. La marmite de fer commence à être cotée ; elle gagne un peu de galette. La marmite de cuivre, suivant Halbert, c’est une mine d’or. Marmite, d’après Pierre, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours. Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une marmite. Quand elle trompe son mari avec son consentement, elle fait bouillir la marmite. Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, il y a un crêpe sur la marmite (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Fille publique qui nourrit son male et souvent toute sa famille.

Hayard, 1907 : Prostituée qui a un souteneur.

France, 1907 : Maîtresse d’un souteneur ; elle l’entretient, fait bouillir la marmite.

Un souteneur sans sa marmite (sa maîtresse) est un ouvrier sans ouvrage, un employé sans place, un médecin sans malades ; pour lui, tout est là : fortune, bonheur, amour, si ce n’est pas profaner ce dernier mot que de lui donner une acception quelconque à l’égard du souteneur. Or, les contraventions sont nombreuses pour les filles publiques ; la moindre infraction aux règlements de police est punie administrativement d’un emprisonnement plus ou moins long, mais à coup sûr toujours ruineux pour le souteneur qui a les dents au râtelier pendant le temps que sa marmite est à Saint-Lazare.

(Mémoires de Canler)

C’est nous les p’tits marlous qu’on rencont’ su’ les buttes,
Là oùsque le pierrot au printemps fait son nid,
La oùsque dans l’été nous faisons des culbutes,
Avec les p’tit’s marmit’s que l’bon Dieu nous fournit.

(Aristide Bruant)

Un’ marmite,
Un pot quelconqu’ bath ou laid,
Un’ marmite,
Qui n’limite
Pas trop l’fricot, si vous plaît.

(É. Blédort)

On ne saurait trop le répéter, c’est une Gomorrhe épouvantable que Saint-Lazare, et l’on y incarcère, à quelque condition sociale qu’elles appartiennent, toutes les prévenues. De la catin de ruisseau à l’épouse infidèle d’une brute jalouse, toutes les classes s’y peuvent coudouyer ; et dans une même cellule, une adultère du meilleur monde peut connaître ce supplice de tout son être, cette humiliation de toutes ces pudeurs, de toutes ses fiertés, cette atroce sensation de salissure physique et morale, de respirer l’air que respirent et que souillent des marmites de carrefour, d’entendre leurs propos, d’assister à leurs jeux, et quels jeux ! enfin d’être l’objet d’un caprice, d’un « béguin » d’une d’entre elles, et de subir le contact de mains, de lèvres, cherchant ses lèvres, sa gorge, son sexe…

(Léopold Lacour)

Maint’nant elle est chic, à c’que j’crois,
Elle a des bijoux, un’ voiture,
Sur l’boulevard j’la vois parfois :
Sa tête, on dirait d’la peinture,
Le soir, ell’ soupe avec un vieux,
Chez Brébant, où y a tant d’marmites…
P’t’êtr’ bien qu’au fond elle aim’rait mieux
Rev’nir à mes pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

En t’filant la comète eun’ nuit,
Dans l’ombre il aperçut d’vant lui
Eun’ guérite :
Tant pis, qu’i s’dit, j’vas m’engager :
J’pourrai dormir, boire et manger
Sans marmite.

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Femme de mauvaise vie.

Marquer les points

Rigaud, 1881 : Être troisième dans une partie qui devait être carrée. Assister aux épanchements de deux cœurs amoureux.

Midship-ça !

France, 1907 : Exclamation des élèves de l’École navale à la clôture d’un cours.

Quelle que soit l’application déployée par les élèves dans leurs différents cours, on comprend facilement qu’ils en voient arriver la fin avec plaisir.
Pour les uns, c’est l’année de fistot qui se termine ; pour les autres, c’est le galon d’aspirant qui s’approche. Ainsi, toutes les fois qu’un cours est clôturé, les fistots, pour témoigner leur joie, dès que le professeur a quitté l’amphithéâtre, crient-ils par trois fois : Ancien-ça ! expression elliptique signifiant : Désormais nous n’assisterons plus à un cours de même nature qu’en qualité d’ancien.
De leur côté, les anciens, à la fin de chaque cours, crient par trois fois : Midship-ça ! midship étant le nom anglais des aspirants de marine.

(Un ancien officier, Histoire de l’École navale)

Moucharde

Ansiaume, 1821 : La lune.

Quand la moucharde sera dans les empaches.

Vidocq, 1837 : s. f. — Lune.

Clémens, 1840 : Lune.

Larchey, 1865 : Lune. V. Cafarde.

Mais bientôt la patraque au clair de la moucharde nous reluque de loin.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l’air d’assister au détroussement ou au meurtre d’un homme sur une route.

Rigaud, 1881 : Lune, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : La lune.

Virmaître, 1894 : La lune. Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : La lune.

France, 1907 : Espionne, rapporteuse. Dans la police, les femmes sont de précieuses auxiliaires, car elles ont des moyens de s’insinuer qui les rendent, sous ce rapport, bien supérieures aux hommes. Plus fines, plus persévérantes, inspirant moins de défiance ; elles peuvent s’introduire sans inspirer de soupçons là où la présence d’un homme serait immédiatement suspecte. « Elles ont, en outre, observe M. Goron dans ses Mémoires, un talent tout particulier pour se lier avec les domestiques et les portières ; elles s’entendent fort bien à établir des rapports et à bavarder sans être indiscrètes ; communicatives en apparence, alors même qu’elles sont le plus sur la réserve, elles excellent à provoquer les confidences.
Enfin, à la force près, elles ont au plus haut degré toutes les qualités qui constituent l’aptitude à la mouchardise ; et, lorsqu’elles sont dévouées, la police ne saurait avoir de meilleurs agents…
Dans maintes occasions, Vidocq eut recours au ministère des mouchardes ; presque toujours il fut satisfait de leurs services.
Cependant, comme les mouchardes sont des êtres profondément pervertis et plus perfides peut-être que les mouchards, avec elles, pour ne pas être trompé, il avait besoin d’être constamment sur ses gardes. »

France, 1907 : La lune. Les malfaiteurs s’en défient autant que des becs de gaz.

Mais déjà la patrarque,
Au clair de la moucharde,
Nous reluque de loin.

(Vidocq)

Oignons (rang d’)

France, 1907 : Sur une même ligne. Se mettre en rang d’oignons se dit aussi pour prendre place dans une réunion où l’on n’est pas invité, dans une assemblée à laquelle on n’a pas le droit d’assister.
On fait venir l’expression proverbiale être assis en rang d’oignons d’Artus de la Fontaine Solaro, baron d’Oignon, qui faisant l’office de grand maître des cérémonies aux états de Blois, assignait les places et les rangs des seigneurs et des députés. C’est aller chercher bien loin une explication pourtant bien naturelle. Ne vient-elle pas tout simplement de la manière dont les paysans assemblent leurs oignons avec des liens de paille par rang de grosseur ?

Oison bridé

France, 1907 : Maladroit, entêté, imbécile. En certaines campagnes, l’on place une plume dans les ouvertures du bec des oisons pour les empêcher d’entrer dans les cultures entourées d’une haie ; et rien de plus comique que d’assister aux efforts de ces volatiles s’entêtant à pénétrer où il leur est impossible de passer.

Pâmeuse

France, 1907 : Prostituée.

Tout Cythère est venu assister à cet émouvant et passionnant spectacle, à cette grande course. Pas une horizontale, pas une tendresse, pas une pâmeuse, pas une minette même ne manquait à cette fête.

(Gil Blas)

Reporter son ouvrage

Delvau, 1866 : Assister, quand on est médecin, à l’enterrement d’une personne qu’on a t…, — pardon ! qu’on n’a pas pu guérir. Argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent :
— Tiens, le docteur qui reporte son ouvrage (Argot du peuple).

France, 1907 : Expression populaire employée à l’égard d’un médecin qui suit le convoi d’un client.

Retape

Larchey, 1865 : Mis proprement.

Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche.

(Vidal)

Delvau, 1866 : s. f. Raccrochage, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Aller à la retape. Raccrocher. On dit aussi Faire la retape.

La Rue, 1894 : Raccrochage sur le trottoir.

Virmaître, 1894 : On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf. On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première. Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés. Mot à mot : retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Guet, surveillance.

Il faut classer à part une variété d’hommes entretenus qui se livrent à une industrie qu’on nomme la retape. Ceux-là ne disparaitront pas avec la suppression de la police des mœurs ; car ils ne sont pas là pour assister les femmes dans leurs démêlés avec la prélecture, mais pour leur servir d’enseigne aux yeux du public. Ce sont ceux qui jouent le rôle d’amants en titre, d’entreteneurs opulents ou même d’oncles millionnaires ; ils servent de chaperons. Tout chamarrés de cordons et de croix, ils sont presque toujours âgés, ont souvent occupé un rôle élevé dans la société qui les a expulsés de son sein, ont conservé des manières distinguées, et sont, grâce à leurs protectrices, mis avec bon goût et recherche. Leur prétendue maîtresse ou leur soi-disant nièce est censée tromper leur surveillance jalouses ; c’est du moins ce qu’elle affirme au naïf qu’elle reçoit avec un certain mystère et à qui elle fait payer d’autant plus cher les quelques moments qu’elle lui accorde.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

France, 1907 : Racolement des passants, en parlant des prostituées. Faire la retape, arrêter et racoler les hommes.

J’en foutrai jamai’ eun’ secousse,
Mêm’ pas dans la rousse
Ni dans rien,
Pendant que l’soir ej’ fais ma frape,
Ma sœur fait la r’tape
Et c’est bien.

(Aristide Bruant)

Scrutin de ballottage (assister au)

Rigaud, 1881 : Plonger un œil indiscret dans le corsage d’une femme qui, hélas ! n’a que trop de développement.

France, 1907 : Assister au déshabillé d’une femme.

Tenir la chandelle

Delvau, 1864 : Avoir des complaisances honteuses pour un commerce de galanterie ; se faire maquereau.

Quand vous venez, à Fabrice dit-elle,
Me faire tenir la chandelle
Pour vos plaisirs jusque dans ma maison.

(La Fontaine)

À son destin j’abandonne la belle,
M me voilà ; des esprits comme nous
Ne sont pas faits pour tenir la chandelle.

(Parny)

Tu m’as pris pour un imbécile… Comment ! moi j’irais tenir la chandelle !

(Jaime fils)

Delvau, 1866 : v. a. Être témoin du bonheur des autres, sans en avoir sa part ; servir, sans le savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Manger son pain sec au fumet du bonheur d’un couple. Variante : Marquer les points.

La Rue, 1894 : Servir une intrigue. Être témoin du bonheur d’un autre.

Virmaître, 1894 : Mari complaisant qui sait que sa femme le trompe et qui accepte ça très tranquillement. L’amant de cœur d’une fille entretenue. Ils tiennent la chandelle (Argot du peuple).

France, 1907 : Servir complaisamment les amours d’autrui ; assister aux joies amoureuses des autres sans y prendre part, comme quelqu’un qui tiendrait une lumière pour éclairer les ébats de deux amants.

Ils ont d’ailleurs des procédés variés, ces messieurs : l’un fait serrer les poucettes au patient par les gendarmes, l’autre lui procure une entrevue avec sa maîtresse et tient la chandelle. Je ne parle pas du coup du téléphone, c’est une espièglerie sans importance.

(Gil Blas)

Jadis vivait à la Villette
Un gros et solide épicier,
Vieux roublard à l’air finassier
Vendant force poivre et tablette,
Aux côtés de ce bon messier,
Sa femme — une gente poulette —
Toute mignonne et rondelette,
Faisait l’office de caissier.
Comme elle était fort accessible,
Le bénéfice était sensible
Et le mari toujours charmant,
Il laissa faire l’infidèle,
Sachant qu’on gagne sûrement
À tenir ainsi la chandelle.

(Gil Blas)

Toast (porter un)

France, 1907 : Boire à la santé de quelqu’un. Cet anglicisme, qui a remplacé notre vieux mot brinde, vient du vieux français tostée, rôtie, dérivée du latin tostus, participe passé de torrere, griller, d’où le vieux français toster, même sens, C’était, en effet, la coutume de mettre une tranche de pain grillée dans une coupe et de faire passer la coupe aux convives. Celui qui buvait le dernier avait le droit — triste privilège ! — de manger la rôtie. On sait le mot de cet ambassadeur anglais qui, admis à l’honneur d’assister au bain d’une reine d’Espagne, voyant les plats courtisans puiser dans l’eau qui avait lavé les charmes de la baigneuse et la trouver plus exquise que tous les crus de l’Andalousie, déclina l’offre qu’on lui fit de goûter au liquide en répondant avec sa brutalité toute britannique : « Je préfère le toast. »

De porter des toasts suivez l’antique usage.

(Berchoux, Gastronomie)

Tune ou tunebée

Vidocq, 1837 : Bicêtre, prison du département de la Seine. C’est de Bicêtre que partent les condamnés destinés aux divers bagnes de la France. Le spectacle hideux du départ de la chaîne attire toujours un grand concours de spectateurs empressés d’ajouter encore quelques souffrances à celles que doivent éprouver ces malheureux qui, cependant, n’ont pas été condamnés à servir d’aliment à la curiosité publique. Dès le matin du jour fixé pour le départ de la chaîne, des masses immenses envahissent le quartier Mouffetard, la barrière du Midi, et les environs de l’ancien manoir de Charles VII. Il pleut, l’éclair sillonne la nue, la foule ne se retire pas, et cependant cette foule n’est pas composée seulement d’hommes du peuple, il y a dans ses rangs des dandys et des petites maîtresses qui, le soir peut-être, étaleront leurs grâces au balcon du Théâtre-Italien. Voici, au reste, en quels termes s’exprimait, à l’occasion du départ de la chaîne, un journal qui cependant n’a pas l’habitude de s’apitoyer sur les misères des malheureux que la société repousse de son sein : « Jamais pareil concours de spectateurs, dit la Gazette des Tribunaux, ne s’était réuni pour contempler les traits des malheureux que la loi a justement frappés. On remarquait sur six files de voitures marchant de front, de brillans équipages blasonnés ou armoiriés, confondus avec des voitures omnibus, des cabriolets de maître, de régie ou de places, des coucous, des charrettes, des tapissières, etc., etc. Le nombre de ces chars, numérotés ou non, et plus ou moins élégans, dépassait quinze cents.
On ne voyait pas sans étonnement parmi les plus brillans équipages, des calèches remplies de dames en élégante toilette du matin. Les robes de soie, les chalys, les châles français, les écharpes de barèges, les chapeaux ornés de fleurs ou de plumes ont dû être singulièrement compromis par la poussière.
Il en était de même des hommes, devenus méconnaissables par les flots poudreux qui souillaient leurs vêtemens. La descente de la Courtille, au mardi gras, ne présente peut-être pas un spectacle aussi ignoble que celui qu’offraient aujourd’hui nos fashionables. »
Un poète, qui faisait partie de cette chaîne, a composé une sorte d’hymne dont je crois devoir citer ici les deux couplets les plus saillans.

Entendez notre voix, et que nos fiers accens.
À notre suite enchaînent la folie.
Adieu Paris ! adieu, nos derniers chants
Vont saluer notre patrie.
Des fers que nous portons nous bravons le fardeau,
Un jour la liberté reviendra nous sourire,
Et dans notre délire
Nous redirons encor ce chant toujours nouveau.
Renommée, à nous les trompettes,
Dis que joyeux nous quittons nos foyers,
Consolons-nous si Paris nous rejète,
Et que l’écho répète
Le chant des prisonniers.
Regardez-nous et contemplez nos rangs :
En est-il un qui répande des larmes ?
Non, de Paris nous sommes tous enfans ;
Notre douleur pour vous aurait des charmes.
Adieu, car nous bravons et vos fers et vos lois ;
Nous saurons endurer le sort qu’on nous prépare,
Et, moins que vous barbare,
Le temps saura nous rendre et nos noms et nos lois.
Renommée, etc., etc.

Les condamnés qui doivent faire partie de la Bride (chaîne), sont amenés dès le matin dans la grande cour de la prison de Bicêtre ; ils ont ordinairement passé une partie de la nuit à boire et à chanter*, aussi leur teint est pâle, et ils paraissent ne point devoir supporter les fatigues de la route. Ceux qui ont obtenu soit à prix d’argent, soit parce qu’ils ont la protection de quelques-uns des employés de la prison, une place aux premières loges, et peuvent voir des hommes vêtus d’un habit militaire et l’épée au côté, occupés à choisir et à examiner les colliers qui doivent servir aux forçats. Lorsqu’ils ont achevé leur tâche, ils placent par rang de taille et font asseoir vingt-six individus auxquels ils lâchent les plus dégoûtantes épithètes.

*Il y a toujours parmi les forçats qui doivent faire partie de la chaîne, quelques forçats qui se chargent de faire quelques chansons de circonstance qui sont destinées à charmer les ennuis de la route. Outre ces poésies nouvelles, les condamnés n’oublient pas de chanter quelques-unes de ces vieilles chansons argotiques chantées déjà par plusieurs générations de voleurs, la Marcandière, le Tapis de Montron, par exemple ; mais celles qui obtiennent le plus de succès, celles dont les refrains sont répétés avec une sorte de frénésie, sont celles qui sont destinées à tourner en ridicule la police ou ses agens. La chanson en vogue maintenant dans les bagnes et dans les prisons, est dirigée contre M. Allard, chef de la police de sûreté, et les agens qu’il emploie. Il est inutile de dire que cette chanson ne prouve absolument rien. Aussi je ne donne place ici à quelques-uns de ces couplets que pour donner un échantillon du style épigrammatique des voleurs.
Ce fameux Allard entra,
Sa brigade l’entoura ;
Tous scélérats,
Voyez ces agens,
Ils livreraient leur père
Pour un peu d’argent.
La chaine toute entière
Ne fait qu’un cri :
Ah ! Ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Allard dit à un voleur,
Je suis un homme d’honneur,
C’est un menteur.
On lui a prouvé
Que l’un de ses deux frères,
Depuis peu d’années
Est sorti des galères,
Il en rougit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Les agens vont dés l’matin
Chez un tailleur peu malin,
Louer un frusquin.
Voyez ces friquets
En habit du dimanche,
Ce gueux d’Hutinet,
Et ce gouépeur de Lange
En vieil habit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit, etc., etc.

C’est alors que commence le ferrage. Cette opération fait quelquefois frémir ceux qui en sont spectateurs, car elle est vraiment terrible, et si le marteau ne tombait pas d’aplomb sur le rivet du collier, il est évident que le crâne du condamné serait infailliblement fracassé. Au reste, plusieurs fois des forçats ont été blessés très-grièvement. Lorsque l’opération du ferrage est terminée, et quelle que soit la rigueur de la saison, on fait déshabiller complètement chaque forçat, et les plaisanteries, assaisonnées de quelques coups de bâton, ne leur sont pas épargnées, ce qui paraît réjouir infiniment les grandes dames qui ne quittent pas les fenêtres auxquelles elles sont placées. On distribue alors à tous ceux qui doivent faire le voyage une paire de sabots, des vêtemens de grosse toile grise qui les couvrent à peine ; ensuite vient le perruquier qui taille en échelle les cheveux de chaque forçat, tandis que les argousins coupent le bord des chapeaux et la visière des casquettes.
Quelle que soit la saison, les forçats sont ensuite placés sur les voitures découvertes, attelées chacune de quatre chevaux, qui doivent les conduire au lieu de leur destination. Au signal du capitaine de la chaîne, le triste convoi se met en marche, accompagné de quelques dandys à cheval qui veulent être spectateurs du dernier acte du triste drame qui se joue devant eux, et assister au Grand Rapiot.
Le Grand Rapiot, ou fouille générale, a lieu ordinairement à la fin de la première journée de marche. On fait alors descendre les forçats des voitures sur lesquelles ils sont juchés, on les fait déshabiller, les vêtemens et les fers sont visités avec la plus scrupuleuse attention ; les condamnés sont ensuite fouillés dans les endroits les plus secrets.
Cette opération se fait très-vite et au commandement des argousins. Ceux des forçats qui n’exécutent pas la manœuvre avec assez de promptitude, ou qui se montrent maladroits lorsqu’il faut passer par-dessus le cordon, reçoivent des coups de bâton.
Tousez, Fagots. À ce commandement d’un argousin, les forçats doivent faire leurs nécessités.
Lorsque le cordon est arrivé au lieu où la première nuit doit être passée, on fait entrer deux cents cinquante à trois cents forçats dans une écurie ou dans tout autre lieu semblable, d’une capacité propre à en contenir seulement cinquante ou soixante. Ils trouvent dans cette écurie quinze ou vingt bottes de paille. Des argousins sont placés à toutes les extrémités de cette écurie, et ceux qui sont chargés d’aller relever les factionnaires sont obligés de marcher sur les forçats qui sont étendus sur le sol, et ils les accueillent par des coups de bâton. Le bâton est la logique des argousins.
Si, l’été, un forçat a soif, et qu’il ose demander à boire, un argousin dit aussitôt : « Que celui qui veut boire lève la main. » Le forçat qui n’est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, obéit ; alors, un des argousins de garde se rend auprès de lui, le frappe rudement en lui disant : « Bois un coup avec le canard sans plume, potence. »
Les vivres distribués aux forçats, sont, sauf le pain qui, est assez passable, de très-mauvaise qualité ; le vin est détestable, et la viande n’est autre chose que de sales rogatons.
La manière dont ces vivres sont distribués ajoute encore, s’il est possible, à leur mauvaise qualité. Les baquets qui contiennent la soupe et la viande semblent n’avoir jamais été lavés. Un cuisinier distribue les portions, et compte ainsi les condamnés : « Un, deux, trois, quatre ; voleurs, tendez votre gamelle. » Les forçats obéissent ; et le cuisinier jette dans leur gamelle environ une demi-livre de viande.
La distribution des vivres faite, le chef des argousins fait entendre un coup de sifflet ; le plus grand silence s’établit aussitôt. « Avez vous eu du pain ? — Oui. — De la soupe ? — Oui — De la viande ? — Oui. — Du vin ? — Oui. — Eh bien ! voleurs, dormez ou faites semblant, si vous ne voulez pas recevoir la visite du Juge-de-Paix. » (Le Juge-de-Paix est une longue et grosse trique de bois vert.)
Cet ordre une fois donné, le plus léger bruit excite la colère de MM. les argousins, qui se mettent à une table très-bien servie qu’ils ne quittent que pour aller bâtonner le malheureux forçat auquel la souffrance arrache quelques plaintes.

Voyeur

France, 1907 : On appelle ainsi dans les maisons de tolérance les personnes qui, moyennant rétribution, viennent assister, sans être vues, aux scènes intimes qui se passent dans ces établissements. Des ouvertures habilement ménagées dans les cloisons permettent Aux amateurs de ces genres de spectacle, et ils sont nombreux, de s’ébaudir sans que les acteurs en scène se doutent de leur présence.

Le noble marié s’empressa de reprendre la fête interrompue par la débine. Seulement, il ne voulait pas la faire seul. Il offrit à son épouse de l’accompagner. Celle-ci accepta, deux jours à après le mariage. Il la conduisit dans une arène d’amour, où, sous les yeux du couple voyeur les acrobates de l’endroit se livrèrent à cette surprenante et voluptueuse gymnastique. La chaste comtesse parut, dit-elle, un peu étonnée mais le maire lui avait dit, en la mariant, que la femme doit suivre son mari.

(Ed. Lepelletier, Écho de Paris)

Le voyage de noces, qui constituait naguère encore une des plus inévitables formalités du mariage, est aujourd’hui complètement tombé en désuétude ; c’est, je crois, depuis que les wagons de chemins de fer sont munis de petits carreaux triangulaires, évidemment créés pour donner satisfaction aux coupables instincts des vieillards répugnants que leurs tendances contemplatives font appeler des voyeurs.

(Gil Blas)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique