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Aristo

Larchey, 1865 : Aristocrate.

C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.

(D’Héricault)

Delvau, 1866 : s. des deux g. Apocope d’Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois, Réactionnaire, etc., — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l’excellent, άρίστοσ. Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

Rigaud, 1881 : Aristocrate — Pour l’ouvrier, un aristo est le monsieur qui porte des gants gris-perle ; pour le voyou, c’est l’ouvrier qui se paye un cigare de dix centimes ; pour le pégriot, c’est le voyou qui vient de ramasser un cigare à moitié fumé.

France, 1907 : Apocope d’aristocrate, nom généralement donné par les ouvriers aux bourgeois.

Ci-devant

Delvau, 1866 : s. m. Noble.

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — qui a été jeune.

France, 1907 : Nom donné aux aristocrates à l’époque de la Révolution ; sous-entendu comte, marquis, duc.
Se dit aussi d’un homme âgé, sous-entendu jeune. Un ci-devant.

Fripouillard, fripouille

France, 1907 : Canaille, vaurien, individu cynique et grossier, fainéant et propre à rien ; du vieux mot fripaille, dérivé de friperie.

Contre le goss’ levant la patte,
La levrett’, — cett’ chienn’ de salon ! —
Avec un’ morgu’ d’aristocrate
Lui compiss’ tout son pantalon.
Le gamin sent l’pipi qui l’mouille,
I’ s’retourne, i’ fait du potin…
Mais de la levrett’ le larbin
Le trait’ de p’tit gouape et d’fripouille !

 

… Comme tous les fripouillards de son espèce, ce ministre payait ses dettes avec des morceaux de ruban…

(Rochefort)

Fromage (manger du)

Rigaud, 1881 : Bisquer, rager. Les enfants disent entre eux en ratissant un de leurs doigts sur l’autre : Tu bisques, tu rages, tu manges du fromage.

Victoire ! foutre ! victoire ! aristocrates, que vous allez manger du fromage !

(Le Père Duchêne)

Jacobin

Delvau, 1866 : s. m. Révolutionnaire, — dans l’argot des bourgeois, qui singent les aristocrates.

Virmaître, 1894 : Pince à l’usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). V. Monseigneur. N.

Rossignol, 1901 : Pinces en fer à l’usage des voleurs pour commettre les effractions.

Hayard, 1907 : Pince de cambrioleur.

France, 1907 : Pince-monseigneur.

France, 1907 : Sectaire à idées étroites : énergumène intransigeant, ce que les ouvriers appellent un pur. On les connaît ! Le docteur Grégoire a peint les Jacobins en deux mots dans ses Turlutaines : « Jamais hommes n’ont eu plus horreur de la tyrannie… des autres. »

Voilà une véritable physionomie de jacobin. C’est vous dire que jamais figure n’aura été plus dépourvue de noblesse. Le front n’a rien d’élevé, il fuit vers les tempes. Une pâleur livide s’étend sur les joues creuses.

(Charles de la Varenne)

Japonisme

France, 1907 : Engouement pour le Japon ou plutôt pour les bibelots venant du Japon.

Aristocrate de goût et d’allure, épris de tous les raffinements d’art et fervent du dix-huitième siècle et du japonisme, qu’il mit quarante ans de sa vie à imposer à la mode, et, par la seule force de sa passion artiste, devenu inconsciemment le directeur des consciences et du goût, M. de Goncourt était vraiment le dernier gentilhomme de lettres que possédât encore une société où tous les snobs du monde se piquent d’écrire.

(Jean Lorrain)

Lécheuses de guillotine

France, 1907 : Nom donné en 1793 aux mégères qui accouraient aux exécutions des aristocrates.

Quand le bourreau arracha le voile rouge qui couvrait ses épaules, elle apparut si imposante dans sa beauté de marbre, que les lécheuses ce guillotine, payées pour applaudir, restèrent la bouche ouverte et les mains suspendues, muettes d’admiration.

(G. Lenotre, Les Sainte-Amaranthe)

Oreilles de chien

France, 1907 : Un des sobriquets donnés aux petits jeunes gens appartenant à la jeunesse, dite dorée, du Directoire.

Au commencement de l’an III, quand les patriotes furent écrases et qu’il n’y eut plus qu’à piétiner sur les vaincus, les crevés sortirent de leurs trous et promenèrent dans les sections leurs faces blêmies par la débauche et la peur, cette peur implacable du lâche et du corrompu ; ils se joignirent aux petits émigrés cachés chez les filles, aux élégants de contrebande travestis en aristocrates sous le sobriquet de jeunesse dorée… et toute cette canaille élégante régna sur Paris, au nom de la modération et du bâton plombé, assommant les patriotes quand ils étaient vingt contre un, et fouettant leurs femmes, aux applaudissements des nymphes… Dès cette époque, et bien avant déjà, la petite coterie s’était renforcée de l’élément plébéien dans une forte proportion ; car les petits du bourgeois ont toujours aimé jouer au gentilhomme. Cette coalition forma ce bataillon de singes qu’on a tour à tour nommés : muscadins, jeunes gens, jeunesse dorées, cadenettes, peignes retroussés, incroyables, merveilleux, oreilles de chien, et, sous le Directoire, pourris (ce mot-ci est bien aussi pittoresque que les nôtres).

(Louis Combes, Curiosités révolutionnaires)

Raca

France, 1907 : Synonyme de merde. Mot syriaque exprimant une grossière injure et que l’on trouve dans l’Évangile. De raca l’on a fait racaille.

L’étudiant est devenu aristocrate, mais de cette vilaine aristocratie du parvenu, c’est-à-dire la morgue et l’insolence unies ensemble, la fusion de l’égoïsme et de la sottise, le mariage incestueux des petites idées et des petites vanités…
Cette classe de jeunes homes qui ont jeté par-dessus les moulins le peu qui restait encore de principes incontestés, de traditions religieusement conservées, ont arboré un drapeau honteux qu’ils suivent la tête haute, comme s’il y avait lieu d’en être fier. Ils ont commencé par se compter, par passer en revue leur armée ; puis ils ont dit : « Toi, combien as-tu ? — Tant. — Il t’est permis d’être des nôtres ! » — « Toi, que possèdes-tu ? — Tant. — Arrière !… Raca ! »

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne)

Rebour

Vidocq, 1837 : s. m. — Déménagement furtif. Beaucoup de gens ont contracté l’habitude de ne jamais payer de loyers, et ils sont prêts à traiter d’aristocrate, d’ogre, d’homme barbare, leur propriétaire, lorsqu’il leur demande le montant des loyers échus. Si le prêtre doit vivre de l’autel, le propriétaire doit vivre de sa maison. Aussi, je crois devoir leur indiquer quelques-unes des ruses employées par ceux qui déménagent sans payer.
Un individu annonce au portier, quelques jours avant celui du déménagement, qu’il attend une certaine quantité de caisses pleines de marchandises. Au jour indiqué, les caisses arrivent en effet, et le portier, selon l’ordre qu’il en a reçu, les fait monter chez le locataire. Celui-ci vide les caisses qui ne contiennent que des pierres et de la paille, démonte ses meubles et les met à la place des pierres. Cela fait, il referme artistement les caisses, qui sortent de la maison comme elles y étaient entrées.
Le déménagement à Rebours proprement dit, s’exécute de cette manière. Le locataire introduit chez lui, à l’insu du portier, trois ou quatre commissionnaires qui lui sont dévoués. L’un prend le lit, l’autre le secrétaire, le troisième la commode, et ainsi chargés, ils descendent l’escalier à reculons, et dans le plus profond silence. Arrivés à proximité de la loge du portier, le plus éloigné crie à ses camarades : « Eh ! chacrebleu, che n’ai pas ici que nous avons affaire. — Je te dis que c’est ici, lui répond un autre, che reconnais bien l’escalier. — Et non. — Et si. » Grande dispute. Le portier met la tête à son carreau et demande aux commissionnaires ce qu’ils désirent. « N’est-ce pas ici le no 32, lui demande l’un d’eux. — C’est ici le no 30, répond le portier. — Mille pardons, Monsieur, nous nous étions trompés de numéro, voilà tout. »

Sans beurre

Rigaud, 1881 : Chiffonnier aristocrate.

Sans beurre ou chiffonniers aristocrates

Vidocq, 1837 : Le cabaret du Pot blanc, situé à proximité de la barrière de Fontainebleau, est le rendez-vous de ces hommes qui parcourent les rues de Paris le crochet à la main, la hotte sur le dos, et qui quelquefois sont munis d’une lanterne, non pas comme Diogène pour chercher un homme qu’ils ne trouveraient pas dans la rue de la moderne Babylone, mais pour chercher, calembourg à part, des loques à terre.
Les mœurs de ces individus sont de nature à être peintes. Malgré leur amour pour l’égalité des rangs, et la liberté, ils n’en sont pas moins de véritables despotes, des aristocrates s’il en fût.
Les chiffonniers se sont classés suivant leur rang, leur fortune, et le genre qu’ils ont adopté. Ceux qui possèdent un hoteriot en bon état, un crochet dont le manche est propre et luisant forment la première classe ; ceux qui appartiennent à la seconde n’ont qu’un mannequin assez propre ; ceux qui appartiennent à la troisième ne possèdent qu’une vieille serpillère dans laquelle ils mettent ce qu’ils ramassent.
Ce n’est pas seulement dans l’exercice des fonctions que la distinction a lieu, elle existe aussi au Pot blanc, et pour ne point mettre leur hoteriot en contact avec les mannequins et les serpillières, les chiffonniers de la première classe se sont emparés de la plus belle, ou plutôt de la moins vilaine pièce du Pot blanc : elle leur appartient exclusivement, et pour bien indiquer sa destination, ils l’ont nommée la Chambre des Pairs. Les porteurs de mannequins, à leur exemple, se sont emparés d’une autre pièce qu’ils ont nommée la Chambre des Députés. Les membres de la troisième classe ont donc été forcés de se contenter de celle dont n’ont point voulu les deux autres, el ils l’ont nommée : la Réunion des vrais Prolétaires.
L’étiquette étant ainsi réglée, les membres d’une chambre n’oseraient entrer dans celle destinée à une catégorie à laquelle ils n’appartiennent pas ; ils sont très-retenus, et par conséquent très-sévères envers celui qui pénètre dans le sanctuaire sans y être appelé.
À l’entrée de chaque salle sont rangés les hoteriots, les mannequins, et les serpillières ; les crocs ont aussi leur place.
Le vin qu’on boit au Pot blanc n’a pas été composé avec le jus de la treille ; mais, tel qu’il est, il paraît fort bon aux habitués ; il est servi dans un pot de terre que ces Messieurs nomment petit père noir, et extrait d’un broc omnibus auquel ils ont donné le nom de Moricot. Des filles d’une tournure toute particulière servent une gibelotte équivoque, du bœuf à la mode, ou d’autres mets de cette espèce, mais elles en exigent la valeur avant même de déposer le plat sur la table. On voit souvent les consommateurs venir rendre au comptoir les brocs, pots et verres, et boire jusqu’à concurrence de la somme déposée en garantie de ces objets ; le comptoir est un lieu franc où fraternisent les membres des trois catégories.

Talon rouge

Larchey, 1865 : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse.

Tous les talons rouges de l’ancien régime qui trahissent le peuple.

(1793, Hébert)

Delvau, 1866 : s. m. Aristocrate. Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.

France, 1907 : Élégant, distingué, aristocrate.
Dans l’ancienne cour, tous les hommes présentés (c’est-à-dire ceux qui montaient dans les carrosses du roi) avaient des souliers à talons rouges. De là est venue l’expression talon rouge, qui, par une assimilation facile à saisir, signifiait homme de cour, homme présenté, homme montant dans les carrosses du roi.

Un des phénomènes sociaux qui ne consternent le plus par les temps troublés que nous traversons, c’est la disparition de ces belles manières qui firent longtemps à la France une réputation méritée.
Hélas ! en fait de talons rouges, il ne reste plus que ceux des garçons d’abattoir.

(Alphonse Allais)

On dit aussi d’un libertin qu’il est talon rouge, allusion aux mœurs relâchées des anciens seigneurs.
D’après un article de Lucius dans la Liberté du 9 juillet 1866, le talon rouge descendrait des Romains. « Le sénat, dit-il, étant le conseil de la noblesse, les sénateurs portaient le costume distinctif de la noblesse romaine : la tunique à large bande de pourpre et par-dessus la toge, également à large bande rouge, l’anneau d’or au doigt, et au pied la bottine de pourpre, dont le rouge, de plus en plus rétréci, a fini, chez nous, par se réfugier au talon de notre noblesse, proportion à peu près équivalente à celle dans laquelle le français est resté latin. »

Voyoutados, voyoucratados

France, 1907 : Cigare d’un sou. On dit aussi crapulos.

Il y aura toujours plus de fumeurs de voyoucratados à un sou que d’aristocratès à un franc.

(Le Voltaire)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique