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Argument

Delvau, 1864 : Pousser un argument naturel et irrésistible ; c’est-à-dire une déclaration d’amour, sous la forme d’un bon vit — dans un bon con, qui ne trouve rien à redire à cela.

Sans brusquer une fillette,
Moi j’attends patiemment
Qu’elle soit bien en goguette
Pour pousser mon argument.

(E. C. Piton)

Côté (être à)

France, 1907 : Traiter un sujet par des arguments qui n’y ont aucun rapport, s’éloigner de la question.

Cul (être à)

Rigaud, 1881 : Être ruiné. C’est-à-dire être à cul nu. L’expression est vieille. Signifiait primitivement être à bout d’arguments. D’après La Monnoye, l’expression dérive d’acculer, coller contre le mur, le cul contre le mur.

Il tint contre tous les régents et orateurs et les mit de cul.

(Rabelais, livre II.)

Darwinisme

France, 1907 : Doctrine de Charles Darwin sur l’Origine des espèces. Ce célèbre naturaliste explique la formation graduelle des individus, animaux et végétaux, ayant une origine commune et se modifiant insensiblement à travers les âges, par suite de l’influence des milieux et des sélections, de façon à former non seulement des variétés, mais des espèces différentes. Cette doctrine fut le signal d’un mouvement dont on trouverait peu d’exemples dans l’histoire de la pensée. La descendance animale de l’homme que Darwin n’ose reconnaître ouvertement, mais que tous ses écrits font pressentir, souleva le clergé tout entier contre l’auteur de l’Origine des espèces, qui portait un coupe mortel à l’argument décisif de toutes les religions, celui des causes finales, démontrant l’existence d’un Dieu intelligent. De leur côté, les socialistes prirent comme mot d’ordre les formules du naturaliste anglais, d’où ils tirèrent le terrible axiome de notre société moderne : « Struggle for life » (la lutte pour la vie).

Démoc-soc

Larchey, 1865 : Démocrate socialiste. — Abréviation.

Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.

(Chenu)

Rigaud, 1881 : Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.

France, 1907 : Double abréviation de démocrate socialiste.

Nous savons que la Patti affectait un dédain tout aristocratique — avant d’être Mme Nicolas, elle était marquise, s’il vous plaît ! — pour notre France de démocs-socs : elle avait refusé énergiquement de chanter chez nous tant que nous serions en République ; elle a fini par céder. On avait employé, il est vrai, vis-à-vis d’elle, l’argument de la duchesse de Bouillon. Elle a fini par dire, elle aussi, à mesure qu’on augmentait la somme : « Vous m’en direz tant ! »

(Edmond Lepelletier)

Ergoter

d’Hautel, 1808 : Parler finement, argumenter ; chicaner, contester, trouver à redire à tout.
C’est un luron ergoté. C’est-à-dire, qui sait se tirer d’affaire, que rien n’embarrasse.

Espérances (avoir des)

France, 1907 : Compter sur la mort de ses parents pour jouir de ce qu’ils peuvent vous laisser. Argument à l’appui de ceux qui prétendent que l’héritage est immoral.

Être à quia

France, 1907 : Être dans une situation désespérée ; ne plus savoir ni que dire, ni que faire : être à bout d’arguments. Cette expression vient des disputes théologiques du moyen âge où les logiciens, embarrassés et ne sachant plus que répondre, disaient comme les femmes quia (parce que) pour toute raison. On trouve dans Regnier :

Par hazard disputait, si quelqu’un luy réplique
Et qu’il soit à quia : « Vous êtes hérétique. »

Il est à remarquer, en effet, que les gens à quia sont toujours disposés à dire des injures.

Faramineux ou pharamineux

France, 1907 : Étonnant, stupéfiant.

Y a pas jusqu’aux prolos qui, à vous entendre, perdraient au change avec la Sociale : il leur serait impossible de travailler sans patrons, — comme à cet autre de vivre sans coups de pied au cul… Et puis, y a l’argument faramineux : il faudrait nourrir les feignants à rien foutre.

(Le Père Peinard)

Galopin

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux enfans qui courrent les rues, aux petits polissons ; sobriquet injurieux quand il s’attribue à un homme, et qui équivaut à manant ; individu qui n’a aucune recommandation personnelle.
Un galopin de cuisine. Un marmiton, un tourneur de broche ; celui qui exerce les plus bas emplois dans une cuisine.

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des ouvriers. Mauvais sujet, — dans l’argot des bourgeois. Impertinent, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Apprenti, terme d’amitié dont se servent les ouvriers pour stimuler le zèle de l’apprenti.

Fustier, 1889 : Petit verre de bière.

France, 1907 : Petit verre de bière que l’on sert aux gens qui viennent dans un café, on un café chantant, non pour consommer, mais four simplement s’asseoir, écouter ou causer avec un camarade. Le galopin se paie aussi cher que le bock ordinaire. Chez Bruant, on sert à l’usage du patron maints galopins. Galopin est aussi une petite mesure de vin, environ un demi-setier.

France, 1907 : Polisson, apprenti. Primitivement c’est le petit garçon qui fait des commissions, qui galope. On donnait autrefois le nom de galopin aux chirurgiens sous-aides-majors des régiments. S’emploie au féminin pour désigner une fillette vive, éveillée et pas bégueule.

Voilà de singuliers arguments à donner, et vous n’y pensez pas, méchante galopine ! Un pied de nez vous me faites ? Et vos lèvres de cerises me tendent une moue à baiser. Pour que je vous pardonne, n’est-ce pas ? Eh bien ! soit, mignonne, car la morale que je vous prêchais, elle m’est odieuse. Et vous seule avez raison, coureuse d’aventures, amoureuse des hasards, immortelle et délicieuse petite Brin-de-Mai !

(Jean Richepin)

Inter pocula

France, 1907 : En buvant ; littéralement : au milieu des coupes. On dit aussi in poculis.

Et le nouveau palefrenier du cirque Balbi plaida si bien sa cause, il sut trouver de tels arguments en sa faveur, que deux heures plus tard les trois associés déjeunaient plantureusement dans l’une des salles réservées du Café du Sauvage, et que, les coudes sur la table, inter pocula, on scellait et arrosait la nouvelle association…

(Georges Pradel, Dent pour dent)

Jaunet

d’Hautel, 1808 : Des jaunets. Pour dire des louis ; la pluie d’or ; argument auquel rien ne résiste ; qui d’un fat fait un honnête homme, et après lequel enfin tant de pauvres humains soupirent.

Larchey, 1865 : Pièce d’or.

Un seul regret, celui de n’avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets.

(Paillet)

Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’or de vingt francs, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Jauniau. Au XVIIe siècle, on disait Rouget.

France, 1907 : Pièce d’or.

Et, en attendant, il grêlait des sous, des francs, des roues de cinq balles, des jaunets, et aussi des cigares, des oranges, et il tourbillonnait encore des mouchoirs de dentelles, et des cravates de soie claire et des foulards, et des écharpes, qui venaient battre de l’aile autour du chanteur comme un vol caressant de grands papillons multicolores.

(Jean Richepin)

D’jaunets tu vas meubler ma poche,
Afin de rigoler à mort.

(Festeau)

Merde

d’Hautel, 1808 : De la merde à Marie-Gaillard, ou du prince d’Orange. Les écoliers apellent ainsi une espèce de mélasse, que les épiciers vendent en cornet, et dont ils sont très-friands.
Merde. Mot ignoble et grossier, dont le bas-peuple se sert dans un sens négatif ; pour dire qu’ou ne se soumettra pas à une chose que l’on exige.
Plus on remue la merde plus elle pue. Signifie qu’il ne faut pas approfondir une matière dégoûtante, une affaire déshonnête.
Aux cochons la merde ne pue pas. Pour dire que l’on peut parler de choses sales, devant les personnes malpropres, ou d’une condition vile.
Un maître de merde, un auteur de merde. Expression basse et injurieuse, pour dire qu’on ne fait nil cas de son maître, d’un auteur, d’une personne quelconque.
On dit ignoblement, et par mépris, d’un homme brusque et grossier, d’un butord, qu’il est poli comme une poignée de merde.

Larchey, 1865 : « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif. » — d’Hautel, 1808. — V. Cambronne. — Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors ! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n’y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.

Rigaud, 1881 : Exclamation qui sert à désigner le nec plus ultra de l’indignation ou de la colère, ou du découragement. (Voir les Misérables de V. Hugo.)

Rigaud, 1881 : Le fond de la langue française parlée par le peuple des faubourgs qui a toujours ce mot plein la bouche.

Rigaud, 1881 : Personne faible de caractère.

Virmaître, 1894 : À bout d’argument, dans le peuple, on dit :
— Merde, est-ce français ?
C’est-à-dire : Me comprends-tu ?
Ce à quoi on répond :
— Goûtes tes paroles.
— Tu peux te retourner et te mettre à table.
— S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). N.

Mince, mince que

Rigaud, 1881 : Je crois bien, comment donc, certainement que. — Mince que je voudrais le voir. — Mince qu’il est bate.

Mince que t’as raison.

(J. Lermina, Les Chasseurs de femmes, 1879)

Vous avez des places ? — Mince ! si j’ai des places ? Une loge de face.

(Le Gavroche, 1879)

Les voyous emploient encore le mot mince comme synonyme du fameux mot de Cambronne, à la fin d’une phrase, comme argument décisif : Ah ! mince alors.

Moine (l’habit ne fait pas le)

France, 1907 : Ce ne sont ni les apparences ni la parure qui font l’honnête homme. Ce dicton, qui est très ancien, se trouve sous différentes formes dans les fabliaux du XIIIe siècle : Li abis ne fait pas l’ermite ; Li abis ne fait pas le religieux ni la bonne conscience : Tous ceulx ne sont pas clercs qui en portent le semblant, ne chevaliers qui portent espérons. Dans son Prologue, Rabelais écrit : « Vous mesmes dictes que l’habit ne fait pas le moine, et tel est vestu d’habit monachal qui au dedans n’est rien moins que moine. »

Tel a robe religieuse,
Doncques il est religieux,
Cet argument est vicieux
Et ne vault une vieille gaine,
Car la robe ne fait le moyne.

(Le Roman de la Rose)

Le moyen âge s’est fort moqué des moines, et non sans raison, et les dictons qui les tournent eu ridicule ou les flagellent abondent. Citons-en quelques-uns. La vue d’un moine était de mauvais augure, d’où bailler le moine pour signifier porter malheur à quelqu’un. « C’est une méchante chair que de moine, encore vaut-elle pis que d’abbé. » « Il n’est envye que de moyne. » « Pour un moine faut couvent de filles. »

Le moine, la none et la béguine
Sont fort pires que n’en ont la mine.

« Grand navire veult grand’eau et gros moine gros veau. »

Mieux vaut gaudir de son patrimoine
Que le laisser à un ribaud moine.

Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent bêtes

France, 1907 : Le Roux de Lincy, d’accord avec d’autres étymologistes, affirme que ceux qui font remonter ce dicton à Jules César ne méritent même pas d’être réfutés. Leur argument est que Grosley de Troyes, qui a écrit au sujet des proverbes une dissertation fort spirituelle, ne daigne pas parler de l’opinion généralement reçue. Le savant troyen dit seulement que l’épithète de sots, balourds, lourdiers a été donnée de tout temps aux Champenois, qu’on la trouve dans les Contes de la reine de Navarre et que telle est probablement l’origine de cet offensant dicton. Comme il n’y a pas plus de certitude d’un côté qui de l’autre, nous préférons nous en tenir à la version qui a le double mérite d’être amusante et de ne pas choquer les susceptibilités légitimes des gens dont un autre vieux dicton dit :

Teste de Champagne n’est que bonne,
Mais ne la choque point…

Voici la version première. À l’époque où Jules César fit la conquête des Gaules, le principal revenu de la Champagne consistait en moutons. César établit un impôt en nature ; mais, voulant favoriser les petits propriétaires et par suite le commerce de la province, plus intelligent en cela que beaucoup de nos législateurs modernes, il établit une sorte d’impôt proportionnel, exemptant d’une certaine taxe tous les troupeaux au-dessous de cent têtes. Les Champenois formèrent alors leurs troupeaux de quatre-vingt-dix-neuf moutons, ce que voyant les officiers du fisc déclarèrent que désormais le berger serait compté comme tête de bétail, et par conséquent chaque troupeau de quatre-vingt-dix-neuf moutons paierait, y compris le berger, comme s’il y avait cent bêtes.

Quia (à)

France, 1907 : On dit de quelqu’un qu’il est à quia lorsqu’il ne sait plus que répondre, qu’il est à bout d’arguments. Quia signifie en latin parce que.

Raté

Virmaître, 1894 : Manquer une affaire, rater un coup… de fusil, un examen. D’un homme petit, on dit : il est raté. En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète. Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté. En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu qui n’a pas réussi dans sa carrière, dans ses entreprises ; fruit sec.

D’où vient le politicien ? C’est un fruit sec de la magistrature ou du barreau, un raté de l’industrie ou du commerce. Toujours ses origines sont équivoques, et il entra dans les affaires publiques comme un loup affamé, cherchant une proie. Ses dents aiguës ont faim de fonctions lucratives ; il guette les trafics suspects où il pourra s’immiscer grâce à la magistrature élective et réussir par son influence et sa situation à palper de grosses redevances.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Ce mot s’emploie adjectivement : vie ratée, profession ratée.

C’est le Parlement, me dit-il… Cette assemblée se compose de hâbleurs, que le peuple nomme sans les connaître, car, comme tous les pays de tyrannie, celui-ci possède le suffrage universel. À une date fixée par le Code, les murs se couvrent d’affiches portant les noms des candidats. La plupart sont des médecins ratés, que leurs collègues, désireux de les apaiser par des sinécures honorifiques, proposent à l’élection. En réalité, ce Parlement n’a pas plus d’influence que les éphémères gouvernements et ministres qu’il se donnes.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

M. Renan a écrit quelque part qu’au moment du Jugement dernier, quand le Seigneur l’interrogerait, il imaginerait pour sa défense des arguments tellement subtils qu’il était certain de le convaincre de l’excellence de sa cause. C’est que le grand écrivain demeura toujours, comme on a dit joliment, un curé raté.

(Francis Chevassu)

Se couper

Larchey, 1865 : Se contredire, couper ses propres arguments.

Trique

Halbert, 1849 : Cabriolet.

Halbert, 1849 : Dents.

Delvau, 1866 : s. f. Canne, bâton, gourdin, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tricot ; d’où la loi du Tricot, pour signifier l’Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.

Virmaître, 1894 : Surveillance. Casser sa trique, rompre sa surveillance. Triquer (Être) : être condamné à la surveillance. Allusion ancienne, quand autrefois les condamnés étaient pendant cinq ou dix ans sous la trique des argousins (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Surveillance de la haute police, remplacée par l’interdiction de séjour.

Hayard, 1907 : Surveillance.

France, 1907 : Dent. Trique à gueule, cuillère.

France, 1907 : Raclée, correction. Administrer une trique, battre.


Argot classique, le livre • Telegram

Dictionnaire d’argot classique