d’Hautel, 1808 : Qui a le gousset garni d’argent, qui est à son aise. On n’emploie guère ce mot que dans un sens négatif : Je ne suis guère argenteux pour le moment. Pour dire que l’on ne possède pas beaucoup d’argent dans l’instant où l’on parle.
Argenteux
Blancharde
Rossignol, 1901 : Argenterie.
Blanqueter
France, 1907 : Argenter.
Blanquetier
France, 1907 : Argenteur.
Blanquette
Ansiaume, 1821 : Argenterie.
Il a au moins 30 plombes de blanquette dans une marmotte.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Argenterie.
Vidocq, 1837 : s. f. — Argenterie.
Larchey, 1865 : Argenterie (Vidocq). — Allusion à la blancheur de son éclat.
Delvau, 1866 : s. f. Argenterie, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Argenterie, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Argenterie.
Virmaître, 1894 : Argenterie (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Argent.
Hayard, 1907 : Argenterie.
France, 1907 : Pièce d’argent, ou plat d’argent.
Elle ne fourgue que de la blanquette, des bogues et des broquilles. C’est dommage, car c’est une bonne bougresse.
(Vidocq)
Blanquetté
Vidocq, 1837 : adj. — Argenté.
Blanquette, blanquette taroquée
Clémens, 1840 : Argenterie, idem marquée.
Bonjourier, ou chevalier grimpant
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur au bonjour. La Gazette des Tribunaux a souvent entretenu ses lecteurs des Bonjouriers ou Chevaliers Grimpans ; les vols au bonjour, à la tire, à la détourne, qui peuvent être classés dans la catégorie des délits simples, justiciables seulement de l’article 401 du Code Pénal, sont ordinairement les premiers exploits de ceux qui débutent dans la carrière ; aussi la physionomie des Bonjouriers, des Tireurs, des Détourneurs n’a-t-elle rien de bien caractéristique. Le costume du Bonjourier est propre, élégant même ; il est toujours chaussé comme s’il était prêt à partir pour le bal, et un sourire qui ressemble plus à une grimace qu’à toute autre chose, est continuellement stéréotypé sur son visage.
Rien n’est plus simple que sa manière de procéder. Il s’introduit dans une maison à l’insu du portier, ou en lui demandant une personne qu’il sait devoir y demeurer ; cela fait, il monte jusqu’à ce qu’il trouve une porte à laquelle il y ait une clé, il ne cherche pas long-temps, car beaucoup de personnes ont la détestable habitude de ne jamais retirer leur clé de la serrure ; le Bonjourier frappe d’abord doucement, puis plus fort, puis encore plus fort ; si personne n’a répondu, bien certain alors que sa victime est absente ou profondément endormie, il tourne la clé, entre et s’empare de tous les objets à sa convenance ; si la personne qu’il vole se réveille pendant qu’il est encore dans l’appartement, le Bonjourier lui demande le premier nom venu, et se retire après avoir prié d’agréer ses excuses ; le vol est quelquefois déjà consommé lorsque cela arrive.
Il se commet tous les jours à Paris un grand nombre de vols au bonjour ; les Bonjouriers, pour procéder plus facilement, puisent leurs élémens dans l’Almanach du Commerce ; ils peuvent donc au besoin citer un nom connu, et, autant que possible, ils ne s’introduisent dans la maison où ils veulent voler, que lorsque le portier est absent ; quelquefois ils procèdent avec une audace vraiment remarquable ; à ce propos on me permettra de rapporter un fait qui s’est passé il y a quelques années. Un Bonjourier était entré dans un appartement après avoir frappé plusieurs fois ; et, contre son attente, le propriétaire était présent, mais il était à la fenêtre, et paraissait contempler avec beaucoup d’attention un régiment qui passait dans la rue, enseignes déployées et musique en tête, il venait probablement de se faire la barbe, car un plat d’argent encore plein d’eau était sur le lavabo placé près de lui ; les obstacles ne découragent pas le Bonjourier, il s’approche, prend le plat, le vide et sort : le domicile du receleur n’était pas éloigné, et il est à présumer que le plat à barbe était déjà vendu lorsque son propriétaire vit qu’il avait été volé. L’auteur de ce vol, qui s’est illustré depuis dans une autre carrière, rira bien sans doute si ce livre tombe entre ses mains.
Rien ne serait plus facile que de mettre les Bonjouriers dans l’impossibilité de nuire ; qu’il y ait dans la loge de chaque concierge un cordon correspondant à une sonnette placée dans chaque appartement, et qu’ils devront tirer lorsqu’un inconnu viendra leur demander un des habitans de la maison. Qu’on ne permette plus aux domestiques de cacher la clé du buffet qui renferme l’argenterie, quelque bien choisie que soit la cachette, les voleurs sauront facilement la découvrir, cette mesure est donc une précaution pour ainsi dire inutile : il faut autant que possible garder ses clés sur soi.
Lorsqu’un Bonjourier a volé une assiette d’argent ou toute autre pièce plate, il la cache sous son gilet ; si ce sont des couverts, des timbales, un huilier, son chapeau couvert d’un mouchoir lui sert à céler le larcin. Ainsi, si l’on rencontre dans un escalier un homme à la tournure embarrassée, tournant le dos à la rampe, et portant sous le bras un chapeau couvert d’un mouchoir, il est permis de présumer que cet homme est un voleur. Il serait donc prudent de le suivre jusque chez le portier, et de ne le laisser aller que lorsqu’on aurait acquis la certitude qu’il n’est point ce qu’il paraît être.
Les Grinchisseurs à la desserte sont une variété de Bonjouriers, dont il sera parlé ci-après. (Voir Grinchir à la desserte.)
Cire (vol à la)
Rigaud, 1881 : Ce vol était cultivé avec un certain succès dans les restaurants de premier ordre, avant l’invention du ruolz. Un voleur s’attablait, escamotait un ou deux couverts d’argent, les collait sous la table au moyen d’un emplâtre de poix ou de cire, et un compère était chargé de vernir les recueillir. Depuis, le même procédé s’est renouvelé, avec une variante, dans les établissements où le ruolz n’avait pas encore remplacé l’argenterie. Les filous se chargeaient de la substitution. Aujourd’hui que tous les restaurants emploient le ruolz, ces aimables industriels ont dû chercher autre chose. Ils n’ont pas été loin. Ils emportent le ruolz.
France, 1907 : Ce genre de vol est maintenant rare depuis que, dans les restaurants les plus luxueux, le ruolz a remplacé l’argenterie. Le voleur procédait ainsi : il plaquait sous la table où on le servait le plat d’argent préalablement enduit de cire, puis s’en allait. Si l’on remarquait la disparition de l’objet et qu’on l’accusât, il s’indignait, demandait à être fouillé et finalement recevait les excuses du patron. Bientôt après, un compère s’asseyait à la même table et décollait l’objet.
Cireur
Virmaître, 1894 : Vol à la cire. Voleur qui barbotte les couverts dans les rares restaurants où l’on se sert encore d’argenterie. Il s’attable, déjeune tranquillement, puis, profitant du mouvement occasionné par le service, il colle adroitement avec de la cire un couvert sous la table, puis s’en va tranquillement. Quelques instants plus tard un complice vient s’asseoir à la même table et fourre le couvert dans sa poche. Ce vol est sans danger, si on s’aperçoit de la soustraction, le voleur demande que l’on le fouille, comme on ne trouve rien on lui fait des excuses (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur à la cire.
Cliché
Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.
Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.
(Figaro)
Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.
Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.
Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.
France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.
Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.
(Armand Silvestre)
Conseiller (vaiselle de)
Rigaud, 1881 : Argenterie volée, — dans l’ancien argot.
Désargenter
France, 1907 : Être sans argent.
Quand on est désargenté, on se la brosse, et l’on ne va pas se taper un souper à l’œil.
(Mémoires de Vidocq)
J’avais donc, en courant de fredaine en fredaine,
Ruiné mes parents, qui sont morts à la peine,
Et c’est bien fait pour eux, ils m’avaient trop gâté,
Enfin, lorsque je fus par trop désargenté,
— Hélas ! j’avais vendu mes dernières dépouilles
Pour une autre boisson que celle des grenouilles ! –
Voulant continuer mon état de rentier,
Car je l’aimais, je fis plus d’un sale métier.
(Barrillot, La Mascarade humaine)
Desserte (vol à la)
France, 1907 : S’introduire en costume de cuisinier dans une maison où l’on donne un grand dîner et s’emparer de l’argenterie.
Être argenté
Delvau, 1866 : v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser le menuet sur le comptoir du marchand de vin. Être désargenté. N’avoir plus un sou pour boire.
Être argenté ou désargenté
France, 1907 : Avoir ou ne pas avoir d’argent en poche.
Ginglet, ginglard, ginguet
Rigaud, 1881 : Par altération de guinguet qu’on appelait vulgairement au XVIIe siècle
chasse-cousin
En avalant du vin délicieux, tandis que vous ne buvez que du gin-guet.
(P. d’Ablancourt, Dialogues de Lucien, 1637)
Guinguette est un dérivé de guinguet — Les vins de Suresnes et d’Argenteuil sont les types du ginglard. Au XVIe siècle, on disait ginguet, pour désigner un vin vert ; le dictionnaire de l’Académie donne à ginguet la signification de petit vin faible.
Goupiner à la desserte
France, 1907 : Voler de l’argenterie, aux approches du dîner, au moment où l’on vient de la poser sur la table, dans les grandes maisons où l’on attend des convives.
Grinchir
Ansiaume, 1821 : Voler.
Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.
Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.
un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.
Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
Grinchir à la limonade
France, 1907 : Se faire servir un repas dans une chambre garnie et disparaître avec l’argenterie.
Lançon
France, 1907 : Élancement, douleur subite et aiguë, mais de peu de durée. Quand le temps va changer, les cors aux pieds donnent des lançons.
France, 1907 : Sorte de petit éperlan aux reflets argentés qui se pêche sur les côtes de Bretagne. Il est d’une chair délicate, mais ne supporte pas le transport.
Mess
Delvau, 1866 : s. m. Table où mangent en commun les officiers d’un même régiment. Encore un mot d’importation anglaise, à ce qu’il paraît : The Mess, dit le Dictionnaire de Spiers ; to mess, ajoute-t-il. C’est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.
Rigaud, 1881 : Agent de la sûreté. Abréviation de Messieu pour « monsieur ». Un de ces mess me lâche de la filature, un agent de la brigade de sûreté me suit.
Rigaud, 1881 : Le mess est un cercle militaire avec une réfection spécialement affectée aux officiers d’un même régiment.
Anatole, le garçon du mess, venait d’apporter la bougie et les cigares.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)
France, 1907 : Pension des officiers d’un même corps. Le mot comme la chose vient d’outre-Manche. C’est Napoléon III qui, ayant vécu en Angleterre et frappé des avantages résultant pour les officiers d’un régiment d’une table commune, institua l’usage du mess dans sa garde. Le régiment des guides eut le premier mess et l’empereur donna 12,000 francs pour son argenterie. Déjà, pendant l’expédition de Crimée, les officiers des divers régiments s’étaient formés en mess à l’instar des officiers anglais. Mess, qui signifie en anglais plat, mets, gamelle, vient du latin missa, messe, repas.
Le mess à des avantages incontestables ; les conversations animées y font oublier les heures ; la confusion des grades y est complète et la camaraderie absolue : tel qui tient le dé de la conversation, qui parle de tout avec la liberté la plus complète, vient d’obéir et obéira demain, tout à l’heure, sans broncher, au supérieur qui le coudoie. Là, les hommes s’examinent, apprennent à se connaître, à s’apprécier ; ils se rapprochent selon les hasards des sympathies, sans distinction d’épaulette. Il règne dans les mess un certain laisser-aller qui entretient l’animation à table ; il y a les boute-en-train, ceux qui sont intarissables sur l’anecdote. On parle du métier, on raconte ses hauts faits, ses aventures de garnison. On rit des dangers connus et l’on fait des charges sur les choses de la guerre, souvent si tristes et que l’on croit mieux braver ainsi. À la suite de la malheureuse guerre de 1870, nos officiers ont senti la nécessité, non plus seulement de se nourrir et s’amuser, mais aussi de s’apprécier et de s’instruire. Presque partout, le cercle remplace ou plutôt complète le mess.
(Pierre Larousse)
Ces mess de la garde étaient supérieurement tenus et le service ne laissait rien à désirer. Les domestiques nombreux, pris parmi les hommes du régiment, portaient la livrée bleu de ciel à boutons d’or et, les jours de gala ou de réception, la culotte courte, les bas blancs et les souliers à boucles. À l’heure des repas, un domestique ouvrait à deux battants la porte conduisant à la salle à manger et le maître d’hôtel, très correct, en habit noir, s’avançant sur de seuil, annonçait à haute voix : « Le colonel et ces Messieurs sont servis. »
(Marcel de Baillehache, Souvenirs intimes d’un lancier de la garde impériale)
Midi (chercheurs de)
France, 1907 : On appelait ainsi autrefois des filous qui se glissaient dans les maisons, un peu avant le dîner de midi, pour faire main basse sur l’argenterie.
Mousmé
France, 1907 : Japonaise.
M. Victor Orban a donné dans le sonnet suivant une jolie description de la mousmé.
Les fleurons argentés d’épingles en fuseaux
Ornent ses cheveux noirs d’un vol d’aiglette blanche,
Et ses vêtements bleus, resserrés sur la hanche,
Sont brodés d’éclatants dragons d’or et d’oiseaux.
Sous la véranda haute, au bruit lointain des eaux,
Tout le jour elle songe et s’accoude et se penche
Et, parfois, fait vibrer sa guitare à long manche
Qui rend le son plaintif du vent dans les roseaux.
À travers les bambous, parmi les berbes grêles,
Sans fin monte le cri strident des sauterelles
Qu’enivrent les parfums de l’air lourd et brûlant.
Et la mousmé bercée, et souriant, dilate
Et laisse errer son œil oblique et somnolent
Vers le ciel jaune où meurt le soleil écarlate.
(L’Orient et les tropiques)
Ils avaient (les Japonais) alors des costumes éclatants, de belles armes chimériques faites pour orner, non pour tuer, et dans leurs maisons en bambou égayées de vives aquarelles, leurs mousmées, mignonnes femmes fleurs, peintes commes des fleurs et comme elles fragiles, lesquelles ne connaissaient d’autre vertu que d’être belles, et d’autre devoir que d’aimer.
Laissant les hommes s’enlaidir, elles restaient fidèles à leur costume et continuaient au Japon, comme dans les escales fréquentées par les marins d’Europe, à exercer leur doux ministère de prêtresses de la beauté.
Va-t-on nous gâter les mousmées ?
(Paul Arène)
Négresse
Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.
Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.
Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.
Larchey, 1865 : Punaise.
Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.
(Lecart, Ch., 1851)
Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.
Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.
Delvau, 1866 : s. f. Punaise.
Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.
Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.
Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.
Rigaud, 1881 : Puce.
J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.
(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.
(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)
La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.
Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Puce.
Hayard, 1907 : Bouteille de vin.
Hayard, 1907 : Puce.
France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.
— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !
(Ch. Dubois de Gennes)
Une négresse morte, une bouteille vide.
Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.
France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.
France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.
France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !
(La Cloche de bois)
Petit bleu
Rigaud, 1881 : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.
France, 1907 : Nom que les ouvriers donnent au vin, surtout celui de mastroquet qui lorsque suffisamment falsifié au bois de campêche, a des teintes bleuâtres.
Il paraîtrait — les savants l’affirment — que, enfant, on aime le jaune ; en grandissant c’est le rouge que l’on préfère, puis, au moment où le cœur parle, on rêve du bleu ; enfin, une fois adulte et marié, le jaune ne compte plus de partisan.
Adulte, adultère, cela n’a pas besoin d’explication.
Le bleu continue d’avoir des partisans, et combien y en a-t-il qui chantent le Petit Bleu !
(Gil Blas)
Brisson, ton erreur n’est pas mince :
Tu te mets les dix doigts dans l’œil
Quand tu déclares que j’en pince
Pour le petit bleu d’Argenteuil,
M’as-tu pas déjà que j’use
Sans broncher de douteux mégots ;
Tu veux aussi que je m’abuse
Sur des petits bleus visigoths ?…
C’en est trop, sans me crier gare,
Sache ceci : de même que
J’en tiens pour le parfait cigare,
Il me faut du vrai vin, morbleu !
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Télégramme expédié par tube pneumatique.
Pichenet
Delvau, 1866 : s. m. Petit vin de barrière agréable, — dans l’argot des ouvriers.
Virmaître, 1894 : Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Vin.
France, 1907 : Vin léger ; argot faubourien.
Le pichenet et le vitriol l’engraissaient positivement.
(Émile Zola)
Pichet, pichnet, piccolet, piccolo, piccolino
Rigaud, 1881 : Petit vin suret. Vin du pays de Suresnes ou d’Argenteuil, vin d’un pays qui n’a jamais été renommé par ses vignobles.
Rossignol
d’Hautel, 1808 : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.
Halbert, 1849 : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.
Delvau, 1864 : Le membre viril.
Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.
(La Fontaine)
Larchey, 1865 : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.
Larchey, 1865 : Fausse clé.
Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.
(Festeau, 1832)
Delvau, 1866 : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.
Rigaud, 1881 : Marchandise défraîchie, passée de mode.
La Rue, 1894 : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.
Virmaître, 1894 : Fausse clef (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).
Rossignol, 1901 : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.
Hayard, 1907 : Fausse clef.
Hayard, 1907 : Marchandise défraîchie.
France, 1907 : Fausse clé.
L’un d’eux fit briller une allumette. Ils se trouvaient dans la cuisine. Ils ouvrirent, à l’aide d’un rossignol, la porte de la salle à manger. Les tiroirs des buffets furent aussitôt allégés de leur argenterie, qui passa dans un sac.
(Yveling-Rambaud, Haine à mort)
France, 1907 : Hautbois.
France, 1907 : Mauvaise marchandise ; objet démodé ou de rebut, reste de magasin.
La tenue des troupes allemandes est d’une correction remarquable. Nous constatons la solidité du fourniment, la coupe des effets, la qualité du drap, etc., etc., et nous nous demandons dans quelles proportions scandaleuses les fournisseurs de notre armée doivent encaisser des bénéfices. Quelle camelotte chez nous que ces havresacs, ceinturons, gibernes, bidons, souliers, casqueittes, etc., hors de service après quinze jours de campagne !… Après cela, rien dans les magasins, et une nation comme la France forcée de demander au monde entier ses rossignols pour habiller, chausser et armer ses soldats. J’entends encore M. Rouher disant avec emphase : « Sire, la France est prête… » Oui, prête pour le sacrifice de son sang et de son honneur militaire.
(Lieut.-colonel Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)
Roustisseur
Larchey, 1865 : Voleur.
On accuse donc c’te pauvre fille d’être une roustisseuse et d’avoir fait sauter l’argenterie.
(Voizo, Chanson)
Delvau, 1866 : s. m. Voleur.
Rigaud, 1881 : Blagueur doublé d’un escroc. Parasite éhonté.
La Rue, 1894 : Voleur. Parasite.
France, 1907 : Voleur, trompeur ; emprunteur qui ne rend jamais.
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