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Ardent

Delvau, 1866 : s. m. Chandelle, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d’autres, à l’argot des Précieuses.

Rigaud, 1881 : Chandelle, — dans l’ancien argot. — Ardents, yeux.

La Rue, 1894 : Chandelle, lumière. L’œil.

France, 1907 : Chandelle ; argot des voleurs qui appellent les mouchettes fauche-ardents.
Se dit également des yeux : les ardents.

Ardents

Larchey, 1865 : Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les yeux, — dans le même argot [des voleurs].

Virmaître, 1894 : Les yeux (Argot des voleurs).

Ardents (les)

Hayard, 1907 : Les yeux.

Chemin de Damas

France, 1907 : Chemin du repentir, de la conversion : allusion à celle de saint Paul, l’apôtre des Gentils, qui, élevé à Jérusalem dans les principes du pharisaïsme, fut d’abord un des plus ardents persécuteurs des chrétiens. Mais, un jour qu’il se rendait à Damas, pour y prendre, d’après l’ordre du prince des prêtres, tous les chrétiens qui s’y trouvaient et les amener liés à Jérusalem, il fut, dit la légende, environné d’une lumière éclatante qui le renversa par terre — la dynamite de ce temps-là — et il entendit une voix qui, l’appelant par son nom de Juif, lui disait : « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? — Qui êtes-vous, Seigneur ? répondit-il. — Je suis Jésus, » répondit la voix. Et Saül, tout tremblant, s’écria : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? — Croire en moi, » dit Jésus. Ce que fit aussitôt Saül, D’où il suit que se repentir, c’est faire le chemin de Damas.

Emballement

France, 1907 : Emportement, entraînement subit et irraisonné.

Quelque emballement de femme curieuse qui s’aveugle et s’illusionne, un de ces coups de cœur ardents, irréfléchis qui sont souvent la dernière figure des cotillons de l’hiver et ont la durée d’un feu de paille.

(Colombine, Gil Blas)

Fauche-ardents

Virmaître, 1894 : Les mouchettes. Les mouchettes coupent, en effet, la mèche de la chandelle (Argot des voleurs).

Lamper

d’Hautel, 1808 : Boire à grands coups, sabler, avaler tout d’un trait les verres de vin.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire abondamment. On disait, il y a deux siècles : Mettre de l’huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.

France, 1907 : Boire à longs traits.

— Il lampa coup sur coup deux verres d’eau-de-vie et, se levant brusquement, se précipita sur moi, laissa tomber sa face empourprée dans ma chevelure, y mit d’ardents baisers, et comme je rejetais cette tendresse trop violente, il s’affala à mes pieds on m’enlaçant la taille.

(Louis de Caters, L’Amour brutal)

Il avait soif d’avoir bavardé tout le jour, toute la soirée, et il s’arrêta devant sa commode, se versa un verre d’eau que, d’un trait, il lampa.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Il fallut en passer par une tournée générale, et comme j’avais déjà fortement lampé au déjeuner, ma tête était très échauffée en sortant du mastroquet.

(Sutter-Laumann)

Mal des ardents

France, 1907 : Nom donné au moyen âge à la syphilis, qu’on appelait aussi mal ou feu sacré. « Il est certain que l’opinion publique, sans trop se rendre compte de ce que ce mal pouvait être, en attribuant l’invasion à un châtiment du ciel et la guérison à l’intercession de la Vierge et des saints. Ce furent sans doute les ecclésiastiques qui débaptisèrent le mal sacré pour lui imprimer, comme un sceau de honte, le nom de mal des ardents, que le peuple changea depuis en mal de Saint-Main et en feu Saint-Antoine, parce que ces deux saints avaient eu l’honneur de guérir ou de soulager beaucoup de maladies. Le pape Urbain II fonda, sous l’invocation de ce dernier saint, un ordre religieux dont les pères hospitaliers prenaient soin exclusivement des victimes du mal des ardents. »

(Le Bibliophile Jacob, Recherches sur les maladies de Vénus)

Mal ou feu Saint-Antoine

France, 1907 : L’un des noms de la syphilis au moyen âge. En raison des guérisons qu’on lui attribuait, saint Antoine était devenu le patron des lépreux et des syphilitiques. C’est pourquoi le porc, sujet à la lèpre et dont la chair est malsaine dans les pays chauds, devint son animal symbolique. « Que le feu Sainct-Antoine vous arde le boyau culier ! » disait-on au temps de Rabelais. Voir Mal des ardents, Mal des Naples.

Mal sacré

France, 1907 : Voir Mal des ardents.

Mettre la main au feu (en)

France, 1907 : Avancer une chose dont on est certain, ou dont on croit être certain.
Vieux souvenir de la barbarie de nos pères. Du VIe au XIIIe siècle, où un concile de Latran mit fin à cette superstition, les gens accusés ou simplement soupçonnés d’un crime étaient obligés, pour se justifier, soit de saisir un fer rouge, soit de placer leur main dans les flammes. Si la main sortait intacte de l’épreuve, l’accusé était déclaré innocent.
On essayait l’innocence par trois manières : le duel ou jugement de Dieu, l’eau ou l’huile bouillante, ou le feu ardent, dans la confiance que Dieu protégeait l’innocent et le préservait de tout mal. À quelques-uns on présentait un gantelet de fer rougi à blanc et l’accusé devait y plonger son bras jusqu’au coude. Un chroniqueur du XIIIe siècle raconte comment un pauvre diable, accusé de je ne sais quel délit, sut se dispenser de cette redoutable épreuve. Il répondit qu’il était prêt à ganter le terrible engin si l’archevêque revêtu de son étole voulait le lui remettre en main. Le prélat déclina de remplir cet office et convint, avec l’accusé, que l’usage venait des barbares et qu’il ne fallait pas tenter Dieu.
En dit que Cunégonde, femme de l’empereur Henri de Bavière, ayant été accusée l’adultère, offrit de se disculper en marchant pieds nus sur des socs de charrue ardents. L’empereur en fit disposer douze et la vertueuse princesse ayant marché sur onze s’arrêta sur le douzième et, là, fit un petit discours affirmant que jamais homme n’avait attenté à sa vertu !
On dit aussi : Je n’en voudrais pas pour tenir un fer chaud, pour : je n’en voudrais pas répondre.

Piaffer

France, 1907 : Faire le beau.

Les ardents, les grands coureurs, les bons buveurs, ceux qui rient à se déboutonner d’un coup, ceux qui blaguent et baffrent et piaffent autour des filles, ce sont nos papas.
Leurs fils, mièvres, malsains, dégoûtés, font des mines de nonnettes scandalisées, rêvent, sourient à peine du bout du poil rare qui pousse à leurs lèvres, et se reposent avec des gestes las.
S’ils daignent parler, c’est de la tristesse de vivre.

(Le Journal)

Sainte Nitouche

France, 1907 : Fausse prude, femme ou fille qui fait la discrète, la réservée, la sage, qui s’effarouche du mot et se complait à la chose ; littéralement, sainte n’y touche.

La petite dévote n’en pouvait mais. Elle versait dans tous les coins toutes les larmes de son corps, d’autant qu’en fille qui veut rattraper le temps perdu elle avait, dès la première semaine, fait son choix parmi les plus ardents postulants. Une douzaine pour le moins se trouvaient à son goût, et elle aspirait malgré ses airs de sainte nitouche, friande des seules sucreries apostoliques, à croquer à l’occasion de plus succulentes dragées.

(Hector France)

Ylang-ylang

France, 1907 : Parfum japonais ; néologisme.

Arômes de patchoulis
Affadis,
Vieux relents de fleurs fânées,
Brises grasses qui se sont
Tout le long
Des pavés gluants trainées,
Âme des ylangs-ylangs
Moisissants
Sur la peau de beautés blettes,
Souffles ardents de tuyaux,
De murs chauds,
Beurres de vieilles galettes,
Sueurs des lointains couloirs,
Des trottoirs,
Fadeurs de gargote rance,
Tous ces bouquets combinés,
À nos nez
Allongés Paris les lance.

(Pontaillac, Le Journal)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique