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Apôtre

d’Hautel, 1808 : Faire le bon apôtre. C’est faire l’empressé, le doucereux, le patelin ; cacher son jeu sous des dehors hypocrites.

Vidocq, 1837 : s. m. — Doigt.

Larchey, 1865 : Doigt (Vidocq). — Est-ce parce que les apôtres sont souvent représentés avec l’index levé ?

Rigaud, 1881 : Doigt, — dans le jargon des voleurs. Les doigts ont la mission de dérober avec zèle.

La Rue, 1894 : Doigt.

Apôtre de l’anus

Delvau, 1864 : Pédéraste, ou seulement sodomite, — homme qui se plaît à envoyer (ἀποστέλλω) son sperme dans le vagin breneux d’un autre homme, de préférence au vagin naturel de la femme.

Ah ! Dans toute la chrétienté,
Il faut que la société
Envoie des missionnaires,
De saints apôtres de l’anus,
Qui, tirant les vits des ornières,
Prêchent l’Évangile des culs.

(Collé)

Apôtres

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Doigts.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les doigts de la main, — dans l’argot des voleurs, qui font semblant d’ignorer que les disciples du Christ étaient douze.

Virmaître, 1894 : Les doigts (Argot des voleurs). V. Ministre de l’Intérieur.

France, 1907 : Les doigts ; argot des voleurs.

Apôtres (les)

Hayard, 1907 : Les doigts des mains.

Cul (le)

Delvau, 1864 : Les fesses, l’anus et les parties génitales tout ensemble.

Que ton petit cul est rond et potelé ! Qu’il est bien fait !…

(La Popelinière)

Un cul dur comme un marbre et plus blanc que l’ivoire.

(Louis Protat)

Vous assurez, belle, farouche,
Que l’amour ne peut vous brûler :
Si votre cul pouvait parler,
Il démentirait votre bouche.

(Collé)

Et nous autres,
Pauvres apôtres,
Pauvres moines…
Ne foutons que des culs crottés…
Eleison !

(Romance populaire)

Louyson a le cul crotté
Tout ainsi qu’un veau garotté
Que l’on traîne parmy la rue…

(M. De Montgaillard)

Gai, gai, l’on est chez nous
Toujours en fête
Et cul par-dessus tête ;
Gai, gai, l’on est chez nous,
Toujours eu fête et sens dessus dessous.

(Béranger)

Cul, cul pour la vertu !
Je suis putain, je veux faire mes farces ;
Cul, cul, pour la vertu !
Je suis putain, je veux montrer mon cul !

(Vieux refrain)

Dieu fit le con, ogive énorme,
Pour les chrétiens,
Et le cul, plein cintre difforme,
Pour les païens…

(Parnasse satyrique)

Ah ! je n’y tiens plus !… le cul me démange…
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin,
Car je veux sentir le vit de cet ange…
Enfoncer mon con comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Faire le diable à quatre

France, 1907 : Faire beaucoup de bruit.
Cette locution nous vient des mystères, pièces à dévotion et à effet que l’on représentait au moyen âge pendant certaines fêtes de l’année, surtout à Noël, à Pâques et à l’Épiphanie. Dieu le père et le fils, la Vierge, les apôtres, les saints paraissaient successivement sur la scène et naturellement les diables aussi. Afin d’impressionner davantage l’assistance et d’effrayer les pécheurs endurcis, ils faisaient un bruit affreux, poussaient des hurlements, en brandissant des torches enflammées et courant dans tous les sens. Mais comme cela exigeait une certaine dépense de soufre, d’étoupe et de masques, on les ménageait, c’est-à-dire que d’ordinaire il ne paraissait qu’un diable ou deux au plus sur la scène ; mais aux jours de grandes représentations on poussait le luxe jusqu’à quatre diables. C’était la grande diablerie et le tumulte et le tapage étaient tels que la chose devint proverbiale. On disait : Il fait du bruit comme dans une pièce à quatre diables, une diablerie à quatre, puis enfin diable à quatre.

Gratte-papier

Larchey, 1865 : Fourrier. — Allusion à ses fonctions de scribe. V. Rogneur.

Delvau, 1866 : s. m. Employé, clerc d’huissier, expéditionnaire etc., — tous les scribes enfin.

Merlin, 1888 : Fourrier.

Virmaître, 1894 : Employé aux écritures (Argot du peuple). V. Chieur d’encre.

France, 1907 : Employé aux écritures, bureaucrate, comptable. On dit aussi rond-de-cuir.

J’interrogeai Victor Considérant sur Fourier, sur son maître ; et il nous parla longuement — avec quelle enthousiaste admiration ! — de cet étrange philosophe, profondément déiste, qu’on trouva mort, à genoux devant son lit, dans l’attitude de la prière, mais qui n’espérait pas en une autre vie et qui voulait que l’humanité se créât son paradis ici-bas. Il nous donna surtout des détails sur les dernières années de Fourier, celles qu’il passa à Paris, perdu dans la foule quand il comptait déjà cependant plusieurs apôtres tout dévoués et tant de disciples fervents. Il nous conta, par le menu, la singulière existence de ce Franc-Comtois, fils d’un humble boutiquier, dont le premier écrit avait attiré l’attention du premier consul, mais qui, par goût de l’obscurité, ne répondit même pas au signe que lui faisait un homme de génie ; de ce petit teneur de livres, qui rêvait de changer la face du monde en enfilant ses manches de lustrine et méditait les lois d’une société nouvelle sans jamais commettre une erreur dans ses additions, — de ce prophète gratte-papier, de ce messie rond-de-cuir.

(François Coppée)

Il semble à Paul, dont le désespoir augmente, que le mauvais destin réussit à le façonner à l’image de ces idiots de gratte-papier entassés dans les bureaux, à côté desquels il se rendra demain, puis après, puis toujours ! Quelle perspective !

(Paul Pourot, Les Ventres)

Au fond, elle était enchantée de voir partir toutes ces filles de boutiquiers et de qratte-papier, qu’elle avait prises au rabais et qui, loin de se plaindre, auraient dû s’estimer très honorées de frayer avec si noble compagnie.

(Albert Cim, Institution de demoiselles)

Grimper

Delvau, 1864 : Baiser une femme, monter sur la cavale qui doit conduire au bonheur.

Neptune au fond des eaux y grimpe
Nymphes, sirènes et tritons.

(Piron)

Tu t’es laissé grimper avant que… j’t’aie donné tes gants.

(Lemercier de Neuville)

Les uns vont au bordel. Les autres
Grimpent les femmes des voisins,
Et de Priape heureux apôtres,
Vendangent les divins raisins.

(Parnasse satyrique)

France, 1907 : Connaître intimement une femme. « M. le curé a grimpé la petite Toinon. »

Humanités (faire ses)

France, 1907 : Abrutir sa jeunesse sur les bancs de l’école ; se fausser l’intelligence et s’atrophier les muscles.

La langue française est adroite
Et pleine de subtilités :
Être enfermé dans une boîte,
C’est faire ses humanités.
J’entends dire à de bons apôtres
Qui semblent envier leur sort :
« Mais c’était le bon temps ! » À d’autres !
Le bon temps, c’est quand on en sort.

(Jacques Rédelsperger)

Osselets

Delvau, 1866 : s. m. Les dents, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Les cinq doigts. Les gamins jouent un jeu qui se nomme osselet avec des os de pied de mouton (Argot du peuple). V. Apôtres.

Rossignol, 1901 : Voir abatis.

France, 1907 : Dents.

Pive

Virmaître, 1894 : Vin (Argot des voleurs). V. Pivois.

Hayard, 1907 : Vin.

France, 1907 : Vin, Voir Pivois.

C’est comm’ les curés : des Jean-fesse,
Un tas d’clients qui foutent rien
Que d’licher du pive à la messe ;
Ça vaut pas les quatr’ fers d’un chien,
I’s ont beau fair’ les bons apôtres,
Faut leur casser la gueule aussi,
Pis faut casser la gueule aux autres,
Si y a besoin d’quelqu’un… m’voici.

(Aristide Bruant)

Professionnel

France, 1907 : Personne exerçant une profession et en vivant.

Il voyait l’athée dans le prêtre, car le prêtre digne de ce nom est un apôtre, et, au dix-neuvième siècle, il cherchait en vain les apôtres ecclésiastiques. Les prêtres n’étaient que des professionnels comme les épiciers, et ils vendaient des prières comme les autres du sucre et des épices. Les pratiques recommandées et obligatoires sont pour eux un moyen d’asservir les consciences, de diriger les hommes, d’avoir les femmes et les enfants, et par ceux-ci les maris, les frères.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Religion fusionienne

France, 1907 : Secte religieuse fondée en 1845 par un médecin nommé de Toureil, et destinée à faire fusionner toutes les religions en une seule. Un des apôtres de cette billevesée fut le célébrée Babick.

Fixé à Genève, Babick tenta de s’y faire connaitre par des conférences sur la religion fusionienne, dont il est resté l’apôtre convaincu. Mais, n’ayant pu réussir à se créer des disciples, il se souvint de son ancienne profession, et c’est ce qui lui permit de débiter, au Café Lyrique et ailleurs, entre deux parties le jacquet ou de dominos, quelques flacons d’odeur, produits de sa cuisine transformée eu laboratoire de chimie.

Sous-lieutenant

Delvau, 1866 : s. m. Résultat moulé d’une évacuation alvine, — dans l’argot des royalistes ennemis de la première Révolution.

Je m’accroupis en gémissant
Au coin d’une boutique.
Je mis bas un sous-lieutenant
D’une figure étique ?

dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les Nouveaux Actes des Apôtres. On disait aussi Un représentant. Avant de s’entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s’entre-souillent d’épigrammes ordurières.

France, 1907 : Faux derrière ; c’est une cage garnie de coussins que les femmes s’accrochaient aux reins avant les robes collantes, afin de donner à leur postérieur de suggestives dimensions.

Symbole

d’Hautel, 1808 : Dans le jargon typographique, ce mot équivaut à crédit ; ce que l’on prend en compte courant chez un marchand.

Delvau, 1866 : s. m. Crédit chez le marchand de vin, — dans l’argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l’œil du fameux triangle maçonnique. Avoir le symbole. Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.

Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour Chapeau.

Rigaud, 1881 : Crédit, compte ouvert chez un marchand de vin, un restaurateur, — dans le jargon des typographes. — Symbole fait ici allusion au symbole des apôtres, au Credo, et credo est une forme argotique de crédit. Ce jeu de mots n’est pas au-dessous des connaissances de beaucoup de typographes. — Avoir, demander symbole.

Rigaud, 1881 : Tête ; chapeau.

La Rue, 1894 : Tête. Chapeau. Crédit chez le marchand de vin.

France, 1907 : Crédit, compte ouvert ; argot des typographes. Avoir, demander symbole. Eugène Boutmy donne sur cette expression plusieurs explications dont à mon sens voici la meilleure : « Symbole est dans un certain sens synonyme de credo, le Symbole des apôtres. De credo à crédit, la distance est courte. »

France, 1907 : Tête, chapeau.

Symbole (avoir, demander)

Boutmy, 1883 : v. Avoir, demander crédit. Cette expression nous paraît venir de celle-ci : passer devant la glace. Comme on sait, passer devant la glace, c’est payer au comptoir, derrière lequel se trouve d’ordinaire une glace. Dans cette glace, on y voit son portrait, son image, son symbole. Avoir symbole, c’est donc, par ellipse, avoir la permission de passer devant cette glace redoutée sans s’arrêter. On peut donner encore une autre étymologie : les pièces de monnaie portent sur une de leurs faces la représentation, le symbole d’un souverain quelconque, ou une autre figure. De là peut-être l’expression. Nous livrons ces conjectures à la sagacité de quelque Du Cange de l’avenir. D’autres proposent une étymologie beaucoup plus simple et peut-être plus naturelle : Symbole est, dans un certain sens, synonyme de Credo, le Symbole des Apôtres. De Credo à Crédit, la distance est courte. Choisissez.

Vieille roche

France, 1907 : Vieille noblesse.

On voit des marquis d’la vieill’ roche
Qui n’ont plus un sou dans leur poche…
On voit des filous, bons apôtres,
Qui s’engraiss’nt aux dépens des autres…
On voit des pickpockets habiles
Qui dévalis’nt les imbéciles…
Et parmi ces escrocs d’la gomme
On voit quèqu’fois un honnête homme,
Sur l’Boul’vard.

(Aristide Bruant)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique