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Abatis

d’Hautel, 1808 : En style vulgaire, les extrémités supérieures : les mains, les doigts.
On lui a donné sur les abatis. Pour, on l’a corrigé, châtié ; on l’a remis à sa place.
On dit aussi par menace à un enfant mutin qui s’expose à la correction, qu’Il se fera donner sur les abatis.

Larchey, 1865 : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains.

Des pieds qu’on nomme abatis.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Le pied et la main, — l’homme étant considéré par l’homme, son frère, comme une volaille. Avoir les abatis canailles Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine plébéienne.

Rigaud, 1881 : Pieds, mains et, par extension, les autres membres. S’applique en général aux extrémités grosses et communes. Avoir les abatis canailles.

Tu peux numéroter tes abatis.

(La Caricature du 7 fév. 1880)

Virmaître, 1894 : Les pieds ou les mains. Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé : Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque. Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible : il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Les membres du corps humain.

Abattis

Rigaud, 1881 : Nombreuses révocations dans un personnel administratif. — Hécatombes de fonctionnaires de l’État que la cognée ministérielle abat comme la cognée du bûcheron abat les arbres d’une forêt.

C’est pour affirmer… que le journal de M. Decazes a collaboré à l’abattis, en quelques semaines, de 54 préfets, de 38 secrétaires généraux et de 125 sous-préfets.

(Aug. Vacquerie, le Rappel du 23 octobre 1877)

La Rue, 1894 : Les pieds, les mains, les membres en général. Abattis canailles, extrémités grosses, rougeaudes, massives.

Rossignol, 1901 : Les bras et jambes sont des abattis.

France, 1907 : Les pieds et les mains ; argot du peuple.

Parigo, quoi !… Des Batigneulle’,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y tout’ du pain
El’travail… c’est ça qui nous crève,
Mêm’ les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi j’m’ai mis en grève…
Respec’ aux abattis.

(Aristide Bruant)

Avoir les abattis canailles, avoir les extrémités massives et larges. Numérote tes abattis.

anon., 1907 : Membres. Mettre ses abattis dans les torchons : se coucher.

Abbaye des s’offre à tous

La Rue, 1894 : Lupanar.

Académicien

Rigaud, 1881 : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.

Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.

(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope)

Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France)

Acagnarder (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.

France, 1907 : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »

Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.

(Camille Lemonnier)

Accroc au mariage (faire un)

Delvau, 1864 : Faire son mari cocu ; donner une rivale à sa femme.

Mais quand tu s’ras dans ton ménage,
Faut pas pour ça t’ priver d’amant,
Car les accrocs faits au mariage,
C’est du nanan.

(É. Debraux)

Acteuse

Fustier, 1889 : « Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l’argot parisien. Nana n’est pas une actrice, c’est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l’entend pas, on la voit. L’acteuse est entière dans cette nuance. »

(Champsaur, Évènement, février 1887)

Actionnaire

Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule et simple, qui s’imagine que tout ce qu’on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu’on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : Homme crédule et facile à duper comme quantité d’actionnaires, ceux du Panama par exemple ; argot des journalistes, qui prêtent trop souvent la main à cette sale besogne qui, d’après les récents scandales, rapporte gros.

Aguicher

Rigaud, 1881 : Attirer, — dans le jargon des voleurs. — Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un imbécile pour le voler.

Hayard, 1907 : Prendre, saisir.

France, 1907 : Exciter, agacer, mettre en humeur, appeler.

… Il appelle la femme de chambre… et comme il la trouve jolie, il le lui dit… très clairement, sous le nez de sa femme… il a raison, du reste, d’aguicher la petite femme de chambre, car elle est diablement jolie !… des yeux !… et un sourire !… et une façon de regarder à travers les cils !… et un tact dans la canaillerie !…

(Samp, Gil Blas)

anon., 1907 : Chercher à attirer l’attention.

Aimer bien ses parents

France, 1907 : Être un imbécile, dans l’argot de la canaille.

Dans un article du Gaulois, dit Lorédan Larchey, sur le Paris-Féroce, M. Louis Le Bourg dit en parlant des malfaiteurs de Montmartre : « Une locution enfin donnera, mieux que tous les tableaux, le niveau de l’état moral. On dit d’un être idiot : Il aime bien ses parents. »

Alcoran, alguazil, almanach

d’Hautel, 1808 : Le peuple de Paris prononce arcoran, arguazil, armanach, et change presque généralement la syllabe al en ar dans les mots où elle est ainsi placée.

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Allumeuse

Delvau, 1866 : s. f. Marcheuse, dans l’argot des filles.

Rigaud, 1881 : Femme payée par l’administration d’un bal public pour danser et avoir l’air de beaucoup s’amuser. — Femme dont le métier consiste à attirer l’attention des hommes, à faire de l’œil, sur la voie publique, dans les théâtres, en chemin de fer et ailleurs. Elle cherche à allumer sa victime, à l’incendier de son regard.

La Rue, 1894 : Femme payée pour donner l’entrain dans un bal ou pour attirer les hommes.

France, 1907 : Femme chargée par les dames des maisons de prostitution de recruter des clients.

Nous trouvons justement à la porte de l’hôtel une gitana aux yeux flamboyants qui guettait notre sortie. Bien qu’elle fut maigre comme une bonne jument du Haymour, elle était encore assez jeune et passable pour battre pour son compte les buissons de Cythère ; mais, veuve et chargée de famille, elle ne travaillait que pour autrui.
Retirant de son doigt une bague, comme dans les vieux romans espagnols, elle nous la présenta, non pour nous l’offrir de la part d’une señora prise subitement du mal d’amour, mais pour nous la vendre.
Ce commerce de l’unique bijou qu’elle possédat ne servait qu’à en couvrir un autre, car, continuant à tenir sa bague du bout des doigts, elle nous raconta confidentiellement qu’elle connaissait deux señoritas muy hermosas et muy jovenes (très belles et très jeunes) qui raffolaient des seigneurs français.
C’était une allumeuse.

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)

Ambassadeur

Halbert, 1849 : Cordonnier.

Halbert, 1849 : Entreteneur d’une fille.

Delvau, 1866 : s. m. Cordonnier — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour souteneur de filles.

Rigaud, 1881 : Cordonnier, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Souteneur bien vêtu. Le bal qu’ils fréquentent est d’ailleurs très connu sous le nom « d’ambassade. » — « Allons à l’ambassade » disent les artistes du quartier Pigalle qui veulent s’encanailler ou qui cherchent des sujets d’études immorales. — Autrefois c’était un « ambassadeur d’amour. »

C’est un ambassadeur d’amour.

(Molière, George Dandin)

Amour

d’Hautel, 1808 : C’est un amour en culotte. Expression facétieuse et dérisoire dont on se sert en parlant d’un damoiseau, d’un petit garçon rempli de prétentions et d’amour de soi même, et qui, comme Adonis, se croit un chef-d’œuvre de beauté et de perfection.
Un remède d’amour. Epithète injurieuse : femme d’une extrême laideur et totalement dépourvue de graces et d’amabilité.
Il n’y a pas de belles prisons ni de laides amours. C’est-à-dire quelque beau que soit un lieu, il paroit toujours affreux à celui qui y est détenu ; et que l’on s’aveugle facilement sur les imperfections d’une personne que l’on aime passionnément.

Delvau, 1864 : Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

(Régnier)

Delvau, 1864 : Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

(E. Jouy)

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

(Paul Saunière)

Larchey, 1865 : Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

(L. Reybaud)

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

(Frémy)

Amoureux

d’Hautel, 1808 : Amoureux des onze mille vierges. Terme de dérision. Homme volage et inconstant ; cœur banal qui s’enflamme également pour toutes les femmes.
Amoureux transi. Homme indifférent et flegmatique, qui n’aime que par calcul et intérêt.

France, 1907 : Bossu, dans l’argot populaire.

(Une bande de bambins poursuivant un enfant bossu.) — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Laissez-moi, vous me faites du mal !
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue ! (Ils le frappent et le renversent.)
L’enfant. — Vous êtes méchants, vraiment… brigands, assassins, voleurs ! Ne me battez pas tous à la fois aujourd’hui, vous me battrez demain.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Oh ! si j’étais fort !
Tous. — Fort à quoi, l’amoureux, fort à quoi ?
L’enfant. — Fort, fort à casser le ciel, je vous écraserai tous.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !…
Le bourgeois, attendri. — Chers enfants ! C’est l’espoir de la France, oui, monsieur, l’espoir de la France ; oui, monsieur, l’espoir de la France.

(Jules Noriac)

Amoureux de carême

Rigaud, 1881 : Amoureux timide. Le peuple disait autrefois proverbialement : Amoureux de carême, qui a peur de toucher à la chair.

France, 1907 : Amoureux timide. En carême, les bons catholiques n’osent manger la chair. L’analogie est facile à saisir.

Anandryne

Delvau, 1864 : Femme qui n’aime pas les hommes, ou au moins leur préfère les femmes pour se livrer au libertinage et à la fouterie. Sapho était anandryne ; elle avait un long clitoris et s’en servait comme un homme de son vit avec les femmes. Horace appelait Sapho mascula, femme mâle, femme hommesse, comme le dit Mirabeau dans son Erotika Biblion. Les Vestales à Rome, les Gymnopédistes à Sparte, instituées par Lycurgue, étaient anandrynes.

Anarcho

France, 1907 : Anarchiste. Épouvantail du bourgeois. Partisan de la nouvelle évolution sociale.

Anastasie

Rigaud, 1881 : Nom donné par les journalistes au bureau de la censure littéraire. Les dessinateurs la représentent toujours une paire de ciseaux menaçants à la main, fer aussi cruel pour les œuvres de l’esprit que le rasoir du chanoine Fulbert pour l’amant infortuné de l’infortunée Héloise. — Un dessin de la Revue parisienne du 9 août 1877 représente une soirée chez Anastasie, avec cette légende :

Le domestique annonçant : MM. X., Y., Z., journalistes, dessinateurs. — Madame Anastasie (à un invité) : Soyez donc assez aimable pour voir si on a servi les glaces aux amendes et aux suspensions ?

France, 1907 : La censure ; argot des gens de lettres. Voici l’origine de ce nom donnée par l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux : « Un petit journal illustré, qui avait souvent des difficultés avec la censure des dessins, voulut la personnifier et il choisit le prénom d’Anastasie, uniquement parce que ce prénom a cours dans les vaudevilles et qu’on est accoutumé à en rire. Telle est l’origine d’Anastasie, qui, depuis, a désigné, parmi les journalistes, non seulement la censure des dessins, mais encore la censure de toute publication périodique imprimée. »
« Même dans les sphères officielles, il n’y a pas bien longtemps encore, tout ce qui rappelait la propagation de l’espèce humaine était tenu pour éminemment pornographique. Et il me souvient qu’Anastasie, cette vieille prude qui donne si facilement son visa aux ordures débitées dans tous nos beuglants, interdit une ravissante chanson d’Henry Rubois, dont voici le premier couplet et le refrain :

Vous qui par vos grâces exquises
Gouvernez le monde au total,
Ô femmes ! premières assises
De l’édifice social.
Dans les temps troublés où nous sommes,
Mes belles croqueuses de pommes,

Faites des enfants,
On a besoin d’hommes !
Faites des enfants
Roses, bien portants ! »

(Georges Nazim, Estafette)

Anisette de barbillon

Rigaud, 1881 : Eau.

La Rue, 1894 : Eau claire. On dit aussi sirop de canard.

France, 1907 : Eau. On dit aussi Élixir de grenouille.

Et comme le garçon lui apportait une carafe d’eau :
— Veux-tu remporter ça ! dit-il, je n’aime pas l’anisette à barbillons.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Année

d’Hautel, 1808 : Quand il y a treize personnes à table, il en meurt une dans l’année. M. Grimod de la Reynière, donne une interprétation aussi gaie que spirituelle à ce préjugé ridicule ; il dit à ce sujet, dans son almanach des Gourmands : que « c’est sans doute un très-grand malheur d’être treize à table, quand il n’y a à manger que pour douze ».
Il nous en a donné pour la bonne année. C’est-à-dire, il nous a donné plus d’ouvrage que nous n’en pouvons faire.

Aquarium

Rigaud, 1881 : Réunion de souteneurs. — Estrade d’un bal public de Paris qui leur est affectée.

La Rue, 1894 : Réunion de souteneurs.

Virmaître, 1894 : Lieu où se réunissent les souteneurs. Allusion aux poissons. Aquarium : La Chambre des députés. Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Débit ou établissement fréquenté par les souteneurs : aquarium à maquereaux.

France, 1907 : Endroit où se réunissent les souteneurs ou poissons.

Armoire aux reliques

France, 1907 : Coffre au linge sale.

S’il ne vous répugne pas d’avoir une idée de l’état de malpropreté inouïe dans lequel la plupart des réfugiés nous arrivent, jetez un coup d’œil sur notre armoire aux reliques.
Ce disant, elle souleva le couvercle d’une large caisse, où se trouvait enfermé, en attendant un blanchissage urgent, du linge de corps, immonde, d’une couleur de suie, répandant d’infectes émanations.

(Louis Barron, Paris Étrange)

Arroser

d’Hautel, 1808 : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

Delvau, 1864 : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

(Cyrano de Bergerac)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Rigaud, 1881 : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas)

Virmaître, 1894 : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Rossignol, 1901 : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Hayard, 1907 : Payer, donner des acomptes.

France, 1907 : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Arsonnement

Vidocq, 1837 : s. m. — Masturbation.

Larchey, 1865 : Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe s’arsonner.

Arsouille

Larchey, 1865 : Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange.

C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple. Milord L’Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

Rigaud, 1881 : Individu qui a le genre et les goûts canailles.

La Rue, 1894 : Voyou, crapule.

France, 1907 : Individu ignoble, soit par ses vêtements, ses mœurs ou son langage. Du vieux mot souillart qui a le même sens. Le surnom de Milord l’arsouille fut donné à Lord Seymour à cause de ses crapuleuses excentricités.

Arsouiller (s’)

Rigaud, 1881 : Se compromettre avec des arsouilles, fréquenter des gens crapuleux.

La Rue, 1894 : S’encanailler.

Artilleurs de la pièce humide

Merlin, 1888 : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.

France, 1907 : Infirmiers militaires.

« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.

(« Germinal », Mot d’Ordre)

C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.

On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.

Asticot dans la noisette

Virmaître, 1894 : Personne qui a des absences de mémoire. On sait que l’asticot dévore l’amande de ce fruit, par analogie il dévore la cervelle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Être un peu déséquilibré.

Asticoter

d’Hautel, 1808 : Contrarier, tracasser, tourmenter quelqu’un sur de petits détails ; chicaner sur la pointe d’une aiguille.

Delvau, 1866 : v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

France, 1907 : Harceler quelqu’un, l’ennuyer, le tracasser sans cesse.

La poésie de T… vous connaissez ça : le couplet graveleux qui dilate les faces niaises des Benjamins du parvis de la Bourse, le rondeau où le naturalisme est bafoué, où Zola et Daudet sont asticotés par cet animalcule. Pourtant, la chose paraît à la rampe. Sa stupéfiante bêtise, sa banalité hurlante navrent les honnêtes gens et ravissent le quantum de sots qui compose un public des premières.

(Henry Bauër, Les Grands Guignols)

Le gouvernement a tort de ne pas le ménager, ce public d’artistes qui ne fait pas de politique, et qu’on amène fatalement à en faire en l’asticotant, trois cent soixante-cinq jours par an, dans ses goûts, ses habitudes, dans sa soif du beau, sa faim d’indépendance, dans son adoration de l’idéal.

(Séverine, Gil Blas)

Attendre l’omnibus

France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.

Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !

(Alph. Karr, Les Guêpes)

Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.

Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.

(Oudin, Curiositez françoises)

Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.

(Ch. Nisard)

Attrapage

Rigaud, 1881 : Réprimande. — Dispute. — Critique bruyante et souvent injuste de public à acteur.

Ça va mal, dit Mignon, radieux à Steiner, un joli attrapage, vous allez voir !

(Zola, Nana)

France, 1907 : Reproche sévère, critique acerbe.

Bacchanal

d’Hautel, 1808 : Faire bacchanal. Crier, tempêter faire tapage ; se laisser aller à l’emportement et à la colère.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets, lieux consacrés à Bacchus. Argot du peuple.

France, 1907 : Tapage ; des anciennes fêtes de Bacchus, où le peuple s’enivrait.

Bagatelle

d’Hautel, 1808 : S’amuser à la bagatelle. Donner son temps & des choses frivoles, ne penser qu’a la dissipation et aux plaisirs.
Il ne faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Voyez Amuser.

La Rue, 1894 : Amour.

Rossignol, 1901 : La femme honnête n’aime pas son mari uniquement pour la bagatelle.

France, 1907 : Une affaire de canapé, ainsi que le disait Napoléon, en parlant de l’amour. Être porté sur la bagatelle, aimer à rendre le devoir amoureux aux dames.

Enfin, dernier tableau, une almée et sont danseur jouèrent la pantomime de la Bagatelle (sic). Impossible de décrire l’enthousiasme des assistants indigènes à ce spectacle.

(Alfred Lecomte)

Elle ne croyait pas à l’amour
Et très tard resta demoiselle,
Quand, d’un galant, notre donzelle
Accepta la main un beau jour.
Elle prisa fort la bagatelle
Et révéla une ardeur telle
Que le pauvre diable en est mort !
N’éveillons pas le chat qui dort.

Balançoires

Delvau, 1864 : Simagrées que fait une fille qui ne veut pas être baisée, mais qui veut bien être payée ; promesses de jouissances qu’elle fait au miché racolé par elle.

Car je connais ces balançoires,
Je suis roublard,
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.

(Lemercier de Neuville)

Balloches

Delvau, 1864 : Les testicules. — Ce mot vient, soit du verbe ballocher — qui, en argot, veut dire tripoter — soit du fruit du Bélocier, qui portait autrefois le même nom, ou à peu près le même nom, et qui présente en effet une certaine analogie avec la forme des couilles.

Un médisant dit que l’abbé auquel elle vouloit boire, — qui, à la vérité, avait en ses jeunes ans perdu ses deux témoins instrumentaires… en descendant d’un bellocier, c’est un prunier sauvage, — s’appelait monsieur de Non Sunt.

(Contes d’Eutrapel)

Rossignol, 1901 : Il y a quarante ans, avant que les magasins des Phares de la Bastille n’existassent et que le canal Saint-Martin ne fût couvert, il y avait sur la place des saltimbanques, prestidigitateurs et marchands de chansons. Il y en avait un, entre autres, qui, à chaque loterie qu’il faisait, ne manquait jamais de dire, lorsqu’il lui restait deux numéros à placer :

J’en ai deux ; qui veut mes deux. Madame, prenez mes deux, j’aimerais être comme Abélard, ne plus en avoir.

Ballon

d’Hautel, 1808 : Être enflé comme un ballon. Être bouffi d’orgueil ; tirer une grande vanité d’un petit succès ; faire le hautain et le fiérot.
On dit aussi par plaisanterie, en parlant d’une femme dont la grossesse est très-éminente, qu’Elle est enflée comme un ballon.

Larchey, 1865 : Derrière. — Enlever le ballon : Donner un coup de pied au derrière.

Inutile de faire remarquer l’analogie qu’il y a ici entre la partie du corps ainsi désignée et une peau gonflée de vent qu’on relève du pied.

(F. Michel)

Delvau, 1866 : s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde — et de la bêtise. Argot des faubouriens. Enlever le ballon à quelqu’un. Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l’habitude de s’asseoir.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Enlever le ballon, donner un coup de pied au derrière.

Rigaud, 1881 : Postiche en crinoline qui avantage les femmes par derrière.

On a beau dire, Paméla ; femme sans ballon, oiseau sans plume.

(Grévin)

Rigaud, 1881 : Prison. — Être en ballon, être en prison. C’est une variante d’être emballé, et une allusion à l’état de l’aéronaute entre ciel et terre, c’est-à-dire mis dans l’impossibilité de s’échapper de la nacelle.

Fustier, 1889 : Art de tournoyer en dansant. — Verre de bière.

La Rue, 1894 : Le postérieur. Être ballon, être enlevé par la police.

Virmaître, 1894 : Postérieur copieux. Je vais t’enlever le ballon, pour coup de pied dans le derrière (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Prison. Allusion à la forme sphérique de Mazas (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Prison.

D’où viens-tu ? — Je sors du ballon.

Hayard, 1907 : Prison.

France, 1907 : Derrière. Enlever le ballon, donner un coup de pied au cul ; se donner du ballon se disait du temps des crinolines ; se lâcher du ballon, s’enfuir.
D’après Lorédan Larchey, « bien que l’image ou dessin qui sont reproduits paraisse être celle d’un ballon s’élevant du sol, c’est dans la légèreté traditionnelle de M. et Mme Ballon, célèbres danseurs de ballet sous Louis XIV, qu’il faut chercher l’origine du mot. Un Dictionnaire de la danse du siècle dernier le constate bien avant l’invention des aérostats. »
Ballon se dit aussi pour ventre : « Le ballon lui gonfle » et pour prison :

Au coin du boulevard, il rencontra deux gardiens qui emmenaient une fille.
— Tiens, la Momignarde ! Toujours les mêmes, alors ! Y a pas quatre jours qu’elle sort du ballon !

(Oscar Méténier)

Ballon (monter en)

Rigaud, 1881 : C’est une vexation qu’au régiment on fait subir à un nouveau venu. Dans les régiments de cavalerie, les lits sont adossés à une cloison en planches, appelée le bas-flanc par analogie avec les cloisons de bois qui séparent les chevaux ; cette cloison ne monte pas jusqu’au plafond. Pendant la nuit, on entoure le lit du patient au moyen de deux cordes à fourrages qui font nœud coulant, puis au signal : « Comptez-vous quatre, » quatre hommes tirent les cordes passées sur le bas-flanc, et la victime enlevée se trouve bientôt suspendue à deux ou trois mètres, quelquefois le lit sens dessus dessous ; ce qui ne lasse pas d’être fort amusant, pour ceux qui ont organisé cette aimable farce.

Bande sur l’affiche

Virmaître, 1894 : Bande de papier que les directeurs font coller sur l’affiche, annonçant le spectacle du jour, afin d’indiquer au public un changement par suite de l’indisposition subite d’un artiste ou parfois relâche. Se dit par analogie dans le peuple pour indiquer qu’une femme a son échéance de fin de mois. Il y a une bande sur l’affiche pour relâche (Argot du peuple). N.

Bannière

d’Hautel, 1808 : Il faut la croix et la bannière pour l’avoir. Se dit de quelqu’un qui se fait beaucoup prier, qui fait le précieux et l’important, en un mot, qui se fait trop valoir ; ou de quelque chose que l’on ne peut se procurer qu’avec beaucoup de peines et de grandes difficultés.
Aller au-devant de quelqu’un avec la croix et la bannière. Signifie lui faire un grand accueil ; se piquer de cérémonies, mettre tout en l’air pour le recevoir.

Rigaud, 1881 : Chemise. Quand tu auras fini de te promener en bannière. On dit également : bannière volante.

Virmaître, 1894 : Sac. On dit de celui qui se promène en chemise : il se trimballe en bannière. Allusion aux pans de la chemise qui flottent au vent. On dit aussi : Se promener en panais (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chemise.

Baptiser le vin

Delvau, 1866 : v. a. Le noyer d’eau, — dans l’argot ironique des cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle des Noces de Cana, en changeant l’eau en vin.

Barbe (vieille)

Rigaud, 1881 : Et vieille barbe démocratique, pour désigner un vétéran de la démocratie. Raspail a été souvent appelé « vieille barbe » par ses adversaires politiques. Ennemie de toute innovation comme de toute transaction, la vieille barbe repousse l’opportunisme et ne connaît que le catéchisme des républicains de 1818. Elle n’a jamais voulu se laisser raser par aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis cette époque.

M. Madier-Montjau lutte comme une vieille barbe qu’il est, à coups de théories déclamatoires.

(Figaro du 21 janvier 1879)

Vieille barbe est synonyme de ganache.

Invitez là tous les fossiles
Remis à neuf et rempaillés
Les vieilles barbes indociles,
Fourbus, casses, crevés, rouilles.

(Le Triboulet, du 29 fév. 1880)

C’est encore ce vieux père Blanqui, qui sera toujours le modèle des vieilles barbes.

(Le Triboulet, du 6 juin 1880)

Barbot

Vidocq, 1837 : s. m. — Canard.

Larchey, 1865 : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur. Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou.

Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs.

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Canard, — dans l’argot des voyous.

Rossignol, 1901 : Souteneur voleur. — Un voleur est un barbot, les barbots (souteneurs) sont en général des barboteurs.

France, 1907 : Souteneur ou voleur. Voler au barbot ou faire le barbot, fouiller les poches.

Barboter

Vidocq, 1837 : v. a. — Fouiller.

Clémens, 1840 : Fouiller.

Delvau, 1866 : v. a. Fouiller ; voler. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Fouiller dans les poches du voisin ou de la voisine. Les voleurs barbotent beaucoup dans les omnibus. Ils fouillent dans la poche d’autrui comme les canards dans les ruisseaux.

Boutmy, 1883 : v. a. Voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.

Merlin, 1888 : Fouiller dans les affaires d’autrui ; voler : pêcher en eau trouble.

Fustier, 1889 : Parler sans savoir ce que l’on dit.

Rossignol, 1901 : Fouiller, prendre.

On m’a barboté mon blavin.

France, 1907 : Fouiller, voler. Barboter la caisse, s’approprier le contenu d’un secrétaire ou d’un coffre-fort.

L’un de ces visiteurs occultes, l’abbé X…, avait même profité de la circonstance pour barboter deux livres obscènes, illustrés de galantes images inspirées par le péché peu mortel dont il aime tant à absoudre ses clientes de prédilection.

(Maxime Boucheron)

Barbotier

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.

La Rue, 1894 : Canapé.

France, 1907 : Guichetier chargé de fouiller les prisonniers et les cellules.

Barbotier (un)

M.D., 1844 : Un canard.

Barbotins

Ansiaume, 1821 : Canards.

Les barbottins du tapissier étoient lomben.

Barbottier

Virmaître, 1894 : Canapé (Argot des voleurs). N.

Bastringue

d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.

Ansiaume, 1821 : Lime fine.

N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.

Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.

Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.

Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.

Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.

Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.

Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.

Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.

La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :

Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.

Hayard, 1907 : Bal de bas étage.

France, 1907 : Bal de barrière.

Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.

(Vieille chanson)

On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.

Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

(Lorédan Larchey.)

Bateau (monter un)

Rigaud, 1881 : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper, — dans le jargon des voyous ; formule empruntée aux saltimbanques. C’est une déformation de l’ancien batte, battage qui veut dire en argot menterie. La variante mener en bateau est plus particulièrement usitée chez les voleurs dans un sens analogue, c’est-à-dire donner le change, chercher à égarer la justice en lui faisant prendre une fausse piste.

La Rue, 1894 : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper. Mener en bateau, faire des promesses, causer pour détourner l’attention.

France, 1907 : Tromper.

Si rien n’est prêt, c’est votre faute,
Bel amiral qui parlez tant !
Vous avez compté sans votre hôte,
C’est un détail très important ;
Votre confiance est falotte,
Un peu plus d’actes ! moins de mots !
Vous laissez tomber notre flotte,
Mais vous nous montez des bateaux !

(Gringoire)

Battre la muraille

Rigaud, 1881 : En terme soulographique « battre la muraille » annonce un état d’ivresse plus prononcé que celui qui se traduit par le festonnage. L’ivrogne heurte tantôt la muraille, tantôt il piétine dans le ruisseau. Le trottoir, quelquefois la rue, n’est pas assez large pour lui.

France, 1907 : Être complètement ivre.

Plus pleins que des futailles,
Du corps battant la muraille,
Escortés de cent canailles,
Ils regagnent la maison.

(Piron)

Bazarder

Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.

Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.

Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.

(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)

France, 1907 : Vendre.

Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Béguin

Larchey, 1865 : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise.

Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin.

(Monselet)

Béguin :Tête.

Tu y as donc tapé sur le béguin.

(Robert Macaire, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l’esprit. Argot de Breda-Street. Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux. Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme — légère.
On disait autrefois S’embéguiner.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Tête. C’est la tête prise pour le bonnet. Caprice amoureux. — Avoir un béguin, être épris de.

Moi, monsieur, j’ai un béguin pour les hommes rassis et pas trop spirituels… Aussi vous me plaisez.

(Almanach du Charivari, 1880)

La Rue, 1894 : Tête. Caprice amoureux.

Virmaître, 1894 : Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). V. Avoir un béguin.

Rossignol, 1901 : Être amoureux d’une femme ou d’une chose.

J’ai un béguin pour cette femme. — Allons en ce café, j’ai un béguin pour cet établissement.

Béguin veut aussi dire aimer à… l’œil, sans que ça coûte.

France, 1907 : Caprice.

— J’ai toujours eu un béguin pour toi, tu sais bien, j’aime les grosses femmes, on ne se refait pas !

(Oscar Méténier)

C’est pas un’ plaisanterie,
Faut que j’passe mon béguin ;
J’suis pas jolie, jolie,
Mais j’suis cochonne tout plein.

(Louis Barron)

Frère Laurent. — Alors, vous voulez vous marier ?
Juliette. — Oui, j’ai le béguin pour lui.
Roméo. — Et moi, je l’idole.
Frère Laurent. — Une bonne niche à faire à vos raseurs de pères, ça me va… Une, deux, trois, ça y est… vous l’êtes !

(Le Théâtre libre)

— J’sais bien qu’i’ n’est pas beau, va, il a une taille de hareng, i’ louche même !
Mais quoi ! elle l’aimait ! Cette asperge montée et défraichie, elle en était toquée ! « C’est bête, va, d’avoir des béguins »

(Aug. Germain)

Béguin veut dire aussi tête, dans l’argot populaire : Se mettre quelque chose dans le béguin.

Belle petite

France, 1907 : Même sens que ci-dessus.

Pour la circonstance, elle avait pris ce que les femmes de cette catégorie appellent une tenue de femme honnête. Elle portait un petit chapeau fermé, très simple, recouvert d’une épaisse voilette, et sous la fourrure entr’ouverte on voyait une robe de soie noire d’une parfaite sévérité. Néanmoins, il s’exhalait de toute sa personne ce léger parfum de la femme galante, ce je ne sais quoi provocant qui fait qu’un Parisien expérimenté reconnait aussitôt ce que nos pères appelaient une cocotte, et que l’argot du jour appelle une belle petite.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Bénissage

La Rue, 1894 : Louange banale distribuée aux mauvais et aux médiocres comme aux bons.

Bénisseur

Delvau, 1866 : s. m. Père noble, dans l’argot des coulisses, où « le vertueux Moëssard » passe pour l’acteur qui savait le mieux bénir.

Rigaud, 1881 : Faux-bonhomme à qui les promesses et les éloges ne coûtent rien, mais incapable de rendre jamais le moindre service à personne. Les bénisseurs forment une nombreuse classe dans la société, et quiconque a eu besoin sérieusement d’un service, s’est heurté neuf fois sur dix à des bénisseurs.

Rigaud, 1881 : Père de comédie, père noble. Ce n’est pas un homme, c’est un ruisseau.

La Rue, 1894 : Critique qui abuse du bénissage.

Virmaître, 1894 : Homme qui trouve toujours tout très bien et n’a jamais une parole amère pour personne. Le critique H. de Lapommeraye fut et restera le plus illustre bénisseur du siècle (Argot du peuple).

France, 1907 : Donneur de paroles flatteuses et banales, homme politique qui s’efforce de croire et cherche à faire croire aux autres que tout est pour le mieux.

Béquillard

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — dans l’argot des faubouriens, qui n’ont pas précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.

Rigaud, 1881 : Bourreau. Béquillarde, guillotine.

Rigaud, 1881 : Vieillard. — Boiteux.

France, 1907 : Vieillard, boiteux.

Paris est une ville où rien ne manque.
En cherchant bien, on y trouverait aisément de tout : des béquillards qui, la nuit venue, courent comme des lapins ; de faux culs-de-jatte qui fourrent leurs jambes on ne sait où et des aveugles qui n’ont pas perdu la vue.
Le monde des mendiants est un abime insondable. Il défie toute analyse.

(Charles Mérouvel, Dent pour dent)

Béquille

d’Hautel, 1808 : C’est une vieille béquille. Terme de mépris ; pour dire un vieux radotteur, un vieillard infirme qui a peine à se trainer.

Ansiaume, 1821 : Potence.

En approchant de la béquille, il a mangé le morceau à l’engueuseur.

Halbert, 1849 : Potence.

Larchey, 1865 : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.

Delvau, 1866 : s. f. Potence. — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont eu l’occasion de remarquer de près l’analogie qui existe entre ces deux choses.

Béquille du père Banaba (la)

Delvau, 1864 : Le membre viril de tous les hommes, sur lequel s’appuient si volontiers toutes les femmes. Expression employée dès l’époque de la régence dans de nombreuses chansons.

J’ai perdu ma béquille,
S’écriait Barnaba ;
Quelle est l’honnête fille
Qui la rapportera ?

(Collé)

Marc une béquille avoit
Faite en fourche, et de manière
Qu’à la fois elle trouvoit
L’œillet et la boutonnière.

(Grécourt)

Bibassier, biberon

Rigaud, 1881 : Vieil ivrogne. À aussi le sens de maniaque, grognon, méticuleux, tatillon, — dans le jargon des typographes. M. Décembre-Alonnier (Typographes et gens de lettres) orthographie bibacier. — Biberon est un vieux mot français.

À toi gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles.

(Ronsard, Ode gauloise)

Binette à la désastre

Rigaud, 1881 : Tête du créancier impayé. (Almanack des débiteurs, cité par L. Larchey)

Bitoux

France, 1907 : Ignoble individu ; du patois languedocien bitou, pourceau.

La petite est assez gentille, mais le mari est encore plus canaille que son beau-père. Une fois établi, le mouton deviendra un tigre pour le pauvre monde. Regarder ses yeux : dans deux ou trois ans, il sera tout à fait bitoux. Je ne vous comprends pas de vous être embâtée de tout ce monde-là.

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Blonde

Delvau, 1864 : Maîtresse, — quelle que soit la couleur de ses cheveux ou de son poil.

Puissé-je…
Cramper dans le cul
De ma blonde !

(Émile Debraux)

Larchey, 1865 : Amante.

Blonde s’emploie dans ce sens sans distinction de la couleur des cheveux, car il existe une chanson villageoise où, après avoir fait le portrait d’une brune, l’amoureux ajoute qu’il en fera sa blonde.

(Monnier, 1831)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Maîtresse, amante. Se dit surtout en parlant de la maîtresse d’un homme marié. C’est l’autre, le numéro deux, quelle que soit d’ailleurs la nuance de ses cheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville. — Être chez sa blonde, Aller voir sa blonde.

— Si j’vas dîner avec ma blonde,
Je n’sais pourquoi, je fuis tout l’monde ;
Avec sa femm’ pas tant d’façon,
On est très bien, même dans l’salon.

(Meinfred, Le Garçon converti, chans.)

Rigaud, 1881 : Vin blanc, bouteille de vin blanc. Être porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huîtres. — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d’un repas, du vin blanc et du vin rouge.

La Rue, 1894 : Bouteille de vin blanc.

France, 1907 : Maîtresse ou bouteille de vin blanc.

Pour l’amour d’une blonde
J’ai fait bien des faux pas ;
Les beautés de ce monde
À mes yeux n’avaient pas
D’appas.

Pour l’amour d’une brune
J’ai fui le cru natal ;
Sur le cours de la lune
J’ai mis mon capital…
Ces deux sœurs non pareilles,
Belle nuit et beau jour
Habitaient des bouteilles
Où je bus tour à tour
L’amour.

(Gustave Nadaud.)

Bobosse

Delvau, 1864 : Entreteneur, miché sérieux.

Mais parlez-moi d’ ces vieux bobosses
Qui sans façon vous font présent
D’une guimbarde et de deux rosses :
C’est du nanan.

(Émile Debraux)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme affligée d’une gibbosité. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Vieux galantin bossu, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Bosse. — Bossue. (L. Larchey) Elle est un peu bobosse. Avoir une bobosse dans l’estomac, être enceinte.

France, 1907 : Bossue ; se dit aussi d’un vieux galantin, dans l’argot populaire.

Bois blanc (société des)

France, 1907 : C’était une association de laïques et de prêtres qui s’engageaient à vivre le plus simplement possible, à renoncer au luxe, à toutes les mollesses de la vie ; et l’on prétendait que les membres de cette association s’interdisaient tout autre mobilier que celui de bois blanc. Cette association avait été fondée par le curé de la Madeleine, l’abbé Le Rebours, mort de chagrin, dit-on, en avril 1894, à la suite de l’explosion de la bombe de l’anarchiste Pauwel. Elle n’eut pas grand succès ; les mondaines se refusèrent à l’introduction du bois blanc dans leur salon.

Boissonneur

Fustier, 1889 : Pilier de cabaret.

Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Client de cabaret.

Boîte à canaille

France, 1907 : C’est ainsi que, dans Germinie Lacerteux, MM. de Goncourt font désigner, par un de leurs personnages, le populaire omnibus. Le mot, tout malséant qu’il soit, et sans doute à cause de cela, méritait de faire fortune. Il rappelle celui de ce cocher de fiacre qui, après un échange de bordée d’injures avec un confrère de la Compagnie des Omnibus, lui lança comme suprême insulte : « Eh ! va donc, cocher d’indigents ! »

Le bon peuple qui travaille, qui peine, qui bûche ; les ouvrières de tous corps d’état, « petites mains » très lasses, petits pieds chaussés dur ; les employés, les institutrices gantées de filoselle noire ; l’intime bourgeoisie, si voisine de l’artisan que l’on ne saurait distinguer, tels sont les assidus de la boîte à canaille.

(Séverine)

Boîte aux dominos

Larchey, 1865 : Cercueil. — Domino est pris ici pour os. Il y a de plus quelque analogie d’aspect, car la forme du cercueil, comme celle de la boîte, est oblongue.

Puisqu’on va l’un après l’autre Dans la boîte aux dominos.

(E. Aubry, Chanson)

Bon poète, mauvais homme

France, 1907 : Ce dicton est du XVIe siècle. Il est évident que, pour le vulgaire, le poète planant au-dessus des choses de la vie et négligeant ses intérêts matériels pour s’occuper des divines chimères ne peut être qu’un homme dont la compagnie n’est pas à désirer. Le proverbe dit aussi vicieux, au lieu de mauvais.

Boniment

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.

M.D., 1844 : Conversation.

un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.

Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.

Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.

Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.

C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.

La Rue, 1894 : Propos, discours.

Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Discours.

France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.

Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »

(Jean Richepin)

Bonjourier, ou chevalier grimpant

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur au bonjour. La Gazette des Tribunaux a souvent entretenu ses lecteurs des Bonjouriers ou Chevaliers Grimpans ; les vols au bonjour, à la tire, à la détourne, qui peuvent être classés dans la catégorie des délits simples, justiciables seulement de l’article 401 du Code Pénal, sont ordinairement les premiers exploits de ceux qui débutent dans la carrière ; aussi la physionomie des Bonjouriers, des Tireurs, des Détourneurs n’a-t-elle rien de bien caractéristique. Le costume du Bonjourier est propre, élégant même ; il est toujours chaussé comme s’il était prêt à partir pour le bal, et un sourire qui ressemble plus à une grimace qu’à toute autre chose, est continuellement stéréotypé sur son visage.
Rien n’est plus simple que sa manière de procéder. Il s’introduit dans une maison à l’insu du portier, ou en lui demandant une personne qu’il sait devoir y demeurer ; cela fait, il monte jusqu’à ce qu’il trouve une porte à laquelle il y ait une clé, il ne cherche pas long-temps, car beaucoup de personnes ont la détestable habitude de ne jamais retirer leur clé de la serrure ; le Bonjourier frappe d’abord doucement, puis plus fort, puis encore plus fort ; si personne n’a répondu, bien certain alors que sa victime est absente ou profondément endormie, il tourne la clé, entre et s’empare de tous les objets à sa convenance ; si la personne qu’il vole se réveille pendant qu’il est encore dans l’appartement, le Bonjourier lui demande le premier nom venu, et se retire après avoir prié d’agréer ses excuses ; le vol est quelquefois déjà consommé lorsque cela arrive.
Il se commet tous les jours à Paris un grand nombre de vols au bonjour ; les Bonjouriers, pour procéder plus facilement, puisent leurs élémens dans l’Almanach du Commerce ; ils peuvent donc au besoin citer un nom connu, et, autant que possible, ils ne s’introduisent dans la maison où ils veulent voler, que lorsque le portier est absent ; quelquefois ils procèdent avec une audace vraiment remarquable ; à ce propos on me permettra de rapporter un fait qui s’est passé il y a quelques années. Un Bonjourier était entré dans un appartement après avoir frappé plusieurs fois ; et, contre son attente, le propriétaire était présent, mais il était à la fenêtre, et paraissait contempler avec beaucoup d’attention un régiment qui passait dans la rue, enseignes déployées et musique en tête, il venait probablement de se faire la barbe, car un plat d’argent encore plein d’eau était sur le lavabo placé près de lui ; les obstacles ne découragent pas le Bonjourier, il s’approche, prend le plat, le vide et sort : le domicile du receleur n’était pas éloigné, et il est à présumer que le plat à barbe était déjà vendu lorsque son propriétaire vit qu’il avait été volé. L’auteur de ce vol, qui s’est illustré depuis dans une autre carrière, rira bien sans doute si ce livre tombe entre ses mains.
Rien ne serait plus facile que de mettre les Bonjouriers dans l’impossibilité de nuire ; qu’il y ait dans la loge de chaque concierge un cordon correspondant à une sonnette placée dans chaque appartement, et qu’ils devront tirer lorsqu’un inconnu viendra leur demander un des habitans de la maison. Qu’on ne permette plus aux domestiques de cacher la clé du buffet qui renferme l’argenterie, quelque bien choisie que soit la cachette, les voleurs sauront facilement la découvrir, cette mesure est donc une précaution pour ainsi dire inutile : il faut autant que possible garder ses clés sur soi.
Lorsqu’un Bonjourier a volé une assiette d’argent ou toute autre pièce plate, il la cache sous son gilet ; si ce sont des couverts, des timbales, un huilier, son chapeau couvert d’un mouchoir lui sert à céler le larcin. Ainsi, si l’on rencontre dans un escalier un homme à la tournure embarrassée, tournant le dos à la rampe, et portant sous le bras un chapeau couvert d’un mouchoir, il est permis de présumer que cet homme est un voleur. Il serait donc prudent de le suivre jusque chez le portier, et de ne le laisser aller que lorsqu’on aurait acquis la certitude qu’il n’est point ce qu’il paraît être.
Les Grinchisseurs à la desserte sont une variété de Bonjouriers, dont il sera parlé ci-après. (Voir Grinchir à la desserte.)

Boucanade

Vidocq, 1837 : s. f. — Corruption. L’action de corrompre avec de l’argent une personne qui connaît un fait que l’on ne veut pas laisser divulguer ; ainsi l’on pourra dire  : J’ai coqué la boucanade, lorsque l’on aura acheté le silence d’un témoin, l’indulgence d’un juge.

Larchey, 1865 : Corruption à prix d’argent d’un juge ou d’un témoin. — Coquer la boucanade : Corrompre. Mot à mot : donner pour boire. En Espagne, la boucanade est une gorgée du vin renfermé, selon l’usage, dans une peau de bouc.

Delvau, 1866 : s. f. Corruption d’un témoin, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent le boucan de l’audience. Coquer la boucanade. Suborner un témoin.

Rigaud, 1881 : Faux témoignage. Action de corrompre, d’acheter un témoin. — Coquer la boucanade, corrompre un témoin, acheter un témoignage.

France, 1907 : Corruption d’un témoin ; pot-de-vin donné à un juge. Une boucanade, en Espagne, est une libation prise à l’embouchure d’une peau de bouc, récipient du vin.

Bouche

d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.

Bouclage

un détenu, 1846 : Emprisonnement.

Delvau, 1866 : s. m. Liens, menottes. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Cadenas. — Arrestation.

France, 1907 : Emprisonnement, menottes.

Et ce propos du vieux Clément (à qui la République doit être, pour le moins, aussi chère que l’Empire, car elle lui donne autant d’ouvrage), ce propos du vieil argousin faisant le discret sur un bouclage d’anarchiste, « parce que la divulgation de ce nom entrainerait la révocation de parents fonctionnaires ».
Le scrupule est louable, mais, en soi, la chose est-elle assez renversante ? Qu’avaient-ils fait, ces infortunés ronds-de-cuir, pour être menacés de la mise à pied ? En quoi l’opinion d’un ascendant ou descendant devait-elle déterminer leur disgrâce ?

(Séverine)

Bouffer

d’Hautel, 1808 : Enfler ses joues. Dans le langage populaire, Bouffer, signifie manger gloutonnement, avec avidité.
Bouffer les vivres. Prendre ses repas accoutumés.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui aime les mots qui font image.

Rigaud, 1881 : Bouder, dissimuler sa mauvaise humeur (XVIIIe siècle). Aujourd’hui, c’est piper.

Rigaud, 1881 : Manger gloutonnement.

Rossignol, 1901 : Manger.

Il est onze heures, la cloche a sonné, allons bouffer.

Hayard, 1907 : Manger.

France, 1907 : Manger, du provençal bouffa, manger avec excès.

— Toi que t’es là à bouffer d’une façon répugnante, t’es assez sale pour conserver ça dans le corps pendant un jour, hein ?
Larfouillat éclata de rire.
— Tiens, pardine ! fit-il. Je n’vais pas m’en débarrasser tout de suite.
— C’est pourquoi que quand tu y vas tu pues comme tous les cinq cents diables. Ça sent le renfermé, parbleu ! Tu n’es qu’un dégoûtant animal ! C’est ce qui fait que les canards sont plus propres que toi. Aussitôt bouffé par un bout, pfft ! ça fout l’camp par l’autre.

(La Baïonnette)

Bougresse

Delvau, 1864 : Gourgandine, femme qui aime l’homme.

France, 1907 : Méchante femme ou simplement femme ou fille de mœurs équivoques. Dans la chanson du Père Duchesne, imprimée sous le Directoire, on trouve cet amusant couplet :

Pour mériter les cieux,
Nom de Dieu !
Voyez-vous ces bougresses,
Au curé le moins vieux,
Nom de Dieu !
S’en aller à confesse,
Nom de Dieu !
Se faire peloter les f…,
Nom de Dieu !
Se faire peloter les f… !

La chanson entière, avec les couplets ajoutés en 1848, se trouve dans les Coulisses de l’anarchie, de Flor O’Squarr. C’est un des derniers couplets qu’entonna Ravachol en allant à l’échafaud.

Bouillon

d’Hautel, 1808 : Prendre un bouillon. Signifie se jeter à l’eau dans le dessein de se détruire.
On lui a donné un bouillon de onze heures. Pour, on lui a fait prendre un breuvage empoisonné ; on l’a empoisonné.
Il a bu un fameux bouillon. Manière burlesque de dire qu’un marchand a essuyé une perte considérable ; qu’il s’est blousé dans ses spéculations.
Il va tomber du bouillon. Pour dire une averse ; il va pleuvoir.

Larchey, 1865 : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé.

Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable.

(d’Hautel, 1808)

Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau.

Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard.

(Dalès)

Bouillon : Pluie torrentielle.

Il va tomber du bouillon, pour dire une averse.

(d’Hautel, 1808)

Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu.

Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu.

(Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle)

Bouillon pointu : Coup de baïonnette :

Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu.

(Layale, Chansons, 1855)

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot [des bourgeois]. Boire un bouillon. Perdre de l’argent dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Pluie, — dans l’argot du peuple. Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.

Rigaud, 1881 : Exemplaires non vendus d’un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d’autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.

Rigaud, 1881 : Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d’Hahnemann, où l’on paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs.

La Rue, 1894 : Journaux ou livres invendus. Bouillonner, ne pas vendre ses livres ou journaux.

France, 1907 : Mauvaise affaire, opération funeste ; d’où l’expression boire un bouillon. En termes de librairie, les bouillons sont les exemplaires non vendus d’un livre ou d’un journal.

La plupart des administrations de journaux de Paris ont l’habitude de reprendre aux marchands des kiosques, dans une proportion déterminée, les journaux non vendus. Ce stock de journaux non vendus, constitue ce qu’en terme de métier on appelle les bouillons. Certaines marchandes spéculent sur cet usage et recourent au petit procédé suivant pour augmenter leurs bénéfices : elles louent aux cafetiers et aux marchands de vins, voisins de leurs kiosques, des journaux qu’elles font ensuite passer dans leurs bouillons.

Se dit aussi, dans l’argot du peuple, pour pluie : bouillon qui chauffe, pluie qui menace ; bouillon aveugle, bouillon trop maigre, sans yeux ; bouillon d’onze heures, breuvage empoisonné ; bouillon de canard, eau ; on dit aussi dans le même sens élixir de grenouilles ; bouillon pointu, lavement, coup de baïonnette.

Bouillon de canard

Delvau, 1866 : s. m. Eau.

Rigaud, 1881 : Eau.

Bourge, bourgesse

d’Hautel, 1808 : Ce bourge là, cette bourgesse là. Mot injurieux et choquant que l’on adresse à quelqu’un contre lequel on est en colère : c’est l’anagramme de bougre, bougresse, jurement sale et grossier très-usité parmi le bas peuple.

Bourgeois

d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.

Halbert, 1849 : Bourg.

Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.

Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

 

Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.

Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.

France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »

Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…

(Paul Roinard, Nos Plaies)

Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »

Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.

(A. Glatigny)

Bourrache

Rigaud, 1881 : Cour d’assises. Comme la plante de ce nom, la Cour d’assises est pour le voleur un puissant sudorifique ; elle lui procure une de ces émotions qui trempent des chemises. En outre, par quasi-homonymie, le mot rappelle celui de bourrade et offre à l’oreille une corrélation avec ceux de bourrique et de bourreur de pègres, sous lesquels le voleur désigne les agents de la sûreté et le code pénal. — Marguillier de bourrache. Juré. Le banc du jury présente une analogie avec le banc des marguilliers.

Bourrer

d’Hautel, 1808 : Malmener, maltraiter quelqu’un ; lui parler rudement.
Il est bourré comme un canon. Se dit d’un goinfre, d’un glouton qui regorge de nourriture.

France, 1907 : En bourrer une, fumer une pipe. Se bourrer le fanal, manger.

Bouterne

Vidocq, 1837 : s. f. — La Bouterne est une boîte carrée, d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, et parmi lesquels les badauds ne manquent pas de remarquer la pièce à choisir, qui est ordinairement une superbe montre d’or accompagnée de la chaîne, des cachets, qui peut bien valoir 5 à 600 fr., et que la Bouternière reprend pour cette somme si on la gagne.
Les chances du jeu de la Bouterne, qui est composé de huit dés, sont si bien distribuées, qu’il est presque impossible d’y gagner autre chose que des bagatelles. Pour avoir le droit de choisir parmi toutes les pièces celle qui convient le mieux, il faut amener une râfle des huit dés, ce qui est fort rare ; mais ceux qui tiennent le jeu ont toujours à leur disposition des dés pipés, et ils savent, lorsque cela leur convient, les substituer adroitement aux autres.
Ils peuvent donc, lorsqu’ils croient le moment opportun, faire ce qu’ils nomment un vanage, c’est-à-dire, permettre à celui qu’ils ont jugé devoir se laisser facilement exploiter, de gagner un objet d’une certaine importance ; si on se laisse prendre au piège, on peut perdre à ce jeu des sommes considérables. Le truc de la Bouterne est presque exclusivement exercé par des femmes étroitement liées avec des voleurs ; elles ne manquent jamais d’examiner les lieux dans lesquels elles se trouvent, et s’il y a gras (s’il y a du butin à faire), elles renseignent le mari ou l’amant, qui a bientôt dévalisé la maison. C’est une femme de cette classe qui a indiqué au célèbre voleur Fiancette, dit les Bas-Bleus, le vol qui fut commis au Mans, chez le notaire Fouret. Je tiens les détails de cet article de Fiancette lui-même.
Comme on le pense bien, ce n’est pas dans les grandes villes que s’exerce ce truc, il s’y trouve trop d’yeux clairvoyans ; mais on rencontre à toutes les foires ou fêtes de village des propriétaires de Bouterne. Ils procèdent sous les yeux de MM. les gendarmes, et quelquefois ils ont en poche une permission parfaitement en règle du maire ou de l’adjoint ; cela ne doit pas étonner, s’il est avec le ciel des accommodemens, il doit nécessairement en exister avec les fonctionnaires publics.

Larchey, 1865 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.

Delvau, 1866 : s. f. Boîte carrée d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, parmi lesquels il y a l’inévitable « pièce à choisir », qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, « d’une valeur de 600 francs », que la marchande reprend pour cette somme lorsqu’on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela : les dés sont pipés !

Rigaud, 1881 : Tablette, plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement.

France, 1907 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires, les objets, montres ou bijoux destinés à amorcer les amateurs de jeux d’adresse ou de hasard.

Branche

d’Hautel, 1808 : Être comme l’oiseau sur la branche. C’est être dans l’inaction, n’avoir point de sort fixe, être à la merci des autres.
Il vaut mieux se tenir au tronc qu’aux branches. C’est-à-dire, s’attacher plutôt au maître qu’au subalterne.

Larchey, 1865 : Ami aussi attaché de cœur qu’une branche à l’arbre.

Allons, Panaris, le dernier coup, ma vieille branche !

(J. Moinaux)

Brancher : Pendre. — Vidocq. — Mot à mot : accrocher à la branche.

Delvau, 1866 : s. f. Ami, compagnon, ma vieille branche, — dans le même argot [des faubouriens].

La Rue, 1894 : Ami.

Rossignol, 1901 : Ami. Une vieille branche est un vieil ami.

France, 1907 : Ami. Ce mot est précédé de vieille ; argot populaire. Ma vieille branche.

Bricole

d’Hautel, 1808 : Meuterie, gasconnade, raillerie, subterfuge.
Un ami de bricole. Signifie un ami de rencontre et sur lequel on ne peut faire aucun fonds.
Une fortune de bricole. Un bien que l’on a amassé de côté et d’autre, souvent d’une manière illicite.
Donner une bricole à quelqu’un. Faire entendre une chose pour une autre.
Jouer de bricole. Tricher, ne pas jouer de bonne foi.

Larchey, 1865 : Petit travail mal rétribué.
Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c’est-à-dire qu’il y faisait à peu près tout ce qu’on voulait, qu’il était au service de qui désirait l’occuper. » — Privat d’Anglemont. — Vient de bricole : harnais qui fait de l’homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.
Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole.

Et bricolons tout plus vite que ça, car j’ai les pieds dans l’huile bouillante.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise affaire, affaire d’un produit médiocre. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Travail de peu d’importance ; travail mal rétribué, fait à temps perdu.

Le soir même, le zingueur amena des camarades, un maçon, un menuisier, un peintre, de bonszigs, qui feraient cette bricole après leur journée.

(É. Zola)

Au XVIIIe siècle, bricole avait le sens de mauvaise excuse, menterie.

France, 1907 : Petit travail de peu de profit.

Grâce à son travail — lequel consistait le plus souvent en bricoles — il eut presque constamment de quoi se nourrir et se vêtir.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Se dit aussi dans le sens d’équipe : Toute la bricole est en bordée.

Brigadier

Rigaud, 1881 : Pour brigadier-fourrier, gindre, premier garçon boulanger chargé du four. On a dit d’abord fournier puis fourrier par corruption. Dès le XIIIe siècle,

Le droit payé pour faire cuire à ces fours banaux s’appelait fournage et les ouvriers qui y étaient employés se nommaient fourniers.

(Pierre Vinçart, Les ouvriers de Paris, 1863)

France, 1907 : Premier garçon boulanger.

Brouillard (être dans le)

Larchey, 1865 : Être absorbé par l’ivresse.
Chasser le brouillard : Boire un verre d’eau-de-vie dont la chaleur combat, dit-on, les mauvais effets de l’humidité. — On dit tuer le ver par un motif analogue ; — l’alcool pris à jeun passe pour causer de vives contrariétés aux helminthes et aux ascarides vermiculaires. — Ces deux termes peuvent être considérés comme une allusion ironique aux prétextes hygiéniques des buveurs d’alcool.

France, 1907 : Être gris, commencer à y voir trouble. Chasser le brouillard, boire un verre d’eau-de-vie ; faire du brouillard, fumer.

Il n’était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu’ils avaient goûté à faire du brouillard.

(Alphonse Humbert, Mon bagne)

Butor

d’Hautel, 1808 : Un gros butor. Manant, homme brusque, pesant et grossier, sans urbanité, sans éducation.

Cabillot

Larchey, 1865 : « L’ennemi naturel du matelot, c’est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l’analogie qu’on peut trouver entre une demi-douzaine de cabillots (chevilles) alignés au râtelier et des soldats au port d’armes. » — Physiologie du Matelot, 1843. — La langue romane avait déjà cabi : serré, rangé. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Soldat de passage sur un navire, — dans le jargon des marins.

France, 1907 : Soldat ; argot des marins.

L’ennemi naturel du matelot, c’est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l’analogie qu’on peut trouver entre une demi-douzaine de cabillots — chevilles — alignés au râtelier et des soldats au port d’armes.

(Physiologie du Matelot)

Le cabillot est la cheville en fer ou en cuivre qui sert à tourner les cordages.

Cabotinage

Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.

Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.

Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.

(Petit dict. des coulisses, 1835.)

France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.

Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.

France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.

Cachalot

Virmaître, 1894 : Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche (Argot des filles). N.

France, 1907 : « Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche. Argot des filles. »

(Ch. Virmaître, Dictionnaire fin de siècle)

France, 1907 : Vieux marin.

Pour atteindre le bateau américain qui a bien voulu me prendre et me tirer de cet enfer, j’ai dû nager pendant près de deux heures, entre deux eaux, afin d’éviter d’être aperçu des sentinelles et des barques de l’administration ; il m’a fallu aussi plonger tout à coup pour échapper aux requins, qui venaient flairer en moi un déjeuner… Tu comprends que pour un vieux cachalot comme moi, me jeter dans ce canal, un simple ruisseau, c’était une plaisanterie.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Cachet de la république

Delvau, 1866 : s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

Virmaître, 1894 : C’est un coup de pied canaille. Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire. Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

France, 1907 : Marque d’un coup de talon de botte sur la figure ; argot des rôdeurs de barrière. Il laisse une emprunte rouge.

Cafignon

France, 1907 : Sécrétion des pieds, autrement dite essence de gendarme ou de facteur rural, particulière aux gens malpropres ; mais certaines gens, quoique d’une propreté méticuleuse, en sont affligées. Le mot est vieux comme le mal ; dérivé d’escafignon, escarpin, chausson, pantoufle. En Normandie, le cafignon est le sabot des vaches, chèvres, cochons, etc., qui n’est pas parfumé. Charles Nisard le fait venir du latin scaphium, pot de chambre, venu lui-même du grec.

On n’est pas sans avoir senti plus d’une fois dans le monde, et là même où se réunissent les gens bien élevés, certaine odeur chaude et nauséabonde qui vient de bas en haut, s’exhale par bouffées et domine de temps en temps toutes celles dont se charge l’atmosphère, partout où il y a agglomération d’individus ; cette odeur est l’effet d’une émanation dont le siège est aussi bien dans la botte du gendarme que dans le soulier de satin de la petite maîtresse. On appelait cela autrefois sentir l’escafignon ; puzzar di scapino, comme disent les Italiens. Il n’y a rien de plus insupportable que cette odeur, si ce n’est l’ignorance où paraissent être de ses propriétés ceux qui la rendent et la promènent partout. Il n’est parfums ni eaux qui puissent la combattre : l’unique moyen de s’en garantir est de s’en aller.

(Charles Nisard, Curiosités de l’étymologie française)

Cage

d’Hautel, 1808 : Mettre en cage. Signifie mettre en prison ; priver quelqu’un de sa liberté. On dit d’une petite maison, d’une bicoque, que c’est une Cage.

Delvau, 1866 : s. f. Atelier de composition, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Galerie.

Delvau, 1866 : s. f. Prison, — dans l’argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l’on tenait à empêcher l’homme qui vole de s’envoler. Cage à chapons. Couvent d’hommes. Cage à jacasses. Couvent de femmes. Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

Rigaud, 1881 : Atelier de composition des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Prison. — Oiseau en cage, prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison.

Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Commes en cage.

(Du Puy, Thuana, 1669)

Fustier, 1889 : Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.

France, 1907 : Prison ; atelier recouvert de vitres.

Il déteste l’argot d’atelier, gourmande l’apprenti sur son manque de décorum, sans espérer le corriger, et saisit le premier prétexte venu pour débaucher l’ouvrier qui nomme sa casse une boîte, l’imprimerie une cage.

(Décembre-Alonnier, Typographes et Gens de lettres)

France, 1907 : Tête.

Calebasse

d’Hautel, 1808 : Frauder la calebasse. Pour dire tromper quelqu’un, le frustrer de la part qui lui revient.

Bras-de-Fer, 1829 : Tête.

Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.

Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l’os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l’un que l’autre. Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.

Fustier, 1889 : Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré)

La Rue, 1894 : Tête.

Virmaître, 1894 : Seins. Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se répandent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Objets, marchandises, produit d’un vol.

France, 1907 : Tête ; argot des faubouriens. Grande Calebasse, femme maigre et mal tournée.
Calebasse signifie aussi secret. Vendre la calebasse, dénoncer.

— Toujours est-il, reprit le recéleur, que c’est lui qui a vendu la calebasse, et que sans lui…

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Caleçon

d’Hautel, 1808 : Le peuple de Paris prononce Caneçon ; par une contradiction assez bizarre, il dit Calonier, au lieu de Canonnier.
Les mots falbala, lentille éprouvent une altération semblable ; et on entend presque continuellement dire un Falbana, des Nentilles.

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique