France, 1907 : Chanteurs ambulants.
À la balade (chanteurs)
Ambulante
Rigaud, 1881 : Fille publique. Allusion aux marches et contremarches auxquelles ces demoiselles se livrent, avant de se livrer au public. Le mot remonte au siècle dernier.
Une belle soirée qu’elles étaient assises au pied d’un arbre, et interrogeaient les passants, s’ils voulaient s’amuser (c’est le terme technique avec lequel ces ambulantes expriment sous une image honnête l’acte de leur métier le plus malhonnête).
(Anecdotes sur la comtesse du Barry, 1776)
Virmaître, 1894 : Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin. Elle ne ramène jamais chez elle (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Voleuse qui va de maison en maison offrir de menus objets de vente.
Baladage ou balladage (chanter au)
France, 1907 : Chanteur ambulant.
Balai
d’Hautel, 1808 : Faire le balai neuf. Cette façon de parler n’est guères usitée qu’en parlant d’un domestique qui en entrant dans une nouvelle condition, fait tous ses efforts, les premiers jours, pour contenter son maître.
On dit par menace à un subordonné contre lequel on est en colère, que s’Il ne se retire, on lui donnera du manche à balai sur les épaules.
Il a rôti le balai. Locution équivoque pour faire entendre qu’un homme a passé sa jeunesse dans la dissipation et la débauche.
Rôtir le balai. Signifie aussi mener une vie obscure et indigente.
Larchey, 1865 : Gendarme (Vidocq). — On appelle de même raclette une ronde de police ; elle racle les gens que la gendarmerie balaie.
Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des petits marchands ambulants.
Rigaud, 1881 : Dernier omnibus qui rentre au dépôt, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. Ils appellent l’avant-dernière voiture : le manche.
Rigaud, 1881 : Gendarme, agent de police, — dans le jargon des camelots et des marchands ambulants.
La Rue, 1894 : Gendarme.
France, 1907 : Agent de police. Ils balayent en effet la chaussée des petits marchands ambulants et des groupes qui gênent la circulation. Donner du balai, mettre quelqu’un à la porte. « Le général Boulanger était considéré comme le balai qui devait débarrasser la France de la bande des tripoteurs opportunistes. »
Battre comtois
anon., 1827 : Faire le niais, l’imbécile.
Bras-de-Fer, 1829 : Faire le niais.
Vidocq, 1837 : v. a. — Servir de compère à un marchand ambulant.
Delvau, 1866 : v. n. Faire l’imbécile, le provincial, — dans l’argot des voleurs, pour qui, à ce qu’il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.
Rigaud, 1881 : Servir de compère, — dans le même jargon (des saltimbanques). — Prêcher le faux pour savoir le vrai, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Service de compère. Dire le faux pour savoir le vrai. Mentir.
Virmaître, 1894 : Un compère bat comtois en demandant un gant devant une baraque de lutteur. Les spectateurs le prennent pour un adversaire sérieux : dans l’arène il se laisse tomber. Un accusé bat comtois en feignant de ne pas comprendre les questions du juge d’instruction. Une femme bat comtois lorsqu’elle vient de coucher avec son amant et qu’elle jure à son mari en rentrant qu’elle lui est fidèle (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Faire semblant d’ignorer une chose que l’on sait est battre comtois. Dans les fêtes, aux abords des baraques de lutteurs, il y a toujours des spectateurs qui demandent un gant ou caleçon pour lutter avec le plus fort de la troupe ; on s’imagine que c’est un adversaire sérieux, mais ce n’est qu’un compère qui bat comtois, et qui se laisse toujours tomber pour avoir sa revanche à la représentation suivante afin d’attirer le public. Un voleur bat comtois lorsqu’il ne veut pas comprendre les questions qu’on lui fait et ne dit pas ce qu’il pense. Une femme bat comtois lorsqu’elle fait des infidélités à son homme et qu’elle jure qu’elle lui est fidèle.
Hayard, 1907 : Faire le compère.
France, 1907 : Faire l’imbécile, dans l’argot des voleurs, pour lesquels, suivant Delvau, les habitants de Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.
Bazardier
Rigaud, 1881 : « C’est le petit commerçant qui loue à la journée le rez-de-chaussée d’un immeuble à peine achevé, moyennant une redevance généralement assez modique, qui varie suivant Je quartier. »
(Élie Frébault, Les Industriels du macadam, 1868)
France, 1907 : Propriétaire d’un bazar ambulant qui loue provisoirement le rez-de-chaussée ou la boutique d’une maison non achevée.
Boîte à jus
Rossignol, 1901 : Cafetière des marchandes ambulantes.
Bordel ambulant
Delvau, 1864 : Fiacre, dont les stores baissés permettent aux amoureux, qui l’ont pris à l’heure pour aller plus doucement, de faire leurs petites affaires de cul.
France, 1907 : Fiacre.
Il y avait autrefois, dit Michel, des voitures de place disposées de manière à servir de lieu de rendez-vous. Bien que les « sapins » d’aujourd’hui ne soient pas constitués en vue de cette destination spéciale, il ne s’y passe pas moins quelquefois de drôles de choses.
(Gustave Fustier)
Boucardier
Ansiaume, 1821 : Magasinier.
J’ai picté avec le boucardier, il quimpe à la couleur.
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de nuit dans les boutiques.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.
Rigaud, 1881 : Marchand. — Boucardier gambilleur, marchand ambulant.
Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les boutiques. Le boucardier opère la nuit avec le concours du pégriot. Le pégriot est un gamin ou un voleur de petite taille qui s’est primitivement introduit dans la boutique, et qui, à l’heure convenue, vient ouvrir au boucardier.
Virmaître, 1894 : Le petit pégriot qui s’introduit dans la boutique pour aider son complice à voler (Argot des voleurs). V. Raton.
Bustingue
Halbert, 1849 : Hôtel où couchent les bateleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Garni où couchent les bateleurs, les Savoyards, les montreurs de curiosités. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chambre garnie, dans le jargon des saltimbanques.
Virmaître, 1894 : Garni. Il en existe un célèbre dans la rue de Flandre, à la Villette. C’est là que descendent les saltimbanques et les phénomènes qui viennent se faire engager. On nomme bustingue tous les garnis où logent les ambulants (Argot des voleurs).
France, 1907 : Garni de bas étage, bordel
Cabotin
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux, qui signifie histrion, batteleur ; comédien ambulant, indigne des faveurs de Thalie.
Delvau, 1866 : s. m. Mauvais acteur, — le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.
France, 1907 : Acteur ; argot populaire.
Edmond Garnier a esquissé en quelques vers les traits du pauvre cabotin :
Au café, riche… en espérance !
Il raconte avec assurance
Ses succès à Chose, à Machin,
Au beau temps ainsi qu’à l’orage
Opposant un même visage,
Joyeux il nargue le destin,
Juif errant de l’art, très utile,
Il va partout, de ville en ville,
Sans nul souci du lendemain,
Au bourgeois bête, qui le blâme,
Il sait montrer qu’il a de l’âme…
Quoique bouffon du genre humain.
…
Ce cabot, que Paris évince,
Un beau jour s’éteint en province
Sans ai qui pleure sa fin.
Mais tous les ans, dame Nature
Revient parer, de sa verdure,
L’humble tombe du cabotin.
Cabotine
Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.
Rigaud, 1881 : Actrice qui, sans plus de talent que le cabotin, possède une corde de plus à son arc. Elle se sert du théâtre comme d’un bureau de placement pour ses charmes. — Terme de mépris pour désigner une actrice quelconque dont on a à se plaindre ou qu’on veut blesser.
Il (le marquis de Caux) l’insultait (la marquise de Caux, la Patti)… Ainsi il a dit plusieurs fois : Maudit soit le jour où j’ai épousé une cabotine comme toi !
(Liberté du 6 août 1877, Compte rendu du procès Caux-Patti.)
France, 1907 : Mauvaise actrice, ou actrice appartenant à une troupe ambulante.
Quelques petites cabotines se font des confidences et se racontent leur premier faux pas.
— Moi, ç’a été avec mon cousin…
— Moi avec un acteur…
— Oh ! moi, dit la plus ingénue, ça a été avec deux militaires !
(Écho de Paris)
Camelot
d’Hautel, 1808 : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.
Ansiaume, 1821 : Marchand.
Le camelot est marloux, et puis il a deux gros cabots.
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand.
M.D., 1844 : Marchands des rues.
un détenu, 1846 : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.
Larchey, 1865 : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.
Rigaud, 1881 : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.
La Rue, 1894 : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.
France, 1907 : Marchand d’objets de peu de valeur qui vend dans les villages ou expose sur la voie publique. Le terme vient du grec camelos, chameau, par allusion au sac qu’il porte sur le dos et qui contient sa camelotte.
Depuis quelque temps, une véritable révolution s’accomplit dans les mœurs publiques. Dans les luttes politiques, un facteur nouveau s’est introduit et les procédés de polémique, les moyens de propagande et de conviction sont transformés du tout au tout.
Le camelot a pris dans l’ordre social qui lui est sinon due, au moins payée. L’ère du camelot est venue et les temps sont proches où le revolver sera l’agent le plus actif d’une propagande bien menée.
Le camelot n’a qu’un inconvénient ; il coûte cher. Dans les premiers temps de son accession à la vie publique, c’était à six francs par soirée qu’il débordait d’enthousiasme et fabriquait de la manifestation. Depuis les prix ont un peu baissé, vu l’abondance des sujets. Lors du dernier banquet, c’était à quatre francs la soirée mais on fournissait le revolver.
(La Lanterne, 1888)
Au-dessus de tout le bruit, du roulement des voitures, des grincements des essieux, des galopades des beaux chevaux rués dans le travail comme des ouvriers courageux, — au-dessus de tout, retentissaient les cris des camelots du crépuscule, l’annonce vociférée des crimes de la basse pègre, des vols de la haute, l’essor des derniers scandales.
(Gustave Geffroy)
Le camelot, c’est le Parisien pur sang… c’est lui qui vend les questions, les jouets nouveaux, les drapeaux aux jours de fête, les immortelles aux jours de deuil, les verres noircis aux jours d’éclipse… des cartes obscènes transparentes sur le boulevard et des images pieuses sur la place du Panthéon.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Il faisait un peu de tout… c’était un camelot, bricolant aujourd’hui des journaux illustrés, demain des plans de Paris, un autre jour offrant aux amateurs des cartes qualifiées de transparentes, débitant ensuite, coiffé d’un fez, des confiseries dites arabes ou des olives dans les cafés…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Caravane
d’Hautel, 1808 : Faire ses caravanes. C’est-à dire des tours de jeunesse ; mener une vie libertine et débauchée, donner dans les plus grands excès.
France, 1907 : Voiture ambulante de saltimbanque.
Casserole
d’Hautel, 1808 : Récurer la casserole. Pour dire se purger après une maladie.
Larchey, 1865 : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.
Delvau, 1866 : s. f. L’hôpital du Midi, — dans l’argot des faubouriens. Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord : être soumis à un traitement dépuratif énergique.
Delvau, 1866 : s. f. Mouchard, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Étudiant de dixième année, qui n’a jamais étudié que l’absinthe et la pipe, qui a pris ses inscriptions dans tous les caboulots, qui a soutenu des thèses d’amour avec toutes les filles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.
Rigaud, 1881 : Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole », — dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence caste-rôle. — C’est également le nom donné aux agents de police. Passer à casserole, se voir dénoncer.
Fustier, 1889 : Prostituée.
La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.
(Réveil, juin 1882)
La Rue, 1894 : Dénonciateur. Agent de police. L’hôpital du Midi. Prostituée.
Rossignol, 1901 : Indicateur de la police. Tout individu qui donne des indications à la police pour faire arrêter un voleur est une casserole. Dans le public, il y a une fausse légende qui dit que les marchands de vin ou de quatre saisons sont de la police et touchent deux francs par jour. Cela n’est pas ; aucune casserole n’est attachée officiellement à la police, elle est payée par l’agent (sur le visa de son chef) à qui elle a donne une indication ayant amené l’arrestation d’un voleur ; la somme varie selon l’importance de l’affaire indiquée, généralement de cinq à dix francs (plutôt cinq francs par tête). La préfecture de police n’a absolument aucun rapport avec les casseroles qui sont en général des repris de justice. La casserole des brigades politiques est certainement plus canaille que les précédentes, parce que cette casserole est souvent un ami que vous recevez à votre table et qui vous trahit ; aussi est-il appointé suivant l’importance des services qu’il peut rendre et mieux que les agents officiels ; il n’est connu que du chef de brigade avec qui il correspond et son nom est un numéro. Il touche au mois ou à la semaine sur les fonds secrets alloués ; il y en a partout, dans les salons, les ateliers et même la presse ; leurs services ne valent certes pas la dépense.
Hayard, 1907 : Mouchard.
France, 1907 : L’hôpital du Midi, à Paris : spécialement destiné aux vénériens, que l’on passe à la casserole. Passer à la casserole, c’est subir un traitement sudorifique très énergique, qu’on appelait autrefois : passer sur les réchauds de Saint-Côme.
France, 1907 : Mouchard. Se dit aussi pour prostituée. Coup de casserole, dénonciation. Oscar Méténier est l’auteur d’un drame joué en 1889, sur le Théâtre-Libre, intitulé : La Casserole. C’est aussi le nom que les escarpes donnent à une femme qui dénonce ses amants à la police.
Soudain, du tas des dormeurs, sort une brunette adorable, dix-sept ans à peine. — Voilà le type de la Casserole ! s’écrie Méténier. Approche, petite. La fille approche et se laisse retourner de tous les côtés…
(Lucien Puech)
France, 1907 : Poids creux dont se servent certains hercules forains ou ambulants.
Pauvres avaleurs de sabre, combien est ingrate leur profession ! Elle est une de celles qu’on prend le moins au sérieux et cependant elle est peut-être la seule qui ne permette pas le truquage. Le lutteur s’entend avec son adversaire qui lui prête ses épaules, le faiseur de poids travaille avec des poids creux que, dans sa langue spéciale, il appelle des poids moches, des casseroles. À l’avaleur de sabre, contrairement à l’opinion commune, toute supercherie est interdite. Le sabre à lame articulée n’existe que dans l’imagination des spectateurs, Tous ceux qu’il emploie sont d’une authenticité absolue, et il en est sûrement plus d’un parmi eux qui, avant de pénétrer dans un gosier d’une façon si inoffensive, a traversé la poitrine d’un soldat ennemi.
(Thomas Grimm, Le Petit Journal)
Chiner
Larchey, 1865 : Aller à la recherche de bons marchés.
Remonenq allait chiner dans la banlieue de Paris.
(Balzac)
Les roulants ou chineurs sont des marchand d’habits ambulants qui, après leur ronde, viennent dégorger leur marchandise portative dans le grand réservoir du Temple.
(Mornand)
Delvau, 1866 : v. n. Brocanter, acheter tout ce qu’il y a d’achetable — et surtout de revendable — à l’hôtel Drouot.
Rigaud, 1881 : Crier dans les rues, — dans le jargon des marchands d’habits ambulants. Quand ils parcourent la ville, au cri de : « habits à vendre ! » ils chinent, ils vont à la chine.
Rigaud, 1881 : Critiquer, se moquer de.
Rigaud, 1881 : Porter un paquet sur le dos ; trimballer de la marchandise, — dans le jargon des marchands ambulants : c’est une abréviation de s’échiner.
Merlin, 1888 : Médire de quelqu’un ; le ridiculiser.
Fustier, 1889 : Travailler. (Richepin) — Plaisanter.
La Rue, 1894 : Crier et vendre dans les rues ; Brocanter. Plaisanter.
Virmaître, 1894 : Blaguer quelqu’un. — Il est tellement chineur que tout le monde passe à la chine (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Courir les rues ou les campagnes pour vendre sa camelotte. Chiner est synonyme de fouiner. Comme superlatif on dit chignoler (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Blaguer, plaisanter quelqu’un est le chiner ; celui qui chine est aussi un chineur.
Rossignol, 1901 : Le marchand d’habits qui court les rues pour acheter de vieux vêtements, c’est un chineur, il fait la chine. Le marchand ambulant chine sa camelote de porte en porte. Le marchand de chiffons qui court les rues est aussi un chineur. Il y a aussi le chineur à la reconnaissance du mont-de-piété dont le montant du prêt est toujours surchargé et qui cherche à escroquer un passant, Le camelot qui offre sa marchandise aux abords des cafés est chineur. On remarque encore le chineur au balladage qui vend dans une voiture dite balladeuse ; le chineur à la boîterne, avec une boîte.
Hayard, 1907 : Blaguer, courir les rues et la campagne pour vendre ou acheter.
France, 1907 : Faire le chinage.
France, 1907 : Médire, se moquer.
C’est vrai que j’comprends pas grand’chose
À tout c’qu’y dis’nt les orateurs,
Mais j’sais qu’is parl’nt pour la bonn’ cause
Et qu’i’s tap’nt su’ les exploiteurs.
Pourvu qu’on chine l’ministère,
Qu’on engueul’ d’Aumale et Totor
Et qu’on parl’ de fout’ tout par terre !…
J’applaudis d’achar et d’autor.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Travailler avec ardeur ; abréviation de s’échiner.
Chineur
Delvau, 1866 : s. m. Marchand de peaux de lapins, — dans l’argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu’un lot de fonte.
Rigaud, 1881 : Marchand d’habits ambulant qui va déverser ses achats sur le carreau du Temple. — Marchand qui va offrir à domicile des objets souvent volés. — Filou qui vole en augmentant frauduleusement la valeur apparente des objets.
Le Mont-de-Piété n’a guère à se défendre que contre deux sortes de filous parfaitement catégorisés : les chineurs et les piqueurs d’once. il ne faut pas croire que cette fraude s’arrête aux objets précieux ; on chine tout.
(Maxime du Camp, Revue des Deux-Mondes 1873)
Un des procédés du chineur consiste à forer les chaînes, les bracelets, pour en extraire l’or qu’il remplace par du cuivre. Les employés du Mont-de-Piété ont été, plus d’une fois, victimes de ce genre de vol. — Dans le jargon des chiffonniers, un chineurest un marchand, un commerçant quelconque.
Merlin, 1888 : Méchante langue ou mauvais plaisant.
La Rue, 1894 : Colporteur. Marchand d’habits.
Virmaître, 1894 : Genre de voleurs dont les procédés se rapprochent de ceux des charrieurs. Ils sont pour la plupart originaires du Midi (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur au chinage. Marchand qui fréquente les ventes publiques et achète tout ce qui est à bas prix, d’où le populaire a baptisé de ce nom le marchand de peaux de lapins. On appelle aussi chineurs ou roulants les marchands de vieux habits qui courent les marchés et les foires et ceux qui vont à domicile offrir des étoffes à bas prix.
Dans le Pavé, voici ce qu’écrit sur ce mot Jean Richepin : « En argot, chineur veut dire travailleur, et vient du verbe chiner… Mais ce mot se spécialise pour désigner particulièrement une race de travailleurs sui generis…
Elle campe en deux tribus à Paris. L’une habite le pâté de maisons qui se hérisse entre la place Maubert et le petit bras de la Seine, et notamment rue des Anglais. L’autre niche eu haut de Ménilmontant, et a donné autrefois son nom à la rue de la Chine… Les chineurs sont, d’ailleurs des colons et non des Parisiens de naissance. Chaque génération vient ici chercher fortune, et s’en retourne ensuite au pays. »
Cigale
Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.
Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.
Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».
Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.
Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.
Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.
France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.
France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.
Cocodès
Larchey, 1865 : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part.
Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim !
(L. de Neuville)
Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte : il n’en est rien, — car voilà une vingtaine d’années que l’acteur Osmont la mis en circulation.
France, 1907 : Dandy ridicule qui dépense sottement la fortune que son père ou ses ancêtres lui ont laissée, ce qui rétablit l’équilibre social, en quoi le cocodès a du bon. Ce fut un acteur du nom d’Osmard qui inventa ce mot et le mit en circulation. Il le tira, sans doute, de coco, homme sans consistance, digne de mépris, dans l’argot bourgeois. Cocodès a pour féminin et digne compagne : cocodette. Ses synonymes sont nombreux : petit crevé, gommeux, poisseux, gâteux, boudiné, grelotteux, etc. ; ils peuvent être confondus sous la désignation générale de crétins.
… Les corodès et les petits crevés de l’époque, successeurs des daims, des lions et des gants jaunes qui représentaient alors la classe des élégants, n’étaient que d’affreux bonshommes étiolés, flétris, barbouillés de fard, parfumés, grasseyant et ridicules, dont le costume, pour épatant qu’il fût aux yeux de ces fantoches, n’en était pas moins laid, burlesque et contraire à tout sentiment de correction.
(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)
Le cocodès apparut sur l’asphalte parisien vers 1863. Il portait un faux col droit très haut, englobant parfois le menton. Il semblait être né avec un carreau dans l’œil.
Le petit crevé date de 1869. Son nom qui semblerait si bien provenir de l’état d’épuisement où l’ont mis les excès, paraît cependant venir de la mode de la chemise à petits crevés que portait habituellement un élégant de cette époque. Il portait la raie au milieu et deux petites coques plaquées au cosmétique sur le front.
Le gommeux. On prétend que c’est l’ancien petit crevé, qui obséda tellement ses amis du récit de ses campagnes que ceux-ci le comparèrent à la gomme qui colle et dont on ne peut se dépêtrer. C’est à ce sentiment des désagréments de la gomme et de tout ce qui est gluant qu’on doit une variété de l’espèce des gommeux appelée :
Le poisseux. Il a vécu ce que vivent les roses. Puis, comme, en souvenir de la guerre, il avait conservé la capote militaire, qui sur son dos civil paraissait un vêtement d’hôpital lui donnant l’air infirme et maladif, il devint :
Le gâteux, et son manteau, qui descendait jusqu’à la cheville, fut appelé gâteuse, Le pantalon s’élargissait par le bas et tombait de telle sorte sur la chaussure qu’il donnait au pied toute la grâce du pied de l’éléphant. Cet animal avait par sa coiffure une supériorité incontestable sur le gâteux, dont les chapeaux minuscules atteignaient le comble du ridicule sur un corps grossi démesurément par les vêtements. Tout à coup la chrysalide sort de son cocon gâteux, et apparait :
Le boudiné, emprisonné dans des vêtements trop étroits, trop courts et atteignant les dernières limites du collant. Vrai boudin ambulant, menaçant sans cesse de faire craquer son enveloppe. Une variété de boudin, peut-être de seconde qualité, reçoit un nom particulier :
Le petit gras, auquel succéda le vibrion, qui s’effaça à son tour devant :
Le grelotteux. Cet être grelottait sous la bise, grâce aux vêtements étriqués du boudiné.
(Courrier de Vaugelas)
Condé (avoir un)
Virmaître, 1894 : Individu qui obtient l’autorisation de tenir un jeu ou une boutique ambulante sur la voie publique, à condition de rendre des services à la préfecture de police. Avoir un condé c’est être protégé et faire ce que les autres ne peuvent pas (Argot des camelots).
Coup de l’oreiller
France, 1907 : Verre de vin ou de liqueur que l’on prend avant de se coucher.
Dans cette boîte à mouches, le père Capoulade versait tous les soirs le coup de l’oreiller à ses cent cinquante locataires. Le bon Auvergnat logeait d’abord des pensionnaires, des habitués à poste fixe, journaliers, maçons, musiciens ambulants, chanteurs de cours, puis des personnes en « camp volant », rôdeurs aux abois, claque-patins s’offrant une nuitée de lit pour leur fête. La disposition du garni était si ingénieuse qu’on ne pouvait monter aux chambres sans passer par le cabaret et le père Capoulade avait un œil expert qui soupesait les poches, jugeait à première vue quels gens aimeraient mieux faire de la dépense que montrer des papiers.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Cribleur de verdouze
Rigaud, 1881 : Marchand des quatre saisons. — Cribleur de frusques, marchand d’habits ambulant. — Cribleur de malades, employé chargé d’appeler les détenus au parloir. — Cribleur de machabées, gardien de cimetière qui sonne la cloche pour annoncer l’arrivée d’un convoi funèbre. — Cribleur de beurre, agent de change.
Virmaître, 1894 : Marchand des quatre saisons (Argot des voleurs).
Déambuler
France, 1907 : Aller, marcher ; du latin ambulare.
Un fiacre, le long du trottoir,
S’en allait, plein de nonchaloir,
Roulant cahin, cahant,
Déambulant, suivant la rue,
Un arroseur municipal
Arrosait sans penser à mal,
Roulant cahin, cahant,
Déambulant…
(Aristide Bruant)
Discrète
France, 1907 : Bourse en toile que les maraîchères et les marchandes ambulantes attachent à leur ceinture.
Éponge à mercure
Rigaud, 1881 : Prostituée malsaine. (Le nouveau Vadé.) Innombrables sont les variantes usitées au XVIIIe siècle et au commencement du XIXe, dont certaines ont survécu. En voici quelques échantillons : Bouteille à poisson, donneuse de nouvelles à la main, matelas d’invalide, magneuse de tuyaux de pipe, voirie ambulante, coffre à graillon, remède d’amour, volaille ressucée, gibier à bistouri, pot cassé d’onguent gris, porteuse de viande pourrie, asticot d’équarrisseur, mangeuse d’étrons sans fourchette, reliquat de fistule gangrenée.
Gagne-petit
d’Hautel, 1808 : Surnom que l’on donne à un artisan ambulant, et notamment aux émouleurs de couteaux, de ciseaux, qui vont de maison en maison avec une meule sur le dos.
Indicateur
Rigaud, 1881 : Espion, mouchard ; terme technique de la préfecture de police.
La compagnie des allumettes emploie un certain nombre d’individus à surveiller les concurrents de son privilège ; elle a des indicateurs, etc.
(Petit journal, du 2 août 1877)
France, 1907 : Individu qui donne des renseignements à la police.
Il y a deux genres d’indicateurs : les indicateurs sur place, tels que les marchands de chaînes de sûreté et les marchands d’aiguilles, bimbelotiers d’occasion, faux aveugles, etc., et les indicateurs errants : marchands de balais, faux infirmes, musiciens ambulants… Il y avait, sous l’empire, des indicateurs jusque dans le haut commerce parisien.
(Mémoires de M. Claude)
Magni magnie, magnien, magnin
France, 1907 : Termes injurieux, variant suivant les provinces, donnés aux auvergnats, ramoneurs, chaudronniers ambulants ; de l’italien magnano, serrurier.
Mon cœur à besoin d’une flamme,
Il est sec, car je ne sais rien,
Rien de la femme,
Vivre ainsi, c’est vivre en magnin.
(Alfred Marquiset)
Marottier
Larchey, 1865 : Marchand ambulant.
Delvau, 1866 : s. m. Bimbelottier, camelotteur, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Marchand ambulant.
France, 1907 : Colporteur, marchand ambulant qui passe dans les villages vendant des articles de mercerie : argot des voleurs à la confrérie desquels le marottier appartient généralement.
Matelas ambulant
Rigaud, 1881 : Fille publique.
France, 1907 : Fille qui fut le trottoir, appelée plus poétiquement fleur de bitume.
Opérateur
Rigaud, 1881 : Bourreau.
France, 1907 : Bourreau ; argot des voleurs.
France, 1907 : Charlatan, dentiste ambulant, marchand d’orviétan.
Paillasse (brûler)
Rigaud, 1881 : Partir en oubliant de déposer son offrande sur le coin de la cheminée d’une Vénus ambulante.
Palette
d’Hautel, 1808 : Cela sent la palette. Se dit d’un tableau fait par un peintre médiocre dont le défaut consiste à mal éteindre ses couleurs, ce qui rend les touches trop crues.
Vidocq, 1837 : s. f. — Main. Terme usité parmi les voleurs italiens et provençaux.
Delvau, 1866 : s. f. Guitare, — dans l’argot des musiciens ambulants.
Rigaud, 1881 : Grande et large dent. — Guitare de musicien ambulant.
France, 1907 : Dent.
« Des palettes, pas de gigot ; quand vient le gigot, plus de palettes. » Jeune, on n’a pas le sou, et quand on devient riche, on est trop vieux pour jouir de sa fortune.
France, 1907 : Guitare.
France, 1907 : Main.
— Le diable m’enlève si je me sauve ! Les palettes et les paturons ligotés !
(Mémoires de Vidocq)
France, 1907 : Pièce de cinq francs.
Pas de petit mercier qui ne sache faire sa loge
France, 1907 : Nul ne peut exercer une profession ou un métier s’il ne sait préparer de lui-même tout ce qui est nécessaire à cet effet. Allusion aux colporteurs et petits marchands ambulants qui, bien que portant sur leur dos tout leur fonds de commerce, savent s’installer dans les gares et les marchés de façon à occuper une place qui représente une loge ou boutique convenable.
Roulant
d’Hautel, 1808 : Un roulant. Pour dire une voiture, un carosse, un équipage.
Avoir un roulant. Pour dire avoir voiture, équipage.
Ansiaume, 1821 : Carosse.
Il faut chomir le roulant et ébobir les messières.
Vidocq, 1837 : s. m. — Fiacre.
Halbert, 1849 : Pois.
Delvau, 1866 : s. m. Fiacre, — dans l’argot des voyous. Roulant vif. Chemin de fer.
Rigaud, 1881 : Marchand d’habits ambulant.
La Rue, 1894 : Fiacre. Petit-pois. Chineur vendant à domicile des étoffes volées. Roulante, voiture. Tambour.
France, 1907 : Marchand ambulant. Les roulants font un tort considérable aux marchands établis. Avec les roulants, le nombre des marchands s’est trouvé décuplé, et par conséquent ils font moins d’affaires.
France, 1907 : Pois ; argot des voleurs.
Sellette à criminel
France, 1907 : Prostituée associée de malfaiteurs. Cette expression est tombée en désuétude.
Je veux te procurer un habit de vestale
Pour une année au moins au Temple de la Gale,
Sellette à criminels, matelas ambulant !
(Amusements à la grecque)
Solliceur
Delvau, 1866 : s. m. Marchand, — dans l’argot des voleurs. Solliceur à la pogne. Marchand, ambulant. Solliceur de lacets. Gendarme. Solliceur de loffitudes. Homme de lettres.
Solliceur à la pogne
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand ambulant.
Solliceur, solliceuse
Rigaud, 1881 : Marchand, marchande. — Solliceur, solliceuse à la pogne, solliceur, solliceuse à la trime, au trimard, marchand ambulant, marchande ambulante.
Trimar
Clémens, 1840 : Grand chemin.
Larchey, 1865 : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter.
Travailler sur le grand trimar, c’est voler sur le grand chemin.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)
Trime : Rue. — Trimin : Chemin.
Sur mon trimin rencontre Un pègre de quartier.
(Vidocq)
Diminutif de Trimar. Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. paillasson.
Delvau, 1866 : s. m. Chemin. — dans l’argot des voleurs, qui y triment souvent en attendant leurs victimes. Grand trimar. Grande route. On dit aussi Grande tire.
Rigaud, 1881 : Éventaire ; balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain.
La Rue, 1894 : Chemin, rue. Eventaire. Balle. Grand trimar, grande route.
France, 1907 : Éventaire.
Trimoires
Delvau, 1866 : s. f. pl. Les jambes, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Jambes, — dans le jargon des porte-balles et des marchands ambulants.
La Rue, 1894 : Les jambes.
France, 1907 : Les jambes ; argot populaire.
Vespasienne
Larchey, 1865 : Chaise percée couverte qu’on promenait vers 1840 dans les rues de Paris.
La Vespasienne Parisienne
À l’observateur arrêté
Offre asile et commodité.
(Festeau)
France, 1907 : Urinoir public, appelé ainsi en souvenir de l’empereur Véspasien, qui le premier fit établir des urinoirs dans les rues de Rome.
La vespasienne était une chaise percée couverte et ambulante. On s’en servait dans les rues de Paris vers 1840.
(Lorédan Larchey)
Voyou
Delvau, 1866 : s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot. Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Rigaud, 1881 : Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son Tortillard, de tous les vices. — Dans les Misérables, M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche.
C’était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne.
(E. Sue)
Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou.
(V. Hugo)
C’est le gamin de Paris, l’enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe l’héroïsme, l’hôpital ambulant de toutes les plaies morales de l’humanité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre.
(A. Delvau, La Journée d’un voyou)
Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane ; il ne plaisante pas, il blague ; il ne danse pas, il chahute ; il n’est pas amoureux, il est libertin.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
Rigaud, 1881 : Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.
Virmaître, 1894 : Le voyou n’est pas à comparer à l’ancien titi, au gamin, au gavroche. C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables. Le gamin de Paris est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente. Le voyou a un langage à part ; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).
France, 1907 : Gamin mal élevé, cynique et mal embouché. Le type du genre est le voyou parisien. Alfred Delvau en a donné une définition à laquelle rien n’est à changer :
Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot.
Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Dans ses Misérables, Victor Hugo, sous le tvpe de Gavroche, a idéalisé le petit voyou parisien. On dit au féminin voyouse ou voyoute. D’après Charles Nisard, voyou viendrait de voirou, individu malfaisant, loup-garou. « Le peuple de Paris, dit-il, qui fait et refait les mots et qui, bons ou mauvais, finit par les imposer, a perfectionné celui-là. Voyou prévaut sur voirou et a gagné la province. Seules les campanes tiennent bon encore, mais à la longue elles céderont. »
Voir Voirou.
Argot classique, le livre • Telegram