France, 1907 : Oiseau dont la tête est ornée d’une huppe. Vieux français, d’où est dérivé alouette.
Alorie
Alouette
d’Hautel, 1808 : Manger comme une alouette. Faire la petite bouche ; manger très-peu. On dit en sens, contraire : Manger comme un ogre. Pour dire gloutonner manger excessivement.
Si le ciel tomboit, il y auroit bien des alouettes de prises. Réponse que l’on fait à ceux qui se creusent la tête à prévoir des accidens qui ne peuvent arriver, et qui ajoutent a tout des si et des mais.
Il croit que les alouettes tombent toutes rôties dans le bec. Manière figurée de dire qu’un homme est si nonchalant et si paresseux, qu’il ne se donne aucun mouvement même pour se procurer les choses de première nécessité.
Félibre
France, 1907 : Écrivain, artiste ou poète qui a l’amour de la langue et de la terre méridionale. Le félibre est ordinairement né dans le Midi. L’étymologie de ce mot viendrait de fait libre : Car soun tous félibres d’omes libres (car les félibres sont des hommes libres). C’est à Fontsegugue, le 11 mai 1854, que ce nom fut adopté par sept poètes provençaux dont la plupart s’étaient déjà distingués par leurs œuvres en langue du cru. C’étaient Roamanille, auteur des Oubretto, Aubanel, auteur des Filles d’Avignoun, Anselme Mathieu, auteur de la Farandole, Tavan, auteur des Amours et Pleurs, Brunet, et enfin le chef de la pléiade, le célèbre Mistral. Les félibres sont les troubadours du XIXe siècle et se rattachent de ceux du XVIe par une suite non interrompue. À ce noyau vinrent se joindre une foule de poètes plus ou moins obscurs, coiffeurs, cafetiers, cultivateurs et l’on forma une académies composée de cinquante à soixante membres qui portent le nom de majoraux et qui se réunissent soit à Avignon, Toulouse, Cahors, Montpellier. « Ils déclament qu’il n’est point au monde de plus beaux pays que leur, opinion qui est celle de tous les hommes sur leur berceau. Mais eux la défendent avec des adjectifs flamboyants dont ils ont le secret. Le patois qu’ils ont bégayé en naissant est proclamé langue, et langue nationale, je vous prie. Le français n’est, à les entendre, qu’une corruption du provençal. Si l’on veut boire à la source pure, il faut suivre Pétrarque sur les pas de Laure et s’abreuver à la fontaine d’Avignon. Mais, quoique le Midi soit on lien de délices à nul autre pareil, le premier soin d’un Méridional est de filer vers le Nord. »
Allons ! haut, félibre ! des chansons — voici venir la saison ; — il y a, au pied des collines, des violettes — qui se cachent dans l’herbe molle.
(Camille Cavalié, L’Alouette)
Tous les ans, le 17 juin, les félibres et les cigaliers vont à Sceaux couronner les bustes de deux des leurs, le chevalier de Florian et Aubanel.
Clovis Hugues a récité à cette occasion les jolis vers suivants :
Déridez-vous, passants moroses !
Gazouillez sous la feuille, oiseaux !
C’est toujours dans le temps des roses
Que les Félibres vont à Sceaux.
…
Éveillez-vous, joyeuses brises !
Belles, mirez-vous dans les eaux !
C’est toujours au temps des cerises
Que les Félibres vont à Sceaux.
…
Strophes, montez avec les sèves !
Égayez-vous, nids et berceaux !
C’est toujours dans le temps des rêves
Que les Félibres vont à Sceaux.
Félibresse
France, 1907 : Féminin de félibre.
Mais, n’étant rien que félibresse,
Je vous envoie pour toute caresse
Un petit souvenir d’amitié.
(Léontine Goirand, L’Alouette)
Guenon (attraper la)
France, 1907 : « Dans mon Lauraguais, avoir grainé, être parti, en tenir une, prendre la cigale, acrocher la peau, tout cela veut dire attraper la guenon, — il faut lire : ivrogner — parce que, je le pense ainsi, un homme ivre fait des grimaces comme une affreuse singesse. Les jours de grande fête, de noce et chaque dimanche et chaque lundi, que de guenons se sont prises, au pays des moulins à vent, des cassolets, et du petit vin facile à boire ! »
(B. de Porto-Nobo, L’Alouette)
Mangeur de petites pattes
France, 1907 : Riche, bourgeois. « Le bourgeois, dit le paysan, recherche les mets délicats, le gibier fin, perdrix, cailles, alouettes, bécasses et autres oiseaux à petites pattes. »
Miroir aux alouettes
Delvau, 1864 : Pièce d’or que l’on fait briller dans un bal et sur laquelle les drôlesses tombent toutes rôties — par le désir.
Mondine (langue)
France, 1907 : Idiome languedocien.
Ô Toulouse ! ô grande cité du haut Languedoc, aime toujours ta langue mondine et souviens-toi que près de tes remparts, le Montfort fut écrasé comme une grosse figue noire sous un quartier de roc…
(L’Alouetteur du Lauraguais)
Pain d’alouette
France, 1907 : Le fruit de l’aubépine. Pain que la bergère a de reste de son goûter et qu’elle rapporte des champs aux enfants de la maison, comme on fait du pain bénit. Patois du Centre.
Pays de cocagne
France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :
Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.
C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :
Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.
Terminons par cette fin de la satire de Boileau :
Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.
Pierrot
Larchey, 1865 : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules.
Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût.
(Ricard, 1820)
Larchey, 1865 : Niais. — Même allusion funambulesque.
Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots.
(Wado, Chansons)
Delvau, 1866 : s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.
Delvau, 1866 : s. m. Couche de savon appliquée à l’aide du blaireau sur la figure de quelqu’un, — dans l’argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir. Le pierrot n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent.
Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans l’argot des faubouriens. Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.
Rigaud, 1881 : Au bout d’une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu’il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu’il conservera jusqu’à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».
Rigaud, 1881 : Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.
Merlin, 1888 : Terme injurieux et méprisant ; épithète donnée au mauvais soldat.
Fustier, 1889 : Argot d’école. Dans les écoles d’arts et métiers on désigne ainsi l’élève de première année.
Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.
(Univers, 1886)
France, 1907 : Collerette à larges plis.
France, 1907 : Conscrit ; argot militaire.
Quand les loustics d’une chambrée out affaire à un pierrot dont la physionomie offre tous les caractères du parfait du Jean-Jean, ils s’empressent de le rendre victime d’un certain nombre de plaisanteries, pas bien méchantes, pas bien spirituelles, mais qui prennent toujours. Elles consistent à l’envoyer chercher un objet quelconque qui n’existe que dans leur imagination et paré d’un nom plus ou moins abracadabrant. Le pauvre pierrot s’en va en répétant le nom, crainte de l’oublier, et il erre de chambre en chambre, de peloton en peloton, toujours renvoyé plus loin, faisant balle parfois, jusqu’au moment où il revient à son point de départ, bredouille naturellement, et salué à sa rentrée par les rires homériques de ses mystificateurs.
C’est ainsi qu’il part à la recherche :
De la boite à guillemets ;
De la boite à matriculer les pompons ;
Du moulin à rata ;
Du parapluie de l’escadron ;
De la clé du terrain de manœuvre ;
De la selle de la cantinière ;
Du surfaix de voltige du cheval de bois ;
De la croupière de la cantinière, etc.
France, 1907 : Couche de savon que le coiffeur applique sur le visage d’un client malpropre qui a oublié de se le laver en venant se faire faire la barbe, afin de ne pas laisser par le passage du rasoir une marque de crasse. « Le pierrot, dit Alfred Delvau, n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent. »
France, 1907 : Individu quelconque. Terme de mépris.
Les opportunards ont eu le pouvoir et ils n’ont fait rien de rien, — à part s’engraisser.
Après eux, la radicaille s’est assise autour de l’assiette au beurre — et ça a été le même fourbi : l’emplissage des poches par toute la racaille dirigeante.
Et on a eu de grands et fantastiques tripotages : le Tonkin, les Conventions scélérates, le Panama… Et des pierrots qui, la veille, s’en allaient le cul à l’air, se sont retrouvées millionnaires !…
(Le Père Peinard)
France, 1907 : Nom vulgaire du moineau franc. Georges d’Esparbès à fait une comparaison charmante entre le pierrot oiseau et le pierrot conscrit, au moment de l’appel.
Ce sont des voix niaises, des voix lestes qui me répondent, et d’escouade en escouade, ces cris voltigent par-dessus nos sacs, au ras des fusils, comme un essaim d’alouettes. Ha, ces petits noms ! ils arrivent du chaume et de l’impasse, et lorsqu’ils éclatent, lancés dans le silence des rangs, toute la joie libre des plaines et la gaminerie des squares chante en eux ! Ce sont les oiseaux des villes en cage avec ceux des bois. Ils se tiennent serrés, l’aile contre leur Lebel, hardis et frileux, avec du grain et des cartouches dans leur sac, de quoi picorer, de quoi se battre, et pendant que l’oiseleur au képi d’or attend l’appel, pour voir si les pierrots sont là, prêts à voler en campagne, la bande entière secoue ses plumes, raidit ses pattes rouges, et finalement s’immobilise, impatiente, le bec ouvert.
France, 1907 : Petit verre de vin blanc pris le matin à jeun ; argot militaire. Asphyxier un pierrot, boire un verre de vin blanc.
France, 1907 : Sobriquet donné autrefois par les régiments de ligne aux soldats des gardes.
On choisit huit compagnies de grenadiers, tant du régiment du roi que d’autres régiments, qui tous méprisent fort les soldats des gardes qu’ils appellent pierrots.
(Lettre de Racine à Boileau, 1691)
Pipit
Delvau, 1866 : s. m. L’alouette, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris.
Plumer l’alouette
France, 1907 : Faire une étape.
Allons, plumons-la donc,
L’alouette, l’alouette,
Allons, plumons-la donc,
L’alouette tout du long,
chantent les soldats pendant la marche.
Rien ne tombe en gueule à goupil que dort
France, 1907 : Le mot goupil, renard, indique l’antiquité de ce dicton qui contredit cet autre : le bien vient en dormant. L’on a beau être adroit, habile, rusé comme un renard, si l’on est indolent, on m’arrive à rien de bon, et si l’on ne fait cuire les alouettes, elles ne vous tomberont pas toutes rôties « en gueule ». Aide-toi, le ciel t’aidera !
Turluter
France, 1907 : Siffler un air, chanter. Se dit du chant de l’alouette et de divers oiseaux.
J’ai oui chanter
Rosssignolet
Qui fringoloit
Qui s’envoisoit
Qui turlutait
Avec cuer gai
Là haut sur ces espines.
(Ancien noël)
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