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Abruti de Chaillot

France, 1907 : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :

Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.

Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »

Ahuri

d’Hautel, 1808 : Ahuri de Chaillot. Étourdi, jeune écervelé qui agit sans circonspection et fort imprudemment.

Ahuri de Chaillot

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme un peu braque. Argot des faubouriens. (V. À Chaillot !)

France, 1907 : Voir Abruti.

Baba

Rigaud, 1881 : Pour ébahi, — dans le jargon du peuple ; en ôtant la première et les deux dernières lettres et doublant la syllabe BA.

Rossignol, 1901 : Étonné, surpris, ne savoir quoi répondre.

Il était tellement épaté, qu’il en est resté baba.

France, 1907 : Ébahi, stupéfait. Rester baba, rester bouche bée. Baba, en russe, veut dire vieille. Peut-être ce mot a-t-il été rapporté de la campagne de Russie, où les vieilles, sur leurs portes, regardaient d’un air ahuri passer nos soldats.

Donner du travail aux ouvriers, ce n’est pas bien difficile. Il suffirait, pour cela, d’une poussé de générosité, d’un élan du cœur, chez les marchands de paroles, là-bas, au bout du pont de la Concorde.
Vous m’objecterez que ce serait la première fois, depuis plus de vingt ans, qu’ils s’occuperaient sérieusement du pauvre monde et que nous en resterions tous baba.

(François Coppée)

Bleu

Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.

Larchey, 1865 : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.

Celui des bleus qui est le plus jobard.

(La Barre)

Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.

La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.

(Murger)

Delvau, 1866 : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.

Delvau, 1866 : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.

Delvau, 1866 : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.

Delvau, 1866 : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.

Delvau, 1866 : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.

Rigaud, 1881 : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »

(A. Camus)

En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.

Merlin, 1888 : Conscrit.

La Rue, 1894 : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.

Virmaître, 1894 : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).

Rossignol, 1901 : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.

Hayard, 1907 : Jeune soldat.

France, 1907 : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.

Chaillot (à) !

France, 1907 : Exclamation qu’ou lance aux gêneurs. Aller à Chaillot signifie : aller au diable. Chaillot a été, on ne sait pourquoi, le point de mire des sarcasmes des Parisiens. À dire vrai, les badauds de Paris n’ont rien à revendre en âneries aux ahuris de Chaillot.

Chaillot (ahuri, abruti de)

Rigaud, 1881 : Celui qu’un rien étonne, sorte d’idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean Bel-esprit.

Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Courante

d’Hautel, 1808 : Avoir la courante. Pour avoir le dévoiement, la diarrhée.

Delvau, 1866 : s. f. Fluxus ventris, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Se payer une courante, se sauver au galop.

France, 1907 : Diarrhée, sans doute appelée ainsi parce qu’elle oblige à courir.

La discussion commençait à devenir générale, chacun ayant un exemple à citer ou ayant fait soi-même la triste épreuve des sévérités militaires à l’égard des fricoteurs. Verginon écoutait toujours, dans un mutisme ahuri de pauvre diable tombé du haut de ses illusions. Mais tout à coup il se frappa le front, un front plat comme la main, étroitement logé entre l’épaisse ligne des sourcils et le retroussis des cheveux tailles à l’ordonnance.
— Des fois, insinua-t-il avec un fin sourire, y aurait pas un moyen pour em’ flanquer une bonne courante ?

(G. Courteline, Les Gaîtés de l’escadron)

Le mot est vieux : on le trouve dans le Virgile travesti de Scarron.

Échotté

France, 1907 : Ahuri, étonné.

Enfiler

d’Hautel, 1808 : Il s’est laissé enfiler dans cette entreprise. Pour, il s’y est laissé entraîner ; il en a été la dupe.
Ce n’est pas pour enfiler des perles que je suis venu ici. C’est-à-dire, ce n’est pas sans sujet ; ce n’est pas en vain, etc.
On dit aussi des choses qui offrent des difficultés dans leur exécution, Cela ne s’enfile pas comme des perles.
S’enfiler.
Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros jeu, à perdre tout son argent.

Fustier, 1889 : Se faire enfiler, se faire arrêter.

France, 1907 : Avoir des rapports sexuels avec une femme.

Un maître qui envoie son domestique en course lui indique l’itinéraire à suivre.
— Arrivé là, vous voyez devant vous trois rues par où sortent de jeunes ouvrières. Vous enfilez la première…
— (Ahuri.) Oh ! monsieur, comme ça… tout de suite ?…

(Le Diable Joyeux)

France, 1907 : Manger.

Esbrouffe (vol à l’)

Rossignol, 1901 : Ce vol consiste à bousculer quelqu’un qui sort d’une banque ou d’ailleurs, et profiter de sa stupéfaction pour qu’un complice lui enlève au moment de la bousculade son portefeuille de la poche intérieure de son vêtement quoique boutonné. Le portefeuille est aussitôt repassé à un troisième complice qui s’esquive. Si le volé s’aperçoit de suite de la soustraction, il fait arrêter les deux individus par qui il a été bousculé ; ils se rendent de bonne grâce chez le commissaire, où, comme on ne trouve rien sur eux, ils sont remis en liberté et reçoivent des excuses.

France, 1907 : Genre de vol, dont l’ancien chef de sûreté G. Macé donne l’explication.

L’Allemand est un excellent tireur à l’esbrouffe, genre de vol très ancien, consistant à bousculer violemment une personne, et à profiter de son ahurissement pour lui enlever son porte-monnaie.

Le pante est, en effet, esbrouffé,

Faire un rigolo

Virmaître, 1894 : Vol identique à celui que l’on nomme l’embrassade. L’homme volé n’a guère envie de rigoler et ne trouve pas rigolo le vol dont il est victime (Argot des voleurs).

France, 1907 : Se précipiter sur un inconnu sous le prétexte de l’embrasser en le prenant pour un parent ou un ami, et lui voler en même temps sa montre ou son porte-monnaie. Le volé, tout ahuri de l’accolade, fait, en effet, un visage rigolo.

Fargueur à la dure

France, 1907 : Voleur qui se précipite à l’impromptu sur sa victime et profite de son ahurissement pour la dévaliser.

Gâte-sauce littéraire

France, 1907 : Petit journaliste sans talent, sans instruction, sans style, médisant et envieux, qu’on emploie à toutes les sauces, surtout les plus sales.

Mais à côté des écrivains honnêtes, il y a malheureusement dans la presse une foule d’écrivains — que je pourrais nommer — pour qui toutes les renommées sont un sujet d’envie et de haine, et qui cherchent par tous les moyens à ternir les réputations les mieux acquises. On pourrait les nommer les petits polissons de la littérature, les gâte-sauce littéraires, les saute-ruisseaux de libraires, les ahuris et les abrutis de la petite presse.

(Victorien Monnier)

Lancé

Larchey, 1865 : Gris.

Patara, au moins aussi lancé que le cheval, tapait sur la bête à tour de bras.

(Phys. du Matelot, 1843)

Larchey, 1865 : Rapide projection de la jambe.

Paul a un coup de pied si vainqueur et Rigolette un si voluptueux saut de carpe ! Les admirateurs s’intéressaient à cet assaut de lancés vigoureux.

(1847, Vitu)

Delvau, 1866 : adj. Sur la pente de l’ivresse, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Effet de jambes, dans l’argot des bastringueuses.

Rigaud, 1881 : Légèrement pris de vin.

France, 1907 : Effet de jambes ; argot des bastringues.

À elle le pompon pour les lancés chics ! La jupe troussée jusqu’aux hanches, elle étalait la blancheur de son pantalon aux yeux du cipal ahuri.

(Les Joyeusetés du régiment)

Loufoque

Rigaud, 1881 : Fou, — dans l’argot des voleurs ; en remplaçant, comme dans le jargon des bouchers, la première lettre par un L, et rejetant l’F à la fin avec addition de la désinence oque.

Non, c’est pas le père Duchêne qui est loufoque, c’est vous autres qui êtes des ahuris.

(Le père Duchêne, 1879)

La Rue, 1894 : Fou.

Virmaître, 1894 : Fou (Argot des bouchers).

France, 1907 : Homme fantasque, excentrique, un peu timbré. C’est Le mot fou dénaturé par le procédé loucherbème, en remplaçant la première lettre du mot par l et ajoutant la lettre substituée à la fin du mot suivi de la terminaison oque.

Héliogabale faisant au milieu d’un festin attaquer ses convives par des panthères subitement introduites dans la salle et Guillaume II s’affublant pour fêter son hôte d’un vêtement noir semé de têtes de mort ne font qu’un seul et même aliéné.
C’est l’autorité despotique dont ils jouissent qui pousse ainsi les rois à la démence. Aussi, au lieu de s’en égayer, a-t-on toutes les raisons de trembler pour l’avenir des peuples fatalement destinés à tomber entre les mains de pareils loufoques.

(Rochefort)

Songez donc, ils peuvent imprimer que Louise Michel est folle : c’est si bon quand on est ramolli de pouvoir traiter les autres de loufoques !

(Le Père Peinard)

À forc’ de boire, elle devient loufoque,
Et comme ell’ s’tient à pein’ sur ses fum’rons,
Ses locatair’s lui flanquent des horions ;
Elle a parfois les deux yeux à la coque.

(Héros-Cellarius)

On se hasarde :
« Le beau mollet ! »
Qu’on la regarde
Cela lui plait,
Elle se moque
Et rit tout bas
Du vieux loufoque
Qui suit ses pas.

(Victor Meusy)

Monôme des X

France, 1907 : Monôme des candidats à l’École polytechnique.

Quand les compositions écrites sont terminées, les taupins, candidats des lycées et des écoles préparatoires, se réunissent sur la place du Panthéon. Ils s’organisent en longue file indienne… et partent processionnellement sous la conduite du premier taupin de France, le premier de ceux qui ont échoué l’année précédente. Ce gigantesque mille-pattes va, vient, serpente, frappant le sol en cadence, lançant dans les airs des chansons du caractère le plus profane ; il ne rappelle que de bien loin, dans ses tours et ses détours, le jeu auquel les Grecs se plaisaient à donner une forme orchestrique. Il se dirige d’abord vers la cour du Collège de France… puis il descend le boulevard au milieu de la foule ahurie, interceptant la circulation, suit les quais jusqu’au terre-plein du Pont-Neuf, et après une ronde échevelée autour de la statue de Henri IV, se rend chez la « mère Moreau », le fameux débit de prunes et de chinois.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Qui gên’ la circulation,
Bouscul’ la population,
S’fait fich’ au bloc comme un seul homme ?
C’est le monôme !
Qui va de l’autre côté d’l’eau
Prendre un’ prun’ chez la mèr’ Moreau,
S’évanouit comme un fantôme ?
C’est le monôme !
Le lend’main, qui qu’a mal aux ch’veux,
Qui s’plaint d’avoir la tête en feux,
Et pendant l’cours pique un p’tit somme ?
C’est le monôme !

(Xanrof)

Paf

Larchey, 1865 : Ivre. Abréviation de Paffé.

Vous avez été joliment paf hier.

(Balzac)

Delvau, 1866 : adj. Gris, ivre, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Ivre. — Ivrogne gai.

La Rue, 1894 : Ivre. Soulier.

Virmaître, 1894 : Celle expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme. Ce sont les voyous qui ont inventé le mot. Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf : Pene erexit domum (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Ivre.

Rossignol, 1901 : Si vous dites à un voyou : « Je vais t’astiquer les côtes », et qu’il vous réponde : « Tu astiqueras mon paf », il n’est pas poli.

Hayard, 1907 : Être ivre.

France, 1907 : Ivre. Syncope du patois lillois épaffe, ahuri, saisi, épouvanté. Quelques étymologistes en font un anagramme de l’anglais fap, ivre. Paf d’ailleurs se disait et se dit encore pour eau-de-vie ; de la cause on a fait l’effet :

— Sans vous commander, not’ voisin,
Lâchez-nous, s’il vous plaît, chopine
De paf, en magnièr’ d’eau divine…
— Allons, bijou, mettez-vous là.
Babet ! verse à Monsieur. Aimez-vous l’eau-de-vie ?
— Non, je ne bois point de cela…

(J. Vadé, Œuvres poissardes)

France, 1907 : Membre viril ; argot des voyous.

Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf : Pene erexit domum.

(Ch. Virmaître)

Paffé

France, 1907 : Étonné, surpris, ahuri comme un homme ivre ou qui vient de recevoir une paffe.

Revenir de Pontoise

Delvau, 1866 : v. n. Avoir l’air étonné, ahuri ; dire des sottises, — dans l’argot du peuple. Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.

Revenons à nos moutons

France, 1907 : Revenons au sujet ; parlons de notre affaire. Dicton emprunté à la plus célèbre et à la meilleure des Farces du XVe siècle, l’Avocat Patelin, pièce attribuée au Poitevin Pierre Blanchet. C’est, dit avec raison Demogeot (Histoire de la littérature française), le chef-d’œuvre du théâtre français au moyen âge. Brueys et Palaprat l’ont remise au théâtre après trois siècles, sans atteindre à la vivacité et au naturel de l’original. L’avocat Patelin, dont le nom est passé dans la langue comme synonyme de doucereux hypocrite, ayant dérobé une pièce de drap à son voisin Guillaume, parait devant le juge comme avocat d’un berger fripon que le marchand veut faire punir. Mais celui-ci, qui reconnait en l’avocat le voleur de son drap, est tellement ahuri, qu’il entremêle d’une manière fort comique le vol du drap et celui des moutons, de sorte que le juge n’y comprend rien et s’écrie :

Il n’y a ni rime ni raison
En tout ce que vous refardez.
Qu’est ceci ? Vous entrelardez
Puis d’un, puis d’autre. Somme toute,
Par le sang-bleu ! je n’y vois goutte !
Revenons à nos moutons.

Rabelais a employé plusieurs fois cette expression.
« Retournons à nos moutons », dit Panurge.

Rouspétance

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans le jargon des filles. C’est une variante de rousse.

Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur. — Rouspéter, être de mauvaise humeur, — dans le jargon des ouvriers.

La Rue, 1894 : Agent des mœurs. Mauvaise humeur.

Rossignol, 1901 : L’individu qui fait rébellion lorsqu’on l’arrête fait de la rouspétance.

Hayard, 1907 : Rebellion.

France, 1907 : Résistance.

Un Anglais inoffensif arrêté dans une bagarre est traîné au poste par deux agents avec la douceur et l’aménité qu’on leur connait.
Un mot, surtout, le terrifiait :
— Pas de rouspétance ! Votre montre ? disait l’agent de droite.
— Pas de rouspétance ! Votre portefeuille ? disait l’agent de gauche.
Et, le fouillant, ils le laissèrent presque aussi dénudé qu’un petit saint Jean, au beau milieu d’une allée, répétant ahuri :
— Aôh ! que volé dire ces gens à moâ, avec leur rouspétance ?

(Séverine)

Salade de bottes

France, 1907 : Genre de brimade de l’École polytechnique où les anciens enlèvent perdant la nuit les bottes des conscrits et les jettent par la fenêtre dans la cour ou sur les toits, formant ainsi une immense salade où le conscrit ahuri a du mal à retrouver son bien. Quelquefois, c’est pendant la récréation, quelques minutes avant la rentrée des études, que les anciens font retirer leurs hottes aux nouveaux pour se livrer à cette aimable plaisanterie !

Savonner

d’Hautel, 1808 : Gourmander, houspiller, secouer, vespériser quelqu’un.

Delvau, 1866 : v. a. Réprimander — et même Battre.

Rigaud, 1881 : Tourmenter, taquiner, — dans le jargon du peuple. — Allusion au linge tourmenté par le savonnage. — La bourgeoise me savonne depuis hier que j’en suis bleu, ma femme me tourmente tellement depuis hier que j’en suis ahuri.

Rigaud, 1881 : Voler. — Pavillon savonné, linge volé. — Savonner une cambuse, voler dans une chambre.

Fustier, 1889 : Argot de chanteurs. Faire des ports de voix.

Mademoiselle S… a de l’habileté quoiqu’elle ait savonné certains traits.

(Liberté, 1882)

La Rue, 1894 : Voler. Tourmenter, taquiner. Réprimander fortement. Savonné, blanc.

France, 1907 : « Se dit d’un apprenti ménétrier qui, en jouant, promène son archet sur la touche de son instrument à cordes, imitant ainsi le mouvement de va-et-vient des lavandières promenant leur savon sur la planche à laver. (Argot des professeurs). »

(Émile Gouget, L’Argot musical)

France, 1907 : Abuser des ports de voix ; argot des chanteurs.

Peut-être cet argotisme moderne, dit Émile Gouget, désignant ces sortes de glissades de sons, dérive-t-il du savon appelé glissant dans la langue bigorne. À moins qu’on n’ait voulu faire allusion au barbier qui a l’habitude de savonner son public avant de le raser.

France, 1907 : Réprinander fortement, tourmenter ; argot populaire,

Tomber en cannelle

France, 1907 : Être ahuri.

Violoneux

France, 1907 : Joueur de violon de campagne.

Le jeune violoneux saisit donc son instrument et préluda. Il sortit un de ces interminables concertos dont les musiciens ont la rage, une machine sans fin, lamentable.
L’œil illuminé, la mâchoire cruelle, le bras tendu comme vers un ennemi invisible, le malheureux joua plus de trois quarts d’heure, sans pitié pour un public ahuri qui était, certes, venu pour s’ennuyer, mais qui n’avait pas prévu ce supplice.

(Pierre Lefranc, L’Affaire de Brèves)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique