Delvau, 1864 : Débander juste au moment où il faut bander le plus roide, — seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.
Tournez en ridicule
Ceux qui n’avancent pas
Plus d’un pas,
Ou qui font
Un affront
Au second.
(Collé)
Affront (faire un)
Delvau, 1864 : Débander juste au moment où il faut bander le plus roide, — seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.
Tournez en ridicule
Ceux qui n’avancent pas
Plus d’un pas,
Ou qui font
Un affront
Au second.
(Collé)
Affronteux (chemin des)
France, 1907 : Argot des paysans.
C’est le chemin qui détourne de la rue principale à l’entrée des villages et les côtoie à l’extérieur. On suppose que les gens qui craignaient de recevoir quelque affront mérité le prennent pour éviter d’être vus.
(G. Sand, La Mare au Diable)
Camouflet
d’Hautel, 1808 : Mortification, affront sanglant.
On donne aussi le nom de camouflet à une fumée épaisse qu’on souffle malicieusement au nez de quelqu’un avec un cornet de papier.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chandelier.
Delvau, 1866 : s. m. Chandelier.
Rigaud, 1881 / France, 1907 : Chandelier.
Chou blanc
France, 1907 : Corruption de coup blanc, coup manqué. Revenir bredouille, échouer. Faire chou blanc au jeu de quilles, c’est faire un grand affront à une dame où demoiselle qui accorde les dernières faveurs à son amant.
Connu comme chou blanc, trés connu.
La grisette, c’est connu conne chou blanc.
(A. Lorentz)
Copain
Larchey, 1865 : « Être copain, c’est se joindre par une union fraternelle avec un camarade, c’est une amitié naïve et vraie qu’on ne trouve guère qu’au collège. » — H. Rolland. — Du vieux mot compain : compagnon. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon d’études, — dans l’argot des écoliers. On écrivait et on disait autrefois compaing, mot très expressif que je regrette beaucoup pour ma part, puisqu’il signifiait l’ami, le frère choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son pain, — cum pane. C’est l’ancien nominatif de compagnon.
Rigaud, 1881 : Camarade de collège.
Le vrai mot est compain ou compaing, qui, du temps de nos bons aïeux, signifiait compagnon, qui lui-même vient de cum et panis, qui mange le même pain.
(Albanès, Mystères du collège)
La Rue, 1894 : Compagnon, ami.
Virmaître, 1894 : Camarade de collège, compagnon. Ce mot n’appartient pas à Ed. About, comme le dit M. Lorédan Larchey, c’est un dérivé du vieux mot français compaing. Copaille pour copain (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Camarade, ami.
Hayard, 1907 : Camarade, compagnon.
France, 1907 : Camarade, compagnon d’études, d’atelier. Du vieux mot compaing, nominatif de compagnon, qui vient du latin cum pane, celui avec lequel on partage son pain.
Celui qui ose affronter la tyrannie est généralement estimé de ses condisciples, il est de toutes les parties, de tous les jeux, il a de nombreux copains. Être copain, c’est se joindre par une union fraternelle avec un camarade et mettre en commun jouets, semaines, confidences, tribulations ; c’est une amitié naïve et vraie, sais arrière-pensée d’égoïsme ou d’intérêt, qu’on ne trouve guère qu’au collège.
(Henri Rolland, L’Écolier)
Polyt’ c’est un copain à moi ;
Un chouette, un zigard, un vieux frère,
Mais i’ chahut’ ma ménagère,
Et, par moment, ça m’fout un froid.
(Aristide Bruant)
Couper
d’Hautel, 1808 : Couper la musette à quelqu’un. Locution burlesque et triviale, qui signifie rendre quelqu’un confus et stupéfait, au point de lui interdire les moyens de s’exprimer.
On dit aussi : Ça te coupe, pour cela te contrarie, te déroute, te fâche.
Jouer à coupe-cul. Signifie jouer sans revanche.
Couper la parole à quelqu’un. L’interrompre au milieu de sa conversation, pour prendre soi même la parole.
Couper l’herbe sous le pied à quelqu’un. Le supplanter, lui ravir sa place, ou lui enlever l’objet de ses espérances.
Couper la gueule à quelqu’un. Locution poissarde qui signifie battre quelqu’un, lui faire rentrer les paroles dans le ventre, le réduire au silence par des moyens vigoureux.
Couper les vivres. Ôter à quelqu’un les moyens de travailler, et par-là de subsister.
Couper la robe au cul. C’est faire outrage à une femme, se porter sur elle au dernier des affronts. Ce terme ne s’emploie que par mépris et envers une femme de mauvaise vie.
Delvau, 1866 : v. a. Passer devant une voiture, — dans l’argot des cochers, qui se plaisent à se blesser ainsi entre eux.
Boutmy, 1883 : v. intr. Tomber dans un piège, accepter comme vraie une assertion qui ne l’est pas ; croire à la véracité d’un récit plus ou moins vraisemblable : Je ne coupe pas, je n’en crois rien.
Virmaître, 1894 : Échapper.
— Tu n’y échapperas pas, tu n’y couperas pas.
On coupe à une corvée, à une obligation quelconque (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Croire. On dit aussi : J’ai coupé à cette corvée, pour dire : je n’y ai pas été.
Hayard, 1907 : Échapper à un ennui, à une corvée.
Couper la gueule à quinze pas
Larchey, 1865 : Exhaler une si mauvaise odeur qu’on la sent a quinze pas. — Cette expression ne manque pas de justesse, car la bouche souffre autant que le nez en pareil cas.
Quand elle a mangé du cerv’las, Ça vous coup’la gueule à quinz’pas.
(Colmance)
Delvau, 1866 : v. a. Avoir une haleine impossible à affronter, même à une distance de quinze pas, — dans l’argot des faubouriens, impitoyables pour les infirmités qu’ils n’ont point.
France, 1907 : Avoir l’haleine forte, autrement dit : tuer les mouches à quinze pas.
Damoiseau
France, 1907 : Petit-maître, jeune oisif, à tête vide. Le gommeux d’il y a cent ans.
Des damoiseaux la nation timide,
Quand il s’agit d’affronter bataillons,
A du courage et paraît intrépide,
Lorsqu’il ne faut qu’insulter cotillons.
(Grécourt)
Découdre (en)
Delvau, 1866 : v. n. Se battre en duel ou à coups de poing, — dans l’argot du peuple et des troupiers.
Rigaud, 1881 : Se battre à l’arme blanche. Mot à mot : découdre la peau. Il faudra en découdre.
France, 1907 : Se battre.
Il est loin le temps des alarmes
Où nous subissions les affronts,
En refoulant du poing nos larmes,
En baissant humblement nos fronts,
Nous avons le fusil, la poudre,
Les hommes tant qu’il en faudra,
Et, ma foi, s’il faut en découdre,
Gare à qui nous attaquera !…
(Henri Buguet)
En être
Larchey, 1865 : Être agent secret de la police.
Il n’est pas assez malin pour en être.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Être pédéraste (Vidocq) — Ménage, dans ses Origines, avait commencé sa dissertation sur le mot Bougre par ces mots : Bougre : Je suis de l’avis, etc.
Ah ! lui dit Bautru en se moquant, vous en êtes donc aussi et vous l’imprimez. Tenez ! il y a bien moulé : Bougre je suis.
(Tallemant des Réaux)
On dit encore aujourd’hui dans le même sens Il en est.
Rossignol, 1901 : Faire partie de la police.
Tu sais, il en est.
France, 1907 : Expression usitée par ceux à qui il répugne de s’expliquer catégoriquement. En être, c’est appartenir à la police.
Quand le restaurateur arriva, il tendit les mains à Caron et à Vidocq.
Celui-ci refusa la sienne.
Boudin prit un air scandalisé.
— Pourquoi me faites-vous cet affront ? balbutia-t-il.
— Parce que vous en êtes, répondit Vidocq.
— Moi !
— Vous.
— Je suis de quoi ?
— De la rue de Jérusalem.
— Eh bien ! oui, j’ai été mouchard ; mais quand vous saurez pourquoi, je suis sûr que vous ne m’en voudrez pas.
(Marc Mario et Louis Launay)
Esclandre
d’Hautel, 1808 : Dispute scandaleuse ; affront fait à quelqu’un publiquement.
Filer doux
Delvau, 1866 : v. n. Ne pas protester, — même lorsqu’il y a lieu ; souffrir ce qu’on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.
Comme son lict est feict : que ne vous couchez-vous,
Monsieur n’est-il pas temps ? Et moi, de filer dous,
dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.
Rigaud, 1881 : Se montrer soumis, obéissant.
France, 1907 : Ne pas se rebiffer, même sous les coups de trique ; recevoir apostrophes et affronts sans oser protester.
— Elle a cessé depuis cette fichue rencontre de jeter des pavés dans mon jardin, comme elle en avait l’habitude. Elle file doux avec moi maintenant, semble implorer mon silence !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Front (avoir du)
France, 1907 : Posséder de l’audace, du courage, ou simplement de l’arrogance ou de l’impudeur.
Tous nos troupiers, voyez, mes frères,
Sont bien soignés, n’y a pas d’affront,
Et, pour soutenir le contraire,
Faudrait encor avoir du front.
(Gil Blas)
Malle (chier dans la)
Larchey, 1865 : Faire affront. Mot à mot : chier dans la poche d’autrui.
On se torche à présent de la foi conjugale. Quoi qu’il en soit, Léandre a chié dans ma malle.
(Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle)
Marcheuse
d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.
Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.
Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.
Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »
(Balzac)
Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »
(Béraud)
Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.
(1783, Mercier)
Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».
Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.
Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.
Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.
Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.
(Paris-Vivant, la Fille, 1858)
C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.
(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)
Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?
La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.
Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.
Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.
France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.
Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.
(F. Béraud)
La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.
(Édouard Petit)
France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.
La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.
(Balzac)
… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.
(Théophile Gautier)
Mettre (le)
Delvau, 1864 : Introduire son membre dans la nature d’une femme.
Réveille-toi, petite gueuse ; je veux te le mettre encore une fois au moins.
(La Popelinière)
Notre héros se forma vite…
Le mit-il, ou le lui mit-on ?
N’y eut pas d’affront.
(Al. Pothey)
Adam voulut le mettre :
Eve le sentit mettre.
Viens, bande-à-l’aise,
Vite, mets-le-moi.
(Collé)
France, 1907 : Mot libre, pour chevaucher, se divertir avec une femme. Ce mot est équivoque et malicieux, car une personne laisse-t-elle tomber son busc ou son gant, on dit : « Mademoiselle, voulez-vous que je vous le mette ? »
(Le Roux, Dictionnaire comique)
Pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe (il n’est)
France, 1907 : Vieux dicton grec passé en latin, puis en français : Non licet omnibus adire Corinthum. Ou encore, suivant l’adage d’Horace :
Non cuivis homini contingit adire Corinthum.
Traduction vulgaire : L’on ne fait pas ce que l’on veut. L’on ne peut se lancer dans telle ou telle entreprise, car il en coûte des efforts et de l’argent. Corinthe, dans l’antique Grèce, étant autrefois, à cause de son temple de Vénus, habitée par nombre de courtisanes. Le poète Anacréon, qui ne comptait à Athènes que trente-cinq maîtresses, en avait une légion à Corinthe. C’est lui qui le dit ; il est à présumer qu’il se vante comme un simple Marseillais, car il ajoute : « Compte-m’en de Lesbos, d’Ionie, de Carie et de Rhodes deux mille. Mais quoi, tu parais surpris de me voir tant de maîtresses ! Je ne t’ai pas encore nommé celles de Syrie, de Canope ni de Crète où le fils de Vénus cache ses mystères. Et je ne pourrais entreprendre de nombrer celles que j’ai eues au delà de Gadès, de la Bactriane et des Indes ! » Et encore le jeune Bathilde n’est pas dans le tas ! Voilà des mœurs qui effaroucheraient fort M. le sénateur Bérenger ! Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter au voluptueux poète de l’Amour mouillé, c’était à Corinthe que l’on trouvait les plus belles filles de la Grèce. Le lieu était donc très couru et, en conséquence, la vie fort chère. On y poussait le luxe à l’extrême et Aspasies et Phrynés, les horizontales de l’époque, y trafiquaient de leurs charmes à des prix exagérés. Les opulents seuls pouvaient se permettre d’affronter un voyage dans la capitale de l’Achaïe et les dépenses excessives d’un séjour dans cette ville de plaisirs. De là le dicton passé à travers les âges.
Sapho, qui va trop loin se perd,
Je crains un labyrinthe ;
Le chemin ne m’est point ouvert
Pour aller à Corinthe.
(De Coulanges)
Érasme donne une autre version. D’après lui, l’aphorisme grec viendrait de ce qu’il était très difficile et dangereux d’entrer dans le port de Corinthe à cause des nombreux écueils qui l’entouraient. Nous préférons la première version.
Pièce
d’Hautel, 1808 : Une bonne pièce, une méchante pièce. Se dit en plaisantant d’une personne fine, adroite et rusée, et notamment d’un enfant espiègle.
Il est tout d’une pièce. Pour, il a trop de roideur dans son maintien ; il a l’air gauche et emprunté.
Emporter la pièce. Railler quelqu’un d’une manière outrageante.
Mettre quelqu’un en pièces. Le déchirer par des médisances, des calomnies.
C’est l’ordinaire, c’est la pièce de bœuf. Se dit de quelque chose qui est d’un usage journalier ; d’un ouvrage de longue haleine, que l’on peut suspendre et reprendre à volonté.
Jouer pièce à quelqu’un. Lui faire quelques méchans tours, quelqu’affront.
Il lui donnera la monnoie de sa pièce. Pour, il lui rendra injure pour injure ; mauvais traitement contre mauvais traitement.
Être près de ses pièces. Être mal dans ses affaires ; être dénué d’argent.
On lui a donné la pièce. Pour dire, on lui a donné une petite gratification, un pour-boire.
Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entière et Petit Monde.
Rigaud, 1881 : Lentille, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Lentille.
France, 1907 : Lentille ; argot des voleurs.
Pilule (dorer la)
France, 1907 : Essayer, par de belles paroles, de couvrir le côté désagréable d’une chose, donner un tour plaisant à ce qui est pénible, à l’instar des pharmaciens qui recouvrent certaines pilules d’une couche dorée pour empêcher celui qui les avale d’en sentir l’amertume ou simplement pour empêcher de voir qu’elles ne sont que de simples boulettes de mie de pain. « Si pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas », disent les Espagnols. On dit d’une personne qui reçoit un reproche, endure un affront sans mot dire, qu’elle avale la pilule. Molière disait : « Le mépris est une pilule que l’on peut bien avaler, mais qu’on ne peut mâcher sans faire la grimace. » C’est à peu près la traduction du dicton latin : Pilulæ sunt glutiendæ, non manducandæ, « on doit avaler les pilules et non les manger », c’est-à-dire, il faut avaler les injures et ne pas les savourer ; c’est la nécessité du faible en face du fort, et du pauvre devant le riche.
Ainsi les serments d’une belle
Sont les pilules perpétuelles
Ah ! ah ! mes chers enfants !
Qu’elle offre à chaque nouvel amant.
(Henry Naulus)
Piocheur
d’Hautel, 1808 : Ouvrier qui fait beaucoup d’ouvrage ; qui travaille à bride abattue, et souvent à dessein de rattraper le temps perdu.
Larchey, 1865 : « Les professeurs établissent deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu’on flétrit du nom de paresseux (en style technique, les piocheurs et les cancres). » — H. Rolland.
Larchey, 1865 : Homme travailleur et judicieux.
Le Piocheur. Celui-ci a pris la carrière au sérieux, il étudie les choses, les hommes, les affaires.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. Étudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l’École que des demoiselles des bastringues du quartier.
Rigaud, 1881 : Travailleur sérieux.
France, 1907 : Travailleur acharné.
Le piocheur ne connait ni les plaisirs ni les succès attachés à la prodigalité : c’est un jeune homme sans fortune qui veut faire son chemin, ose lire Duranton, et affronte sans pâlir les volumineuses collections d’arrêts de Dalloz et de Sirey… Il n’est guère d’étudiant qui ne devienne piocheur au moins une fois par an, car l’approche des examens cause dans le quartier Latin une perturbation complète, un branle-bas général ; on se met à l’œuvre…
(E. de La Bédolière)
Poisson
d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.
Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.
Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.
Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.
Camille Fontallard, des poissons le monarque.
(Dumoulin)
Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.
Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.
Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.
J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.
Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.
Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.
La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.
France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.
Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !
(Les Plaintes de la portière)
France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.
Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.
(Chanson du Père Lunette)
Rateur
Delvau, 1864 : Homme qui a plus grands yeux que grosse pine et qui reste en affront devant la femme qui l’attend, cuisses ouvertes, fesses frémissantes.
Quand il fait le séducteur,
Sur mon honneur ! ça me vexe :
Car à l’endroit du beau sexe
Il n’est pas à d’mi rateur.
(Jules Poincloud)
Sac (avoir le)
Larchey, 1865 : Avoir de l’argent.
A-t-elle le sac ? — Cela veut dire en langage des halles : A-t-elle de l’argent ?
(G. de Nerval)
Donner le sac : Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.
En avoir plein le sac : Être complètement ivre.
Laissons-le reposer, il en a plein son sac.
(Chenu)
Mettre dans son sac : Dévorer un affront sans pouvoir le venger. — V. Raccourcir.
Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac.
(E. Sue)
Sac-à-papier : « À l’ouvrage, messieurs ! Sac-à-papier ! on ne fait rien ici. » — Balzac.
Juron bon pour exprimer l’ennui d’être dans une situation embrouillée. Un sac-à-papier se disait autrefois de la réunion de toutes les pièces d’un procès celles-ci se plaçaient dans un sac de toile.
Rigaud, 1881 : Avoir de l’argent. C’est le contenant pris pour le contenu. On dit également : Être au sac.
Virmaître, 1894 : Posséder beaucoup d’argent.
— Il a un fort sac.
— Il est au sac.
Avoir un sac dans lequel il y a une mauvaise pierre, c’est être condamné par les médecins (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Être riche.
France, 1907 : Être riche ; posséder un bon sac d’écus.
— Sont-ils tout de même assez veinards, ces fils du Prophète, d’avoir le sac, qui leur permet de s’embarrasser de plusieurs femmes, et puis aussi — et surtout — d’avoir encore le sac qui leur permet de s’en débarrasser !
(Henri Second)
Sac (mettre dans son)
France, 1907 : Dévorer un affront.
Saint-Frusquin
Virmaître, 1894 : Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tout ce que l’on possède.
Pour déménager, j’ai mis tout mon Saint-Frusquin dans une voiture à bras.
France, 1907 : Vêtements, nippes et par suite avoir, fortune ; de frusques.
Le lendemain dans l’après-midi, la mère, accompagnée d’une autre de ses filles, amena ma squaw à mon tepee avec trois chevaux et son saint-frusquin. Elles nous préparèrent un lit en osier, mirent tout en ordre et se retirèrent. En ce moment, au dehors, avec quelques jeunes trappeurs, je trouvais à mon retour, à ma grande surprise, ma femme installée an logis.
(Hector France, Chez les Indiens)
Manger son saint-frusquin, dépenser son avoir.
J’étais, ma foi, trop bête
D’aimer ce libertin
Qui venait tête à tête
Manger mon saint-frusquin.
S’il me trouvait gentille,
D’autres aussi verront
Que je suis brave fille
Qui ne veut pas d’affront.
(Vadé)
Struggle
France, 1907 : Lutte : anglicisme.
Toutes les fois que je viens à Paris, avant d’affronter la Rive droite et ses tempêtes, j’ai cette hygiénique habitude de faire escale sur notre adorable Rive gauche, de préférence au Luxembourg, jardin accueillant où l’homme du struggle est inconnu, l’horrible homme qui n’a plus d’âge, inquiet, fiévreux, brûlé de soucis, affolé d’affaires, et où le flâneur ne rencontre, autour du petit lac peuplé de canards mandarins, que des jeunes gens aux yeux joyeux tout illuminés d’espérance, et de pacifiques vieillards déjà résignés à ne plus être et promenant, avec un sourire, les souvenirs de leur passé.
(Paul Arène)
Toupet (avoir du)
Delvau, 1864 : Avoir la motte bien garnie.
Ce n’est point là le conin que vous aviez au couvert ; il n’y avait que du poil follet, du duvet, et je tiens là un toupet. un vrai toupet.
(La Popelinière)
Virmaître, 1894 : Avoir un aplomb formidable. Se payer de toupet pour affronter quelqu’un. On dit dans le peuple :
— Il a plus de toupet que de cheveux (Argot du peuple).
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