Virmaître, 1894 : Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’activité. Il veut dire que l’actif est l’amant du passif (Argot des pédérastes). V. Passif.
Actif
Aimer
d’Hautel, 1808 : Je t’aime comme la colique. Manière triviale et figurée d’exprimer que l’on a de l’aversion pour quelqu’un, qu’on le déteste.
Qui aime Bertrand aime son chien. Proverbe populaire qui signifie que quand on aime quelqu’un, on fait amitié à tout ce qui lui appartient.
Il l’aime comme ses petits boyaux, comme la prunelle de ses yeux. Pour dire que rien n’est plus précieux ; que l’on n’aime rien au monde davantage.
Aimer mieux deux œufs qu’une prune. Préférer un grand avantage à un petit ; calculer parfaitement ses intérêts.
Qui m’aime me suit. Proverbe qui a beaucoup de ressemblance avec ce vers de Virgile :
Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet.
Voyez Suivre.
Delvau, 1864 : Synonyme élégant et pudique de foutre. Quand un homme dit à une femme : « Je vous aime. » il veut lui dire et elle comprend parfaitement qu’il lui dit : « Je bande comme un carme, j’ai un litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le décharger dans le con. » Il n’y a que les poètes, les impuissants et les mélancoliques qui aient osé jusqu’ici donne à ce verbe éminemment actif un sens passif — et ridicule.
… la fille entretenue
Dit : Aimons !!!…
(Protat)
Baiser
d’Hautel, 1808 : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.
Delvau, 1864 : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.
…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.
(Protat)
…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.
(La Fontaine)
Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.
(Collé)
Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.
(Piron)
Balader ou ballader (se)
France, 1907 : Flâner ; du vieux mot baler, se divertir.
Quand a’ s’balladait, sous l’ciel bleu,
Avec ces ch’veux couleur de feu,
On croyait voir eune auréole
À Batignolles.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
S’emploie aussi comme verbe actif :
De son métier i’ faisait rien,
Dans l’jour i’ balladait son chien,
La nuit i’ rinçait la cuvette.
(Ibid.)
Bardache
Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif, au choix — des autres.
C’est là un cul de châtré ou de bardache, si jamais il y en a eu.
(La Popelinière)
Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache.
(B. de Maurice)
France, 1907 : Jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur.
Le prince de Bidache
Criait aux Allemands :
Rendez-moi mon bardache.
(Tallemant des Réaux)
Batterie
Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Mensonge, patelinage.
Larchey, 1865 : Mensonge (Vidocq). — Allusion aux batteries d’artillerie dont le jeu est souvent caché. On dit de même usuellement démasquer ses batteries — Un faiseur de batteries s’appelle un batteur. Battre : Contrefaire, mot à mot : faire une batterie. — Ce verbe a un peu le même sens dans l’expression actuelle : battre froid. Battre job, battre comtois : Faire le niais (Vidocq). — V. Job, comtois. — Battre morasse : Crier à l’aide, mot à mot : crier à la mort, à l’assassin. — Battre a un autre sens dans Battre son quart (V. Quart), et Battre sa flème : Ne rien faire. — Il a ironiquement le sens actif.
Delvau, 1866 : s. f. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Batture.
Delvau, 1866 : s. f. Menterie, — dans le même argot [des faubouriens]. Batterie douce. Plaisanterie aimable.
France, 1907 : Mensonge, même sens que battage : du vieux mot baster, tromper. Batterie de cuisine, les dents, la langue, le palais, le gosier, enfin tout l’attirail qui sert à déguster les mets.
Boulangisme
France, 1907 : État d’esprit qui, à un moment donne, fut celui de la grande majorité des Parisiens et d’une partie de la France, et qui démontre suffisamment l’écœurement d’une nation en face des tripotages, des malversations, du népotisme du gouvernement opportuniste.
Voici une définition très exacte du boulangisme cueillie dans le Gaulois et signée Arthur Meyer :
Le boulangisme, substantif masculin singulier. Aspiration vague et mystique d’une nation vers un idéal démocratique, autoritaire, émancipateur ; état d’âme d’un pays qui, à la suite de déceptions diverses, que lui ont fait éprouver les partis classiques dans lesquels il avait foi jusque-là, cherche, en dehors des voies normales, autre chose sans savoir quoi, ni comment, et rallie à la recherche de l’inconnu tous les mécontents, tous les déshérités et tous les vaincus.
Écoutons d’autres cloches.
On sait qu’en beaucoup d’endroits, on vit, au début de cette agitation, quelques radicaux et quelques socialistes, trompés par la phraséologie pompeuse des lieutenants du boulangisme, se faire les alliés du parti césarien naissant. La plupart sont heureusement revenus de leur erreur. Ils comprirent à temps qu’on voulait leur faire jouer le rôle de dupes.
(Le Parti ouvrier)
Le boulangisme fut un mouvement démocratique, populaire, socialiste même, qui s’incarna dans un soldat jeune, brave, actif et patriote. Il trouva ses solides assises dans le peuple, dans les grands faubourgs ouvriers… Malheureusement pour le général, on lui montra cette chimère : la possibilité de triompher plus vite en prenant des alliés à droite.
(Mermeix)
Camelot
d’Hautel, 1808 : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.
Ansiaume, 1821 : Marchand.
Le camelot est marloux, et puis il a deux gros cabots.
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand.
M.D., 1844 : Marchands des rues.
un détenu, 1846 : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.
Larchey, 1865 : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.
Rigaud, 1881 : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.
La Rue, 1894 : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.
France, 1907 : Marchand d’objets de peu de valeur qui vend dans les villages ou expose sur la voie publique. Le terme vient du grec camelos, chameau, par allusion au sac qu’il porte sur le dos et qui contient sa camelotte.
Depuis quelque temps, une véritable révolution s’accomplit dans les mœurs publiques. Dans les luttes politiques, un facteur nouveau s’est introduit et les procédés de polémique, les moyens de propagande et de conviction sont transformés du tout au tout.
Le camelot a pris dans l’ordre social qui lui est sinon due, au moins payée. L’ère du camelot est venue et les temps sont proches où le revolver sera l’agent le plus actif d’une propagande bien menée.
Le camelot n’a qu’un inconvénient ; il coûte cher. Dans les premiers temps de son accession à la vie publique, c’était à six francs par soirée qu’il débordait d’enthousiasme et fabriquait de la manifestation. Depuis les prix ont un peu baissé, vu l’abondance des sujets. Lors du dernier banquet, c’était à quatre francs la soirée mais on fournissait le revolver.
(La Lanterne, 1888)
Au-dessus de tout le bruit, du roulement des voitures, des grincements des essieux, des galopades des beaux chevaux rués dans le travail comme des ouvriers courageux, — au-dessus de tout, retentissaient les cris des camelots du crépuscule, l’annonce vociférée des crimes de la basse pègre, des vols de la haute, l’essor des derniers scandales.
(Gustave Geffroy)
Le camelot, c’est le Parisien pur sang… c’est lui qui vend les questions, les jouets nouveaux, les drapeaux aux jours de fête, les immortelles aux jours de deuil, les verres noircis aux jours d’éclipse… des cartes obscènes transparentes sur le boulevard et des images pieuses sur la place du Panthéon.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Il faisait un peu de tout… c’était un camelot, bricolant aujourd’hui des journaux illustrés, demain des plans de Paris, un autre jour offrant aux amateurs des cartes qualifiées de transparentes, débitant ensuite, coiffé d’un fez, des confiseries dites arabes ou des olives dans les cafés…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Chaud (il est)
Ansiaume, 1821 : Méfiant, actif.
Tous ces roussins-là sont chauds, mais je les entortille.
Virmaître, 1894 : Malin, rusé, méfiant. Se dit de quelqu’un difficile à tromper (Argot du peuple).
Chevalier de la rosette
Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif.
Virmaître, 1894 : Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Pédéraste.
Chuter
Delvau, 1866 : v. n. Tomber, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, et alors ce verbe est actif, Empêcher de réussir, — dans l’argot des coulisses.
Rigaud, 1881 : Pour une demoiselle, c’est tomber… dans les bras d’un amoureux.
France, 1907 : Tomber. Faire chuter, faire tomber un acteur ou une pièce.
Ah ! Je puis faire chuter qui je veux.
(Balzac)
Clabauder
d’Hautel, 1808 : Crier sans sujet ; faire des commérages ; se complaire à la médisance.
Delvau, 1866 : v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de rien, — comme un chien. Argot des bourgeois. Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle ; faire des cancans, — et alors il est verbe actif.
France, 1907 : Cancaner.
Coït
Delvau, 1864 : L’acte vénérien.
Union charnelle des deux sexes. C’est la volupté qui mène à la génération. En langage familier, on dit baiser (voir ce mot.) Quand la femme s’est placée dans le lit conjugal, elle se met sur le dos et écarte les cuisses. Le mari la couvre alors de son corps et, aidé par la main de sa femme, introduit l’instrument de plaisir dans l’asile qui lui est destiné. Elle referme alors légèrement les cuisses, et enlace son mari de ses jambes. Il colle sa bouche sur la sienne, et commence avec les reins ce mouvement de va-et-vient qui produit le plaisir mutuel. La femme n’a plus alors qu’à se laisser aller à la volupté, et à répondre aux baisers qu’elle reçoit. Tantôt, nonchalante et paresseuse, elle laisse agir l’homme, sans faire d’autre mouvement que celui de deux bouches qui s’unissent ; tantôt adoptant le rôle actif, elle fait onduler ses reins, en enfonçant dans le con, à chaque va-et-vient, la vigoureuse queue qu’elle tient entre ses cuisses. Ses lèvres roses pressent avidement celles de son époux. Sa langue s’enlace à la sienne ; ses seins tout rouges de baisers aplatissent leur courbe gracieuse sur sa poitrine, tant ses aras le serrent avec force. Son petit pied le talonne comme pour l’aiguillonner. De temps en temps elle se pâme en poussant de petits cris de plaisir ; ses reins souples interrompent leurs voluptueuses ondulations, et elle demeure quelques instants immobile, savourant les coups précipités du vit furieux, et les jets de la liqueur de feu dont il inonde le temple de l’Amour.
« C’est alors que se produit le coït, la volupté la plus naturelle à l’espace humaine, et qui est pour elle non-seulement un besoin, mais un devoir imposé par la Providence divine… » Ne vous livrez pas au coït, ni à toute autre volupté après avoir mangé : attendez que la digestion soit faite.
(Comtesse de N***, Vade mecum des femmes mariées)
Ces jours à jamais effacés,
J’y pense ;
Où sont-nos coïts insensés,
Passés ?
(Parnasse satyrique)
Débrouillard
Rigaud, 1881 : Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.
Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.
(Figaro du 17 juillet 1877)
Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)
Virmaître, 1894 : Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.
Hayard, 1907 : Arriviste.
France, 1907 : Homme actif, entreprenant, qui a de l’initiative et sait tirer parti de tout.
J’en sais qui, par traité, sont forcés de livrer deux romans par an à un éditeur, moyennant quoi l’autre leur fournit les moyens de dîner ; deux romans, vous entendez, sept cents pages, avec des descriptions, de la psychologie, de la pensée, le meilleur d’eux-mêmes.
Et ce sont les favorisés, les débrouillards, au-dessous desquels s’agitent ceux qui sont sans éditeur, sans journal, sans rien que leur papier blanc, leurs idées et leur obscurité, dont personne ne veut…
(F. Vandérem)
M. Bourgeois est un jeune dans toute l’acception du mot, puisqu’il n’a encore que quarante ans, et la chose parait à peine croyable quand on considère son brillant passé administratif. En même temps, c’est un débrouillard, possédant au service d’une intelligence hors ligne une faculté de travail infatigable.
(Écho de Paris)
Un jeune Anglais, établi depuis peu à Paris, se présente dans les bureaux d’un grand journal pour demander à faire du reportage.
Le directeur lui pose les questions d’usage :
— Avez-vous déjà écrit ?… Et, enfin, êtes-vous débrouillard ?
— Oh ! oui, monsieur, des brouillards… de la Tamise.
Dégourdi
d’Hautel, 1808 : Un dégourdi. Un garçon alerte et éveillé, et très-près regardant sur ses intérêts.
Virmaître, 1894 : Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.
France, 1907 : Émancipé, alerte, actif.
Un grand gaillard, propre comme un sou neuf, des guêtres éblouissantes, la vareuse bien tendue sur le ceinturon luisant, le képi sur l’oreille, le teint brûlé, de la moustache à peine, l’air dégourdi d’un faubourien de grande ville.
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
France, 1907 : S’emploie ironiquement pour le contraire.
— Allons, espèce d’empoté ! Vous avez l’air d’une andouille ! Avancez donc, bougre de dégourdi !… hurla au jeune engagé le sous-off, en guise d’encouragement.
(Les Joyeusetés du régiment)
Démener
d’Hautel, 1808 : Il se démène comme trois pois dans une marmitte. Pour, il est actif, vigilant, inquiet, tourmenté ; il se donne de la peine et du mouvement pour faire réussir une affaire.
On dit dans le même sens : Il se démène comme le diable dans un bénitier.
Doigt dans l’œil (se fourrer le)
Larchey, 1865 : S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet.
Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon.
(De Goncourt)
Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.
Rigaud, 1881 : Se tromper. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude, se tromper grossièrement, s’abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l’œil, s’illusionner sur son propre compte.
Virmaître, 1894 : Prendre ses désirs pour la réalité, croire que c’est arrivé. S’imaginer être aimé pour soi-même. Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).
France, 1907 : S’abuser. Voir les choses d’une façon autre qu’elles ne sont réellement. Société du doigt dans l’œil, réunion de sectaires qui croient au triomphe prochain de leurs idées.
— Faire fortune ? Mais rien de plus facile. On divise son actif en doit et avoir. L’avoir, on le met dans sa poche.
— Et le doit ?
— Le doigt ? On le fourre dans l’œil de ses actionnaires.
(Courrier de Londres)
Se fourrer le doigt dans l’œil, jusqu’au coude, se faire de ridicules illusions ; s’abuser complètement.
Embrocher
d’Hautel, 1808 : Passer une épée à travers le corps ; attirer quelqu’un dans un panneau ; le tromper.
Il s’est fait embrocher. Pour, il s’est fait tuer.
Delvau, 1866 : v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du corps, — dans l’argot des troupiers. Se faire embrocher. Se faire tuer.
France, 1907 : Traverser quelqu’un an moyen d’une arme tranchante. Faire l’acte vénérien.
Parmi ces souvenirs, ceux qui le lancinaient tout particulièrement et d’une pointe supérieure aiguë, c’était certaines aventures où, — par une defaillance subite d’un tempérament trop nerveux, un peu timide, — il était demeuré inactif et ridicule, quand il eût fallu tout embrocher, ou, pour le moins, tout avaler.
(Maurice Montégut, Gil Blas)
Enfigneur
Rigaud, 1881 : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Vient de fignoton. Ce dernier mot en dit assez. C’est l’actif du passif (Argot du peuple).
France, 1907 : Même sens que enfifré.
Enmiché
France, 1907 : Pédéraste passif ; l’actif est l’enmicheur.
Flouer
Ansiaume, 1821 : Jouer.
À toute plombe du reluis tu le vois flouer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler au jeu.
Vidocq, 1837 : v. a. — Filouter au jeu.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Jouer.
Larchey, 1865 : Flouer n’est pas voler brutalement, c’est plutôt escroquer. On dit Flouer des actionnaires mais on ne dit jamais Flouer un couvert d’argent. — Flouerie : Escroquerie.
Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur.
(Balzac)
Du vieux mot fluer (couler) pris dans le sens actif. V. Roquefort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq). — Flouerie : Escroquerie. — Floueur : Escroc.
Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de floueurs de toute espèce.
(A. Dubuisson)
Floueur : Grec (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. a. et n. Jouer, — dans le même argot [des voleurs]. Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.
Delvau, 1866 : v. a. Tricher au jeu ; voler, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Jouer, en terme de grecs. — Filouter au jeu.
La Rue, 1894 : Jouer. Voler au jeu ou autrement.
Rossignol, 1901 : Voler, tricher au jeu.
France, 1907 : Voler, tromper, ou simplement jouer.
C’est du commerce comme en ferait Robert Macaire, seulement on escamote un navire et sa cargaison, au lieu de travailler dans la société en commandite ; on floue un assureur au lieu de flouer un actionnaire.
(G. de La Landelie)
Il arrive au sommet de la perfection lorsqu’il a lieu de se persuader qu’il a été floué par des courtisanes, qu’il a fait une orgie satanique avec des viveurs, et qu’il pourrait avoir obtenu quelques bonnes fortunes dans la haute.
(Eugène de Valbezen, Le Rhétoricien)
Fourrer l’index ou le doigt dans l’œil ou la prunelle
France, 1907 : S’abuser.
C’pendant vous m’avez un peu l’air
D’avoir sur le mariag’, mon cher,
Des idé’s de vieill’ demoiselle,
Et sur les droits de votre sex’
Je crois qu’vous vous fourrez l’index
Dans la prunelle.
(L. Xanrof)
Entre financiers :
— Faire fortune ? Mais rien de plus facile ! On divise son actif en doit et avoir. L’avoir on le met dans sa poche.
— Et le doit ?
— Le doigt ? On le fourre dans l’œil de ses actionnaires.
Groller
Delvau, 1866 : v. n. Murmurer d’une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la grolle, une corneille. Signifie aussi : Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes, — et alors c’est un verbe actif.
Homme
d’Hautel, 1808 : C’est un homme d’affût. Se dit en plaisantant et par dérision d’un homme qui s’enorgueillit des plus petites choses, qui rapporte à soi toute la gloire d’une affaire où il n’a eu qu’une très-petite part.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Signifie qu’un homme honnête, actif et industrieux a toujours le droit de prétendre à l’alliance d’une fille riche.
Mon homme. Nom que les femmes de basse condition donnent à leur mari.
Bonhomme. Se prend souvent en dérision, et se dit d’un homme simple et bon jusqu’à la foiblesse.
Homme de fer. Pour homme de guerre, homme vigoureux qui résiste à tout.
Un homme tout d’une pièce. C’est-à-dire maladroit, sans finesse, que l’on connoit au premier coup d’œil.
L’homme propose et Dieu dispose. C’est-à dire que quels que soient les projets que forment les hommes, l’exécution en dépend toujours de la providence.
Il doit à Dieu et à diable. Se dit de celui qui doit à tout le monde.
C’est un pauvre homme. Équivaut à c’est un ignorant, un sot, un poltron, qui inspire le mépris et la pitié.
C’est une bonne pâte d’homme. Pour dire un homme sans façon, qui est toujours de l’avis des autres.
Bon homme garde ta vache. Se dit pour se moquer de celui à qui on a attrappé quelque chose.
Face d’homme fait vertu. Pour dire que l’on travaille avec plus d’ardeur, et plus soigneusement quand le maître est lui-même attentif et présent.
Delvau, 1866 : s. m. « Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection. » C’est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.
France, 1907 : Voleur et, à l’occasion, assassin. Gredin à tout faire.
Alors la grande porte de la prison s’ouvrit avec un fracas de ferraille lugubre, et nous aperçûmes, se dressant dans le jour blême, les deux bras de la guillotine.
Je ne connais pas d’impression plus horrible. Les deux condamnés marchaient d’un pas ferme, Rivière le premier. À quatre pas de l’échafaud, il embrassa l’abbé Colon ; mais, au moment où les aides s’emparaient de lui pour le coucher sur la bascule, il s’écria d’une voix forte :
— Vous pouvez dire au père Grévy que c’est un assassin !
Frey, lui, avait, impassible, assisté à l’exécution de son complice. L’abbé Faure voulait lui cacher la guillotine avec son crucifix ; il s’écria, impatienté :
— Laissez-moi donc tranquille, l’abbé, j’ai payé pour voir !
Enfin, comme à son tour on le couchait sur la bascule, il cria très distinctement :
— Au revoir, tous les hommes !
Hommes, en argot, signifie gaillards capables de faire un coup.
(Mémoires de M. Goron)
Marneur
Rigaud, 1881 : Travailleur, ouvrier. Les pauvres marneurs s’échinent pour le patron, à ce qu’ils disent souvent.
France, 1907 : Travailleur actif ; argot populaire.
Masseur
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme laborieux.
Rigaud, 1881 : Ouvrier laborieux ; masseuse, ouvrière laborieuse.
France, 1907 : Bon ouvrier, travailleur actif et consciencieux.
Pédé (?)
Rossignol, 1901 : Actif de chatte. Si vous voyez un individu mettre la main sur le cou d’un jeune homme et lui demander : « Sais-tu lire ? — Oui, Monsieur. » S’il lui met ensuite la main sur les reins, et qu’il lui demande : « Tu sais écrire ? — Oui, Monsieur. » Et qu’il descende la main encore plus bas en demandant : « Tu sais calculer ? — Oui, Monsieur. » Et si l’individu tape avec satisfaction à l’endroit où il a mis la main en dernier en disant : « J’aime ça, j’aime ça, »vous pouvez croire que c’est un pédé.
Petit jeu
France, 1907 : Dans l’argot des mendiants par lettres ou à domicile, clique très nombreuse à Paris, c’est la liste des personnes charitables, sur lesquelles on peut plus ou moins compter. Il y a le petit jeu et le grand jeu.
À Paris, « pays de l’aumône », a dit le comte Molé, rien n’est plus facile que de réaliser des recettes de 15 ou 20 francs par jour et de faire face à ses besoins, en mendiant. M. Paulian offre de le prouver à nouveau, quand on voudra. À peine est-il nécessaire, pour obtenir ce résultat, de se composer un type, de savoir lequel vaut le mieux du service sédentaire ou du service actif, et, si c’est celui-ci qu’on choisit, de posséder le grand ou le petit jeu, qui coûtent, l’un 6, l’autre 3 francs, et donnent, accompagnée d’une notice biographique, l’adresse d’un certain nombre de personnes charitables. Vos préférences vont-elles aux secours en nature, il vous suffira de consulter la liste des sociétés de bienfaisance, à la porte desquelles vous n’aurez qu’à frapper simultanément. Leur fonctionnement défectueux permet le cumul.
Cependant le comte Molé fait erreur, le vrai « pays de l’aumône » n’est pas Paris, mais Londres. Chez nos voisins, la mendicité s’introduit partout et sous toutes les formes. Des institutions prospères et puissantes ne vivent que de mendicité, soit avec ou sans le secours du grand et du petit jeu.
Poisson
d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.
Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.
Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.
Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.
Camille Fontallard, des poissons le monarque.
(Dumoulin)
Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.
Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.
Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.
J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.
Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.
Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.
La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.
France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.
Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !
(Les Plaintes de la portière)
France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.
Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.
(Chanson du Père Lunette)
Pontonnière
Vidocq, 1837 : s. f. — Fille publique de la Cité, qui exerce sur les ponts ; les Pontonnières sont presque toutes voleuses.
Larchey, 1865 : « Fille publique fréquentant le dessous des ponts. » — Canler.
Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les ponts.
La Rue, 1894 : Fille qui se prostitue sous, les ponts.
France, 1907 : Prostituée qui exerce son industrie sous les arches des ponts.
Les pontonnières fréquentent le dessous des ponts… Toutes ces filles sont des voleuses. Le macque, qui joue ici un rôle plus actif que le barbillon, ne quitte sa largue ni jour ni nuit.
(Mémoires de Canler)
Prendre un homme au saute-dessus
Delvau, 1864 : Arrêter un pédéraste, quand on est pédéraste soi-même, et de plus chanteur (V. ce mot), au moment où il se déboutonne et s’apprête à socratiser, ou à alcibiadiser, selon qu’il est actif ou passif.
Après avoir provoqué à la débauche celui qui a eu le malheur de les aborder, ils changent tout à coup de ton, le prennent, comme ils disent, au saute-dessus, et se donnant pour des agents de l’autorité, le menacent d’une arrestation…
(A. Tardieu)
Rosette
Delvau, 1864 : Petite rose de chair qui se trouve à l’entrée de l’anus et qui en est pour ainsi dire le pucelage, car les pédérastes passifs ne l’ont plus (d’où les pédérastes actifs sont appelés chevaliers de la rosette).
Travaille bien, prend ta lichette,
La lichette donne du cœur ;
Et s’il le faut, tends ta rosette,
Cela te portera bonheur.
(A. Dumoulin)
France, 1907 : Rien de commun avec celle de la Légion d’honneur, mais fort prisée jadis dans la légion thébaine. Aimer La rosette, être porté pour la rosette, avoir des passions hors nature. Le sage Socrate, le sage Sénèque, les poètes Horace et Virgile et autres grands hommes de l’antiquité classique étaient portés pour la rosette. On dit aussi chevalier de la rosette, pour désigner les partisans de l’amour socratique. Rosette a dans ce sens une signification trop claire pour qu’il soit nécessaire d’insister.
Tante
Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.
Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.
* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.
Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.
Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Christophe)
Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »
(1837, Vidocq)
Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.
(Balzac)
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Moreau Christophe)
Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.
Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.
Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.
Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.
(J. Dementhe)
La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir chatte.
Hayard, 1907 : Pédéraste.
France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.
Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.
Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »
Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.
(Émile Bergerat)
Torche-cul
Delvau, 1866 : s. m. Journal, — dans l’argot du peuple, qui ne prise la politique et la littérature que comme aniterges.
Rigaud, 1881 : Imprimé sans valeur, journal méprisable, — dans l’argot du peuple. — Comptabilité, écritures d’un chef de train, — dans le jargon des employés du service actif des chemins de fer.
France, 1907 : Journal, écrit ou imprimé sans valeur.
Train d’onze heures (prendre le)
Rigaud, 1881 : Aller se promener, aller flâner, — dans l’argot des employés du service actif des chemins de fer. Réminiscence du jeu de loto où onze signifie les jambes. Le train d’onze heures c’est donc le train des jambes.
Vautour
Larchey, 1865 : Propriétaire exigeant et dur. — Dès 1587, se trouve dans les Contes d’Eutrapel :
Vaultours que signifient ils autres que les avaricieux qui comme ces animaux sont aspres et désordonnément actifs a posséder les biens de ce monde per fas et nefas.
Fustier, 1889 : Grec. Tous les joueurs ont commencé par être d’honnêtes joueurs ; ils ont été pigeons avant d’être vautours.
(Henri IV, 1881)
La Rue, 1894 : Grec. Malfaiteur. Propriétaire. Usurier.
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