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Baume d’acier

Delvau, 1866 : s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que l’ancienne pharmacopée a eu, sous ce nom-là, un remède composé de limaille d’acier et d’acide nitrique.

Rigaud, 1881 : Instrument de chirurgie.

France, 1907 : Instrument de chirurgie. Baume de porte en terre, poison.

Calme et inodore (être)

Larchey, 1865 : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l’un sans l’autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

Delvau, 1866 : Se conduire convenablement, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se tenir tranquille. Les personnes qui ont une teinture de chimie ne manquent pas d’ajouter : inattaquable par les acides.

Champoreau

Delvau, 1866 : s. m. Café à la mode arabe, concassé et fait à froid, — dans l’argot des faubouriens qui ont été troupiers en Afrique. Pour beaucoup aussi, c’est du café chaud avec du rhum ou de l’absinthe.

Merlin, 1888 : En Afrique, le champoreau est une sorte de café composé d’orge grillé ou de gland doux, additionné de sirop à la gélatine ; en France, dans les casernes, c’est le café froid ou chaud, quand ce n’est pas, comme dans certaines cantines de notre connaissance, un mélange indéfinissable, quelque chose comme du noir de fumée délayé dans l’acide nitrique.

France, 1907 : Boisson en usage en Algérie, d’où elle est passée en France, qui est simplement du café versé sur de l’eau-de-vie ou toute autre liqueur, et non, comme le dit Lorédan Larchey, « sur du café au lait très étendu d’eau ». Le champoreau se distingue du gloria en ce sens qu’il est servi dans un verre au lieu d’une tasse et que le café y est versé sur la liqueur au lieu de la liqueur sur le café, ce qui, d’après les amateurs, n’a pas du tout le même goût.
Il faut ajouter que le champoreau, tel que le prennent actuellement les soldats et les colons d’Afrique, n’est pas le même que celui de l’officier qui lui donna son nom et où l’eau-de-vie était remplacée par l’absinthe.

Le douro, je le gardais précieusement, ayant grand soin de ne pas l’entamer. J’eusse préféré jeûner un long mois de champoreau et d’absinthe.

(Hector France, Sous le Burnous)

Douceur (faire en)

France, 1907 : Voler ou tromper quelqu’un en le flattant ou le faisant boire. Se dit aussi pour tout acte vigoureux accompli sans violence.

Doué d’une force herculéenne, il considère comme une lâcheté de l’employer sans nécessité absolue. Si un malfaiteur qu’il arrête veut lui résister, il l’étreint… en douceur, et l’enlève comme une plume sans la moindre violence. Dans une bagarre, sa présence suffit pour ramener la paix. Il sépare placidement, écarte d’un revers de mains les combattants, et ramasse dans le tas celui qu’il cherche.

(G. Macé, Un Joli monde)

Gagui

d’Hautel, 1808 : Une grosse gagui. Nom que l’on donne par dérision à une fille ou femme qui a beaucoup d’embonpoint, et qui fait l’enjouée, la résolue.

France, 1907 : Maritorne, grosse commère réjouie.

Je suis mon conducteur sans me faire prier ;
Nous enfilons un sombre et petit escalier ;
Nous arrivons tous deux dans un troisième étage :
J’y trouve deux gaguis d’un assez beau visage,
Qui me font en entrant force civilités ;
Louis sont partagés aussi-tôt qu’aportés.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Lui, cependant, ne disait rien de ses projets, placide, un peu sournois, l’ayant prise par besoin d’une jolie fille et par goût de sa saine jeunesse épanouie comme une plante rare parmi les gaguis épaisses et les graisseuses souillons où les autres cherchaient leurs maîtresses.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Insexualité

France, 1907 : Qui n’a pas de sexe, soit au physique, soit au figuré. « Ce qui fait la vertu de certaines gens, c’est qu’ils sont atteints de cette infirmité appelée l’insexualité. »

Ah ! les luttes de Titans de la chair contre l’ineffable empyrée qu’ils veulent toujours escalader et d’où ils retombent brûlés de fièvres, les reins lassés et les lèvres crevassées de rictus, tandis qu’assagis, bienheureux, les mammifères calmes de l’humanité ruminent bêtement, le cœur vide, dans la fraîcheur d’une placide et constitutionnelle insexualité.

(Jules Monod)

Jean-Jean

Larchey, 1865 : « On qualifie de Jean-Jean en France le jeune indigène que la conscription a arraché à l’âge de vingt ans d’un atelier du faubourg, de la queue d’une charrue, etc. Le Jean-Jean est reconnaissable à sa tournure indécise, à sa physionomie placide. » — M. Saint-Hilaire.

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des vieux troupiers, pour qui tout soldat novice est un imbécile qui ne peut se dégourdir qu’au feu.

Rigaud, 1881 : Niais. — Conscrit.

France, 1907 : Homme simple, naïf, facile duper.

Vraiment, quand on songe au grouillement de misère, à l’inondation de dèche qui attige le populo, on est à se demander comment il se fait que les Jean-Jean aient le cœur à la rigolade.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Surnom donné autrefois aux conscrits.

On qualifie de Jean-Jean le jeune indigène que la conscription a arraché, à l’âge de vingt ans, d’un atelier ou d’une charrue.

(Émile Marco de Saint-Hilaire)

Koumiss

France, 1907 : Liqueur que les Tartares font au moyen de la fermentation du lait de jument. Elle est d’une saveur acide et douce et enivre à la dose d’une pinte.

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Mère

d’Hautel, 1808 : La mère. Terme familier et d’amitié, dont on se sert en parlant à une femme âgée et de basse condition.
C’est le ventre de ma mère, je n’y retourne plus. Se dit lorsqu’on s’est tiré d’une affaire où l’on s’étoit imprudemment engagé ; d’un lieu où l’on a couru quelque danger, et où l’on ne veut plus retourner.
Sa mère n’en fait plus. Se dit par raillerie d’un homme qui prend des soins affectés et minutieux de sa personne.
Il veut apprendre à sa mère à faire des enfans. Signifie il veut apprendre à qui en sait plus que lui.
Des contes de la mère l’Oye. Pour dire des contes en l’air, des contes de vieille.
On l’a renvoyée chez sa grand’mère. Se dit d’une personne qui fait une demande indiscrète et que l’on envoie promener.

France, 1907 : Dépôt acide d’un tonneau de vinaigre que l’on emploie dans les ménages, par l’addition répétée du vin pour entretenir la provision acidulée. On appelle aussi de ce nom toute substance propre à provoquer la fermentation.

Pipéridine

France, 1907 : Matière servant à falsifier le poivre. Nouvelle invention des falsificateurs signalée par le docteur Crinon dans le Répertoire de pharmacie de Belgique.
C’est une matière pulvérulente tout à fait semblable au poivre, mais d’en contenant aucun grain : on y trouve 70 % de produits minéraux et 30 % d’une substance végétale inquiétante, inconnue : les chimistes sont sur les dents pour la déterminer.
Plus simple est la pseudo-cannelle que les promoteurs recommandent pour donner du montant au riz et au vin chaud. Elle se prépare avec 80 % de brique pilée et 20 % de bois colorié provenant surtout des chantiers de construction de navires. Peut-être y a-t-il une utilisation indiquée des escadres de réserve que renferment les arsenaux des diverses nations.
Le record, au point de vue alimentaire, est détenu par l’australiana, délicieuse poudre cristalline rouge clair, formée d’acide borique coloré à la fuchsine. Elle sert à falsifier les poudres de viande si largement prescrites aux estomacs débilités !!

Qui voit ses veines voit ses peines

France, 1907 : Les veines des mains des rudes travail leurs sont plus gonflées et plus noires que celles des oisifs, parce que les tissus du travailleur s’usent davantage et que, obligé de faire des efforts de respiration, il absorbe plus d’oxygène, lequel, par sa combinaison avec l’acide carbonique, donne la couleur noire au sang veineux. Par suite, les veines sont plus visibles. Il en est de même des personnes débilitées, malades, qui voient aisément leurs veines sur leurs mains maigres et transparentes.

Suret

France, 1907 : Acide, sur. Vin suret ; argot populaire.

Vinaigre

d’Hautel, 1808 : Sûre comme du vinaigre. Pour dire très-acide, très-âpre, très-dur.
Ce n’est pas aussi sûr que du vinaigre. Quolibet populaire, pour dire qu’une chose n’est pas aussi certaine qu’on le croit.
Donner du vinaigre. C’est une malice que les écoliers se font réciproquement au jeu de la corde, et qui consiste à agiter tout-à-coup fortement la corde, en lui donnant plus de tension, de manière que celui qui saute est obligé de faire de grands efforts pour en suivre tous les mouvemens, à fin de n’en pas recevoir le choc, ou de suspendre la partie.
Habit de vinaigre. Habit trop mince, trop léger pour la saison.

Vinaigre des quarante voleurs

Delvau, 1866 : s. m. Acide acétique cristallisé, — dans l’argot des bourgeois. Historiquement, ce devrait être Vinaigre des quatre voleurs.

Vinaigre des quatre négociants

Rigaud, 1881 : Acide acétique. — On disait autrefois, vinaigre des quatre voleurs.

Violon (jouer du)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Scier ses fers.

France, 1907 : Scier les barreaux de sa prison. À cet effet, les prisonniers se servent d’un ressort de montre ou, dit Lorédan Larchey, d’un cheveu trempé dans l’acide nitrique.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique