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Accidenter

France, 1907 : Euphémisme pour tuer.

Qui ne se souvient de l’affaire Pivoteau ? Notre camarade Pivoteau fut, en 1903, condamné à cinq ans de réclusion pour avoir accidenté un contremaître ivrogne et féroce qui, le traquant d’emploi en emploi, lui empêchait tout embauchage, le condamnant ainsi à la misère, l’acculant au suicide.

(E. Janvion, La Guerre sociale)

Accureuse

Virmaître, 1894 : Commode (Argot des voleurs). N.

Aller aux pruneaux

Delvau, 1866 : Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

France, 1907 : Farce que l’on fait, dans les hôpitaux militaires, aux nouveaux venus naïfs et qui consiste à aller dans une salle voisine demander son dessert à tel ou tel malade qu’on dit chargé de la distribution.

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Asseoir (s’)

Larchey, 1865 : Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre. Allez-vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez-vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

Delvau, 1866 : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

France, 1907 : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir, le jeter par terre ou le congédier, le faire taire. Tu dis des âneries, va donc t’asseoir. C’est une réminiscence de la coutume des juges qui disent au témoin ou à l’accusé : « Allez vous asseoir. » S’asseoir sur le bouchon, s’asseoir par terre ; — sur quelqu’un, lui imposer silence ; — sur quelque chose, n’y attacher aucune importance.

Asseyez-vous dessus
Et que ça finisse ;
Asseyez-vous dessus
Et n’en parlons plus !

(A. Dale, Chansons)

Attendre l’omnibus

France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.

Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !

(Alph. Karr, Les Guêpes)

Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.

Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.

(Oudin, Curiositez françoises)

Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.

(Ch. Nisard)

Avoir commerce

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Jean, tu m’accusais l’autre jour
D’avoir dit à certaine dame
Qu’Anne, avant que d’être ta femme,
Avait eu commerce d’amour.

(La Monnoye)

A-t-elle eu commerce avec le chevalier de Lorraine ? qu’on la brûle.

(La France galante)

Bague

d’Hautel, 1808 : C’est une bague au doigt. Se dit d’une propriété que l’on a acquise, qui ne nécessite aucune dépense, et dont on peut se défaire avantageusement en toute occasion.

Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Nom propre.

Delvau, 1864 : On se sert quelquefois de ce mot pour désigner les parties naturelles de la femme :

Il s’en alla chercher une place éloignée
Pour enfiler la bague et rembourrer le bas
De celle qu’il avait choisie pour ses ébats.

(Théophile)

Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague et ne la lâches ;
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne sera.

(La Fontaine)

…Du chevalier s’est accusée, qui, comme l’autre, l’avait bien baguée.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Delvau, 1866 : s. f. Nom propre, — dans le même argot [des voleurs], par allusion à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

France, 1907 : Nom propre, argot des voleurs, par allusion, dit Delvau, à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

Bande (coller sous)

Larchey, 1865 : Acculer dans une situation difficile — Terme de billard.

Rigaud, 1881 : Mettre quelqu’un dans une situation difficile, — réduire son contradicteur au silence. — Allusion à l’embarras du joueur de billard dont la bille touche la bande.

France, 1907 : Être acculé dans une situation difficile ; terme de billard.

Bannière

d’Hautel, 1808 : Il faut la croix et la bannière pour l’avoir. Se dit de quelqu’un qui se fait beaucoup prier, qui fait le précieux et l’important, en un mot, qui se fait trop valoir ; ou de quelque chose que l’on ne peut se procurer qu’avec beaucoup de peines et de grandes difficultés.
Aller au-devant de quelqu’un avec la croix et la bannière. Signifie lui faire un grand accueil ; se piquer de cérémonies, mettre tout en l’air pour le recevoir.

Rigaud, 1881 : Chemise. Quand tu auras fini de te promener en bannière. On dit également : bannière volante.

Virmaître, 1894 : Sac. On dit de celui qui se promène en chemise : il se trimballe en bannière. Allusion aux pans de la chemise qui flottent au vent. On dit aussi : Se promener en panais (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chemise.

Battre comtois

anon., 1827 : Faire le niais, l’imbécile.

Bras-de-Fer, 1829 : Faire le niais.

Vidocq, 1837 : v. a. — Servir de compère à un marchand ambulant.

Delvau, 1866 : v. n. Faire l’imbécile, le provincial, — dans l’argot des voleurs, pour qui, à ce qu’il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

Rigaud, 1881 : Servir de compère, — dans le même jargon (des saltimbanques). — Prêcher le faux pour savoir le vrai, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Service de compère. Dire le faux pour savoir le vrai. Mentir.

Virmaître, 1894 : Un compère bat comtois en demandant un gant devant une baraque de lutteur. Les spectateurs le prennent pour un adversaire sérieux : dans l’arène il se laisse tomber. Un accusé bat comtois en feignant de ne pas comprendre les questions du juge d’instruction. Une femme bat comtois lorsqu’elle vient de coucher avec son amant et qu’elle jure à son mari en rentrant qu’elle lui est fidèle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire semblant d’ignorer une chose que l’on sait est battre comtois. Dans les fêtes, aux abords des baraques de lutteurs, il y a toujours des spectateurs qui demandent un gant ou caleçon pour lutter avec le plus fort de la troupe ; on s’imagine que c’est un adversaire sérieux, mais ce n’est qu’un compère qui bat comtois, et qui se laisse toujours tomber pour avoir sa revanche à la représentation suivante afin d’attirer le public. Un voleur bat comtois lorsqu’il ne veut pas comprendre les questions qu’on lui fait et ne dit pas ce qu’il pense. Une femme bat comtois lorsqu’elle fait des infidélités à son homme et qu’elle jure qu’elle lui est fidèle.

Hayard, 1907 : Faire le compère.

France, 1907 : Faire l’imbécile, dans l’argot des voleurs, pour lesquels, suivant Delvau, les habitants de Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

Bêcher

Vidocq, 1837 : v. a. — Injurier, calomnier.

Clémens, 1840 : Médire, accuser.

un détenu, 1846 : Charger, accabler de paroles, de sottises, etc.

Larchey, 1865 : Battre, dire du mal. Vient du vieux mot béchier : frapper du bec (Du Cange).

Je suis comme je suis, c’est pas une raison pour me bêcher.

(Monselet)

Avocat bécheur : Magistrat chargé du ministère public. Il bêche le prévenu.

Delvau, 1866 : v. a. Médire et même calomnier, dans l’argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de bec à la réputation du prochain.

Rigaud, 1881 : Dire du mal. On bêche surtout ses amis. — Mot à mot : travailler quelqu’un ou quelque chose comme on travaille la terre, à coups de bêche.

Boutmy, 1883 : v. a. Dire du mal de quelqu’un ; faire des cancans sur son compte. Ce mot, dont le sens est à peu près le même que celui de « casser du sucre », n’est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette dernière expression.

Merlin, 1888 : Critiquer, médire.

Rossignol, 1901 : Abimer, vilipender quelqu’un.

Hayard, 1907 : Blaguer, débiner.

France, 1907 : Médire ; du vieux mot béchier, frapper du bec.

Dans un salon.
Cette excellente comtesse de B… est en train de s’en donner à cœur joie sur le compte de ses « bonnes amies ».
Taupin, l’interrompant de la façon la plus respectueuse :
— Après vous la bêche, s’il vous plaît ?

Bêcheur

un détenu, 1846 : Le procureur du roi, le ministère public, l’avocat du roi.

Delvau, 1866 : s. m. Le Ministère public, l’Avocat général. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Avocat chargé de soutenir l’accusation, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Le ministère public. Gascon.

Rossignol, 1901 : Celui qui bêche, Voir bêcher.

France, 1907 : Juge d’instruction ou magistrat chargé du ministère public, dans l’argot des voleurs. On dit aussi avocat bêcheur.

Belle (être de la)

France, 1907 : N’avoir rien à redouter en justice. Jouer la belle, jouer la partie décisive ; être servi de belle, être victime d’une fausse accusation ; attendre sa belle, attendre une occasion.

Bête rouge

Rigaud, 1881 : Républicain avancé, l’ancien démoc-soc, le radical de nos jours, ainsi désigné par ceux qu’il appelle des réac.

Le correspondant de l’Univers, que l’on n’accusera pas d’être une « bête rouge », écrit à son journal, etc.

(Petit Parisien, du 22 août 1877)

Bibi

Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.

Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.

Malaga portait de jolis bibis.

(Balzac)

Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.

Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.

Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.

Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »

 

J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.

Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.

(Ch. Nisard)

Merlin, 1888 : Lignard.

Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.

Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)

Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi
signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.

S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.

Blanchir

d’Hautel, 1808 : À blanchir un nègre on perd son savon. Pour dire que toutes les représentations ne font rien sur un homme incorrigible.
Tête de fou ne blanchit jamais. Parce que les fous sont exempts, dit-on, des soucis qui font blanchir les cheveux.
Blanchir quelqu’un. C’est le laver d’une accusation ; le tirer d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : C’est, en terme de journaliste, multiplier es alinéas dans un texte, ou encore revoir et corriger le texte d’un auteur :

Henri Heine ne savait pas le français grammaticalement, a écrit l’auteur des Souvenirs intimes. Il se faisait traduire par un certain Wolff, sorte de pion alsacien, et quand d’aventure il écrivait lui-même en français, il se faisait blanchir d’abord par Gérard de Nerval, puis par un employé de Buloz. — Faut-il reconnaître sous ce dédaigneux qualificatif professionnel Saint-René Taillandier ?

(Gonzague-Privat)

En argot typographique, blanchir « c’est jeter des interlignes » dans le texte.

Blanchisseur

d’Hautel, 1808 : Le peuple a coutume de dire blanchisseux ; ce qui est un barbarisme.

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui révise un manuscrit, qui le polit, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion à l’action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d’une planche rugueuse une planche lisse. Signifie aussi Avocat.

La Rue, 1894 : Avocat.

Virmaître, 1894 : Avocat. Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Couty de Lapommerais. Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement ; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que Lachaud blanchit. Lachaud était le défenseur de Lapommerais. Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Avocat, qui en effet est chargé de rendre l’accusé blanc comme neige ; homme de lettres qui revoit les manuscrits des débutants littéraires et les rend présentables au public.

Bonisseur

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui fait l’annonce, le boniment. Argot des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Pitre chargé du boniment. — Candidat à la députation en tournée électorale.

La Rue, 1894 : Discoureur. Celui qui fait le boniment dans les foires.

Hayard, 1907 : Parade de forain, beau parleur.

France, 1907 : Faiseur de boniments, menteur, avocat.

Un accusé fait de grands frais d’imagination pour convaincre le tribunal de sa prétendue innocence. — Pourquoi mentir, lui demande doucement le président, n’avez-vous pas un avocat ?

(Triboulet)

Bonisseur de la batte, témoin à décharge (batte, apocope de batterie, mensonge).

Boudiner

Delvau, 1864 : Baiser. — Se dit aussi d’une femme qui se sert d’un boudin, au lieu d’un membre viril, pour se faire jouir.

Rigaud, 1881 : Mal dessiner les extrémités, — dans le jargon des peintres.

Rigaud, 1881 : Réveillonner le jour de Noël, manger du boudin. — Le repas de boudin s’appelle le boudinage.

France, 1907 : Dessiner ou peindre sans modeler, c’est-à-dire sans accuser les lignes des membres, ce qui fait ressembler les jambes, les bras et les doigts à des boudins ; argot populaire.

Bouler

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller.

Larchey, 1865 : Aller (Vidocq). Même étymologie que Abouler.
Bouler : Battre (id., id). — Bouler, c’est rouler son combattant à terre.

Si tu dis mot, j’te boule.

(Chanson, Avignon, 1813)

Delvau, 1866 : v. a. Pousser quelqu’un brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple. S’emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d’énergiques reproches.

Delvau, 1866 : v. n. Aller, rouler, — dans le même argot [des voyous].

Rigaud, 1881 : Tromper. — Du vieux mot boule : astuce. (L. Larchey) Envoyer bouler. (V. Boulage).

Boutmy, 1883 : v. a. Refuser, mal accueillir, repousser.

La Rue, 1894 : Tromper. Refuser. Aller, rouler. Pousser. Secouer brutalement.

Virmaître, 1894 : Envoyer promener quelqu’un. Sabouler veut dire la même chose.
— Je l’ai salement saboulé ce pierrot-là (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : renvoyer, recevoir mal quelqu’un.

France, 1907 : Refuser, rebuffer ; tromper ; battre, pousser. Envoyer bouler quelqu’un, l’envoyer au diable.

Bourrade

d’Hautel, 1808 : Au propre, coups de crosse de fusil : au figuré, dureté, rebuffades, mauvais accueil, refus désobligeant.

Braie

d’Hautel, 1808 : Terme patois dont les nourrices servent pour désigner les couches des enfans.
Il est sorti de cette affaire les braies nettes. Se dit d’une personne qui s’est lavée d’une accusation ; qui s’est tirée saine et sauve d’un mauvais pas.

Cabotinage

Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.

Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.

Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.

(Petit dict. des coulisses, 1835.)

France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.

Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.

France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.

Canapé

Vidocq, 1837 : s. m. — On trouve dans le langage des voleurs, dix, vingt mots même, pour exprimer telle action répréhensible, ou tel vice honteux ; on n’en trouve pas un seul pour remplacer ceux de la langue usuelle, qui expriment des idées d’ordre ou de vertu ; aussi doit-on s’attendre à trouver, dans un livre destiné à faire connaître leurs mœurs et leur langage, des récits peu édifians. J’ai réfléchi long-temps avant de me déterminer à leur donner place dans cet ouvrage ; je craignais que quelques censeurs sévères ne m’accusassent d’avoir outragé la pudeur, mais après j’ai pensé que le vice n’était dangereux que lorsqu’on le peignait revêtu d’un élégant habit, mais que, nu, sa laideur devait faire reculer les moins délicats ; voilà pourquoi cet article et quelques autres semblables se trouveront sous les yeux du lecteur ; voilà pourquoi je n’ai pas employé des périphrases pour exprimer ma pensée ; voilà pourquoi le mot propre est toujours celui qui se trouve sous ma plume. Je laisse au lecteur le soin de m’apprendre si la méthode que j’ai adoptée est la meilleure.
Le Canapé est le rendez-vous ordinaire des pédérastes ; les Tantes (voir ce mot), s’y réunissent pour procurer à ces libertins blasés, qui appartiennent presque tous aux classes éminentes de la société, les objets qu’ils convoitent ; les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot, sont des Canapés très-dangereux. On conçoit, jusques à un certain point, que la surveillance de la police ne s’exerce sur ces lieux que d’une manière imparfaite ; mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que l’existence de certaines maisons, entièrement dévolues aux descendans des Gomorrhéens, soient tolérées ; parmi ces maisons, je dois signaler celle que tient le nommé, ou plutôt (pour conserver à cet être amphibie la qualification qu’il ou elle se donne), la nommée Cottin, rue de Grenelle Saint-Honoré, no 3 ; la police a déjà plusieurs fois fait fermer cette maison, réceptacle immonde de tout ce que Paris renferme de fangeux, et toujours elle a été rouverte ; pourquoi ? je m’adresse cette interrogation, sans pouvoir y trouver une réponse convenable ; est-ce parce que quelquefois on a pu y saisir quelques individus brouillés avec la justice ; je ne puis croire que ce soit cette considération qui ait arrêté l’autorité, on sait maintenant apprécier l’utilité de ces établissemens où les gens vicieux se rassemblent pour corrompre les honnêtes gens qu’un hasard malheureux y amène.

Larchey, 1865 : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevards sont de tristes canapés.

Delvau, 1866 : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

Rigaud, 1881 : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Élysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.

La Rue, 1894 : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.

Virmaître, 1894 : Femme copieusement douée du côté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Femme copieusement douée du côté des fesses.

Carne

Vidocq, 1837 : s. f. — Viande gâtée.

Halbert, 1849 : Charogne, mauvaise viande.

Larchey, 1865 : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière.

Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne.

Un morceau d’carne dur comme un cuir

(Wado)

Delvau, 1866 : s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple, qui a l’air de savoir que le génitif de caro est carnis. Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

Rigaud, 1881 : Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne.

Ah ! la carne ! voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.

(É. Zola)

Virmaître, 1894 : Viande dure. On dit d’un homme impitoyable :
— Il est dur connue une vieille carne.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une carne (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Viande de mauvaise qualité. Un mauvais cheval est une carne ; une méchante femme est aussi une carne.

France, 1907 : Femme de mauvaises mœurs. Allusion à carne, mauvaise viande.

Elle l’accusait de faire la fière, ne la désignait jamais que par d’ironiques et insultantes épithètes : « cette fille », « cette chipie »… aussi tressaillit-elle de joie à l’aspect cette petite carne qui s’avançait vers elle et avait l’aplomb de venir lui parler.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

France, 1907 : Mauvaise viande ; de l’italien carne, viande.

Il a vagabondé par les rues : à reluquer les pains dorés des boulangers, la belle carne des bouchers, toutes les machines qui se bouffent aux étales des restaurants, il lui venait des envies de foutre le grappin dessus…

(Père Peinard)

anon., 1907 : Cheval.

Casserolage

Rigaud, 1881 : Accusation nouvelle, — dans l’ancien argot des voleurs. — Dénonciation, — dans l’argot moderne.

France, 1907 : Dénonciation.

Chat

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.

Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.

(Ces Dames, 1860)

Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.

Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.

Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.

France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.

France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.

France, 1907 : Guichetier d’une geôle.

France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :

 Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
 Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
 Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
 Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !

Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.

Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.

— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !

(Gil Blas)

Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.

Chère

d’Hautel, 1808 : Faire chère lie. Se divertir, faire chère fine, faire bonne chère.
Il n’y a chère que de vilain, quand il traite tout y va. C’est-à-dire que quand les avaricieux se mettent en dépense, ils ne ménagent rien.
Il ne sait quelle chère lui faire. Pour il ne sait quel accueil, quelle réception lui faire.
Un cher, ou une chère épice. Marchand ou marchande qui surfait sa marchandise, qui vend à un prix exorbitant.
Chère de commissaire. Repas étendu et recherché, ou l’on sert viande et poisson.

Chic

Larchey, 1865 : Élégance.

Vous serez ficelé dans le chic.

(Montépin)

L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.

(Noriac)

À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.

Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.

(Th. Gautier, 1838)

Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.

C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.

(La Bédollière)

Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.

C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.

(P. Féval)

Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.

Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.

La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.

Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chien de cour

France, 1907 : « Le maître d’études… Qui ne s’est accusé d’injustice en se rappelant les épithétes plus ou moins injurieuses dont il avait gratifié cet argus impitoyable, depuis l’antique dénomination de chien de cour, jusqu’à la moderne expression de pion ? »

(Eugène Nyon, Le Maître d’études)

L’écolier ne sait pas user, il ne sait qu’abuser ; aussi il arrive ordinairement que le pion aigri fait succéder une rigueur inusitée à son humeur débonnaire : il devient chien.

(Henri Rolland, L’Écolier)

Chiens à fouetter (avoir d’autres)

France, 1907 : Avoir chose plus importante à faire, des préoccupations plus graves.

La Claudia — ayant vécu comme lui de la vie des rues — avait une sympathie instinctive pour le gamin, étant, comme lui, un oiseau de hasard.
Il est vrai qu’elle ne l’avait pas très bien accueilli à son arrivée. Mais elle avait, comme on dit, bien d’autres chiens à fouetter avant d’être aimable.

(Jules Lermina, Le Gamin de Paris)

Chopiner

d’Hautel, 1808 : Boire chopine à chopine, faire débauche de vin.

Delvau, 1866 : v. n. Hanter les cabarets, — dans l’argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux, hantent les cafés. Chopiner théologalement, dit Rabelais.

France, 1907 : Courir les cabarets, avaler des chopines. La chopine est une ancienne mesure contenant un demi-litre ; du bas latin copina, coupe.

On juge un affreux ivrogne.
— Messieurs les jurés, dit l’avocat en concluant, vous acquitterez cet homme, qui a agi entraîné par la passion…
L’accusé, dans sa barbe : Oui, et en chopinant six litrons.

France, 1907 : Voler.

Cire (vol à la)

Rigaud, 1881 : Ce vol était cultivé avec un certain succès dans les restaurants de premier ordre, avant l’invention du ruolz. Un voleur s’attablait, escamotait un ou deux couverts d’argent, les collait sous la table au moyen d’un emplâtre de poix ou de cire, et un compère était chargé de vernir les recueillir. Depuis, le même procédé s’est renouvelé, avec une variante, dans les établissements où le ruolz n’avait pas encore remplacé l’argenterie. Les filous se chargeaient de la substitution. Aujourd’hui que tous les restaurants emploient le ruolz, ces aimables industriels ont dû chercher autre chose. Ils n’ont pas été loin. Ils emportent le ruolz.

France, 1907 : Ce genre de vol est maintenant rare depuis que, dans les restaurants les plus luxueux, le ruolz a remplacé l’argenterie. Le voleur procédait ainsi : il plaquait sous la table où on le servait le plat d’argent préalablement enduit de cire, puis s’en allait. Si l’on remarquait la disparition de l’objet et qu’on l’accusât, il s’indignait, demandait à être fouillé et finalement recevait les excuses du patron. Bientôt après, un compère s’asseyait à la même table et décollait l’objet.

Clou

d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet.
Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.

Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.

Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.

(Luchet)

Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.

Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.

(Noriac)

Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.

Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.

Vous y êtes pour deux jours de clou.

(Randon, Croquis militaires)

Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.

Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.

(Figaro du 6 juillet 1878)

Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.

La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.

Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.

France, 1907 : Baïonnette.

France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »

France, 1907 : Mont-de-piété.

France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.

Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.

Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.

(Gil Blas)

Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.

(Jacques Redelsperger)

France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.

Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —

Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.

(Chanson de caserne)

Collé (être)

Delvau, 1866 : Ne plus savoir quoi répondre ; être interdit, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Vivre maritalement avec une femme sans avoir passé par la mairie (Argot du peuple).

France, 1907 : Rester interdit ou être pris sur le fait.

Un des mérites les plus saillants de l’écolier, c’est l’effronterie : au moyen de cette précieuse qualité, il dément sans rougir une accusation, lors même qu’il est collé en flagrant délit : « Vous causez, monsieur ! » Il interrompt la phrase commencée avec son voisin et répond avec énergie un non où l’expression d’un étonnement hypocrite se mêle à l’accent de l’innocence injustement soupçonnée.

(Henri Rolland, L’Écolier)

Se dit aussi de l’union libre appelée collage.

— Enfin, madame, elle ne vaut pas mieux que les autres, vous êtes bien forcée d’en convenir ! Pas plus tard qu’hier, on me racontait qu’elle est collée avec un vieux.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Comtois

un détenu, 1846 : Feinte. Battre comtois, faire semblant, singer, etc.

Larchey, 1865 : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — V. Battre.

Sans doute qu’elle bat comtois.

(Decourcelle)

La Rue, 1894 : Compère. Niais. Scène feinte. Mensonge.

Rossignol, 1901 : Voir Battre comtois ou Chiquer contre.

Hayard, 1907 : Compère.

France, 1907 : Boniment.

— Ni comme moi, reprend un collègue : je n’ai pas mon pareil, je m’en flatte, pour débiter un comtois. Je suis sûr de mon effet ; les badauds m’achètent tout ce que je veux.

(Louis Barron, Paris Étrange)

France, 1907 : Compère.

Des tonnerres de bravos accueillirent la victoire du comtois. En une seconde, l’arène fut pleine d’oranges, de cigares et de fleurs.
— T’auras du moins d’quoi fumer ! dit le jongleur de poids, en aidant l’Italien à ramasser cette moisson. Mais, pour ta soupe, je crois qu’tu feras bien de la chercher ailleurs.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Coqueur

Vidocq, 1837 : Celui qui donne des affaires à la police.

Clémens, 1840 : Mouchard non salarié.

M.D., 1844 : Celui qui, quoique voleur, en fait arrêter d’autres.

un détenu, 1846 : Révélateur.

Larchey, 1865 : « Le coqueur vient dénoncer les projets de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s’appelle coquage. La musique est une réunion de coqueurs (musiciens). » — Canler.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur.

Rigaud, 1881 : Dénonciateur qui, à chaque dénonciation, touche une prime à la préfecture de police. — Le coqueur qui est compagnon de prison d’un accusé s’appelle mouton ou musicien. Son rôle consiste à capter la confiance des accusés dont la justice attend des révélations. Les variantes sont : Coq et coquin.

La Rue, 1894 : Dénonciateur. On dit aussi mouton. Coquage, dénonciation.

France, 1907 : Dénonciateur, individu vendu à la police. Il peut être en liberté ou en prison ; dans ce dernier cas, où l’appelle mouton ou musicien.

Le coqueur, ou compère de voleur, est un être méprisable, mais utile à la police pour prévenir le crime ou saisir les malfaiteurs en flagrant délit. Il se recruté habituellement : 1o parmi les repris de justice auxquels la réclusion a donné à réfléchir ; 2o dans les vagabonds ou gens sans aveu, chez qui la paresse, régnant en souveraine, rejette bien loin toute idée de travail, et surtout le labeur assidu du véritable ouvrier ; 3o parmi les êtres ignobles qui, dépouillant toute dignité personnelle, vivent aux dépens de la prostitution des filles publiques ; 4o parmi les bohémiens qui, sur les places et aux barrières, exercent le métier de banquistes et de saltimbanques.

(Mémoires de Canler)

Coua

France, 1907 : Prêtre, moine, frère ignorantin. Allusion aux cris du corbeau par lesquels ils sont parfois accueillis par la jeunesse irrévérencieuse.

Coup de cachet

Fustier, 1889 : « Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola… a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival… en imprimant à son arme, s’il en faut croire l’acte d’accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C’est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet. »

(L. Chapron)

Crosse

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Heure. Voilà cinq crosses et une mèche qui plombent, voilà cinq heures et demie qui sonnent.

Larchey, 1865 : Ministère public (Vidocq). — Il frappe (crosse) les accusés.

Delvau, 1866 : s. f. Avocat général, ministère public, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Crosseur.

La Rue, 1894 : Receleur. Le ministère public.

Crosse, crosseur

Rigaud, 1881 : Ministère public. — Sonneur de cloches.

Hayard, 1907 : Avocat général.

France, 1907 : Avocat général, accusateur public. Crosser, médire, tourmenter.

Crosseur

Vidocq, 1837 : s. m. — Sonneur.

Clémens, 1840 : Celui qui n’approuve pas les mauvaises actions.

un détenu, 1846 : Récalcitrant.

Delvau, 1866 : s. m. Sonneur de cloches.

Virmaître, 1894 : L’avocat général (Argot des voleurs). V. Bêcheur.

Rossignol, 1901 : Avocat général ; ministère public qui crosse sur l’accusé qu’il veut faire condamner.

France, 1907 : Sonneur de cloches.

Cul (être à)

Rigaud, 1881 : Être ruiné. C’est-à-dire être à cul nu. L’expression est vieille. Signifiait primitivement être à bout d’arguments. D’après La Monnoye, l’expression dérive d’acculer, coller contre le mur, le cul contre le mur.

Il tint contre tous les régents et orateurs et les mit de cul.

(Rabelais, livre II.)

De nihilo nihil

France, 1907 : « De rien ne vient rien. » Dicton tiré d’un hémistiche d’une satire du poète latin Flaccus Persius, dont, avec notre manie d’estropier les noms propres, nous avons fait Perse.

Dévidage

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours.

Larchey, 1865 : Discours aussi long que le dévidage d’un écheveau.

Delvau, 1866 : s. m. Long discours, bavardage interminable, — dans l’argot des voleurs. Dévidage à l’estorgue. Accusation.

Rigaud, 1881 : Long discours.

Rigaud, 1881 : Promenade dans le préau d’une prison. (L. Larchey)

Hayard, 1907 : Bavardage.

France, 1907 : Discours interminable, bavardage incessant. Allusion à un écheveau que l’on dévide.

France, 1907 : Promenade dans le préau d’une prison.

Dévidage à l’estorgue

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation.

Larchey, 1865 : Acte d’accusation.

Rigaud, 1881 : Mensonge. — Acte d’accusation.

Virmaître, 1894 : Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier. Dévider : parler : à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs). Dévider : promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.

France, 1907 : Accusation, mensonge.

Dévider

Larchey, 1865 : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder. Dévider à l’estorgue. Mentir. Dévider le jar. Parler argot. On dit aussi Entraver le jar.

Rigaud, 1881 : Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.

La Rue, 1894 : Parler. Dévidage à l’estorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.

Rossignol, 1901 : Parler.

France, 1907 : Parler, mentir. Dévider le jars, parler argot.

Les mots rigolbocheurs, épars
De tout côtés dans le langage,
Attrape-les pour ton usage,
Et crûment dévide le jars.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Dévider son chapelet, commérer, bavarder sans relâche en disant du mal du prochain. Dévider une retentissante, casser une sonnette. Dévider son peloton, parler sans prendre haleine, faire une confession.

Donner de l’air (se)

Bras-de-Fer, 1829 : Se sauver.

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

La Rue, 1894 : Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

France, 1907 : S’enfuir.

Elle partit à pied pour Périgueux, à 120 kilomètres de Bordeaux, sans argent et sans s’inquiéter de ses effets. Il était sept heures du soir, elle arriva à minuit à Libourne et se présenta à la gare de chemin de fer. Un employé lui fournit un lit. Le lendemain, elle mit son châle « en plan » pour cinq francs. Elle partit de Libourne dans la soirée avec un commis-voyageur. Le cinquième jour, elle était de retour crottée, harassée, affamée, et se faisait enrôler dans une autre maison. Elle s’était donné de l’air.

(Dr Jeannel, La Prostitution au XXe siècle)

Donner sur le biffeton

Rigaud, 1881 : Lire l’acte d’accusation et dévoiler les antécédents de l’accusé.

France, 1907 : Lire l’acte d’accusation.

Donner un redoublement de fièvre

Delvau, 1866 : v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d’un accusé, — dans le même argot [des voleurs].

France, 1907 : Charger un accusé d’un nouveau délit.

Écorné

Delvau, 1866 : adj. et s. Voleur sur la sellette.

Rigaud, 1881 : Accusé qui comparaît devant le tribunal. L’accusé semble déjà être en mauvais état.

France, 1907 : Inculpé.

Écorné, -ée

Vidocq, 1837 : s. — Accusé, -ée sur la sellette.

Écorneur

Vidocq, 1837 : s. m. — Avocat du roi.

Rigaud, 1881 : Avocat chargé de soutenir l’accusation.

La Rue, 1894 : Le ministère public.

France, 1907 : Avocat général.

Employé dans les eaux grasses

Merlin, 1888 : Employé des ordinaires et tout autre comptable qu’on semble ainsi accuser de pécher en eau trouble.

France, 1907 : Commis militaire.

En avoir

France, 1907 : Avoir le pubis garni.

— En v’là assez, elle en a !
Une clameur accueillit cette affirmation. Il l’avait donc vue, il avait couché avec ? Mais il s’en défendit formellement, en se tapant sur la poitrine. On peut bien voir sans toucher. Il s’était arrangé pour ça, un jour que l’idée d’éclaircir la chose le tourmentait. Comment ? ça ne regardait personne.
— Elle en a, parole d’honneur !

(É. Zola, La Terre)

Enfonceur

d’Hautel, 1808 : Enfonceur de portes ouvertes. Hâbleur, fanfaron qui se vante de choses qu’il n’a pas faites, et qu’il est même incapable de faire.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent d’affaires, payeur de rentes, etc. On peut fort bien ne pas être partisan des privilèges, et cependant s’élever contre les abus qui résultent presque toujours d’une trop grande liberté. Il serait injuste sans doute de mettre des entraves au libre exercice de telle ou telle industrie ; mais, je crois que dans l’intérêt de la sécurité publique, on pourrait sans inconvénient en soumettre la pratique à certaines conditions.
Chacun, aujourd’hui, peut, sans contrôle, s’établir agent d’affaire ou receveur de rentes, aussi une foule d’individus, qui ne sont ni capables, ni moraux, ni solvables, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont logés en garni, ont ouvert boutique, et se sont mis à faire les affaires de leurs concitoyens. L’incapacité notoire de ces individus cause quelquefois à leurs cliens un préjudice considérable ; mais cet inconvénient, tout grave qu’il est, est le moindre. Presque tous les agents d’affaires, receveurs de rentes sont d’insignes fripons ; je ne crains pas de m’exprimer ainsi, l’expérience a malheureusement prouvé ce que j’avance ; et au moment où j’écris, j’ai entre les mains un grand nombre de dossiers contre plusieurs agens d’affaires qui sont disparus furtivement de leur domicile, en enlevant à leurs cliens des sommes assez considérables.
Pour remédier aux maux que je signale, il faudrait que ceux qui se présentent pour exercer la profession d’agens d’affaires fussent forcés de se soumettre à un examen propre à donner la mesure de leur capacité, et tenus de déposer à la Caisse des Consignations un cautionnement proportionné à la classe à laquelle ils voudraient appartenir, et au loyer du local occupé par eux. Cette mesure ne déplairait qu’aux fripons ; ceux qui exercent leur profession avec loyauté et intelligence l’accueilleraient, au contraire, avec un vif plaisir. (Voir Ogre.)

Larchey, 1865 : Agent d’affaires, faiseur (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d’affaires véreuses.

Rigaud, 1881 : Faiseur. (Vidocq.) — Critique violent. — Enfonceur de portes ouvertes. Celui qui fait plus de bruit que de besogne. — Homme qui cherche à faire croire qu’il a inauguré les faveurs d’une femme, et qui, en réalité, n’a été admis que bien longtemps après l’inauguration.

La Rue, 1894 : Faiseur. Escroc.

Virmaître, 1894 : Banquier qui promet 50 % par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la grenouille à l’étranger (Argot du peuple).

France, 1907 : Trompeur, homme d’affaires véreuses.

Toute la bande, voleurs et recéleur, fut écrouée à la Force dans l’expectation du jugement.
Là ils ne tardèrent pas à apprendre que le camarade qui avait joué le personnage de Vidocq enfoncé était Vidocq l’enfonceur.
Grande fut leur surprise ; comme ils durent s’en vouloir de s’être enferrés d’eux-mêmes avec un comédien aussi fort !

(Marc Mario et Louis Launay)

Enjuponné

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Magistrat ou prêtre.

Qui dit accusé, dit condamné, — grâce à la racaille des marchands d’Injustice : turellement, ceci ne s’adresse qu’aux pauvres bougres, car chacun sait que les enjuponnés n’ont pas l’habitude de condamner les richards.

(Père Peinard)

Estourbir

Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel (Roquefort).

En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L’homme que l’on tue au moment où il s’y attend le moins doit être en effet estourbillormé. Signifie aussi Mourir.

Rigaud, 1881 : Étourdir ; assommer à coups de poing, à coups de bâton.

La Rue, 1894 : Tuer.

Virmaître, 1894 : Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Tuer, éteindre une vie ou une chandelle.

Nuitamment, il s’était introduit chez elle sous prétexte de lui procurer la Liste officielle et complète des numéros gagnants des Bons de l’Exposition — et v’lan ! il l’avait estourbie avec un os de gigot.

(George Auriol)

— Allons, amis ! courage ! Empoignez-le, estourbissez-le et qu’il n’en soit plus parlé.

(Marc Mario et Louis Launay)

— Accusé, dit le président, avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
L’accusé, qui a assassiné, à la fois, sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur : Une seule, mon juge, c’est que c’est la première fois que ça m’arrive d’estourbir des femelles : j’espère que vous m’en tiendrez compte et que vous m’appliquerez la loi Bérenger.

Éteignoir

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où vient en effet s’éteindre, en fondant, la chandelle de l’homme.

La chandelle était trop petite,
Ou l’éteignoir était trop grand.

(Émile Debraux)

Nous allâmes rire chez moi de cette tragi-comédie et éteindre dans nos voluptueux ébats, les feux dont ce spectacle lascif venait de nous embraser.

(Félicia)

Il avait éteint sa chandelle par deux fois.

(Noël du Fail)

Larchey, 1865 : Nez aussi gros qu’un éteignoir.

Ah ! Quel nez ! Rien que de l’apercevoir, On s’dit : Dieu ! quel éteignoir !

(Guinod 1839)

V. Piston.

Larchey, 1865 : Personne assez maussade pour éteindre la gaîté de ses voisins.

Rigaud, 1881 : Préfecture de police ; Palais de Justice ; double allusion aux tours de la Conciergerie terminées en forme d’éteignoir, et à la situation de l’accusé qui est éteint, qui est enlevé à la clarté du jour.

Virmaître, 1894 : Cafard qui éteint l’intelligence des enfants qu’il est chargé d’instruire. Éteignoir : individu morose qui éteint toute gaieté dans une réunion. Éteignoir : nez monumental.
— Dérange donc ton nez que je voie la tour Eiffel (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Nez.

France, 1907 : Large et grand nez.

France, 1907 : Préfecture de police.

Être à la chancellerie

Delvau, 1866 : Être pris de façon à ne pouvoir se défendre, — dans l’argot des lutteurs français et anglais.

France, 1907 : Être acculé ou saisi de telle sorte qu’on ne peut plus se défendre, dans l’argot des lutteurs.

Être en délicatesse avec quelqu’un

Delvau, 1866 : Être presque brouillé avec lui ; l’accueillir avec froideur, — dans l’argot des bourgeois.

Eustache

d’Hautel, 1808 : Un eustache. On donne ce nom à une espèce particulière de couteau dont se servent les gens de la plus basse condition.
Eustache pot à l’eau. Dénomination baroque et insultante que l’on donne par mépris à quelqu’un dont on a oublié le nom.

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot du peuple, qui dit aussi : Ustache.

La Rue, 1894 : Couteau.

Virmaître, 1894 : Couteau (Argot du peuple). V. Lingre.

Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Couteau.

  — Voici l’eustache de mon père :
  Tu vas le mettre à ton côté.
 
Ils passaient pour querelleurs et pillards, robant le gibier au bois et les poules aux censes, maraudant de nuit dans les campagnes, l’eustache toujours aux doigts pour se défendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Ses bains de pieds étant célèbres dans son parti, et ils le firent suspecter de modérantisme à plusieurs reprises. Pendant la Commune, le bruit courut qu’il avait un pédicure, et il dut se disculper de l’accusation. Comme Phryné devant l’aéropage, il ôta ses souliers, montra ses cors et les tailla lui-même, avec un eustache à treize, en présence de ses farouches collègues de l’Hôtel de Ville ! Cette épreuve rétablit son crédit ébranlé, et elle lui rendit la confiance du peuple.

(Émile Bergerat)

Fagot

d’Hautel, 1808 : C’est un fagot d’épine, se dit d’une personne qui a l’humeur revêche et acariâtre, que l’on ne sait comment aborder.
Débiter, dire des fagots. Dire des fariboles, des bourdes, des mensonges.
Un philosophe conversant un jour avec une femme de beaucoup d’esprit qui ne partageoit pas ses opinions, et à laquelle néanmoins il vantoit les hauts faits de la philosophie, en s’exprimant ainsi : Nous autres philosophes, nous avons abattu des forêts de préjugés ; la dame ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et, répliqua aussitôt C’est donc pour cela que vous nous débitez tant de fagots.
On dit d’un ami que l’on veut régaler, qu’on lui fera boire une bouteille de vin de derrière les fagots.
Il y la fagots et fagots.
Pour il y a mensonges et mensonges.
Il y a bien de la différence entre une femme et un fagot. Se dit en parlant de deux choses très différentes par leur nature.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat.

Clémens, 1840 : Forçat.

un détenu, 1846 : Forçat libéré.

Halbert, 1849 : Forçat.

Larchey, 1865 : Ancien forçat.

Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot

(V. Hugo)

Larchey, 1865 : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de l’École des eaux et forêts, — dans l’argot des Polytechniciens.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat, — Homme qui est lié à un autre homme : en liberté, par une complicité de sentiments mauvais ; au bagne, par des manicles. Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Fagot affranchi. Forçat libéré.

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu’on fait du bois mort.

Rigaud, 1881 : Vieillard. — Forçat. (Vidocq, F. Michel, Colombey.) — Ancien forçat. (V. Hugo, L. Larchey.) — Élève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.

La Rue, 1894 : Vieillard. Forçat. Camarade. Homme mené en prison.

Rossignol, 1901 : Forçat.

Hayard, 1907 : Récidiviste.

France, 1907 : Camarade.

— Où est-il ton fagot, que je le remouche.

(Vidocq)

France, 1907 : Élève de l’École forestière de Nancy.

Chaque année, le lundi de Pâques, les X reçoivent les fagots, alors à Paris, dans un restaurant du boulevard. En février, les X sont reçus à Nancy. Les deux écoles fraternisent ainsi deux fois par an.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Forçat, transporté où simplement homme conduit en prison ; on le lie ou on l’attache comme un fagot.

Mes pauvres diables de soldats en sont parfois réduits à se procurer une marmite de soupe à la cuisine de la transportation. Elle est très bonne, cette soupe, et embaume tout le camp. Il faut vous dire que les fagots — c’est le nom familier des transportés — possèdent un jardin immense et le moyen de lui faire beaucoup produire. On les soigne, du reste ; ils sont mieux nourris, plus intelligemment habillés et plus payés que les troupiers. Ajoutez qu’ils ne font rien ; on feint de les conduire au travail et ils ne feignent même pas de travailler.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

On y assommait à coups de chaînes trois condamnés : l’ex-commissaire des guerres Lemière, l’ex-officier d’état-major Simon et un voleur nommé le Petit Matelot, que l’on accusait d’avoir trahi ses camarades par des révélations et d’avoir fait manquer des complots de prison.
Celui qui les avait signalés à la vengeance des fagots était un jeune homme dont la rencontre eût été une bonne fortune pour un peintre ou pour un acteur.
On l’appelait à Bicêtre Mademoiselle.
Ce sobriquet est assez significatif.
Mademoiselle était un de ces monstres qui trouvent au bagne un théâtre digne de leurs dégoûtantes voluptés.

(Marc Mario et Louis Launay)

Fagot affranchi, forçat libéré ; fagot à perte de vue, condamné aux travaux forcés à perpétuité.

— On a beau être un vieux fagot affranchi, on sait ce qu’on doit au sexe et à l’innocence… moi d’abord j’ai toujours été le champion des dames ! Ah ! mais oui ! Et ça ne m’a pas fait tort, puisque, après avoir tiré dix berges, j’ai obtenu ma grâce, quoique fagot à perte de vue…

(Hector France, La Mort du Czar)

Fagot en campe, échappé du bagne.

France, 1907 : Vieillard.

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Faire à l’oseille (la)

Delvau, 1866 : v. a. Jouer un tour désagréable à quelqu’un, — dans l’argot des vaudevillistes. L’expression sort d’une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n’a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l’oseille, où il y avait souvent plus d’oseille que d’œufs. Un jour elle servit une omelette… sans œufs. — « Ah ! cette fois, tu nous la fais trop à l’oseille, » s’écria un cabotin. Le mot circula dans l’établissement, puis dans le quartier ; il est aujourd’hui dans la circulation générale.

Rigaud, 1881 : Faire une plaisanterie de mauvais goût, une mauvaise charge, se moquer de quelqu’un.

D’abord les pions sont en vacances, et s’ils ne sont pas contents, on la leur fait à l’oseille.

(Bertall, Les Courses de la saison)

D’après M. Jules Richard (Journal l’Époque, 1866, cité par M. L. Larchey), cette expression aurait vu le jour dans un gargot du boulevard du Temple, à la suite d’une contestation culinaire entre la patronne et un client. Ce dernier ne trouvant pas assez verte une omelette aux fines herbes, la nymphe du gargot s’écria : « Fallait-il pas vous la faire à l’oseille ? » Sans compter qu’il faut accueillir avec beaucoup de réserve les étymologies anecdotiques, l’expression « la faire à l’oseille » ne ferait-elle pas plutôt allusion à l’acidité de l’oseille qui, pour beaucoup de personnes, n’a rien d’agréable au goût.

France, 1907 : Jouer un tour désagréable à quelqu’un.
D’après Alfred Delvau, qui fait remonter cette expression à environ 1861, elle sortirait « d’une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple… La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l’oseille où il y avait souvent plus d’oseille que d’œufs. Un jour, elle servit une omelette sans œufs : « Ah ! cette fois, tu nous la fais trop à l’oseille ! » s’écria un cabotin. Le mot circula dans l’établissement, puis dans le quartier : il est aujourd’hui dans la circulation générale. »
Charles Virmaître, dans son Dictionnaire d’argot fin de siècle, fait remonter cette expression à plus de cinquante ans, en donnant une variante à son origine :

Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville était, vers 1850, un chansonnier en vogue. Il avait été « sauvage » au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet :il mangeait dans la gargote citée par Delvau. La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un jour, après déjeuner, il composa une chanson intitulée : Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’« homme à la vessie », la chantait encore en 1848, place de la Bastille. En voici un couplet :

Comme papa j’suis resté garçon,
Pour bonne j’ai pris Gervaise,
Elle est maîtresse à la maison ;
Je la trouve mauvaise
De la cave au grenier
La danse du panier
Que c’est une merveille.
Elle mange à son goût
Mes meilleurs ragoûts…
Vous me la faites à l’oseille.

Faire sa toilette

Delvau, 1864 : Se laver après le coït, le cul lorsqu’on est femme, la queue quand on est homme, pour éviter les dangers qui résulteraient infailliblement d’une accumulation de sperme — et par amour de propreté, lorsqu’on s’est habitué dès l’enfance à être propre.

N’entre pas, mon chéri ; attends que j’aie fini ma toilette.

(Lemercier de Neuville)

Fargue

Vidocq, 1837 : s. f. — Charge.

Larchey, 1865 : Charge. — Farguer : Charger. V. Escracher. — Fargueur : Témoin à charge.

Delvau, 1866 : s. f. Charge, poids, — dans l’argot des voleurs, qui doivent avoir emprunté cette expression aux marins.

Rigaud, 1881 : Charge contre un accusé. — Farguement, témoignage à charge. — Rougeur causée par la honte.

La Rue, 1894 : Charge contre un accusé.

France, 1907 : Charge.

Farguer

Ansiaume, 1821 : Charger.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Devenir rouge.

Vidocq, 1837 : v. a. — Charger.

un détenu, 1846 : Rougir, rouge qui monte au front.

Halbert, 1849 : Rougir.

Delvau, 1866 : v. a. Charger. Signifie aussi Rougir.

Rigaud, 1881 : Rougir. — Charger devant la justice. Fargueur, témoin à charge.

La Rue, 1894 : Rougir. Charger devant la justice. Avouer.

Virmaître, 1894 : Rougir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Charger. Un témoin à charge qui dépose contre un voleur le fargue. Un voleur est fargué par son complice lorsque celui-ci l’accuse. Le ministère public fargue un accusé, et l’accusé fargue (rougit) en entendant ce dont en l’accuse.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Rougir.

France, 1907 : Charger.

— Comme tu as l’air effrayé  !
— On le serait à moins, je viens de manquer d’être enflaqué sur le boulevard du Temple.
— Enflaqué ! et pourquoi ?
— Pourquoi ? tiens, avance, vois-tu les amis et les baluchons ?
— Tu m’en diras tant ! si vous êtes fargués de camelotte grinchie…

(Marc Mario et Louis Launay)

France, 1907 : Faire des aveux.

Femme de César ne doit pas même être soupçonnée (La)

France, 1907 : Il est certaine position sociale où l’ombre même du soupçon serait un déshonneur.
Pompéia, femme de César, avait un amant, Claudius. Brûlant de se trouver avec lui, elle choisit, avec cette audace de la femme passionnée, le temps des fêtes de Cérès. C’était en sa propre maison, en compagnie des vestales et de plusieurs patriciennes qu’elle les célébrait. On sait qu’à ses fêtes les hommes n’étaient pas admis, et le scrupule des dévotes était poussé si loin qu’elles couvrent d’un voile jusqu’au portrait de l’époux, les statues ou bustes des héros et les figures même des animaux mâles. Le mari donc n’était pas à craindre ; aussi l’amant déguisé en joueuse d’instrument pénétra hardiment dans le palais. Mais la mère de César, vigilante matrone et terrible belle-mère, soucieuse de l’honneur de son fils, aposta une de ses servantes pour surveiller sa bru, et Claudius fut reconnu au moment où, tout palpitant d’amour, il se cachait dans une des chambres de Pompéia. Elle poussa de grands cris, et les vestales et les patriciennes se jetèrent furieuses sur le sacrilège imprudent, le déchirèrent de leurs ongles et le chassèrent de la maison.
Il y eut un grand scandale, Claudius, accusé d’avoir voulu pénétrer les mystères de la Bonne déesse, fut mis en jugement, et il y avait peine de mort. Sa réputation était détestable et tous les honnêtes gens dont il avait séduit les femmes vinrent à l’envi déposer contre lui. César, qui, à la suite de l’esclandre, s’était hâté de répudier Pompéia, vint à son tour et, au grand étonnement de tous, refusa de déposer contre Claudius, affirmant qu’il ne savait rien.
— Alors pourquoi avez-vous répudié votre femme ? lui objecta-t-on.
— Parce que, répliqua-t-il, la femme de César doit non seulement être exempte de toute souillure, mais même de tout soupçon.
M. C. de Méry, qui raconte cette anecdote, ajoute :

Les bons maris ne savent jamais rien,
Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.

Femme facile

Delvau, 1864 : Femme qui accueille volontiers les propositions libertines des hommes.

Fétoyer

d’Hautel, 1808 : Fétoyer ses amis. Leur faire un bon accueil, les bien traiter.

Fièvre cérébrale

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.

Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.

Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Condamnation à mort.

Flûte

d’Hautel, 1808 : Arranger ses flûtes. Prendre ses mesures, se disposer pour faire quelque chose.
Il est monté sur deux grandes flûtes. Manière ironique de dire que quelqu’un a des jambes longues et maigres ; qu’il est mal bâti, mal tourné.
On dit de deux personnes qui se détestent mutuellement, que leurs flûtes ne s’accordent pas ensemble.
Il y a de l’ordure à ses flûtes.
Pour dire qu’un homme est coupable de ce dont on l’accuse.
Juste et carré comme une flûte. Voy. Carré.
Il a toujours la flûte au derrière. Manière plaisante de dire qu’un homme prend souvent des lavemens, qu’il est toujours dans les drogues.
Il en revient toujours à Robin ses flûtes. C’est à dire, au sujet qui l’intéresse.
Ce qui vient par la flûte, retourne au tambour. Pour dire que le bien mal acquis ne profite jamais.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. f. L’instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac, — dans l’argot du peuple, Tulou médiocre. Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.

Fustier, 1889 : Verre de bière.

France, 1907 : Bouteille de vin, canon.

France, 1907 : Seringue ; d’où flûtiste ou joueur de flûte, infirmier.

Formes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme. Dessiner ses formes. Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.

Four chaud

Vidocq, 1837 : La question. Une des maximes de l’ancienne magistrature était de ne condamner un accusé à la mort que sur ses propres aveux, qui devaient, dans tous les cas, venir corroborer les déclarations des témoins. Mais pour lui arracher ces aveux, qui devaient tranquilliser leur conscience, les juges ne reculaient devant aucuns moyens, et presque toujours la question ordinaire et extraordinaire était appliquée à l’accusé contre lequel s’élevaient quelques présomptions. Louis XVI signala son avènement au trône par plusieurs actes de haute justice dont l’histoire lui tiendra compte, et notamment par l’abolition de cette mesure cruelle.
Il ne fit en cela que céder aux cris de l’indignation publique qui, depuis déjà long-temps, s’était élevé contre cet usage barbare.
L’expérience, au reste, avait démontré l’inefficacité et l’inutilité de la question ; on avait acquis la certitude que des innocens, vaincus par les tourmens, avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pas commis, et que des coupables, au contraire, grâce à la force de leur constitution, avaient été acquittés après avoir supporté la question ordinaire et extraordinaire. Il ne faut, pour acquérir la preuve de ce que j’avance ici, que feuilleter le recueil des Causes Célèbres.
La question était venue remplacer en France les duels judiciaires, qui eux-mêmes avaient été précédés par les épreuves que l’on nommait jugemens de Dieu. Ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas parfaitement les anciens usages de la France, ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques détails sur la manière dont se rendait autrefois la justice.
Les ecclésiastiques qui tenaient des fiefs à titres féodaux, et qui, par conséquent, possédaient sur leurs terres, comme tous les tenanciers du roi, le droit de haute et basse justice, mirent les premiers les épreuves en usage. L’accusé qui n’avait pas cessé de protester de son innocence y était soumis sur sa demande. Il y en avait de plusieurs sortes, mais les plus usitées étaient les épreuves de l’eau et du feu. Dans le premier cas, on liait l’accusé de manière à ne point lui laisser la liberté de faire un seul mouvement, et dans cet état il était jeté dans une vaste cuve pleine d’eau, s’il allait au fond il était déclaré coupable, si, au contraire, il surnageait, personne ne songeait à douter de son innocence. Dans le second, il devait, pour donner la preuve de son innocence, tenir entre ses mains, durant un certain temps, et sans en être brûlé, une barre de fer rougie au feu. On conçoit tout ce que ces épreuves avaient d’incertain, aussi elles ne furent pas long-temps en usage et furent remplacées par les duels judiciaires. Celui qui accusait ou qui était accusé pouvait demander à prouver par le combat la vérité de son accusation ou de sa défense. L’histoire fait mention d’un grand nombre de combats de ce genre, parmi lesquels on cite celui de Jarnac contre La Chataigneraye, qui a donné naissance à un proverbe, et celui du chien d’Aubry de Montdidier contre le chevalier Macaire.
Je me suis un peu éloigné du sujet principal de cet article, auquel je me hâte de revenir. J’ai dit que lorsque la question fut abolie, l’expérience avait prouvé depuis long-temps son inutilité et son inefficacité, et que pour acquérir la preuve de ce que j’avançais, il ne fallait que feuilleter le recueil des Causes Célèbres, on y verrait en effet que la question n’arracha pas un aveu à la plupart des grands criminels qui y furent soumis, et que des accidens imprévus amenèrent seuls leur condamnation. Que l’on me permette de citer à l’appui de ce que j’avance, un fait encore récent, et dont j’ai été témoin oculaire et auriculaire.
En l’an V de la république, il y avait au bagne de Brest, salle Saint-Antoine, un Breton surnommé le Rifodé, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour de justice de Nantes ; cet homme avait fait partie d’une troupe de voleurs et d’assassins de grande route, et si ses aveux étaient venus corroborer les charges qui s’élevaient contre lui, il aurait été rompu vif ; mais il avait supporté avec une constance inaltérable la question ordinaire et extraordinaire, de sorte que les magistrats, quoique bien convaincus de sa culpabilité (que du reste il ne cherchait pas à mettre en doute lorsque je le vis, puisqu’il montrait avec une sorte d’orgueil ses membres mutilés et brûlés, et sa poitrine que l’eau, en tombant d’une grande hauteur, avait creusée) n’avaient pu le condamner au supplice de la roue ainsi que ses complices. Le Rifodé assurait que deux personnes compromises dans son affaire, et qui, moins vigoureuses que lui, avaient avoué tout ce qu’on avait voulu pour échapper aux tourmens, avaient subi, quoique très-innocentes du crime dont elles étaient accusées, cet horrible supplice.
Après la promulgation du Code de 1791, et vingt-quatre années de séjour au bagne, le Rifodé recouvra sa liberté, et quitta Brest très-bien portant.

Fourgat

Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand, receleur en boutique, en magasin, ou seulement en chambre, chez lequel les voleurs déposent et vendent les objets volés. Ils entrent par une porte, reçoivent le prix des objets qu’ils ont apportés, et sortent par une autre. Plusieurs négocians de Paris, en apparence très-recommandables, sont connus pour acheter habituellement aux voleurs ; mais, comme il n’a pas encore été possible de les prendre, personne ne s’est avisé de leur dire que le métier qu’ils faisaient n’était pas des plus honnêtes. Comme on le pense bien, les marchandises achetées par les Fourgats ne conservent pas long-temps leur physionomie primitive ; les bijoux d’or ou d’argent sont immédiatement fondus, le chef d’une pièce de drap est enlevé ou détruit ; certains Fourgats savent, en moins de vingt-quatre heures, dénaturer assez un équipage entier, voiture, harnais, chevaux même, pour qu’il soit impossible à celui auquel il appartenait primitivement de le reconnaître. Un bruit populaire, dont je ne garantis pas l’exactitude, accusait autrefois certain joaillier, maintenant retiré du commerce, d’avoir en permanence dans ses ateliers, des creusets dans lesquels il y avait toujours des matières en fusion, où toutes les pièces de métal dont l’origine pouvait paraître suspecte, étaient mises aussitôt qu’elles étaient achetées. Les Fourgats choisissent ordinairement leur domicile dans une rue où il est difficile d’ établir une surveillance. Ils sont bons voisins, complaisans, serviables, afin de se concilier la bienveillance de tout le monde.
La destinée de l’homme qui travaille sans capitaux, quel que soit d’ailleurs le métier qu’il exerce, est d’être continuellement exploité par ceux qui possèdent. Les voleurs subissent la loi commune, ils volent tout le monde, mais, à leur tour, ils sont volés par les Fourgats, qui ne craignent pas de leur payer 100 francs ce qui vaut quatre fois autant. Aussi les Fourgats habiles font-ils en peu de temps une très-grande fortune ; et si, durant le cours de leur carrière, il ne leur est pas arrivé quelques mésaventures, leur fille épouse un notaire ou un avoué qui a besoin d’argent pour payer sa charge ; et tandis que ceux aux dépens desquels ils se sont enrichis pourrissent dans les prisons et dans les bagues, les Fourgats, pour la plupart, vieillissent et meurent au milieu des aisances de la vie, et une pompeuse épitaphe apprend à ceux qui passent devant leur tombe, qu’ils fouillent la cendre d’un honnête et excellent homme.
Il faut établir une distinction entre les Fourgats et les marchands qui achètent aux Faiseurs. Ces derniers, quelle que soit la profession qu’ils exercent, s’arrangent de tout ce qu’on leur présente. Ainsi, un apothicaire achète des sabots, un savetier des lunettes et des longues vues, etc., etc.

Delvau, 1866 : s. m. Receleur, — dans le même argot [des voleurs].

Virmaître, 1894 : Receleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). V. Meunier.

Rossignol, 1901 : Recéleur.

Froid

d’Hautel, 1808 : Froid comme un marbre. Se dit d’un homme réservé, discret et flegmatique.
Battre froid à quelqu’un. Lui faire un mauvais accueil.

Galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.

Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

(La Bédollière)

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.

Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.

Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent.

—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !

(Oscar Méténier)

Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.

(Jacques Rédelsperger)

Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »

(Le Charivari)

Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.

Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.

(Paul Alexis)

On dit aussi bonne galette.

Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.

France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.

France, 1907 : Matelas très mince et dur.

France, 1907 : Mauvais acteur.

… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Mauvais soulier.

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.

Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !

On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.

Gerbable

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui doit être condamné.

Rigaud, 1881 : Menacé d’une condamnation. — Gerbé, condamné.

France, 1907 : Accusé certain d’être condamné.

Gerber

Ansiaume, 1821 : Condamner.

Ils vont le gerber à dix longes, il a des parains,

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Emprisonner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Juger, condamner.

un détenu, 1846 : Condamner, être gerbé, être condamné.

Halbert, 1849 : Condamner.

Larchey, 1865 : Juger (Vidocq). — Mot à mot : réunir tous les actes de la vie passée, en faire une gerbe, un faisceau pour l’accusation. — Gerbement : Jugement. V. Manger. — Gerberie : Tribunal. — Gerbier : Juge.

Delvau, 1866 : v. a. Condamner. Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité. Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.

La Rue, 1894 : Juger, condamner.

France, 1907 : Juger, condamner. On réunit en gerbe tous les chefs d’accusation.

— Te voilà pris avec cinq vols qualifiés, trois assassinats, dont le plus récent concerne deux riches bourgeois… tu seras gerbé à la passe.

(Balzac)

Gouèpeur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — Vagabond. Celui ou celle qui n’a ni domicile, ni moyens d’existence assurés.

Article 209 du Code Pénal. Le vagabondage est un délit.
Article 270. Les vagabonds, ou gens sans aveu, sont ceux qui n’ont ni domicile certain, ni moyen de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession.

Et c’est dans le Code d’une nation qui se pose devant toutes les autres comme la plus éclairée, que de semblables lois sont écrites. Personne n’élève la voix pour se plaindre de vous, mais le malheur vous a toujours poursuivi, donc vous êtes coupable : les haillons qui vous couvrent sont vos accusateurs ; parce que vous êtes malheureux, vous n’avez plus le droit de respirer au grand air, et le dernier des sbires de la préfecture de police peut vous courir sus comme sur une bête fauve, c’est ce qu’il ne manque pas de faire ; vous valez un petit écu, vous êtes saisi, jeté dans une prison obscure et mal-saine, et après quelques mois de captivité préventive, des gendarmes vous traînent devant les magistrats chargés de vous rendre justice ; votre conscience est pure, et vous croyez qu’à la voix de vos juges les portes de la geôle vont s’ouvrir devant vous. Pauvre sot que vous êtes, la loi dicte aux magistrats, qui gémissent en vous condamnant, des arrêts impitoyables ; quoi que vous puissiez dire pour votre défense, vous serez condamné à trois ou six mois d’emprisonnement, et après avoir subi votre peine, vous serez mis à la disposition du gouvernement pendant le temps qu’il déterminera.
Et cela ne doit pas étonner chez un peuple qui ne s’enquiert ni des capacités, ni de la moralité du législateur, mais seulement de la cote de ses impositions ; chez un peuple qui n’estime que ceux qui possèdent. Posséder doit être le rêve de tous, et tous les chemins qui peuvent conduire à la fortune doivent être suivis sans remords. Aussi tous ceux qui occupent les sommités de l’échelle sociale, et qui désirent conserver leur position, repoussent sans cesse du pied ceux qui cherchent à gravir les derniers échelons. Ils conçoivent sans peine que ceux qui n’ont pas un toit pour abriter leur tête, un vêtement pour les garantir du froid, du pain pour apaiser la faim qui les tourmente, doivent laisser tomber des regards envieux sur leurs hôtels magnifiques, leurs brillans équipages et leur table somptueuse. Ce sont des ennemis qu’il faut absolument vaincre, et le Code Pénal, que les heureux du siècle ont fabriqué pour leur usage particulier, est un arsenal dans lequel ils trouvent toujours des armes toutes prêtes ; et le vagabond, celui de tous les Parias sociaux qui souffre le plus, est aussi celui qu’ils frappent le plus rudement.
Le peuple n’a pas de pain, disait-on à une dame de l’ancienne cour ; qu’il mange de la brioche, répondit-elle. Les magistrats qui condamnent indistinctement tous les vagabonds que l’on amène devant eux, ne sont guère meilleurs logiciens que cette dame. Qu’est-ce, en effet, qu’un vagabond ? Un pauvre diable qui n’a pu trouver de travail, et qui a été mis dehors par son hôtelier, parce qu’il n’a pu payer son modeste logement. Il n’a pas dîné et s’est endormi sous le porche d’une église ou dans un four à plâtre. C’est vainement que je cherche dans tout cela un crime ou un délit. Si cet homme vous avait arraché un peu de votre superflu, sa physionomie ne serait pas livide et terreuse, ses vêtemens ne tomberaient pas en lambeaux. Qui vous a dit qu’il n’avait pas, sans pouvoir y parvenir, cherché à utiliser ses facultés ? Pourquoi donc, au lieu de le punir, ne lui donnez-vous pas ce que tous les hommes doivent obtenir, du travail et du pain ? Sont-ce les crimes que, grâce à votre législation, il commettra plus tard, que vous punissez par anticipation ? Oh ! alors, soyez plus sévères pour être plus justes ; condamnez le vagabond à mourir, mais craignez que, las de souffrir, il ne quitte un jour son humble posture et ne vienne, les armes à la main, déchirer le recueil de vos lois. Souvenez-vous des luttes sanglantes de la Jacquerie et des Gueux de Belgique. Qui succomba alors ? Le riche : il le méritait bien.
On objectera peut-être que presque tous les voleurs de profession sortent des rangs du peuple, pour prouver la nécessité des lois qui régissent les classes infimes de la société. Cette objection, suivant moi, ne peut servir qu’à prouver la vérité de ce vieux dicton populaire, qui dit que le besoin n’a point d’oreilles.
Mais, il faut le dire, s’il est vrai que la plupart des voleurs sortent des rangs du peuple, les grands criminels, à quelques exceptions près, appartiennent aux classes élevées. C’est plus souvent des salons que des mansardes que sortent les assassins et les faussaires.
Et, cependant, quelquefois on sauvera l’homme bien élevé, tandis qu’on sacrifiera à l’exemple le fils d’un ouvrier. Pourquoi cela ? L’honneur d’une famille favorisée par la fortune est-il plus précieux que celui de la famille d’un ouvrier ? Je ne le pense pas.
Suivant moi, l’homme qui comparaît devant un tribunal, après avoir reçu une éducation libérale, est, à délit égal, évidemment plus coupable que celui qui a toujours vécu dans l’ignorance. Il n’est pas nécessaire, je crois, de déduire les raisons qui me font penser ainsi. Pourquoi donc est-il presque toujours traité avec une extrême indulgence, lorsque l’on se montre si sévère envers celui qui n’a encore commis aucune faute, et dont le seul tort est d’être misérable ?
Mais les haillons qui couvrent à peine les membres amaigris du Gouèpeur parlent en sa faveur. Peut-être que, si cet homme n’avait pas voulu rester honnête, il ne serait pas sans domicile et sans moyens d’existence. Mais, ce qu’il n’a pas fait, il ne manquera pas de le faire, lorsqu’après avoir, grâce à un arrêt inique, passé quelques-unes de ses plus belles années dans une prison, il sera rendu à la liberté, il mettra alors en pratique les conseils des individus avec lesquels il aura vécu ; et si un jour ses crimes épouvantent la société, qui faudra-t-il accuser, si ce n’est elle ? Ah ! si l’on connaissait bien les antécédens de tous ceux qui gémissent dans les prisons et dans les bagues, on serait peut-être disposé à jeter un voile sur leur vie passée, pour leur permettre d’espérer un meilleur avenir.
Mais après avoir jeté un coup-d’œil sur notre législation, je me trouve forcé d’avouer que la réalisation de mes souhaits me paraît encore bien éloignée, on exige tout d’une certaine classe et cependant on ne fait rien pour elle ; quel est donc l’avenir qui lui est réservé ?
Y a-t-il en France des établissemens dans lesquels les enfans puissent, en apprenant un état, recevoir l’éducation que, dans un pays civilisé, tous les hommes devraient posséder, et en même temps contracter l’habitude du travail et de la sobriété ? Non.
Mais, me répondra-t-on, il faut de l’argent pour créer des établissemens de ce genre, et l’argent manque ; belle réponse, vraiment ! l’argent ne manque pas lorsqu’il s’agit de subventionner des théâtres auxquels le peuple ne va jamais, de payer des danseuses, ou d’ériger des obélisques. L’argent donc ne manque pas, et je crois qu’il serait beaucoup mieux employé s’il servait à fonder quelques établissemens semblables à ceux dont nous venons de parler.

Gouts lubriques (avoir des)

Delvau, 1864 : Être très corrompu en amour.

On l’accusa d’avoir des goûts lubriques,
Dont le récit fait dresser les cheveux ;
De dédaîgner Les amours platoniques
Et de boucher des trous incestueux.

(Ch. Boyle)

Gracieuser

d’Hautel, 1808 : Montrer de la bienveillance, faire un bon accueil à quelqu’un, l’agréer.

Gueule (faire la)

France, 1907 : Prendre des airs importants ou simplement ne pas paraître satisfait.

La bourgeoisie âpre et bégueule
Dont les plus beaux jours sont comptés,
D’ici peu fera triste gueule
Devant nos faubourgs révoltés.

(Georges Baillet)

Les quotidiens ont raconté, ces jours-ci, sans le plus léger commentaire, qu’à Londres, en plein tribunal, un prolo a réclamé le bagne, affirmant qu’il préférait vivre en prison qu’en liberté.
Le pauvre bougre en question, James Kendrick, fut arrêté sur le tas, il y a deux ans, en train de fracturer une porte. Son affaire paraissait si claire que, sans ajuster leurs bésicles, ni défriser leurs perruques d’étoupes blanches, les enjuponnés administrèrent à l’accusé trois ans de servitude pénale.
C’était justement ce que désirait Kendrick ! Tout au plus aurait-il renaudé parce que la dose n’était pas assez forte.
Gai ct content, notre condamné fut expédié au bagne de Portland ; jovial comme pas un, le type se fit gober de tout le monde, aussi bien des gardes-chiourme que des autres détenus. C’était un prisonnier modèle, aussi s’empressa-t-on de le fiche en liberté conditionnelle.
Kendrick fit bien un peu la gueule, mais il avait 102 francs de masse à palper et il se dit qu’il lui serait facile de se faire refoutre dedans, puisqu’il n’était qu’en liberté conditionnellement.

(La Sociale)

Guitare

Larchey, 1865 : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune.

On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rythme triste et sans fin

(Duflot)

Delvau, 1866 : s. f. Rengaine ; plainte banale, blague sentimentale, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.

Rigaud, 1881 : Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.

Virmaître, 1894 : Soufflet dont se servent les plombiers. Allusion de forme (Argot du peuple).

France, 1907 : Rengaine, blague sentimentale, allusion aux joueurs de guitare qui jouent toujours les mêmes airs.

— Résumons, fit le président, vous parlez trop, et nullement à votre avantage. Les promesses que vous avez faites à l’accusée étaient donc mensongères ?
— Oh ! mensonges forcés ! Ça se promet toujours, le mariage. S’il fallait épouser toutes femmes auxquelles on chante cette guitare, on serait plus polygame qu’un Turc !

(Gazette des Tribunaux)

— Assez, je connais cette guitare, on me la chante trop souvent… Nous n’avons qu’un but, c’est d’avoir des louis, beaucoup de louis, tout plein de louis ! et la chasse que nous leur faisons possède le charme que vous pouvez trouver à celle des bécasses.

(Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : Soufflet, à cause de sa forme.

H !

Rigaud, 1881 : Exclamation ironique ; par abréviation de hasard, — dans le jargon des typographes.

Un poivreau vient-il promener sa barbe à l’atelier, H ! s’écrient ses confrères.

(Boutmy, Les Typographes parisiens)

Boutmy, 1883 : Exclamation ironique qui est employée dans une foule de circonstances. C’est l’abréviation du mot hasard, dont on se sert également. H ! ou hasard ! est employé ironiquement et par antiphrase pour dire qu’une chose arrive fréquemment. Un poivreau vient-il promener sa barbe à l’atelier, H ! s’écrient ses confrères. Quelqu’un raconte-t-il une sorte un peu trop forte, son récit est accueilli par un H ! très aspiré et fortement accentué.

France, 1907 : Exclamation en usage dans les ateliers de typographie, première lettre du mot hasard, qu’on emploie ironiquement quand ou entend répéter souvent la même chose ou les mêmes histoires. On dit soit hasard ! soit h !

Un poivreau vient-il promener sa barbe à l’atelier, h ! s’écrient ses confrères. Quelqu’un raconte-t-il une sorte un peu trop forte, son récit est acceuilli par un h ! très aspiré et fortement accentué.

(Eugène Boutmy)

Horizontale

Fustier, 1889 : Femme galante. Il y a plusieurs sortes d’horizontales. D’abord l’horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l’on s’amuse ; puis, l’horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie ; enfin l’horizontale de petite marque qui n’a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s’est aujourd’hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d’après l’auteur même de Denise, les horizontales virent le jour.

Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait « une tendresse » comme on dit un steamer, par abréviation.
Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J’ai pris le mot de X. de Maistre pour l’appliquer à celles qui sont de son avis. L’horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain… Je n’en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l’intérêt des glossateurs…

Cette explication n’a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d’aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu’à Casanova l’emploi de ce mot horizontale dans l’acception spéciale qu’il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante : « On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d’accès facile. On ne s’est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n’appartient pas de prime-abord à l’un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l’édition italienne de Périno, à Rome. »

Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque…

(Illustration, juin 1883)

D’horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l’ensemble de ce monde spécial.

Le vrai monde ma foi, tout ce qu’il y a de plus pschutt… et aussi tout le haut horizontalisme…

(Figaro, juillet 1884)

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Qualification inventée par Aurélien Scholl pour désigner les marchandes d’amour d’une certaine catégorie, celles qui vendent cher ce que d’autres plus humbles donnent pour presque rien.

Horizontale plaît aux gens de goût ; horizontale n’évoque des images gracieuses et séduisantes ; horizontale a du chic, de la ligne, et nous ouvre des horizons d’un parallélisme tout à fait aimable.
Mais en pareils sujets rien ne dure et les bons esprits ont toujours dû se torturer à l’extrême pour étiqueter, au gré de la mode, les ravissantes personnes qui veulent bien livrer ce qu’elles ont de plus cher à l’indiscrète volupté de contemporains.
Du plus loin qu’il me souvienne (je ne veux pas remonter au delà, histoire d’éviter de faire de l’histoire), celles que l’Académie qualifie de grenouilles, que Sarcey traite de Babyloniennes et que Bourget considère comme autant de dévoyées furent appelées cocottes.
La fortune de ce mot fut telle qu’il est encore employé dans certaines provinces de l’Ouest.
Belle-petite n’obtint qu’un succès de mésestime ; tendresse se fit apprécier pendant quelques mois seulement et mouquette passa.
De piquants sobriquets d’agenouillées et de pneumatiques avaient le tort d’être un jeu spéciaux.
Divers qualificatifs : momentanées, éphémères, impures, hétaires modernes, tours-de-lac, spongieuses, égarées, n’eurent qu’une notoriété éphémère.
Je ne signalerai que pour mémoire certaines définitions peu courtoises : filles du désert, porte-carres, monte-charge, déraillés, déraillés, paillassons, etc., etc. que, seuls, les gens sans éducation se permirent d’infliger à la courtisane parisienne.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Recherches et fouilles faites, je crois pouvoir affirmer que le mot n’est pas nouveau et que ce n’est, en somme, que du neuf retapé.
Je lis, en effet, dans la Petite Encyclopédie bouffonne, publiée par Passard en l’an de grâce 1853, le dialogue que voici :

Dans un boudoir de Bréda-Street, en attendant Mondor.
Ophélia, rêveuse. — La terre est ronde.
Héloise, idem. — C’est donc pour cela qu’il est si difficile de s’y tenir en équilibre ?
Ophélia. — Et d’y gagner sa vie autrement que penchée d’un côté ou d’un autre…
Héloise. — Le bureaucrate obliquement en avant…
Ophélia. — Le laquais de tilbury obliquement en arrière…
Héloise. — Le fantassin verticalement au port d’armes…
Ensemble. — Et nous ?…
— Serait-ce horizontalement ? fit observer Mondor en entrouvrant la porte…
 

On voit aux horizontales
Et même aux femmes comme il faut,
Des croupières monumentales…
Par ce temps-ci, ça doit t’nir chaud.

(Victor Meusy)

Horreurs

Larchey, 1865 : Propos libertins.

Quand les bégueules ont des masques, Elles racontent des horreurs.

(Festeau)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum, — dans l’argot des bourgeois. Dire des horreurs. Tenir des propos plus que grivois. Dire des horreurs de quelqu’un. L’accuser de choses monstrueuses, invraisemblables, — par exemple d’avoir volé les tours Notre-Dame. Faire des horreurs. Agir trop librement.

Rigaud, 1881 : Paroles ordurières. — Dire des horreurs, tenir une conversation ordurière. — Faire des horreurs, se livrer à une pantomime indécente.

Hôte

d’Hautel, 1808 : Compter sans son hôte. Faire des châteaux en Espagne ; se méprendre ; faire mal son compte.
Qui compte sans son hôte, compte deux fois. Signifie que l’on risque de se tromper, quand on fait un compte sans que les personnes qui y sont intéressées soient présentes.
Un bon visage d’hôte. Bon accueil d’une personne qui reçoit chez elle.

Interviewer

Fustier, 1889 : Encore un mot d’importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex. ;

Félicie L… est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n’est allé interviewer la regrattière d’en bas, ou la repasseuse du cinquième.

(L. Chapron)

Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses ! Blowitz, interviewer… le grand interviewer Blowitz… C’est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.

(P. Ferrier)

France, 1907 : Entrevoir, interroger ; argot des journalistes. Mot d’importation américaine où l’interview est devenu l’élément le plus important du journalisme. C’est notre mot entrevue revenu déformé par son passage dans la langue anglaise. L’interview est un tête-à-tête entre deux personnes dont l’une est une célébrité quelconque, ou simplement une notoriété d’un instant, et la seconde un représentant de la presse qui l’interroge sur un fait destiné à intéresser le public. À l’époque des scandales du Panama, le fameux docteur Herz fut assailli par les reporters des deux mondes et se refusa à tout interview.

Quand le rédacteur d’un journal a interviewé un amateur où un spécialiste quelconque, il devrait, avant de livrer à l’impression un récit à peine entendu dans un lieu public, au milieu des conversations, le relire à celui qui en aura la responsabilité. C’est ce que fait le greffier après la déposition de l’accusé et des témoins assignés. Quand l’intéressé a rectifié des phrases dont le sens a été modifié où dénaturé par la rédaction, le juge lui demande : Voulez-vous signer votre déposition ainsi ramenée à son sens exact ?

(Aurélien Scholl)

France, 1907 : Journaliste chargé des entrevues.

Jeter

d’Hautel, 1808 : Il se jette dessus comme la pauvreté sur le monde. Se dit d’une personne qui saisit avidement quelque chose ; d’un homme affamé qui mange avec avidité, et d’un ennuyeux qui obsède par ses importunités.
Jeter un beau coton. Manière ironique, pour dire faire mauvaise figure ; ne pas bien réussir dans ses entreprises ; traîner en langueur.
Jeter des fusées. Pour vomir ; être ivre-mort.
Jeter le manche après la cognée. Se dégoûter d’une entreprise pour le succès de laquelle on éprouve de grands obstacles.
Jeter la plume au vent. Se laisser conduire par le hasard.
Se jeter à la tête de quelqu’un. Se prodiguer ; rechercher les faveurs de quelqu’un d’une manière affectée ; offrir ses services à vil prix.
Tout le monde lui jette la pierre. Se dit de quelqu’un qui, dans l’adversité, se voit accuser publiquement par ceux qui lui faisoient avant une cour assidue.
Il ne jette pas sa part aux chiens. Se dit d’une personne qui ne cède en rien de ses prétentions, ou de la part qui lui revient dans quelque chose.
Jeter de la poudre aux yeux. Briller d’un faux éclat, comme font les imposteurs, les hypocrites et les charlatans.
Jeter des perles devant les pourceaux. Tenir de beaux discours devant les ignorans ; donner des effets de valeur à ceux qui n’en connoissent pas le mérite.
Jeter de l’huile sur le feu. Exciter, animer des gens déjà en colère.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Voyez Chat, Chien, Jambes.

Delvau, 1866 : v. n. Suppurer, — dans l’argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Renvoyer, mal recevoir.

J’ai été solliciter un emploi, je me suis fait jeter.

Celui qui se fait renvoyer de son emploi ou de son atelier, se fait jeter.

Hayard, 1907 : Renvoyer, congédier.

Jeter de la grille

Rigaud, 1881 : Requérir, au nom de la loi, contre l’accusé. Après le discours du ministère public, les voleurs disent : Le client m’a jeté de la grille ; c’est-à-dire a jeté sur moi de la grille de prison.

La Rue, 1894 : Requérir au nom de la loi contre l’accusé.

France, 1907 : « Requérir au nom de la loi contre l’accusé. » (Jean La Rue)

Jeter la pierre à quelqu’un

France, 1907 : L’accuser, critiquer ses actes ou ses propos. Cette locution nous vient de la coutume des anciens Juifs de lapider les coupables. La lapidation était le châtiment ordinaire des crimes que la loi de Moïse punissait de mort. C’est à ce châtiment que Jésus fit allusion lorsqu’il dit aux pharisiens qui lui amenaient une femme surprise en flagrant délit d’adultère : « Que celui d’entre vous que n’a jamais péché lui jette la première pierre. » C’était d’ordinaire le témoin du crime qui avait le droit de jeter la première pierre à la personne qu’il accusait.

Jurymètre

France, 1907 : « Notre confrère Bataille a dressé une fort spirituelle et fort terrifiante statistique du jury français. Il résulte de son jurymètre qu’il n’est pas indifférent, pour un accusé, d’être « jurifié » ici ou là : pour le même crime on est, quelques degrés de méridien au-dessus ou au-dessous, acquitté où condamné à mort. »

(Ed. Lepelletier, Écho de Paris)

Kleptomanie

France, 1907 : Manie du vol. Quand il s’agit d’un pauvre diable, ou d’une personne quelconque, on emploie cette dernière expression ; mais s’il s’agit d’une haute dame, d’un prince où d’un grand seigneur de par le blason où les écus, on dit kleptomanie, c’est plus noble. Ainsi, le prince héritier d’un des grands trônes d’Europe est kleptomane, tandis que K…, petit éditeur marron, est un simple voleur. Le kleptomane chipe tout ce qui est à la portée de sa main pour la simple volupté de chiper. « Nous aurions préféré, dit Germinal, volomanie, chipomanie, carottomanie, rabotomanie, tout enfin à kleptomanie ; mais nous ne sommes pas en état, paraît-il, d’apprécier toute la saveur des racines exotiques. »

Kleptomanie, synonyme de clopemanie, vient du verbe grec kleptein, voler, et de manie.

— L’accusé — dit un avocat défendant un voleur — n’est pas responsable de ses actes, il est atteint de kleptomanie.
— Et moi, — réplique le juge — j’en suis le médecin.

Lâcheur

Larchey, 1865 : Homme sur lequel on ne peut compter. — Mot à mot : qui lâche ses amis.

Le lâcheur est la lorette de l’amitié.

(A. Scholl, 1858)

Se lâcher de : Se payer. V. Rotin.

Delvau, 1866 : s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres. Lâcheur ici est synonyme de Lâche.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme, — dans l’argot de Breda-Street, où le rôle d’Ariane n’est pas apprécié à sa juste valeur.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui laisse ses camarades « en plan » au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu’ils sont ivres, — dans l’argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne. Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.

Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi les pilotes qui se chargent de conduire les bateaux depuis Bercy jusqu’au Gros-Caillou, en leur faisant traverser tous les ponts de Paris. » (É. de La Bédollière)

Rigaud, 1881 : Homme qui n’est pas partisan des liaisons amoureuses de longue durée.

Méfie-toi, Nini, c’est mon lâcheur de la semaine dernière.

(Grévin)

Tous les maris sont des lâcheurs.

(Clairville et Siraudin, Le Mot de la fin)

France, 1907 : Homme qui abandonne sa maîtresse, qui quitte ses amis, ses camarades au milieu d’une partie de plaisir ou de coups de poing. Mauvais camarade qui ne prend pas votre défense. A. Scholl a dit : « Le lâcheur est la lorette de l’amitié. »

L’heure s’avançait, amoncelant les craintes ; comme il arrive dans les tempêtes, quand un navire fait eau, beaucoup de passagers quittaient leurs places pour s’enquérir des ceintures de sauvetage et des chaloupes de sûreté. Entre quelques autres, la voix de M. Nisard s’éleva : « Restons sur nos sièges ; l’empereur est prisonnier, c’est une raison pour que nous ne l’abandonnions pas. »
Je sais bien que Nisard ne risquait pas grand’-chose en disant cela et que son dévouement était des plus platoniques. Pas moins vrai que, politique à part, cette protestation de fidélité vaut son prix, dans ce temps où il est déshonorant d’être un lâche, mais où il est très habile d’être un lâcheur.

(De Vogüé, Discours à l’Académie)

Lessiver

Delvau, 1866 : Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d’assises.

Rossignol, 1901 : Vendre. Celui qui vend ce qui lui appartient lessive.

France, 1907 : Défendre un prévenu.

Lessiveur

Rigaud, 1881 : Avocat. C’est lui qui est chargé de laver le linge sale de l’accusé.

La Rue, 1894 : Avocat.

Virmaître, 1894 : Avocat. Il y a souvent des clients qui en ont besoin d’une rude de lessive pour blanchir leur conscience. V. Blanchisseur.

Rossignol, 1901 : Avocat (parce qu’il blanchit son client).

Hayard, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Avocat. Il blanchit parfois les plus malpropres.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique