Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Accident

d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.

Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

(Collé)

France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?

Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?

(« Germinal », Mot d’Ordre)

Accident féminin

Delvau, 1864 : Avoir ses règles. Événement prévu qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.

Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée ; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin ; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.

(A. de Nerciat)

Accidenter

France, 1907 : Euphémisme pour tuer.

Qui ne se souvient de l’affaire Pivoteau ? Notre camarade Pivoteau fut, en 1903, condamné à cinq ans de réclusion pour avoir accidenté un contremaître ivrogne et féroce qui, le traquant d’emploi en emploi, lui empêchait tout embauchage, le condamnant ainsi à la misère, l’acculant au suicide.

(E. Janvion, La Guerre sociale)

Accidentier

Virmaître, 1894 : Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes. Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route. Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs).

Arriver

d’Hautel, 1808 : Arrive qui plante. Façon de parler libre et délibérée, pour exprimer que l’on ne se met nullement en peine de tout ce qui peut arriver ; que quelque chose qui puisse en résulter, on est fermement résolu à satisfaire ses désirs et ses fantaisies.
C’est un malheur arrivé par un accident. Voy. Accident.

Atout

d’Hautel, 1808 : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.

Vidocq, 1837 : s. m. — Estomac.

un détenu, 1846 : Estomac.

Larchey, 1865 : Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

(Balzac)

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

(E. Sue)

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

Delvau, 1866 : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

Delvau, 1866 : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

Rigaud, 1881 : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

La Rue, 1894 : Courage. Coup. Estomac.

Virmaître, 1894 : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Courage, audace, coup.

France, 1907 : Argent ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.

Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.

(Eugène Sue)

Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Avaro

Boutmy, 1883 : s. m. Avanie, et aussi accident. Nous orthographions ce mot à tout hasard. Quelle en est l’origine ? Nous l’ignorons. Peut-être vient-il d’avarie.

Hayard, 1907 : Accident.

France, 1907 : Dommage ; de avarie.

Battage

Halbert, 1849 : Menée astucieuse.

Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; mensonge ; menée astucieuse. Argot des ouvriers. Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.

Rigaud, 1881 : Abordage commis par malveillance ; bordée d’injures lancées d’un canot à l’autre, farces de mauvais goût faites aux paisibles bourgeois en pleine Seine, — dans le jargon des canotiers.

Boutmy, 1883 : s. m. Plaisanterie, mensonge ; synonyme de montage.

Virmaître, 1894 : Se moquer de quelqu’un, dire ce que l’on ne pense pas.
— C’est du battage il n’est pas plus malade que moi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dire une chose qu’on ne pense pas est du battage. Celui qui fait le malade, c’est du battage.

Hayard, 1907 : Mensonge, fausseté.

France, 1907 : Mensonge, tromperie ; argot des ouvriers. Signifie aussi dommage.

Bichon

d’Hautel, 1808 : Mon bichon. Nom d’amitié que l’on donne à un petit enfant.
On donne aussi ce nom à une espèce de chiens qui a communément le poil long.

Delvau, 1864 : Jeune homme qui sert aux plaisirs d’un homme mûr. C’est le giton moderne. — C’est aussi l’amant de cœur, le petit chien complaisant des femmes qui aiment à se faire bichonner, c’est-à-dire, lécher le cul.

Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n’importe quels Vautrin.

Rigaud, 1881 : Éphestion de trottoir.

Rigaud, 1881 : Terme d’amitié. Nom de diminutif qui veut dire petite Elizabeth, petite Babet. (Hurtaut, Dict. des homonymes) Ne serait-ce pas plutôt une forme altérée de l’ancien mot bouchon, terme d’amitié, d’où est venu bouchonner ?

Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.

(Molière, École des femmes)

Virmaître, 1894 : Outil de chapelier. C’est une sorte de petit tampon de soie ou de velours qui sert à bichonner les chapeaux de soie et à leur donner le coup de fion (Argot des chapeliers).

Virmaître, 1894 : Petit chien à tout faire. Cet animal est fort affectionné des dames d’un certain monde qui évitent avec lui les accidents et les maladies de neuf mois (Argot des filles).

France, 1907 : Petit jeune homme qui remplit le même rôle que les mignons de Henri III. Se dit aussi pour Jésus ; allusion à sa frisure. Les débauchés, les mignons de la cour de France.
C’est dans l’argot des filles, un de ces abominables petits chiens de manchon et de lit, qu’elles emploient à tout faire.

France, 1907 : Souliers à bouffettes ; tampon de chapelier qui sert à lustrer, à bichonner le chapeau.

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Bouquet

d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.

Ansiaume, 1821 : Don.

Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.

Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.

Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.

Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.

Canaillade

France, 1907 : Offense contre la loi, ce qui souvent n’est même pas un péché véniel ; argot populaire.

J’ai fait beaucoup de folies dans ma jeunesse ; mais, au cours d’une existence accidentée et décousue, je n’ai pas à me reprocher une seule canaillade.

(G. Macé)

Casuel

d’Hautel, 1808 : Cet adjectif, dans sa véritable acception, signifie fortuit, accidentel ; mais le peuple l’emploie continuellement dans le sens de fragile, et dit en parlant à quelqu’un qui porte des objets qui se cassent aisément : Prends-garde, ceci est casuel.

Virmaître, 1894 : Vente de hasard sur laquelle on ne comptait pas. Casuel : ce que les mariages, les baptêmes et les enterrements rapportent aux curés. Casuel : le miché que fait la fille en dehors de son entreteneur (Argot du peuple). N.

Chanteur de la chapelle Sixtine

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d’accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.

France, 1907 : Homme qui, à la suite de quelque accident, a perdu ses testicules. Allusion aux castrats qui formaient autrefois le chœur de ladite chapelle.

Chaud

d’Hautel, 1808 : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise.
Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud.
Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.

Larchey, 1865 : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :

Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.

(Courrier burlesque, 2e p., 1650)

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.

Delvau, 1866 : adj. Cher, d’un prix élevé.

La Rue, 1894 : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.

France, 1907 : Rusé, malin. Se dit aussi pour un homme porté à l’amour ; on ajoute alors souvent : de la pince. Henri IV était très chaud de la pince. Ce n’est jamais un mal, si c’est parfois un danger. Dans le même sens, chaud lancier.

Cloche (étonné, triste ou sot comme un fondeur de)

France, 1907 : La fonderie des cloches est une opération très délicate. Seul de tous les ouvriers, le fondeur de cloches dépense son temps, sa peine et son combustible sans être sûr de réussir : la moindre paille, le plus léger accident, et tout est à refaire. Il est donc sans cesse inquiet, préoccupé et ne peut être gai. D’où fondre la cloche, c’est arriver à l’exécution d’une affaire longtemps agitée.
Dans son Dictionnaires des Proverbes, Guitard cite plusieurs fondeurs de cloches morts de douleur de n’avoir pas réussi, et d’autres morts de joie de leur succès.

Coup de pied de jument où de Vénus

France, 1907 : Syphilis ou blennorrhée. Un des accidents divers auxquels Priape est exposé.

Coup de temps

Larchey, 1865 : Accident subit, surprise. — Terme d’escrime. — Voir le coup de temps, c’est le prévoir.

France, 1907 : Circonstance inopinée, occasion qui passe et qu’il faut saisir. Saisir le coup de temps, profiter du coup de temps, c’est agir au moment opportun. En escrime, le coup de temps est une attaque surprenant l’adversaire dans la préparation de la sienne.

Cour du roi Pétaud

France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :

On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.

Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.

Détail (c’est un)

Larchey, 1865 : C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !

Rigaud, 1881 : Ce n’est rien. Mot que le scepticisme moderne devait appliquer aux événements les plus graves et qu’ordinairement on souligne par un rire. — Vous êtes en deuil ? — Ma femme est morte. — C’est un détail. Un tel a fait faillite et ruine plus de cent familles. — C’est un détail, je n’avais pas un sou chez lui.

Discussion avec les pavés (avoir une)

Delvau, 1866 : Tomber sur les pavés et s’y égratigner le visage, soit en état d’ivresse, soit par accident, — dans l’argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les lundis, en revenant de la barrière.

France, 1907 : Terme ironique employé en parlant des ivrognes qui se sont meurtris en tombant.

Drôle (pas)

Larchey, 1865 : Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu’un est frappe par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n’est pas drôle ! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n’est pas drôle. »

Et ça vous fiche des coups… — Ça c’est peu drôle.

(Gavarni)

Dur à avaler

Delvau, 1866 : adj. Se dit — dans l’argot du peuple — d’une histoire invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d’un accident dont on a de la peine à prendre son parti. On dit aussi, dans le même sens : Dur à digérer.

France, 1907 : Chose difficile à croire.

— Dis donc, ma petite Irma, voilà la troisième fois cette semaine que tu vas poser des sangsues à ta tante, à Montmartre… la semaine dernière, tu as passé deux nuits chez ta cousine de Montrouge, qui venait d’accoucher…
— Eh bien ? qu’est-ce que tu me reproches ?
— Rien… mais c’est dur à avaler.

(Les Propos du Commandeur)

Échantillonneuse

France, 1907 : « Les échantillonneuses » du 89, rue d’A…, gagnent quarante-quatre sous par jour pour onze heures de travailQUATRE SOUS PAR HEURE ! l’ouverture de l’atelier est à huit heures. À huit heures une minute, les portes sont fermées ; la journée est perdue pour celle qu’un accident peut-être bien involontaire peut ainsi priver les son pain.

(Séverine)

Être (l’)

Larchey, 1865 : Être trompé par sa maîtresse ou par sa femme.

C’est notre sort… C’en est fait… je le suis.

(Boucher de Perthes, 1836)

Delvau, 1866 : Être trompé par sa femme, — dans l’argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.

Hayard, 1907 : Être cocu.

France, 1907 : Être cocu.

— To be or not to be… l’être ou ne pas l’être. Je le suis, voilà tout. L’accident ne vaut pas qu’on le souligne, Tout homme est le trompé de quelqu’un ou de quelque chose. Le joueur qui perd à la Bourse est le cocu de la chance ; le grand homme qui avorte est le cocu de la gloire. Chance et gloire : deux femelles.

(Clovis Hugues)

Faire son fendant

France, 1907 : Faire l’important, le rodomont, le tranche-montagne, toujours prêt à fendre les crânes suivant l’usage des Gascons. Aussi disait-on autrefois fendant de Gascogne.

Sans faire cependant le fendant de Gascogne,
Si j’eusse eu la mia spada di Catalogne,
Je croi qu’ils n’en auroient croqué que d’une dent ;
Mais elle se rompit, ô cruel accident !
Je sentis un frisson se couler dans mes veines.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Festonner

Larchey, 1865 : Avoir une démarche que l’ivresse accidente comme des festons de broderie.

Il va encore, ma foi, très-droit… c’est à peine s’il festonne.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. n. Être en état d’ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s’amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

Rigaud, 1881 : Marcher en faisant des zigzags, à la manière des ivrognes. — Voir tout tourner autour de soi.

Virmaître, 1894 : Pochard qui ne tient pas sur ses jambes. Il festonne en marchant pour essayer de maintenir son équilibre (Argot du peuple).

Filer plato ou filer le parfait amour

France, 1907 : Aimer platoniquement, faire le pied de grue sous les fenêtres de son idole et se contenter de baisers et de soupirs, c’est-à-dire de tout ce qu’il y a de plus imparfait en amour.

Dans l’art de plaire Anseaume est plus habile
Qu’aucun amant dont l’histoire ait parlé.
Filez, filez, chevalier de Camille :
Auprès d’Omphale, Hercule a bien filé.
Cœurs enflammés, cherchez-vous un modéle ?
Qui mieux qu’Anseaume alla jamais au fait ?
C’est là l’entendre, et c’est ce qu’on appelle,
En bon français, filer l’amour parfait.

(Grécourt)

C’est, en effet, à l’aventure d’Hercule chez Omphale, lorsque subjugué par la beauté de la reine de Lydie il s’abaissa jusqu’à filer en compagnie de ses filles d’honneur, que l’on fait remonter l’origine de cette expression. Dans ses Proverbes, C. de Méry ajoute :

Quelques commentateurs prétendent qu’Hercule ne mania pas le fuseau chez Omphale, et donnent à cette expression une origine tant soit peu érotique. Ils disent que cette reine, plus forte même qu’Hercule dans les combats amoureux, était souvent forcée de changer de rôle et de position contre l’usage ordinaire des femmes, pour soulager son amant : ce qui est d’autant plus incroyable qu’on attribue à ce héros des faits prodigieux en amour. Si l’on en croit la menteuse mythologie, à qui des faits de cette nature ne coûtent rien, il eut affaire, en une seule nuit, avec les 50 filles de Thespis, qui, dit-on, étaient toutes pucelles, et en eut autant d’enfants. Seulement, pour faire ombre au tableau, et par un accident qui prouvait qu’Hercule tenait encore de l’humanité et n’était pas un dieu accompli, on dit qu’il plia le jarret avec la dernière.

Fleurons de vénus

Delvau, 1864 : Accidents vénériens qui forment sur le front du malade une sorte d’auréole.

Les fleurons de Vénus te servent d’auréole ;
Comme un vase trop plein tu répands la vérole
Sur tout un peuple frémissant.

(Dumoulin)

Fluke

France, 1907 : Course gagnée contre toutes les prévisions ; anglicisme. Fluke est, en anglais, au jeu de billard, un coup de queue qui fait gagner accidentellement.

Football

France, 1907 : Jeu de la balle au pied ; anglicisme. C’est l’ancien jeu de la barette, que les Parisiens appelaient rabotte, et les Bretons la soule ou la nielle.
Les épreuves du football, où les représentants du Stade français ont été battus par les délégués du Rosslyn Park Foothall Club, de Londres, ont mis en lumière ce jeu brutal, et peu en honneur jusqu’à ce jour en France.
On a dit que c’était un jeu viril et, en somme, sans grand danger.
Le relevé des accidents arrivés de l’autre côté de la Manche, au jeu en question, suffira à édifier sur la « virilité sans danser » du football, au moins pour les trois années 1890 à 1892.
Qu’on en juge par ce tableau instructif :

189018911892
Morts232226
Jambes cassées305239
Bras cassés91212
Clavicules cassées111825
Blessures diverses275675
Totaux100160177

Soit, au total, pour trois saisons de six mois chacune, le chiffre aimable de 437 décès et blessés graves en général.
Et encore ne saurait-on dire que cette liste soit complète : on ne trouve là que la liste des blessures trop graves pour être cachées. Seuls les secrétaires de sociétés de football pourraient donner les chiffres exacts.

Fourrer jusqu’à la garde (s’en)

France, 1907 : Manger et boire outre mesure.

Les hommes étaient bien heureux tout de même ! Ils étaient à l’abri de ces accidents ; ils pouvaient batifoler et courir, s’ébaudir à leur aise et s’en fourrer jusqu’à la garde sans jamais risquer pareilles transes, attraper si lourde charge.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Garder à carreau (se)

Delvau, 1866 : S’arranger de façon à n’être pas surpris par une réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple. Signifie aussi : Ne pas dépenser tout son argent. On dit de même Avoir une garde à carreau.

France, 1907 : Se tenir sur ses gardes, prêt à parer à tout accident ; le sens premier était : se garer des projectiles, le carreau étant le fer de la lance, ainsi que l’indiquent encore les cartes.

Armand Marrast était de ceux qui ont l’art de se faire des amis d’un jour, quoiqu’il gardât toujours une pointe d’impertinence. Il appelait ça se garder à carreau.

(Arsène Houssaye, Souvenirs de jeunesse)

Garé des voitures

Larchey, 1865 : Prudent et rangé. — L’effrayant tohu-bohu de la circulation parisienne devait enfanter ce synonyme.

Rigaud, 1881 : Rangé ; retiré du tourbillon des plaisirs.

France, 1907 : Homme prudent qui se gare des accidents comme on se gare des voitures.

Gober (la)

Larchey, 1865 : Mourir, avaler une bourde, être victime d’un accident. — V. Esbigner.

Ce poltron-là, c’est lui qui la gobe le premier.

(L. Desnoyer)

Si bien que j’suis dupé, C’est moi qui la gobe.

(Chanson, 1854)

Delvau, 1866 : Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets. Par extension : Mourir.

Rigaud, 1881 : Être dupe ; être victime, ne pas avoir de chance dans une affaire, perdre de l’argent dans une entreprise.

Graillonneuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être du métier, — dans l’argot des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Blanchisseuse par occasion. C’est le nom que donnent les blanchisseuses de profession aux ménagères qui vont au lavoir laver le linge de leur famille, parce que, ne possédant pas très bien le maniement du battoir, elles éclaboussent tout le monde autour d’elles.

Virmaître, 1894 : Ménagère qui va laver accidentellement son linge au lavoir (Argot des blanchisseuses). V. Baquet.

France, 1907 : Ménagère qui va par économie, faire la lessive au lavoir public ; argot des blanchisseuses qui disent aussi noyeuse d’étrons.

Grègue

d’Hautel, 1808 : Espèce de haut-de-chausses.
Il a mis de l’argent dans ses grègues. Pour, il s’est bien enrichi.
Tirer ses grègues. Pour dire, s’enfuir. Voyez Guêtres.
Il en a dans les grègues. Se dit en parlant d’un homme qui a éprouvé quelque perte ou quelqu’accident fâcheux. ACAD.

Gros-Jean comme devant (revenir)

France, 1907 : Rentrer chez soi après une absence aussi bête que quand on en est parti ; revenir bredouille.

Entre Jean-qui-pleure et Jean-qui-rit, le principal est de ne jamais être Jean-foutre, et de rester Jean-bon, quitte à passer pour Jean-Jean, puisque aussi bien on finira toujours par se trouver Gros-Jean comme devant.

(Pensées de Petit-Jean)

On m’élit roi, mon peuple m’aime,
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant.
Quelque accident faut-il que je rentre en moi-même,
Je suis Gros-Jean comme devant.

(La Fontaine)

Half-half

France, 1907 : Mélange de bière. Anglicisme qui a sa raison d’être, puisque nous n’avons pas l’équivalent en français, littéralement moitié-moitié. Le half-half se compose d’une partie de porter ou de stout (bières brunes) et d’une égale quantité d’ale (bière blanche). Le mélange de fait immédiatement devant le consommateur.

Le jockey de courses plates, n’ayant guère à redouter les chutes et les accidents, n’a d’autre ennemie que l’obésité, mais c’est une ennemie qui le guette après chaque repas et au coin de toutes les tavernes où il se laisse attirer par les séductions du half-half.

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Imitez de Conrart le silence prudent

France, 1907 : Taisez-vous. Ce dicton est tiré de la première épitre de Boileau. Le salon de Valentin Conrart, où se réunissaient les beaux esprits du temps, devint le berceau de l’Académie, dont il fut à sa création nommé secrétaire perpétuel ; il ne publia jamais rien. bien qu’il fût homme d’un grand savoir et de beaucoup de bon sens, ce qui lui attire cette épigramme de Boileau :

Aussi, craignant toujours un funeste accident,
J’imite de Conrart le silence prudent.

S’il ne publia rien, il écrivit beaucoup, par imitation ou plutôt par singerie, s’il faut en croire Tallemant des Réaux qui l’a intimement connu : « A-t-on fait des rondeaux et des énigmes ? il en a fait ; a-t-on fait des paraphrases ? en voilà aussitôt de sa façon : du burlesque, des madrigaux, des satires même, quoiqu’il n’y ait chose au monde à laquelle il faille tant être né. Son caractère, c’est d’écrire des lettres couramment, pour cela il s’en acquittera bien : encore y a-t-il quelque chose de forcé ; mais s’il faut quelque chose de soutenu ou de galant, il n’y a personne au logis »
Voici quelques vers détachés d’une épitre de Conrart, et qui donneront l’idée de sa versification :

Au-dessous de vingt ans, la fille, en priant Dieu,
Dit : « Donnez-moi, Seigneur, un mari de bon lieu,
Qui soit doux, opulent, libéral, agréable. »
À vingt-cinq ans : « Seigneur, un qui soit supportable,
Ou qui, parmi le monde, au moins puisse passer. »
Enfin, quand par les ans elle se voit presser,
Qu’elle se voit vieillir, qu’elle approche de trente :
« Un tel qu’il te plaira, Seigneur, je m’en contente. »

Linière, s’étonnant de la réputation que Conrart avait su acquérir, fit à ce sujet l’épigramme suivante :

Conrart, comment as-tu pu faire
Pour acquérir tant de renom,
Toi qui n’as, pauvre secrétaire,
Jamais imprimé que ton nom ?

Ita diis placuit

France, 1907 : « Ainsi l’ont voulu les dieux. » Locution latine signifiant qu’il faut se résigner à un mal, à un accident irrémédiable.

Jeu

d’Hautel, 1808 : C’est du vieux jeu. Pour, cela est connu ; cela ne peut pas passer ; ce sont de vieux contes.
Tirer son épingle du jeu. Se dégager adroitement d’une mauvaise affaire.
Le jeu ne vaut pas la chandelle. Se dit d’une affaire où les dépenses excèdent le bénéfice.
Jeu de mains, jeu de vilains. Signifie que lorsqu’on s’escrime, pour plaisanter, avec les mains, il en résulte toujours quelqu’accident, ou même quelque sérieuse batterie.
Donner beau jeu. Offrir une occasion favorable.
Cacher son jeu. Pour, dissimuler, feindre, vivre en sournois.
Jouer à jeu sûr. Pour, avoir des sûretés ; être certain du succès d’une affaire.
À beau jeu, beau retour. Menace que l’on fait de rendre le change à quelqu’un qui a offensé.
Ce n’est pas un jeu d’enfant. Pour, c’est une chose sérieuse, importante, qui demande de la réflexion.
Cela est plus fort que le jeu. Pour dire, passe les bornes de la plaisanterie.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Signifie dissimuler ; cacher l’état de ses affaires ; en imposer par un grand éclat, par une grande dépense.

Lettres de Jérusalem

Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.

Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.

Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :

Toulon, le 14 novembre 1835.

Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,

Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.

Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :

Toulon, le 30 novembre 1815.

Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur

Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.

Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.

Lever le siège

Delvau, 1864 : Débander après avoir bandé devant une femme qui fait trop de façons pour se laisser baiser.

Une trop longue défense a souvent fait lever le siège d’une place qui voulait se rendre : il arrive des accidents.

(Collé)

Malheur

d’Hautel, 1808 : C’est un petit malheur. Se dit, en plaisantant, d’un accident peu important, et pour exprimer que l’on en est tout consolé.
C’est un malheur causé par un accident. Voy. Accident.

Manteau

d’Hautel, 1808 : Garder les manteaux. Assister à un duel ; n’y être que simple spectateur ; faire le guet ; demeurer les bras croisés, quand les autres travaillent.
Il a un bon manteau pour son hiver. Se dit par plaisanterie de quelqu’un qui a un gros rhume, ou, les fièvres, au commencement de l’hiver.
Manger son pain sous son manteau. Se dit d’un égoïste, d’un avare, qui ne fait jouir personne de son bien.
Faire quelque chose sous le manteau. Pour dire, d’une manière furtive, cachée.
Cela est fait sous le manteau de la cheminée. Se dit d’une affaire concertée en cachette ; faite à plaisir, et que l’on présente comme arrivée accidentellement.

Fustier, 1889 : Argot théâtral. Rôle où l’acteur porte un manteau. (Littré)

Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d’études des plus attrayants.

(Revue britannique)

Marchand de mort subite

Rigaud, 1881 : Médecin, — dans le jargon du peuple. Autrefois l’expression ne s’appliquait qu’aux charlatans. Depuis que tant de médecins ont fait concurrence à tant de charlatans, elle s’est étendue jusqu’à ceux-là.

C’était bien sûr le médecin en chef… tous les marchands de mort subite vous ont de ces regards-là.

(É. Zola)

Dans la bouche des voyous l’expression s’applique encore à tout individu qui, par maladresse, peut occasionner un accident. Ainsi, un mauvais cocher, un charretier imprudent, sont des marchands de mort subite.

Merlin, 1888 : Prévôt d’armes.

Virmaître, 1894 : Le maître d’armes et le bourreau. Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement. Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). N.

Merde

d’Hautel, 1808 : De la merde à Marie-Gaillard, ou du prince d’Orange. Les écoliers apellent ainsi une espèce de mélasse, que les épiciers vendent en cornet, et dont ils sont très-friands.
Merde. Mot ignoble et grossier, dont le bas-peuple se sert dans un sens négatif ; pour dire qu’ou ne se soumettra pas à une chose que l’on exige.
Plus on remue la merde plus elle pue. Signifie qu’il ne faut pas approfondir une matière dégoûtante, une affaire déshonnête.
Aux cochons la merde ne pue pas. Pour dire que l’on peut parler de choses sales, devant les personnes malpropres, ou d’une condition vile.
Un maître de merde, un auteur de merde. Expression basse et injurieuse, pour dire qu’on ne fait nil cas de son maître, d’un auteur, d’une personne quelconque.
On dit ignoblement, et par mépris, d’un homme brusque et grossier, d’un butord, qu’il est poli comme une poignée de merde.

Larchey, 1865 : « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif. » — d’Hautel, 1808. — V. Cambronne.Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors ! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n’y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.

Rigaud, 1881 : Exclamation qui sert à désigner le nec plus ultra de l’indignation ou de la colère, ou du découragement. (Voir les Misérables de V. Hugo.)

Rigaud, 1881 : Le fond de la langue française parlée par le peuple des faubourgs qui a toujours ce mot plein la bouche.

Rigaud, 1881 : Personne faible de caractère.

Virmaître, 1894 : À bout d’argument, dans le peuple, on dit :
— Merde, est-ce français ?
C’est-à-dire : Me comprends-tu ?
Ce à quoi on répond :
— Goûtes tes paroles.
— Tu peux te retourner et te mettre à table.
— S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). N.

Monôme polytechnicoprotestant

France, 1907 : Entente spontanée de tous les protestants pour cacher les histoires scabreuses qui surgissent dans leur parti. L’on sait en effet que rien n’est plus moral que les protestants ; ce sont eux qui sont à la tête de toutes les sociétés pour l’extinction du vice ! Cependant c’est surtout dans les pays protestants, témoin l’Angleterre et l’Allemagne, qu’il semble fleurir le plus, mais il se cache… ce qui n’empêche pas les scandales comme ceux de la Pall Mall Gazette et celui des petits télégraphistes d’éclater quelquefois. Le pudibond Bérenger, le pasteur Dide, et le pieux Jules Simon, tous sénateurs, faisaient partie du monôme polytechnicoprotestant.

Toujours le monôme polytechnicoprotestant !… si… l’accident fût arrivé à… à la femme d’un officier catholique par exemple… ça n’eût pas fait tant d’histoires, et toute cette boue, — comme vous dites, — n’eût pas été remuée… mais ici il s’agit d’une protestante !… une protestante, songez donc ! est-ce qu’une protestante peut faillir ?… (il n’y a qu’à Mme de Staël que ça a été permis… et il y a si longtemps…) une protestante !… allons donc !… et tous les protestants, orthodoxes ou pas, se dressent comme un seul homme… on évoque l’ombre des illustrations du parti… tout le monde est fourré dans l’affaire, depuis Luther jusqu’à Guizot… en passant par Mélanchthon, Wolf, Leibniz, Schelling, Fichte, etc., etc…

(Gil Blas)

Moutons du Berry (marqués sur le nez comme les)

France, 1907 : Fleury donne ainsi l’étymologie de cette expression : « Les bergers de la province du Berry ont coutume de marquer leurs moutons sur le nez pour les reconnaître. On a fait un proverbe de cet usage, que l’on employe de ceux qui par querelle ou autre accident sont marqués au nez. » Autre dicton plus impertinent pour les Berrichons : « Quatre-vingts moutons et un Champenois font cent bêtes, d’aucuns par malice font d’un Berrichon la centième. »

Mufle

Rigaud, 1881 : Mal élevé, grossier personnage. Le peuple prononce mufe.

France, 1907 : Gymnastique. Poudre de mufle, résine ; argot de l’École navale.

France, 1907 : Homme mal élevé, grossier et hôte, digne d’avoir un mufle au lieu de figure.

Le dimanche, c’est le jour de sortie des mufles. On ouvre les portes toutes grandes et on les lâche. Ils circulent, ils font ce qu’ils veulent. On ne voit que des gens laids, mal habillés, gauches, qui parlent fort et qui rient bête. Ils ont un nom : les endimanchés. Ils sont en récréation. Les jardins publics, les avenues, les boulevards, les cafés leur appartiennent. Ils envahissent les musées et ils disent devant la Joconde ou la Victoire de Samothrace des choses écœurantes, à taper dessus. Des brutes joviales. Les parents se mettent le doigt dans l’œil et les enfants dans le nez. Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? D’où sortent-ils ? C’est de l’humanité inférieure.

(Henri Lavedan)

On dit et écrit à tort muffe.

Ceux qui tuent journellement, lentement, des travailleurs, par économie sur le matériel ou sur le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes ad hoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident…
Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eût pu y être — et font passer les anarchistes pour des muffes, ce qui nuit toujours à l’avenir d’un parti.

(Séverine, Le Journal)

Mycophile

France, 1907 : « C’est le nom que se donnent entre eux les amateurs de champignons (du grec mukès, champignon, et philein, aimer). Les mycophiles sont légion. Malgré les accidents signalés annuellement par les journaux, ils n’en continuent pas moins de récolter et de savourer les mystérieux cryptogames qui foisonnent sous bois et offrent aux regards des observateurs le curieux assemblage des vertus les plus exquises et des plus détestables caractères. Ce bizarre monde végétal a plus d’une analogie avec la société humaine ; les pires scélérats y vivent côte à côte avec les braves gens et déguisent hypocritement sous d’honnêtes apparences leur naturel pernicieux. Il faut un flair subtil et une savante sagacité pour discerner les bons des méchants dans cette foule bigarrée. »

(André Theuriet)

Opportunisme

Rigaud, 1881 : Politique expectante d’un groupe de républicains qui, sans rien sacrifier… que les principes des autres, attendent patiemment l’occasion favorable pour faire prévaloir leurs idées, et trouvent qu’il est toujours opportun d’occuper une excellente place, et au besoin plusieurs places.

France, 1907 : Ligne de conduite politique consistant à profiter de l’opportunité qui se présente, de quelque côté qu’elle vienne. Alphonse Karr, à la naissance de ce parti, l’a défini en une phrase concise et d’une saisissante vérité : « L’opportunisme, c’est Marat jouant Tartuffe. »

Le pays a l’opportunisme comme un individu a certaines maladies que je ne veux nommer ; et notez bien que depuis quinze ans, tous ces scandales, les décorations, le Panama, et plus récemment l’anarchie, ne sont que les accidents secondaires ou tertiaires de la même maladie honteuse, l’opportunisme !

(Maurice Donnay, 1892)

Ah ! la République, si elle savait son métier… de République ! Si une bonne fois, une fois pour toutes, elle se dégageait d’un coup d’épaule de tous ces vieux fils élimés et pourris de la routine, de la tradition, de l’ordre établi, des usages anciens, et de la révérence historique, dont l’opportunisme lui ficelle les bras et les jambes, si elle osait oser, agir, marcher et vivre ! Que de forces perdues s’éparpillent autour d’elle !

(Émile Bergerat)

L’électeur. — Mon cher député, nos amis se plaignent de votre conduite.
— Comment cela ?
— Oui, vous tournez au radicalisme.
— Oh ! en ce moment, c’est faire acte d’opportunisme.

(Rouge et Noir)

Peau courte (avoir la)

Virmaître, 1894 : Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots. Mot à mot : péter (Argot du peuple).

France, 1907 : Elle se crève et il en sort un vent ; euphémisme populaire pour péter.

Pendre

d’Hautel, 1808 : Cela lui pend au nez comme une citrouille. Pour, cela ne peut lui échapper ; c’est inévitable.
Par compagnie, on se fait pendre. Se dit quand on fait quelque chose d’illicite pour complaire à sa compagnie.
Il se feroit pendre pour cela. Se dit pour exprimer la passion de quelqu’un pour un objet quel conque.
Il est toujours pendu à sa ceinture. Se dit ironiquement de quelqu’un qui accompagne continuellement une personne, qui la suit partout.
Il y a de quoi se pendre. Se dit par exagération d’un évènement désespérant ; de quelque chose qui excite le dépit, et pour marquer le regret qu’on a d’avoir manqué une occasion favorable.
Je veux être pendu, etc. Espèce de serment que l’on fait pour affirmer quelque chose.
Dire pis que pendre de quelqu’un. Ternir sa réputation par des médisances, de noires calomnies.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, vous êtes menacé du même accident.
Il est sec comme un pendu. Se dit d’un homme d’une extrême maigreur.
Il a sur lui de la corde de pendu. Se dit d’un homme qui a du bonheur au jeu ; qui y gagne beaucoup, et généralement de ceux qui réussissent dans toutes leurs entreprises.

Pendre au nez

Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot du peuple — à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé. On a dit autrefois Pendre aux oreilles. (V. le Tempérament, 1755)

Pique-prunes

Rossignol, 1901 : Tailleur.

France, 1907 : Sobriquet populaire donné aux tailleurs à qui l’on applique également ceux de gobe-prunes, mangeur de prunes et pique-poux. « Pour l’expression pique-prunes, on est porté à voir là, dit Gustave Fustier dans l’Écho du Public, une comparaison du va-et-vient de l’aiguille au va-et-vient des prunes prises et mangées une à une. » On dit aussi gobe-prunes.

— Je te vaux bien : tu es fille d’un tailleur de Saragosse et moi je suis le petit-fils d’un tailleur d’Arras ; j’ai été moi-même gobe-prunes.

(Supplément aux Mémoires de Vidocq ; citation de Gustave Fustier)

Une autre explication a été donnée par M. Paul Homo : « Le mot pique-prunes, dit-il, s’applique aussi à propos des vêtements usagés, réparés par les taillassons et spécialement pour les pantalons, en admettant que l’on répare une déchirure à l’entre-jambes et sur le client même : l’ouvrier pouvant, accidentellement, piquer les testicules. »

Porte-pages

Boutmy, 1883 : s. m. Papier plié en plusieurs doubles, que l’on place sous les pages ou les paquets simplement liés, pour les transporter sans accident.

Qui vanne sans son ressemble à Babion

France, 1907 : Ce vieux dicton, que l’on répète encore en certaines provinces, sans en connaître l’origine, signifie qu’il ne faut pas faire de choses inutiles comme le nommé Babion, prêtre païen d’une comédie du XIIe siècle (Comedia Babionis), qui, devenu éperdument amoureux de sa pupille, la jeune Viola, la… viola, peut-être avec le consentement d’icelle, mais ayant eu son chien témoin de l’accident, le bourrait de friandises et des meilleurs morceaux de sa table, pour qu’il gardât le secret des choses qu’il avait vues.

Rabat-joie

d’Hautel, 1808 : Accident, évènement fâcheux qui vient troubler la joie, le divertissement, les plaisirs.
Un père rabat-joie. Un grondeur, un homme sévère, rébarbatif ; jaloux de la joie et du plaisir des autres.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mélancolique ou grondeur, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Père Rabat-joie.

Rapide (le)

Rigaud, 1881 : Train rapide sur les grandes lignes de chemins de fer. Le rapide marche un peu plus vite que l’express, sans plus d’accidents que les trains de banlieue.

Répandre (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’étaler dans le ruisseau ; tomber, soit par accident, soit parce qu’on est ivre. L’expression est âgée de plus d’un siècle. Elle signifie aussi Mourir.

France, 1907 : S’étaler dans le ruisseau, soit par accident, soit par ivresse ; argot populaire.

Ruette au pain

Larchey, 1865 : Gorge.

Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j’avais la ruette au pain barrée, par quelque accident.

(Delvau)

Saints de glace

France, 1907 : On appelle ainsi saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais dont les fêtes tombent les 11, 12 et 13 mai, jours auxquels il se fait spécialement dans le centre de la France et en Allemagne des froids qui ne sont pas de saison.
Les météorologistes expliquent ainsi les intempéries dans cette période lunaire qui commence en avril et finit en mai :

Chaque année la terre, dans le parcours de son vaste orbite autour du soleil, passe par deux points critiques : les saints de glace et l’été de la Saint-Martin (novembre-décembre et avril-mai).
Lorsque la terre est à l’extrémité de cet axe oblique correspondant à l’été de la Saint-Martin, elle reçoit, comme le ferait un réflecteur, toutes les tiédeurs du rayonnement solaire.
Mais quand elle est à l’autre extrémité, là où demeurent les saints de glace légendaires, par une combinaison céleste spéciale, il se rencontre entre la terre et le soleil un paquet de pulvéries, de nébuleuses, de quelque matière cosmique, d’astéroïdes, peut-être, qui forme écran entre notre planète et notre grand calorifère. Alors ce sont, dès que le ciel est clair, les abaissements de température, les gelées nocturnes, les accidents variés, que redoutent si fort, et à si juste titre, les agriculteurs, et dont on dit, faute de mieux, afin de tâcher d’en prendre son parti : « C’est la lune rousse ! »

Soupeuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme galante qui a pour spécialité de lever les hommes au souper, — c’est-à-dire de faire espalier avec d’autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d’être priée à souper par les gens qui n’aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse aune prime par chaque tête de bétail qu’elle amène au restaurant.

France, 1907 : Demi-mondaine qui fréquente la gomme et soupe avec les viveurs.

Il est rare que la soupeuse soit en carte. Il faut pour cela qu’un accident lui soit arrivé, qu’elle ait été prise dans une rafle, par hasard, au sortir d’une orgie de chez Baratte ou de chez Bordier. Rentrée chez elle à huit ou neuf heures du matin, elle se lève pour dîner à six heures, et ne sort qu’à dix pour aller directement dans un café connu d’elle où elle pourra attendre le moment du labeur quotidien.

(Le Matin)

Tableau !

Boutmy, 1883 : Exclamation par laquelle on exprime la surprise ou la joie maligne que l’on éprouve à la vue d’un accident risible arrivé à un ou à plusieurs de ses confrères.

Teuf-teuf

France, 1907 : Automobile ; onomatopée.

On court en wagon les mêmes dangers qu’en automobile. Les chemins de fer font en une seule fois, en gros, les victimes que le teuf-teuf, la bicyclette et les chevaux emportés font pendant toute l’année en détail.
— Soyez sûr que des gens ont condamné les chemins de fer après les premiers accidents qu’ils occasionnèrent, celui de la ligne de Versailles, notamment, où trouva la mort Dumont d’Urville, en 1842. Est-ce que cela a empêché la France de se couvrir de voies ferrées ? Il en sera de même pour l’automobilisme, dont l’avenir n’est pas compromis par des accidents auxquels on accorde une importance exagérée.
Et mon interlocuteur s’étant rassuré, en même temps qu’il rassurait sa famille, sauta dans son teuf-teuf qui s’ébroua un instant et disparut dans un nuage de poussière dont la suave odeur de pétrole corrigeait l’âcreté.

(Lucien Descaves)

Tu parles !

France, 1907 : Expression populaire signifiant : « Je t’écoute », « ce que tu dis est bien », « je t’approuve ».
Une jeune fille victime d’un accident de chemin de fer, sur la ligne d’Orléans, réclamait, de ce fait, à la Compagnie, une indemnité de 40.000 francs.
La 4e chambre du tribunal civil a fait droit à sa demande, en reconnaissant, dans un de ses considérants, que ladite jeune fille, ayant une jambe broyée, « avait subi une dépréciation, au point de vue matrimonial ».
Tu parles !…

Tuile

d’Hautel, 1808 : Il ne trouveroit pas du feu sur une tuile. Se dit d’un homme mal famé, qui n’inspire aucune confiance, et auquel on ne rendroit pas le moindre service.

M.D., 1844 : Une assiette.

Larchey, 1865 : Accident. — Allusion à la tuile qui tombe d’un toit sur la tête du premier passant venu.

La tuile est forte, Mais on peut s’en relever.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Assiette, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Platine.

Delvau, 1866 : s. f. Chapeau, — dans l’argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du corps humain. Les voyous anglais ont le même mot : Tile.

Rigaud, 1881 : Chapeau. — Assiette, — dans l’argot des francs-maçons. — Tuileau, casquette.

Rigaud, 1881 : Contre-temps, événement fâcheux.

La Rue, 1894 : Accident, événement fâcheux. Chapeau. Assiette.

Virmaître, 1894 : Malheur qui arrive à quelqu’un.
— J’ai perdu mon porte-monnaie, quelle tuile !
Quand il arrive inopinément une douzaine de personnes à dîner, lorsqu’il n’y en a que pour deux, la ménagère dit :
— Quelle tuile nous tombe sur la tête (Argot du peuple).

France, 1907 : Accident, obstacle, chose imprévue. Il y a tuiles et tuiles. On nomme tuile, par exemple, un gros lot qui tombe du ciel ou un oncle d’Amérique qui arrive au moment où l’on y pense le moins.
Un ennui qui vous arrive, s’appelle tuile aussi. Un fâcheux, quelle tuile !!!
Ces tuiles-là sont bien distinctes ; on les nomme, au figuré, bonnes ou mauvaises tuiles.

La Providence, que vous n’attendiez pas là sans doute, mais qui est partout et qui nous aime encore plus que nous ne nous aimons nous-mêmes, ne manque pas pourtant de nous gratifier d’une foule de désagréments subits, vulgairement appelés tuiles.

(P. Bernard, L’Homme à tout faire)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique