Delvau, 1866 : v. n. et a. Manger ou boire abondamment.
Absorber
Alcoolique
Rigaud, 1881 : Pour alcoolisé. Ivrogne imbu des principes alcooliques, saturé de trois-six, récipient humain à absinthe, — dans le jargon des médecins. La passion de l’alcool est tellement impérieuse chez certains ivrognes, qu’ils arrivent, faute de mieux, à absorber de l’alcool camphré. On en a vu même, en extase devant la boutique des pharmaciens, faire les yeux doux aux bocaux à fœtus et à vers solitaires.
Coller (se)
Delvau, 1864 : S’unir charnellement, au moyen de la « moiteuse colle » que vous savez. — Cette expression, qui s’applique spécialement aux chiens, lesquels, après le coït, se trouvent soudés mutuellement, cul à cul, à la grand-joie des polissons et au grand scandale des bégueules, cette expression est passée dans le langage courant moderne pour désigner l’union illicite d’un homme et d’une femme. Que de gens croyaient ne s’être rencontrés que pour se quitter, qui sont restés collés toute leur vie !
Delvau, 1866 : v. réfl. Se lier trop facilement ; foire commerce d’amitié avec des gens qui n’y sont pas disposés.
Delvau, 1866 : v. réfl. Se placer quelque part et n’en pas bouger.
Rigaud, 1881 : Absorber, avaler.
J’ai pris du Tokai… à six francs la bouteille : je m’en suis collé deux.
(E. Labiche et Ph. Gille, Les Trente millions de Gladiator)
Colle-toi ça dans le fusil.
(V. Hugo)
Rigaud, 1881 : Arriver à vivre en état de concubinage.
France, 1907 : S’unir librement.
Maintenant, ses parents étaient partis loin de Paris, l’épicier ayant mis la clé sous la porte, et Solange vivait maritalement avec Camille. Le lis, en perdant sa pureté, avait en même temps perdu sa position de « première ». Le moyen, en effet, d’aller travailler chaque matin, lorsqu’on s’est collée avec un gaillard faisant de la nuit le jour ?
(Paul Alexis)
Donner du cœur au ventre
France, 1907 : Donner de l’aplomb, inspirer du courage.
— Moi, j’me disais : Faut ben que j’trouve la veine, nom de nom ! Oui, moi, la femme et les petits, nous sommes tous ad patres avant six mois. Et ça me donnait du cœur au ventre, fallait voir ! Là, voulez-vous que j’vous dise ? Faut que l’ouvrier mange bien, boive bien et rigole un brun pour bien travailler après. Tout le reste, c’est des histoires !
(Camille Lemonnier, Happe-chair)
La façon de procéder des tireurs espagnols est la même que celle de leurs congénères anglais. Les uns et les autres, après avoir vérifié le contenu de quelques bons porte-monnaie ou portefeuilles enlevés, vont au premier cabaret venu absorber quelques verres de liqueur, pour se donner du cœur au ventre, comme disent les agents, et recommencer leur néfaste besogne.
(G. Macé, Un Joli monde)
Enflaneller (s’)
Rigaud, 1881 : Absorber une boisson chaude. Mot à mot : une boisson qui remplace le gilet de flanelle.
Une nuit de mardi gras, je m’assis à une table, — dans la galerie en face de l’orchestre, — sur laquelle le Temps et Cybèle venaient de s’enflaneller de deux grogs américains.
(P. Mahalin, Au Bal masqué.)
Gammer
France, 1907 : Manger ; terme de marine dont le passage suivant donne l’explication :
Les capitaines s’invitent à dîner par signaux appropriés à ce langage : on hisse à la corne de brigantine un jambon, une dame-jeanne, ce qui veut dire : — Je puis vous recevoir ; — sinon, le pavillon en berne signifie : — J’ai du biscuit et de la viande salée à votre service ; invitez-moi, j’absorberais volontiers quelque repas meilleur. — On masque donc le grand hunier ; puis on gamme, selon l’expression consacrée, c’est dire que les uns vont visiter les autres.
(Te Goumi Niho-Touka, Les Baleiniers)
Jus de tarentule
France, 1907 : Boisson fort en usage dans le Far-West. Le jus de tarentule se fait avec deux quarts d’alcool, quelques pêches brûlées, une carotte de tabac noir, le tout mis dans un baril, où l’on verse cinq gallons d’eau. Trappeurs et Indiens raffolent de cette décoction, certainement le mélange le plus capiteux que l’on puisse imaginer. Si l’on s’enivre, l’ivresse ne dure pas moins d’une semaine.
Nous poussâmes nos chevaux dans la rivière qu’ils traversèrent à la nage… L’eau étant glaciale et la quantité le jus de tarentule que nous dûmes absorber pour entretenir la circulation fut surprenante.
(Hector France, Chez les Indiens)
Pompier
Larchey, 1865 : Ouvrier tailleur travaillant à la journée.
Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes ; la petite, pour les pantalons et gilets.
(Roger de Beauvoir)
Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards, — dans l’argot des tailleurs. Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.
Delvau, 1866 : s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l’École polytechnique. Pompier d’honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l’École, au commencement du mois de mai.
Rigaud, 1881 : Élève qui se prépare au baccalauréat, — dans le jargon du collège. — Ainsi dénommé à cause de la masse des connaissances que ses examens le forcent d’absorber. (Albanès)
Rigaud, 1881 : Mélange de vermout et de cassis, boisson très appréciée des voyageurs de commerce.
Rigaud, 1881 : Mouchoir. — Pompier de service, mouchoir très sale.
Rigaud, 1881 : Ouvrier tailleur chargé de retoucher les vêtements.
Il y a la grande et la petite pompe : la grande pour les habits et redingotes, la petite pour les pantalons et les gilets.
(R. de Beauvoir, cité par L. Larchey)
Rigaud, 1881 : Tapage organisé et accompagné de chants, — dans l’argot de l’École. Piquer un pompier, se livrer à une bruyante manifestation. (L. Larchey)
Fustier, 1889 : Dans l’argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.
Fustier, 1889 : Membre de l’Institut de France.
Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l’Institut. Au feu ! au feu ! Voilà un pompier.
(J. Claretie, Le Million)
La Rue, 1894 : Mouchoir. Ivrogne. Bruyante manifestation.
France, 1907 : Ivrogne. Il pompe. Argot populaire.
France, 1907 : Mélange de vermouth et de cassis ; argot des mastroquets.
France, 1907 : Membre de l’Institut.
France, 1907 : Mouchoir de poche.
France, 1907 : Ouvrier tailleur employé aux réparations des vêtements mal confectionnés.
France, 1907 : Peintre de la vieille école académique, appelé ainsi à cause des casques dont sont coiffés les héros de la Grèce et de Rome ; argot des ateliers. Par extension, on appelle ainsi en littérature un auteur attaché aux vieux modèles, un classique.
Je me suis laissé appeler pompier. Pour peu que l’argot des ateliers et du boulevard vous soit familier, il ne vous échappera pas que c’est là un qualificatif accablant. Pompier, dans son énergique concision, signifie que j’aime comme une ganache, et que j’exprime avec un lyrisme de savetier certaines idées vieillottes, dont n’est pas dupe le dilettantisme tout à fait supérieur du penseur qui me traitait ainsi.
(George Duruy, Le Figaro)
On emploie aussi ce mot adjectivement.
Racine, un grand poète ! Ç’a l’air pompier, d’écrire cette vérité. Ce ne l’est pas. Rappelez-vous le jugement frivole et féminin par lequel Mme de Sévigné condamnait Racine à cultiver de peu vivaces caféiers, le mot railleur de La Bruyère : « Racine est un poète et Corneille est Corneille » ; et, sans aller si loin, songez à l’époque où Racine fut déclaré par les poètes romantiques : un « sale polisson ».
(Le Journal)
France, 1907 : Terme injurieux appliqué dans les régiments aux conscrits maladroits et d’un mauvaise tournure ; allusion non aux sapeurs-pompiers de Paris, corps d’élite, mais aux pompiers de Nanterre et autres localités de province où la tenue et la correction laissent à désirer et que la chanson et l’image ont caricaturés.
— Appuyez à droite, appuyez ! hurlait le sous-officier de semaine. Le sept, le huit, le neuf, le dix, le onze et le douze, en arrière ! Et toute la bande, là-bas, demandez-moi ce qu’ils fabriquent. Voulez-vous appuyer, tonnerre ! Encore ! Encore, donc !… Pompiers, va ! Là ! c’est bien ! Assez ! ne bougez plus.
(Georges Courteline)
Popote
Larchey, 1865 : Table d’hôte, gâchis, ratatouille.
Delvau, 1866 : adj. Médiocre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : s. f. Cuisine, — dans l’argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse : le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc. Signifie aussi Table d’hôte.
Rigaud, 1881 : Cuisine de pauvre et pauvre cuisine. — Faire la popote, se réunir pour faire un maigre repas à frais communs.
Merlin, 1888 : Cuisine. — Faire la popote.
La Rue, 1894 : Cuisine. Table d’hôte. Être en popote. Être en ménage. Se dit aussi d’une réunion d’officiers qui font faire leurs repas par un soldat.
Rossignol, 1901 : Femme d’intérieur qui aime son chez soi et la vie de famille.
France, 1907 : Table particulière où des personnes de même profession se réunissent sans avoir recours à un restaurateur. « Faire popote. » Par amplification, on appelle popote les tables d’hôte.
Adieu la bohème, Monsieur ! Nous n’en sommes plus aux braves cabotins du boulevard du Temple qui s’établissaient en commun, faisaient la popote ensemble, formaient une smala de célibataires, se partageaient la direction de la communauté, l’un d’entre eux, par exemple, étant chargé de la cuisine et cela pour arriver à vivre avec économie, à mettre, comme on dit, les deux bouts. Les comédiens d’aujourd’hui, fichtre !… Quelques-uns sont de bons négociants et savent compter comme des inspecteurs des finances.
(Jules Claretie, Brichanteau)
On mange dix à la gamelle
Lorsqu’on fait la popote au camp ;
Mais la faut avoir d’la prunelle
Pour absorber son contingent.
Dumanet pour la boustifaille
Mang’ bien deux cuillers à la fois ;
Aussi, pour que moins vite il aille,
il reçoit des coups d’louch’ sur les doigts.
(Griolet)
Sécher
Delvau, 1866 : v. n. Être fruit sec, — dans l’argot des Polytechniciens.
Rigaud, 1881 : Ennuyer.
Voilà deux heures que vous séchez les ouvriers chez eux.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres)
On dit encore plus familièrement : Tu me sèches ta tata.
Fustier, 1889 : Boire.
Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.
(Figaro, 1882)
La Rue, 1894 : Boire. Être en prison. Sécher l’école, ne pas y aller. Sécher un devoir, ne pas le faire.
France, 1907 : Boire. Sécher un verre, le vider, le rendre sec.
Il séchait des bocks à faire croire que son gosier était capable d’absorber le canal Saint-Martin.
(Mémoires de M. Claude)
France, 1907 : Manquer à. Sécher de lycée, faire l’école buissonnière. Sécher le bureau, y manquer.
— N’empêche qu’elle est dans la désolation. Elle est allée chez le commissaire ; elle est allée à la Morgue ; elle est allée dans les journaux. Y en a qui se fichent d’elle au lieu de la plaindre, et qui lui demandent si c’est Dieu possible de se tourner les sangs de cette façon, parce qu’un gaillard de vingt et un ans a séché son atelier et a oublié de rentrer coucher chez maman…
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
France, 1907 : Ne pas réussir dans ses examens : sortir fruit sec ; argot des écoles militaires.
Par extension, sécher signifie aussi priver de quelque chose. Ainsi les conscrits, durant la première semaine, sont chaque année séchés de poulet par les anciens.
(L’Argot de l’X)
Train direct coupé
Rigaud, 1881 : Un litre de vin en deux verres, — dans le jargon des bouchers. — Train direct sec, un litre en un verre. Chez les marchands de vin de la Villette, il existe des verres de la capacité d’un demi-litre et même d’un litre. Quand les bouchers viennent de faire un bœuf, il leur arrive souvent d’absorber, d’un trait, un train direct coupé et même un train direct sec. À la fin de la journée certains bouchers ont ainsi donné l’hospitalité à six ou sept litres de vin.
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