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Abrutir sur (s’)

Rigaud, 1881 : Faire traîner un ouvrage en longueur ; même signification que s’endormir sur le rôti, mais plus courte et plus énergique.

Fustier, 1889 : Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J’y ajouterai le sens de : étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Bocker

Rigaud, 1881 : Prendre des bocks.

Ne pas bocker le soir ! mais mon chat, pourquoi ne m’envoies-tu pas en province tout de suite ?

(Darjou, Croquis parisiens)

France, 1907 : S’abrutir comme les Allemands en vidant des bocks de bière en nombre infini.

Boissonner

d’Hautel, 1808 : Siroter ; gobelotter ; se laisser abrutir par le vin.

Larchey, 1865 : Boire avec excès (d’Hautel).

Dites donc, voisin, on a un peu boissonné chez vous hier ?

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. n. Boire plus que de raison.

France, 1907 : Boire outre mesure.

Bourrique

d’Hautel, 1808 : Sotte bête, ignorant, stupide à l’excès.
C’est une vraie bourrique. Pour dire un âne fieffé.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui calomnie l’âne. Tourner en bourrique. S’abrutir ne plus savoir ce que l’on fait. Faire tourner quelqu’un en bourrique. L’obséder de reproches ou d’exigences ridicules.

Rigaud, 1881 : Agent de police, — dans le jargon des voleurs. L’agent de police bourre le voleur, d’où le surnom de bourrique.

Nous sommes tous les victimes des bourriques.

(La France, du 13 mars 1879)

La Rue, 1894 : Agent de police. Dénonciateur.

Virmaître, 1894 : Indicateur (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Agent de police et indicateur. Celui qui signale ou fait connaître des voleurs est une bourrique.

Hayard, 1907 : Indicateur de la police.

France, 1907 : Agent de la sûreté, délateur, sans doute par allusion aux oreilles, les mouchards écoutant aux portes. Tourner en bourrique, devenir stupide. Faire tourner quelqu’un en bourrique, lui faire perdre la tête par des reproches, des exigences ou des caprices.

Qu’on blague mon goût si l’on veut,
Mais j’aime la liberté franche ;
Fier comme un oiseau sur la branche,
Je peux bien formuler mon vœu.
Loin de tous les flics, des bourriques,
J’ai le droit d’aller dans les bois
Pour narguer la rousse aux abois
Et pour elle couper des triques.

(Edmond Bourgeois)

anon., 1907 : Agent de la sûreté.

Bourrique (tourner en)

Larchey, 1865 : Abrutir.

C’est ce gueux de Cabrion qui l’abrutit… Il le fera bien sûr tourner en bourrique.

(E. Sue)

Embistrouiller

France, 1907 : Embarrasser.

La politique c’est tout l’opposé du socialisme ; c’est l’art d’embistrouiller le populo, de lui faire avaler des couleuvres, de le mener par bout du nez, de l’abrutir, de le mater s’il se rebiffe… tout ça s’exprime d’un seul mot, gouverner.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Huître

d’Hautel, 1808 : C’est une huître à l’écaille. C’est-à-dire, un niais, un sot, un stupide qui n’est propre à rien.

Delvau, 1864 : Le con qui sent la marée, s’ouvre et se referme sur le doigt du pêcheur ; sa morsure, quoique douce, est parfois venimeuse.

D’une huître qui te plaira fort,
Je vais te montrer les coquilles.

(É. Debraux)

Larchey, 1865 : Graillon, imbécile. — Huitrifier : Abrutir.

Il poursuivit de tant de plaisanteries ce qu’il appellait le parti des huîtres.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête des gens. Le parti des huîtres. Nom qu’on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits, — et attachés à leurs bancs.

Delvau, 1866 : s. f. Mucosité expectorée, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques acéphales. Faire des huîtres. Cracher beaucoup et malproprement.

Rigaud, 1881 : Crachat très épais. Huître de poitrinaire, crachat de poitrinaire. — Huître de Varenne, fève. — Huîtres de gueux, escargots à la bourguignonne.

France, 1907 : Expectoration épaisse.

France, 1907 : Imbécile.
Cueilli dans la vitrine d’un marchand de vin, faubourg Montmartre :

Les huîtres sont à l’intérieur.

Les passants lisent l’avis et pressent le pas.

France, 1907 : Nature de la femme Voir Leuclie.

Huîtrifier

France, 1907 : Abrutir.

Humanités (faire ses)

France, 1907 : Abrutir sa jeunesse sur les bancs de l’école ; se fausser l’intelligence et s’atrophier les muscles.

La langue française est adroite
Et pleine de subtilités :
Être enfermé dans une boîte,
C’est faire ses humanités.
J’entends dire à de bons apôtres
Qui semblent envier leur sort :
« Mais c’était le bon temps ! » À d’autres !
Le bon temps, c’est quand on en sort.

(Jacques Rédelsperger)

Pelotage

Rigaud, 1881 : Flatterie. — Lascif égarement des mains. « À bas les pattes, pas de pelotage, ça porte malheur ! » ont l’habitude de dire les demoiselles qui n’ont pas celle de se laisser séduire par de belles paroles.

France, 1907 : Action de tâter, de caresser les rondeurs d’une fille où d’une femme. « Il y a du pelolage », se dit d’une personne dodue.

Les pelolages de la Russie ont fini de nous abrutir : l’Orient a déteint sur nos tronches ! Or, comme dans les patelins asiatiques la vie humaine ne pèse pas plus qu’un grain de sable et qu’en fait de liberté y à peau de zébi, on s’accoutume à chérir l’esclavage et à considérer notre carcasse comme étant un ustensile dont les puissances usent et abusent.

(Le Père Peinard)

Sac

d’Hautel, 1808 : Il a pris son sac et ses quilles. Pour dire, il s’en est allé ; il n’a pas demandé son reste ; il a décampé au plus vite.
On dit aussi d’un homme que l’on a congédié, qu’on lui a donné son sac.
Il ne peut rien sortir de bon d’un sac à charbon.
Pour dire que d’un rustre, d’un butor, d’un grossier personnage, il ne faut attendre ni politesse, ni civilité.
Votre affaire est dans le sac. Pour dire, est faite, a réussi, est bâclée.
Un sac à vin. Un ivrogne de profession, un homme qui se laisse abrutir par le vin.
Voir le fond du sac. Pénétrer le secret d’une affaire.
C’est un sac percé. Pour dire, un dissipateur, un dépensier, un prodigue.
Autant pêche celui qui tient le sac que celui qui met dedans. Signifie que les receleurs méritent le même châtiment que les voleurs.

Delvau, 1864 : Le ventre. — On dit d’une femme enceinte : Elle en a plein son sac.

La jeune garce en eut plein son sac.

(Marguerite de Navarre)

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu. Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l’argent. Homme au sac. Homme qui vient d’hériter.

Delvau, 1866 : s. m. Renvoi, congé, — dans l’argot des ouvriers. Avoir son sac. Être renvoyé d’un atelier. Donner son sac. Remercier un patron.

Rigaud, 1881 : Ventre. — Avoir le sac plein, avoir le ventre plein.

La Rue, 1894 : Argent. Congre. Éternuer dans le sac, être guillotiné. Avoir son sac, être ivre.

Virmaître, 1894 : L’affaire est dans le sac, elle est conclue. Être pris en flagrant délit de vol, c’est avoir son affaire dans le sac. Être laide ou jolie, c’est être ou n’être pas dans le sac. Il y a une vieille chanson là-dessus :

Ell’ n’est pas mal
Pour foutre dans l’canal.
Elle est encore mieux
Pour foutr’ dans les lieux. (Argot du peuple).

France, 1907 : Cent francs.

Sonneur

d’Hautel, 1808 : Boire comme un sonneur. C’est-à-dire, se laisser abrutir par le vin, comme le font les gens de cette condition.

France, 1907 : Musicien.

Les sonneurs, qui sont : un violon, un tambourin, une musette, dite bigniou, un hautbois, s’asseyèrent sur une estrade ainsi que les juges choisis parmi de vieux lutteurs, parmi les notabilités de l’endroit et les puissances temporelles et civiles : le maire, le notaire.

(Henri Rolland)

Ce mot s’employait autrefois pour chanteur. On trouve dans les Sérées de G. Bouchet, 1634 :

Cette liqueur que délivre
Apollon à ses sonneurs.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique