d’Hautel, 1808 : L’abondance. On appelle ainsi dans les pensions, la boisson que l’on sert aux écoliers pendant leurs repas.
Abondance de biens ne nuit pas. Signifie que quelque bien que l’on possède, on est toujours disposé à recevoir encore celui qui peut arriver.
Parler d’abondance de cœur. Parler avec facilité et sans préparation ; se décharger le cœur ; dire franchement à quelqu’un le sujet de ses peines.
De l’abondance du cœur la bouche parle. Signifie qu’il est difficile de ne pas bien parler d’une chose dont le cœur est plein.
Abondance
Aboulage acré
Vidocq, 1837 : s. f. — Abondance.
Abouler
Bras-de-Fer, 1829 : Compter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.
Clémens, 1840 : Venir de suite.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.
Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.
Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.
(Labiche)
Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :
Mais quant aux biscuits, aboulez.
(Balzac)
Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.
Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.
Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.
Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.
(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)
Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.
La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.
Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.
— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.
On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Donner.
Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.
Hayard, 1907 : Donner, à regret.
France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »
Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.
(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)
Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.
(Curiosité de l’étymologie française)
Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.
Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.
(Richepin, La Chanson des Gueux)
Il signifie également accoucher. — Voir Affouler
Baisser
d’Hautel, 1808 : On diroit qu’il n’y a qu’à se baisser et en prendre. Se dit par reproche a quelqu’un qui dépense le bien d’autrui avec profusion, sans aucun ménagement ; ou pour faire entendre qu’une chose est plus difficile à acquérir quelle le paroît. On dit aussi, Il n’a qu’à se baisser et en prendre ; pour exprimer qu’une personne est dans l’abondance, que rien ne manque à ses plaisirs, qu’on fournit à toutes ses dépenses.
Il ne se hausse ni ne se baisse. Se-dit d’un homme flegmatique et indolent, sur la physionomie duquel on ne voit jamais l’impression de la joie ou de la tristesse, de la peur ou de la surprise, qui, en un mot, semble inaccessible à tout sentiment, à toute sensation humaine.
Bauge
d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à bauge que veux-tu. Avoir de tout en abondance ; être dans un pays de cocagne.
anon., 1827 : Coffre.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Coffre, lit.
Bras-de-Fer, 1829 : Coffre.
Vidocq, 1837 : s. m. — Coffre.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Vidocq, 1837 : s. m. — Ventre.
Halbert, 1849 : Coffre.
Delvau, 1866 : s. f. Coffre, — dans l’argot des voleurs, qui ne craignent pas d’emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.
Delvau, 1866 : s. f. Ventre, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Ventre.
La Rue, 1894 : Malle. Coffre-fort.
France, 1907 : Bahut ; se dit aussi pour ventre.
Bec
d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Un oiseau à gros bec, Sobriquet bas et trivial que l’on donne à un goinfre, à un gourmand ; à un homme grossièrement ignorant.
Se refaire le bec. Prendre un bon repas ; s’en mettre jusqu’au nœud de le gorge.
Donner un coup de bec. Et plus souvent Un coup de patte. Censurer, satiriser quelqu’un ou quelque chose, quand on en trouve l’occasion.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’entretenir de promesses trompeuses ; le tenir dans l’attente l’alternative.
Avoir bon bec. Parler avec trop d’abondance, babiller, caqueter ; en dégoiser.
Avoir bec et ongles. Savoir repousser à propos une injure, soit par paroles, soit par les voies de faits.
Faire le bec à quelqu’un. Lui faire sa leçon ; lui apprendre ce qu’il doit dire ou répondre. Cette manière de parler signifie aussi corrompre quelqu’un ; le soudoyer pour l’engager au secret.
Mener quelqu’un par le bec. En disposer à volonté ; gouverner son esprit, se rendre maître de toutes ses actions.
Passer la plume par le bec à quelqu’un. Le fourber, le tromper, le friponner.
Larchey, 1865 : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.
Delvau, 1866 : s. m. Bouche, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Bouche, langue, langage, visage.
Quand ma muse est échauffée, elle n’a pas tant mauvais bec.
(St-Amant)
Passer devant le bec, ne pas participer à. Les bons morceaux lui passent devant le bec. — Trouilloter du bec, sentir mauvais de la bouche. Et les variantes : Schlinguer, puer repousser du bec, — avoir la rue du bec mal pavée, manquer de dents. — Se rincer le bec, boire. River le bec, imposer silence. Taire son bec, ne plus parler.
Voyons M’me Rabat-Joie, tais ton bec !… et qu’on vienne baiser son vainqueur !
(Gavarni)
France, 1907 : Bouche. Rincer le bec à quelqu’un, lui payer à boire ; se rincer le bec, boire ; tortiller du bec, manger ; chelinguer du bec, avoir mauvaise haleine ; avoir la rue du bec mal pavée, avoir les dents mal rangées ; se calfater le bec, manger ou boire, dans l’argot des voleurs ; ourler son bec, finir son travail, argot des matelots ; claquer du bec, n’avoir rien à manger, allusion aux cigognes qui font claquer leur bec lorsque la faim se fait sentir. Bec fin, gourmet ; river le bec, faire taire par des menaces ; taire son bec, cesser de parler ; avoir bon bec, avoir la langue bien pendue.
Prince, aux Dames parisiennes
De bien parler donnez le prix.
Quoi qu’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.
(François Villon)
Bouche
d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.
Bouteiller
Delvau, 1866 : v. n. Se dit des globules d’air, — des bouteilles, — que forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu’elle tombe avec abondance.
Camelot
d’Hautel, 1808 : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.
Ansiaume, 1821 : Marchand.
Le camelot est marloux, et puis il a deux gros cabots.
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand.
M.D., 1844 : Marchands des rues.
un détenu, 1846 : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.
Larchey, 1865 : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.
Rigaud, 1881 : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.
La Rue, 1894 : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.
France, 1907 : Marchand d’objets de peu de valeur qui vend dans les villages ou expose sur la voie publique. Le terme vient du grec camelos, chameau, par allusion au sac qu’il porte sur le dos et qui contient sa camelotte.
Depuis quelque temps, une véritable révolution s’accomplit dans les mœurs publiques. Dans les luttes politiques, un facteur nouveau s’est introduit et les procédés de polémique, les moyens de propagande et de conviction sont transformés du tout au tout.
Le camelot a pris dans l’ordre social qui lui est sinon due, au moins payée. L’ère du camelot est venue et les temps sont proches où le revolver sera l’agent le plus actif d’une propagande bien menée.
Le camelot n’a qu’un inconvénient ; il coûte cher. Dans les premiers temps de son accession à la vie publique, c’était à six francs par soirée qu’il débordait d’enthousiasme et fabriquait de la manifestation. Depuis les prix ont un peu baissé, vu l’abondance des sujets. Lors du dernier banquet, c’était à quatre francs la soirée mais on fournissait le revolver.
(La Lanterne, 1888)
Au-dessus de tout le bruit, du roulement des voitures, des grincements des essieux, des galopades des beaux chevaux rués dans le travail comme des ouvriers courageux, — au-dessus de tout, retentissaient les cris des camelots du crépuscule, l’annonce vociférée des crimes de la basse pègre, des vols de la haute, l’essor des derniers scandales.
(Gustave Geffroy)
Le camelot, c’est le Parisien pur sang… c’est lui qui vend les questions, les jouets nouveaux, les drapeaux aux jours de fête, les immortelles aux jours de deuil, les verres noircis aux jours d’éclipse… des cartes obscènes transparentes sur le boulevard et des images pieuses sur la place du Panthéon.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Il faisait un peu de tout… c’était un camelot, bricolant aujourd’hui des journaux illustrés, demain des plans de Paris, un autre jour offrant aux amateurs des cartes qualifiées de transparentes, débitant ensuite, coiffé d’un fez, des confiseries dites arabes ou des olives dans les cafés…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Chanoine
d’Hautel, 1808 : Vivre comme un chanoine. Mener une vie nonchalante et oisive ; vivre dans l’abondance et la retraite.
Delvau, 1866 : s. m. Rentier, — dans l’argot des voleurs. Au féminin, Chanoinesse.
Fustier, 1889 : Récidiviste des maisons centrales.
France, 1907 : Récidiviste. Chanoine de Monte-à-regret, condamné à mort.
Chiée
France, 1907 : Abondance, foule, dans le sens injurieux. Une chiée de tripoteurs ; une chiée de dévots sortait de l’église.
C’est en nivôse que les crétins et les jean-foutres de la gouvernance font commencer leur année. Turellement, elle débute par une chiée d’hypocrisies et de menteries. Des birbes de tout calibre s’enfarineront la gueule, pour faire des mamours à des types qu’ils ne peuvent voir en peinture.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Comblance
Delvau, 1866 : s. f. Abondance, excès, chose comble, — dans le même argot [des voleurs]. Par comblance. Par surcroît.
France, 1907 : Surcroit, en plus.
J’avais fait par comblance
Gironde largue capé.
Copie (pisseur de)
Rigaud, 1881 : Journaliste qui fait de l’abondance avec sa plume. — Un bon pisseur de copie écrit d’abondance et avec abondance sur n’importe quel sujet.
Débagouler
d’Hautel, 1808 : Au propre, dégueuler, vomir. Au figuré, parler sans ménagement, clabauder, en dégoiser.
On dit d’un bavard, d’un homme qui se plaît à dire des grossièretés, des injures, que quand il aura tout débagoulé, il finira par se taire.
Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Parler avec abondance.
France, 1907 : Parler.
Il montra le poing à la vision de cet inconnu hostile, débagoula un flot d’injures en sacrant effroyablement.
(C. Lemonnier)
Pour qu’on entende tes harangues,
Braille-les dans l’argot du jour ;
Pourquoi pas ? Tu dois, tour à tour,
Débagouler toutes les langues.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Dégobillis
d’Hautel, 1808 : Vomissement ; rejet des alimens que l’on a pris avec trop d’abondance. Le peuple dit par corruption, dégobillage.
Dégueuler
d’Hautel, 1808 : Terme bas et ignoble quand on l’applique à un être doué de raison, et qui signifie vomir, dégorger. On dit figurément d’un grossier, d’un butor qui se plait à dire des injures, qu’il ne fait que dégueuler.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Dénoncer ses complices.
France, 1907 : Parler avec abondance, comme si l’on vomissait ses paroles.
Réciter de mémoire une leçon du professeur, tout un chapitre de chimie : parler d’abondance sans s’inquiéter de comprendre ce que l’on dit. Certains « colleurs » prétendent coter l’intelligence de l’élève ; d’autres apprécient uniquement le dégueulage. Le comble de l’astuce est de dégueuler sa réponse, en s’exprimant avec une légère hésitation, afin de laisser croire qu’on a trouvé par réflexion la réponse à la question posée.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
France, 1907 : Vomir.
Françoise, qui toujours est prête
À faire entendre son caquet,
Veut crier plus haut ; un hoquet
Lui coupe soudain la parole,
Il redouble. — Oh ! lui dit Nicole,
Ne nous dégueulez pas au nez…
(J.-J. Vadé, Œuvres poissardes)
Flaquée
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; abondance d’une chose quelconque pour laquelle on a de l’aversion ; jatte d’eau que l’on jette sur la tête ou au visage de quelqu’un.
Flux
d’Hautel, 1808 : Un flux de paroles. Abondance de paroles ; discours vains et superflus.
Gogo (à)
Delvau, 1866 : adv. À profusion, en abondance.
France, 1907 : À profusion, en abonné.
— Console-toi, mon fils, ne quitte plus ta mère
Reste avec ton ami, fais ici bonne chère…
Aussi faisoit le drôle, il vivoit à gogo
Et jusques à midi restoit dans son dodo.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Gueuleton
Larchey, 1865 : Repas plantureux, dont on a plein la gueule. — Gueuletonner : Faire un gueuleton.
Je ne vous parle pas des bons gueuletons qu’elle se permet, car elle n’est pas grasse à lécher les murs.
(Vidal, 1833)
Chacun d’eux suivi de sa femme, À l’Image de Notre-Dame, firent un ample gueuleton.
(Vadé, 1788)
Delvau, 1866 : s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas. Fin gueuleton. Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.
Rigaud, 1881 : Dîner fin, dîner de fines gueules.
De temps en temps, je me donne la fantaisie d’un petit gueuleton.
(Cogniard frères, La Chatte blanche)
Gueuleton à chier partout, dîner succulent et copieux.
Hayard, 1907 : Bon repas.
France, 1907 : Repas plantureux où l’on s’en donné à pleine gueule.
Les Trouche alors régnèrent en maîtres. Ils achevèrent la conquête de la maison, ils pénétrèrent dans les coins les plus étroits. L’appartement de l’abbé fut seul respecté. Ils ne tremblaient que devant lui. Ce qui ne les empêchait pas d’inviter des amis, de faire des gueuletons qui duraient jusqu’à 2 heures du matin. Guillaume Porquier vint avec des bandes de tout jeunes gens. Olympe, malgré ses trente-sept ans, minaudait, et plus d’un collégien échappé la serra de fort prés, ce qui lui donnait des rires de femme chatouillée et heureuse. La maison devint pour elle un paradis.
(Émile Zola, La Conquête de Plassans)
Madame continua plus que jamais à n’arriver que pour le déjeuner, — ou même après, si ce jour-là l’un de ses nombreux et puissants protecteurs avait eu la suave idée de l’inviter à un gentil petit gueuleton en cabinet particulier.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Garnier, grand maître du fronton,
De l’astragale et du feston,
Demain, lâchant là mon planton,
Du fond de mon lointain canton
J’arriverai, tardif piéton,
Aidant mes pas de mon bâton,
Et précédé d’un mirliton,
Duilius du feuilleton,
Prendre part à son gueuleton
Qu’arrosera Le piqueton.
(Théophile Gautier, Épître à Garnier)
Hereux comme un coq en pâte
France, 1907 : Vivre dans l’abondance, n’avoir ni souci ni contrariété. Mais pourquoi cette expression coq en pâte ? « Les Manceaux — dit Ch. Ferrand — pourraient nous répondre, car dans leur campagnes on engraisse admirablement les poulardes et les poulets, à l’aide de pâtées substantielles dont les bestioles se gavent tellement qu’elles n’ont pas le temps de songer aux misères de ce monde. »
L’opération de mettre les coqs à la pâtée s’appelle empâter. Un coq empâté est un coq soumis au régime de l’engraissement. On voit de suite comment s’est formé le dicton. Coq empâté s’est transformé en coq en pâte.
(Dictionnaire des Curieux)
Mignon
d’Hautel, 1808 : Un mignon. Homme d’une lâche complaisance, asservi à d’infâmes caprices.
Un péché mignon. Inclination fautive dans laquelle on tombe à tout moment.
Argent mignon. Épargnes, économie, abondance d’argent comptant, que l’on dépense en frivolités, que l’on emploie à satisfaire ses moindres désirs.
Delvau, 1864 : Jeune pédéraste… passif. — Apollon à belles fesses. — L’histoire faisant mention des pages de Henri III, qui étaient non-seulement ses favoris, mais encore ses mignons, ne laisse pas de doute sur l’emploi qu’ils avaient auprès de leur maître.
Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ;… tantôt elle veut qu’où la traite comme un mignon… tantôt, etc…
(A. de Nerciat)
Petit fils, petit mignon, Mâle ou femelle, Je sais ton nom.
(Béranger)
Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clés d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.
(Parny)
France, 1907 : Jeune garçon servant aux plaisirs hors nature ; du celtique mion, amour, ou de l’ancien allemand minnia, même sens. Les mignons d’Henri III sont restés célèbres ; lorsqu’ils se battirent avez ceux du duc de Guise, on chanta dans les rues ce De profundis :
Que Dieu reçoive en son giron
Quélus, Schomberg et Maugiron !
D’ignobles débauches, entremêlées de capucinades et de coups d’épée, furent toute la vie de ces mignons, qui, du reste, moururent tous jeunes pour la plupart.
(Laroussse)
Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clefs d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.
(Piron)
Nage
d’Hautel, 1808 : Être en nage. Pour, être trempé de sueur, avoir une transpiration abondante.
Avoir de tout à nage pataud. C’est-à-dire, en abondance ; à bouche que veux-tu.
Il va à nage pataud. Se dit en plaisantant d’un homme qui est tombé dans l’eau, et qui fait des efforts pour s’en retirer.
Nager en grandes eaux
France, 1907 : Être dans l’abondance ; aller largement, se trouver en grandes occasions d’avancer ses affaires. Allusion aux eaux qui, plus elles sont grandes et profondes, plus elles offrent de facilité au nageur.
Paille
d’Hautel, 1808 : Cela se vend comme de la paille. Manière exagérée de dire qu’une marchandise a un grand débit, une grande vogue ; qu’on l’enlève.
Lorsqu’un auteur traite de son manuscrit avec un libraire, il ne cesse de répéter à ce dernier : monsieur, mon ouvrage est unique en son genre ; il se vendra, s’enlèvera comme de la paille ; imprimez, tirez à grand nombre… Mais malheur au trop crédule libraire qui se laisse aller à ces prophéties présomptueuses que l’on voit si rarement se réaliser.
Un homme de paille vaut une fille d’or. Se dit pour montrer la supériorité de l’homme sur la femme.
À la paille. Terme de soldat qui se dit quand l’exercice est fini, et qui équivaut à, allez vous-en ; allez vous reposer.
Il est dans la paille jusqu’au ventre. Se dit de quelqu’un qui est dans un lieu où il a toutes ses commodités, tout en abondance.
On dit dans le même sens, Ils sont comme rats en paille.
Tirer à la courte-paille. Se dit d’une chose que l’on tire au sort pour savoir à qui elle appartiendra.
Il a bien mis de la paille dans ses souliers. Se dit de quelqu’un qui s’est enrichi en fort peu de temps, et d’une manière illicite.
Il mourra sur la paille. Se dit d’un homme qui se ruine, qui dépense plus que sa fortune le lui permet.
Elle tire la paille. Se dit pour donner de la valeur à une chose quelconque, pour exprimer qu’elle est excellente, et par allusion à l’ambre, qui a la vertu de lever la paille.
Jeter la paille au vent. Ne savoir de quel côté on dirigera ses pas ; abandonner au hasard la marche d’une affaire.
Vidocq, 1837 : s. f. — Dentelle.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.
Delvau, 1866 : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bombage des cartes destiné à favoriser le coupage dans le pont. (Argot des grecs). Paille, dans leur jargon, est synonyme de pont.
France, 1907 : Bagatelle ; le mot est employé dans un sens ironique, signifiant justement le contraire. « Huit jours de clou ! Une paille à tirer ! »
France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs.
France, 1907 : Tricherie au jeu de cartes, consistant à en onduler une et à la placer de façon à la reconnaitre, d’où l’expression couper dans la paille. C’est la même filouterie que le pont : « couper dans le pont. »
Pallasseur
Delvau, 1866 : s. m. Faiseur de discours, bavard.
Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui a l’habitude de faire des phrases, des pallas.
La Rue, 1894 : Faiseur de belles phrases, de pallas.
Virmaître, 1894 : Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
— Gare aux inondations ! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).
France, 1907 : Beau discoureur, débiteur de panacée universelle.
Parlage
d’Hautel, 1808 : Pour bavardage, abondance de paroles inutiles, et qui n’ont le plus souvent ni rime ni raison.
France, 1907 : Paroles inutiles et sans portée. Discours funéraire.
Parlère
France, 1907 : Parlerie, babil, abondance de paroles oiseuses et inutiles.
Parlotterie
Delvau, 1866 : s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d’idées. L’expression est d’Honoré de Balzac.
Pays de cocagne
France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :
Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.
C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :
Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.
Terminons par cette fin de la satire de Boileau :
Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.
Pérou (ce n’est pas le)
Delvau, 1866 : Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie ironiquement à propos d’une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu’on lui vante trop. Se dit aussi à propos d’une affaire qui ne parait pas destinée à rapporter de gros bénéfices.
France, 1907 : Le n’est pas grand’-chose, ça n’a pas grande valeur. L’on sait que le Pérou a longtemps désigné l’endroit où l’or se trouvait en plus grande abondance. C’est de cette partie de l’Amérique méridionale qu’au XVIe et au XVIIe siècle les Espagnols tirèrent, à force de crimes et d’extorsions sur les malheureux habitants, leurs immenses richesses réduites à néant aujourd’hui.
Pissard
France, 1907 : Nom donné à saint Médard, auquel la croyance populaire attribuait l’abondance des pluies à l’époque de sa fête.
Saint Médard
Le grand pissard.
Ce phénomène est facilement explicable, puisque la fête de l’évêque de Noyon avait lieu le 8 juin, c’est-à-dire à l’époque du solstice d’été, où généralement il y a changement de temps. Mais depuis la réforme du calendrier, le solstice d’été, au lieu de tomber comme aujourd’hui le 22 juin, avait fini, par suite de la fraction négligée par Jules César, par tomber les 11 et 12 du même mois. Saint Barnabé, dont la fête tombe le 11 juin, partageait avec saint Médard le pouvoir d’influer sur le temps. Les paysans picards répètent encore un dicton datant d’avant la réforme grégorienne, où le solstice d’été arrivait le 11 juin :
C’est la Saint-Barnabé,
Le plus long jour de l’été.
C’est saint Gervais maintenant dont la fête tombe le 19, trois jours avant le solstice d’été, qui a remplacé Barnabé et Médard. Aussi, même au ciel, il y a pour les saints grandeur et décadence.
Citons quelques dictons au sujet de ces saints.
Quand il pleut le jour de Saint-Médard,
Le tiers des biens est au hasard,
À la Saint-Barnabé,
La faux au pré.
Quand il pleut à la Saint-Gervais,
Il pleut quarante jours après.
S’il pleut la veille Saint-Gervais,
Pour les bleds c’est signe mauvais,
Car d’iceux la tierce partie
Est ordinairement périe.
C’est douce saint Gervais qui a remplacé son confrère Médard comme saint pissard.
Planté
France, 1907 : Beaucoup, abondance d’une chose. A planté, abondamment. Provincialisme ; vieux français.
Point ne compte bourdes ne gloses ;
Je ne parle que par raison ;
Il y pert pour planté de choses.
De preuves j’offre grant foyson.
(G. de Colvé des Jardins, Les Oberliques)
Porc
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux quand il s’applique à un homme.
Il est comme porc à l’auge. Se dit d’un homme malpropre, sale et gourmand, qui est au sein de l’abondance.
À chaque porc vient la St.-Martin. Dicton populaire, parce que dans ce temps on tue les porcs.
Porc-épic. Le peuple dit par corruption, porte pique.
Poulaine
Fustier, 1889 : Cabinets d’aisance. Argot du bagne.
On s’entassait à la poulaine (lieux d’aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l’eau nécessaire à ces ablutions.
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Lieux d’aisances.
France, 1907 : Lieux d’aisances ; argot des marins passé dans celui du bagne. Cet endroit est appelé ainsi parce que, sur les navires, il se trouve à l’avant du vaisseau, appelé poulaine.
Rat
d’Hautel, 1808 : Pour caprice, fantaisie.
Il a autant de rats qu’un chat a de puces. Se dit d’un homme pétri de caprices et de fantaisies.
On dit d’une arme à feu, qu’Elle a un rat, quand le chien s’est abattu sans faire prendre l’amorce ; on le dit aussi d’une serrure mêlée, que l’on ne peut ouvrir qu’après avoir tourné la clef mainte et mainte fois.
Un nid à rats. Un taudis, un logement étroit, sale et obscur.
Une queue de rat. Se dit par raillerie de la queue d’un homme, ou d’un cheval, petite et peu garnie.
Il n’est pas plus haut qu’un rat. Se dit par mépris d’un homme de très-petite taille, qui se fourre partout, se mêle de toutes les affaires, et fait le fanfaron et le méchant.
Être comme rat en paille. Nager dans l’abondance ; être à bouche que veux-tu.
Prendre des rats par la queue. Filouter, couper des bourses.
Mon rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne par amitié à un jeune homme ou à une jeune fille.
Ansiaume, 1821 : Voleur de balle, la nuit.
Le cardeuil l’a mis au mille pour avoir couru le rat.
Larchey, 1865 : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. »
(La Bédollière)
Larchey, 1865 : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60 000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. »
(Roqueplan. 1841)
Larchey, 1865 : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.
Larchey, 1865 : Avare, pauvre.
Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini.
(Bertall)
Larchey, 1865 : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat.
Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat.
(H. Monnier)
Larchey, 1865 : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. d’Hautel, 1808.
Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme intéressé.
Delvau, 1866 : s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l’appelle aussi, rat de cave.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice, — dans l’argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine. Autrefois, Avoir des rats c’était « avoir l’esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson ».
Delvau, 1866 : s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu’il est assuré de l’impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors. On dit aussi Raton. Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
Delvau, 1866 : s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler. Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes — mal informées — lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
Delvau, 1866 : s. m. Retardataire, — dans l’argot des Polytechniciens. Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées. Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
Rigaud, 1881 : Apprentie danseuse à l’Opéra.
Le vrai rat, en leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.
(N. Roqueplan)
Rigaud, 1881 : Avare. Parce qu’à l’exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu’il peut.
Rigaud, 1881 : Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l’École Polytechnique. On est rat, lorsqu’on a raté (manqué) l’heure de la rentrée.
La Rue, 1894 : Avare. Petit voleur. Retardataire. Apprentie danseuse à l’Opéra.
France, 1907 : Avare. Être d’un rat, être d’une sordide avarice.
Deux cabotins prennent un bock dans un café du boulevard.
X…, le célèbre chanteur, survient et va s’installer à la table voisine.
— Tu vois, dit l’un des cabotins à son camarade, ce gaillard-là, c’est le fameux X…
— On dit qu’il est d’un rat !
— Précisément..… Et pourtant il a soixante mille francs de rente dans le larynx.
— Et dire qu’on ne peut pas lui faire cracher un sou !
(Zadig)
France, 1907 : Bourse. Elle se cache comme un rat. Prendre des rats par la queue, voler des portemonnaie.
France, 1907 : Petit voleur.
L’apprenti voleur est aussi appelé rat ou raton, quand il sert à éclairer une bande pour s’introduire dans les maisons par les impostes, vasistas ou soupiraux, ou qu’il se cache le jour dans un immeuble, pour en ouvrir, la nuit, la porte à ses complices.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Courir le rat, voler la nuit.
France, 1907 : Petite danseuse de ballet ; élève d’un cours de danse qui se destine au théâtre. Le mot date de la Restauration.
Déjà toute jeunette, rat du Théâtre Impérial des Bouffes à l’âge de la première communion, elle s’érigeait, très grande, avec un air de rêche femelle. Bien qu’elle eut nom Caro, on l’appelait le plus souvent la Savate ; les petites camarades disaient : « À cause qu’elle est plate comme une semelle, et qu’on y entre comme on veut. »
(Catulle Mendès, Gog)
Rinçure
d’Hautel, 1808 : De la rinçure de verre. Pour dire, du vin trop trempé ; de l’abondance ; de la ripopée.
Saliver
France, 1907 : Parler avec abondance, bavarder à en baver, comme maints orateurs de réunions publiques.
Vous pouvez, ô suaves crapules, saliver, baver, calomnier à gueule que veux-tu. Vous n’aurez jamais autant de haine que j’ai de mépris.
(A. Maujan)
Tant que terre
Delvau, 1866 : adv. En abondance, beaucoup.
Tapée
d’Hautel, 1808 : Pour charge, amas, fardeau ; réunion abondante de plusieurs choses.
Une bonne tapée d’ouvrage. Pour dire, une grande quantité d’ouvrage.
Larchey, 1865 : Grosse réunion. — Usité dès 1808.
Delvau, 1866 : s. f. Foule, grande réunion de personnes, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Foule. Une tapée, un tas. — Nous avons boulotté une jolie tapée de moules.
Virmaître, 1894 : Foule, grande réunion de personnes. A. D. Tapée veut dire beaucoup, il est vrai, mais ce n’est pas le sens que lui donne le peuple. Tapée se dit d’une jolie femme :
— Elle est tapée.
Une phrase bien écrite ou bien dite :
— C’est tapé (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Abondance, affluence.
France, 1907 : Quantité, foule ; argot populaire.
Trimer
d’Hautel, 1808 : Pour dire travailler péniblement ; faire beaucoup de chemin à pied.
Vidocq, 1837 : v. a. — Marcher.
Halbert, 1849 : Marcher.
Delvau, 1866 : v. a. Aller ou venir inutilement ; se morfondre dans l’attente. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Marcher pour placer de la marchandise.
La Rue, 1894 : Marcher. Se donner de la peine, travailler dur. Raccrocher dans la rue.
Virmaître, 1894 : Aller et venir inutilement, se morfondre. A. D. De trimer on a fait trimard, raccrocher, c’est-à-dire travailler, c’est le vrai sens du mot.
— Je trime d’un bout de l’année à l’autre pour élever mes gosses, et je n’en suis pas plus avancé.
Trimer veut dire travailler péniblement (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Travailler.
Il faut trimer ferme pour élever sa famille.
Hayard, 1907 : Travailler.
France, 1907 : Travailler dur, peiner.
Un paria dans la société moderne, l’employé ! Tout conspire contre lui. Tout se ligue pour l’excéder. Contre lui tout devient arme. Il est victime de l’ordre social, des institutions, des mœurs, de la condition du travail, de l’abondance des demandes d’emplois, de la rareté des offres, de la concurrence famélique de ses congénères, de la cherté des vivres, de l’iniquité de l’impôt. Ouvrier sans métier, travailleur sans outils, il peine et trime devant un établi installé en face d’un étau mouvant. Il végète sur sa chaise romme l’oiseau sur la branche, Au premier coup de vent tout se casse sous lui, et il n’a pas d’ailes comme l’oiseau pour s’envoler plus loin chercher une branche plus solide, en sifflant sa chanson pour narguer le vent mauvais.
Comme l’esclave antique, l’employé a un patron plus impitoyable et plus exigeant que le patricien romain. Il n’a pas la vie animale assurée comme les noirs qui, dans le Sud américain, étaient naguère encore attachés à la plantation. C’est un animal domestique qui jamais ne cherche à briser sa laisse. Il n’a qu’une seule angoisse : devenir libre. Ça se traduit en effet pour lui, la liberté, par ce mot terrible : famine. Il faut qu’il demeure enchaîné pour brouter. Encore le maître s’occupe-t-il peu de savoir si sa mangeoire est remplie tous les matins.
(Edmond Lepelletier)
Y’en a qui, cherchant d’la besogne,
Prient le ciel de n’pas en trouver,
Soyons just’ ! Pour rougir sa trogne,
Y faut commencer par trimer.
(Marc Anfossi)
Trop-aise
France, 1907 : Abondance, mollesse, et, par extension, personne à qui rien ne manque, qui vit grassement : un gros trop-aise. Expression du Centre.
Argot classique, le livre • Telegram