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Chanter (faire)

Vidocq, 1837 : v. a. — (Voir ci-après Chanteur.)

Delvau, 1866 : Faire donner de l’argent à un homme riche qui possède un vice secret que l’on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton. L’expression est vieille comme le vice qu’elle représente.

Rigaud, 1881 : Battre monnaie à l’aide d’un secret. — Aux XVIIe et XVIIIe siècles l’expression avait le sens de soumettre, faire entrer en composition.

Porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter.

(Lucien, trad. Per. d’Ablancourt)

Les voleurs modernes emploient le verbe « charrier » dans le sens de faire chanter.

France, 1907 : Extorquer de l’argent à quelqu’un sous la menace de révélations scandaleuses, en lui faisant peur, en le menaçant de publier certains faits qui pourraient nuire à sa considération, et qu’il a par conséquent intérêt à tenir ignorés. Faire chanter signifiait, autrefois, faire payer une chose qu’on ne doit pas.

Le chantage existe partout, et celui que l’en punit n’est pas toujours le plus dangereux. Il y a le chantage en gants paille qui s’exerce dans un salon, qui prend des airs de vertu, qui, du haut de son équipage, éclabousse le passant ; celui-là on ne l’atteint pas ! Mais le tribunal est la terreur de ces exploiteurs de bas étage qui proposent aux gens craintifs et aux pusillanimes une terrible alternative : la bourse ou le déshonneur !

(Figaro)

— Jouons cartes sur table. Qu’est-ce que tu veux ?… de l’argent ?… je t’en donnerai aujourd’hui… tu reviendras demain… après-demain… dans une semaine… dans un mois… tu reparaitras toujours. Tu me feras chanter, enfin… Regarde-moi bien en face. Ai-je l’air de ces timorés que les menaces effrayent ?…

(Hector France, La Vierge russe)

Détourneur, -euse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.

Gelée de loup

France, 1907 : Teinture d’antimoine.

Hack

France, 1907 : Cheval de selle ; anglicisme. C’est une abréviation de hackney, cheval de location, soit pour la voiture, soit pour la selle ; du français haquenée, qui vient du latin equina, dérivé d’equus, cheval.

Tous les deux sont des cobs du Norfolk, ça saute aux yeux du premier coup. Celui-ci, le timonier de droite, est M. Mahomet, un excellent hack, qui se monte, s’attelle seul, à deux et à quatre.

(Henri Lavedan)

Initium sapientiæ timor domini

France, 1907 : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. » Locution tirée de l’Ancien Testament.

Larguer

France, 1907 : Donner ; argot des gens de mer. Larguer, en terme maritime, est lâcher un cordage qui retient une voile.

— Pour lors et d’une, c’est pas tout ça, continua le matelot en quittant sa table pour venir se camper en face de Danton, vous m’avez largué de bonnes paroles, vous ; vous me faites celui d’être solide comme un gabier d’artimon. Faut pas être fier avec un pauvre matelot qui aime ses chefs et lui larguer la vérité dans le grand !

(Ernest Capendu, L’Hôtel de Niorres)

Loup (avoir vu le)

Rigaud, 1881 : Signifiait au XVIIe siècle avoir couru bien des dangers ; signifie aujourd’hui avoir couru bien des aventures galantes, en parlant d’une femme. Ces femmes-là n’ont pas besoin de parler du loup pour en voir la queue, et elles courent bien des dangers en s’abandonnant au premier venu.

France, 1907 : Se dit d’une fille qui a eu, comme disaient nos pères, commerce avec un homme. Toute femme qui a entendu sonner l’heure du berger a vu de loup.
On disait autrefois que la vue du loup coupait la parole ou tout au moins provoquait l’enrouement. « N’est-il pas vray que la venue du loup fait perdre ou pour le moins enrouer la voix à celuy qui le regarde, car il me semble que c’est pour cela qu’on dit, quand un homme est enroué, qu’il a veu de loup », dit Fleury de Bellingen.
L’origine de cette vieille légende vient de l’étonnement, du mouvement de stupéfaction que cause la vue subite d’un loup. De là on dit d’une fille qui a perdu sa virginité : « Elle a vu le loup », c’est-à-dire à été surprise, étonnée, et est restée muette.
Dans une idylle de Théocrite, L’Amour de Cynisea, on trouve, il est vrai, une autre origine. L’amant préféré de cette bergère s’appelle Lycos (le loup). Toute la plaisanterie porterait sur l’équivoque ; mais la première explication donnée par nos pères me semble tout aussi rationnelle.
On dit aussi dans le même sens voir la lune.
Le spirituel caricaturiste Caran d’Ache, dans une soirée composée exclusivement d’artistes des deux sexes, fit passer une série d’ombres chinoises. Comme les sujets de ces « ombres chinoises » auraient pu paraître un peu légers à des âmes timorées, Caran d’Ache crut devoir faire précéder son spectacle de l’apparition d’un petit loup. Quelques personnes ayant manifesté leur étonnement à la vue de cette exhibition dépourvue d’intérêt :
— Ceci, Mesdames, dit le satirique dessinateur, est pour m’assurer, avant de procéder à d’autres exercices, que chacune de vous a vu le loup.

Il ne faut pas, quand on est si liées ensemble, que l’une possède ce que l’autre à perdu, que celle-ci ait vu le loup, des bandes de loups, tandis que celle-là en est encore à se demander quel est cet animal et comment il a la queue faite.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Les petites filles de douze ans, de quinze ans, en leur immense majorité, sont mises en demeure de gagner leur vie comme elles pourront. Elles partent, comme le petit Chaperon rouge, avec des tartines dans leur panier, et elles rencontrent le loup, qui me fait qu’une bouchée des tartines et du petit Chaperon.
Ce loup, agile et peu altruiste, c’est l’homme, si ardent à proclamer la liberté pour tous, pour les faibles comme pour les forts.

(Gustave Geffroy)

Lup

France, 1907 : Abréviation de lupanar, dont se servent les jeunes gens timorés, clients de ces établissements, mais dont la pudeur s’effarouche du nom.

La majeure partie des écrivains contemporains considèrent bordel comme un terme grossier et se gardent bien de l’écrire ; ils se servent du mot lupanar (ce qui, par parenthèse, revient exactement au même), ou ils mettent un b qu’ils font pudiquement suivre de plusieurs points. C’est de l’enfantillage. Ce ne sont pas les mots qu’il faut supprimer, ce sont les institutions immorales. Si le bordel est tellement honteux qu’on ne puisse en écrire le nom en toutes lettres sans manquer à la bienséance, eh bien ! qu’on le fasse disparaître et qu’il n’en soit plus question.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Marbre (sur le)

France, 1907 : Manuscrit composé, mais non encore imprimé ; argot des typographes et des journalistes. « Mon article est sur le marbre, il attend la mise en pages. »

Dernièrement, chez Peters, le rendez-vous des égorgeurs et des hommes de lettres, un peut jeune homme… était sur le tapis.
Le débinage était carré.
— Les articles de X… ne sont pas toujours drôles, dit Timothée Trimm, il devrait se soigner.
— Il faut l’excuser, repartit Adrien Marx, si ses articles sont froids, c’est qu’ils restent trop sur le marbre.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Moine répond comme l’abbé chante (le)

France, 1907 : Il faut toujours être de l’avis de ses chefs, dicton à l’usage des gens prudents et timorés, vulgairement appelés lèche-culs.
L’abbé est le supérieur de l’abbaye, et les moines tiennent le même langage et sont du même avis que leur supérieur. Gustave Nadaud, dans son amusante chanson des Deux gendarmes, a donné à ce proverbe une nouvelle tournure :

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

Moulade

France, 1907 : Pièce de fer où passe le bout du timon d’un chariot.

Petits vits

Delvau, 1864 : Synonymes : l’asticot, la bibite, le fifre, guiguitte, la quéquette, le salsifis, etc., etc.

Ces petits vits desquels l’enflure
À peine garnit l’ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres, filles,
Et les estimons inhabiles
À chatouiller nos appétits.
Ces petits vits à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusque au bout ;
Il semble qui l’on nous farfouille
Ou d’un fétu, ou d’une douille :
Il faut égalité partout
[…]
Ils vont vagabonds par la place,
Sans marquer ni chemin ni trace :
Les murs n’approchent nullement,
Le plancher sur leur chef se hausse,
C’est une volupté sans sauce :
Le plaisir vient du frottement.

(Le Sr de Sygognes)

Pierre qui roule n’amasse pas mousse

France, 1907 : Ce dicton se trouve à peu près dans toutes les langues. Pietra mossa son fa muschio, disent les Italiens qui ont traduit le latin Saxum volutum non obducitur musco. On disait encore :

Pierre souvent remuée
De la mousse n’est vellée.

C’est l’expression de l’esprit casanier de nos ancêtres qui n’aimaient guère à se déplacer, un des défauts des races latines filles de la Grèce, dont ce dicton est originaire. Les Italiens disent encore : Albero spesso traspiantato mai di frutti é caricato, traduction d’un autre vieux dicton français :

Arbre souvent transplanté
Ne porte pas fruit à planté.

Cependant les Anglais, voyageurs par excellence, ont adopté ce mot à mot du nôtre : A rolling stone gathers no moss. Mais il y a des gens prudents et timorés partout.

Va, mon vieux, va comme j’te pousse,
À gauche, à droit’, va, ça fait rien,
Va, pierr’ qui roule amass’ pas mousse,
J’m’appell’ pas Pierre et je l’sais bien.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Piquer une plate

Fustier, 1889 : Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen, argon des élèves de l’École navale. Nos lycéens disent : piquer une sèche.

Le timonier apparaît. — M. A…, au cabinet de bâbord ! — M. A… court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l’interrogation est remise à huitaine.

(Illustration, octobre 1885)

Saint-Épissoir

France, 1907 : Fête des gabiers célébrée dans toute la flotte dans les premiers jours de janvier. L’épissoir est un petit poinçon dont se servent les gabiers pour aller à des hauteurs vertigineuses et par tous les temps larguer ou carguer les voiles. Ayant vainement cherché dans le calendrier un saint de leur profession pour célébrer sa fête, ils imaginèrent la Saint-Épissoir. D’après Paul Dhormois, ce seraient les gabiers de la Pénélope, frégate alors à l’ancre dans la rade de Fort-de-France (Martinique), qui, jaloux de voir les canonniers fêter la Sainte Barbe, eurent l’idée géniale de se donner un saint.

— Ah çà ! s’écria tout à coup Languidie, le plus ancien des quartiers-maîtres, pourquoi que nous n’aurions pas aussi notre fête, nous autres gabiers, qui sommes, sans nous vanter, un peu autre chose que de simples canonniers ?
— Est-ce que tu t’imagines qu’il y a un saint Épissoir, comme il y a une sainte Barbe ? répondit le chef de timonerie.
— Pourquoi pas ? Ce serait violent, par exemple, que l’épissoir ne pût pas avoir un patron aussi bien que le refouloir ou l’écouvillon ! Crois-tu que lorsque les saints du Paradis ont pris chacun un état sous leur protection, ils ont oublié le plus noble de tous, celui de gabier ?

(Paul Dhormois, Sous les Tropiques)

Septimo

France, 1907 : Septièmement ; latinisme.

Socialo à la manque

France, 1907 : Faux socialiste.

L’antisémitisme est, au point de vue économique, un dérivatif de la question sociale — tout comme l’est, au point de vue gouverne mental, le socialisme politicard.
Les socialos à la mangue nous jacassent : « Foutez-nous au timon gouvernemental et on fera votre bonheur. »
Les antisémites nous bavent : « Serrez le kiki aux richards juifs et c’en sera fait de l’exploitation. »
Ces deux boniments sont — autant l’un que l’autre — deux couleuvres.

(Le Père Peinard)

Trancher le nœud gordien

France, 1907 : Se tirer brutalement d’un embarras, trancher une difficulté d’une façon violente, inattendue et sans la résoudre. Gordias, roi de Phrygie, père de Midas, l’homme aux oreilles d’âne, avait un char dont le joug était attaché au timon par un nœud d’écorce de cornouiller, si habilement entrelacé, que nul ne pouvait le délier. Char et nœud étaient consacrés à Jupiter et un oracle promettait l’empire de l’Asie à celui qui déferait le nœud. Alexandre s’étant emparé de la capitale de Gordias, voulut voir le fameux chariot et essaya de dénouer le nœud fantastique. Il ne put en venir à bout et, furieux de ses vains efforts, il le trancha d’un coup d’épée : « Il n’importe comme on le dénoue », s’écria-t-il, et l’oracle se trouva accompli.

Trimmer

Delvau, 1866 : v. n. Écrire comme Léo Lespès, — dans l’argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï de Timothée Trimm, chroniqueur du Petit Journal. Quelques-uns disent aussi Thimothéetrimmer.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique