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Boutord

Virmaître, 1894 : Tabac à chiquer. On sait que ce qui affecte le plus le prisonnier c’est la privation du tabac. Une chanson célèbre dans les prisons centrales : Pour du tabac, dit ceci :

Pour du tabac, disait un pègre.
Et pour trois pouces de Saint-Père,
J’ai basardé ma viande hier.
Et j’ai turbiné comme un nègre
Pour un petit bout de boutord.
Je vends ma bonde et mon pain même
Et, bourreau de mon pauvre corps,
Je suis doublement au système
Pour du tabac, pour du tabac.
(Argot du peuple). N.

Braguette

Delvau, 1864 : Le membre viril, — par corruption de brayette, fente de la culotte par laquelle maître Jean Frappart met le nez à la fenêtre quand il a trop chaud ou qu’il a envie d’éternuer.

De l’image de la braguette
Qui entre, corps, oreille et teste
Au précieux ventre dit dames.

(Ancien Théâtre français)

L’insecte prend le bon moment !
Il mord si dru, qu’à sa braguette
Le Saint-Père porte la main,
Et, sur son auguste roupette.
Du morpion bénit l’hymen.

(B. de Maurice)

Chiffarde

Vidocq, 1837 : s. f. — Pipe.

Halbert, 1849 : Assignation.

Halbert, 1849 : Pipe.

Larchey, 1865 : Pipe (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. f. Assignation à comparoir, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Pipe, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Papier timbré, assignation.

La Rue, 1894 : Pipe. Assignation à comparaître.

Virmaître, 1894 : La pipe.
— Pas mèche de fumer ma chiffarde, pas de saint-père (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Pipe (Argot du peuple). V. Bouffarde.

France, 1907 : Assignation.

France, 1907 : Pipe ; argot populaire.

Faire la figue

France, 1907 : Mettre le bout du pouce entre l’index et le médium, et le présenter ainsi à la personne qu’on veut insulter. Ce geste était fort commun chez les Romains, qui l’appliquaient aux pédérastes, et est encore une grave insulte en Italie : « Le père Jacob, écrit à ce sujet Charles Nisard, dit que cette expression tient de l’italien far la fica, et a son origine dans le châtiment ignominieux que l’empereur Frédéric infligea aux Milanais pour avoir chassé de leur ville l’impératrice, montée sur une mule le visage tourné vers la queue. Frédéric, ajoute-t-il, fit mettre une figue au fondement de la mule, et força quelques Milanais à arracher publiquement cette figue, puis à la remettre à sa place avec les dents, sans l’aide de leurs mains. Aussi la plus grande injure qu’on puisse faire aux Milanais est de leur faire la figue ; ce qui a lieu en leur montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins. C’est ce qu’on fait chez nous aux petits enfants quand on leur a, soi-disant, pris le nez. » Mais, sans révoquer en doute la vérité de cette anecdote, la conclusion en est contestable, puisque Juvénal et Martial en parlent dans leurs écrits.

… Papefigue se nomme
L’île et province où les gens d’autrefois
Firent la figue au portrait du saint-père.

(La Fontaine)

L’ung d’eulx, voyant le pourtrait papal, lui feit la figue, qui est en icelluy pays signe de contemnement et dérision manifeste.

(Rabelais)

Voir Faire la nique.

Grignon

d’Hautel, 1808 : Un grignon de pain. Pour une croûte, une bribe de pain.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau, de pain spécialement.

France, 1907 : Juge, sans doute pour grognon.

France, 1907 : Morceau de pain sec.

C’était de nouveau un labeur de cheval que le sien : depuis quinze jours, il ne connaissait plus le lit, roupillait tout habillé une heure ou deux dans la cahière, mangeait son grignon debout, comte un portefaix entre deux coups de force.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Petit cheval.

Or, un jour — c’était du temps des papes — que le saint-père et la reine Jeanne, le saint-père sur sa mule blanche, portant l’anneau et la tiare, Jeanne sur un grignon camargue et coiffée d’un chapeau de fleurs, allaient chevauchant par ces parages…

(Paul Arène)

France, 1907 : Poire.

Lascar

Larchey, 1865 : Fantassin.

Vient de l’arabe el-askir qui a la même signification. Date sans doute de l’expédition d’Égypte.

(De Vauvineux)

A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l’invalide dans son langage pittoresque.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Nom que — dans l’argot des troupiers et du peuple — on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies. C’est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

Rigaud, 1881 : Soldat qui a longtemps servi, soldat qui connaît toutes les ficelles du métier.

Ah ! le lascar ! se dit Max, il est de première force, je suis perdu.

(Balzac, Un Ménage de garçon)

La Rue, 1894 : Homme roué, qui connaît toutes les ficelles.

France, 1907 : Le mot a des significations diverses et contradictoires. Il signifie un malin, habile, solide au poste, un bon salut et aussi un fainéant, un tireur au flanc.

Le commandant, un vieux lascar
Dont le sang a payé les grades,
Me dis : Merci, c’est bien, moutard !
Bientôt, comme les camarades,
Je te ferai passer gabier,
Et qui sait ?… Enfant, persévère,
Un jour tu seras officier :
Devant toi s’ouvre la carriére.

— Qu’est-ce qui m’a foutu un tas de lascars comme ça… des fricoteurs qui ne songent qu’à gobeloter ? Allons, à l’ours, et vivement !

(Les Joyeusetés du régiment)

Il signifie aussi camarade, compagnon, dans l’argot des voleurs :

— Tous les lascars de l’atelier pouvaient turbiner à leur gré. Moi, je n’avais pas plus tôt le dos tourné à mon ouvrage pour grignoter mon lartif ou pour chiquer mon Saint-Père (tabac), que le louchon était sur mon dos pour m’écoper.

(Mémoires de M. Claude)

Primitivement, lascar signifiait simplement fantassin, de l’arabe el askir, même sens.

Moutardier du pape

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu’il se croit le premier moutardier du pape.

La Rue, 1894 : Vaniteux.

France, 1907 : Vaniteux.

Un pape — on ne dit pas lequel, mais c’est du temps que les papes habitaient Avignon — était harcelé par un Dijonnais qui se prétendait son neveu et demandait, à ce titre, quelque faveur spéciale. Sa Sainteté, lassée de ces importunités, dit à son secrétaire :
— Ce gaillard ne me laissera pas en paix. Il se peut qu’il soit mon parent. À quel emploi pourrais-je le nommer ?
— Saint-Père, répondit le secrétaire, j’ai pris déjà des informations ; il existe, en effet, quelque parenté lointaine, mais le postulant ne me paraît avoir besoin de rien, du moins pécuniairement. C’est un riche fabricant de moutarde.
— Voilà notre affaire, dit en riant le pape. Écrivez-lui de m’envoyer quelques pots de moutardes, et faites-lui savoir que je le nomme mon premier moutardier.
Le Dijonnais, — dit Ch. Ferrand — heureux de cette réponse, proclama partout sa bonne fortune, et se para en toute circonstance du titre original qui lui était conféré. Ses voisins ne manquèrent pas d’en rire, et depuis lors le dicton s’est acclimaté avec le sens que tout le monde connaît.

Perlot

La Rue, 1894 : Tabac.

Virmaître, 1894 : Tabac — dérivé de semper. L. L. Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons. À la centrousse de Melun, on chante depuis des années :

Pour du tabac, disait un pègre,
Et pour trois pouces de Saint-Père. (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Tabac.

France, 1907 : Tabac ; argot des ouvriers.

anon., 1907 : Tabac à fumer.

Saint-Père

Virmaître, 1894 : Tabac à fumer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tabac.

Si bon cheval qui ne bronche

France, 1907 : Il n’est pas de sage qui ne soit sujet à commettre des fautes, puisque d’après les saints livres, le plus vertueux pèche sept fois par jour. Les Anglais ont le même dicton : It is a good horse that never stumbles! On dit aussi dans le même sens : Il n’est si bon charretier qui ne verse. Le saint-père le pape seul a le don d’infaillibilité, ce qu’a péremptoirement démontré Alexandre III, en couchant avec sa fille.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique