Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Andrins

Delvau, 1864 : Culistes, hommes qui ne font aucun cas des charmes féminins et ne fêtent que des Ganymèdes.

Les andrins sont les jacobins de la galanterie ; les janicoles en sont les monarchiens démocrates, et les francs sectateurs du beau sexe sont les royalistes de Cythère.

(Diable au corps)

Bonicot

d’Hautel, 1808 : C’est bonicot. Pour dire, bon, agréable, excellent ; se dit plus particulièrement des choses qui flattent le goût, et que l’on mange avec délectation et sensualité.
Bonicot signifie aussi, gratification, libéralité, revenant bon, qui arrivent inopinément. C’est à peu-près ce qu’en terme de finances on appelle boni.

Bricoler une femme

Delvau, 1864 : La baiser, lui mettre la bricole masculine dans le vagin.

Se trouvant en lieu d’assignation où cinq ou six se trouvaient pour la bricoler.

(Moyen de parvenir)

Et du tout pour avoir bricolé
Avec une jeune guenon.

(Recueil de poésies françaises)

Lorsque l’on est las de Catin,
On embrasse Nicole,
Qu’on abandonne le matin
Pour Suzon, qu’on bricole.

(Collé)

Cadran solaire

Rigaud, 1881 : Derrière. — Endommager le cadran solaire, donner du pied dans le derrière.

Virmaître, 1894 : Le derrière. Allusion à sa forme ronde. Cette expression vient du Pont cassé, pièce représentée au théâtre Séraphin, au Palais-Royal. Nicolas, le comique de la troupe de marionnettes, répondait à l’officier, le jeune premier, qui lui demandait l’heure, en lui montrant son derrière. En même temps il lui chantait : Voilà le cadran solaire. Tire lire, lire… (Argot du peuple).

Cervelas

Delvau, 1864 : Nom que donnent au vit la plupart des cuisinières ; aussi bien que : boudin, saucisson, andouille, bout de viande, etc., selon la forme, la longueur ou la grosseur de l’objet, qui est un produit de la cochonnerie.

Oui, mon cher, à vot’ cervelas
On a fait un’ rude’ brèche…
Vous n’me l’mettrez pas, Nicolas :
Je n’aim’ que la viand’ fraîche.

(J. E. Aubry)

Chaillot (ahuri, abruti de)

Rigaud, 1881 : Celui qu’un rien étonne, sorte d’idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean Bel-esprit.

Chant du cygne

France, 1907 : On appelle ainsi, sur la foi de l’antiquité, le dernier poème ou la dernière composition d’un écrivain, d’un artiste. Pourquoi ? S’il faut s’en rapporter à l’Intermédiaire des chercheurs of des curieux, « ce sont les anciens qui ont fait du cygne, au moment de son agonie, on chantre merveilleux. Buffon lui trouve une voix sourde, comme une sorte de strideor, semblable à ce que l’on appelle le jurement du chat, et il rapporte le jugement de l’abbé Arnaud, qui compare cette voix au son d’une clarinette embouchée par quelqu’un à qui cet instrument ne serait pas familier. »
D’un autre côté, Erman, dans ses Voyages en Sibérie, affirme que le cygne blessé exhale ses derniers souffles dans des notes musicales extraordinairement nettes, claires et élevées.
Selon Nicol, la voix du cygnus musicus ressemble aux sons d’un violon, quoique plus aiguë. Dans l’Islande, ses cris présagent le dégel du printemps, et ce fait peut bien ajouter quelque chose à leur charme dans les oreilles des indigènes. De là peut-être aussi la réputation sacrée et prophétique du cygne (svan) dans les traditions norraines (Gylfa Ginning de Snorri Sturleson).
Tout cela est bien vague.

Dégueuler

d’Hautel, 1808 : Terme bas et ignoble quand on l’applique à un être doué de raison, et qui signifie vomir, dégorger. On dit figurément d’un grossier, d’un butor qui se plait à dire des injures, qu’il ne fait que dégueuler.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.

La Rue, 1894 : Dénoncer ses complices.

France, 1907 : Parler avec abondance, comme si l’on vomissait ses paroles.

Réciter de mémoire une leçon du professeur, tout un chapitre de chimie : parler d’abondance sans s’inquiéter de comprendre ce que l’on dit. Certains « colleurs » prétendent coter l’intelligence de l’élève ; d’autres apprécient uniquement le dégueulage. Le comble de l’astuce est de dégueuler sa réponse, en s’exprimant avec une légère hésitation, afin de laisser croire qu’on a trouvé par réflexion la réponse à la question posée.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Vomir.

Françoise, qui toujours est prête
À faire entendre son caquet,
Veut crier plus haut ; un hoquet
Lui coupe soudain la parole,
Il redouble. — Oh ! lui dit Nicole,
Ne nous dégueulez pas au nez…

(J.-J. Vadé, Œuvres poissardes)

Démoc-soc

Larchey, 1865 : Démocrate socialiste. — Abréviation.

Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.

(Chenu)

Rigaud, 1881 : Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.

France, 1907 : Double abréviation de démocrate socialiste.

Nous savons que la Patti affectait un dédain tout aristocratique — avant d’être Mme Nicolas, elle était marquise, s’il vous plaît ! — pour notre France de démocs-socs : elle avait refusé énergiquement de chanter chez nous tant que nous serions en République ; elle a fini par céder. On avait employé, il est vrai, vis-à-vis d’elle, l’argument de la duchesse de Bouillon. Elle a fini par dire, elle aussi, à mesure qu’on augmentait la somme : « Vous m’en direz tant ! »

(Edmond Lepelletier)

Embabouiné

France, 1907 : Pris, gagné par des promesses.

Ruisseau sale et bourbeux d’une si pure source,
Dès l’âge de onze ans, je fus coupeur de bourses ;
Par deux petits fripons je fus embabouiné ;
Sans presque le vouloir, je me trouve entraîné ;
Faute de résister, je tombe dans le piège.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Embander

anon., 1827 : Prendre de force.

France, 1907 : Prendre de force ; argot des voleurs.

Après que la Toison par eux fut embandée,
Jason à son retour l’aprit à sa Médée
Qui depuis s’en servit dans ses enchantemens ;
Hercule en ses Travaux l’employa fort longtemps,
Thésée en ses Exploits, Orphée en sa Musique
Avec utilité le mirent en pratique.

(Nicolas R. de Grandval)

Emboiseur, emboiseuse

France, 1907 : Affiliés de bande de voleurs, chargés d’attirer les dupes en des guets-apens.

Je parlais ce jour-là de régler nos Finances :
Nous étions fort chargés, nos frais étoient immenses.
Faux frères dans le guet, receleurs, espions,
Emboiseuses, mangeoient de grosses pensions ;
Aucun ne nous faisoit quartier d’une minute ;
Aussi n’avions nous point avec eux de dispute,
On les payoit recta.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Entraver

Ansiaume, 1821 : Comprendre.

Reprenons le trimard, exbalançons-nous, car le messière vient de nous entraver.

Clémens, 1840 : Comprendre.

M.D., 1844 : Entendre.

un détenu, 1846 : Comprendre. Il entrave l’argus : il comprend l’argot.

Larchey, 1865 : Voir enterver.

Delvau, 1866 : v. a. Comprendre, entendre, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là un des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car ils disent aussi Enterver comme Rutebeuf et l’auteur d’Ogier le Danois. Entraver bigorne ou arguche. Comprendre et parler l’argot. Signifie aussi : Embarrasser la police. Entraver nibergue ou niente. N’y entendre rien.

Rigaud, 1881 : Parler, comprendre, — dans le jargon des voleurs. — Entraver le jars, parler argot.

La Rue, 1894 : Parler, comprendre. Entraver le jars, parler argot.

Virmaître, 1894 : Empêcher une affaire. Mettre des bâtons dans les roues. Entraver : comprendre.
— J’entrave bigorne.
Mot à mot : Je comprends l’argot et non pas je le parle.
Entraver a un double sens :
— J’entrave nibergue ou niente.
Je n’entends rien, je ne comprends pas (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Comprendre.

France, 1907 : Comprendre, parler, entendre. Entraver bigorne, comprendre l’argot. J’entrave pas ton flanche, je ne sais ce que tu dis.

… Le grand Agamemnon
Fit fleurir dans Argot cet éloquent jargon,
Comme la Cour était alors des plus brillantes,
Les dames de son temps s’y rendirent savantes ;
Électre le parloit, dit-on, divinement,
Iphigénie aussi l’entravoit gourdement.

(Nicolas R. de Grandval)

Envoûter

Rossignol, 1901 : Pendant la campagne de Chine, en 1859, Berger, caporal au 2e bataillon de chasseurs à pied, surprit un grand cadavre de spahi qui cherchait à déshabiller un Chinois qui se défendait autant qu’il pouvait.

Que fais-tu là, grand sauvage, tu vois bien que c’est un Chinois. — Scientifique, répond l’Arabe ; macache toucar nico basta, macache trouvé chinoise, trouve chinois, c’est kifkif : ça m’est égal veux pas faire de mal, en… brasser seulement ; pas trouvé chinoise, trouvé chinois, c’est la même chose.

Fade

Vidocq, 1837 : s. f. — Part dans un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Fat, — dans l’argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne. Les deux mots ont d’ailleurs la même étymologie, fatuus, insipide.

Delvau, 1866 : s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale ; Écot que l’on paye dans un pique-nique. Mot de l’argot des voleurs qui a passé dans l’argot des ouvriers. Mais, avant d’appartenir au cant, il appartenait à notre vieille langue : « Saciés bien que se je en muir, faide vos en sera demandée », dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or faide ici signifie compte et ne peut venir que de fœdus, accord particulier, règlement, compte.

Rigaud, 1881 : Part ; paye, — dans le jargon des ouvriers. — Fader, partager, faire la paye, compter. — Toucher son fade, toucher sa paye. C’est un mot de l’ancien argot des voleurs, passé dans le vocabulaire des ouvriers. — M. Fr. Michel veut qu’il vienne indubitablement au fourbesque far de sei, quand il serait si simple et bien plus naturel de voir une apocope de fardeau ; fade, pour farde, charge, part.

Boutmy, 1883 : s. m. Avoir son fade, c’est, dans une distribution de liqueurs ou de comestibles, être bien servi. Dans d’autres argots le même mot signifie argent. Avoir son fade veut dire alors : recevoir son compte.

La Rue, 1894 : Part, paye. Écot. Fadage. Partage. Payer le fade, subir sa peine.

Rossignol, 1901 : Part. Le voleur qui a reçu sa part du produit d’un vol a eu son fade. Fader est partager.

France, 1907 : Part dans un vol ; corruption de l’arabe farde ou farda, bagage, paquet de vêtements, d’où fardeau.

France, 1907 : Poche.

France, 1907 : Voir Fadard.

Faire son fendant

France, 1907 : Faire l’important, le rodomont, le tranche-montagne, toujours prêt à fendre les crânes suivant l’usage des Gascons. Aussi disait-on autrefois fendant de Gascogne.

Sans faire cependant le fendant de Gascogne,
Si j’eusse eu la mia spada di Catalogne,
Je croi qu’ils n’en auroient croqué que d’une dent ;
Mais elle se rompit, ô cruel accident !
Je sentis un frisson se couler dans mes veines.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Flûte s’en va par le tambour (ce qui vient par la)

France, 1907 : Le bien mal ou facilement acquis s’en va comme il est venu.

Une fille avait deux amants, dit le Recueil des proverbes, un joueur de flûte et un joueur de tambours. Ce que l’un lui donnait, elle le remettait à l’autre.

En voici une autre explication :

Autrefois, dans nos régiments, la compagnie colonelle, celle à laquelle était confié le drapeau, était précédée immédiatement de la musique proprement dite, dans laquelle étaient compris les violons, flûtes et fifres et qui était suivie de près des tambours. Pendant la marche, musique et tambours alternaient ; mais au son de l’une ou des autres, soldats cheminaient du même pas. Déjà devait prendre naissance, chez les joueurs ou brelandiers, la locution proverbiale : « Ce qui vient par la flûte, s’en va par le tambour », c’est-à-dire, au jeu nous gagnons et perdons aussi vite et de la même manière comme, dans l’armée, fantassins vont toujours du même train qu’ils règlent sur la flûte ou sur le tambour.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

… Malgré les soins qu’on apporta
Au bout de quatre mois la fièvre l’emporta
Je voulus vivre alors avec magnificence.
Enfin, je fais si bien par ma folle dépense,
Que je vois tout mon bien s’éclipser chaque jour ;
Il venoit de la flûte, il retourne au tambour.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Four

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à quelqu’un que l’on veut désabuser de ses espérances.
Envoyer quelqu’un sur le four. Pour l’envoyer promener, l’envoyer paître.
Vous viendrez cuire à notre four. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un qui a refusé un service qu’on lui demandoit. Voy. Bouche.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Avec sa pâte qui fut levée aussitôt que le four fut chaud.

(Moyen de parvenir)

S’il vous plaist nous prester vos fours,
Nous sommes à vostre service.
Il est défendu par nos loix
De travailler dans un four large.

(La Fleur des chansons amoureuses.)

Delvau, 1866 : s. m. « Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols. » Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Insuccès, chute complète, — dans l’argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos : « Rochefort, dans ses Souvenirs d’un Vaudevilliste, à l’article Théaulon, attribue l’origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Égyptiens, et que son père, s’étant chargé de surveiller l’opération, n’avait réussi qu’à avoir des œufs durs. Cette origine n’est pas exacte, puisque l’expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu’elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon ; mais c’est ailleurs qu’il faut en chercher l’explication : les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c’est là le sens primitif, faisaient four, c’est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu’un four. »

Delvau, 1866 : s. m. L’amphithéâtre, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Avant-scène des quatrièmes à l’Opéra. Elle est exclusivement réservée aux figurantes et il y fait, chaud comme dans un four.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Chauffer le four, boire.

Rigaud, 1881 : Insuccès ; chute d’une pièce de théâtre. — M. J. Duflot écrit fourre, du verbe se fourrer dedans. — Faire four, ne pas réussir, en être pour ses frais. Au théâtre une pièce fait four lorsqu’elle ne réussit pas. — Un homme fait four auprès d’une femme, lorsqu’il en est pour ses frais d’amabilité et même pour ses frais d’argent. Celui qui s’est flatté de raconter une histoire bien amusante et qui ne fait rire personne, fait four.

Rigaud, 1881 : Omnibus ; parce qu’on y enfourne les gens comme des pains.

Rossignol, 1901 : Ne pas réussir une chose est faire four.

Je croyais trouver telle chose, j’ai fait four. — J’ai demande une avance d’argent à mon patron, j’ai fait four (il me l’a refusée.)

France, 1907 : Gosier. Chauffer le four, boire avec excès. Se dit aussi pour allumer, exciter une femme.

— Finissez, me dit-elle, allez, amant transi,
Eh ! ce n’est pas pour vous que le four chauffe ici.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

France, 1907 : Insuccès, chute d’un livre ou d’une pièce.
Alfred Delvau fait remonter cette expression à l’habitude qu’avaient les comédiens de refuser de jouer quand la recette ne couvrait pas les frais. On éteignait alors les lumières et la salle devenait noire comme un four.
Au siècle dernier, on appelait four des cabarets fréquentés par les sergents racoleurs et des filles, où l’on attirait les jeunes gens que l’on voulait recruter pour le service militaire. La fille les appelait, le sergent les grisait et l’on surprenait ainsi leur engagement. Faire un four, ou faire four, ne viendrait-il pas plutôt de là ?

Comme four, je le crierai par-dessus les toits de la Chapelle et de la Villette, les Chansons des rues et des bois ne laissent rien à désirer. Elles sont, de l’aveu de tous, le volume la plus faible qu’Hugo, poète, ait écrit.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Après la longue insomnie
Que son four lui procura,
Sardou, transcendant génie,
S’endort, perdu sous son drap.

(Le Monde plaisant)

France, 1907 : La galerie dans un théâtre, à cause de la chaleur qui y règne.

France, 1907 : Large poche que portent les voleuses et généralement les femmes de ménage pour dissimuler leurs larcins.

Gagui

d’Hautel, 1808 : Une grosse gagui. Nom que l’on donne par dérision à une fille ou femme qui a beaucoup d’embonpoint, et qui fait l’enjouée, la résolue.

France, 1907 : Maritorne, grosse commère réjouie.

Je suis mon conducteur sans me faire prier ;
Nous enfilons un sombre et petit escalier ;
Nous arrivons tous deux dans un troisième étage :
J’y trouve deux gaguis d’un assez beau visage,
Qui me font en entrant force civilités ;
Louis sont partagés aussi-tôt qu’aportés.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Lui, cependant, ne disait rien de ses projets, placide, un peu sournois, l’ayant prise par besoin d’une jolie fille et par goût de sa saine jeunesse épanouie comme une plante rare parmi les gaguis épaisses et les graisseuses souillons où les autres cherchaient leurs maîtresses.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gambiller

d’Hautel, 1808 : Remuer les jambes ; se démener, se trémousser.

Ansiaume, 1821 : Danser.

Les voilà tous à gambiller, il n’y a même pas de lubins à la turne.

Vidocq, 1837 : v. a. — Danser.

M.D., 1844 : Danser.

Larchey, 1865 : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

Delvau, 1866 : v. n. Danser, remuer les jambes. Il est tout simple qu’on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz.

dit le roman d’Aucassin et Nicolette.

Rigaud, 1881 : Danser ; sauter. — Gambilleur, gambilleuse, danseur, danseuse. — Gambilleur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.

Virmaître, 1894 : Danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Danser.

France, 1907 : Danser, courir ; jouer des jambes ; du vieux français gambille, diminutif de gambe, latin gamba.

Le vertige noir les invite
À gambiller sur le chemin.
Les fous vont vite, vite, vite !…
Sait-on qui sera fou demain ?

(Émile Bergerat)

Houp ! la Mort au nez ridicule
Les fait sauter comme des chats ;
Tout ça gambille, gesticule,
Dans de suprêmes entrechats.

(Jean Richepin)

Aussitôt Phrasie et Dédèle, qui, entre deux contredanses au bastringue, étaient venues se faire régaler de grenadine par leurs amants, deux clampins plus jeunes qu’elles, se mirent à gambiller sous la table.ve :

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gauffeux

France, 1907 : Trompeur, flatteur. Vieux mot.

Que ces gazons sont verds ! que la guingette est belle !
Dit Cartouche à Lisette, en la mangeant des yeux,
Votre aspect, ma Déesse, embellit seul ces lieux.
Non, jamais je ne vis beauté plus accomplie,
Ni plus… — Pour belle, non, je ne suis que jolie,
Répond-elle à l’instant d’un petit air sucré.
Vous êtes un gauffeux…

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Gilles (faire)

France, 1907 : S’enfuir précipitamment. Cette expression n’est plus guère usitée que dans le Midi : nous la donnons à titre de curiosité. S’il faut s’en rapporter au Moyen de parvenir, elle viendrait de ce qu’un certain Gilles, seigneur du Languedoc, s’enfuit pour ne pas être contraint à prendre la couronne qu’on lui offrait. On le canonisa pour ce fait.

Mais avant que passer outre, dit de bonhomme Scaliger, pourquoy est-ce que, quand quelqu’un s’en est enfui, on dit « Il a fait Gilles ! » — C’est pour ce que saint Gilles s’enfuit de son pays, et se cacha de peur d’être faít roi.

Je prens, sans balancer, ce que j’avois d’argent
De papiers, de bijoux et d’un soin diligent,
Tous quatre, de Thémis aprehendans les pates,
Sans bruit, nous faisons Gilles avec nos Dieux pénates.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Jupin leur fit prendre le saut,
Et contraignit de faire Gille
Le grand Typhon jusqu’en Sicile.

(Scarron, Virgile travesti)

On attribuait à ce saint modeste le pouvoir de guérir les cancers ; aussi désignait-on cette horrible maladie sous le nom de mal Saint-Gilles.

Glaude

Delvau, 1866 : s. m. Innocent, et même niais. Évidemment le Glaude d’ici est un Claude, comme Colas est un Nicolas, et Miché peut être un Michel.

France, 1907 : Simple, crédule. Allusion à l’imbécile époux de Messaline.

Gogo (à)

Delvau, 1866 : adv. À profusion, en abondance.

France, 1907 : À profusion, en abonné.

— Console-toi, mon fils, ne quitte plus ta mère
Reste avec ton ami, fais ici bonne chère…
Aussi faisoit le drôle, il vivoit à gogo
Et jusques à midi restoit dans son dodo.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Greluchon

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.

Delvau, 1864 : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.

Delvau, 1866 : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).

Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.

(Paris-Faublas)

Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique ou d’une femme entretenue par un autre. De grelu, pauvre. Les femmes invoquaient jadis un saint Greluchon pour devenir fécondes, et lui brûlaient des cierges.
On dit à tort guerluchon.

Mon aimable moitié m’aimoit très tendrement,
Et me garda deux mois la foi fidèlement,
Ensuite, me planta fort proprement des cornes :
Sitôt que je le sçus, ma fureur fut sans bornes,
Je voulus la tuer, elle et son greluchon ;
Il n’étoit plus, ma foi, de charmante Michon.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

D’une résurrection de plaisir, elle titilla des paupières, la lèvre moins sèche, la langue, hors des dents, retroussée. Mais, à la fois, tant de subtile expérience n’était pas sans lui causer quelque alarme ; il fallait qu’il lui parût bien homme du monde, pour qu’elle ne le soupçonnât point greluchon.

(Catulle Mendès, Gog)

Je ne sommes pas de ces grisettes
Qu’avont quantité d’amourettes,
Ni de ces donzelles à bichons
Qui soutenont des greluchons !

(Vadé, Le Déjeuner de la Râpée)

Là, chaque soir, accourent tout guillerets les Lovelaces de la garnison et les greluchons des casernes, moustache cirée, cœur en croc, képi sur l’oreille, jasmin dans le mouchoir, poing sur la hanche et l’œil en coulisse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Gripper

d’Hautel, 1808 : Voler, filouter.
Être grippé. Avoir la grippe.
On lui a grippé sa montre, son argent, son mouchoir. Pour, on lui a volé, etc.

Delvau, 1866 : v. a. Chiper, et même voler, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Dérober, agripper ; arrêter pour mettre en prison.

Loupiat, Sans-Quartier, Belle-Humeur, La Rondache,
Brise-Mâchoire, Harpin, Berry, Brûle-Moustache,
Tant d’autres dont les noms me sont presque échapés,
Et mille autres encore que la Pousse a gripé.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Guano

Delvau, 1866 : s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de l’homme, — dans l’argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent volontiers la lie de l’esprit pour en dégager les parfums nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.

Guédé

France, 1907 : Rassasié, assouvi, repu.

Oh ! je suis bien guédé ! Par ma foi, la science
Ne s’acquiert point du tout à force d’abstinence.

(Régnard)

Notre vaillant guerrier tout rempli d’allégresse,
Rhabillé, bien guédé, content de son hôtesse,
S’en alloit cheminant et par vaux et par monts,
Et couroit à Paris chercher ses compagnons.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Guinglet

France, 1907 : Petit vin, produit d’un clos de ce nom.
Charles Virmaître, dans Paris oublié, fait remonter à ce mot l’origine du mot guinguette.

La chaussée Ménilmontant, qui conduit sur le plateau de Charonne, de temps immémorial était fréquentée par une foule de Parisiens qui ne reculaient pas à gravir sa pente rapide pour se rendre aux guinguettes, si nombreuses sur la hauteur. On y buvait un petit vin, produit des vignes dépendant du clos Guinguet ; c’est ce qui donna le nom de guinguettes aux endroits où on le débitait. Aujourd’hui encore, par corruption, dans le faubourg, on dit : Allons boire un verre de guinglet.

Dans le nombre infini de ces réduits charmans,
Lieux où finit la ville et commencent les champs,
Il est une guinguette au bord d’une onde pure,
Où l’art a joint ses soins à ceux de la nature,
Là, tous les environs embellis d’arbres verts
Offrent contre le chaud mille berceaux couverts.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Happer le taillis

anon., 1827 : S’enfuir vite.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : S’enfuir.

Bras-de-Fer, 1829 : S’enfuir vite.

Halbert, 1849 : S’enfuir habilement.

Rigaud, 1881 : Prendre la fuite, — dans l’ancien jargon populaire.

France, 1907 : Fuir.

Et lui soudain de happer de taillis,
Laissant le sot dedans le margouillis.

(Nicolas Grandval)

— Happons le taillis, on crie au vinaigre sur nouzailles.

(Le Jargon de l’argot)

Herbe de la reine mère

France, 1907 : Nom que l’on donnait autrefois au tabac à cause de Catherine de Médicis, qui contribua à l’acclimater en France en déclarant cette plante, que Jean Nicot avait rapportée du Portugal, salutaire et agréable.

Icicaille

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Ici, tout près de nous.

France, 1907 : Ici ; argot des voleurs.

lcicaille est le théâtre
Du petit dardant ;
Fonçons à ce mion folâtre
Notre palpitant :
Pitanchons pivois chenâtre
Jusques au luisant.

(Nicolas R. de Grandval)

Il faut tirer l’échelle (après lui)

France, 1907 : Se dit de quelqu’un qu’on ne peut surpasser, qui est le premier dans sa profession, qui mérite le prix. Cette expression vient du temps où la potence se dressait en maints carrefours. L’échelle en question est celle de la plate-forme patibulaire. L’usage était, quand il y avait plusieurs condamnés, de pendre le plus coupable le dernier, comme on le pratique encore pour la guillotine. Après le dernier pendu, on retirait l’échelle, dont on n’avait plus besoin. Ce dicton, désignant d’abord le plus criminel, s’appliqua à quiconque surpassait les autres, soit en mal, soit en bien. « C’est un maître paillard que le curé de Saint-Marlou : après lui, il faut tirer l’échelle ! » ou bien : « M. le sénateur Bérenger est un homme d’une haute vertu ; après lui, il faut tirer l’échelle ! »

De retour à Paris, las de tant de combats,
Je régale mes gens d’un splendide repas,
Lesquels me font présent d’une très riche épée,
Où tout au long ma vie étoit développée ;
L’art y brilloit partout du haut jusques en bas ;
Surprise, guerre ouverte, embuscades, combats,
Ruse, fuite, retour, mariage, amourettes,
Délibérations, tentatives, retraites,
Quel chef-d’œuvre ! Il falloit tirer l’échelle après,
Le bouclier d’Achille étoit guenille auprès.

(Nicolas Racot de Grandval, Cartouche)

Jarnicoton !

France, 1907 : Ce juron, que quelques provinciaux et quelques vieilles dames emploient encore, doit son origine à Henri IV qui, ayant l’habitude du jurer jarnidieu (je renie Dieu), en fut vertement réprimandé par son confesseur, le révérend père Cotton. « Eh bien ! ft le roi, si cela vous déplaît tant, c’est vous désormais que je renierai et je dirai jarnicoton. » Et le mot passa de la bouche du roi dans celle des courtisans et des courtisans dans le public.

Jaspiner

d’Hautel, 1808 : Jaser, bavarder, etc. Ce verbe du vieux langage est encore en usage parmi le peuple.
Jaspiner bigorne. En terme d’argot, signifie, entendre et parler le langage des filous, des voleurs.

anon., 1827 : Parler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler, bavarder.

Vidocq, 1837 : v. a. — Parler. Terme des voleurs parisiens.

Clémens, 1840 : Parler, dire.

M.D., 1844 : Causer.

un détenu, 1846 : Parler sur quelqu’un, bavarder.

Halbert, 1849 : Parler, raconter.

Larchey, 1865 : Parler, causer. — Diminutif de Jaser.

Ils jaspinaient argot encore mieux que français.

(Grandval, 1723)

Alle voulut jaspiner avec moi.

(Vadé, 1788)

Je lui jaspine en bigorne : « N’as tu rien a morfiller ? »

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, bavarder. Jaspiner bigorne. Entendre et parler l’argot. V. Bigorne. En wallon, Jaspiner c’est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.

La Rue, 1894 : Parler.

Virmaître, 1894 : Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Parler, causer.

Hayard, 1907 : Parler.

France, 1907 : Parler, bavarder.

Pas plus tard que la semaine dernière, jaspinant à propos de la journée de huit heures, je disais : Il ne tient qu’aux prolos de réduire la durée de la journée de travail, — qu’ils le veuillent et ça sera fait.

(Le Père Peinard)

Mon fils se faisois grand : dès sa quinzième année
Il fit voir qu’il avoit l’âme noble et bien née ;
Il jaspinoit argot encor mieux que François,
Il voloit joliment, et tuoit quelquesfois ;
Peut-être il me sied mal de tenir ce langage,
Mais à la vérité je dois ce témoignage.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Jadis, pour être avocat, il ne suffisait point de savoir parler — jaspiner, disaient des clients. Pas plus que, pour être juge, il me suffisait de siéger. De ce que l’un incarnait la justice, de ce que l’autre représentait le droit, il leur était demandé de conformer un peu leur personne à leur mission, leur vie privée à leur vie publique — et le décorum n’était point que le manteau de Japhet, dissimulant les turpitudes humaines.

(Séverine)

Lorgner

d’Hautel, 1808 : Regarder quelqu’un du coin de l’œil ; lancer des regards indiscrets sur quelqu’un.
Lorgner une femme. La regarder avec recherche ; en devenir amoureux.

France, 1907 : Regarder.

Pendant tout le souper, parlant de chose et d’autre,
Notre vieille sans-dent lorgnoit le bon apôtre,
Qui, loin de lui vouloir donner le moindre espoir,
Ne faisoit pas semblant de s’en apercevoir ;
Sa jeunesse, son air et sa gentille face
Commençoient d’échauffer cette vieille carcasse ;
Toujours tomboit sur lui quelqu’amoureux regard.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Lourde, lourdière

France, 1907 : Porte. Bâcler la lourde, fermer la porte.

— Je sçavois débrider la lourde sans tournante.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni)

Madame Manicon

Rigaud, 1881 : Sobriquet qu’on donnait aux sages-femmes au XVIIIe siècle. (Le Roux, Dict. comique)

Majoritard

France, 1907 : Membre de la majorité de la Chambre. Individu qui se met toujours du côté du nombre, et, quand on tient le balai, du côté du manche.

Le czar Nicolas II, souverain maître de la Russie, vient de reconnaitre dans un ukase « le triste sort de ceux qui, plongés dans la misère, cherchent vainement un asile et un travail » ; ce maître après Dieu pense qu’il est urgent de venir en aide à des malheureux en leur procurant du travail. De telles réflexions devraient faire rougir de honte (s’ils pouvaient rougir !) nos gouvernants, ministres et députés majoritards, trop occupés à entretenir leur graisse pour se préoccuper de ceux qui meurent de faim, faute de trouver de l’ouvrage.

(Alphonse Argence, Le Monde nouveau, octobre 1895)

Mal de Naples

France, 1907 : Nom donné autrefois à la syphilis. On disait aussi mal italien, mal de Sicile.

Ce fléau d’Amérique, les Français l’ont d’abord appelé le mal italien : après l’entrevue de François Ier et de Henri VIII au camp du Drap d’or, les Anglais en firent le mal français. On ferait bien de l’appeler le mal philosophique, car il compte parmi ses victimes Pierre le Grand, Christian VII, Frédéric II, Joseph II, Léopold II, Louis XV, le duc d’Orleans-Égalité, le prince de Lamballe, le maréchal de Saxe, le duc d’Aiguillon, de Brienne, Amelot, le marquis d’Argens, le comte de Tilly, Mirabeau, soi-disant l’ami des hommes, Gentil-Bernard, La Harpe, Linguet et surtout Chamfort, qui en offrit le plus beau cas.

(Louis Nicolardot, Les Cours et les salons au dix-huitième siècle)

Manicon

Delvau, 1864 : Surnom que le populaire, donne volontiers aux sages-femmes, — on devine pourquoi.

Manicotier

France, 1907 : Faiseur de petites affaires, de petits commerces, et naturellement un peu filou ; patois du Centre.

Maquiller

anon., 1827 : Travailler, battre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler, battre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire.

M.D., 1844 : Arranger quelque chose.

un détenu, 1846 : Cameloter, brocantage.

Halbert, 1849 : Chicaner, travailler, battre.

Larchey, 1865 : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

(Grandval, 1723)

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Larchey, 1865 : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Delvau, 1866 : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

Rigaud, 1881 : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

La Rue, 1894 : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

Virmaître, 1894 : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

Rossignol, 1901 : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

Hayard, 1907 : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

France, 1907 : Travailler, et naturellement voler, le vol étant un travail.

Cambriolle tu maquilleras
Par carouble et esquintement,

disent les commandements des voleurs pour faire pièce à ceux de l’Église.

Qu’est ceci, mes enfants, écoutez-vous vos flames ?
Et perdez-vous ainsi le tems avec des femmes ?
C’est boire trop long-tems, aimer et baléller ;
Il est, vous le savez, heure de maquiller :
Levez-vous, finissez bonne chère et musique,
Partez, et travaillez pour le bien de la clique ;
C’est trop, indignes cœurs, vous devriez rougir
D’un si lâche repos, quand il est tems d’agir.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Maquiller un gayet, donner au moyen de certains procédés l’apparence d’un bon cheval à une rosse ; maquiller le papelard, écrire ; maquiller un suage, préparer un assassinat ; maquiller le vitriol, falsifier de l’eau-de-vie.

— Vieille drogue, tu as changé de litre !… Tu sais, ce n’est pas avec moi qu’il faut maquiller ton vitriol.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Tromper, falsifier.

J’ai fait par comblance
Gironde larguecapé (maîtresse)
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Winter, forçat, 1829)

Marcher, marcher au pas

Larchey, 1865 : Être contraint à obéir.

Empereur Nicolas, les Français et les Anglais te feront marcher au pas.

(Layale, Ch., 1855)

Margouillis

d’Hautel, 1808 : Gâchis, embarras, désordre, embrouillamini ; ordures, lavure d’écuelles.
Mettre quelqu’un dans le margouillis. Pour dire, dans l’embarras, dans la peine.

Delvau, 1866 : s. m. Gâchis, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.

France, 1907 : Embarras, gâchis.

… Est-il point un homme là-dedans,
Qui porte un habit rouge, une perruque noire ?
Messieurs, dans cette chambre il est, dit-il, à boire :
Montez ; et lui soudain de happer le taillis,
Laissant le pauvre sot dedans le margouillis.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Mettre dans les fesses (se le faire)

Delvau, 1864 : Se faire enfiler.

L’ dimanche, au sortir de la messe,
Elles dis’t toutes, mais en vain :
Nicolas, mets-moi dans la fesse
C’ qu’est dans ton pantalon d’ nankin.

(Darcier)

Mion

anon., 1827 : Garçon.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Filou de bas étage.

Bras-de-Fer, 1829 : Garçon.

Vidocq, 1837 : s. m. — Garçon.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Garçon.

Hayard, 1907 : Enfant.

France, 1907 : Canard siffleur.

France, 1907 : Petit garçon, marmot, mioche ; même origine que ce dernier mot, à moins qu’il ne vienne du vieux français dérive du grec meion, moindre.

Fonçons à ce mion folâtre
Notre palpitant.

(Nicolas Grandval)

France, 1907 : Petite mesure pour le vin ; provincialisme.

Miroir à putains

Delvau, 1864 : Beau garçon, souvent trop beau pour rien faire, dont toutes les filles raffolent et qu’elles payent l’une après l’autre — et même quelquefois ensemble.

Larchey, 1865 : Garçon dépourvu de distinction mais riche de cette beauté banale qui séduit le commun des femmes.

Delvau, 1866 : s. m. Beau garçon, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron :

Dis-lui qu’un miroir il putain,
Pour dompter le Pays Latin
Est un fort mauvais personnage.

Rigaud, 1881 : Joli visage d’homme à la manière des têtes exposées à la vitrine des coiffeurs.

Virmaître, 1894 : Joli garçon qui s’en croit beaucoup, une espèce de « Nicolas » de faubourg.

Dis-lui qu’un miroir à putain
Pour dompter le pays latin
Est un fort mauvais personnage.

Celle expression était employée au temps de Scarron (Argot du peuple).

France, 1907 : Joli garçon recherché par les femmes.

C’est un type parisien assez remarquable à cet égard, par exemple, que l’époux d’une couturière où d’une modiste qui gagne bien sa vie. Quelquefois — pas souvent — il est occupé, au dehors, par un petit emploi dont il garde le produit pour ses menues débauches. Mais, la plupart du temps, il ne fait rien, ou presque rien. Il tient les livres de sa femme, prépare les factures, tout au plus.
C’est toujours un homme aimé pour lui-même, un joli garçon, un miroir à… ce que vous savez. Trop beau pour rien faire, il est pareil au lys de l’Écriture.

(François Coppée)

Pour me donner un nom qui me soit convenable,
Chloris, ton jugement est plus que raisonnable,
Quand tu viens m’appeler un miroir à putains,
Je n’en refuse point le titre ni l’usage ;
Il est vrai, je le suis, tes propos sont certains,
Car tu t’es bien souvent mirée et mon visage.

(Saint-Amand)

Miséreux

Virmaître, 1894 : Malheureux. Homme qui est dans une profonde misère (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui est dans la misère.

France, 1907 : Pauvre, nécessiteux.

Combien faut-il que le froid ait fait de martyrs pour que cesse l’inertie administrative ? Y a-t-il un quantum de cadavres à atteindre pour que l’on songe aux miséreux qui déambulent la nuit, le long des rues, échouent dans les postes de police, la faim au ventre, la rage au cœur, ou s’abattent sur les bancs des promenades publiques en exhalant leur dernier râle ?

(Mentor, Le Journal)

Eh bien ! il est temps de dire à ces eunuques du devoir, à ces fourbes de l’humanité, à ces pontifes d’une religion burlo-macaronico-humanitaire, qu’ils ne donnent le change à personne, que nul ne se méprend sur leurs véritables intentions, et que « l’ami des détenus » ne nous intéresse guère plus que sa fangeuse clientèle, et qu’enfin nous réservons notre pitié — la vraie, celle-là — pour les miséreux blancs de conscience et de casiers judiciaires et notre admiration pour les hommes de cœur qui, sans distinction de parti, de religions ou de doctrines, se préoccupent d’améliorer la situation du travailleur.

(P. Peltier d’Hampol, La Nation)

Sinistre sans jamais s’asseoir,
Fuyant les sergots en maraude,
Le miséreux sur le trottoir,
Comme un voleur, dans l’ombre rôde ;
Christ sans haine pour ses bourreaux,
Il s’arrête, ouvrant la narine,
Devant les larges soupiraux
D’où monte une odeur de farine.

(Jules Jouy)

Monôme polytechnicoprotestant

France, 1907 : Entente spontanée de tous les protestants pour cacher les histoires scabreuses qui surgissent dans leur parti. L’on sait en effet que rien n’est plus moral que les protestants ; ce sont eux qui sont à la tête de toutes les sociétés pour l’extinction du vice ! Cependant c’est surtout dans les pays protestants, témoin l’Angleterre et l’Allemagne, qu’il semble fleurir le plus, mais il se cache… ce qui n’empêche pas les scandales comme ceux de la Pall Mall Gazette et celui des petits télégraphistes d’éclater quelquefois. Le pudibond Bérenger, le pasteur Dide, et le pieux Jules Simon, tous sénateurs, faisaient partie du monôme polytechnicoprotestant.

Toujours le monôme polytechnicoprotestant !… si… l’accident fût arrivé à… à la femme d’un officier catholique par exemple… ça n’eût pas fait tant d’histoires, et toute cette boue, — comme vous dites, — n’eût pas été remuée… mais ici il s’agit d’une protestante !… une protestante, songez donc ! est-ce qu’une protestante peut faillir ?… (il n’y a qu’à Mme de Staël que ça a été permis… et il y a si longtemps…) une protestante !… allons donc !… et tous les protestants, orthodoxes ou pas, se dressent comme un seul homme… on évoque l’ombre des illustrations du parti… tout le monde est fourré dans l’affaire, depuis Luther jusqu’à Guizot… en passant par Mélanchthon, Wolf, Leibniz, Schelling, Fichte, etc., etc…

(Gil Blas)

Mouche

d’Hautel, 1808 : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.

Halbert, 1849 : Vilain.

Larchey, 1865 : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

Delvau, 1866 : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.

Delvau, 1866 : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Agent de police.

Fustier, 1889 : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.

Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.

(Bernadille)

On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.

La Rue, 1894 : Mousseline. Mauvais. Laid.

Virmaître, 1894 : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

France, 1907 : Mauvais, vilain. Abréviation de mouchique.

France, 1907 : Petite rondelle de taffetas noir que les femmes se collaient autrefois sur le visage et même ailleurs pour rehausser la blancheur de leur teint. Voici, à titre de curiosité, le langage des mouches à l’usage des coquettes : « La femme passionnée ou qui veut paraître telle place sa mouche au coin de l’œil ; celle qui vise à la majesté la colle au milieu du front ; l’énjouée, sur le bord de la fossette formée par la joue quand on rit ; la galante, au milieu de la joue ; la sentimentale, au coin de la bouche ; la gaillarde, sur le nez ; la coquette, sur les lèvres : la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, vers le menton. »

France, 1907 : Petite touffe de poils sous la lèvre inférieure.

France, 1907 : Police, policier.
On a été chercher lien loin l’origine de mouche et mouchard, jusqu’à l’attribuer à un certain Mouchy qui remplissait le métier d’agent secret du cardinal de Lorraine, tandis qu’ils viennent tout simplement de l’insupportable insecte dont nous avons tous eu à souffrir. C’est, dit avec raison Charles Nisard, son impudence et son importunité qui ont fait appeler mouchards les curieux, les effrontés qui se fourrent partout, mettent le nez dans tout, et qui, sans s’arrêter à l’épiderme, vont droit aux nerfs de leur victime et la tuent moralement. D’où naturellement ces noms furent donnés à la police les mots mouche, moucher (espion, espionner) sont, observe Ch. Ferrand, très anciens dans notre langue. Le peuple en a fait mouchard, moucharder, par la simple raison que la terminaison ard implique chez nous un sens défavorable, comme on le voit par les mots bavard, vantard, cafard, soudard, pleurard, pendard, communard, etc.

— Oui, oui, il est de la mouche, gare aux coups de casserole.

(Félix Remo, La Tombeuse)

Il vit un espion qui le regardait faire ;
Il fuit ; l’autre le suit de carfour en carfour.
Ils arrivent enfin proche un certain détour ;
Alors, se retournant, l’impatient Cartouche
De la bonne façon rosse la pauvre mouche,
Et, rempli de colère, il l’étrille à souhait.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni, 1726)

France, 1907 : Sobriquet donné vers 1840 aux jeunes femmes que les maîtresses de table d’hôte hébergeaient gratis pour attirer les clients mâles.

Un trait caractéristique de la table d’hôte, c’est la présence d’une ou deux jolies femmes (selon l’importance de l’établissement) qui s’affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d’heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table : elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c’est plus piquant et d’un effet plus sûr et plus général. À ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d’égards, exposées à toutes sortes d’hommages, et dînent tous les jours pour l’amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu’on désigne généralement sous le nom de mouches (soit à cause de la légèreté de leur allure, soit plutôt par analogie avec le rôle qu’elles jouent dans cette circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d’hôte du premier et du dernier degré.

(Auguste de Lacroix)

Nicodème

Delvau, 1866 : s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.

France, 1907 : Sot, benêt.
Ce nom, qui, en grec, signifie vainqueur du peuple, est devenu, comme Nicaise, Nicolas, Grosjean, synonyme de niais, sans doute parce qu’il était porté, ainsi que ces derniers prénoms, par les gens de village. On sait quel est le rôle de l’avocat Nicodème dans le roman de Furetière. L’apprenti marchand Nicaise est connu par les contes de La Fontaine, et Nicolas est célèbre comme niaiserie villageoise dans nombre de chansons.

Elle découragea aussi, mais avec douceur et sans avoir l’air d’y toucher, l’amour timide et respectueux dont brûlait pour elle le fils de l’épicier du no 24.
Il s’appelait Anatole, et, malgré son nez retroussé et son air nicodème, il était plein d’imagination, il ne rêvait que d’explorations lointaines et d’héroïques aventures.

(François Coppée)

Nicodème, nicdouille, nigaudinos

Larchey, 1865 : Nigaud. Le dernier mot vient du nom d’un personnage du Pied de Mouton, féerie de Martinville, 1806.

Vous vous êtes en allé fâché, désespéré, nigaudinos.

(Balzac)

Tais-toi donc, nicdouille.

(Phys. du Matelot, 1843)

Va t’en, grand nicodème, avec ton air dindon.

(Decourcelle, 1832)

Nicolas-j’-t’embrouille !

Delvau, 1866 : Exclamation de défi, — dans l’argot des écoliers.

Nicolet (plus fort que chez)

France, 1907 : Cette expression proverbiale date de 1760, où un danseur du nom de Nicolet fonda le théâtre de la Gaîté, qui devint bientôt le plus fréquenté des théâtres du boulevard du Temple dont il fut, d’ailleurs, le premier en date. On y dansait sur la corde, on y représentait des ballets, on y jouait des pantomimes et des pièces grivoises, et le programme commençait toujours par ces mots : « De plus en plus fort. »

Nigousse

France, 1907 : Conscrit. Argot militaire ; corruption de nigaud.

Le conscrit pousse la porte.
Et aussitôt il s’arrête, immobile d’étonnement. Une vingtaine d’anciens bondissent à cloche-pied par-dessus les lits, où d’autres, étendus, la tête sous un bras, fumotent, les yeux fermés, de longues pipes noires. Un grand barbu, que les camarades appellent « l’ordonnance », nettoie son fusil et siffle un air de chasseur. Trois jeunes brossent leurs godillots, le pied sur un banc, une serviette sur l’épaule. Il y a dans l’air de cette chambre de la nicotine et des jurons. Le grand barbu voit entrer le conscrit, et pose à terre la gueule de son Lebel.
— Tiens, un nigousse !

(George d’Esparbès)

Les pomm’s de terre pour les cochons,
Les épluchur’s pour les Bretons
À la nigousse, gousse, gousse.

(Chanson de caserne)

Nouer l’aiguillette

Delvau, 1864 : Empêcher un mari ou un amant de consommer l’agréable sacrifice, non pas en lui jetant un sort, comme on le croyait autrefois, mais en épuisant complètement son stock de foutre, de sorte qu’on peut le laisser courir un peu dans la ville sans crainte d’infidélité.

Il avait peut-être l’aiguillette nouée.

(Moyen de parvenir)

Lequel ayant eu l’aiguillette nouée la première nuit de ses noces.

(Brantôme)

Ami lecteur, vous avez quelquefois
Ouï conter qu’on nouait l’aiguillette.

(Voltaire)

France, 1907 : Empêcher par un maléfice la consommation du mariage. La croyance populaire attribuait aux sorciers le pouvoir de nouer l’aiguillette aux nouveaux mariés et de les empêcher d’accomplir ce que l’Église appelle l’œuvre de chair. On désignait ces sorciers sous le nom de noueux d’aiguillettes.

Il presse sa jeune épouse, mais soit l’émotion, soit l’excès d’amour,
Trop d’amour peut nuire à l’amour même,
il s’aperçoit avec terreur qu’il à l’aiguillette nouée.

(Les Propos du Commandeur)

Et vous qui présidez aux mystères funèbres,
Esprits noirs et malins, Habitans des Ténèbres,
Qui pour suivre mes Loix êtes toûjours sur piés,
Qui nouez l’aiguillette aux nouveaux mariés,
Qui prodiguez aux miens, d’une main bienfaisante,
Talisman, Trefle à quatre et Pistole volante ;
Vous, que j’ai pour mon Art employés tant de fois,
Farfadets et Lutins, accourez à ma voix.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Omnicochemar à la colle

France, 1907 : Cocher d’omnibus, parce qu’il semble collé sur son siège ; argot des voleurs. On dit aussi gaule d’omnicroche.

Omnicroche

Rigaud, 1881 : Omnibus, — dans le jargon des voleurs. — Faire l’omnicroche, monter dans un omnibus avec l’intention d’explorer les poches des voisins. — Gaule d’omnicroche, échalas d’omnicroche, conducteur d’omnibus. — Omnicrochemar à la colle, cocher d’omnibus ; à la colle, parce qu’il semble collé sur son siège. Les voleurs qui ont, comme Lacenaire, fait un peu leurs classes, disent : Omnicochemar.

France, 1907 : Omnibus. Faire l’omnicroche, voler dans les omnibus.

Oublieux

France, 1907 : Marchand d’oublies, oublieur. On les appelait au moyen âge oblayers. Les statuts de ce métier montrent que, de 1397 à 1406, il y en avait à Paris vingt-neuf qui pouvaient faire chacun par jour mille oublies de différentes espèces. Ils les débitaient dans les rues, dit Léon de Laborde, et les jouaient aux dés sur le coffret qui les contenait. Nous avons dans les marchands de macarons et de plaisir les dernières lueurs de cet usage. Les oblayers étendaient leur spécialité à toute la pâtisserie en général. Ajoutons que cette friandise fort appréciée des enfants était connue des Grecs et des Romains. Ces derniers l’appelaient panis obelius.

Soldats, fils de famille, apprentis, artisans,
Fraters, coleporteurs, vieillards, adolescens,
Oublieux, portefaix, décroteurs, revendeuses,
Serruriers, porteurs d’eau, frotteurs et ravaudeuses,
Sans compter mes cadets que j’avois débauchés,
Tous ces gens sur mon livre à l’instant sont couchés.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Parlement n’a presque jamais dansé sans viole

France, 1907 : Vieux dicton dont Gaignères donne ainsi l’explication.

La famille de Violle est assez ancienne dans le Parlement de Paris, et il y eu jusqu’à dix ou douze conseillers en divers temps. Depuis l’an 1506 que Jean Viole y fut reçu, Pierre en 1522, Jacques en 1543, Guillaume en 1550, Claude en 1553, Jacques en 1574, Nicolas en 1575, Nicolas en 1596, Jacques en 1604, Pierre en 1625, Pierre en 1642, et autres, ce qui, par allusion au nom de Viole, a fait dire que le Parlement n’a presque jamais dansé sans Viole, à cause qu’il y en a eu beaucoup dans cette cour.

Patron-jaquet (dès le)

France, 1907 : De très grand matin. On disait autrefois potron, ainsi qu’il appert dans Cartouche ou le Vice puni de Nicolas de Grandval :

Durant tout le chemin il n’eut point d’avanture
Digne d’être transmise à la race future ;
Il avançoit pays monté sur son criquet,
Se levoit tous les jours dés le potron-jaquet.

D’après quelques étymologistes, potron signifiait petit et jaquet ou jacquet, écureuil, nom que cet animal porte encore en Normandie ; dès le potron-jaquet signifierait donc dès le petit écureuil, sous-entendu : levé. Mais l’on dit encore actuellement en Normandie : « dès le paître jacquet », dès le moment où l’écureuil va paître ; potron serait donc une singulière corruption de paître. Il en serait de même de cette autre expression : dès le patron-minet. Voir ce mot.

Piautre

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais garnement, — dans l’argot du peuple. Envoyer au piautre. Envoyer au diable. Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.

France, 1907 : Mauvais garnement. « Envoyer aux piautres », envoyer au diable.

On l’eût pris, sans mentir, à son air, à sa grâce,
À son joli menton non encor cotoné,
Pour le jeune Apollon ou Cupidon l’aîné.
J’avais pour cet ingrat écartés tous les autres,
Les envoyant tretous, comme l’on dit, aux piautres.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Pie au nid

France, 1907 : Chose difficile à trouver. La pie, en effet, plaçant son nid au sommet des arbres, voit de loin venir le danger et quitte son nid bien avant qu’on ne puisse l’atteindre.

Les autres cependant cherchent le personnage ;
Mais ne le trouvant point, le chef dit : Ah ! j’enrage :
Par où s’est pu sauver ce scélérat maudit ?
Je pensois bien avoir trouvé la pie au nid.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Être au nid de la pie, c’est avoir atteint le plus haut degré des honneurs et de la fortune. Allusion à la pie qui fait son nid au haut des plus grands arbres qu’elle peut choisir.

Pied de nez (avoir un)

France, 1907 : Éprouver une déception, une mortification. On disait autrefois avoir autant de nez. Le Roux de Lincy cite au sujet de cette expression ce passage du Dictionnaire de Nicod :

On ne s’en sert quand on veut désigner quelqu’un qui ayant entrepris de faire quelque chose n’en est pas venu à bout, n’a de grâce que quand il est accompagné d’un geste qui luy est propre, ce que l’on fait en serrant les deux points clos de tous les doigts, réservés les deux pouces, l’un desquels se joint au bout du nez et l’autre au petit doigt d’iceluy, de sorte qu’ainsy rangés ils peuvent faire la longueur d’un quart d’aulne et avec cette gesticulation les Italiens disent : Tanto di naso.

Voir Faire la nique.

Piolle

anon., 1827 : Cabaret, taverne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cabaret.

Bras-de-Fer, 1829 : Cabaret, taverne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Taverne, auberge du dernier rang.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Vidocq, 1837 : s. f. — Chambre. Terme des Camelots et voleurs de campagne.

un détenu, 1846 : Maison.

Rigaud, 1881 : Cabaret. — Hôtel garni à la nuit, — dans le jargon des voyous. — Piollier, piollière, cabaretier, cabaretière, logeur à la nuit.

France, 1907 : Même sens que piaule et piole.

Fanandels, en cette piolle
On vit chenument ;
Arton, pivois et criolle,
On a gourdement,
Pitanchons, faisons riolle
Jusqu’au jugement.

(Nicolas R. de Grandval)

Pistoles (dortoir aux)

France, 1907 : Coffre-fort, tiroir où l’on range son argent ; argot des voleurs.

Le soir vient ; nous partons, nous crochetons la porte,
Et puis nous employons limes sourdes, marteaux,
Crochets pour enfoncer commodes et bureaux ;
Nous rencontrons enfin le dortoir aux pistoles,
Et retournons chez nous souper comme dix drôles.

(Nicolas R. de Grandval, Cartouche)

Plus en plus fort comme chez Nicolet (de)

France, 1907 : Nicolet, célèbre bateleur qui avait ses tréteaux sur de Pont-Neuf, annonçait aux badauds qui l’écoutaient des tours de plus en plus surprenants. « Ce que vous avez vu n’est rien, disait-il, vous allez voir plus fort encore. » De là est venue la locution familière pour indiquer un étonnement vrai ou figuré qui va crescendo.

Poche-œil

Delvau, 1866 : s. m. Coup de poing appliqué sur l’œil, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Pochon.

France, 1907 : Coup de poing sur l’œil ; argot populaire.

… Janeton effarée,
Demeure le teint pâle et la vue égarée ;
Et pensant déjà voir son amant au cercueil,
S’arrache les cheveux, veut se faire un poche-œil.

(Nicolas De Grandval, Le Vice puni)

Porter la crosse de saint Nicolas

France, 1907 : Expression équivalente au XIIIe siècle et aux suivants, à coiffer sainte Catherine.

Postdamie

France, 1907 : Nom que l’on donnait, au XVIIIe siècle, au vice hors nature à cause de la tolérance que Frédéric dit le Grand, grand pédéraste, accordait à ce genre d’infamie. L’on sait qu’il habitait le château de Postdam. « Les Mémoires de Bachaumont, du 13 octobre 1783, attestent que, sur un registre consacré par la police â noter toutes les turpitudes de ce goût, figuraient environ quarante mille hommes adonnés à la postdamie. Il est impossible de révoquer ces témoignages, puisque , en 1848, la police de Paris a fait trois mille arrestations de ce genre. »

(Louis Nicolardot, Les Cours et les Salons au dix-huitième siècle)

Poussaille, poussaillerie

France, 1907 : La police, les agents, le guet ; vieil argot.

Nous faisons des monceaux d’exempts et de recors,
Caron ne peut suffire à passer tant de morts ;
Enfin, chacun immole à sa juste furie
La pousse, la poussaille et la poussaillerie ;
Nous les frottons ici, nous les embrochons là,
Et les faisons tomber de Charybde en Scylla.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Pousse

Bras-de-Fer, 1829 : Corps des gendarmes.

Larchey, 1865 : Gendarmerie. Mot ancien. V. Roquefort. Il confirme le sens que nous avons donné à son synonyme Cogne.

Archer, recors, exempts, Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants.

(Grandval, 1723)

Delvau, 1866 : s. f. Les gendarmes, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Police, gendarmerie.

Cartouche, à ce discours, dit : Nous sommes trahis ;
Allons ! de la vigueur, courage, mes amis,
Tenons ferme. Il descend, s’approche de la porte,
Insulte fièrement leur nombreuse cohorte
« Paroissez, leur dit-il, archers, recors, exempts,
Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants. »

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Rasibus

d’Hautel, 1808 : Pour dire, tout près, tout contre.
Le coup lui passa au rasibus du nez. Pour dire, tout près du nez.

Delvau, 1866 : prép. Tout près, tout contre, au ras, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Castrat.

France, 1907 : Près, tout contre, au ras, au niveau de… « J’ai coupé cet arbre rasibus la terre. »

Le chef des ennemis me lance, furieux,
Un homicide plomb que détournent les dieux ;
Sans cela j’étois mort, il tirait à merveille,
La balle me passa rasibus de l’oreille.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Relique

d’Hautel, 1808 : Qu’elle garde ses reliques. Se dit à quelqu’un qui fait trop valoir ses faveurs, ses bonnes graces, ses services.
Je n’ai pas grande foi à ses reliques. Pour dire que l’on n’ajoute pas foi aux promesses de quel qu’un ; qu’on n’a pas une grande confiance en lui.
Elle peut en faire des reliques. Se dit par ironie de quelqu’un qui conserve avec une affectation ridicule quelque chose de peu de valeur.

Delvau, 1864 : Le membre viril, — on n’a jamais su pourquoi.

Du grand saint Nicolas,
Dans vos draps,
Prenez donc la relique.

(Béranger)

Gage de ses travaux
Pendait tout sa tunique
Cette belle relique,
Chère aux tendrons dévots.

(J. Cabassol)

Ribouler

France, 1907 : Regarder avec colère ou d’une façon provocante. On dit ribouler des yeux, du latin revolvare. Le mot riboule, qui, d’après Charles Nisard, viendrait de ribaude et qui était appliqué aux femmes de mauvaise vie ; s’emploie adjectivement : des yeux riboules ou reboules.

Quelque vieille aux yeulx reboulez
M’a faicte en la teste une emprainte.

(Nicolas de la Chesnaye)

Rimer en Dieu

France, 1907 : Jurer ; vieille expression.

Déjà nos gens ploient, j’arrête les fuyards,
Et ranime les cœurs du feu de mes regards ;
Alors Duchâtelet rime en Dieu comme un fiacre
Et, Mézence nouveau, jure, sacre, massacre.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni)

Rougir la trogne (se)

France, 1907 : Boire avec excès. Synonyme de se piquer le nez.

Le Lock, l’Île-aux-moutons, le fort Sygogue,
Un peu plus bas
Se trouv’ Saint-Nicolas,
C’est là ousque l’on va s’rougir la trogne.

(Chanson du Glenans)

Saint (manger le)

France, 1907 : Faire la fête gastronomique en l’honneur d’un saint, ce qu’on appelle en Lorraine la fête du pot. Quand celle-ci tombe un jour de la semaine, on mange le saint le dimanche suivant. À l’exception de saint Nicolas, on ne fête aucun saint en semaine.

Saint-Nicolas de village (faire le)

France, 1907 : Se parer de ses plus beaux atours. On sait que c’est le patron des enfants qui, dans les provinces de l’Est spécialement, attendent de lui des jouets, le 6 décembre, jour de sa fête, comme ils en attendent à Noël.

Saint Nicolas, bon vieillard à face rose et à barbe blanche, s’en est allé, cette nuit, par les grand’routes, suivi de son âne docile qui ploie sous une lourde charge de jouets et de bonbons. Saint Nicolas est vêtu d’or et de soie, une mitre incrustée de pierres précieuses enserre ses cheveux gris, et sa main gantée de violet et baguée d’émeraude tient ferme encore une crosse de bois précieusement sculptée… Il est très beau, saint Nicolas.

(Clément Vautel, L’Événement)

Sans vert (pris)

France, 1907 : Pris au dépourvu.

La coutume existait vers les XIIIe, XIVe et XVe siècles de porter dans les premiers jours de mai, sans doute pour célébrer le retour du printemps, une branche ou un feuillage quelconque. Ceux qui sortaient sans cet appendice étaient exposés à recevoir sur la tête un seau d’eau, accompagné de ces mots : « Je vous prends sans vert. »

Le chapitre se tint dans une autre carrière,
Nous en changions souvent, c’est la bonne manière ;
On est, faisant ainsi, rarement découvert ;
Nous faillîmes pourtant d’être tous pris sans vert.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Saoul comme une grive

France, 1907 : La grive est fort friande de raisins : c’est surtout en automne qu’on la rencontre dans les régions vinicoles. Elle se gorge à tel point dans les vignes que souvent elle ne peut plus s’envoler quand arrive le chasseur.

Sas

d’Hautel, 1808 : Passer au gros sas. Pour dire faire quelque chose avec peu de soin, grossièrement et sans délicatesse.

France, 1907 : Bâton. Ce mot vient évidemment de sasse, sorte de pelle creuse qui sert à jeter l’eau hors des petites embarcations, telles que les galères où ramaient les forçats.

Je sais, mon doux ami, le sujet qui t’ameine,
Ta venue en ce lieu n’aura pas été vaine,
Le bruit de mon savoir ne t’a point imposé ;
Je sais rendre tout neuf un pucelage usé ;
Je fais tourner le sas, jai l’enfer dans ma manche,
Je possède, en un mot, magie et noire et blanche.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Sinderesse

France, 1907 : Envie de mal faire.

Parmi ceux de la bande était certain voleur
Nommé le Fèvre, ayant jadis eu de l’honneur.
Il avait beau se voir de quoi vivre à son aise,
Il lui venoit parfois certaine sinderesse.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Souche

d’Hautel, 1808 : Il dort comme une souche. Se dit par ironie d’un homme qui dort long-temps et profondément.
C’est une souche. Se dit d’une personne lourde et stupide, insensible à tout ; qui ne se donne ni activité, ni mouvement.

France, 1907 : Imbécile, même sens que bûche.

Qui possède un Héros si grand, si glorieux,
Qu’on doit placer un jour au rang des demi-Dieux
Pour montrer que chez lui on m’étoit pas des souches,
Si Londres a ses Shepards, Paris a ses Cartouches.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Souffrir le martyre

France, 1907 : Expression employée ironiquement en Lorraine pour exprimer qu’une femme ou une fille a été violée. L’origine en est assez curieuse. En 1635, lors du sac de la petite ville de Saint-Nicolas-du-Port, près de Nancy, où les vainqueurs commirent nombre d’atrocités comme en commettent tous les gens de guerre, et mirent le feu à la magnifique basilique de cette ville célèbre alors par ses foires, les religieuses non seulement furent violées par la soldatesque, mais les récalcitrantes furent promenées toutes nues par les rues attachées à la queue des chevaux.

Elles avoient été violées, dit Tallemant des Réaux, par ces brûleurs de maisons, et comme il n’y avoit pas moyen de nier, elles appeloient cela souffrir le martyre. On dit que, comme elles faisoient le récit de leurs infortunes à l’évêque, il y avoit telle qui disait l’avoir souffert deux fois, qui trois, qui quatre, — Ah ! ce n’est rien auprès de moi, dit une autre, je l’ai souffert jusqu’à huit fois ! — Huit fois le martyre ! s’écria l’évêque ; ah ! ma sœur, que vous avez de mérite !

Tac-tac

d’Hautel, 1808 : Un Nicolas tac-tac. Pour dire un nigaud, un homme sot et stupide, qui se mêle des petits détails qui concernent qui les femmes.
Tac-tac sert aussi à exprimer un bruit réglé, comme celui d’un pendule.

Tic-tac

d’Hautel, 1808 : Pour exprimer le bruit produit par un mouvement réglé, comme celui d’un pendule.
Nicolas Tic-tac. Sobriquet injurieux, pour dire un tatillon, un furet, un homme qui se mêle de tout.

Tirer l’échelle

La Rue, 1894 : Ne pas aller plus loin.

France, 1907 : Terminer. « Après cela, il faut tirer l’échelle. » Il n’y a plus rien à dire.

Et le turbin d’assainissement devient de moins en moins cotonneux : après la fournée d’ambitieux qui se prépare à s’asseoir autour de l’assiette au beurre, y aura plus qu’à tirer l’échelle.

(Père Peinard)

Quel chef-d’œuvre ! Il falloit tirer l’échelle après,
Le Bouclier d’Achille étoit guenille auprès.

(Nicolas R. de Grandval)

Toper

Larchey, 1865 : « Chaque fois qu’un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s’appelle toper. » — Biéville.

Delvau, 1866 : v. n. Consentir à quelque chose, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Questionner un compagnon qu’on rencontre, — dans l’argot des ouvriers qui font leur tour de France.

Rigaud, 1881 : Mettre la main sur quelqu’un ou sur quelque chose, dans le jargon du régiment. — La patrouille a topé un pochard. Un pochard a topé mon mouchoir. C’est un mot emprunté à l’argot des compagnons du devoir et auquel on a donné un sens plus général.

Rigaud, 1881 : S’accoster en se donnant la main ; — terme de compagnon du devoir.

La Rue, 1894 : Se frapper la main entre compagnons en signe de reconnaissance ou comme conclusion d’une affaire, d’un marché.

France, 1907 : Consentir ; du verbe toper, frapper, se frapper dans les mains en signe d’acquiescement. Tope-là, c’est affaire faite.

Il faut que dès ce jour vous soyez mon beau-frère :
Vous voyez devant vous mon épouse Fanchon,
Épousez-moi sa sœur la charmante Michon,
Lions-nous à jamais d’une amitié parfaite :
J’y topai sur-le-champ et la chose fut faite.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

France, 1907 : Saisir ; argot militaire.

Trottin

d’Hautel, 1808 : Un petit commissionnaire ; un laquais que l’on n’emploie qu’à faire des courses. On donne aussi ce nom à un mauvais cheval qui ne va que le petit trot.

Larchey, 1865 : Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes.

(L. Huart)

Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.

(Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652)

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, parce qu’il trotte. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Garçon de magasin qui fait les courses ; apprentie modiste qui fait les courses.

Rigaud, 1881 : Pied.

La Rue, 1894 : Pied. Cheval. Apprentie modiste.

Virmaître, 1894 : Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau. C’est le gavroche femelle des ateliers de modistes. Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part : Ensuite il appelle un trottin. (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Jeune ouvrière ou apprentie parisienne.

France, 1907 : Apprentie appelée ainsi parce qu’on l’emploie généralement à faire les courses de l’atelier.

Il y eut, dans la voiture, une odeur de bas anciens et de pieds rarement lavés. Mauve Tapir, dans le cœur une tristesse, se rappela le temps où, avant d’être bouquetière, puis faux trottin de banlieue, elle fut à l’école, chez les Sœurs, où l’on ne se débarbouille que le bout du nez. Elle se souvenait des Sœurs à cause de la Thérésine. Elle aurait pu entrer en religion, elle aussi, si elle avait eu la vocation ou si sa mère avait voulu. Oui, elle aurait pu avoir, elle aussi, cette robe bleue ! Mais, voilà, on ne sait pas, quand on est petite. On va avec des gens qui vous disent d’aller avec eux, et, le lendemain, on se jette de l’eau partout — il faut bien — et, plus tard, on se met de la poudre de riz pour sentir bon. L’honnête odeur des pieds de la nonne lui était comme un encens.

(Catulle Mendès, Gog)

C’est nous l’orgueil des Batignolles,
Nous sommes les petits trottins,
Notre maman par des torgnioles
Nous éveille tous les matins :
On se lève vite, on enfile
Sa robe au grand galop, et zou !
On descend trotter par la ville,
Grignotant un croissant d’un sou.

(L. Xanrof)

Le mot s’employait autrefois pour désigner un commis de magasin, un garçon faisant les courses.

À l’envi cependant en tous lieux on le chante,
Il n’est grands ni petits, fils de bonne maison,
Trottin, qui sur lui n’ait en poche une chanson.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Viande de l’homme (la)

Delvau, 1864 : Son membre, dont les femmes sont si friandes et qu’elles mettent si volontiers cuire dans leur four avec son jus.

Mais sans un bon morceau de viande,
Fille a toujours le ventre creux.

(Marcillac)

Ainsi que l’a dit un grand saint,
À l’homme s’il faut du bon vin,
À la femme il faut de la viande.

(A. Watripon)

Pour moi, je ne suis point friande
De tout ce gibier que l’on vend,
Ne m’importe quelle viande
Pourvu qu’elle soit du devant.

(Théophile)

Tu n’ me l’ mettras pas, Nicolas,
Je n’aime que la viand’ fraîche.

(J.-E. Aubry)

Volé (être)

Larchey, 1865 : Être trompé ou mystifié sans être pour cela victime d’un vol. Capelle, dans ses Contes (1818) faire dire à Richelieu, près duquel une fille d’opéra s’est fait passer pour une paysanne : Grands dieux ! je suis volé.

On dit qu’un homme vole une femme galante lorsqu’il ne lui donne pas une somme promise. L’homme est au contraire volé lorsque la femme ne lui a laissé que du désanchantement.

(Cadol)

Un voleur se dira volé s’il trouve peu de butin.

Nicolas n’est pas volé ! s’écria Calebasse. — Non, répondit le brigand, j’ai fait mes frais.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : Mystifié, trompé, déçu, — dans l’argot du peuple.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique