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Abajoues

Delvau, 1866 : s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.

France, 1907 : La face, dans l’argot du peuple qui compare volontiers son semblable à un cochon.

Abélardiser

Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Accoler

d’Hautel, 1808 : Accoler la cuisse. Accoler la botte à quelqu’un. Pour dire lui embrasser la cuisse.
On ne se sert de cette locution qu’en mauvaise part, et pour tourner en ridicule les témoignages affectés d’amitié, de joie ou de soumission d’un subalterne envers son supérieur.

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, — dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.

Quand le jeune et charmant champion
Accola la charmante Armide,
Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.

(B. de Maurice)

C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.

(Moyen de parvenir)

Ami

d’Hautel, 1808 : Ils vont ensemble comme une paire d’amis. Pour dire, bras dessus bras dessous ; ils vivent dans une grande familiarité.
Ami jusqu’à la bourse. Comme le sont les soi-disant amis du jour ; c’est-à-dire, tant qu’on n’a besoin ni de leur bourse, ni de leur crédit, ni de leur protection.
Ils sont amis comme cochons. Manière basse et triviale de parler, pour exprimer que des personnes qui, naguères, se détestoient, se sont rapprochées par intérêt, et affectent de se donner réciproquement de grands témoignages d’amitié.
Les bons comptes font les bons amis. Proverbe dont on ne sauroit trop se pénétrer, et qui signifie, que pour conserver la bonne intelligence dans une association quelconque, il faut apporter mutuellement beaucoup d’ordre et de probité dans les comptes.

Delvau, 1864 : Synonyme décent d’amant, qui est lui-même synonyme de fouteur.

Les autres qui auront plus de hâte et prendront des amis par avance pour en essayer…

(Mililot)

Rigaud, 1881 : Voleur émérite, d’après Balzac. Voleur qui professe un culte pour son métier, et ne met rien au-dessus du vol.

Amocher

Delvau, 1866 : v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens. S’amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

Rigaud, 1881 : Donner des taloches ; pour moucher.

Virmaître, 1894 : Recevoir des coups. Quand ils laissent de fortes traces on dit que l’ami a été rudement amoché (Argot du peuple). V. Trinquer.

Hayard, 1907 : Frapper.

France, 1907 : Donner des taloches, évidemment de moucher.

Amusette (faire l’)

Delvau, 1864 : Se peloter mutuellement en attendant le moment de baiser, ou après avoir baisé ; plus spécialement, se branler avec l’extrémité d’un membre viril, quand on est femme.

Lorsque nous avions couru quelques postes et que j’avais quelque peine à remonter sur ma bête, elle, qui n’était ni fatiguée ni rassasiée, s’emparait avec autorité de ma lavette et faisait l’amusette.

(A. François)

Baiser à la florentine

Delvau, 1864 : Se dit de deux amants qui, en se donnant l’un à l’autre des baisers sur la bouche, se lancent tour à tour de petits coups de langue, pour s’émoustiller mutuellement et jouir en avancement d’hoirie.

Baiser ou foutre à la paresseuse

Delvau, 1864 : Se placer derrière une femme que l’on veut baiser, couché sur le côté comme elle, entrecroiser mutuellement les cuisses, insinuer doucement l’outil dans le trou qui l’attend, et besogner sans effort.

Celui dont la pine est mollasse, filandreuse,
Et lente à décharger, fout à la paresseuse.

(Louis Protat)

Blézimarder

Rigaud, 1881 : Se couper mutuellement la réplique, empêcher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. (Figaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C’est sans doute une altération toute moderne de blesinarder, qui voulait dire flâner, musarder.

Ce verbe, dit M. Duflot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise.

France, 1907 : S’interrompre sur la scène ; terme de coulisses.

Camaraderie

Delvau, 1866 : s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation. C’est la courte échelle appliquée à l’art et à la littérature, c’est-à dire aux deux plus respectables choses qui soient au monde, — les plus respectables et les moins respectées, « Passe-moi la casse et je te passerai le séné. Dis que j’ai du génie et je crierai partout que tu as du talent. »
Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis ; ils s’aident, mais ils se méprisent. C’est Henri Delatouche, l’ennemi, et, par conséquent, la victime de la camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.

Casser du sucre

Delvau, 1866 : v. a. Faire des cancans, — dans l’argot des cabotins.

Rigaud, 1881 : Dire du mal. — Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice.

La Rue, 1894 : Médire de quelqu’un. Dénoncer.

Virmaître, 1894 : Dénoncer. Casser du sucre sur quelqu’un : en dire du mal (Argot des voleurs). V. Mouton.

Rossignol, 1901 : Dire du mal de quelqu’un.

Il a cassé du sucre sur mon orgue au patron.

Hayard, 1907 : Dénoncer.

France, 1907 : Avouer un crime. Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice. Casser du sucre sur la tête de quelqu’un, médire de lui en son absence.

Dans l’une de ces brasseries, j’ai entendu chuchoter l’histoire suivante, par un bon petit camarade, sur un autre membre de la société d’admiration mutuelle qui se pique d’être un fort latiniste ; du reste, le conteur est surnommé la machine à casser du sucre.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Clique

d’Hautel, 1808 : Bande coalisée, société de cabaleurs : terme de mépris.
Ils ne font tous qu’une même clique. Pour ils s’entendent mutuellement.

Delvau, 1866 : s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même argot [du peuple]. Mauvaise clique. Pléonasme fréquemment employé, — clique ne pouvant jamais se prendre en bonne part.

Delvau, 1866 : s. f. Diarrhée. Argot du peuple.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon. — Musique militaire.

France, 1907 : Bande, coterie, réunion de gens, d’ordinaire, peu estimables. Dans les régiments, on appelle la clique les tambours, clairons, barbiers et, généralement, les hommes du peloton hors rangs.

Tiens ! Lavedan… Il me fait tordre
Avec ses petits airs d’agneau ;
Il vous a des façons de mordre
Qui font cuire et saigner la peau.

La connaît-il assez la clique
Des petits vernis desséchés !
On le croirait à la clinique,
Scalpant des cerveaux ébréchés.

(Jacques Redelsperger)

Coït

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Union charnelle des deux sexes. C’est la volupté qui mène à la génération. En langage familier, on dit baiser (voir ce mot.) Quand la femme s’est placée dans le lit conjugal, elle se met sur le dos et écarte les cuisses. Le mari la couvre alors de son corps et, aidé par la main de sa femme, introduit l’instrument de plaisir dans l’asile qui lui est destiné. Elle referme alors légèrement les cuisses, et enlace son mari de ses jambes. Il colle sa bouche sur la sienne, et commence avec les reins ce mouvement de va-et-vient qui produit le plaisir mutuel. La femme n’a plus alors qu’à se laisser aller à la volupté, et à répondre aux baisers qu’elle reçoit. Tantôt, nonchalante et paresseuse, elle laisse agir l’homme, sans faire d’autre mouvement que celui de deux bouches qui s’unissent ; tantôt adoptant le rôle actif, elle fait onduler ses reins, en enfonçant dans le con, à chaque va-et-vient, la vigoureuse queue qu’elle tient entre ses cuisses. Ses lèvres roses pressent avidement celles de son époux. Sa langue s’enlace à la sienne ; ses seins tout rouges de baisers aplatissent leur courbe gracieuse sur sa poitrine, tant ses aras le serrent avec force. Son petit pied le talonne comme pour l’aiguillonner. De temps en temps elle se pâme en poussant de petits cris de plaisir ; ses reins souples interrompent leurs voluptueuses ondulations, et elle demeure quelques instants immobile, savourant les coups précipités du vit furieux, et les jets de la liqueur de feu dont il inonde le temple de l’Amour.
« C’est alors que se produit le coït, la volupté la plus naturelle à l’espace humaine, et qui est pour elle non-seulement un besoin, mais un devoir imposé par la Providence divine… » Ne vous livrez pas au coït, ni à toute autre volupté après avoir mangé : attendez que la digestion soit faite.

(Comtesse de N***, Vade mecum des femmes mariées)

Ces jours à jamais effacés,
J’y pense ;
Où sont-nos coïts insensés,
Passés ?

(Parnasse satyrique)

Coller (se)

Delvau, 1864 : S’unir charnellement, au moyen de la « moiteuse colle » que vous savez. — Cette expression, qui s’applique spécialement aux chiens, lesquels, après le coït, se trouvent soudés mutuellement, cul à cul, à la grand-joie des polissons et au grand scandale des bégueules, cette expression est passée dans le langage courant moderne pour désigner l’union illicite d’un homme et d’une femme. Que de gens croyaient ne s’être rencontrés que pour se quitter, qui sont restés collés toute leur vie !

Delvau, 1866 : v. réfl. Se lier trop facilement ; foire commerce d’amitié avec des gens qui n’y sont pas disposés.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se placer quelque part et n’en pas bouger.

Rigaud, 1881 : Absorber, avaler.

J’ai pris du Tokai… à six francs la bouteille : je m’en suis collé deux.

(E. Labiche et Ph. Gille, Les Trente millions de Gladiator)

Colle-toi ça dans le fusil.

(V. Hugo)

Rigaud, 1881 : Arriver à vivre en état de concubinage.

France, 1907 : S’unir librement.

Maintenant, ses parents étaient partis loin de Paris, l’épicier ayant mis la clé sous la porte, et Solange vivait maritalement avec Camille. Le lis, en perdant sa pureté, avait en même temps perdu sa position de « première ». Le moyen, en effet, d’aller travailler chaque matin, lorsqu’on s’est collée avec un gaillard faisant de la nuit le jour ?

(Paul Alexis)

Compagnon

d’Hautel, 1808 : Compagnon de malheur. Ouvrier inhabile et sans dextérité.
Travailler à dépêche compagnon. Pour dire à la hâte, sans soin, sans aucune précaution ; bousiller.
Ils vivent ensemble comme compères et compagnons. Se dit de deux hommes qui, quoique d’une condition bien différente, vivent mutuellement dans une très-grande familiarité.
Traiter quelqu’un de pair à compagnon. En user fort librement avec lui.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui naît avec l’homme et meurt avec lui.

Mignonne, jour et nuit je suis importuné
D’un petit compagnon qui quand et moi fus né.

(Théophile)

Le compagnon, étant de taille énorme,
Foula comme il faut le castor.

(Piron)

Boutmy, 1883 : s. m. Camarade de rang. Dans les ateliers, les rangs sont disposés pour deux compositeurs ; chacun des deux est le compagnon de l’autre : Dis donc, mon compagnon, prête-moi ta pointe.

Conclusion

Delvau, 1864 : La fouterie même, qui est en effet la conclusion naturelle de toutes les caresses que se fout mutuellement des amants bien épris, — ou simplement des gens qui ont envie de tirer un coup.

Apprends donc qu’il y a cent mille délices en amour qui précèdent la conclusion.

(Mililot)

Un homme de votre condition,
Le prendre sur un aussi mauvais ton :
Vous allez droit à la conclusion !

(Collé)

Cote

d’Hautel, 1808 : Faire une cote mal taillée. Pour, s’arranger à l’amiable ; diminuer chacun de ses prétentions pour l’arrangement d’une affaire.

Fustier, 1889 : Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses.

Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.

(Carnet des courses)

France, 1907 : Dans les écoles, la cote est le total des notes chiffrées données, soit à la fin du mois, soit à celle du trimestre.

À l’École Polytechnique, on cote tout travail d’après une échelle qui va de 0 à 20, la cote 0 signifiant absolument nul et 20 parfaitement bien.
Coter quelqu’un, c’est l’apprécier, c’est lui donner une cote ; parfois même, c’est simplement l’observer avec attention. Il y a des examinateurs qui cotent très haut, d’autres très bas. À l’amphithéâtre, le capitaine de service cote un élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce dernier sens, coter ou repérer. Quelle que soit l’intégrité d’un examinateur, mille causes, dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l’influencer. La note qu’il aurait dû donner au mérite réel se trouve, par suite de l’influence subie, modifiée dans certaines circonstances. Signalons la cote galon, dont profitent les gradés : la cote major, donnée particulièrement aux majors des deux promotions ; la code binette ou la cote d’amour, suivant le physique du malheureux appelé au tableau : la cote papa, donnée à celui dont le père, surtout s’il occupe une haute situation, est connu de l’examinateur ; la cote capote, attribuée à l’élève malade qui passe ses examens revêtu de la capote blanche de l’infirmerie, etc., etc.
L’habitude de coter par des chiffres variant de 0 à 20 est si enracinés parmi les polytechniciens qu’ils la conservent toute leur vie. Au sortir de l’École, ils ont une tendance à appliquer cette méthode, par amusement, il est vrai, aux affaires de la vie : beaucoup d’entre eux, dans le monde, cotent de 0 à 20 les jeunes filles à marier.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, le tableau indiquant les hausses et les baisses qui ont lieu sur les chevaux.

Crêper le chignon (se)

Delvau, 1866 : Se gourmer, échanger des coups, s’arracher mutuellement les cheveux, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se battre entre femmes.

T’es-tu crêpé le chignon avec une camarade ?

(Huysmans, Marthe)

Virmaître, 1894 : Se dit de deux femmes qui se battent avec acharnenement. C’est le contraire qu’il faudrait dire, car après la bataille, le chignon est plus que décrêpé (Argot du peuple).

France, 1907 : Se dit de deux femmes qui se battent et se prennent aux cheveux.

C’était une sorte de gavroche femelle, rieuse, gouailleuse, capable à certains moments d’un dévouement extraordinaire, et, à d’autres, n’hésitant pas à se crêper le chignon avec une amie.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Crétin

Delvau, 1866 : s. m. Rival littéraire ou artistique, — dans l’argot des peintres et des gens de lettres. Ils disent aussi goitreux.

France, 1907 : Épithète que se lancent mutuellement les artistes et les gens de lettres qui ne partagent pas les mêmes opinions, en littérature, en politique ou en art.

Débiner

d’Hautel, 1808 : Décroître, aller en décadence, perdre sa fortune, son emploi, ses ressources, se laisser aller en guenilles.
Il est tout débiné. Pour dire, il a un habit tout déguenillé ; il est dans la pénurie, dans le besoin.

anon., 1827 : Parler contre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler contre un confrère, le dénoncer.

Bras-de-Fer, 1829 : Parler contre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Médire, calomnier.

M.D., 1844 : Mépriser.

un détenu, 1846 : Parler mal d’autrui.

Larchey, 1865 : Médire.

On le débine, on le nie, on veut le tuer.

(A. Scholl)

Delvau, 1866 : v. a. Médire, — et même calomnier. En wallon, on dit : Dibiner, pour être mal à l’aise, en langueur. Se débiner. S’injurier mutuellement.

Rigaud, 1881 : Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu’un ou quelque chose dans la débine, l’appauvrir moralement.

Boutmy, 1883 : v. Dénigrer, dire du mal de quelqu’un. N’est pas particulier au langage typographique.

Virmaître, 1894 : Dire du mal de quelqu’un.
— Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dire du mal de quelqu’un c’est le débiner.

Hayard, 1907 : Critiquer, (se), partir.

France, 1907 : Décrier, médire ; le plus grand plaisir des femmes, après celui de tromper leur amant ou leur mari, et la consolation des ratés.

— Je puis, deux heures d’affilée, débiner les camarades au café. Mais, dès que j’essaie de travailler, je sens que je vais mourir, je meurs, je m’éteins.

(Émile Goudeau, Le Journal)

— C’est comme ça, madame ! Par dépit ! Par jalousie ! Et elle nous débine toutes auprès de vous, et vous la croyez, vous la soutenez.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

anon., 1907 : Dire du mal de quelqu’un.

Dégoter, dégotter

France, 1907 : Surpasser.

L’émulation, ce puissant moteur du bien, existe aussi pour le mal. Les jeunes rôdeurs se montent mutuellement la tête. Ils veulent faire parler d’eux, devenir célèbres, dégotter tel ou tel cabot du crime dont le public s’entretient. Ils vont au mal, parce que la route du mal s’ouvre devant eux. Peut-être iraient-ils au bien si la société se préoccupait avec plus d’intelligence de leur en montrer le chemin.

(Paul Foucher)

Bien à tort, le public s’exclame
Sur la finesse de Prado ;
Cet assassin, je le proclame,
N’est qu’un maladroit, un lourdaud.
Sans me faire de la réclame,
Je puis dire, sans vanité,
Que, par mon habileté,
Je l’ai vraiment dégoté !

(Jules Joly)

— Sieds-toi, monsieur ; regarde comme je suis belle ! Et prends-moi, si ça te plaît !
Il s’étendit à plat le ventre sur le divan aux couleurs tapageuses qui, rehaussant cet humble boudoir, lui prêtait, à la clarté molle de deux lampes d’albâtre, une certaine apparence de luxe, et, s’étant étiré les quatre membres, il bâilla, puis il la contempla nonchalamment de cet œil connaisseur avec lequel maquignons et gentilshommes étudient la structure des pur sang.
— Hé ! hé ! bourdonna-t-il, tu dégotes la Médicis et la Milo !

(Léon Cladel, Une Maudite)

Eau

d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide.
Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.

Embrasser

d’Hautel, 1808 : S’embrasser comme du pain. S’embrasser mutuellement ; avec amour et tendresse.
Qui trop embrasse mal étreint. Proverbe qui signifie que l’on réussit rarement quand on entre prend trop de choses à la fois.

Ensemblement

d’Hautel, 1808 : L’un avec l’autre ensemblement. Pour dire aller quelque part, faire quelque chose mutuellement avec quelqu’un

Entrouducuter (ou s’)

Delvau, 1864 : Enculer, ou s’enculer mutuellement, entre pédérastes.

Que vont devenir nos talents,
Notre motte dodue
Puisque l’nombre de nos chalands
Chaque jour diminue ?
À se chatouiller,
S’entrouducuter
Chacun ici s’exerce…
De ce maudit Coin
Vite, foutons l’camp :
Au diable le commerce.

(Sultane Rozréa, p. 22.)

Faire soixante-neuf

Delvau, 1864 : Gamahucher une femme pendant qu’elle vous suce la pine, — ce qui ne peut se faire qu’en intervertissant mutuellement la position ordinaire au coït, c’est-à-dire en faisant d’un 6 un 9. et d’un 9 un 6 : 69.

Soixante-neuf et son vit se redresse !
Soixante-neuf ferait bander un mort !

(Chanson anonyme moderne)

Faire tête-bêche

Delvau, 1864 : Se placer mutuellement de façon que la pine de l’homme soit à la hauteur de la bouche de la femme qui la suce, et que le con de la femme soit à la hauteur de la langue de l’homme qui s’y introduit. De même, naturellement, entre tribades qui veulent jouir ensemble.

À leurs côtés j’entends
Des cris intermittents ;
Géraudon et Tautin
Font tête-bêche un repas clandestin.

(J. Duflot)

Mais, parfois, quand il trouve une motte bien fraîche,
Ce qu’il aime avant tout, c’est faire tête-bêche.

(L. Protat)

Faire une cote mal taillée

France, 1907 : Concessions mutuelles que se font le créancier et le débiteur dans un compte accepté en gros sans entrer dans les détails. Cote est pour coche. Cette expression proverbiale vient de l’ancien usage, existant encore dans nombre de provinces, de marquer, par des entailles ou coches faites sur deux planchettes de bois coupées d’un seul morceau, la quantité de pain prise à un boulanger. Pour chaque pain, il fait une entaille qui coupe à la fois les deux planchettes jointes, et chacun, vendeur et acheteur, garde la sienne. Le nom de coche fut, par synecdoque, donné au morceau de bois. Au règlement de compte, si les entailles ne concordaient pas, on disait que c’était une cote mal taillée, et l’erreur était partagée entre le boulanger et son client.

Flûte

d’Hautel, 1808 : Arranger ses flûtes. Prendre ses mesures, se disposer pour faire quelque chose.
Il est monté sur deux grandes flûtes. Manière ironique de dire que quelqu’un a des jambes longues et maigres ; qu’il est mal bâti, mal tourné.
On dit de deux personnes qui se détestent mutuellement, que leurs flûtes ne s’accordent pas ensemble.
Il y a de l’ordure à ses flûtes.
Pour dire qu’un homme est coupable de ce dont on l’accuse.
Juste et carré comme une flûte. Voy. Carré.
Il a toujours la flûte au derrière. Manière plaisante de dire qu’un homme prend souvent des lavemens, qu’il est toujours dans les drogues.
Il en revient toujours à Robin ses flûtes. C’est à dire, au sujet qui l’intéresse.
Ce qui vient par la flûte, retourne au tambour. Pour dire que le bien mal acquis ne profite jamais.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. f. L’instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac, — dans l’argot du peuple, Tulou médiocre. Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.

Fustier, 1889 : Verre de bière.

France, 1907 : Bouteille de vin, canon.

France, 1907 : Seringue ; d’où flûtiste ou joueur de flûte, infirmier.

Fol ou fou

d’Hautel, 1808 : Il est coiffé comme un chien fou. Se dit de quelqu’un qui est coiffé d’une manière bizarre.
Qui fol envoie fol attend. Pour dire que peut rien attendre de bon, quand on a chargé un fou de la négociation d’une affaire.
Plus on est de fous, plus on rit. Se dit d’une compagnie nombreuse, ou mutuellement on s’excite à la joie ; et aussi pour engager quelqu’un dans une partie joyeuse.
Tête de fou ne blanchit jamais. V. Blanchir.
Il est fou à lier ; Il est fou comme un jeune chien. Pour il est étourdi, écervelé ; il se porte à toutes sortes d’inconséquences.

Fricassée de museau

Virmaître, 1894 : S’embrasser mutuellement. Cela indique bien le frottement de deux visages. Mot à mot : s’embrasser avec effusion (Argot du peuple).

France, 1907 : Embrassades sans fin, comme ont coutume de s’en donner les femmes qui se détestent le plus.

Frotte (la)

Delvau, 1866 : La gale, — qu’on guérit en frottant énergiquement le corps.

Rigaud, 1881 : Traitement de la gale à l’hôpital Saint-Louis où les galeux se frottent mutuellement avec de la pommade soufrée, suivant le précepte de la maison : « Frottez-vous les uns les autres ». Passer à la frotte, suivre le traitement antigaleux.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Gale.

Fureur d’amour

Delvau, 1864 : La voluptueuse démence que ressentent mutuellement un homme et une femme dans l’accouplement.

Autrement il faudrait dire : ce qui n’a point de nom, un membre viril, le membre génital, et autres telles expressions sottes et longues, que la fureur d’amour ne donne point le temps de prononcer.

(Mililot)

Garantisme

France, 1907 : État de garantie mutuelle qui, dans le système fouriériste, doit remplacer notre civilisation. C’est la sixième phase avant d’arriver à la complète harmonie. Ces phases, au nombre de huit, sont : l’édenisme, la sauvagerie, le patriarcat, la barbarie, la civilisation, le garantisme, le sociantisme, l’harmonie.

Gimblette (faire la)

Delvau, 1864 : Se donner mutuellement des douceurs, entre pensionnaires : — se masturber. — Dans le tableau de Frago, c’est une jeune fille qui se fait lécher le con par un chien qu’elle attire avec une gimblette (petite pâtisserie appelée ainsi).

Gober

d’Hautel, 1808 : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.

un détenu, 1846 : Aimer, affectionner.

Delvau, 1866 : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.

Delvau, 1866 : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.

Rigaud, 1881 : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.

Boutmy, 1883 : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.

Virmaître, 1894 : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.

Virmaître, 1894 : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Aimer.

France, 1907 : Aimer.

Autrefois, j’aimais les gendarmes.
Drôle de goût, me direz-vous.

Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants.
Élitre de l’armée et crème
Et fleur, ils m’étaient triomphants.

(Paul Verlaine)

Je te parlerais bien de Millaud et du Petit Journal, mais le soir même je recevrais du papier timbré. Il ne plaisante pas, le papa Millaud. Le voilà, à l’heure qu’il est, intentant trois procès à trois journaux différents, qui ne gobent pas son papier à chandelle, et qui trouvent étranges les prétentions littéraires de ce banquier journaliste, libraire et marchand de tortues.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Moi, je n’gob’ pas
El’ son du glas
D’l’églis’ du Maine,
J’aim’ cent fois mieux
Les chants joyeux
Ed’ la Mad’leine.

(Aristide Bruant)

Gontran, vous voulez m’épouser ;
Je n’dis pas non, car vous m’plaisez,
Vous n’êt’s pas trop laid, pas trop bête,
Vous vous habillez… proprement,
Vous êtes très rich’ : (Naturell’ment !)
Et J’gob’ vot’ tête.

(L. Xanrof, L’Ingénue moderne)

France, 1907 : Croire légèrement, attraper au vol ce que l’on dit ; du gaélique gob, bouche, bec. Gober le morceau, se laisser duper.

Il lui semblait qu’elle était quelque chose de plus qu’avant, reniflait à pleines narines la senteur musquée du cosmétique mangé sur les cheveux de Ginginet, en même temps s’amusait, comme d’un bon tour, de ce mari cornard et qui n’en saurait rien. Elle lui collerait une histoire, qu’il goberait comme toutes les autres, et bernique pour le reste.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Songez-y bien et croyez-le : il n’y a chez nous que ceux partis, deux, et point davantage. Ceux qui « gobent » et ceux qui « blaguent ». Car il convient de parler la langue de son temps.
Telle est la grande division. Le reste n’est que subtilite électorale.

(Émile Bergerat)

Goupiner

Ansiaume, 1821 : Travailler.

L’affaire est bonne, mais il y a à goupiner.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire quelque chose.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler.

Vidocq, 1837 : v. a. — Travailler.

Clémens, 1840 : Travailler.

un détenu, 1846 : Faire quelque chose. Un objet bien goupiné est un objet bien fait.

Larchey, 1865 : Voler. V. Estourbir, Butter.

Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)

J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans le même argot [des voleurs]. Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.

Rigaud, 1881 : Voler, s’ingénier à faire le mal.

En goupinant seul et dans un pays étranger, on n’a à craindre ni les moutons ni les reluqueurs.

(J. Richepin, l’Assassin nu)

Goupiner les poivriers, voler les ivrognes.

La Rue, 1894 : Voler. Travailler.

Virmaître, 1894 : Voler. On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.
— Est-il goupiné ? (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Travailler.

Hayard, 1907 : Arranger, apprêter un vol.

France, 1907 : Travailler.

— La largue est fine, et que goupine-t-elle ?
— Elle est établie, elle gère une maison.

(Balzac)

France, 1907 : Voler.

En roulant de vergue en vergue
Pour apprendre à goupiner.

(Vidocq)

Allumés de toutes ces largues
Et du trèpe rassemblé ;
Et de ces charlots bonsdrilles,
Lonfa malura dondaine !
Tous aboulant goupiner,
Lonfa malura dondé !

(Chanson de l’argot)

Dès lors arrivent les politesses d’usage ; c’est un verre de plus qu’il faut.
Jean-Louis déplore la dureté des temps.
Il se plaint de ne pouvoir goupiner ; on se plaint mutuellement.

(Marc Mario et Louis Launay)

Il pleut !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des typographes, pour annoncer la présence d’un étranger dans l’atelier. — Exclamation de l’argot des francs-maçons, pour s’avertir mutuellement de l’intrusion d’un profane dans une réunion.

Delvau, 1866 : Terme de refus ironique, — dans l’argot des gamins et des ouvriers.

Boutmy, 1883 : v. unipers. Exclamation par laquelle un compositeur avertit ses camarades de l’irruption intempestive dans la galerie du prote, du patron ou d’un étranger. Dans quelques maisons, il pleut ! est remplacé par Vingt-deux. Pourquoi vingt-deux ? On n’a jamais pu le savoir.

Hayard, 1907 : Exclamation signifiant :

Attention, il y a du danger ; voici du monde !

France, 1907 : Exclamation pour annoncer la présence d’un étranger dans un atelier, ou, dans l’argot des francs-maçons, d’un profane dans le temple.

France, 1907 : Non.

Lasciveté

Delvau, 1864 : Prédisposition à l’amour ; art des courtisanes pour exciter les désirs des hommes.

Si la présence de l’empereur seul ne suffit pas pour les exciter, elles puisent dans leur lasciveté même un aimant mutuel.

(La Popelinière)

Cette lasciveté de formes se reflète
Dans son justement bizarre et singulier.

(A. Glatigny)

Main

d’Hautel, 1808 : Il ne sait où mettre ses mains. Pour, il a l’air gauche et décontenancé ; il est dans un extrême embarras : se dit aussi pour exprimer que quelqu’un est dans l’ivresse du succès.
Faire quelque chose à deux mains trois cœurs. Pour dire, avec zèle et empressement ; de tout cœur.
Passez cela de main en main jusqu’au plus vilain. Se dit à dessein de plaisanter une personne dans les mains de laquelle doit rester l’objet que l’on fait passer.
Il a la main chaude. Pour dire que quelqu’un est en train de gagner au jeu.
Il est à deux mains. Se dit d’un homme propre à plusieurs emplois, ou que l’on occupe à différentes choses.
Il le surpasse haut la main. Pour, il le passe de beaucoup, il lui est bien supérieur.
Jeu de mains, jeu de vilains. Signifie qu’il n’y a que les gens mal élevés qui jouent à se frapper.
Fermez la main, et dites que vous ne tenez rien. Manière de dire à quelqu’un qu’on ne veut pas lui accorder ce qu’il demande.
Est-ce que tu as des mains de beurre. Se dit à une personne maladroite, qui laisse tomber tout ce qu’elle porte à la main.
Donner de la main à la main. C’est-à-dire mutuellement.
Il a toujours ses mains dans ses poches. Se dit d’un fainéant, d’un homme qui vit dans l’oisiveté.
Il a une belle main pour chanter et une belle voix pour écrire. Voyez Chanter et Écrire.
Il vaut mieux tendre la main que le coup. Pour il est moins déshonorant de demander l’aumône, que de s’exposer à être pendu en exerçant des vols et des brigandages.
Un homme de main. Pour dire, auquel on peut se fier pour l’exécution d’une chose difficile.
Faire la main. Pour faire des gains illicites et déshonnêtes.
L’argent lui fond dans les mains. Se dit d’un prodigue, d’un dissipateur.
Ils sont comme les deux doigts de la main. C’est-à-dire, inséparables ; ils vivent dans une grande familiarité.
Tous les doigts de la main ne se ressemblent pas. Signifie que dans la société, on rencontre des humeurs et des caractères différens.
Il faut regarder à ses mains plutôt qu’à ses pieds. Se dit d’un homme dont la probité est suspecte.
Il est Normand, il a les mains crochues. Parce qu’on prête beaucoup de finesse et d’habileté aux habitans de cette province, surtout dans leur manière de traiter. Il est certain que, quelque peu fondé que soit leur droit dans une affaire, ils ont l’adresse de la faire tourner toujours à leur avantage.
Il ne va jamais sans ses mains. Se dit d’un escroc, d’un fripon, d’un homme qui vit d’une industrie infâme.
De marchand à marchand, il n’y a que la main. Pour dire, qu’il suffit de toucher dans la main entre marchand, pour conclure un marché. Signifie aussi que le commerce égalise toutes les conditions.
Mettre le pain à la main de quelqu’un. L’assister dans la nécessité, ou lui ouvrir le chemin de la fortune.
Les mains lui démangent. Pour, il a envie de se battre ; il y a long-temps qu’il s’est battu.
Il a la main à la pâte. Pour, il est dans un emploi lucratif où il fait de bons profits.
Il faut aller bride en main dans cette affaire. Pour dire, prudemment, avec retenue.
Il a des mains de laine et des dents de fer. Se dit d’un homme nonchalant et paresseux, qui ne sait rien faire que boire et manger.
C’est un homme de sa main. Pour une de ses créatures.
Prenez cela de ma main. Pour, ayez confiance dans ce que je vous donne. Locution marchande, pour engager les chalands à acheter.
Jouer à la main chaude. Au propre, jouer au jeu de la main chaude ; au figuré, avoir les mains liées derrière le dos, comme le sont ordinairement les patiens que l’on conduit au supplice, et par allusion avec ce jeu. Voy. Chaude.
Mettre la main à la pâte. Se mêler des travaux les plus difficiles, des plus petits détails d’une affaire ; prendre part aux services domestiques ; se servir soi-même.
Il n’y va pas de main morte. Pour, il touche ferme ; il travaille avec ardeur.

Rigaud, 1881 : La totalité des cartes constituant une partie, soit au baccarat, soit au lansquenet. La main réglementaire est de quatre jeux de cinquante-deux cartes.

Rigaud, 1881 : Série de coups gagnés, — dans le jargon des joueurs de baccarat et de lansquenet. — Avoir la main, tenir les cartes à son tour. — Prendre la main, prendre les cartes qu’un joueur quitte après un ou plusieurs coups de gain. — Passer sa main, ne pas prendre les cartes à son tour. — Passer la main, passer les cartes après un ou plusieurs coups gagnés. — Brûler la main, jeter au panier les cartes du talon, après avoir gagné, en banque, un certain nombre de coups.

Mariage à l’anglaise

France, 1907 : Mariage suivi d’une séparation, où chacun vit de son côté. Cette expression n’a aucune raison d’être et ne peut s’expliquer que par la mutuelle malveillance qui existe entre Les Français et leurs voisins d’outre-Manche. On ne trouve pas plus de mauvais ménages en Angleterre qu’en France.

Matelot

Larchey, 1865 : « Tous deux amis et se nommant mutuellement mon matelot : ce qui est le plus grand terme d’affection connu sur le gaillard d’avant. » — Phys. du Matelot, 1843.

Delvau, 1866 : s. m. Copain, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Minon Minette (faire)

Delvau, 1864 : Se gamahucher mutuellement, homme et femme ; faire tête-bêche.

Morsures

Delvau, 1864 : Marques rosées que les gens qui baisent se font mutuellement dans les spasmes de la jouissance.

Je suis, mon cher savant, si docte avis voluptés,
Lorsque j’étouffe un homme en mes bras veloutés,
Ou lorsque j’abandonne aux morsures mon buste.

(Ch. Baudelaire)

Mouton

d’Hautel, 1808 : Chercher cinq pieds à un mouton. Exiger d’un autre plus qu’il ne doit, ou d’une chose plus qu’elle ne peut produire.
Revenir à ses moutons. Revenir à un discours commencé et interrompu, dans lequel l’intérêt se trouve compromis.
Mouton. Homme aposté dans les prisons par la justice, pour tirer par ruse les secrets d’un prisonnier.

Ansiaume, 1821 : Espion.

Il y a là deux moutons qui m’ont joliment donné le taff.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mouchard de prison.

Vidocq, 1837 : s. m. — Espion placé par la police près d’un prisonnier dont il doit chercher à acquérir la confiance, afin d’en obtenir des révélations.

M.D., 1844 : Homme de leur société qu’ils supposent y avoir été mis pour s’associer seulement à la conversation et les dénoncer ensuite. Dans les prisons, la police y met beaucoup de ces gens qui, ayant l’air d’être détenus, causent avec les prisonniers, et finissent par donner des indices très précieux à la police qui les transmets ensuite à la justice.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Mouchard.

Larchey, 1865 : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.

Delvau, 1866 : s. m. Matelas, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement. Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.

Rigaud, 1881 : Homme de compagnie d’un prisonnier, et chargé par la police de devenir l’homme de confiance du même prisonnier.

Rigaud, 1881 : Matelas.

La Rue, 1894 : Matelas. Prisonnier qui espionne et dénonce son compagnon.

Virmaître, 1894 : Dénonciateur qui vend ses complices. Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner. C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Matelas. Quand il est plus que plat, on dit : galette (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Prisonnier qui dénonce ses co-détenus.

France, 1907 : Ancienne pièce d’or appelée ainsi parce que l’agneau pascal était sculpté sur l’une de ses faces.

France, 1907 : Compère dans le vol à l’américaine. C’est celui qui aborde le naïf qu’on se propose de dévaliser, généralement au paysan ou un provincial.

La bande était au complet, il y avait le mouton, celui qui lie la conversation avec la victime, le « riche étranger », qui échange son portefeuille contre le porte-monnaie du volé, et enfin les « hirondelles » qui voltigent autour du groupe et se chargent de prévenir à coups de sifflet de l’arrivée des agents.

(La Nation)

France, 1907 : Dénonciateur enfermée dans la cellule d’un criminel ou supposé tel, avec la mission de le faire parler et avouer ses forfaits.

Il existe deux sortes de coqueurs détenus : la première, qui prend le nom de moutons, est composée d’individus qui, renfermés dans les prisons, cherchent à captiver la confiance de leurs compagnons de détention pour obtenir l’aveu des crimes qu’ils ont commis, et la connaissance des preuves et pièces de conviction qu’on pourrait produire à leur charge. Lorsque deux de ces individus se trouvent dans la même prison, ils ignorent complètement le rôle qu’ils jouent chacun de son côté, et il n’est pas rare de voir ces deux moutons multiplier les rapports pour se dénoncer mutuellement, croyant rendre de grands services à la police et en être généreusement récompensés.
Les qualités essentielles du coqueur détenu sont, avant tout, l’habileté et la prudence. Il est excessivement difficile et même fort dangereux de jouer un rôle pareil dans une prison, car celui qui est mouton court risque d’être assassiné par ses compagnons s’ils viennent à le savoir. Aussi la police parvient-elle rarement à décider les voleurs à moutonner leurs camarades.

(Mémoires de Canler)

Des confrères à moi ont prétendu naguère que le plus souvent M. Grévy n’était guidé dans ses signatures que par les rapports de la prison même. Un condamné qui est en proie à de violentes angoisses, qui refuse énergiquement de faire le piquet consolateur et traditionnel avec son mouton, qui sanglote, hurle et se frappe la tête contre les murs, était à peu près certain de voir sa peine commuée.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

France, 1907 : Matelas, à cause de la laine.

France, 1907 : Pelite boule dont les bonneteurs se servent dans le jeu appelé calot. Ce jeu, encore plus dangereux pour le naïf que le bonneteau, se compose de trois quilles creuses, sous lesquelles l’artiste voleur fait passer le mouton en changeant les quilles de place, tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table avec la boulette dessous.

France, 1907 : Sous le chapeau de la guillotine est fixé le glaive, lame d’acier triangulaire emmanchée dans une forte masse de plomb appelé le mouton. Le couteau a trente centimètres de largeur, il est haut de quatre-vingts centimètres y compris le mouton. Il frappe avec une force terrible, car tombant d’une hauteur de deux mètres quatre-vingts centimètres, son poids multiplié par la vitesse de la chute est de 163 kilos en arrivant sur le cou du condamné.

Mutuelle

Delvau, 1866 : s. f. L’École mutuelle.

Niguedouille

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, nigaud, — dans l’argot des faubouriens. C’est une des formes du vieux mot français niau, — le nidasius de la basse latinité, — dont nous avons fait niais. Gniolle — qu’on devrait écrire niolle, mais que j’ai écrit comme on le prononce — a la même racine.

Rigaud, 1881 : Nigaud.

La Rue, 1894 : Imbécile.

France, 1907 : Nigaud, sot, naïf. Quelques auteurs écrivent niquedouille.

Sur les champs de courses, l’État a fait construire des baraquettes où les niquedouilles viennent engloutir leur pognon.
L’État — honorable filou — prélève, sur les paris, tant pour ceci, tant pour cela et distribue le moins possible aux gagnants.
Il est donc facile de comprendre que, si les jobards qui engagent leur douille dans ces baraquettes de bandits ne renouvelaient pas leurs provisions de galette, grâce à leur turbin, un moment viendrait — et vite, nom de dieu ! où leur porte-braise aurait été vidé, jusqu’au dernier centime, dans la caisse du Paris Mutuel.

(Père Peinard)

Ogre

d’Hautel, 1808 : Manger comme un ogre. Pour dire, avec, excès, goulument.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent de remplacement, usurier, escompteur. Depuis que chacun a le droit de payer en argent sa dette à la patrie, des individus officieux se sont chargés de procurer des remplaçans à ceux qui n’ont point de goût pour l’état militaire, et ne se soucient pas de parader le sac sur le dos pour l’instruction et l’amusement des princes de la famille royale. C’est principalement de l’Alsace, de la Lorraine et de la Basse-Bretagne, que ces Messieurs tirent les hommes dont ils ont besoin, hommes qu’ils achètent ordinairement 5 ou 600 francs, et qu’ils vendent au moins deux ou trois fois autant.
Il y a, je veux bien le croire, quelques agens de remplacement qui exercent honorablement leur métier, mais il en est beaucoup plus qui méritent, à tous égards, le nom qu’on leur a donné. Ces Messieurs exploitent en même temps le remplaçant et le remplacé, et très-souvent les tribunaux sont appelés à prononcer sur les différends qui s’élèvent entre les agens de remplacement, et ceux qu’ils ne craignent pas de nommer leurs cliens.
Le père de famille qui a bien voulu accorder sa confiance à un Ogre, doit s’estimer très-heureux lorsqu’après avoir payé très-cher un remplaçant qu’il a long-temps attendu, son fils a enfin obtenu le certificat qui met sa responsabilité à couvert, car tous les agens de remplacement ne remplissent pas les engagemens qu’ils contractent, et plusieurs d’entre eux, parmi lesquels je ne citerai que certain officier de l’ancienne armée, bien connu par ses relations avec certain individu autrefois Grec, et maintenant banquier et usurier, procèdent à-peu-près de cette manière.
Des affiches apposées aux coins de toutes les rues, et des circulaires envoyées dans toutes les localités quelques mois avant l’époque fixée pour le tirage, apprennent à tous que M. un tel, ancien officier, propriétaire ou banquier, vient de fonder une assurance mutuelle en faveur des jeunes gens qui doivent concourir au tirage de l’année. Moyennant une somme de 7 à 800 fr., déposée dans la caisse commune, on peut, quel que soit le numéro que l’on tire de l’urne fatale, acquérir la douce certitude que l’on ne sera pas forcé de quitter ses pénates. Il est bien entendu que la somme versée par celui qui amènera un numéro élevé doit, dans tous les cas, être acquise à l’agent de remplacement, et servir à compléter le paiement du remplaçant de celui qui aurait été moins heureux. L’agent qui procède ainsi a bientôt réuni trente ou quarante souscripteurs ; il n’en désire pas davantage.
Arrive l’époque du tirage. La moitié des jeunes gens assurés tombent au sort. Mais que leur importe, n’y a-t-il pas chez l’agent de remplacement un héros tout prêt à faire pour eux le coup de fusil, ou à brosser le poulet d’Inde, aussi ils dorment tranquilles jusqu’au jour où ils reçoivent la visite d’un monsieur bien obséquieux, qui s’exprime avec élégance, et qui se charge de leur montrer le revers de la médaille dont jusqu’alors ils n’avaient vu que le beau côté.
« Monsieur, leur dit cet officieux entremetteur, qui n’est autre que le compère de l’agent de remplacement, M. un tel, agent de remplacement, auquel vous avez accordé votre confiance, a fait cette année de très-mauvaises affaires, et, pour la première fois de sa vie, lui est impossible de remplir ses engagemens ; mais rassurez-vous, Monsieur, ses cliens ne perdront rien, et je suis chargé de vous remettre la somme que vous avez versée entre ses mains. »
Bien heureux de ne pas tout perdre, les infortunés reprennent leur argent et ne disent mot ; si, contre toute attente, quelques-uns d’entre eux veulent absolument que le contrat qu’ils ont consenti soit rigoureusement exécuté, on s’empresse de les satisfaire, dans la crainte que leurs clameurs n’éveillent l’attention des magistrats. Il est inutile d’ajouter que, quelques jours après le tirage, l’agent a envoyé son intermédiaire à ceux de ses cliens que le sort a favorablement traités, et, qu’en leur faisant une remise, il s’est fait autoriser à retirer les fonds déposés par eux chez un notaire.
Le sieur D***, officier de l’ancienne armée, exerce de cette manière, depuis plusieurs armées, le métier d’agent de remplacement ; il se dit cependant le plus honnête homme du monde, et il n’y a pas long-temps qu’il a traduit à la barre du tribunal de police correctionnelle, et fait condamner à trois mois d’emprisonnement, certain individu qui avait pris la liberté grande de l’appeler fripon.
Je l’ai dit et je le répète, quelques agens de remplacement exercent honorablement leur métier ; c’est à ceux là seuls qu’il faut s’adresser. Les conditions de leurs traités ne sont peut-être pas aussi avantageuses que celles des individus dont nous venons de parler, mais ils ne trompent personne.
Tout le monde a lu dans l’un des deux premiers volumes des Scènes de la vie privée, de Balzac, le portrait de l’usurier Gobsec ; ce portrait n’a d’autres défauts, suivant moi, que celui de n’être pas exact ; le père Gobsec est un type effacé depuis long-temps. Les usuriers de notre époque ne logent pas tous rue des Grés ; ils ne sont ni vieux, ni ridés ; leur costume n’a pas été acheté au Temple : ce sont au contraire des hommes encore jeunes, toujours vêtus avec élégance, et qui ne se refusent aucunes des jouissances de la vie. L’usurier pur sang n’a jamais d’argent comptant lorsqu’on lui propose d’escompter la lettre de change acceptée en blanc par un fils de famille, mais il a toujours en magasin un riche assortiment de marchandises de facile défaite, telles que singes et chameaux, pains à cacheter, bouchons, souricières, voir même des places à l’année au théâtre de M. Comte.

Larchey, 1865 : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre :

Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu’après avoir passé par tous les degrés de l’état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d’exploiteur et même de receleur. Dans ce but, l’ogre possédait à côté de son établissement d’achat de chiffons un débit de liqueurs qu’il faisait gérer par un affidé ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines.

(Castillon)

Delvau, 1866 : s. m. Agent de remplacement militaire, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Usurier, Escompteur.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de chiffons, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Chiffonnier en gros, négociant en chiffons, — Recéleur. — Escompteur sans vergogne. — Agent de remplacements militaires mis en disponibilité par la promulgation de la loi sur le service obligatoire.

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe modèle. L’ogre travaille à la journée, il est bon père de famille, bon époux et bon garde national au besoin.

La Rue, 1894 : Chiffonnier en gros. Usurier.

France, 1907 : « Il est une variété de compositeurs dont les mœurs sont tout à fait différentes : immobiles comme des termes devant leurs casses, ils éloignent jusqu’à l’ombre de la dissipation ; ils vivent de peu ; et leur ardeur pour la besogne leur a fait donner le nom d’ogres par leurs confrères, qui les méprisent. Ils font en sorte d’obtenir des places avantageuses, telles que celles de metteurs en pages, hommes de conscience, correcteurs, protes, etc. »

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

France, 1907 : On appelait ainsi, du temps de la conscription, les marchands d’hommes qui fournissaient des substituants aux fils de famille.

France, 1907 : Recéleur ; chiffonnier en gros ; il dévore les petits.

Passer

d’Hautel, 1808 : Faire passer quinze pour douze. Abuser de la confiance et de la crédulité de quelqu’un, pour le tromper, lui en faire accroire.
Passer quelque chose au gros sas. Pour, le faire à la hâte, sans précaution.
Il veut passer pour beau. Se dit de celui qui ne veut rien payer d’un écot, d’une dépense qui s’est faite en commun.
Passer de fil en aiguille. Pour dire, d’un discours à l’autre.
Jeunesse est forte à passer. Signifie qu’il est difficile à passer son jeune âge sans faire de folies.
Cela lui passera devant le nez. Pour dire, il n’y aura point part ; ce n’est point pour lui.
Il a passé comme une chandelle. Pour dire, il est mort sans crise ; dans le moment où on s’y attendoit le moins.
Le temps passe et la mort vient. Signifie que quelque soit le sort auquel on se trouve réduit, le temps n’en passe pas moins vite pour cela.
Passer par l’étamine. Être examiné sévèrement ; connoître l’infortune et l’adversité.
Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné. Se dit de deux personnes qui conviennent mutuellement de se pardonner leurs erreurs.
Passe pour cela. Pour, je consens à cela ; je l’accorde ; cela peut être admis.
S’il passe par mes mains, gare à lui ! Se dit par menace d’une personne dont on a reçu quelque offense, pour faire entendre qu’on s’en vengera dès que l’on en trouvera l’occasion.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des bourgeois.

Préliminaires de l’amour (les)

Delvau, 1864 : Toutes les menues friandises qui mettent les amants en appétit de foutre : baisers, langues, patinage mutuels, branlage, suçage, etc., — le meilleur de l’amour, enfin, en ce que cela dure aussi longtemps que le veulent les raffinés.

Quand vous me promîtes, un jour.
D’abjurer vos séminaires
Je vous accordai de l’amour
Tous les préliminaires.
Vous auriez eu tout le surplus,
Sans cette robe affreuse.

(Collé)

Rapatriage

d’Hautel, 1808 : Réconciliation, oubli mutuel des erreurs et des torts.

Rat (courir le)

Ansiaume, 1821 : Voler à tâtons la nuit dans un lieu habité.

J’ai couru le rat dans sa turne, je n’ai eu qu’un bogue en orient.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler la nuit dans l’intérieur d’une auberge ou maison garnie.
Ce genre de vol se commet ordinairement dans les auberges où logent les marchands forains et les rouliers, et de préférence les jours de marché et de foire.
Les Rats sont habituellement deux et quelquefois trois. Ils exercent ostensiblement la profession de marchand forain ; leurs papiers sont toujours parfaitement en règle, ils peuvent donc exhiber, à la première réquisition, passeport, factures, patente, etc. Ils sont sobres, et leur politesse est extrême.
Les Rats logent plusieurs fois dans une auberge avant d’y commettre un vol. Ils arrivent toujours séparément et d’un lieu opposé, et s’arrangent de manière à ne point coucher dans la même chambre.
On sait qu’il y a toujours cinq ou six lits dans chacune des chambres d’auberges où logent habituellement les rouliers et marchands forains. Les Rats se couchent toujours les premiers, et lorsque ceux qui doivent partager avec eux la chambre qu’ils occupent arrivent, ils paraissent profondément endormis ; mais, comme les chats, ils ne dorment que d’un œil, et ils ont soin d’allumer celui qui place sous son traversin, ou sa ceinture ou sa culotte.
À l’heure convenue entre eux, ils se lèvent chacun de leur côté, ils se retrouvent et se rendent mutuellement compte de leurs observations. La position des lits occupés par ceux qu’ils veulent dévaliser est exactement indiquée, et chacun d’eux alors opère dans la chambre de son camarade, les ceintures et les culottes sont enlevées, et, après avoir placé le chopin en lieu de sûreté, chaque Rat retourne à son lit.
Les Rats n’emportent jamais avec eux ce qu’ils ont volé, ce n’est que quelques jours après la consommation du vol, et en revenant prendre gîte, qu’ils enlèvent leur butin.
Quelques Rats ont un complice au dehors auquel ils remettent instantanément l’objet volé. Il est très-rare que ces voleurs soient pris sur le fait. Aussi, les marchands forains et les rouliers qui boivent sec, et qui, par conséquent, n’ont pas le sommeil léger, devraient placer ce qu’ils possèdent sous leurs matelas, et non pas sous leur traversin. Ce serait le seul moyen de ne pas craindre la visite des Rats.
J’étais, le 5 novembre dernier, occupé à rédiger cet article, lorsque je reçus la visite d’un propriétaire de Charonne près Paris, qui venait d’être la victime d’un Rat.
Le voleur s’était introduit furtivement dans la maison où logeait le propriétaire, et s’était caché sous un lit placé dans la chambre voisine de celle qu’il occupait. Lorsque le voleur eut acquis la certitude que le propriétaire était profondément endormi, il s’introduisit dans sa chambre, enleva sa ceinture, qui contenait 24,000 francs en billets de banque, et se sauva en escaladant les murs de la maison. Je mis de suite en campagne une partie des agens attachés à mon établissement, et, à six heures du soir, le Rat fut saisi encore nanti de la somme volée, qui fut de suite restituée à son propriétaire.

Rigaud, 1881 : Voler la nuit, dans les maisons meublées, dans les hôtels garnis.

Virmaître, 1894 : Voler la nuit. Allusion au chat qui ne sort que la nuit pour chasser le rat, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le rat qui chasse le chat — le passant (Argot des voleurs). N.

Sacs à charbonnier, l’un gâte l’autre

France, 1907 : Les sens sales se salissent mutuellement, les vicieux se communiquent leurs vices.

Salade

d’Hautel, 1808 : Camarade à la salade, compagnon à coups de bâton. Bouts rimés populaires dont on se sert pour exprimer que plusieurs personnes réunies ne vivent pas en bonne intelligence ; qu’elles ne se portent mutuellement aucune estime, aucune amitié ; qu’elles vivent comme chien et chat.
Salade. Pour, gronde, réprimande, correction.
Donner une salade à quelqu’un. Pour dire, le tancer ; le réprimander ; lui chanter game.

Vidocq, 1837 : s. m. — Pêle-mêle.

Larchey, 1865 : Réponse. — Calembour. — La réponse est une espèce de salade.

Voilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Raiponce à une question, — dans l’argot des voleurs, facétieux à leurs heures.

Rigaud, 1881 : Fouet. — Donner la salade, fouetter, en terme d’écolier ; l’expression et le mot sont vieux et démodés.

Rigaud, 1881 : Pêle-mêle ; gâchis.

La Rue, 1894 : Réponse. Rixe. Pêle-mêle. Mettre en salade, enfouir, cacher.

France, 1907 : Fouet.

France, 1907 : Pêle-mêle, méli-mélo, et, par extension, battage de cartes, d’où salader, battre un jeu de cartes.

Méfiez-vous d’un croupier qui en saladant, en mélangeant les cartes, ne les mêle pas jusqu’à ce qu’on voie le tapis. En les mêlant ainsi, ne les désenchevêtre pas les unes des autres, puis relevant les cartes, comme s’il relevait une galette ou un éventail, elles reviennent alors à leur place primitive. La « séquence » préparée n’est pas dérangée et cependant les cartes ont été battues, saladées !

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

France, 1907 : Rixe.

Sauter

d’Hautel, 1808 : Faire sauter les miettes. Manger avec un grand appétit, avec avidité, mettre les morceaux doubles.
Reculer pour mieux sauter. Temporiser, éviter momentanément un malheur qu’on ne peut fuir, et dont tôt ou tard on doit être victime.
Cela le fera sauter au plancher, le fera sauter comme un crapaud. Pour exprimer le mécontentement que quelqu’un manifestera, en apprenant une nouvelle.
Faire sauter quelqu’un. Pour dire le supplanter, lui ravir son emploi, ou le bénéfice qu’il attendoit ; son salaire.

anon., 1827 : v. a. Voler.

anon., 1827 : v. n. Puer.

Bras-de-Fer, 1829 : v. a. Voler.

Bras-de-Fer, 1829 : v. n. Puer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Cacher à ses camarades une partie du vol qui vient d’être commis. Lorsque les voleurs se disposent à commettre un vol d’une certaine importance, ceux d’entre eux qui doivent rester en gafe, c’est-à-dire veiller, afin que ceux qui opèrent ne soient pas inquiétés, doivent craindre que ceux qui entolent (qui entrent), ne gardent pour eux la plus grande partie des objets précieux ; aussi ils se fouillent mutuellement après la consommation du vol, quelquefois cependant des billets de banque, des pierres précieuses, cachés dans le collet d’un habit ou dans quelqu’autre lieu secret, échappent aux plus minutieuses recherches ; c’est ce que les voleurs appellent faire le Saut.
Un vol, indiqué par la femme de chambre, devait être commis dans une maison sise place des Italiens. ; les voleurs convinrent entre eux que pour que l’esgard ne fût pas fait, les vêtemens de tous les opérateurs seraient brûlés aussitôt après la consommation du vol, ce qui fut exécuté ; cependant un individu nommé Dubois, ancien marinier, esgara vingt billets de 1,000 francs, en les cachant dans sa queue.
On a vu souvent des Tireurs voler une montre d’or et ne passer au Coqueur qu’une montre de crisocal.

Halbert, 1849 : v. a. Voler.

Halbert, 1849 : v. n. Puer.

Larchey, 1865 : Cacher un produit de vol à ses complices. — Sauter à la capahut : Assassiner un complice pour enlever sa part (Vidocq). V. Capahuter, Pas.
Sauterelle : Puce (id.). — Ses sauts sont connus.

Delvau, 1866 : v. n. Cacher le produit d’un vol à ses complices, — dans l’argot des prisons. Sauter à la capahut. Assassiner un complice pour lui enlever son fade.

Rigaud, 1881 : Sentir mauvais.

France, 1907 : Coïter.

France, 1907 : Sentir mauvais, augmentatif de danser.

Secret de Polichinelle

Delvau, 1866 : s. m. Secret connu de tout le monde, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Chose connues de tout le monde et dont on fait ridiculement un mystère. La manière de faire les enfants est pour les fillettes de douze ans le secret de Polichinelle. On sait que Polichinel ou Polichinelle est un personnage du théâtre italien, appelé Pulcinello, cynique, voleur, menteur et même assassin puisqu’il tue sa femme à coups de bâton. Il est de plus très bavard et, comme nombre de femmes, raconte à tous ses secrets, même ceux qui peuvent le faire pendre. Les Anglais disent dans le même sens : « Le secret de Tom Noddy » (Tom Noddy’s secret). Les Espagnols : « El secreto de Anchuelos. » Anchuellos est une petite ville sise entre la gorge de deux collines, d’où l’on peut faire entendre sa voix de l’une à l’autre. Un berger et une bergère, suivant la légende, ce déclaraient leur amour à travers l’espace, se recommandant mutuellement le secret.

Sentir les coudes (se)

France, 1907 : S’appuyer mutuellement, se soutenir comme les hommes d’un peloton qui se touchent les coudes pour se maintenir dans l’alignement. Dans la cavalerie, on sent la botte.

Société du faux col

Delvau, 1866 : s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des raseurs, des importuns, des gêneurs. Le signe de détresse que font entre eux les membres de la Société du faux col consiste à passer le doigt sur le col de la chemise. Cette société s’appelle aussi la Société du rachat des captifs.

Sportswoman

France, 1907 : Littéralement, femme de sport. Anglicisme.

Sportswoman distinguée, éprise de littérature et d’art, elle avait, jusqu’à trente-cinq ans environ, mené la vie facile des femmes qui, trompées par le mari, ont le sentiment qu’il faut un peu de mutuelle indépendance pour être heureux.

(Victorien du Saussay, Jeune fille avec tache)

Sur seize !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des calicots, qui l’emploient pour se prévenir mutuellement d’un péril quelconque, comme par exemple de l’arrivée subite du patron, etc.

France, 1907 : Mot d’alerte des employés de boutique pour prévenir de la venue du patron.

Tirer à hue et à dia

France, 1907 : Tirer à droite et à gauche ; conduire en tous sens.

J’ai froid au cœur en me rappelant ce qu’elle en disait, de ce père et de cette mère inconscients qui la tiraient de hue et de dia comme des rapaces qui se disputent une proie, qui, au lieu de profiter des rares instants où elle leur appartenait pour la cajoler et l’apprivoiser, l’initiaient, la mêlaient à leurs querelles, l’empoisonnaient de leur amertume, s’accusaient et se donnaient mutuellement tous les torts, étouffaient sous une couche de fiel l’amour filial, le respect instinctif de l’enfant envers les siens.

(René Maizeroy)

Trémousser (se)

Delvau, 1864 : Jouer des fesses et des reins. S’agiter sous l’homme, — ou sur la femme, selon le plaisir que l’on ressent et que l’on veut faire partager ; afin d’arriver a la jouissance mutuelle.

Amusez-vous, trémoussez-vous
Amusez-vous, belles ;
Amusez-vous, ne craignez rien,
Trémoussez-vous bien

(Désaugiers)

Quoique usé, le vieux Mondor
Pour Lisette soupire
L’âge a rouillé son ressort
Mais il se trémousse encor
Pour rire.

(Piton)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique