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Fumer ses terres

Delvau, 1866 : Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche, — laquelle selon l’expression de Montesquieu, « est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride ».

Delvau, 1866 : Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois. Voltaire a employé cette expression.

Virmaître, 1894 : Être enterré dans sa propriété. Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou. Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet de nécessité (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être enterré dans sa propriété. « C’est l’usage en Corse de fumer ses terres. Se dit aussi d’un gentilhomme nécessiteux qui épouse une fille de vilain cossue. Dans un certain monde, cela s’appelle faire le maquereau. »

Ganache

d’Hautel, 1808 : Au propre, la mâchoire inférieure du cheval ; au figuré, perruque vieille et crasseuse.
On dit aussi, et fort injurieusement, d’un homme âgé et radotteur, qui a l’esprit lourd et pesant, c’est une vieille ganache.

Larchey, 1865 : « On dit d’un homme âgé et radoteur : C’est une vieille ganache. » — d’Hautel 1808. — Du vieux mot ganache : grosse mâchoire. V. ce mot.

Le père ganache ou le père dindon, ou bien encore le compère, c’est le nom d’un emploi dans lequel le père Brunet et Lepeintre jeune ont excellé. Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache, à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler des sons.

(Duflot)

Larchey, 1865 : Ennemi du progrès.

Il déblatérait contre les ganaches de la Chambre.

(G. Sand)

Larchey, 1865 : Fauteuil de forme basse.

Puis s’étant blottie dans une ganache, elle tendit ses jambes.

(Achard)

Delvau, 1866 : s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire ; mâchoire. Dans l’argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d’Académicien.

Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon ;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson !

dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre, — dans l’argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.

France, 1907 : Fauteuil de forme basse, commode pour les vieillards.

France, 1907 : Vieil imbécile, radoteur.

Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler les sons.

(F. Duflot)

Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon,
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson.

(Chant des Hugolâtres)

Il n’y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d’amant

France, 1907 : Cette locution proverbiale a mis en grande fureur l’excellent M. Quitard dans son recueil de Proverbes sur les femmes : « Que deviendrait la famille, — dit-il — que deviendrait la société, que deviendrait tout ce qu’il y a de plus sacré dans le genre humain, si cette infâme doctrine pouvait être accréditée ? Les libertins qui la professent mériteraient d’être punis ! » Elle n’est pas neuve cependant ; sans remonter à la plus haute antiquité, on la trouve exprimée dans le premier livre des Amours d’Ovide : « Casta est quam nemo rogacit. » « Est chaste celle que nul n’a sollicitée. » Mathurin Regnier en dit autant dans une de ses Satires :

Celle est chaste, sans plus, qui n’en est point priée.

La même idée est exprimée par Jehan de Meung, dans le Roman de la Rose, et nombre de poètes de tous les pays et de tous les temps l’ont répétée. Mais de tous, Montesquieu, dans ses Lettres Persanes, a le mieux rendu l’idée générale : « Il est des femmes vertueuses ; mais elles sont si laides, si laides, qu’il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu. » Nous qui ne sommes pas saints, laissons leur vertu aux chastes laiderons, pour qu’elles en fassent hommage au Père Éternel :

Après an demi-siècle à peu près révolu,
Je conserve en mourant le trésor du bel âge
Mon Dieu ! Je vous en fais hommage…
Les hommes n’en ont point voulu.

Non-âge

France, 1907 : État d’une fille impubère. Provincialisme.

Un ancien usage des Romains défendait de faire mourir les filles encore en non-âge, c’est-à-dire pas nubiles ; Tibère trouva l’expédient de les faire violer par le bourreau avant de les envoyer au supplice.

(Montesquieu)

Ongles en l’air (se tirer les)

France, 1907 : Sortir indemne d’une mauvaise affaire.

L’axiome : À chacun selon ses œuvres, n’a malheureusement rien à voir dans la jurisprudence, et il n’est pas rare de voir, pour des délits identiques, le pauvre diable condamné alors que les gros bonnets se tirent d’affaire, comme dit la populace, les ongles en l’air.
Décidément, Montesquieu avait raison : les lois sont des filets qui arrêtent seulement les petits poissons et laissent passer les autres. Autrement dit, les balances de dame Thémis sont trop souvent de simples balançoires.

(Henri Second)

Trois femmes font un marché

France, 1907 : Allusion à la loquacité des femmes ; c’est-à-dire trois femmes ensemble échangent autant de paroles qu’il s’en dit dans un marché. Les Italiens associent une oie aux trois femmes : Tre donne e una occa fan un mercato. N’imsistons pas sur ce défaut bien connu du beau sexe et que Montesquieu attribuait à l’oisiveté et au vide du cerveau : « Les gens qui ont peu d’affaires, sont de très grands parleurs ; moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes parlent plus que les hommes ; à force d’être oisives, elles n’ont point à penser » Cependant les ouvrières ne sont elles pas aussi bavardes que les mondaines ?

Volapück

France, 1907 : Langue universelle, baptisée ainsi par son inventeur, Schleyer, de Constance. Volapück est formé de deux mots pris dans la langue elle-même, vol, univers, et pük, langue. Le volapück ne s’est jamais répandu en France, mais en Allemagne il eut un moment de vogue. En 1886 les étudiants de Prague parlaient le volapück et à Dresde il était en usage même dans les classes ouvrières. Il est aujourd’hui à peu près abandonné, quoique reposant sur une idée fort juste et qui depuis plusieurs siècles à préoccupé les plus grands esprits. Il suffira de citer Bacon, Descartes, Leibniz, Voltaire, Montesquieu, Volney, Ampère, qui tous ont reconnu la nécessité d’une langue universelle. Nombre d’essuis ont été tentés ; les derniers en France sont le Sol-ré-sol, la Langue Bleue ou Bolak du nom le Léon Bollack, son inventeur, et l’Esperanto.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique