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Chataud, chataude

Delvau, 1866 : adj. et s. Gourmand, gourmande, — dans l’argot du peuple. « J’étais chataude et fainéante, » dit la jolie Manon de Rétif de la Bretonne.

France, 1907 : Gourmand, gourmande,

Coucou

Bras-de-Fer, 1829 : Montre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.

Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.

Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.

(Vieille chanson)

Larchey, 1865 : Cocu.

Une simple amourette Rend un mari coucou.

(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)

En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.

France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :

On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !

On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.

France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.

Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.

Desgrieux

Delvau, 1864 : Maquereau, amant de cœur d’une femme galante. — Tout le monde a lu le roman de l’abbé Prévost d’Exiles, intitulé Manon Lescaut, et, l’ayant lu, sait que dans ce roman — qui a l’air d’être une histoire arrivée — le chevalier Desgrieux joue le rôle de maquereau, et même un peu d’escroc.

Delvau, 1866 : s. m. Chevalier d’industrie et souteneur de Manons, — dans l’argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l’abbé Prévost d’avoir poétisé le vice et le vol.

Rigaud, 1881 : Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.

France, 1907 : Amant de cœur d’une prostituée, du nom du triste héros du célèbre roman de l’abbé Prévost : Manon Lescaut.

Honnête femme

Rigaud, 1881 : Manon Lescaut consciencieuse et qui a du goût pour son état, — dans le jargon des demoiselles de trottoir.

Linge convenable

Rigaud, 1881 : Femme dont le souteneur n’a qu’à se louer. Mot à mot : linge, femme qui convient. — Se payer un linge convenable, devenir le Desgrieux d’une élégante Manon.

Lurette (belle)

Fustier, 1889 : Longtemps : Corruption de belle heurette, il y a belle heure que…

France, 1907 : Longtemps. Belle lurette, qui n’a aucun sens, est une corruption de belle heurette. « Il y a belle heurette que la petite Manon a vu le loup. »

Pour ses débuts comme avocat bêcheur, y a de ça belle lurette — c’était en 1883 — il fit administrer à Louise Michel et au fiston Pouget une bonne demi-douzaine d’années de réclusion.
Et le jean-fesse est, par la suite, resté digne de ce cochon de début.

(Père Peinard)

Ah ! il y a belle lurette que l’Europe observe les progrès de notre décomposition, qu’elle est fixée sur notre pourriture sociale. Le Parlement en est déjà un produit assez significatif.

(Jules Delahaye, La Libre Parole)

Manon

Delvau, 1866 : s. f. Gourgandine, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Maîtresse, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Fille de joie. Réminiscence de l’héroïne du célèbre roman de l’abbé Prévost, Manon Lescaut.

Péter plus haut que le cul

Delvau, 1866 : v. n. Faire le glorieux ; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens ; avoir un train de maison exagéré, ruineux. Faire le pet plus haut que le cul, c’est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle Sauter plus haut que les jambes.

Rigaud, 1881 : Faire plus de dépense que n’en comporte la position de fortune.

Virmaître, 1894 : Faire de l’embarras, de l’esbrouffe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou. Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture :
— Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins. Dans le peuple, par ironie, on les appelle :
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Faire ses embarras, vouloir passer pour un seigneur quand on n’est qu’un gueux.

Vous que cet exemple touche
Ça vous fait ben voir
Que fille qu’est sur sa bouche
Manque à son devoir ;
Et par cette historiette,
On s’est convaincu
Qu’il ne faut pas que l’on pète
Plus haut que le cul.

(Vadé, Histoire de Manon Giroux)

Quibus

d’Hautel, 1808 : Du quibus. Pour dire des espèces, de l’argent monnoyé.

Larchey, 1865 : « Il a du quibus, c’est à dire des écus, de quibus fiunt omnia. »

(Le Duchat, 1738)

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Argent.

Vlà qu’un jour que le quibus répondait à l’appel, je dis à Manon la noceuse…

(Charrin, Une nuit bachique, chans.)

La Rue, 1894 : Argent.

France, 1907 : Argent. D’après Ch. Nisard, quibus serait une corruption du bas latin cuignus, type auquel on frappait la monnaie.

Qui a de quoy tousjours est honoré
De toute gent en chascune saison ;
Car devant tous il sera préféré ;
Sans de quibus, il va à reculon.

(Le Débat de l’homme et de l’argent)

Voici les différentes expressions argotiques pour désigner le « vil métal » : des achetoires, de l’affure, de l’artiche, de l’as, de l’atout, de l’auber, — du bath, du beurre, des billes, de la bougie, de da braise, — du carle, du carme, du cé, de ce qui se pousse, du cercle, — de la dole, de la douille, — des faces, du foin, — de la galette, du gallos, de la galtouze, du gras, du graissage, de la graisse, — de l’huile, de l’huile de main, — des jaunets — du métal, de la miche de profondes, du michon, des monacos, des monnerons, de la mornifle, des mouscaillons, — du nerf, des noyaux, — de l’oignon, de l’oignon pèse, de l’onguent, de l’os, de l’oseille, — des patards, de la pécune, des pépettes, des pépins, du pèze, des pedzoles, des picaillons, des piestos, du plâtre, des plombes, des pimpoins, du pognon, du pouiffe, du poussier, — du quantum, du de quoi, — du radin, des radis, des rouscaillons, — du sable, de la sauvette, du sine qua non, du sit nomen, des soldats, des sonnettes, des sous, — de la vaisselle de poche, — du zing, des zozottes.

Trétous

France, 1907 : Tous ; vieux mot.

Queu qui veut savoir l’histoire
De Manon Giroux ?
J’l’ons encore dans la mémoire,
Y accourez trétous.

(Vadé, La Pipe cassée)

On disait aussi tertous.

Un jour que j’mènions paître
Mes moutons dans les champs,
Je rencontris Toinette
Qui filait en chantant ;
J’lui lançons une œillade,
All’ me la r’lance itou :
Qu’ l’amour est agréable
Quand on s’entend tertous.

(Les Amoureux de village)

Troubade, troubadour

Larchey, 1865 : Fantassin. — Comme le troubadour, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette. — Ch. Rousselot a fait le Troubade, chansonnette (1860).

Je suis Manon la cantinière
Et verse à boire aux troubadours.

(J. Choux)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique