Delvau, 1866 : Exclamation populaire, passée dans l’argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui gêne.
À Chaillot !
À la corde (logement)
France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.
Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.
(Mot d’Ordre)
À la coule (être)
France, 1907 : Être au fait d’une chose, la connaître.
S’il avait été au courant, à la coule, il aurait su que le premier truc du camelot, c’est de s’établir au cœur même de la foule.
(Jean Richepin)
À la fourche
France, 1907 : On dit adverbialement et proverbialement : à la fourche, pour dire négligemment et grossièrement. Cela est fait à la fourche, Panser des chevaux à la fourche. (Dict. de l’académie) Mais, comme le fait observer judicieusement l’auteur des Remarques morales, philosophiques et grammaticales sur ledit dictionnaire, l’expression prétendue proverbiale à la fourche ne devrait point se trouver là ; car elle ne peut être grammaticalement expliquée avec la bienséance convenable à un dictionnaire d’Académie. On se souvient d’une jeune demoiselle qui dit à Huet, évêque d’Avranches, en présence de père et mère : Monseigneur paroit tout Jean fourche. L’Académie française, dont ce docte prélat fit lui-même partie durant un demi-siècle, ne fut guère moins naïve que cette enfant.
C’est à la foutre qu’il faudrait dire et comme s’expriment les gens qui ne se piquent pas de purisme et de délicatesse dans leur langage.
À priori
France, 1907 : D’abord, en premier lieu. Latinisme.
La tentative de faire rentrer dans l’histoire, d’arracher aux brouillards de la théologie une personnalité qui, jusqu’à l’âge de trente ans, est absolument inconnue et qui, à partir de cet âge, apparaît au milieu des miracles, tantôt absurdes et tantôt ridicules, est une tentative si difficile qu’on peut à priori la déclarer impossible.
(Auguste Dide, La Fin des religions)
À reculons
d’Hautel, 1808 : Aller à reculons. Pour dire en arrière, en reculant.
Ils sont comme les cordiers, ils gagnent leur vie à reculons. Se dit de ceux dont les affaires vont mal, dont la fortune va en déclinant, au lieu d’augmenter. On dit aussi de ceux qui n’avancent nullement dans leurs entreprises, Ils vont à reculons comme les écrevisses.
Ab hoc et ab hac
d’Hautel, 1808 : Mots empruntés du latin, et qui signifient confusément, sans rime ni raison. On doit éviter de se servir de ces sortes d’expressions, et généralement de tous les mots pris du latin, qui, en n’ajoutant rien à l’agrément de la conversation, ne servent qu’à montrer la prétention de celui qui les emploie.
France, 1907 : Çà et là, confusément. Locution latine.
Qu’on raisonne ab hoc et ab hac
Sur mon existence présente.
Je ne suis plus qu’un estomac ;
C’est bien peu, mais je m’en contente.
(Fontenelle)
Abajoues
Delvau, 1866 : s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.
France, 1907 : La face, dans l’argot du peuple qui compare volontiers son semblable à un cochon.
Abalobé
France, 1907 : Argot du peuple. Étonné, stupéfait.
Abalourdir
Delvau, 1866 : v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.
France, 1907 : Rendre balourd, gauche, niais.
Abatage
d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.
Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.
Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.
Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.
Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.
(Le Sublime)
Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.
Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.
France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.
Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.
(Maurice Montégut)
L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !
On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.
Abatis
d’Hautel, 1808 : En style vulgaire, les extrémités supérieures : les mains, les doigts.
On lui a donné sur les abatis. Pour, on l’a corrigé, châtié ; on l’a remis à sa place.
On dit aussi par menace à un enfant mutin qui s’expose à la correction, qu’Il se fera donner sur les abatis.
Larchey, 1865 : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains.
Des pieds qu’on nomme abatis.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. pl. Le pied et la main, — l’homme étant considéré par l’homme, son frère, comme une volaille. Avoir les abatis canailles Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine plébéienne.
Rigaud, 1881 : Pieds, mains et, par extension, les autres membres. S’applique en général aux extrémités grosses et communes. Avoir les abatis canailles.
Tu peux numéroter tes abatis.
(La Caricature du 7 fév. 1880)
Virmaître, 1894 : Les pieds ou les mains. Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé : Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque. Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible : il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Les membres du corps humain.
Abattage
La Rue, 1894 : Étalage de marchandises en plein vent. Vive réprimande.
Rossignol, 1901 : Celui qui est grand de taille, a de longs abattis et, par conséquent, de l’abattage.
Rossignol, 1901 : Recevoir des réprimandes d’un chef ou d’un patron.
Abatteur
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à un ouvrier brouillon et envahisseur, qui s’attache moins à bien travailler, qu’à faire beaucoup de besogne.
Abatteur de quilles, ou Abatteur de bois. Hâbleur, fat, fanfaron ; homme incapable de grandes actions, et dont tout le talent consiste dans un débordement de paroles frivoles et stériles.
Abbaye
d’Hautel, 1808 : Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas. Proverbe fort usité, et qui veut dire, que pour une seule personne qui manque à une partie de plaisir, les autres ne doivent pas moins s’en divertir pour cela. Cette manière de parier marque l’humeur, le dépit.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Four.
Delvau, 1866 : s. f. Four, — dans l’argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d’années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l’arrivée des ouvriers chaufourniers.
Rigaud, 1881 : Carrière à plâtre, four à plâtre, domicile ordinaire des vagabonds de Paris.
La Rue, 1894 : Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.
France, 1907 : Réduit, briquetterie ou four à chaux dans lequel les voleurs et les vagabonds se réfugient la nuit. Les Buttes-Chaumont étaient jadis une grande Abbaye.
Abbaye de monte à regret
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Potence, guillotine.
Abbaye de Monte-à-Regret
Bras-de-Fer, 1829 : Guillotine.
Vidocq, 1837 : ou de Monte-à-Rebours, s. f. — Nos romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier Jour d’un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la Guillotine, quoiqu’il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu’il ne s’applique qu’à la potence ou à l’échafaud.
Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas sans éprouver quelques regrets se refermer sur lui les portes massives de l’abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l’espoir n’abandonne qu’au pied de l’échafaud celui qui s’est fait à la vie des prisons et des bagnes ; les portes d’une prison doivent s’ouvrir un jour, on peut s’évader du bagne ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu’il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence l’Abbaye de Monte-à-Regret.
un détenu, 1846 : Échafaud.
Halbert, 1849 : L’échafaud.
Larchey, 1865 : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.
Delvau, 1866 : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.
Rigaud, 1881 : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.
La Rue, 1894 : L’échafaud.
Virmaître, 1894 : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.
Hayard, 1907 : L’échafaud.
France, 1907 : La potence ou l’échafaud.
Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.
(Lorédan Larchey)
Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.
(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné)
Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.
Abbaye de s’offre à tous
Delvau, 1864 : Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel de leur dieu des jardins.
Rigaud, 1881 : Maison de tolérance du temps jadis.
Abbaye de Saint-Pierre
Rigaud, 1881 : Nom que donnaient à la guillotine, il y a une quinzaine d’années, les lauréats de Cour d’assises ; jeu de mots sur saint Pierre et cinq pierres, par allusion aux cinq dalles qui formaient le plancher de l’échafaud. Depuis qu’il est à ras de terre, c’est la Plaine rouge, le Glaive ou encore la Veuve Razibus.
Abbaye des s’offre-à-tous
Delvau, 1866 : s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l’opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.
France, 1907 : Couvent pour les jeunes personnes dénuées d’argent autant que de préjugés.
Abbesse
Delvau, 1864 : Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard : autrement dit Maîtresse de bordel, — le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.
Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux
Te recevra bien mal et te foutra des coups.
(Louis Protat)
Fustier, 1889 : Maîtresse d’une maison de tolérance. On dit plus communément : Madame.
La Rue, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance.
Virmaître, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance. Allusion aux filles qui sont cloîtrées comme dans un couvent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison à gros numéro où les pensionnaires sont cloitrées et reçoivent la visite d’hommes, le plus possible.
France, 1907 : Matrone d’une maison de tolérance qu’on désignait aussi sous le nom de couvent. On dit également mère abbesse, ce que les gens polis appellent comme elles dames de maisons.
Les dames de maisons ne sont, de fait, que des prostituées qui en réunissent d’autres ; si elles n’appartiennent pas à la classe des prostituées lorsqu’elles demandent leur livret, la demande de ce livret équivaut à un véritable enregistrement parmi les prostituées. Si elles allèguent que, pour tenir des prostituées, elles ne se prostituent pas elles-mêmes, quelle garantie peut donner de cette allégation l’état auquel elles se vouent ? Il y a faculté implicite pour elles de tirer parti de leur personne, comme elles le font des femmes qu’elles régissent, sans qu’elles puissent donner aucune garantie du contraire. Tous les peuples civilisés ont, d’un commun accord, placé les prostituées en dehors de la loi commune. Mais quelle est la plus coupable de celle qui se prostitue pour ne pas mourir de faim, ou de celle qui, par calcul, par avarice, prostitue les autres, et emploie pour cela les moyens les plus iniques, les plus immoraux, les plus infâmes, ceux enfin qui répugnent le plus aux règles de ce sentiment intérieur que la nature place dans le cœur de tous les hommes ? Que l’on consulte à cet égard l’opinion du public, et l’on verra que s’il y a une différence entre une dame de maisons et ses tristes victimes dans le mépris qu’il leur porte, l’avantage ne se trouve pas du côté de la première. Or, en cela, comme dans beaucoup d’autres choses, le jugement du public doit être notre règle ; j’ai sondé à ce sujet l’opinion de ceux qui ont étudié ce qui regarde la prostitution et j’ai trouvé dans tous mépris profond pour les dames de maisons, et mépris adouci par la commisération pour les prostituées.
(Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris)
On disait au siècle dernier Appareilleuse (Voir Maquerelle).
Ils furent de là prendre des courtisanes chez une appareilleuse.
(La France galante)
Abeilardiser
Delvau, 1864 : Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.
D’un colonel vous courtisez la femme ;
Surpris, il vous abeilardisera.
(Pommereul)
Abélardiser
Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.
France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :
D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.
(Pommereul)
Abéquage (voler à l’)
France, 1907 : Voler dans la maison où l’on s’est engagé comme domestique. Mot à mot : où on est nourri, abéqué. (Lorédan Larchey)
Abéqueuse
Delvau, 1866 : s. f. Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Virmaître, 1894 : Maîtresse d’hôtel ou nourrice : elles donnent la becquée. Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant. Ce vol nécessite trois personnages : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profilant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne d’une impatience très vive.
— Te tairas-tu, lui dit-elle ; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Abêti
Virmaître, 1894 : Lourd, pâteux, nonchalant. Mot à mot : abruti par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). N.
Abloquer
Ansiaume, 1821 : Vendre.
J’ai abloqué pour 200 balles de camelotte.
Virmaître, 1894 : Acheter en tas, en bloc. Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises les plus disparates (Argot des camelots). V. revidage.
Abloquer ou abloquir
Delvau, 1866 : v. n. Acheter, — dans l’argot des voleurs, qui n’achètent cependant presque jamais, excepté en bloc, à l’étalage des marchands.
Abloquer, abloquir
France, 1907 : Acheter, argot des voleurs ; de bloc.
Abloquer, ablotier
La Rue, 1894 : Acheter.
Abloquir
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Acheter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Acheter à prix d’argent ; se dit aussi pour acquérir.
Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Acheter.
Larchey, 1865 : Acheter en bloc (Vidocq). — Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.
Abloquire
M.D., 1844 : Acheter.
Abloquiseur
Clémens, 1840 : Revendeur.
Abloquiseuse de verdouces
Clémens, 1840 : Marchande de pommes.
Abloquisseur, -euse
Vidocq, 1837 : s.— Celui qui achète ou qui acquiert.
Ablucher
France, 1907 : Faire fléchir, ployer, en parlant de l’action du vent et de la pluie sur les récoltes. Mot central et bourguignon, dérivé de blache.
(P. Malvezin)
Abominer
Delvau, 1866 : v. a. Avoir de l’aversion pour quelque chose et de l’antipathie pour quelqu’un. — ce que dit clairement l’étymologie de ce mot : ab, hors de, et omen, d’omentum, estomac. Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.
France, 1907 : Détester ; argot du peuple. Vieux mot ; de ab, hors, et omentum, estomac.
Abord (d’)
d’Hautel, 1808 : Primo d’abord. Expression batologique et vulgaire, qui signifie En premier ; Premièrement.
On dit d’une manière vicieuse, ou tout au moins surabondante, dans le style familier, Tout d’abord, pour dès le premier instant.
Abouler
Bras-de-Fer, 1829 : Compter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.
Clémens, 1840 : Venir de suite.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.
Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.
Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.
(Labiche)
Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :
Mais quant aux biscuits, aboulez.
(Balzac)
Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.
Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.
Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.
Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.
(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)
Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.
La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.
Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.
— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.
On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Donner.
Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.
Hayard, 1907 : Donner, à regret.
France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »
Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.
(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)
Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.
(Curiosité de l’étymologie française)
Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.
Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.
(Richepin, La Chanson des Gueux)
Il signifie également accoucher. — Voir Affouler
Aboyeur
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, nom que l’on donne aux crieurs des rues, et généralement à ces hommes qui n’ont sans cesse à la bouche que des injures et des obscénités. Ce mot servoit aussi, pendant la révolution, à désigner les esprits exaspérés que les chefs de parti mettoient en ayant, pour exciter le peuple à l’insubordination et à la révolte.
Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui dans une prison est chargé d’appeler les prisonniers demandés au parloir.
Delvau, 1866 : s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.
Rigaud, 1881 : Employé chargé, dans une prison, d’appeler les prisonniers au parloir. — Individu qui crie des imprimés dans les rues. — Crieur dans les ventes publiques, dans les bals de barrière, devant la porte de certains bazars. À l’Hôtel Drouot, le célèbre Jean, de grimaçante mémoire, est resté comme le type du parfait aboyeur. — Dans les réunions publiques, les aboyeurs sont ceux qui empêchent par leurs cris l’orateur de parler ou de continuer.
(Le Sublime)
La Rue, 1894 : Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.
Virmaître, 1894 : Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction. Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Détenu chargé d’appeler par un acoustique les prisonniers qui sont dans la salle commune du dépôt, pour aller soit au greffe, soit à l’instruction.
France, 1907 : Crieur, qui se tient aux portes des ventes publiques ou privées, ou devant les théâtres forains pour appeler les clients. On nomme également ainsi les journalistes qui aboient constamment dans la presse contre les hommes publics ou les personnalités en vue.
Abracadabra
d’Hautel, 1808 : Ce mot, qui vient du grec abrax ou abraxa, servoit à former une figure superstitieuse à laquelle les anciens attribuoient une grande efficacité pour guérir toute espèce de maladies. Cette figure est encore en vénération dans les campagnes ; les villageois l’attachent an cou de leurs enfans, et la regardent comme un souverain préservatif.
Voici la disposition que l’on donne aux caractères de ce mot magique.
A B R A C A D A B R A
A B R A C A D A B R
A B R A C A D A B
A B R A C A D A
A B R A C A D
A B R A C A
A B R A C
A B R A
A B R
A B
A
Delvau, 1866 : adv. D’une manière bizarre, décousue, folle, — dans l’argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l’écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu’ils pliaient de manière à cacher l’écriture ; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d’amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l’ouvrir. Le charme qu’on attachait à ce petit papier opérait alors, — ou n’opérait pas.
Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.
Abracadabrant, -e
Delvau, 1866 : adj. Étonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’abracadabra du Romantisme.
Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Écrivez, sorcières,
Abracadabra !
dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat. Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu’on l’ait raillé en en faisant un adjectif, — sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.
Abreuvoir
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, — d’où l’on sort plus altéré qu’on n’y est entré. D’où l’expression proverbiale : Un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, pour dire : Un ivrogne n’a pas besoin d’y être invité pour aller au cabaret.
Virmaître, 1894 : La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte. Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogne : As-tu assez abreuvé ton cochon ? (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret. On dit aussi et avec plus juste raison Assommoir. C’était primitivement le nom d’un cabaret de Belleville.
Abruti de Chaillot
France, 1907 : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :
Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.
Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »
Abrutir sur (s’)
Rigaud, 1881 : Faire traîner un ouvrage en longueur ; même signification que s’endormir sur le rôti, mais plus courte et plus énergique.
Fustier, 1889 : Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J’y ajouterai le sens de : étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.
Abs
Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd’hui d’un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne : abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu’elles n’aient pas le temps de prononcer les mots entiers.
Rigaud, 1881 : Absinthe, par apocope. — À son lit de mort, un vieil ivrogne, frappé de paralysie, démenait sa bouche en d’affreuses grimaces, pour arriver à expectorer de minute en minute une série de abs, abs désespérés. On crut qu’il demandait l’absolution, et on lui dépêcha un prêtre. À cette vue, la paralysie semble battre en retraite, tout le monde croit qu’un miracle va s’opérer… Le vieux biberon a poussé un grand cri, il se lève sur son séant et, par un suprême effort du gosier, il lâche un formidable « N. D. D. l’absinthe ! » retombe sur l’oreiller et meurt. C’était de l’absinthe qu’il demandait.
Absinthe (faire son)
Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »
Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?
Absinthe (l’heure de l’)
Rigaud, 1881 : Avant dîner, entre quatre et cinq heures. Heure à laquelle on se rend au café pour prendre des apéritifs. Tel donne rendez-vous à un ami, à l’heure de l’absinthe, qui n’a jamais pris d’absinthe de sa vie. Dans les cafés littéraires, c’est l’heure où l’on a coutume de se réunir pour prendre langue.
(Elle) est d’éclosion toute récente ; elle date de l’épanouissement et de la splendeur de la petite presse. L’heure de l’absinthe est la résultante logique des échos de Paris et de la chronique.
(J. Guillemot, Le Bohème, 1868)
C’était le temps où le timbre des pendules a commencé à sonner cette heure particulière, qui en dure deux ou trois, et qu’on a appelée l’heure de l’absinthe.
(Maxime Rude)
Absinthe en parlant (faire l’)
Rigaud, 1881 : Lancer, en parlant, de petits jets de salive, — dans le jargon des piliers de café. L’étymologie est anecdotique.
Pelloquet est là, et demande une absinthe, qu’on lui sert, sans lui apporter en même temps la carafe d’eau. Il parle — comme il parlait toujours — la pipe à la bouche, et postillonnant dans son verre… — Eh bien ? demande-t-il tout à coup, et la carafe ? — Ne vous dérangez pas, garçon, crie une habituée : l’absinthe est faite.
(Maxime Rude, Tout Paris au café)
Et avec cela, quand elle ouvrait la bouche pour jaser, elle faisait l’absinthe !
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
Absintheur
Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’absinthe.
Rigaud, 1881 : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.
France, 1907 : Buveur d’absinthe.
Entre officiers de différents grades, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.
(Hector France, L’armée de John Bull)
On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.
Absorption
Larchey, 1865 : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.
Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de La Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.
France, 1907 : On appelle ainsi un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais-Royal, le jour de la rentrée des anciens.
Abuseur
d’Hautel, 1808 : Trompeur, séducteur, corrupteur, celui qui cherche à faire des dupes en amour, et ce qu’on nomme plus élégamment un Lovelace. Ce terme, quoiqu’usité dans le langage familier, doit être sévèrement rejeté de la bonne conversation.
Acabit
d’Hautel, 1808 : Il est d’un bon acabit. Se dit ironiquement d’une personne qui fait quelque proposition ridicule, et équivaut à, Il se moque pas mal de moi. Hors de ce cas, c’est un terme d’économie rurale, qui ne s’emploie qu’en parlant des animaux.
France, 1907 : Bonne ou mauvaise qualité des gens ou des choses. Être de bon ou de mauvais acabit.
Académicien
Rigaud, 1881 : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.
Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.
(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope)
Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !
(Th. Gautier, Les Jeunes-France)
Académie d’amour
Delvau, 1864 : Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus — et de Mercure : en bon français, Bordel. — Le mot se trouve dans le Francion de Ch. Sorel et dans les Aventures burlesques de Dassoucy.
Allons-nous à l’Académie, se soir ? — Non, je ne suis pas en queue.
(J. Le Vallois)
Acagnarder
d’Hautel, 1808 : Se caliner, se dorloter ; s’attacher à quelque chose au point de ne pouvoir s’en séparer.
Acagnarder (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.
France, 1907 : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »
Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.
(Camille Lemonnier)
Accessoires
Delvau, 1866 : s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène ; tous les objets dont l’usage est nécessaire à l’action d’une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu’à la croix de ma mère. Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d’accessoires, un poulet d’accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.
Virmaître, 1894 : Objets de théâtre. Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens : accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.
Accident
d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.
Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.
(Collé)
France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?
Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?
(« Germinal », Mot d’Ordre)
Accident féminin
Delvau, 1864 : Avoir ses règles. Événement prévu qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.
Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée ; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin ; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.
(A. de Nerciat)
Accidenter
France, 1907 : Euphémisme pour tuer.
Qui ne se souvient de l’affaire Pivoteau ? Notre camarade Pivoteau fut, en 1903, condamné à cinq ans de réclusion pour avoir accidenté un contremaître ivrogne et féroce qui, le traquant d’emploi en emploi, lui empêchait tout embauchage, le condamnant ainsi à la misère, l’acculant au suicide.
(E. Janvion, La Guerre sociale)
Accin
France, 1907 : Enceinte, circuit ; encore en usage en Champagne pour désigner l’enclos autour d’une maison ; autour de l’église, accin désigne le cimetière.
(E. Peiffer)
Accointances (avoir des)
Delvau, 1864 : Commercer charnellement avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.
Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou avec son laquais.
(A. Lireux)
De quelque valet l’accointance
Serait-ce bien votre désir ?
(Théophile)
C’est qu’à l’ombre des crucifix,
Souvent faites filles ou fils,
En accointant les belles-mères.
(G. Coquillart)
Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi renforcé.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Accoler
d’Hautel, 1808 : Accoler la cuisse. Accoler la botte à quelqu’un. Pour dire lui embrasser la cuisse.
On ne se sert de cette locution qu’en mauvaise part, et pour tourner en ridicule les témoignages affectés d’amitié, de joie ou de soumission d’un subalterne envers son supérieur.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, — dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.
Quand le jeune et charmant champion
Accola la charmante Armide,
Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.
(B. de Maurice)
C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.
(Moyen de parvenir)
Accord
d’Hautel, 1808 : Il est de tous bons accords. Signifie il est d’une humeur égale et facile, il condescend volontiers à tout ce qui peut plaire à ses semblables.
Accorder sa flûte
Delvau, 1864 : Se préparer à l’acte vénérien ; bander, — la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.
Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.
(Durand)
Mais Jeannot plus se délectait
D’accorder sa flûte avec elle.
(Théophile)
Accordeur de la camarde
Rigaud, 1881 : Le bourreau, lorsqu’il procède à la toilette du condamné à mort.
Accouchée
d’Hautel, 1808 : Les caquets de l’accouchée. Babil, conversation des femmes entr’elles, lorsqu’elles visitent une accouchée.
Faire l’accouchée. Locution goguenarde : se tenir au lit par oisiveté et mollesse.
Accoucher
d’Hautel, 1808 : Il est enfin accouché de cet ouvrage. Se dit par ironie de quelqu’un qui a mis un temps considérable à faire une chose qui n’offroit aucune difficulté.
Accouche-donc. Manière impérieuse et piquante de dire à un homme qui bégaye, à un bavard dont l’entretien ennuie, d’en venir promptement au fait.
Delvau, 1866 : v. n. Avouer, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Se décider à parler. — Mettre au monde une œuvre d’art, souvent d’autant plus mauvaise que l’accouchement a été plus laborieux.
La Rue, 1894 : Avouer à la Justice.
Virmaître, 1894 : Avouer, parler. Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le « cuisiner » lui disent : Accouche donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Avouer. — Un individu accouche lorsqu’on lui fait avouer une chose qu’il ne voulait pas dire.
Hayard, 1907 : Avouer.
France, 1907 : Avouer, se décider à faire une chose pénible ; argot populaire.
Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve quelquefois à s’exprimer ?
(Charles Nisard)
Accouffler (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’accroupir, s’asseoir sur les talons, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l’on appelle couffles des balles de coton, sièges improvisés. On dit aussi s’accrouer.
Accroche-cœurs
Vidocq, 1837 : s. m. — Favoris.
Delvau, 1864 : Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.
Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.
(Louis Festeau)
Larchey, 1865 : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.
Rigaud, 1881 : Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.
France, 1907 : Petite mèche de cheveux formant boucle sur les tempes, autrefois fort à la mode chez les Espagnoles. On appelle également ainsi les touffes plus grossières que ramenaient au-dessus des oreilles les jeunes souteneurs et plus vulgairement appelées rouflaquettes.
Accrocher
d’Hautel, 1808 : Il est accroché à un clou par terre. Facétie, pour dire qu’un objet quelconque que l’on croyoit avoir bien rangé, est tombé et traîne à terre.
Il a été accroché à la lanterne. Terme révolutionnaire ; pour, on l’a pendu à la lanterne.
Il s’est laissé accrocher en chemin. Pour, il s’est laissé entrainer à une partie de plaisir sur laquelle il ne comptoit nullement.
Cette affaire est accrochée. C’est-à-dire, retardée, suspendue par quelqu’opposition.
Belle fille et méchante robe trouvent toujours qui l’accroche.
S’accrocher. Se battre, se prendre aux cheveux, à la manière des porte-faix.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.
Et elle rit quand on parle d’accrocher.
(Moyen de parvenir)
Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.
(Em. Durand)
Larchey, 1865 : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.
Ah ! les biblots sont accrochés.
(De Montépin)
Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.
S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.
Delvau, 1866 : v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.
La Rue, 1894 : Mettre un objet au Mont-de-Piété.
France, 1907 : Mettre en gage.
Êtes-vous entrés quelquefois dans un de ces nombreux bureaux de prêt qu’on désigne aussi sous le nom de ma tante ? Non. Tant mieux pour vous. Cela prouve que vous n’avez jamais eu besoin d’y accrocher vos bibelots et que votre montre n’a jamais retardé de cinquante francs.
(Frérault, La Vie de Paris)
Prendre par ruse. Se dit également pour consigner un soldat, le retenir au quartier.
Accrouer (s’)
France, 1907 : S’accroupir, s’asseoir sur les talons. Vieux français conservé dans le Centre et l’Ouest.
Acheter chat en poche
France, 1907 : Conclure légèrement un marché sans avoir examiné l’objet qu’on achète. Un paysan retors mit un chat dans un sac — poke — mot saxon dont nous avons fait poche, — et le vendit sur le marché comme cochon de lait à un benêt ou un ivrogne qui acheta de confiance et ne s’aperçut de la duperie qu’après la disparition du filou. Acheter le chat pour le lièvre, dit-on encore.
Achever
d’Hautel, 1808 : Amincir. Approprier. Assortir. Aucun de ces verbes n’est susceptible d’augmentation. Néanmoins une pratique vicieuse les fait construire avec la particule réduplicative. Les locutions suivantes sont, pour ainsi dire, consacrées par l’usage :
Je racheverai cet ouvrage un autre jour.
Il commence à se rapproprier.
Il aura de la peine à rassortir cette étoffe. Au lieu de dire : J’Acheverai cet ouvrage ; il commence à s’Approprier ; il aura de la peine à Assortir ; etc.
Voilà pour l’achever de peindre. Se dit par raillerie d’un homme accablé d’infortunes, à qui il survient, quelques nouveaux malheurs ; d’un buveur, qui après avoir pris plus dc vin qu’il n’en peut supporter, se met encore à boire ; d’un valétudinaire qui commet quelqu’extravagance pernicieuse à sa santé.
Acrobate
Rossignol, 1901 : Aide déménageur employé à l’époque du terme dans les moments de presse.
Actéoniser
Delvau, 1864 : Tromper son mari.
Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.
(Les Caquets de l’accouchée)
France, 1907 : Tromper son mari, à cause des cornes qui poussèrent à Actéon, changer en cerf lorsqu’il surprit Diane au bain. Vieux style.
Une marchande qui, dès le lendemain de ses noces, a actéonisé son mari.
(Les Caquets de l’accouchée)
— Vous me voyez très inquiète, ma chère Mathilde… mon mari a des migraines affreuses… il souffre comme si son front allait éclater…
— Rassurez-vous, j’ai été marée deux fois et je connais cette maladie… c’est le bois qui travaille !
Actif
Virmaître, 1894 : Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’activité. Il veut dire que l’actif est l’amant du passif (Argot des pédérastes). V. Passif.
Action fréquente (l’)
Delvau, 1864 : La fouterie, qui est la chose que l’on fait le plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.
Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera.
(Mililot)
Action honteuse (l’)
Delvau, 1864 : La fouterie, dont rougissent le plus en public les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.
L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme…
(Mililot)
Ad nutum
France, 1907 : À la volonté, à la fantaisie, sur un signe.
Un directeur dans son cabinet, c’est un souverain sur sou trône, aucuns disent aussi un sultan dans son harem. Pour les auteurs, il est le dispensateur de la gloire et de la fortune. De son goût et de son caprice peut dépendre la destinée d’un homme. Il gouverne despotiquement tout un monde d’artistes, de figurants, d’employés, de machinistes et ce monde doit lui obéir ad nutum.
(Henri Fouquier)
Ad patres
d’Hautel, 1808 : Expression latine qui signifie Vers ses pères.
II y a longtemps qu’il est ad patres. Pour dire il est mort depuis long-temps.
Envoyer quelqu’un ad patres. L’envoyer promener ; l’envoyer paître.
Addition
Larchey, 1865 : Carte à payer.
C’est l’addition même de l’un de ces repas-là.
(Delvau)
Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.
Rigaud, 1881 : Carte à payer chez le restaurateur, le total des objets de consommation.
Les gens qui suivent les modes disent l’addition.
(Eug. Wœstyn, Physiologie du dîneur)
On n’a jamais souffert que le mot addition fût prononcé au Café de Paris. C’est ce que les gens bien élevés appellent la carte.
(Nestor Roqueplan, Parisine)
Malgré l’indignation de Nestor Roqueplan, le mot addition a prévalu ; il est généralement employé par quatre-vingt-dix-neuf consommateurs sur cent.
Adjudant (tremper un)
Merlin, 1888 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour les cuisiniers en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont, pour divers motifs, le plus d’intérêt à satisfaire. Aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut rechercher l’origine de cette expression ?
Fustier, 1889 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d’intérêt à satisfaire ; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut chercher l’origine de cette expression ?
(Merlin, La langue verte du troupier)
France, 1907 : Tremper un morceau de pain dans le premier bouillon, ce que font généralement toutes les cuisinières ; argot militaire.
Adjuger une banque à un opérateur
Fustier, 1889 : Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu. (V. Revers.)
Adorer
d’Hautel, 1808 : Adorer le veau d’or. Faire la cour, flatter bassement un homme dont tout le mérite consiste dans la fortune et les emplois.
Aff (eau d’)
Rigaud, 1881 : Eau-de-vie.
L’affe pour la vie est de la plus haute antiquité. Troubler l’affre a fait les affres, d’où vient le mot affreux, dont la traduction est ce qui trouble la vie.
(Balzac, La Dernière incarnation de Vautrin)
D’après M. Lorédan Larchey, aff est l’abréviation de paf, qui désignait autrefois l’eau-de-vie.
Affaire
d’Hautel, 1808 : Monsieur tant affaire. Sobriquet qui signifie positivement un faiseur d’embarras, un charlatan.
Son affaire est dans le sac. Son affaire est faite. La première de ces locutions signifie qu’une affaire est conclue, terminée ; la seconde se dit d’une personne perdue, ruinée ; d’un criminel qui a subi sa sentence.
Faire ses affaires. Pour satisfaire à ses besoins naturels.
Les affaires font les hommes. Veut dire qu’un homme quelqu’inapte qu’il soit, devient habile dans un haut emploi.
Vous avez fait là une belle affaire. Se dit par ironie et par reproche à quelqu’un qui a commis quelqu’indiscrétion qui petit lui être nuisible.
À demain les affaires. Pour, nous verrons cela demain ; aujourd’hui ne pensons qu’à nous divertir.
Ceux qui n’ont point d’affaires s’en font. Signifie qu’il est dans la nature de l’homme de s’inquiéter, de se tourmenter, d’agir continuellement d’une manière ou d’autre.
Il entend ou il sait les affaires. Pour dire qu’un homme est habile et exercé dans les négociations ; qu’il se conduit avec prudence et selon les conjonctures.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers. Avoir de l’occupation par-dessus les yeux ; ne savoir auquel entendre ; être obligé de répondre à plusieurs personnes, à plusieurs parties divisées d’intérêts.
Bras-de-Fer, 1829 : Vol.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.
Le grand cordelier ayant achevé son affaire.
(Moyen de parvenir)
Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.
(Cabinet satyrique)
Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.
(Jodelle)
Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.
(Brantôme)
Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.
(Théophile)
Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.
(Protat)
Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.
(C. Fournier)
Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?
(D’Ouville)
Delvau, 1866 : s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.
La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.
Virmaître, 1894 : Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).
Affaire (faire son)
Rigaud, 1881 : Avoir reçu une blessure grave. — Être complètement soûl.
Rigaud, 1881 : Battre quelqu’un, le tuer.
En attendant que Golo te fasse ton affaire.
(H. Crémieu et E. Tréfeu, Geneviève de Brabant)
Au XVIIIe siècle on disait : ses affaires sont faites, pour : il est perdu, il est ruiné.
Affaire avec quoi l’homme pisse (l’)
Delvau, 1864 : La pine, — un mot que n’osent pas avoir à la bouche les femmes qui ont le plus au cul la chose qu’il représente.
N’en as-tu pas vu quelqu’un qui pissât, et cette affaire avec quoi il pisse ?
(Mililot)
Affaire de cœur
Delvau, 1864 : Coucherie, — cor étant mis là pour cunnus.
Vous êtes en affaire ? me cria-t-il à travers la porte, pendant que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie, — Oui, répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire… de cœur.
(J. Le Vallois)
Affaire filée
M.D., 1844 : Coup prémédité depuis longtemps.
Affaler son grelot
Virmaître, 1894 : Se taire. Dans le peuple, on dit d’une femme bavarde qu’elle est un moulin à paroles. Quand elle bavarde trop bruyamment, on lui conseille de mettre du papier dans sa sonnette. L’image est fort juste, la sonnette ne tinte plus (Argot du peuple). N.
Affamé
d’Hautel, 1808 : Un pou affamé. Épithète injurieuse et de mépris. Homme obscur et misérable, qui, parvenu à un emploi lucratif, travaille par des concussions et d’odieux monopoles à s’y enrichir promptement.
Ventre affamé n’a point d’oreille. Signifie qu’on entend difficilement raison quand on est pris par la faim.
Affamé comme un jeune levron. Qui a un appétit dévorant.
Affameur
Hayard, 1907 : Exploiteur.
Affoler
Delvau, 1866 : v. a. Accabler de coups, blesser, endommager, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (à et fouler) et à la tradition : « Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr » dit Rabelais. « Ce qui me console, / C’est que la pauvreté comme moi les affole » dit Mathurin Régnier.
France, 1907 : Blesser, accabler de coups ; dérivé de l’italien affolare, qui a la même signification.
Affouler
France, 1907 : Accoucher avant terme, avorter. C’est un vieux mot dérivé comme le précédent d’affolare, et déjà passé chez nous au XVe siècle.
Lequel Frobert conseilloit à icelle femme qu’elle beust de la rue ou de l’eau ardente, et que c’estoit la chose au monde qui plustost laferoit affouler d’enfant.
(Lettre de remission de 1447)
Tout semble, dit Charles Nisard, attester les rapports étroits qui existent entre affouler et abouler : rapports de son, rapports d’orthographe, rapport d’idée. Dans l’une comme dans l’autre, l’action qu’ils expriment est celle qui résulte de la pression et de la violence. Une femme affoule parce qu’on lui administre des drogues qui tuent son fruit et en précipitent l’issue ; un homme aboule, parce que l’objet qu’on veut de lui, on le lui extorque plutôt qu’on ne le lui demande, et qu’on le lui prendrait par force, s’il faisait mine seulement de le faire attendre. Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve parfois à s’exprimer ?
Affourchée sur ses ancres
Virmaître, 1894 : Fille publique qui renâcle sur le turbin pour faire tortorer son souteneur. Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante. Affourchée, immobile comme le vaisseau amarré dans le port. Sur ses ancres, sur ses jambes. La fille ne trimarde pas (Argot des souteneurs).
Affranchir
Ansiaume, 1821 : Gagner quelqu’un, corrompre.
Nous ne craignons plus le lubin, je l’ai affranchi.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Initier.
Vidocq, 1837 : v. a. — Corrompre, apprendre à quelqu’un les ruses du métier de fripon ; ainsi l’on dira : Affranchir un sinve avec de l’auber, corrompre un honnête homme avec de l’argent, l’engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d’un honnête homme.
Larchey, 1865 : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.
Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.
Delvau, 1866 : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.
Rigaud, 1881 : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.
Fustier, 1889 : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu’elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.
Virmaître, 1894 : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.
Hayard, 1907 : Débaucher.
France, 1907 : Initié un adepte. Le débarrasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.
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