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Ernest

Rigaud, 1881 : Nom de baptême que les journalistes ont donné à l’émanation ministérielle dite « communiqué », cette seule et unique signature que l’administration juge à propos de mettre au bas des notes rectificatives qu’elle adresse aux journaux, dans l’intérêt de la vérité, et que les journaux sont tenus d’insérer en tête de leur première page, toujours dans l’intérêt de la vérité. Pour donner un peu de vitalité à ce nom de « communiqué » aussi sec que la prose officielle, on a imaginé de lui adjoindre le doux prénom d’Ernest.

France, 1907 : Communication officielle du gouvernement à la presse.

Farfouiller

d’Hautel, 1808 : Éparpiller ; mettre tout en désordre pour chercher quelque chose ; manier avec indiscrétion.

Delvau, 1866 : v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Chercher. Celui qui se met le doigt dans les narines se farfouille dans l’nez.

France, 1907 : Chercher.

Ernest m’envoie un regard coupant comme le rasoir de Prado et froid comme un discours de Mézières. Brr… ! la petite mort me passe dans le dos. Ernest farfouille dans ses papiers, l’huissier appelle mon affaire, et M. le président, me toisant d’un œil dédaigneux, laisse tomber ces mots : « Fille Colombine, levez-vous ! »

(Gil Blas)

Toute la pléiade qui fouille
Et farfouille le corps humain,
Plongeant les doigts dans ce qui grouille,
Pantins d’hier ou de demain.

(Jacques Rédelsperger)

Ci-gît qui toujours bredouilla
Sans jamais avoir pu rien dire ;
Beancoup de livres farfouilla,
Sans jamais avoir pu s’instruire ;
Et beaucoup d’écrits barbouilla,
Sans avoir pu les faire lire.

(La Harpe)

Fionner

Larchey, 1865 : Faire du fion.

Ça s’fionne, ça se pavane et ça se carre.

(Bourget)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot ; mettre la dernière main à une chose ; avoir du fion.

Rigaud, 1881 : Faire le fat ; être coquet, — dans le jargon du collège.

Depuis qu’Ernest a une paire de bottes, regarde un peu comme il fïonne !

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

France, 1907 : Terminer, retoucher, embellir.

Fumisme

France, 1907 : Art très moderne en peinture et en littérature, qui consiste à se moquer du bourgeois au début par des toiles où des œuvres incohérentes, décadentes et intransigeantes, jusqu’à ce que le fumiste se trouve pris lui-même et finit par croire que c’est arrivé.

Les arts incohérents sont nés d’une poussée de « jeunes » indignés de l’envahissenent du schopenhauérisme dans le coin de France que Murger illustra : j’ai nommé le quartier Latin. Comme il fallait frapper un grand coup et que l’esprit devenait banal — surtout dans celui des gens qui n’en avaient pas — ils voulurent instituer le fumisme. Ils y réussirent sans coup férir, couvrant les quatre murs de leur exposition de fantaisies inénarrables.

(Ernest Depré)

Homme sandwich

France, 1907 : Pauvre diable qui colporte dans les rues une réclame sur le dos et sur la poitrine. En Angleterre, on dit simplement un sandwich.

Qu’est-ce qu’un sandwich ? « De minces tranches de pain beurré entre lesquelles on a intercalé une tranche de jambon ou d’autre viande. » Or, l’homme dérisoirement qualifié de sandwich n’a généralement embrassé cette carrière peu lucrative que parce qu’il n’a ni pain, ni beurre, — et c’est lui-même qui, entre deux pancartes, constitue l’autre viande.

(Ernest Depré, Germinal)

Larguer

France, 1907 : Donner ; argot des gens de mer. Larguer, en terme maritime, est lâcher un cordage qui retient une voile.

— Pour lors et d’une, c’est pas tout ça, continua le matelot en quittant sa table pour venir se camper en face de Danton, vous m’avez largué de bonnes paroles, vous ; vous me faites celui d’être solide comme un gabier d’artimon. Faut pas être fier avec un pauvre matelot qui aime ses chefs et lui larguer la vérité dans le grand !

(Ernest Capendu, L’Hôtel de Niorres)

Muette (la grande)

France, 1907 : L’armée.

Nous voulons, et nous n’avons pas tort, qu’elle (l’armée) reste la grande muette ; car elle personnifie la patrie, elle regarde constamment pour nous tous au delà de la frontière, elle est en dehors et au-dessus de nos luttes de partis. En échange de ce service, de cette tenue, de ce sacrifice permanent, elle a droit à des garanties.

(Ernest Judet, Le Petit Journal)

Nanan

d’Hautel, 1808 : Mot d’enfant. Friandise, sucrerie.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien et la jouissance qui en est le résultat, — la plus exquise des friandises, la plus savoureuse de toutes les jouissances.

Mais avec ceux que la victoire
A trahis, fais-le gratuitement ;
Rendre service aux fils de la gloire,
C’est du nanan.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : s. m. Chose exquise, curieuse, rare, — dans l’argot des grandes personnes. C’est du nanan ! C’est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n’importe quoi alléchant.

Delvau, 1866 : s. m. Friandise, gâteau, — dans l’argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.

France, 1907 : Friandise : jargon des enfants, passé dans la langue des grandes personnes.

— Du nanan dans toutes les cantines, des belles Italiennes pour friser la moustache aux vainqueurs, et après un quart l’heure de repos, le chemin de la gloire… Halte !… front !…

(Ernest Capendu, Le Tambour de La 32e)

Ce mot s’emploie aussi au figuré :

— C’est des aubaines qui ne sont pas faites pour moi, dit-elle. Un général ! Il lui faut du nanan. Une ménagère plantureuse ou alors une jeunesse.

(Hector France, Le Roman d’une jeune fille pauvre)

Panne

d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.

Larchey, 1865 : Misère.

Il est dans la panne et la maladie.

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.

Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.

Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.

Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.

(Ed. et J. de Goncourt)

Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.

(É. de La Bédollière, Les Industriels)

En terme de théâtre, bout de rôle.

Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.

(J. Pelcoq, Petit journal amusant)

Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…

(P. de Kock, Le Sentier aux prunes)

En terme d’atelier, mauvais tableau.

Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.

(J. Noriac, Têtes d’artistes)

La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.

France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :

Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.

France, 1907 : Fanon du bœuf.

France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.

Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.

(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)

France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.

Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.

Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.

(Pierre Wolff)

France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »

— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.

(Jean Richepin, La Glu)

Pas (ne), ne rien

Larchey, 1865 : Négation est ironiquement prise pour une affirmation dans le peuple de Paris.

Ernest : Avec qui que tu veux que je soye donc ? — Eugène : Merci, tu n’es pas rageur.

(Monselet)

On dit de même : Il n’est pas chien pour il est avare ; il n’est rien dégoûté pour il est difficile.

Quinze-reliques

France, 1907 : Sobriquet donné par les soldats du premier empire aux Autrichiens, à cause de leur dévotion et des scapulaires et médailles qu’on trouvait sur les blessés et les morts.

Pour lors, les Autrichiens arrivent et la 32e n’avait point encore enlevé la redoute, et nous n’étions plus que sept, et pour lors nous étions frits, tellement que les Quinze-Reliques dégringolaient déjà en masse et nous tombaient sur le râble que c’en était un vrai plaisir.

(Ernest Capendu, La 32e demi-brigade)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique