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Bourguignon

d’Hautel, 1808 : Bourguignon salé. Se dit de ceux qui mettent beaucoup de sel dans ce qu’ils mangent.

Ansiaume, 1821 : Soleil.

Le bourguignon a été chaud, le picton sera mâte celte année.

Delvau, 1866 : s. m. Le soleil, dans l’argot du peuple, qui croit que cet astre n’a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d’Or.

Virmaître, 1894 : Le soleil. Il fait mûrir les bons vins de Bourgogne (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Le soleil.

France, 1907 : Le soleil, qui réchauffe comme le vin de Bourgogne.

V’là le Bourguignon qui baisse ; il est temps de bloquir.

(Vidocq)

Lorrain, mauvais chien, traître à Dieu et à son prochain

France, 1907 : Dans le Disciple, Paul Bourget explique ainsi ce proverbe : « Cette épigramme exprime, sous une forme inique, cette observation très juste qu’il flotte quelque chose de très complexe dans l’âme de cette population de frontière. Les Lorrains ont toujours vécu sur de bord de deux races et de deux existences, la germanique et la française. Qu’est-ce que le goût de la traîtrise, d’ailleurs, sinon la dépravation d’un autre goût, admirable au point de vue intellectuel, éclat de la complication sentimentale ! »
Rien n’est plus faux que cette explication. Les races de frontières se sont toujours, au contraire, signalées par une exagération de patriotisme. Il faut se souvenir du temps, et il n’est pas éloigné puisqu’il date d’avant nos désastres, où la Lorraine fournissait avec l’Alsace presque toute notre cavalerie de ligne et où, dans ces patriotiques campagnes, un garçon qui n’avait pas été soldat ne trouvait guère à se marier.
Ce dicton contre la Lorraine, auquel il faut ajouter celui-ci :

— Lorrain, prente me te lard.
— Nian, cè s’use.
— Prente me tè fomme.
— Prends-lè, si te vus.

« Lorrain, prête-moi ton lard. — Non, ça s’use. — Prête-moi ta femme. — Prends-la si tu veux. »
date du XVIIe siècle. Il faut les faire remonter — dit M. Victor Courtois — à la guerre, d’environ soixante ans, dans laquelle les Lorrains combattaient pour leur indépendance et où

Français, Anglais, Lorrains que la fureur assemble,
S’avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

Cette lutte s’est terminée par la période transitoire du gouvernement de Stanislas, beau-père de Louis XV, et par l’annexion de la Lorraine à la France, à sa mort, en 1766. Il ne faut donc y voir que des dictons du camp français. Et les Lorrains, en revanche, traitaient les Français de Bourguignons et les mitraillaient en leur chantant :

Bourguignon salé,
L’épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon.

Après l’annexion, les Lorrains, vaillants soldats et toujours fiers, devenus du reste d’excellents Français, se sont vengés des anciens sarcasmes en disant : « Ce n’est pas la Lorraine qui est devenue française, c’est les Français qui sont devenus Lorrains. »

Salé

d’Hautel, 1808 : Terme typographique ; payement anticipé ; avance que les ouvriers prennent le samedi sur l’ouvrage qu’ils ont entre les mains, et qu’ils n’ont pu achever dans la semaine ; ce qui les rend débiteurs de leurs bourgeois. Voy. Dessaler.
Bourguignon salé. Sobriquet que l’on donne aux habitans de la Bourgogne, à cause, dit-on, des différends, des procès, que leurs salines leur ont occasionnés.

Delvau, 1866 : s. m. Travail payé d’avance, — dans l’argot des typographes. Morceau de salé. Acompte. Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d’un Enfant venu avant le mariage. Les ouvriers anglais disent : to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).

Rigaud, 1881 : Avance d’argent, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Bonne amie, connaissance, — dans l’argot des marins.

Oùs’que tu démarres comme ça, avec ton salé ?

Boutmy, 1883 : s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n’est pas terminé. Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages. Le salé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, parce qu’il n’encourage pas à travailler, et rien n’est plus juste ; en effet, le compagnon, sachant qu’il n’aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n’a pas de courage à la besogne. Loin d’être dans son dur, il a la flème : de là de fréquentes sorties ; de là aussi l’adage.

Fustier, 1889 : Mordant, violent.

Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.

(Armand Silvestre)

Rossignol, 1901 : Jeune enfant.

France, 1907 : Avance de salaire faite à un ouvrier typographe sur un travail à venir. Prendre du salé.

Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages.

(Eug. Boutmy)

France, 1907 : Cher. « Un compte salé ; une addition salée. »

Rodolphe et sa femme ont diné au restaurant avant d’aller au spectacle :
— Mon Dieu ! quelle soif ! fait Madame pendant un entracte. Qu’est-ce qui a pu ainsi m’altérer ?
— La note, répond Rodolphe avec un soupir… Elle était salée !

France, 1907 : Égrillard. En dire, en écrire, en faire de salés.

Il faut savoir que la comtesse Diane n’était pas du tout une femme de notre époque, mais une femme du siècle dernier. Non pas par l’âge, car elle était à peine sexagénaire ; mais par les façons, l’esprit libre, même libertin, le goût des anecdotes salées, les retroussés impudents (jusqu’à l’impudicité parfois) de son papotage, l’outrageuse hardiesse de ses confessions toujours prêtes à se dévêtir en public, et enfin et surtout par son absolu manque de sens moral pour tout ce qui touche, comme elle disait si gentiment, aux choses de la galanterie.
C’est à tel point que, si on lui eût conté, sous forme d’aventure contemporaine, l’histoire de Loth ou celle d’Œdipe, volontiers elle se fût écriée à l’étourdie, sans insister davantage :
— Se sont-ils bien amusés ?

(Jean Richepin, Le Journal)

France, 1907 : Nouveau-né. Pondre un salé, accoucher.

Quelques semaines plus tard, elle s’aperçut qu’elle était enceinte. La mère Dupuis, qui s’en aperçut aussi, lui administra une nouvelle volée. — Qu’est-ce que nous allons faire de ton salé ? dit-elle, tout en cognant ; y avait donc pas assez de misère ici ? Tu vas aller crever à l’hôpital, sale peau de lapin !

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Salé (bourguignon)

France, 1907 : L’ancien dicton s’exprime ainsi :

Bourguignon salé,
L’épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon !

D’où vient ce singulier dicton ? Les opinions sont partagées. Suivant de Serre dans son Inventaire de l’Histoire de France, règne de Charles VII, les habitants d’Aigues-Mortes ayant massacré la garnison bourguignonne placée dans leur ville par le prince d’Orange, enfouirent les cadavres dans une grande fosse, mais comme l’odeur fétide se répandait dans la ville, ils couvrirent le charnier de sel.
Pasquier, dans ses Recherches, prétend que le mot salé date de l’époque où les Bourguignons, résidant au delà du Rhin, se querellaient constamment avec les Allemands au sujet de leurs salines.
Leroux de Lincy donne de son côté la version de Leduchat comme la meilleure et que je reproduis ici : « Bourguignon salé est une allusion au petit casque, appelé salade, que portait la milice bourguignonne. De là l’équivoque. » Voici quelques autres dictons concernant les Bourguignons :

Il a passé par la Bourgogne,
Il a perdu toute vergogne.

Les plus renieurs sont en Bourgogne qui disent : « Je renie Dieu si je ne dis la vérité. »

Bonnes toiles sont en Bourgogne.

Saute Bourguignon

France, 1907 : Cette expression date du XVIIe siècle et remonte à la guerre d’environ soixante ans dans laquelle les Lorrains combattaient pour leur indépendance :

Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble,
S’avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

Voir Bourguignon salé.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique