France, 1907 : Termes de mépris appliqués aux bonapartistes. On dit aussi Badingateux.
Badinguiste, badingoin, badingueusard, badingouinard
Bas (le)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, à cause de sa situation.
Gargamelle commença à se porter mal du bas.
(Rabelais)
Elle s’accointa de l’un des clercs, lequel par aventure lui mettait l’intelligence de ces mots en la tête par le bas.
(Bonaventure Desperriers)
Bleu
Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.
Larchey, 1865 : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.
Celui des bleus qui est le plus jobard.
(La Barre)
Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.
La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.
(Murger)
Delvau, 1866 : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.
Delvau, 1866 : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.
Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.
Delvau, 1866 : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.
Delvau, 1866 : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.
Delvau, 1866 : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.
Rigaud, 1881 : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »
(A. Camus)
En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)
Rigaud, 1881 : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.
Merlin, 1888 : Conscrit.
La Rue, 1894 : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.
Virmaître, 1894 : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).
Rossignol, 1901 : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.
Hayard, 1907 : Jeune soldat.
France, 1907 : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.
Bonaparteux
Rigaud, 1881 : Bonapartiste, — dans le jargon des adversaires politiques des bonapartistes.
Bonasse
d’Hautel, 1808 : Mot dérisoire, pour dire d’une crédulité, d’une foiblesse extrême, d’une bonté qui va jusqu’à la bêtise.
Brûler
d’Hautel, 1808 : Brûler le jour. Signifie faire usage de lumière en plein midi.
Faire brûler quelqu’un à petit feu. Le tourmenter, l’inquiéter, lui faire endurer toutes sortes de mauvais traitemens.
Il leur a brûlé le cul. Se dit de quelqu’un qui a abandonné sans mot dire la-société où, il se trouvoit ; de celui qui s’est esquivé d’un lieu où il étoit retenu malgré lui.
Se brûler. Signifie se méprendre, se tromper, s’abuser dans ses spéculations.
Se brûler à la chandelle. Découvrir soi-même, sans le vouloir, les fautes dont on s’est rendu coupable ; se laisser entraîner malgré soi dans un piège que l’on avoit d’abord évité.
Le tapis brûle. Signifie, il n’y a pas de temps à perdre ; se dit pour exciter des joueurs à doubler leur jeu.
Delvau, 1866 : v. a. Dépasser une voiture, — dans l’argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.
Delvau, 1866 : v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s’expose en s’approchant du feu.
Rigaud, 1881 : Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s’exerce plus que dans les cercles de bas étage.
France, 1907 : Dénoncer, vendre.
La République est un régime de lumière et de loyauté qui n’a que faire d’une police secrète. Rappelons-nous toujours que la police secrète a été instituée par Louis XIV et développée outre mesure par les deux Bonaparte. Louis XIV et les Bonaparte ne sont certainement pas des modèles à suivre pour nous. Je ne puis me désoler, quant à moi, parce qu’un mouchard vient de brûler ses patrons.
(Germinal)
Les filles qui dénoncent les malfaiteurs se fiant à elles sont plus rares qu’on ne le pense. Gloria est une exception ; c’est pourquoi je ne tiens pas à la brûler (faire connaître).
(G. Macé, Un Joli monde)
Brûler, approcher du but, être sur le point de deviner une chose, dépasser une voiture.
Brûler les planches, jouer avec beaucoup de feu et d’art ; argot des coulisses. Brûler la politesse, s’esquiver sans rien dire ; — le pégriot, faire disparaître la trace d’un vol ; — à la rampe, jouer comme si l’on était seul pour attirer sur soi l’attention, sans avoir égard au jeu de ses camarades ; argot des coulisses ; — du sucre, recevoir des applaudissements ; — sa chandelle par les deux bouts, dissiper sa fortune, sa santé ou son cerveau de toutes les façons ; argot des bourgeois.
Chislehurstienner
Rigaud, 1881 : Fêter un anniversaire bonapartiste. Vient de Chislehurst, résidence de l’ancienne famille impériale.
Plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies aux abords de l’église Saint-Augustin, les unes pour Chislehurstienner, les autres pour voir Chislehurstienner.
(Rappel du 18 août 1877)
Décembraillard
Rigaud, 1881 : Partisan du coup d’état du 2 décembre 1851. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.
France, 1907 : Sobriquet donné par les républicains et les monarchistes aux bonapartistes en souvenir du coup d’État de décembre 1851. On dit aussi décembrailleur.
Donner du fil à retordre
Delvau, 1866 : Embarrasser quelqu’un, lui rendre une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.
France, 1907 : Embarrasser quelqu’un, l’occuper d’une façon fastidieuse et désagréable.
— Tel que vous me voyez, j’étais noté dangereux, anarchiste, révolutionnaire. Et le colonel, en bonapartiste fini, n’a pas été fâché que je lui aie montré si j’étais bossu. Il disait à l’adjudant-major : « Ce sacré bougre de la quatrième du trois, il fait bien de se tirer les guêtres ; par le temps qui court, il nous donnerait du fil à retordre. » Oh ! oui, je leur en aurais donné !
(Hector France, Marie Queue-de-Vache)
Écrouelleux
France, 1907 : Sobriquet que les Jacobins donnaient à la jeunesse doré du Directoire à cause de l’immense cravate où s’engloutissait leur menton et qui semblait cacher des écrouelles.
On aura peine croire qu’au milieu des victoires de Ney, de Championnet et du général Bonaparte, on n’observait dans la capitale, sur nos boulevards et places publiques, aucun enthousiasme, aucun mouvement de joie. S’il faut ajouter créance aux journaux contemporains, on passait froidement, avec la plus complète indifférence, à côté des crieurs qui annonçaient les plus grands succès de nos généraux… L’agiotage avait gagné toutes les classes, la griserie de la mascarade anéantissait les idées nobles dans tous ces cerveaux. Les Écrouelleux, les Inconcevables, des Merveilleux, le menton caché dans leurs cravates démesurées, maudissaient le gouvernement des Directeurs, méconnaissaient le mérite de nos soldats, disant d’un air affadé : Pa’ole victimée, cela ne peut pas du’er !
(Octave Uzanne, La Française du siècle)
Fils de l’autre
Delvau, 1866 : Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration, au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.
France, 1907 : Le duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier, dont il était défendu de parler sous la Restauration. Les soldats pour la même raison appelaient l’Empereur l’autre.
Fogner
Delvau, 1866 : Alvum deponere, — dans l’argot des ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure Des Périers.
France, 1907 : Mettre bas culotte. Vieux mot.
Fourbi
Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !
Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.
Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.
Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.
La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.
Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.
J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.
Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.
France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.
Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.
(Père Peinard)
Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.
— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.
(Edmond Lepelletier)
Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.
C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…
(A. Longuet, Méditations de caserne)
Foutre (se)
Delvau, 1866 : Se moquer, — dans l’argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d’ailleurs, n’attache pas à celui-ci d’autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D’un autre côté aussi, n’est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n’a pas craint d’écrire dans Vertu et tempérament, — un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit : « Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons ! »
La Rue, 1894 : Se moquer. Le mot est grossier. Se ficher est une atténuation. Signifie aussi jeter, placer, donner, faire, s’habiller. Ficher au poste (on prononce fich’), ficher sa montre au clou, ficher une gifle, mal fichu (mal habillé), ne rien fiche. Allez vous faire ficher (allez au diable), ficher dedans (tromper) ; ficher la paix (laisser tranquille) ; ficher le camp (partir).
France, 1907 : Se moquer de quelqu’un ou de quelque chose, ne pas y tenir.
— Je me fous de la philosophie, en sommes, vous savez ! Et je donnerais tout l’œuvre d’Aristote, voire Platon et son Banquet, pour tenir longtemps, — toujours ! — dans mes bras, une taille souple comme la vitre, prolongée comme la tienne, ô mon idole, par un de ces derrières royaux qui démolissent si éloquemment toutes les ratiocinations des Strindberg !…
(Fin de Siècle)
Ça m’est égal, v’là tout’ l’histoire ;
Je n’vous désire ni bien ni mal ;
Ne m’gênez pas, c’est l’principal ;
Buvez sitôt qu’j’ai fini d’boire.
J’suis pas méchant, ça m’dérang’rait ;
J’suis pas bon, un autr’ me mang’rait ;
J’mijot’ dans mon indifférence !
Dites noir, dites rouge ou blanc,
Moi je n’dis rien—c’est bien plus franc —
Criez : Viv’ le roi ! Viv’ la France !
Viv’ la Prusse ! Engueulez-vous tous…
J’m’en fous !
(Paul Paillette)
— Non, papa serait en colères…
D’ailleurs, je n’ai que trente sous,
— Garde ton argent ! je m’en fous !
Est-ce qu’à ton âge on éclaire ?
(Albert Glatigny)
Sous la Restauration, le couplet suivant était chanté par les bonapartistes :
Je me fout du Roi,
Du comte d’Artois,
Du duc d’Angoulème,
Du duc de Berry,
D’la duchesse aussi
Et de qui les aime.
Frérot
Delvau, 1866 : s. m. Frère, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.
France, 1907 : Frère ; du béarnais frayron.
Giries
Delvau, 1866 : s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur, — dans l’argot du peuple, qui a horreur de l’hypocrisie. Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n’en a pas envie ; refuser ce qu’on meurt d’envie d’accepter. Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude, — et vraie femme.
Rigaud, 1881 : Manières, embarras. — Faire des giries.
La Rue, 1894 : Manières, fausse modestie.
France, 1907 : Manières, fausse modestie, refus courtois d’une chose qu’on brûle d’accepter.
Elle ne le lâchait plus, lui reparlait continuellement de cet argent, lui promettant de prier pour lui, s’il voulait seulement lui dire où il avait caché… Lui cependant, la laissait dire, grommelant sourdement des jurons et par moments, quand elle se baissait, tâchant de lui saisir le cou pour l’étrangler ; mais elle se reculait, rabattait sa main inerte vers les draps, puis recommençait ses giries, têtue et bonasse. À la fin, las de lutter coutre la harpie, plus acharnée qu’un taon, il se mit à pousser des hurlements doux, pleurant et vagissant d’une voix d’enfant.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
— Pas tant de manières donc ! Râlait-il, pendant que ses mains impatientes et brutales faisaient leur office. Finissez toutes ces giries, ça ne sert à rien ! Voyons… Aline, voyons ! Et Thérèse qui m’assurait que vous étiez si bonne fille ! Je vous dis que je vous veux, là ! Et je vous aurai, je vous aurai, tonnerre de Dieu !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Gouter les plaisirs, les ébats, les joies, etc.
Delvau, 1864 : Baiser, ce qui est la félicité suprême.
Mais qu’importe, si l’on goûte
Le doux plaisir de la chair ?
Qu’importe, pourvu qu’on foute ?
Cela vous paraît-il clair ?
(Collé)
Eh bien ! mon petit cœur, eh bien ! ma mignonnette,
Ne voulez-vous pas bien vous marier un jour
Pour goûter les ébats du petit dieu d’amour.
(Trotterel)
Quand elle eut commencé à goûter un peu les joies de ce monde, elle sentit que son mari ne la faisait que mettre en appétit.
(Bonaventure Desperriers)
Grec de Saint-Gilles
France, 1907 : C’est ainsi que les Anglais appellent plaisamment leur argot, leur « slang ». Saint-Gilles est un des quartiers les plus pauvres de Londres, où la misère s’étale dans toute sa hideur. Elle a comme partout pour compagnes l’ivrognerie et la débauche, car c’est un des quartiers qui comptent le plus grand nombre de cabarets et de bouges. Il est enclavé entre Leicester Square, Soho Square et Oxford Street.
Pourquoi les littérateurs français ne feraient-ils pas ce que n’ont pas craint de faire les littérateurs anglais, Ben Johnson, Fletcher, Beaumont et autres dramaturges du cycle shakespearien, qui parlaient si correctement le grec de Saint-Gilles ? Grec de Saint-Gilles ou langue verte, c’est tout un, et pendant que j’y suis, pourquoi donc oublierais-je Richard Brome, John Webster, Thomas Moore et Bulwer qui ont bravement emplové le slang : le premier dans A jovial Crew, or the Merry Beggars, le second dans The white Devil, or Vittoria Corombona, le troisième dans Tom Crib’s Memorial to Congress, et le dernier dans son roman de Paul Clifford ?
(Alfred Delvau)
Hégélien, hégélienne
France, 1907 : Ce qui se rapporte au célèbre professeur allemand Hegel, qu’on peut appeler le père du socialisme moderne, père inconscient qui certainement renierait ses enfants.
Notre Proudhon, comme Marx et Bakounine, tient de Hegel. Formidable filiation ! L’honnête bourgeois de qui Hegel élevait les enfants, du temps qu’il concevait son principe, se fût évanoui d’horreur s’il avait imaginé ce qui naissait sous son toit. Mais Hegel lui-même ne soupçonnait pas les conséquences de l’idée qu’il élaborait. Le père spirituel de tant de révolutionnaires n’aimait pas les révolutions, et le gouvernement prussien de la Restauration le tenait pour son ferme soutien.
La voilà bien, cette belle ironie que nous signalions : l’idée hégélienne, bienfait ou fléau, a traversé le monde, saccageant et fécondant sans que son auteur se soit même douté de conséquences qu’il n’avait pas prévues et qu’avec tout son génie il eût été incapable de modifier. Selon les milieux et les tempéraments où elles se combinaient, l’idée hégélienne s’est résolue en ces formes opposées, le collectivisme et l’anarchie. Les transformations imprévues, l’idée hégélienne est appelée à les dépasser. Selon nous et conformément à la dialectique du maître, elle va concilier ses contrariétés, par une évolution plus surprenante encore, dans le fédéralisme.
L’atmosphère française est toute chargée de Rousseau. C’est dans un tel milieu que se combina l’idée hégélienne. Nos différents socialismes, en effet, sont la sensibilité de Rousseau ordonnée par la dialectique de Hegel. De telle sorte que s’ils parlaient un langage exact, les tribuns de la transformation sociale ne devraient pas dire : « Nous autres petits-fils de la Révolution », car cela n’est vrai que des bonapartistes, des orléanistes, ou des républicains parlementaires, c’est-à-dire des conservateurs des anciennes formes politiques et économiques ; mais un révolutionnaire français, qu’il soit collectiviste, ou fédéraliste, ou anarchiste, doit se réclamer de Rousseau pour sa sentimentalité, et de Hegel pour sa dialectique.
(Maurice Barrès)
Instrument
Delvau, 1864 : Le membre viril, ou la nature de la femme.
Jamais pire homme je ne vis !
Et je crains bien votre instrument.
(Ancien théâtre français)
La soudain sans attendre plus
Je lui happe son instrument,
Et je lui lave doucement.
(Farces et moralités)
Et ci a l’instrument grand et gros, de la longueur du bras.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Touche du moins, mignonne frêtillarde,
Sur l’instrument le plus doux en amour.
(Théophile)
Il lui dit qu’il savait jouer d’un autre instrument qui ravissait bien davantage.
(Ch. Sorel)
Et puis pensez que l’instrument
Il faudra bien que l’on me prête.
(Farces et moralités)
D’une on dit qu’elle ayme Hutin,
Et a l’instrument compassé
Comme un houseau de biscaïen,
Quand a le ventre deslacé.
(G. Coquillard)
Monsieur l’officier condamna la pauvre fille à prêter son beau et joli instrument à son mari.
(Bonaventure Desperriers)
Jérômisme
France, 1907 : Parti du prince Jérôme Bonaparte, la faction la plus libérale du bonapartisme.
Cette opposition au roi Jérôme et à son fils se reproduisit vigoureusement après le coup d’État dans le Sénat nouveau, lorsqu’on y discuta les sénatus-consultes des 7 novembre et 25 décembre 1852, rétablissant le gouvernement impérial. Le Sénat refusait obstinément l’hérédité, non point pour entraver les désirs du chef de la dynastie napoléonienne et contaminer le pouvoir naissant, mais uniquement pour pouvoir ruiner le jérômisme.
(Jules Richard, Comment on a restauré l’Empire)
Lance (la)
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on blesse agréablement les femmes, qui, toutes, adorent les lanciers. Une belle arme, la lance ! De beaux hommes, les lanciers !
Il dit qu’il était aussi bien fourni de lance que la femme de cul.
(Bonaventure Desperriers)
Et m’ayant montré sa lance, qui était droite, il me prit à force de corps et me coucha à la renverse sur le lit.
(Mililot)
Latin rôti
France, 1907 : Latin que parlaient autrefois les marmitons et les cuistres dans les cuisines de l’ancienne Université. On pensait ainsi, dit Charles Nisard, faire honneur à sa profession et parler la langue de la maison… Si l’on en croit la tradition, certains pédants, ne trouvant pas toujours le mot propre, farcissaient leur latin de mots dérobés à celui des marmitons et des souillards, de ces mots qu’Érasme appelle pourris de cuire.
Mais ainsi qu’on le menoit pendre, advint qu’un seigneur passa par là, par le moyen duquel il obtint sa grâce du roy, pour avoir craché quelques mots de latin rôti, lesquels, encore qu’ils ne fussent entendus, firent penser que c’estoit quelque homme de service.
(Bonaventure des Périers)
On ne dit plus latin rôti, mais on dit encore latin de cuisine en parlant du latin d’Église, par exemple.
Mettre en appétit
Delvau, 1864 : Exciter l’ardeur vénérienne.
Chevaucher trois ou quatre coups ne fait que mettre en appétit ; il faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe-temps.
(Mililot)
Il n’est rien qu’une femme trouve plus mauvais que quand l’homme la met en appétit, sans la contenter.
(Bonaventure Desperriers)
N-i-ni, c’est fini
France, 1907 : Formule négative familière.
— Je sais à quoi m’en tenir à ce sujet : chatte échaudée craint l’eau chaude… Je l’ai entendue assez souvent, cette « romance à Madame », et je m’y suis laissé assez pincer. Mais n-i-ni, c’est fini. — Si tu veux arriver jusqu’à ma chambre à coucher, mon bel ami, il faire en demander la clef au maire de mon arrondissement. Pas de mariage, pas de Suissesse !
(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)
Le langage des armées républicaines n’avait aucun rapport avec celui des salons, ainsi qu’on peut en juger par ce billet que le général Flavigny adressa à Bonaparte en 1796 :
Citoyen général,
Tes lapins manquent de pain ;
Pas de pain, pas de lapins,
Pas de lapins, pas de victoires.
Ainsi donc, veille au grain,
Et n…i…ni,
C’est fini !
Noir (le)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, où, en effet, il fait noir comme dans un four — et aussi chaud.
Le procureur, qui avait la braguette bandée, ne laissa pas de donner dans le noir.
(Bonaventure Desperriers)
Bref, je veux qu’elle ait tant de beautés que le galant soit déjà perdu d’aise et de transport avant que d’être arrivé jusqu’au noir.
(Mililot)
O fortunatos nimium
France, 1907 : (sous-entendu : sua si bona norint). « Ô trop heureux s’ils connaissaient leur bonheur ! » Locution latine tirée des Églogues de Virgile et que l’on applique à ceux qui ne savent pas apprécier la paix, la tranquillité, les liens modestes dont ils jouissent.
Ocréas
Delvau, 1866 : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile et de leur Horace. Ocreatus in nive dormis, a dit ce dernier, qui n’était pas fait pour dormir tout botté sous la neige, comme un soldat, car on sait qu’à la bataille de Philippes il prit la fuite en jetant son bouclier aux orties.
France, 1907 : Souliers ; argot de Saint-Cyr ; c’est-à-dire réceptacle d’ocre. On sait que l’ocre est une terre argileuse colorée par un peroxyde de fer ou par du tritocarbonate de fer, laquelle offre une vague ressemblance avec le résidu appelé plaisamment essence de facteur rural ; à moins que le mot ne vienne du latin ocréa, bottine.
Olibrius (faire l’)
France, 1907 : Faire le méchant, se poser en homme terrible et n’être que ridicule. C’est un souvenir du rôle effrayant que l’on faisait jouer dans quelques mystères, notamment dans celui de Sainte Reine, à Anicius Olibrius, époux de Placidie, fille de Valentinien III, et qui fut gouverneur des Gaules vers 472, sous Léon III. Suivant la légende, devenu amoureux de sainte Reine et ne pouvant arriver à ses fins, il la fit mettre à mort, sous prétexte qu’elle refusait de sacrifier aux dieux. On la suspendit à un chevalet, on la fouetta de verges et on lui déchira les chairs avec des griffes de fer. « Et, raconte Anatole France, qui redit cette légende semblable à toutes les légendes de saints et de martyrs, le sang coula du corps de la vierge comme d’une source pure. » Les assistants pleuraient et Olibrius, pour ne pas voir ce sang, se couvrit le visage de son manteau. Le martyre de sainte Reine, d’autres disent sainte Marguerite, fut le sujet de grand nombre de mystères et de chansons où Olibrius était représenté comme un fanfaron, un glorieux, un faux brave, un occiseur d’innocents.
Dans l’Étourdi Molière fait dire à Mascarille :
Courage, mon garçon, tout heur nous accompagne,
Mettons flamberge au vent et bravoure en campagne ;
Faisons l’olibrius, l’occiseur d’innocents.
On trouve dans un conte de Bonaventure Desperriers : « Mon mary, passez votre colère, et au lieu de faire ainsy l’olibrius, remerciez maître Itace. »
L’histoire cite un autre Olibrius, sénateur romain, proclamé empereur par surprise en 462 et que son incapacité fit, après trois mois, descendre du trône ; mais, comme l’a fort biem remarqué Ed. Thierry, « quand un nom se répand parmi les bonnes gens, ce n’est pas de l’histoire qu’il vient, c’est du théâtre ». C’est donc plutôt du gouverneur des Gaules que de l’empereur éphémère que nous vient le dicton.
Oreilles de chien (cheveux en)
France, 1907 : Cheveux qui tombent de chaque côté du visage, coiffure à la mode sous le Directoire. Ceux qui la portaient furent baptisés de ce nom.
Dans sa jeunesse, Napoléon était fort maigre, avait le teint olivâtre, la figure longue, les yeux couverts, portait les cheveux coupés en oreilles de chien, enfin tout l’ensemble de sa physionomie n’était rien moins qu’agréable.
(Anecdotes sur la cour et la famille de Napoléon Bonaparte, Londres, 1818)
Orléans (camus d’)
France, 1907 : On a appelé les Orléanais non seulement camus, mais aussi bossus, guépins et chiens.
Nous n’avons pu trouver l’origine du premier sobriquet. Bossu n’est qu’un jeu de mot sur Beauce, dont Orléans était la capitale. Quant à guépin, il vient de guêpe à cause de l’esprit caustique et railleur attribué aux Orléanais. Bonaventure Desperriers dit en parlant d’une dame d’Orléans : « Une dame gentille et honnête, encore qu’elle fust guespine. » On lit anssi dans les Mémoires de la Ligue : « Le naturel des guespins, j’en prends Orléans pour exemple, est d’être hagard, noiseux et mutin. » Peut-être, comme dit Le Roux de Lincy, c’est cette réputation de moquerie qui aurait valu aux Orléanais le surnom de bossus.
Quant à celui de chiens, voici ce qu’en dit dom Peluche dans un numéro du Mercure (mai 1735) :
C’est à Mathieu Paris que nous devons recourir pour trouver ce que nous cherchons. Cet écrivain, qui mourut en 1259, marque dans la vie de Henri III, roi d’Angleterre, qu’en l’an 1251, pendant la captivité du roi saint Louis, les pastoureaux, étant arrivés à Orléans, prirent querelle avec quelques écoliers. Une rixe s’engage et plusieurs personnes furent tuées et notamment du clergé, ce que les Orléanais souffrirent non seulement, mais ce qu’ils semblèrent approuver : pourquoi, ajoute Mathieu Paris, ils méritèrent d’être appelés chiens.
On traitait aussi les Orléanais de luniers ou lunatiques, ainsi qu’il appert dans ce vieux dicton : « Il est de l’abbaye des luniers d’Orléans. » Les Orléanaises, devenues aujourd’hui fort dévotes, avaient autrefois une réputation des plus équivoques, s’il faut s’en rapporter aux adages du XVIe siècle :
Qui n’a couché à Orléans ne scait que c’est de femme.
À Orléans la broche est rompue et la femme a emporté la clef.
Elles pouvaient d’ailleurs être aussi dévotes qu’aujourd’hui sans que cela enlevât en rien leur renom d’amoureuses, car suivant l’antique dicton :
Femme folle à la messe
Est molle à la fesse.
Partageux
Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des paysans de la banlieue.
France, 1907 : Nom donné par les paysans aux républicains.
Ainsi fit jadis Bonaparte quand il préparait son coup d’État. Tandis qu’il affichait, pour séduire les ouvriers des grandes villes, des tendances socialistes, les comités qui recevaient ses instigations faisaient répandre à profusion par les campagnes de petits livres haineux prêchant aux paysans l’horreur et l’effroi des partageux.
(Marcel Sembat, Le Souverain)
Voici comment l’on entend d’ordinaire le partage. Un Parisien disait à un vieux paysan : « Comment, voilà que vous devenez partageux ? Mais vous ne savez donc pas que le jour où l’on mettrait tout en commun, vous n’auriez pas cent écus pour votre part ?
— Eh ben ?… avec ce que j’ai déjà ! »
(Dr Grégoire, Turlulaines)
Père la Violette
Rigaud, 1881 : Napoléon Ier.
France, 1907 : Nom donné par les bonapartistes à l’empereur pendant la Restauration, à cause de cette fleur adoptée par Napoléon.
Père la Violette (le)
Delvau, 1866 : L’empereur Napoléon Ier, — dans l’argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l’époque où mademoiselle Mars était forcée d’arracher une guirlande de violettes qu’elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.
Picotin
Delvau, 1866 : s. m. Déjeuner ou souper, — dans l’argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval. Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck). Gagner son picotin. Travailler avec courage.
France, 1907 : Le devoir qu’on rend aux dames. Vieille expression.
Un gentilhomme grand seigneur, ayant été absent de sa maison pour quelque temps, print le loisir de venir voir sa femme, laquelle estoit jeune, belle et en bon poinct. Et pour y être plus tôt, print la poste environ deux journées de la maison ; là où il arriva sus le tard, et lorsque sa femme estoit couchée, se met auprès d’elle. Incontinent elle fust esveillée, bien joyeuse d’avoir compagnie, s’attendant qu’elle auroit son petit picotin…
(Bonaventure des Perriers, Contes et Nouvelles)
Je trouvais Guillot Martin
Avecque sa nièce Sabine
Qui vouloit pour son butin
Son beau petit picotin,
Non pas d’orge ni d’avoine.
(Clément Marot)
France, 1907 : Repas. Avoir son picotin, gagner son picotin. Argot des ouvriers : du las batin picotinus, petite mesure, suivant Ménage, ou, suivant Charles Nisard, de picoter, piquer à coups redoublés comme fait la volaille qui mange le grain :
Une poule sur un mur
Qui picotait du pain dur,
Picoti
Picota
Trousse la couette
Et puis s’en va.
Pose (être à la)
Fustier, 1889 : Afficher de grandes manières, des prétentions de grand seigneur.
Elle est bonapartiste, la famille à papa ; c’est pas à la pose du tout.
(Vie parisienne, 1882)
Pucelle de Marolles
France, 1907 : Fille de mœurs légères ; vieille expression. Le Marolles dont il est ici question n’est pas le Marolles célèbre par ses fromages, mais un bourg sur la Sambre, près de Landrecies, où se trouvait une grande abbaye de bénédictins. Ces bons moines, grands chasseurs de fauvettes, dépucelaient, parait-il toutes les filles du voisinage, d’où le dicton :
Pucelles qui viennent de Marolle
On les prend à tour de rolle.
Dans ses Contes et Nouvelles, Bonaventure Desperriers, parlant de trois sœurs qui ont vu le loup avant leurs noces, s’exprime ainsi : « Les licts se font, les trois pucelles de Marolles se couchent et les marys après. »
Punaise
d’Hautel, 1808 : Plat comme une punaise. Se dit de celui qui a le ventre creux ; et d’un lâche, d’un poltron, d’un homme bas, flatteur et rampant.
Vidocq, 1837 : s. f. — Femme de mauvais ton, fille publique du dernier rang.
Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie. — J’aurais cru ce mot moderne dans cette acception : je l’ai retrouvé dans une épigramme de Sygognes :
Lise, cette insigne punaise,
Me fait montre de ses ducats,
Et c’est afin que je là baise :
Mais qu’elle ne l’espère pas.
Une cocotte arrête une voiture, monte dedans, et dit au cocher d’une voix de duchesse : « Cocher, au bois ! » — « Au bois de lit, punaise ! » crie un voyou !
(A. Delvau)
Delvau, 1866 : s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante de méchanceté, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il se sert là de l’expression même employée par le prince des poètes latins : Cimex, dit Horace.
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs, — dans l’argot des gens de lettres. Encore une punaise dans le beurre ! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d’un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables, — comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari !). La soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné ; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
Delvau, 1866 : s. f. Fleur de lit, — dans l’argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.
Rigaud, 1881 : Sale femme ; sale fille publique.
La Rue, 1894 : Femme acariâtre. Basse prostituée. Lentille.
Virmaître, 1894 : Cette expression date de 1862 ; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.
— Au Bois, lui dit-elle.
— Au bois de lit, punaise, fait le gamin.
Le mot est resté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Méchante femme.
Hayard, 1907 : Femme publique.
France, 1907 : Femme hargneuse, sale et méchante ; argot populaire.
France, 1907 : Fille ou femme de mauvaise vie. « Punaise dans le beurre. » Se dit d’une fille qui de l’asphalte monte sur les planches.
Cette expression, dit Alfred Delvau, sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre ; la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné : mais de public, habituée aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
France, 1907 : Nom que les républicains et bonapartistes donnaient à fleur de lis emblème royaliste et que le roi Louis XVIII avait rapportée de Gand avec la charte et mise partout jusque sur les boutons des collégiens.
Râble
d’Hautel, 1808 : Il a le râble épais. Se dit par railleries en parlant d’un homme vigoureux et robuste ; d’un butor, d’un grossier personnage.
France, 1907 : Dos. Se mettre sur le râble, se mettre sur le dos, endosser, prendre la responsabilité d’une chose. Se mettre quelqu’un sur de râble, se faire un ennemi.
Ça ne faisait pas la balle de Bonaparte. Le grand bandit, voulant serrer fortement la vis au populo, rétablit tout ce qu’il put de l’ancien régime. Turellement, les ratichons furent remis en place et, comme leur garce de religion ne pouvait pas faire bon ménage avec les décades, le calendrier esclave nous fut à nouveau collé sur le râble.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Ratapoil
Delvau, 1866 : s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l’empereur Napoléon.
Rigaud, 1881 : Type du vieux soldat du premier Empire. — Vieux soldat qui a conservé le culte des Napoléon et perdu, le plus souvent, au moins un membre.
France, 1907 : Sobriquet donné par les républicains aux bonapartistes, et qui date de 1850, au moment où l’on entreprit la campagne contre Louis-Napoléon.
Supposant, vraisemblablement à tort, que le général Cavaignac voulut faire arrêter le prince Louis, ils organisèrent une garde qui devait, jour et nuit, veiller aux abords de l’hôtel du Rhin. Les journaux du temps publièrent les noms et les adresses des miliciens de cette nouvelle garde impériale qui, fusionnées avec le Comité central bonapartiste, fut le noyau de la Société du 10 décembre que les républicains flétrissaient du nom, assez bien trouvé, de Ratapoils.
(Jules Richard, Comment on a restauré l’Empire)
Sans-culotte
Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.
France, 1907 : Sobriquet donné aux républicains de 93, la plupart vêtus de haillons. La sans-culotterie est l’opinion des sans-culottes et le sans-culottisme le nom de leur parti.
Discussion politique dans le salon de la marquise de R…
— Vraiment, mon cher député, on ne peut pas vous prendre au sérieux comme homme politique… Je vous ai connu bonapartiste, puis républicain modéré. Maintenant vous êtes monarchiste. Je ne désespère pas de vous voir un jour sans-culotte.
— Cela dépend de vous, Madame la marquise, et dès que vous voudrez bien me le permettre…
(Gil Blas)
Séidisme
France, 1907 : Attachement exagéré pour une personne.
J’ai un conseil à te donner, c’est de te défier de ton enthousiasme pour les hommes qui parviennent vite et surtout pour Bonaparte. Tel que je te connais, tu serais un séide, et il faut se garantir du séidisme quand on est Français, c’est-à-dire très susceptible d’être atteint de ce mal contagieux. C’est une chose merveilleuse que la quantité de petits et de grands tyrans qu’il a produits.
(Alfred de Vigny, Grandeur et servitude militaires)
Tarte bourbonnaise
Delvau, 1866 : s. f. Résultat du verbe alvum deponere, — dans l’argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale. Il a pour excuse l’exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap. XVI).
France, 1907 : Un étron. Vieille expression que l’on trouve dans Rabelais et Bonaventure Despériers.
Et ne failloit point à vous porter le pauvre Saint Chelant en un fossé, où en quelque tarte bourbonnaise…
(Contes et joyeux devis de Bonaventure Despériers)
Un jour que l’on avait assigné à tous les théologiens de se trouver en Sorbonne, il feit une tartre bourbonnoise, composée de force de ails, de galbanum, de assa fœtida, de castoreum, d’estroncs touts chaulds, et la détrempit en sanies de bosses chancreuses, et de fort bon matin en graissa et oignit tout le treillis de Sorbonne, en sorte que le diable n’y eust pas duré.
(Rabelais, Pantagruel)
Dans le Centre l’on appelle tartes bourbonnaises certains mauvais pas où les chevaux enfoncent jusqu’au poitrail.
Tortillé
Rigaud, 1881 : Gauche, maladroit. Espèce de tortillé.
France, 1907 : Mort.
Comme les Européens y crèvent à mouche que veux-tu ? je suis surpris que le Gabonais Lafargue n’ait pas pensé à cette île plus qu’insalubre pour y envoyer les relégués de Casimir y finir promptement leurs jours. Ce pays pestilentiel est tout indiqué pour qu’on y expédie les Jean Grave, les Sébastien Faure, les Félix Fénéon et, en général, tous les écrivains indépendants, y faire une cure de vomito negro. C’est tout à fait précieux. On y est tortillé en deux heures.
(Henri Rochefort)
Ultra
Larchey, 1865 : Homme voulant au-delà (ultrà) de ce que désire son parti.
Ces royalistes surnommés ultras par l’opposition.
(Balzac)
Je crois qu’il faut user d’indulgence pour les ultras.
(C. Desmoulins, 1790)
Ultrà est souvent une abréviation de Ultra montain et signifie dévoué au parti papal, dont le siège est hors de la France, au-delà des Apennins ultrà montes.
Delvau, 1866 : s. m. Royaliste, — dans l’argot des libéraux. Libéral, — dans l’argot des royalistes. Bonapartiste, — dans l’argot des conservateurs.
France, 1907 : Royaliste.
On se rencontre tous les jours à la Régence au Procope : une demi-tasse, on bavarde. Et nous nous payons une promenade la semaine avec un ultra, manière de la couler plus douce, de barboter dans un peu de sang : le sang, ça se fait de plus en plus rare.
(Georges d’Esparbès)
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