Delvau, 1866 : Exclamation populaire, passée dans l’argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui gêne.
À Chaillot !
À la clé
Delvau, 1866 : Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d’orchestre leur dire : « Il y a trois dièzes ou trois bémols à la clé, » et qui ont retenu l’expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi : Il y a des femmes, ou des côtelettes à la clé, signifie simplement : Il y a des femmes, — ou des côtelettes.
France, 1907 : Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d’orchestre leur dire : « Il y a trois dièses ou trois bémols à la clé », et qui ont retenu l’expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi : Il y a des femmes ou des côtelettes à la clé, signifie simplement : Il y a des femmes ou des côtelettes. (A. Delvau)
À la douce
Larchey, 1865 : Doucement.
Comment qu’ça va, vous, à ce matin ? — Mais, merci, à la douce.
(H. Monnier)
On dit quelquefois à la douce, comme les marchands de cerises, par allusion au cri de ce métier (à la douce ! à la douce !).
À poils
Larchey, 1865 : Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière.
Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir.
(1793, Hébert)
M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça.
(Désaugiers)
À tout casser
Delvau, 1866 : Extrêmement, — dans l’argot du peuple.
Abadie
Delvau, 1866 : s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi, avec mépris, parce qu’ils ont remarqué qu’elle se compose de badauds, de gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les oreilles d’une façon démesurée.
Abadis
Vidocq, 1837 : s. f. — Foule, multitude, rassemblement.
Larchey, 1865 : Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes.
Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin.
(Vidocq)
Abajoues
Delvau, 1866 : s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.
France, 1907 : La face, dans l’argot du peuple qui compare volontiers son semblable à un cochon.
Abalourdir
Delvau, 1866 : v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.
France, 1907 : Rendre balourd, gauche, niais.
Abandonner (s’)
Delvau, 1864 : Se livrer complètement à un homme, lui ouvrir bras et cuisses, lui laisser faire tout ce que lui conseillent son amour et sa lubricité.
Ce n’est pas le droit naturel
À fille de s’abandonner.
(Farces et Moralités)
Si ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui se abandonne.
(Rabelais)
Lise, qui partout s’abandonne,
Ne fait qu’en flatter son mari.
(Théophile)
Abat-faim
Delvau, 1866 : s. m. Plat de résistance, — gigot ou roastbeef plantureux.
France, 1907 : Plat de résistance.
Abat-reluit
Delvau, 1866 : s. m. Abat-jour à l’usage des vieillards. Argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Cette expression désigne la visière placée sur la casquette des vieillards ou des gens faibles de la vue pour adoucir l’intensité de la lumière (Argot des voleurs).
France, 1907 : Abat-jour ; argot des voleurs.
Abatis
d’Hautel, 1808 : En style vulgaire, les extrémités supérieures : les mains, les doigts.
On lui a donné sur les abatis. Pour, on l’a corrigé, châtié ; on l’a remis à sa place.
On dit aussi par menace à un enfant mutin qui s’expose à la correction, qu’Il se fera donner sur les abatis.
Larchey, 1865 : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains.
Des pieds qu’on nomme abatis.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. pl. Le pied et la main, — l’homme étant considéré par l’homme, son frère, comme une volaille. Avoir les abatis canailles Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine plébéienne.
Rigaud, 1881 : Pieds, mains et, par extension, les autres membres. S’applique en général aux extrémités grosses et communes. Avoir les abatis canailles.
Tu peux numéroter tes abatis.
(La Caricature du 7 fév. 1880)
Virmaître, 1894 : Les pieds ou les mains. Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé : Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque. Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible : il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Les membres du corps humain.
Abatteur de bois
Delvau, 1864 : Fouteur, — son outil étant considéré comme une cognée, et la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.
Il n’étoit pas grand abatteur de bois, aussi étoit-il toujours cocu.
(Tallemant des Réaux)
Les beaux abatteurs de bois sont, comme les rois et les poètes, des rares aves.
(Baron Wodel)
Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.
(Moyen de parvenir)
Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par cœur.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Je me connais en gens ;
Vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles.
(Régnier)
Abattoir
Halbert, 1849 : Cachot des condamnés.
Delvau, 1866 : s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette, — d’où ils ne sortent que pour être abattus devant la porte de ce Newgate parisien.
Rigaud, 1881 : Cellule des condamnés à mort à la Roquette.
Fustier, 1889 : Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.
Virmaître, 1894 : Lieu où l’on abat les animaux ; les prisonniers ont donné ce nom au cachot des condamnés à mort (Argot des voleurs).
France, 1907 : Cellule à la prison de la Roquette, occupée par les condamnés à mort, d’où ils ne sortent que pour être abattus. Se dit aussi des ateliers malsains où les ouvriers sont maltraités et qui, par le fait, sont de véritables abattoirs d’hommes.
Abattre (en)
Delvau, 1866 : Travailler beaucoup, — dans l’argot des ouvriers et des gens de lettres.
France, 1907 : Travailler beaucoup ; argot des ouvriers et des gens de lettres. J’en ai abattu beaucoup ce matin.
Abbaye
d’Hautel, 1808 : Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas. Proverbe fort usité, et qui veut dire, que pour une seule personne qui manque à une partie de plaisir, les autres ne doivent pas moins s’en divertir pour cela. Cette manière de parier marque l’humeur, le dépit.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Four.
Delvau, 1866 : s. f. Four, — dans l’argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d’années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l’arrivée des ouvriers chaufourniers.
Rigaud, 1881 : Carrière à plâtre, four à plâtre, domicile ordinaire des vagabonds de Paris.
La Rue, 1894 : Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.
France, 1907 : Réduit, briquetterie ou four à chaux dans lequel les voleurs et les vagabonds se réfugient la nuit. Les Buttes-Chaumont étaient jadis une grande Abbaye.
Abbaye de clunis (l’)
Delvau, 1864 : Le cul. — de clunis, fesse, croupe, — une abbaye qui ne chômera jamais faute de moines.
Abbaye de Monte-à-Regret
Bras-de-Fer, 1829 : Guillotine.
Vidocq, 1837 : ou de Monte-à-Rebours, s. f. — Nos romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier Jour d’un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la Guillotine, quoiqu’il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu’il ne s’applique qu’à la potence ou à l’échafaud.
Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas sans éprouver quelques regrets se refermer sur lui les portes massives de l’abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l’espoir n’abandonne qu’au pied de l’échafaud celui qui s’est fait à la vie des prisons et des bagnes ; les portes d’une prison doivent s’ouvrir un jour, on peut s’évader du bagne ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu’il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence l’Abbaye de Monte-à-Regret.
un détenu, 1846 : Échafaud.
Halbert, 1849 : L’échafaud.
Larchey, 1865 : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.
Delvau, 1866 : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.
Rigaud, 1881 : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.
La Rue, 1894 : L’échafaud.
Virmaître, 1894 : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.
Hayard, 1907 : L’échafaud.
France, 1907 : La potence ou l’échafaud.
Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.
(Lorédan Larchey)
Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.
(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné)
Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.
Abbaye de s’offre à tous
Delvau, 1864 : Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel de leur dieu des jardins.
Rigaud, 1881 : Maison de tolérance du temps jadis.
Abbaye des s’offre-à-tous
Delvau, 1866 : s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l’opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.
France, 1907 : Couvent pour les jeunes personnes dénuées d’argent autant que de préjugés.
Abbaye ruffante
Delvau, 1866 : Four chaud, — de rufare, roussir.
La Rue, 1894 : Four chaud.
Abbesse
Delvau, 1864 : Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard : autrement dit Maîtresse de bordel, — le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.
Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux
Te recevra bien mal et te foutra des coups.
(Louis Protat)
Fustier, 1889 : Maîtresse d’une maison de tolérance. On dit plus communément : Madame.
La Rue, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance.
Virmaître, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance. Allusion aux filles qui sont cloîtrées comme dans un couvent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison à gros numéro où les pensionnaires sont cloitrées et reçoivent la visite d’hommes, le plus possible.
France, 1907 : Matrone d’une maison de tolérance qu’on désignait aussi sous le nom de couvent. On dit également mère abbesse, ce que les gens polis appellent comme elles dames de maisons.
Les dames de maisons ne sont, de fait, que des prostituées qui en réunissent d’autres ; si elles n’appartiennent pas à la classe des prostituées lorsqu’elles demandent leur livret, la demande de ce livret équivaut à un véritable enregistrement parmi les prostituées. Si elles allèguent que, pour tenir des prostituées, elles ne se prostituent pas elles-mêmes, quelle garantie peut donner de cette allégation l’état auquel elles se vouent ? Il y a faculté implicite pour elles de tirer parti de leur personne, comme elles le font des femmes qu’elles régissent, sans qu’elles puissent donner aucune garantie du contraire. Tous les peuples civilisés ont, d’un commun accord, placé les prostituées en dehors de la loi commune. Mais quelle est la plus coupable de celle qui se prostitue pour ne pas mourir de faim, ou de celle qui, par calcul, par avarice, prostitue les autres, et emploie pour cela les moyens les plus iniques, les plus immoraux, les plus infâmes, ceux enfin qui répugnent le plus aux règles de ce sentiment intérieur que la nature place dans le cœur de tous les hommes ? Que l’on consulte à cet égard l’opinion du public, et l’on verra que s’il y a une différence entre une dame de maisons et ses tristes victimes dans le mépris qu’il leur porte, l’avantage ne se trouve pas du côté de la première. Or, en cela, comme dans beaucoup d’autres choses, le jugement du public doit être notre règle ; j’ai sondé à ce sujet l’opinion de ceux qui ont étudié ce qui regarde la prostitution et j’ai trouvé dans tous mépris profond pour les dames de maisons, et mépris adouci par la commisération pour les prostituées.
(Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris)
On disait au siècle dernier Appareilleuse (Voir Maquerelle).
Ils furent de là prendre des courtisanes chez une appareilleuse.
(La France galante)
Abcès
Delvau, 1866 : s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel il semble qu’on n’oserait pas donner un coup de poing, — de peur d’une éruption purulente.
On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.
France, 1907 : Argot du peuple. Homme ou femme au visage boursouflé et pustuleux. On donnait ce nom à Mirabeau.
Abeilard
Delvau, 1864 : Nom qu’on donne à tout homme qui se trouve dans le cas de cet abbé, dont il est question dans les Contes d’Eutrapel, lequel en ses jeunes ans « avoit perdu ses deux témoins instrumentaires. »
Abeilardiser
Delvau, 1864 : Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.
D’un colonel vous courtisez la femme ;
Surpris, il vous abeilardisera.
(Pommereul)
Abélardiser
Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.
France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :
D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.
(Pommereul)
Abéquer
Larchey, 1865 : Nourrir. — Abéqueuse : Nourrice (Vidocq). — De l’ancien mot abêcher : donner la becquée. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. a. Nourrir quelqu’un, lui donner la béquée, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un oiseau.
La Rue, 1894 : Nourrir. Abéqueuse, nourrice.
France, 1907 : Nourrir quelqu’un, dans l’argot du peuple. Donner la béquée. Nous avons les vieux mots béquiller, becqueter, pour manger, d’où Tortiller du bec.
Abéqueuse
Delvau, 1866 : s. f. Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Virmaître, 1894 : Maîtresse d’hôtel ou nourrice : elles donnent la becquée. Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant. Ce vol nécessite trois personnages : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profilant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne d’une impatience très vive.
— Te tairas-tu, lui dit-elle ; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Abigotir (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. Devenir bigot, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d’autres endroits, — moins respectables. Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.
Abloquer ou abloquir
Delvau, 1866 : v. n. Acheter, — dans l’argot des voleurs, qui n’achètent cependant presque jamais, excepté en bloc, à l’étalage des marchands.
Abloquir
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Acheter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Acheter à prix d’argent ; se dit aussi pour acquérir.
Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Acheter.
Larchey, 1865 : Acheter en bloc (Vidocq). — Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.
Abominer
Delvau, 1866 : v. a. Avoir de l’aversion pour quelque chose et de l’antipathie pour quelqu’un. — ce que dit clairement l’étymologie de ce mot : ab, hors de, et omen, d’omentum, estomac. Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.
France, 1907 : Détester ; argot du peuple. Vieux mot ; de ab, hors, et omentum, estomac.
Abonné au guignon (être)
Delvau, 1866 : Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.
Aboucher (s’)
d’Hautel, 1808 : Conférer avec quelqu’un, chercher à s’arranger avec lui, à dessein de terminer un différend à l’amiable ; parlementer.
Delvau, 1864 : Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied — à moelle — dedans.
On veut chercher
À s’aboucher.
(Collé)
Abouler
Bras-de-Fer, 1829 : Compter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.
Clémens, 1840 : Venir de suite.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.
Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.
Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.
(Labiche)
Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :
Mais quant aux biscuits, aboulez.
(Balzac)
Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.
Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.
Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.
Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.
(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)
Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.
La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.
Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.
— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.
On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Donner.
Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.
Hayard, 1907 : Donner, à regret.
France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »
Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.
(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)
Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.
(Curiosité de l’étymologie française)
Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.
Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.
(Richepin, La Chanson des Gueux)
Il signifie également accoucher. — Voir Affouler
Abouler de braise
Delvau, 1864 : Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir qu’elle va vous donner — avec la vérole ou la chaude-pisse.
Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu d’en recevoir.
(Lemercier de Neuville)
— Ange ! murmurai-je, plein d’aise
Comme un amoureux innocent.
— Il faut abouler de la braise,
Me dit-elle en me repoussant.
(A. Delvau)
Aboyeur
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, nom que l’on donne aux crieurs des rues, et généralement à ces hommes qui n’ont sans cesse à la bouche que des injures et des obscénités. Ce mot servoit aussi, pendant la révolution, à désigner les esprits exaspérés que les chefs de parti mettoient en ayant, pour exciter le peuple à l’insubordination et à la révolte.
Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui dans une prison est chargé d’appeler les prisonniers demandés au parloir.
Delvau, 1866 : s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.
Rigaud, 1881 : Employé chargé, dans une prison, d’appeler les prisonniers au parloir. — Individu qui crie des imprimés dans les rues. — Crieur dans les ventes publiques, dans les bals de barrière, devant la porte de certains bazars. À l’Hôtel Drouot, le célèbre Jean, de grimaçante mémoire, est resté comme le type du parfait aboyeur. — Dans les réunions publiques, les aboyeurs sont ceux qui empêchent par leurs cris l’orateur de parler ou de continuer.
(Le Sublime)
La Rue, 1894 : Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.
Virmaître, 1894 : Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction. Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Détenu chargé d’appeler par un acoustique les prisonniers qui sont dans la salle commune du dépôt, pour aller soit au greffe, soit à l’instruction.
France, 1907 : Crieur, qui se tient aux portes des ventes publiques ou privées, ou devant les théâtres forains pour appeler les clients. On nomme également ainsi les journalistes qui aboient constamment dans la presse contre les hommes publics ou les personnalités en vue.
Abracadabra
d’Hautel, 1808 : Ce mot, qui vient du grec abrax ou abraxa, servoit à former une figure superstitieuse à laquelle les anciens attribuoient une grande efficacité pour guérir toute espèce de maladies. Cette figure est encore en vénération dans les campagnes ; les villageois l’attachent an cou de leurs enfans, et la regardent comme un souverain préservatif.
Voici la disposition que l’on donne aux caractères de ce mot magique.
A B R A C A D A B R A
A B R A C A D A B R
A B R A C A D A B
A B R A C A D A
A B R A C A D
A B R A C A
A B R A C
A B R A
A B R
A B
A
Delvau, 1866 : adv. D’une manière bizarre, décousue, folle, — dans l’argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l’écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu’ils pliaient de manière à cacher l’écriture ; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d’amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l’ouvrir. Le charme qu’on attachait à ce petit papier opérait alors, — ou n’opérait pas.
Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.
Abracadabrant, -e
Delvau, 1866 : adj. Étonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’abracadabra du Romantisme.
Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Écrivez, sorcières,
Abracadabra !
dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat. Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu’on l’ait raillé en en faisant un adjectif, — sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.
Abreuvoir
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, — d’où l’on sort plus altéré qu’on n’y est entré. D’où l’expression proverbiale : Un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, pour dire : Un ivrogne n’a pas besoin d’y être invité pour aller au cabaret.
Virmaître, 1894 : La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte. Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogne : As-tu assez abreuvé ton cochon ? (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret. On dit aussi et avec plus juste raison Assommoir. C’était primitivement le nom d’un cabaret de Belleville.
Abricot de la jardinière (l’)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, — qu’elle soit jardinière ou princesse.
Abricot fendu
Delvau, 1864 : La nature de la femme, qui ressemble, en effet, à ce fruit, — ce qui permet de supposer, vu l’absence de toutes preuves contraires, que le Paradis terrestre était un immense abricotier.
Abruti
Delvau, 1866 : s. m. Élève assidu, acharné à l’étude, — dans l’argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.
France, 1907 : Élève assidu qui s’abrutit dans l’étude ; argot des écoles.
Abs
Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd’hui d’un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne : abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu’elles n’aient pas le temps de prononcer les mots entiers.
Rigaud, 1881 : Absinthe, par apocope. — À son lit de mort, un vieil ivrogne, frappé de paralysie, démenait sa bouche en d’affreuses grimaces, pour arriver à expectorer de minute en minute une série de abs, abs désespérés. On crut qu’il demandait l’absolution, et on lui dépêcha un prêtre. À cette vue, la paralysie semble battre en retraite, tout le monde croit qu’un miracle va s’opérer… Le vieux biberon a poussé un grand cri, il se lève sur son séant et, par un suprême effort du gosier, il lâche un formidable « N. D. D. l’absinthe ! » retombe sur l’oreiller et meurt. C’était de l’absinthe qu’il demandait.
Absinthage
Delvau, 1866 : s. m. Action de boire l’absinthe, ou de la faire.
Rigaud, 1881 : Habitude de boire de l’absinthe. Cultiver l’absinthage, se livrer à l’absinthage.
Absinthe (faire son)
Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »
Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?
Absinthe (heure de l’)
Delvau, 1866 : Le moment de la journée où les Parisiens boivent de l’absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C’est de quatre à six heures.
Absinthe (l’heure de l’)
Rigaud, 1881 : Avant dîner, entre quatre et cinq heures. Heure à laquelle on se rend au café pour prendre des apéritifs. Tel donne rendez-vous à un ami, à l’heure de l’absinthe, qui n’a jamais pris d’absinthe de sa vie. Dans les cafés littéraires, c’est l’heure où l’on a coutume de se réunir pour prendre langue.
(Elle) est d’éclosion toute récente ; elle date de l’épanouissement et de la splendeur de la petite presse. L’heure de l’absinthe est la résultante logique des échos de Paris et de la chronique.
(J. Guillemot, Le Bohème, 1868)
C’était le temps où le timbre des pendules a commencé à sonner cette heure particulière, qui en dure deux ou trois, et qu’on a appelée l’heure de l’absinthe.
(Maxime Rude)
Absinther (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’adonner à l’absinthe, faire sa boisson favorite de ce poison.
Rigaud, 1881 : Boire de l’absinthe.
Absintheur
Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’absinthe.
Rigaud, 1881 : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.
France, 1907 : Buveur d’absinthe.
Entre officiers de différents grades, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.
(Hector France, L’armée de John Bull)
On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.
Absinthier
Delvau, 1866 : s. m. Débitant d’absinthe, c’est-à-dire de poison.
France, 1907 : Débitant d’absinthe.
Absorber
Delvau, 1866 : v. n. et a. Manger ou boire abondamment.
Absorption
Larchey, 1865 : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.
Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de La Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.
France, 1907 : On appelle ainsi un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais-Royal, le jour de la rentrée des anciens.
Abuser d’une femme
Delvau, 1864 : En jouir charnellement, soit de gré, soit de force, — mais le plus souvent de gré, les femmes se plaisant à être ainsi abusées.
Vous êtes un infâme, vous avez lâchement abusé de moi pendant mon sommeil… — Vous m’en voulez donc ?… — Oui, parce qu’il fallait attendre que je fusse réveillée.
(Baron Wodel)
Acabit de la bête
Delvau, 1866 : s. m. Bonne ou mauvaise qualité d’une chose ou d’une personne. Argot du peuple. Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d’une excellente santé.
Académie d’amour
Delvau, 1864 : Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus — et de Mercure : en bon français, Bordel. — Le mot se trouve dans le Francion de Ch. Sorel et dans les Aventures burlesques de Dassoucy.
Allons-nous à l’Académie, se soir ? — Non, je ne suis pas en queue.
(J. Le Vallois)
Acagnarder (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.
France, 1907 : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »
Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.
(Camille Lemonnier)
Acalifourchonner (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se mettre à califourchon sur n’importe quoi, dans l’argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac écrivait.
Accent
Accentuer ses gestes
Delvau, 1866 : v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing, — ce qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l’accent tonique.
Accessoires
Delvau, 1866 : s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène ; tous les objets dont l’usage est nécessaire à l’action d’une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu’à la croix de ma mère. Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d’accessoires, un poulet d’accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.
Virmaître, 1894 : Objets de théâtre. Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens : accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.
Accident
d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.
Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.
(Collé)
France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?
Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?
(« Germinal », Mot d’Ordre)
Accident féminin
Delvau, 1864 : Avoir ses règles. Événement prévu qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.
Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée ; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin ; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.
(A. de Nerciat)
Accointances (avoir des)
Delvau, 1864 : Commercer charnellement avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.
Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou avec son laquais.
(A. Lireux)
De quelque valet l’accointance
Serait-ce bien votre désir ?
(Théophile)
C’est qu’à l’ombre des crucifix,
Souvent faites filles ou fils,
En accointant les belles-mères.
(G. Coquillart)
Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi renforcé.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Accolade
Delvau, 1864 : Baiser qui engendre l’envie de baiser, — à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.
Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans il dit son introït.
(Piron)
Delvau, 1866 : s. f. C’était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l’homme qu’on ordonnait chevalier ; c’est aujourd’hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n’importe quelle joue.
Accoler
d’Hautel, 1808 : Accoler la cuisse. Accoler la botte à quelqu’un. Pour dire lui embrasser la cuisse.
On ne se sert de cette locution qu’en mauvaise part, et pour tourner en ridicule les témoignages affectés d’amitié, de joie ou de soumission d’un subalterne envers son supérieur.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, — dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.
Quand le jeune et charmant champion
Accola la charmante Armide,
Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.
(B. de Maurice)
C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.
(Moyen de parvenir)
Accommoder quelqu’un à la sauce piquante
Delvau, 1866 : v. a. Se moquer de lui, — et même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.
Rigaud, 1881 : Relever les ridicules de quelqu’un avec le filet de vinaigre de la parole, comme les cuisinières relèvent une sauce avec un filet de vinaigre plus ou moins d’Orléans. Déjà au XVIIIe siècle, accommoder avait le sens de maltraiter. — Je l’ai pas mal accommodé à la sauce piquante. — Ça ne m’étonne pas, il est assez cornichon pour ça.
Accommoder quelqu’un au beurre noir
Delvau, 1866 : v. a. Lui pocher les yeux à coups de poing.
Accommoder une femme
Delvau, 1864 : La baiser convenablement de manière qu’elle ne réclame pas — à moins qu’elle ne soit trop gourmande.
Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode de toutes pièces.
(D’Ouville)
Accomplir son désir
Delvau, 1864 : Faire l’acte copulatif, qui est et sera l’éternelle desiderium de l’humanité — mâle et femelle.
Il disait à ses gens de la tenir par les bras, tandis que Robin accompliroit son désir.
(Ch. Sorel)
Accordéon
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau Gibus, — dans l’argot des faubouriens, par allusion au soufflet placé à l’intérieur de ce chapeau. Se dit aussi d’un chapeau ordinaire sur lequel on s’est assis par mégarde.
Rigaud, 1881 : Chapeau à claque, chapeau sur lequel on s’est assis avec ou sans intention.
T’es pas un frère ! tu m’as mis mon chapeau en forme d’accordéon.
(Le Triboulet du 22 fév. 1880)
France, 1907 : Chapeau gibus.
Accorder sa flûte
Delvau, 1864 : Se préparer à l’acte vénérien ; bander, — la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.
Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.
(Durand)
Mais Jeannot plus se délectait
D’accorder sa flûte avec elle.
(Théophile)
Accorder ses faveurs
Delvau, 1864 : Se dit d’une femme qui ouvre son cœur, ses bras et ses cuisses à un homme pour qu’il use et abuse de cette ouverture.
Ne sera-ce qu’une déclaration de sentiment ? Faudrait-il lui accorder les faveurs ?
(La Popelinière)
Accoucher
d’Hautel, 1808 : Il est enfin accouché de cet ouvrage. Se dit par ironie de quelqu’un qui a mis un temps considérable à faire une chose qui n’offroit aucune difficulté.
Accouche-donc. Manière impérieuse et piquante de dire à un homme qui bégaye, à un bavard dont l’entretien ennuie, d’en venir promptement au fait.
Delvau, 1866 : v. n. Avouer, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Se décider à parler. — Mettre au monde une œuvre d’art, souvent d’autant plus mauvaise que l’accouchement a été plus laborieux.
La Rue, 1894 : Avouer à la Justice.
Virmaître, 1894 : Avouer, parler. Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le « cuisiner » lui disent : Accouche donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Avouer. — Un individu accouche lorsqu’on lui fait avouer une chose qu’il ne voulait pas dire.
Hayard, 1907 : Avouer.
France, 1907 : Avouer, se décider à faire une chose pénible ; argot populaire.
Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve quelquefois à s’exprimer ?
(Charles Nisard)
Accoucher de quelque chose
Delvau, 1866 : Divulguer un secret ; faire paraître un livre ; prendre un parti.
Accouffler (s’)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’accroupir, s’asseoir sur les talons, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l’on appelle couffles des balles de coton, sièges improvisés. On dit aussi s’accrouer.
Accouplement (l’)
Delvau, 1864 : L’acte copulatif, qui accouple souvent un jeune homme avec une vieille femme, un vieillard avec une jeune fille, un libertin avec une presque pucelle, une bête avec un homme d’esprit.
À tout prix je voulus la renvoyer chez elle ;
Mais elle résista, — ce fut mon châtiment,
Et jusqu’au rayon bleu de l’aurore nouvelle,
J’ai dû subir l’horreur de notre accouplement.
(Henri Murger)
Accoupler (s’)
Delvau, 1864 : Faire l’œuvre de chair, qui consiste dans une conjonction de deux créatures de sexes différents.
Il en est de certaine hommes comme des animaux ; ils n’aiment pas, ils s’accouplent aux femmes, qui pour eux ne sont que des femelles.
(Baron Wodel)
Accroc au mariage (faire un)
Delvau, 1864 : Faire son mari cocu ; donner une rivale à sa femme.
Mais quand tu s’ras dans ton ménage,
Faut pas pour ça t’ priver d’amant,
Car les accrocs faits au mariage,
C’est du nanan.
(É. Debraux)
Accroche-cœurs
Vidocq, 1837 : s. m. — Favoris.
Delvau, 1864 : Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.
Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.
(Louis Festeau)
Larchey, 1865 : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.
Rigaud, 1881 : Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.
France, 1907 : Petite mèche de cheveux formant boucle sur les tempes, autrefois fort à la mode chez les Espagnoles. On appelle également ainsi les touffes plus grossières que ramenaient au-dessus des oreilles les jeunes souteneurs et plus vulgairement appelées rouflaquettes.
Accrocher
d’Hautel, 1808 : Il est accroché à un clou par terre. Facétie, pour dire qu’un objet quelconque que l’on croyoit avoir bien rangé, est tombé et traîne à terre.
Il a été accroché à la lanterne. Terme révolutionnaire ; pour, on l’a pendu à la lanterne.
Il s’est laissé accrocher en chemin. Pour, il s’est laissé entrainer à une partie de plaisir sur laquelle il ne comptoit nullement.
Cette affaire est accrochée. C’est-à-dire, retardée, suspendue par quelqu’opposition.
Belle fille et méchante robe trouvent toujours qui l’accroche.
S’accrocher. Se battre, se prendre aux cheveux, à la manière des porte-faix.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.
Et elle rit quand on parle d’accrocher.
(Moyen de parvenir)
Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.
(Em. Durand)
Larchey, 1865 : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.
Ah ! les biblots sont accrochés.
(De Montépin)
Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.
S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.
Delvau, 1866 : v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.
La Rue, 1894 : Mettre un objet au Mont-de-Piété.
France, 1907 : Mettre en gage.
Êtes-vous entrés quelquefois dans un de ces nombreux bureaux de prêt qu’on désigne aussi sous le nom de ma tante ? Non. Tant mieux pour vous. Cela prouve que vous n’avez jamais eu besoin d’y accrocher vos bibelots et que votre montre n’a jamais retardé de cinquante francs.
(Frérault, La Vie de Paris)
Prendre par ruse. Se dit également pour consigner un soldat, le retenir au quartier.
Acheter une conduite
Delvau, 1864 : Se ranger après avoir été très dérangée par les michés ; épouser un seul homme après avoir été mariée au genre humain.
Les filles qui ont fait des économies en suant le plus possible du con, peuvent seules s’acheter une conduite ; il y a des messieurs qui ne sont pas plus délicats que Vespasien et qui, comme cet empereur, prétendent que l’argent n’a pas d’odeur.
(A. François)
Achetoires
Delvau, 1866 : s. m. pl. Argent, — dans le même argot [des filles].
Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n’a-t-il pas écrit : « Je n’ai pas de gardoire » ? Garder, gardoire ; acheter, achetoires.
Virmaître, 1894 : Monnaie. Cette expression est très usitée dans le peuple. Le père ne travaille pas, tout est au mont-de-piété, pas de feu dans le poêle, l’enfant pleure :
— Maman, maman, j’ai froid, j’ai faim.
— Mon pauvre petit, je n’ai pas d’achetoires (Argot du peuple).
Achever un homme
Delvau, 1864 : Le sucer, ou le branler, ou le faire piner tellement, dans la même soirée, qu’il tombe épuisé sur le flanc comme un lapin. — Les anciens avaient le même verbe ; ils disaient, soit : peragere viros ; soit : ex haurire crebro concubitu.
Tu l’as éreinté, ton homme ; encore un coup, et tu l’achèveras.
(Lemercier de Neuville)
Acœurer
Delvau, 1866 : v. a. Accommoder, arranger de bon cœur. Argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Y aller de bon cœur. Assommer un individu, l’accommoder à la sauce pavé, le frapper avec entrain (Argot des voleurs).
France, 1907 : Faire un chose de bon cœur, s’accommoder avec quelqu’un ; argot des voleurs.
Acrée donc !
Delvau, 1866 : Cette interjection, qui signifie « Tais-toi ! » se jette à voix basse pour avertir qu’un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc !
France, 1907 : Tais-toi.
Acrée ou acrie
Delvau, 1866 : s. f. Méfiance, cousine germaine de l’acrimonie. Même argot [des voleurs].
Acte
Delvau, 1864 : Coup tiré avec une femme, — par allusion sans doute à la chemise qu’on lève et qu’on abaisse, comme le rideau d’un théâtre, avant et après chaque acte. Plus il y a d’actes, plus le vaudeville amuse la femme — qui se garde bien de siffler.
Quand nous en arriverons à l’acte, je te prouverai, carogne, que les petits en ont plus gros que les grands.
(Em. Durand)
Actéoniser
Delvau, 1864 : Tromper son mari.
Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.
(Les Caquets de l’accouchée)
France, 1907 : Tromper son mari, à cause des cornes qui poussèrent à Actéon, changer en cerf lorsqu’il surprit Diane au bain. Vieux style.
Une marchande qui, dès le lendemain de ses noces, a actéonisé son mari.
(Les Caquets de l’accouchée)
— Vous me voyez très inquiète, ma chère Mathilde… mon mari a des migraines affreuses… il souffre comme si son front allait éclater…
— Rassurez-vous, j’ai été marée deux fois et je connais cette maladie… c’est le bois qui travaille !
Acteur (l’)
Delvau, 1864 : L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour titre : La Fouterie.
Lui, un acteur ! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est usé en jouant avec des drôlesses.
(Léon Sermet)
À peine fut cette scène achevée.
Que l’autre acteur par sa prompte arrivée,
Jeta la dame en quelque étonnement.
(La Fontaine)
Acteur-guitare
Delvau, 1866 : s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et n’obtient d’applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.
France, 1907 : Acteur qui donne toujours la même note, qui n’a qu’une corde à son arc.
Action (l’)
Delvau, 1864 : Le jeu de la pine et du con, — qui est l’action par excellence.
Arrivons tout de suite à l’action, veux-tu ?
(La Popelinière)
Et puis l’action ordinaire
Est si sale après la façon.
(Théophile)
Action fréquente (l’)
Delvau, 1864 : La fouterie, qui est la chose que l’on fait le plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.
Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera.
(Mililot)
Action honteuse (l’)
Delvau, 1864 : La fouterie, dont rougissent le plus en public les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.
L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme…
(Mililot)
Actionnaire
Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule et simple, qui s’imagine que tout ce qu’on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu’on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.
France, 1907 : Homme crédule et facile à duper comme quantité d’actionnaires, ceux du Panama par exemple ; argot des journalistes, qui prêtent trop souvent la main à cette sale besogne qui, d’après les récents scandales, rapporte gros.
Addition
Larchey, 1865 : Carte à payer.
C’est l’addition même de l’un de ces repas-là.
(Delvau)
Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.
Rigaud, 1881 : Carte à payer chez le restaurateur, le total des objets de consommation.
Les gens qui suivent les modes disent l’addition.
(Eug. Wœstyn, Physiologie du dîneur)
On n’a jamais souffert que le mot addition fût prononcé au Café de Paris. C’est ce que les gens bien élevés appellent la carte.
(Nestor Roqueplan, Parisine)
Malgré l’indignation de Nestor Roqueplan, le mot addition a prévalu ; il est généralement employé par quatre-vingt-dix-neuf consommateurs sur cent.
Adjectiver quelqu’un
Delvau, 1866 : v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.
France, 1907 : Lui lancer des injures.
Administrer une douche
Delvau, 1864 : Faire pleuvoir le sperme dans le cul brûlant de la femme, — cette adorable folle dont nous sommes tous fous.
Le dieu des jardins en ce lieu
Une heureuse douche administre.
(Le Cabinet satyrique)
Je lui administrai une douche qui l’inonda et la fit crier comme à Panurge : Je naye, je naye, je naye !
(Baron Wodel)
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