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Anglais

Clémens, 1840 : Créancier.

Delvau, 1864 : Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.

(Watripon)

Larchey, 1865 : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.

Assure-toi que ce n’est point un anglais.

(Montépin)

Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.

(Crétin)

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.

Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.

(Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851)

Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.

Delvau, 1866 : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

Rigaud, 1881 : Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.

Rigaud, 1881 : Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.

Fustier, 1889 : Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

Virmaître, 1894 : Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Créancier.

Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.

France, 1907 : Ce nom est employé dans le sens de créancier. Est-ce parce que, comme le dit Alfred Delvau, tout individu à qui l’on doit est considéré comme un ennemi ? Ce serait alors un signe de la vieille haine contre nos voisins d’Outre-Manche, haine d’ailleurs partagée par eux, car le mot remonte fort loin. Suivant Pasquier, il viendrait des réclamations continuelles des Anglais qui prétendaient que la rançon du roi Jean fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356, et fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny, n’avait pas été entièrement payée. Oudin, dans ses Curiositez françoises cite ce proverbe : « Il y a des Anglois dans cette rue, je n’y veux pas aller », c’est-à-dire des créanciers. Enfin on trouve dans Clément Marot :

Oncques ne vis Anglois de votre taille,
Car a tout coup, vous criez baille, baille !

— Menstrues, argot des filles ; allusion à la couleur de l’uniforme des fantassins anglais qui ont, à l’inverse des nôtres, la tunique rouge et le pantalon bleu : Les Anglais ont débarqué, les menstrues sont venues.

Brindezingues (être dans les)

Larchey, 1865 : Être ivre. Mot à mot : avoir trop bu à la santé des autres.

Tiens, toi, t’es déjà dans les brindezingues.

(Vadé, 1756)

Du vieux mot brinde : toast.

Ces grands hommes firent tant de brindes à vostre santé et à la nostre, qu’ils en pissèrent chacun plus de dix fois.

(Lettre curieuse envoyée au cardinal Mazarin par ses nièces. — Paris, 1651)

Delvau, 1866 : Être complètement ivre. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Être ivre ; du vieux mot français brinde, qu’on a remplacé, à tort, par son synonyme anglais toast.

Chaussettes polonaises ou russes

France, 1907 : Bandes de linge dont les pauvres diables et les soldats, faute de chaussettes, s’enveloppent les pieds.

Ils dormaient, les sans logis, à plat sur le sol, la tête, en guise d’oreiller, un peu haussée par leurs souliers. Leurs pieds blessés, leurs pieds d’errants, s’enveloppaient comme dans un bandage avec les croisés de la chaussette polonaise.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Il colla, d’une goutte de suif, une chandelle au bout de sa patience dont il introduisit l’autre extrémité sous la pile des vêtements que contenait sa charge, et ayant enlevé ses bottes à la lueur de ce chandelier improvisé, il commença, assis de côté sur son lit, a déligoter ses chaussettes russes.

(Georges Courteline, Le 51e chasseurs)

Chaussettes russes

Merlin, 1888 : À défaut de chaussettes dont le gouvernement n’a jamais songé à les munir, les troubades s’enveloppent tant bien que mal les pieds de morceaux d’étoffes qu’ils découpent principalement dans leurs vieilles culottes. Ces chiffons prennent le nom pompeux de chaussettes russes ou polonaises : serait-ce une invention des Cosaques, ou simplement un nom donné en raison du…. suif dont elles sont imprégnées et qui, affirmait-on jadis, était un régal pour les soldats moscovites ?

Virmaître, 1894 : Être nu-pieds dans ses souliers (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chiffons dont on s’entortille les pieds en guise de chaussettes. Ce n’est qu’à la rentrée de Crimée en 1851, que j’ai entendu pour la première fois dénommer ces chiffons, dont on faisait à cette époque grand usage dans l’armée, des. chaussettes russes.

Chicard, chicandard, chicocandard, chicancardo

Larchey, 1865 : Très-chic, très remarquable. — V. chocnoso.

On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo.

(Vacherot, Chanson, 1851)

Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde.

(Ed. Lemoine)

Un auteur plus chicocandard.

(Th. Gautier)

Un déjeuner chicocandard.

(Labiche)

Coësré

Vidocq, 1837 : s.m. — À chaque pas que l’on faisait dans l’ancien Paris, on rencontrait des ruelles sales et obscures qui servaient de retraite à tout ce que la capitale renfermait de vagabonds, gens sans aveu, mendians et voleurs. Les habitans nommaient ces réduits Cours des Miracles, parce que ceux des mendians qui en sortaient le matin pâles et estropiés, pour aller par la ville solliciter la charité des bonnes âmes, se trouvaient frais et dispos lorsque le soir ils y rentraient.
Le premier de ces asiles, ou Cours des Miracles, qui soit cité par les auteurs qui ont écrit l’histoire et la monographie de la capitale, est la rue du Sablon, dont aujourd’hui il ne reste plus rien ; cette rue, qui était située près l’Hôtel-Dieu, fut fermée en 1511 à la requête des administrateurs de l’hôpital, « pour qu’elle ne servit plus de retraite aux vagabonds et voleurs qui y menaient une vie honteuse et dissolue. »
Cette rue, dès l’an 1227, servait de retraite à ces sortes de gens. Étienne, doyen de Notre-Dame, et le chapitre de Paris, ne voulurent consentir à l’agrandissement de l’hôpital, qu’à la condition expresse qu’il ne serait point fait de porte à la rue du Sablon, du côté du Petit Pont : « De peur que les voleurs qui s’y réfugiaient ne se sauvassent, par cette rue, chargés de leur butin, et que la maison de Dieu ne servit d’asile à leurs vols et à leurs crimes. »
La rue de la Grande Truanderie, fut, après celle du Sablon, la plus ancienne Cour des Miracles ; son nom lui vient des gueux et fripons, qu’à cette époque on nommait truands, qui l’ont habitée primitivement ; la troisième fut établie, vers l’année 1350, dans la rue des Francs-Bourgeois, au Marais. Ce n’est que lorsque la population des gueux eut pris un certain accroissement, qu’ils se répandirent dans les cours : du roi François, près la rue du Ponceau ; Sainte-Catherine, rue de la Mortellerie ; Brisset, Gentien, Saint-Guillaume, puis enfin, Cour des Miracles. Sauval rapporte que de son temps, les rues Montmartre, de la Jussienne, et circonvoisines, étaient encore habitées par des individus mal famés et de mauvaises mœurs. « La Cour des Miracles, dit-il ailleurs, était encore habitée par plus de cinq cents misérables familles ; on voulut, ajoute-t-il, détruire ce cloaque, mais les maçons qui commençaient leurs travaux furent battus et chassés par les gueux, et l’on ne put rien y faire. »
On est étonné, sans doute, de voir dans une ville comme Paris, une aussi formidable assemblée de fripons, cependant rien n’est plus concevable. La police, à cette époque, n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et s’il faut croire ce que rapporte Louis Vervin, avocat à Paris, dans son ouvrage publié en 1622, intitulé : l’Enfer des Chicaneurs, elle se faisait d’une singulière manière : « Les sergens, dit-il, courent partout pour trouver des coupables, mais s’ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donnent de l’argent. » Ce n’était pas seulement l’incurie de l’administration qui avait donné naissance à la formidable corporation dont le grand Coësré était le chef, le mal avait pris naissance dans l’organisation même de l’État, et dans les événemens du temps. Jusqu’au règne de Louis XI, il n’y eut pas en France d’armée nationale ; le roi avait les archers de sa garde et ses gentilshommes : c’était là tout ; seulement, lorsque la guerre était déclarée, les vassaux de la couronne conduisaient leur contingent au secours du roi, et la campagne terminée, chacun s’en retournait dans ses foyers ; mais les serfs, ou gens de mainmorte, qui avaient acquis dans les camps une certaine expérience, ne se souciaient pas toujours de retourner sur les terres de leurs seigneurs, où ils étaient taillables et corvéables ; ils se débandaient, abandonnaient la bannière, et ceux qui n’allaient pas se joindre aux compagnies franches, qui, à tout prendre, n’étaient en temps de paix que des compagnies de brigands organisés, venaient chercher un asile dans les grandes villes, et principalement dans Paris, où ils se réunissaient aux bohémiens qui y étaient venus en 1427, aux mauvais sujets des universités, aux vagabonds, aux filous, qu’ils ne tardaient pas à imiter. La corporation, par la suite, devint si formidable, qu’elle eut pendant un laps de temps assez long, ses franchises et ses privilèges ; on pouvait bien, lorsqu’on l’avait attrapé, pendre un truand ou un mauvais garçon, mais un archer du guet, à pied ou à cheval, ne se serait pas avisé d’aller le chercher dans une Cour des Miracles, ces lieux étaient des asiles interdits aux profanes, et dont les habitans avaient une organisation pour ainsi dire sanctionnée par la police du temps. Le roi des Argotiers ou de l’Argot, le chef suprême des Courtauds de boutanche, Malingreux, Capons, Narquois, etc., avait une part d’autorité pour le moins aussi belle que celle du prévôt de Paris, part d’autorité que ce dernier avait été, pour ainsi dire, obligé de céder à la force.

Colle

d’Hautel, 1808 : Bourde, mensonge, gasconnade faux-fuyant ; tout ce qui s’écarte de la vraisemblance et de la vérité.
Donner une colle. Faire des contes ; se tirer d’une mauvaise affaire par quelque subterfuge

Delvau, 1864 : Le sperme, liquide visqueux qui sert de ciment romain pour édifier des mariages — souvent peu édifiants.

Con qui va distillant une moiteuse colle.

(Cabinet satyrique)

Mais c’machin s’change en lavette,
Grâce au pouvoir d’la vertu,
Et j’m’en tire quitte et nette
Avec un peu d’colle au cul.

(Parnasse satyrique du XIXe siècle)

Larchey, 1865 : Examen préparatoire.

On est toujours tangent à la colle.

(La Bédollière)

Larchey, 1865 : Mensonge. — Nous trouvons dans la Juliade (1651) :

Pour mieux duper les amoureux, Être adroit à ficher la colle.

Les coquillards de Dijon disaient dès 1455 : faire la colle, pour feindre.

Delvau, 1866 : s. f. Examen préparatoire à un examen véritable, — dans l’argot des Polytechniciens. Être tangent à une colle. Être menacé d’un simulacre d’examen.

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Examen préparatoire, — dans le jargon des écoles.

Rigaud, 1881 : Mensonge. Au XVIIe siècle, on disait ficher la colle pour conter des mensonges. On dit aujourd’hui ficher une colle.

La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, invention. Circonstance atténuante. Punition, Concubinage. Question posée à un candidat pour l’embarrasser.

Virmaître, 1894 : Mensonge. Synonyme de craque.
— Tu penses que l’on ne croit pas à tes craques (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mensonge.

Hayard, 1907 : Mensonge ; (ça) ça va bien.

France, 1907 : Examen préparatoire, appelé ainsi parce que le colleur cherche à coller, c’est-à-dire embarrasser l’élève. On dit dans ce sens : pousser une colle, poser une question embarrassante.

Bien avant d’entrer dans l’école,
Pauvres potaches opprimés,
Fallait déjà passer en colle,
Travailler des cours imprimés.

France, 1907 : Mensonge. Les politiciens vivent de leurs colles et l’on peut leur appliquer à tous ces vers de Jules Jouy :

Quoi qu’il dise, quoi qu’il promette,
Fumist’, telle est sa profession ;
Sa d’vise : « Ot’-toi d’là que j’m’y mette ! »
L’but qu’il poursuit : son ambition.
Ses phrases, de promess’s peu chiches,
Me font rir’ comm’ plusieurs bossus.
Moi, v’là c’que j’pens’ de ses affiches :
D’la coll’ dessous, des coll’s dessus.

France, 1907 : Punition.

La religion de l’amitié ?
Cicéron, dont M. Joseph Reinach a chaussé les cothurnes, a écrit un traité là-dessus. J’en ai gardé un mauvais souvenir de ce traité-là. Ce qu’il m’a valu de pensums et le colles de sorties ! Malgré tout, je l’ai profondément admiré.

(La Nation)

Coucou

Bras-de-Fer, 1829 : Montre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.

Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.

Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.

(Vieille chanson)

Larchey, 1865 : Cocu.

Une simple amourette Rend un mari coucou.

(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)

En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.

France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :

On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !

On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.

France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.

Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.

Décembraillard

Rigaud, 1881 : Partisan du coup d’état du 2 décembre 1851. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.

France, 1907 : Sobriquet donné par les républicains et les monarchistes aux bonapartistes en souvenir du coup d’État de décembre 1851. On dit aussi décembrailleur.

Faire un trou à la lune

Larchey, 1865 : Décamper par un trou à la clarté de la lune.

Mazarin a fait un trou à la lune, comme font ordinairement les larrons.

(Le Ministre fugitif, Paris, 1651)

Delvau, 1866 : Faire faillite, enlever la caisse de son patron et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.

Faute d’un point, Martin perdit son âne

France, 1907 : Martin, prieur de l’abbaye d’Azello, en Italie, voulut faire écrire sur le portail de son monastère cette devise latine :

Porta, patens esto.
Nulli claudaris honesto.

« Porte, sois ouverte. Ne sois jamais fermée à un honnête homme. »
Le peintre facétieux ou maladroit, en inscrivant ces deux phrases, transposa le point et au lieu de le mettre après esto, le plaça après nulli, ce qui leur donnait un tout autre sens :

Porta, patens esto nulli. Claudaris honesto.

« Porte, ne sois ouverte à personne. Sois fermée à l’honnête homme. »
Un cardinal passant par la, et remarquant cette faute à laquelle le prieur n’avait pas pris garde, le taxa d’incivilité ou d’ignorance et lui retira son abbaye. Son successeur fit bien vite rectifier la devise, mais quelque moine plaisant écrivit au-dessous :

Uno pro puncto caruit Martinus Azello.

« Pour un seul point Martin perdit Asello. » Et comme il y a beaucoup de ressemblance entre le nom de l’abbaye et celui de l’âne, asellus, les Français, qui ont la manie d’éstropier tous les noms étrangers, dénaturèrent la phrase, et cette version erronée passa en proverbe.
Les Italiens disent : Per un punto Martino perse la cappa. « Pour un point, Martin perdit la cape. » La cape est le manteau à capuchon que portaient les prieurs et les abbés.
Toute cette histoire est fort jolie, mais si l’on doit en croire Jean Masset, elle est complètement fausse. D’après lui, c’est faute d’un poil qu’il faudrait dire. Je trouve en effet, dans son Exact et facile acheminement à la Langue Françoise (Genève, 1513), l’explication suivante : « Ceux qui disent : Pour un point Martin perdit san asne, ont occasion d’avouer qu’ils ne savent l’origine de ce proverbe. Mais il sera facile à le restituer en son entier, selon qu’il est cy dessus. Le fait est qu’un nommé Martin, ayant perdu son asne à la foire, il arriva que l’on en trouva un autre qui étoit aussi perdu, de sorte que le juge du village étoit d’opinion que l’on rendit à ce Martin l’asne trouvé, mais celui qui l’avait en sa possession et le vouloit faire sien, s’avisa de demander à Martin de quel poil étoit son asne, lequel ayant répondu que l’asne étoit gris, fut débouté de sa demande, d’autant que l’asne était noir ! Ainsi pour n’avoir su dire de quel poil étoit la bête, il donna lieu à ce proverbe. »

Ficher une colle

Larchey, 1865 : Conter un mensonge. — V. Colle.

Pour mieux duper les innocents, Être adroit à ficher la colle.

(1651, la Juliade)

Rigaud, 1881 : Débiter un mensonge. — Ficher s’emploie honnêtement à la place du verbe qui commence par la même lettre et dont a tant abusé le père Duchêne.

Fichu

d’Hautel, 1808 : C’est un fichu polisson ; un fichu menteur. Expressions injurieuses et basses pour dire un polisson avéré ; un audacieux menteur.
C’est autant de fichu. Pour c’est autant de perdu.
Il est fichu. Pour il est ruiné, perdu sans ressource.
Voilà qui est bien fichu. Pour qui est bien tourné. Se dit par dérision d’un ouvrage mal fait.

Larchey, 1865 : Capable.

Eh ! là-bas… y sont fichus de ne point ouvrir… y faut donc enfoncer la porte…

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Détestable.

Cette fichue traduction l’avait pourtant fait secrétaire interprète de la langue anglaise, dit Tallemant des Réaux en parlant de Maugars. C’est là l’éloquence salote et le fichu raisonnement de ce burlesque jugement.

(La Juliade, Paris, 1651, in-4)

Un fichu temps comme ça, c’est bon pour une grenouille.

(Delange, Chansons)

Toinon, je ne vaux rien quand on m’ostine ; je m’connais ! — Une fichue connaissance que t’as là.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adj. Capable de.

Delvau, 1866 : adj. Détestable, archi-mauvais, — en parlant des choses et des gens. Fichu livre. Livre mal écrit. Fichu raisonnement. Raisonnement faux. Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.

Delvau, 1866 : adj. Habillé. Être mal fichu. Être habillé sans soin, sans grâce. On dit aussi Être fichu comme un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale. Signifie quelquefois : Être mal fait, mal bâti, et même malade.

Delvau, 1866 : adj. Perdu, en parlant des choses ; à l’agonie, en parlant des gens. Même argot [des bourgeois]. Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de « l’esprit fichu de mademoiselle Du Plessis ! »

France, 1907 : Capable de…

France, 1907 : Habillé. « Être bien ou mal fichu ; fichu comme quatre sous. »

Rodolphe ne perdait pas de temps ; il s’indignait tout haut de voir une si belle créature si mal fichue, selon son expression. Il était de ceux-là qui prennent feu à tout propos. Il avait une maîtresse qui lui coûtait beaucoup d’argent et qui lui causait beaucoup d’ennuis. Il jugeait qu’une belle fille comme cette chiffonnière serait pour lui une double bonne fortune.

(Arsène Houssaye)

France, 1907 : Perdu, pris, mauvais.

Foutaises

d’Hautel, 1808 : Des foutaises. Pour dire des choses de peu d’importance ; des bagatelles ; des bibus des riens.
On dit moins incivilement des fichaises.
Des foutaises en manière d’ange.
Pour dire des gaudrioles ; des ornemens frivoles ; de petits enjolivemens.

Larchey, 1865 : « Bagatelles de peu d’importance. On dit moins incivilement fichaise. » — 1808, d’Hautel. pour le verbe d’où dérive ce substantif, voir également ficher, dont il est en tout le synonyme. — quelques exemples suffiront à prouver que son usage est général. Il signifie tour à tour perdre « Et bien, dit-elle, soit !… ce qui est fait est fait, il n’y a point de remède, qui est outu est outu. (Quelques docteurs disent qu’elle adjoucta une F). » — Contes d’Eutrapel (seizième siècle). — « Certes on peut dire que tout est foutu pour eux (les mazarins), puisque dans le festin des princes, le libérateur et les délivrez ont beu, disant : À la santé du Roy et foutre du Mazarin ! » — Les Trois Masques de bouc, ou la Savonette, 1651. se moquer Une des brochures les plus violentes de la révolution de 1789 porte pour titre : Et je m’en fouts. — « Ils ne s’en foutront plus les coquins. » — Hébert, 1793. — « Je me fouts de la guillotine. » — P. Lacroix, 1832. frapper « Nos Parisiens portent moustaches ; Ils te foutront sur la … »

Rigaud, 1881 : Niaiseries, propos en l’air, objets sans valeur.

Frit

Larchey, 1865 : Perdu, condamné — Rien à frire : Rien à manger.

La guerre en tous lieux si amère… tellement que plus rien à frire n’entrèrent à Paris.

(La Miliade, 1651)

Delvau, 1866 : adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d’une maladie mortelle.

France, 1907 : Attrapé, perdu.

Goddem

Larchey, 1865 : Anglais.

Un gros Auvergnat piqué jusqu’au vif, Au Goddem mettant le poing sous le pif.

(Festeau)

M. Fr. Michel trouve godon dans les Poésies de Crétin, 1513.

Cryant qui vive aux godons d’Angleterre.

Mais Godon signifie là glouton et non goddem. V. Du Cange.

Grand C

France, 1907 : Dans l’argot de l’École navale, le « grand C » est le chiffre algébrique correspondant au numéro matricule le plus élevé de la promotion et qui sert à établir le calendrier spécial du bord.
Matériellement, le « grand C » est représenté par un mannequin, antiréglementaire dans tous les détails de sa tenue, qu’on fait passer en jugement et que, finalement, on jette par-dessus bord avec — d’aucuns disent sans — 51 sous dans sa poche.
L’explication de ces 51 sous du « grand C » consiste dans la défense qui est faite aux pauvres « bordaches » d’avoir jamais plus de cinquante sous dans leur poche.
Le jour où le « grand C » devient « un homme à la mer », a lieu aussi « l’adoration du sextant », — un vieux sextant en bois baptisé du nom d’Antoine.
Telles sont les gaietés du bord, qui n’empêcheront pas nos « fistots » de devenir plus tard de brillants et savants officiers de marine et de vaillants défenseurs de la patrie.
Voir Bordache, Fistot.

Lolo

Delvau, 1866 : s. m. Lait, — dans l’argot des enfants.

France, 1907 : Abréviation de lorette avec redoublement de la première syllabe.

On donne le nom de lolos aux jeunes beautés du quartier Notre-Dame-de-Lorette… La lolo déjeune souvent avec un pain du gruau, mais elle boit du champagne.

(Almanach du Débiteur, 1851)

France, 1907 : Lait ; jargon enfantin.

En l’honneur de sa nourrice,
Poussons un cordial bravo !
Choisie par l’impératrice,
Pour son bon lolo,
Pour son bon fofo !

(Alphonse Allais)

Mercadet

Larchey, 1865 : Faiseur. V. ce mot.

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d’affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.

France, 1907 : Tripoteur d’affaires, agioteur adroit, banquier véreux. C’est le nom d’un personnage de Balzac dont d’Ennery arrangea une pièce, Mercadet le faiseur, jouée au Gymnase le 9 septembre 1851. Les mercadets deviennent de plus en plus nombreux de nos jours ; ils encombrent le Sénat, la Chambre. On les trouve partout.

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Orléans (camus d’)

France, 1907 : On a appelé les Orléanais non seulement camus, mais aussi bossus, guépins et chiens.
Nous n’avons pu trouver l’origine du premier sobriquet. Bossu n’est qu’un jeu de mot sur Beauce, dont Orléans était la capitale. Quant à guépin, il vient de guêpe à cause de l’esprit caustique et railleur attribué aux Orléanais. Bonaventure Desperriers dit en parlant d’une dame d’Orléans : « Une dame gentille et honnête, encore qu’elle fust guespine. » On lit anssi dans les Mémoires de la Ligue : « Le naturel des guespins, j’en prends Orléans pour exemple, est d’être hagard, noiseux et mutin. » Peut-être, comme dit Le Roux de Lincy, c’est cette réputation de moquerie qui aurait valu aux Orléanais le surnom de bossus.
Quant à celui de chiens, voici ce qu’en dit dom Peluche dans un numéro du Mercure (mai 1735) :

C’est à Mathieu Paris que nous devons recourir pour trouver ce que nous cherchons. Cet écrivain, qui mourut en 1259, marque dans la vie de Henri III, roi d’Angleterre, qu’en l’an 1251, pendant la captivité du roi saint Louis, les pastoureaux, étant arrivés à Orléans, prirent querelle avec quelques écoliers. Une rixe s’engage et plusieurs personnes furent tuées et notamment du clergé, ce que les Orléanais souffrirent non seulement, mais ce qu’ils semblèrent approuver : pourquoi, ajoute Mathieu Paris, ils méritèrent d’être appelés chiens.

On traitait aussi les Orléanais de luniers ou lunatiques, ainsi qu’il appert dans ce vieux dicton : « Il est de l’abbaye des luniers d’Orléans. » Les Orléanaises, devenues aujourd’hui fort dévotes, avaient autrefois une réputation des plus équivoques, s’il faut s’en rapporter aux adages du XVIe siècle :

Qui n’a couché à Orléans ne scait que c’est de femme.
À Orléans la broche est rompue et la femme a emporté la clef.

Elles pouvaient d’ailleurs être aussi dévotes qu’aujourd’hui sans que cela enlevât en rien leur renom d’amoureuses, car suivant l’antique dicton :

Femme folle à la messe
Est molle à la fesse.

Pommes (aux)

Larchey, 1865 : Très-bien. V. Ognons. — Nous ne savons si ce superlatif est causé par la folle passion des voyous parisiens pour les chaussons aux pommes, ou s’il faut y voir une locution plus âgée.

Le feu duc de Brissac (mort en 1651) aimoit tant les pommes de reinette que, pour bien louer quelque chose, il ajoutait toujours de reinette au bout, tellement qu’on lui ouït dire quelquefois : C’étoit un honnête homme de reinette.

(Tallemant des Réaux)

Bath aux pommes : Bien (Lem. de Neuville).

J’ai mijoté pour ce numéro un petit éreintement aux pommes.

(J. Rousseau)

Rigaud, 1881 : Bate aux pommes, Soigné. — Deux consommateurs, un habitué et un étranger, demandent, dans un café, chacun un bifteck, le premier aux pommes, le second naturel, nature, dans l’argot des restaurateurs. Le garçon chargé des commandes voie vers les cuisines et s’écrie d’une voix retentissante : « Deux biftecks, dont un aux pommes, soigné ! » Le mot fît fortune. C’est depuis ce jour qu’on dit : « Aux pommes », pour soigné.

France, 1907 : Soigné, délicat ; synonyme d’aux petits oignons.
Rigaud donne l’origine de cette singulière expression : « Deux consommateurs, un habitué et un étranger, demandent chacun un bifteck, le premier aux pommes, le second nature. Le garçon vole vers les cuisines et s’écrie d’une voix retentissante : Deux biftecks, dont un aux pommes, soigné ! » Le mot fit fortune. C’est depuis ce jour qu’on dit aux pommes pour soigné.

Ces jours derniers, à l’équipe de la ferblanterie, une sale typesse emportait toujours les meilleures payes.
Pourquoi ?
Les copines ouvrirent leurs lucarnes et découvrirent que celle qu’elles avaient à l’œil mouchardait les camarades au contre-coup.
Oh ! foutre, quand les bonnes bougresses furent fixées, ça ne traîne pas : elles attendirent la moucharde à la sortie et lui administrèrent une brûlée faramineuse, — quelque chose de tapé et de bath aux pommmes !

(Le Père Peinard)

Queue (faire la)

Larchey, 1865 : Escroquer. V. Perruque.

Giromont finissait de compter son argent et disait : le scélérat m’a fait la queue.

(E. Sue)

Faire la queue : Tromper.

Il faut se contraindre et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue.

(Phys. de la Chaumière. 1841)

Queue : Infidélité galante.

Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers.

(Gavarni)

Queue romantique : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 1751 paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un recueil complet de ces stériles tours de force. C’est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.
Ruban de queue : « Comme ces grandes routes ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui rien qu’à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.
Queue-rouge : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge.

Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue-rouge au comédien.

(De la Fizelière)

Queue de rat : Tabatière dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir.

Une de ces ignobles tabatières de bois vulgairement appelées queues de rat.

(Ch. Hugo)

Queue de renard : Trace de vomissement. V. Renard.

Rigaud, 1881 : Tromper en matière de payement.

Renard (piquer un)

Larchey, 1865 : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. V. Gaz.

Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard.

(Rabelais)

Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer :

Loué soit Dieu ! Javons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518)

Se rougir, se piquer le nez

Larchey, 1865 : S’enivrer. — Un nez piqué rougit, et on sait qu’un nez rouge pronostique souvent l’ivresse.

Elle prend sa volée Pour se rougir le nez. De la Californie elle revient pompette.

(Chansons, Guéret, 1851)

Qui ne s’est pas piqué le nez une pauvre fois dans sa vie ?

(Grévin)

Tinette

Vidocq, 1837 : s. f. — Tête.

(Villon)

Delvau, 1866 : s. f. Bouche à l’haleine déplorable, sœur de celle à propos de laquelle Martial dit (Lit. I, ep. 51) :

Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,
Nil mirum merdas si libet esse cani.

Delvau, 1866 : s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs pour monter les matières solides d’une fosse. Chevalier de la tinette. Vidangeur.

Rigaud, 1881 : Botte. (L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Bouche, — dans le jargon des voyous. — Couvre ta tinette, mets un liège à ta tinette, tais-toi.

France, 1907 : Bouche infecte, synonyme de plomb. Couvre la tinette, tais-toi. Plomber comme une tinette, puer. Argot populaire.

— Ça me remettra un peu du sale mec qui vient de me refaire, y plombe comme une tinette.

(Louise Michel)

Tricoter

d’Hautel, 1808 : Tricoter quelqu’un. Lui donner la bastonnade ; l’étriller d’une rude manière.
Tricoter. Marcher précipitamment et à petits pas.

Larchey, 1865 : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort.

Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur.

(Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon)

Larchey, 1865 : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

Delvau, 1866 : v. a. Battre. On dit aussi Tricoter les côtes.

Delvau, 1866 : v. n. Danser.

France, 1907 : Marcher d’un pas mal assuré, comme un homme ivre ; et par ampliation faire des zigzags, aller d’un côté du trottoir à l’autre.

Qu’il fasse la rue en tricotant, c’est-à-dire en allant successivement des numéros pairs aux numéros impairs, ou qu’il la desserve en impasse, ce qui s’entend d’une distribution commencée par un côté et terminée par l’autre, il ne peut tarder à trouver un obstacle.

(J. Hilpert, Le Facteur de la poste aux lettres)

Tuer le ver

Delvau, 1866 : v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant, — dans l’argot des ouvriers, chez qui c’est une tradition sacrée. On dit aussi Tuer un colimaçon.

Delvau, 1866 : v. a. Étouffer ses remords, — dans l’argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu’il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).

Rigaud, 1881 : Boire la première goutte, le premier verre de vin blanc, le matin à jeun. M. Ch. Rozan fait remonter l’origine de cette expression au temps de François Ier, et cela d’après l’autorité du journal d’un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu’un ver extrait des intestins d’une noble dame passa de vie à trépas dès qu’on lui eut administré du pain trempé dans du vin.

Par quoi il en suyt qu’il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver.

conclut ce Prudhomme du XVIe siècle.

J’aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée.

(Bernadille, Esquisses et croquis parisiens, 1876)

La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l’expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.

Rigaud, 1881 : S’étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.

La Rue, 1894 : Étouffer un remords. Boire du vin blanc en se levant.

Virmaître, 1894 : Boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc. Quand on suppose que le ver est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur. Les voleurs disent également qu’ils ont tué le ver lorsqu’ils ont des remords. Ils ne le tuent pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Boire le matin à jeun. Expression due à la croyance populaire qu’un verre d’eau-de-vie, pris au réveil, tue les vers intestinaux.

C’est, disent les ouvriers de Paris, un remède infaillible pour tuer le ver qui, à cette heure-là, leur pique l’estomac. Mais comme ils se l’appliquent tous les jours, il faut croire que le remède est inefficace ou que le ver est immortel. Ils ont beau doubler la dose, le résultat est le même, et chaque jour le ver, comme le phénix de ses cendres, renait de cette immersion.

(Charles Nisard)

Dans un très curieux petit roman du XVIIIe siècle, on trouve cette expression qui laisse supposer qu’on appelait ainsi le petit déjeuner du matin : « Je n’ai rien pris de tout aujourd’hui qu’au tue-ver. » On tuait aussi le ver le soir, mais avec du vin, ainsi qu’il appert d’un vau de Vire, de Jehan de Houx :

Les vers nous font mourir,
J’en prends pour m’en guarir
Et nettoyer mon ventre.
Au soir estant couché,
Suis malade et tranché
Si quelque vin n’y entre.

(La Panacée universelle)

En juillet 1519, M. de la Vernade, maître des requestes du roi, perdit sa femme. Elle fut ouverte et on lui trouva sur le cœur un ver en vie.
On prit ce ver, qui avait percé le cœur, et on crut le tuer avec du mithridate. Cet antidote n’ayant pas réussi, on essaya du pain trempé dans du vin. Le ver mourut aussitôt.
D’où les médecins conclurent qu’il est expédient de prendre du pain et du vin au matin, au moins en temps dangereux, de peur de prendre le ver.
De là le petit coup de vin blanc ou d’eau-de- vie par lequel les ouvriers commencent leur journée.

(Le Courrier de Londres)

Vitriers

Larchey, 1865 : Chasseurs de Vincennes — Ils portèrent d’abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme les pièces de verre que les vitriers portent sur leur dos.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs rivaux la monnaie de leurs chacals. On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu’à cette occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon :

Encore un carreau d’cassé !
V’là l’vitrier qui passe.
Encore un carreau d’cassé !
V’là l’vitrier passé !

On se trompe généralement. L’expression date de 1840, époque de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom, c’étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.

Virmaître, 1894 : Les chasseurs de Vincennes. — Ils portèrent d’abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme la pièce de verre que les vitriers portent sur leur dos. L. L. Ce n’est pas cette cause qui a donné à ces soldats le nom de vitriers. En 1848, aux journées de Juin, les gardes mobiles et les chasseurs de Vincennes furent lancés aux endroits les plus périlleux dans les faubourgs, notamment faubourg du Temple. Ils prirent toutes les barricades avec un entrain extraordinaire, mais sans cruauté inutile, la plupart de ces soldats étant des enfants de Paris. Au lieu de tirer sur les insurgés, ils s’amusèrent à casser les carreaux sur tout leur passage. Depuis le boulevard du Temple jusqu’à la Courtille, il ne resta pas une seule vitre aux fenêtres. On fit une chanson à ce sujet : elle est restée très populaire :

Encore un carreau d’cassé,
V’là l’vitrier qui passe.
Encore un carreau d’cassé,
V’là vitrier passé.

(Argot du peuple). N.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique