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Chandelle (tenir la)

Larchey, 1865 : Être placé dans une fausse position, favoriser le bonheur d’autrui sans y prendre part.

Embrassez-vous, caressez-vous, trémoussez vous, moi je tiendrai la chandelle.

(J. Lacroix)

Une chanson imprimée chez Daniel, à Paris, en 1793, — Cadet Roussel républicain, — fournit cet exemple plus ancien :

Cadet Roussel a trois d’moiselles
Qui n’sont ni bell’s ni pucelles,
Et la maman tient la chandelle.

France, 1907 : Se prêter à de honteuses complaisances, favoriser d’illicites amours. Se retirer pour laisser en tête à tête sa femme ou sa fille avec son amant. Les gens qui tiennent la chandelle sont plus communs qu’on ne le pense.

À son destin j’abandonne la belle
Et me voilà. Des esprits comme nous
Ne sont pas faits pour tenir la chandelle.

(Parny)

Col-cassé

France, 1907 : Gommeux, petit jeune homme ridicule.

Le joli Parisien, œil en coulisse et bouche en cœur, s’arrangea de façon à être placé à table près de sa cousine, dont la fraîcheur et les avant-scènes le faisaient constamment loucher. On mit le curé de l’autre côté. Elle était bien flanquée, ma foi ! Le curé, solide gaillard et superbe luron, tentait fort les filles du village et, certes, pour les bonnes bouches et surtout pour la grosse cousine, il valait mieux que le mièvre col-cassé.

(Les Propos du Commandeur)

Condition

Rigaud, 1881 : Maison, — dans le jargon des voleurs. Faire une condition, voler dans une maison. Mot emprunté au jargon des domestiques qui disent être en condition, pour être placé dans une maison.

La Rue, 1894 : Chambre. Changer de condition, déménager. Faire la condition, voler dans la maison où l’on est domestique.

Rossignol, 1901 : Maison, domicile.

Je rentre à la condition (maison).

France, 1907 : Maison. Changer de condition, déménager. Faire la condition, voler chez ses maîtres. Faire une condition, voler avec effraction. Filer une condition, guetter une maison dans le but d’y voler. Acheter une condition, changer de conduite, mener un autre genre de vie.

Dégotter

un détenu, 1846 : Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.

Larchey, 1865 : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.

Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.

(Labiche)

Delvau, 1866 : v. a. Surpasser, faire mieux ou pis ; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais. Signifie aussi : Trouver ce que l’on cherche.

Rigaud, 1881 : Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.

D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue)

Merlin, 1888 : Surpasser.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter
quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

France, 1907 : Trouver, découvrir.

Pour cette fois, les policiers ont fait four, ils n’ont pu rien dégotter qui donne un semblant de raison à leurs menteries.

(Père Peinard)

— Tiens ! quoi donc que j’dégott’ dans l’noir,
Qu’est à g’noux, là-bas, su’ l’trottoir ?
Eh ben ! là-bas, eh ! la gonzesse !

(André Gill, La muse à Bibi)

Guibole

France, 1907 : Jambe ; de gigue. Jouer des guiboles, courir.

Un bonhomme qui passait près de nous de toute la vitesse de ses vieilles guiboles nous jeta ces mots, sans s’arrêter une seconde, ni seulement tourner la tête :
— Les Prussiens !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

— Voilà, continua-t-il, en posant son verre vide sur la table, voilà comme quoi, dans mon vieil âge, je suis resté seul au monde comme un orphelin. De fois à autre, je réussissais encore à bricoler par-ci, par-là, et à me mettre un morceau de pain sous la dent ; mais, l’hiver dernier, bernique ! Les guiboles n’ont plus voulu aller… Alors, j’ai obtenu d’être placé au dépôt le Nanterre… J’y ai passé trois mois ; mais, voyez-vous, j’y ai eu trop de maux… Toute la sainte journée, il me fallait brouetter des pierres, et mal nourri avec ça… Puis, quel sale monde !

(André Theuriet)

Lapin (en)

Delvau, 1866 : adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher, — dans l’argot du peuple.

Musique (passer à la)

France, 1907 : Être placé en présence d’agents pour l’identification.

Pompier (faire)

Fustier, 1889 : Cette expression s’applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l’inspiration originale et à l’étude de la nature. C’est ainsi qu’on peut être nouveau et moderne dans l’interprétation d’un sujet emprunté à l’Illiade et qu’on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s’est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880)

France, 1907 : « Cette expression, dit Gustave Fustier, s’applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l’inspiration originale et à l’étude de la nature. C’est ainsi qu’on peut être nouveau et moderne dans l’interprétation d’un sujet emprunté à l’Iliade et qu’on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s’est passée hier. » Mais d’où vient l’expression ? M. Godefroy Durand, un des principaux illustrateurs du Graphic de Londres, la donne : « Du temps de David et plus tard on disait d’un artiste qui n’avait pas eu le prix de Rome : Bah ! il fera son pompier, il réussira tout de même. Or, faire son pompier, c’était peindre un grand tableau représentant un Grec ou un Romain célèbre avec casque, bouclier et lance ; une ville en flammes dans le fond ; et si le nu — car il n’y avait d’autre costume que l’armure — si le nu, dis-je, était bien, l’artiste obtenait un succès. Le pompier était acheté généralement par le gouvernement pour être placé dans un musée de province. Quand vous visiterez les musées de France, vous y trouverez au moins trois pompiers. Il paraît que les greniers du Louvre en possèdent des quantités qui y restent faute de place dans les musées. »

(A. Barrère, Argot and Slang)

Vigie

Vidocq, 1837 : Les conducteurs de diligences ou de voitures publiques ne sauraient exercer une trop grande surveillance lorsqu’ils auront sur l’impériale de leur voiture des sacs d’argent et en même temps des voyageurs ; car les individus qui, par goût ou par raison d’économie, veulent toujours y être placés, sont très souvent des voleurs à la Vigie, qui ne laissent pas échapper, si elle se présente, l’occasion de s’emparer des objets ou du numéraire placés près d’eux.
Voici comment procèdent ordinairement les voleurs à la Vigie :
L’un d’eux retient une place sur la voiture qu’il veut débarrasser d’une partie de son chargement, et un complice qui sait à quel endroit et quel moment il exploitera, se rendra à l’avance au lieu convenu, et lorsque la voiture y arrive à son tour, il attend pour se mettre à son poste que la Vigie lui ait fait un signal ; si les voleurs désirent s’emparer d’un sac d’argent, celui d’entre eux qui est placé sur l’impériale de la voiture attache le sac, le laisse couler jusqu’à terre, puis il lâche la corde ; si au contraire ils ont jeté leur dévolu sur des valises ou des petits paquets, il les jette tout simplement sur la route, le complice les ramasse, et tout est dit.
Deux vols à la Vigie viennent d’être commis aux environs de Paris.
Les vols à la Vigie ont été inventés, dit-on, par le nommé Salvador, célèbre voleur du Midi, guillotiné au bagne pour avoir blessé un argousin.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique