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Bois

d’Hautel, 1808 : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.

Rossignol, 1901 : Meubles ; mes bois, mes meubles.

Boucaner

d’Hautel, 1808 : Faire tapage ; réprimander ; gronder ; vespériser.

Delvau, 1866 : v. n. Faire du bruit, du boucan.

Delvau, 1866 : v. n. Sentir mauvais, sentir le bouc, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Faire du bruit. Dérivé de boucan. Boucaner la pièce, siffler une pièce de théâtre, empêcher qu’on entende les acteurs, — dans le jargon du théâtre.

On m’assure que toutes vos pièces vont être désormais boucanées.

(L’Étrille, 1879)

Rigaud, 1881 : Sentir mauvais, faire concurrence au bouc comme odeur.

France, 1907 : Faire du boucan ou bien puer comme un bouc.

Courtaud

d’Hautel, 1808 : Un courtaud de boutique. Nom méprisant que l’on donne aux commis de boutique ; quelques auteurs pensent qu’il faut écrire en ce sens, courtot, faisant dériver ce mot de courtier.
Frapper quelqu’un en chien courtaud. Pour, le battre ; l’étriller à tour de bras.
Un gros courtaud, une grosse courtaude. Homme et ferme d’une taille ramassée et trapue.

Hayard, 1907 : Commis.

Échauder

d’Hautel, 1808 : Chat échaudé craint l’eau froide. Voyez Chat.
Chien échaudé ne revient pas en cuisine. Signifie que quand on a été étrillé dans une entreprise, on se garde de la tenter de nouveau.

Delvau, 1866 : v. a. Surfaire un prix, exagérer le quantum d’une note, — dans l’argot des bourgeois, qui, depuis le temps qu’il y a des marchands et des restaurateurs, doivent avoir l’eau froide en horreur.

Rigaud, 1881 : Surfaire. — Être échaudé, payer un objet au-dessus de sa valeur.

France, 1907 : Surfaire un prix ; exagérer une note. Les restaurateurs du boulevard et de mains autres lieux excellent dans l’art d’échauder leurs clients.

Échiner

d’Hautel, 1808 : Battre, étriller, assommer quelqu’un de coups.
On dit d’un homme laborieux et qui travaille à n’en pouvoir plus, qu’Il s’échine le corps et l’ame.
Je suis échiné.
Pour, je suis las et courbattu.
Les Parisiens prononcent échigne, echigné, échigner ; tandis qu’au contraire, dans le mot signer, ils s’obstinent à supprimer le g, et à dire siner ; quoique le g de ce mot ait un son doux, on doit néanmoins le faire sentir dans la prononciation.
Nous pourrions faire la même observation sur beaucoup d’autres mots, tels que étourneau, fainéant, moineau, et tant d’autres, qu’il est pour ainsi dire passé en usage de prononcer étourgneau, faignant, moigneau, comme s’il y avoit un g. Mais cela conduiroit trop loin, et jetteroit dans des remarques grammaticales étrangères au cadre de ce Dictionnaire.

France, 1907 : Critiquer amèrement, accabler de sarcasmes.

Étrille

d’Hautel, 1808 : Instrument de fer dont on se sert pour nettoyer les chevaux.
Cela vaut six sous comme le manche d’une étrille. Se dit par mépris d’une chose médiocre ou de peu de valeur.
Être logé à l’étrille. C’est-à-dire dans une auberge ou l’on fait payer trop cher.

Étriller

d’Hautel, 1808 : Il été a bien étrillé. Pour dire vivement réprimandée, corrigé avec rudesse. On entend aussi par cette locution, que quelqu’un a essuyé une grosse perte, a fait une forte maladie.
On y est bien étrille. Se dit d’un traiteur qui écorche ses hôtes.

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

France, 1907 : Donner des coups.

France, 1907 : Voler, surfaire un prix.

Fagoter (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller extravagamment, grotesquement. A signifié autrefois Se moquer.

France, 1907 : S’habiller mal, sans goût.

Les femmes, elles, sont généralement d’une rare impertinence, s’exaspèrent, piaillent, provoquent, menacent d’un procès, de confier leurs intérêts à quelque homme d’affaires madré, sortent en haussant les épaules, en déclarant qu’elles sont trop heureuses de ne plus être fagotées comme des provinciales, étrillées, etc., etc. en claquant les portes.

(Champaubert, Le Journal)

Vêtu de complets gris perle et chaussé de guêtres blanches, son père, très jeune, se démenait au milieu de bandes élégantes, toujours égayées par la profusion des vins. Il lui causait peu, pour dire : « Mais tu te fagotes, mon enfant… Tu te fagotes. Il faut me remplacer cette robe : mettre un boléro plus ajusté. Va donc cette après-midi chez Léoty, qu’on te corsète convenablement… Miss… miss ! Veillez donc à ce qu’elle n’ait pas l’air si Louis-Philippe, cette enfant. On dirait, ma foi, le parapluie constitutionnel. »

(Paul Adam, Le Journal)

Fouiller (tu peux te)

Larchey, 1865 : Tu n’auras rien. — Mot à mot : Si tu veux avoir mon argent, tu peux fouiller dans ta poche et te payer toi-même.

Justement mon propriétaire Vint me réclamer mon loyer. Je lui dis, feignant la colère : Tu peux te fouiller.

(Hardy, Chanson)

Rigaud, 1881 : Tu n’obtiendras rien, il n’y a rien pour toi.

Veux-tu me rendre un service ? — Tu peux te fouiller.

Mot à mot : tu peux regarder dans tes poches pour voir si tu peux te le rendre. — Cette expression est encore prise dans le sens de : tu te trompes ; s’il croit que je l’aime, il peut se fouiller.

Et Champfleury, Sarcey, Scholl, Zola, etc… etc… peuvent se fouiller.

(L’Étrille, janvier 1879)

Virmaître, 1894 : Tu n’auras rien, ou il ne reste rien (Argot du peuple).

Frotter

d’Hautel, 1808 : Battre, rosser, étriller.
Il a été frotté. Pour on lui a donné sur les doigts, sur les oreilles ; il n’a pas été le plus fort.
Se frotter au pilier, s’associer à une cotterie, à une cabale.
Il ne faut pas s’y frotter. Pour il ne faut pas s’y fier.

Larchey, 1865 : « Battre, rosser. » — d’Hautel, 1808. — On dit aussi : Donner une frottée.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.

Virmaître, 1894 : Faire la cour à une femme.
— Elle est rien raide, faut pas s’y frotter (Argot du peuple). N.

Jaquette

d’Hautel, 1808 : Trousser, secouer la jaquette à quelqu’un. Pour, lui donner les étrivières, l’étriller d’importance ; ne se dit qu’en parlant des enfans à qui l’on donne le fouet.
Je ne m’en souviens non plus que de ma première jaquette. Signifie qu’on a tout-à-fait oublié une chose.

Rossignol, 1901 : Celui qui ne peut garder pour lui ce qu’il ne devrait pas dire, est une Jaquette.

France, 1907 : Bavard.

Long

d’Hautel, 1808 : C’est du pain bien long. Se dit d’une affaire qui ne présente qu’un bénéfice très-éloigné.
En savoir long. Être fin et rusé ; être plus instruit que n’exige la délicatesse, la franchise et l’honnêteté.
Long comme une vielle, une flûte. Se dit d’un homme extrêmement long dans tout ce qu’il fait ; ou qui est d’une grandeur extraordinaire.
Long comme un jour sans pain. Voy. Jour.
Tirer la langue d’un pied de long. Être réduit à la plus affreuse nécessité.
Il en a eu tout du long de l’aune. Pour il a été bien étrillé, bien mal traité.
Savoir le court et le long d’une affaire. En connoître tous les détails, toutes les particularités.
Faire courte messe et long dîner. Rester plus long-temps à table qu’à la messe.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Niais, dupe. Filer le long, suivre une dupe, ne pas la perdre de vue.

Clémens, 1840 : Facile à faire.

Rigaud, 1881 : Niais, dupe, — dans l’ancien argot ; mot à mot : long à comprendre.

La Rue, 1894 : Niais, dupe.

France, 1907 : Niais, dupe. Long à comprendre, à se mettre à la coule.

Manière

d’Hautel, 1808 : Cela frise un peu la manière. Pour, est trop affecté.
Il a été étrillé de la bonne manière. Pour, il a été bien maltraité ; il a beaucoup perdu dans cette entreprise.
Par manière d’acquit. Négligemment ; sans avoir l’air d’y toucher.

Delvau, 1864 : Se dit du faire particulier aux femmes galantes qui, souvent, ont autant de manières que les plus illustres artistes, — première manière, seconde manière, etc.

Changer de masque, c’est fort mal
Quand on n’est plus dans l’ carnaval,
P’t-être aussi qu’ vous changez d’ manière
Et qu’aux femmes vous voulez plaire ;
Ce s’rait deux bons goûts à la fois.
J’ vous crois fait’ pour en avoir trois.

(Béranger)

Delvau, 1866 : s. f. Façon de se conduire avec les hommes, — dans l’argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d’une courtisane, et la pudicité, voire l’honnêteté, sa troisième manière, — la plus remarquable et la plus dangereuse.

Mouche

d’Hautel, 1808 : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.

Halbert, 1849 : Vilain.

Larchey, 1865 : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

Delvau, 1866 : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.

Delvau, 1866 : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Agent de police.

Fustier, 1889 : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.

Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.

(Bernadille)

On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.

La Rue, 1894 : Mousseline. Mauvais. Laid.

Virmaître, 1894 : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

France, 1907 : Mauvais, vilain. Abréviation de mouchique.

France, 1907 : Petite rondelle de taffetas noir que les femmes se collaient autrefois sur le visage et même ailleurs pour rehausser la blancheur de leur teint. Voici, à titre de curiosité, le langage des mouches à l’usage des coquettes : « La femme passionnée ou qui veut paraître telle place sa mouche au coin de l’œil ; celle qui vise à la majesté la colle au milieu du front ; l’énjouée, sur le bord de la fossette formée par la joue quand on rit ; la galante, au milieu de la joue ; la sentimentale, au coin de la bouche ; la gaillarde, sur le nez ; la coquette, sur les lèvres : la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, vers le menton. »

France, 1907 : Petite touffe de poils sous la lèvre inférieure.

France, 1907 : Police, policier.
On a été chercher lien loin l’origine de mouche et mouchard, jusqu’à l’attribuer à un certain Mouchy qui remplissait le métier d’agent secret du cardinal de Lorraine, tandis qu’ils viennent tout simplement de l’insupportable insecte dont nous avons tous eu à souffrir. C’est, dit avec raison Charles Nisard, son impudence et son importunité qui ont fait appeler mouchards les curieux, les effrontés qui se fourrent partout, mettent le nez dans tout, et qui, sans s’arrêter à l’épiderme, vont droit aux nerfs de leur victime et la tuent moralement. D’où naturellement ces noms furent donnés à la police les mots mouche, moucher (espion, espionner) sont, observe Ch. Ferrand, très anciens dans notre langue. Le peuple en a fait mouchard, moucharder, par la simple raison que la terminaison ard implique chez nous un sens défavorable, comme on le voit par les mots bavard, vantard, cafard, soudard, pleurard, pendard, communard, etc.

— Oui, oui, il est de la mouche, gare aux coups de casserole.

(Félix Remo, La Tombeuse)

Il vit un espion qui le regardait faire ;
Il fuit ; l’autre le suit de carfour en carfour.
Ils arrivent enfin proche un certain détour ;
Alors, se retournant, l’impatient Cartouche
De la bonne façon rosse la pauvre mouche,
Et, rempli de colère, il l’étrille à souhait.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni, 1726)

France, 1907 : Sobriquet donné vers 1840 aux jeunes femmes que les maîtresses de table d’hôte hébergeaient gratis pour attirer les clients mâles.

Un trait caractéristique de la table d’hôte, c’est la présence d’une ou deux jolies femmes (selon l’importance de l’établissement) qui s’affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d’heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table : elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c’est plus piquant et d’un effet plus sûr et plus général. À ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d’égards, exposées à toutes sortes d’hommages, et dînent tous les jours pour l’amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu’on désigne généralement sous le nom de mouches (soit à cause de la légèreté de leur allure, soit plutôt par analogie avec le rôle qu’elles jouent dans cette circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d’hôte du premier et du dernier degré.

(Auguste de Lacroix)

Nettoyer

d’Hautel, 1808 : Nettoyer un homme sans vergette. Le rosser, le battre avec un bâton ; le maltraiter, l’étriller d’importance.

M.D., 1844 : Donner une roulée.

un détenu, 1846 : Voler de fond en comble, dévaliser quelqu’un.

Halbert, 1849 : Voler ou achever quelqu’un.

Larchey, 1865 : Ruiner, voler. V. Lavage.

Delvau, 1866 : v. a. Voler ; ruiner, gagner au jeu ; dépenser ; battre, et même tuer, — dans l’argot des faubouriens. Se faire nettoyer. Perdre au jeu ; se laisser voler, battre ou tuer.

Rigaud, 1881 : Battre, renverser à coups de poing. Prendre de force la place de quelqu’un, le chasser d’un endroit. — Ruiner. Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l’argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.

La Rue, 1894 : Voler. Ruiner. Gagner au jeu. Dépenser. Battre. Tuer.

France, 1907 : Dépenser, dissiper.

— De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce… se fichant de l’ouvrage, vous lâchant au beau milieu d’une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Vider, rendre net. Nettoyer une poche, voler tout ce qu’elle contient ; nettoyer un plat, manger entièrement ce qui y était servi. Faire plat net.

Pain (ton, son)

Rigaud, 1881 : Réplique qui, au régiment, équivaut à : « Rien du tout ». — Je vais t’étriller si tu m’em… bêtes. — Tu nés pas le diable ; tu étrilleras ton pain. — Le brigadier a dit qu’il te ficherait à Cours. — Il y f… son pain ; ici, toi, tu commandes ton pain.

Passer à la couverte

France, 1907 : Brimade militaire qui consiste à faire sauter un homme dans une couverture, à le berner.

À peine le Suisse venait-il de fermer l’œil que ses camarades de chambrée l’empoignèrent, lui jetèrent dans une couverture en compagnie d’une paire de bottes éperonnées, de deux pistolets et de deux étrilles, et bientôt, au commandement trois, le malheureux fut lancé dans l’espace à l’aide d’une savante et méthodique secousse imprimée à la couverture par huit vigoureuses poignes. C’est ce que s’appelle sauter en couverte. Le brigadier faisait mine de ronfler.

(Les Joyeusetés du régiment)

Petits cadeaux entretiennent l’amitié

France, 1907 : C’est surtout l’amour qu’ils entretiennent, et rien de plus vu que ce conte espagnol : Une jeune et belle marquise accueillit un jour d’un air boudeur son amant qui venait les mains vides. C’était, sans doute, un poète plus amoureux que riche, il s’étonna de sa froideur, surtout quand il en sut le motif : « Hélas ! dit-il, je n’ai que mon cœur à vous offrir. » Alors la marquise lui fit ce discours : « Souvenez-vous que s’il arrivait à une reine de recevoir les vœux d’un valet de ses écuries, elle attendrait de lui quelque petit présent, ne fût-ce que son étrille. » Là-dessus le poète, qui n’était pas sot, réprliqua : « Sans doute, mais elle préférerait le bouchon », faisant allusion au bouchon avec lequel on frotte les chevaux.
Les Anglais ont le même dicton : Giff-gaff makes good friends. Un autre vieux proverbe français dit : Bon présent en amour sert mieux que babil.

Premiero

France, 1907 : D’abord ; argot militaire.

Premiero, tu l’étrilleras ;
Deuxo, tu le bouchonneras,
Et troisso, tu le brosseras.
De temps en temps tu jureras…

(Litanies du cavalier)

Reluquer

Ansiaume, 1821 : Observer quelqu’un.

Regarde un peu s’il ne nous reluque pas.

Clémens, 1840 : Envisager.

Delvau, 1866 : v. a. Considérer, regarder avec attention, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Faire les yeux doux.

Rigaud, 1881 : Observer, espionner. — Reluqueur, curieux, espion.

La Rue, 1894 : Regarder avec attention. Espionner.

Virmaître, 1894 : Regarder.
— Qu’avez-vous donc à me reluquer comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire ?
— Reluque-moi un peu ce canard, en a-t-il une trompette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

As-tu fini de reluquer ma femme ?

Hayard, 1907 : Regarder.

France, 1907 : Regarder avec attention, examiner.

— Tous les curés qui nous arrivent sont maigres et râpés et aussi contents que des rosses qu’on étrille. Mais reluque celui-ci, avec sa capote de drap fin, son chapeau à glands, sa bouche en cœur et ses souliers à boucles. Ne dirait-on pas qu’il va au voyage d’amour ?

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Pendant que les deux compagnons
Jasaient, en frappant sur la table,
Deux servantes, aux gros chignons,
Les reluquaient d’un air aimable.
— Ce doit être de bons maris,
Dit l’une à la joue empourprée…
Leurs entretiens furent surpris :
Fut dit, fut fait, dans la soirée.

(Pierre Dupont)

Rincée

d’Hautel, 1808 : Il a reçu une bonne rincée. Pour, on l’a grondé de belle manière ; il a été rossé, étrillé comme il faut.

Larchey, 1865 : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. »

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Correction manuelle ; — petite raclée.

France, 1907 : Correction ; signifie aussi averse.

Rosser

Delvau, 1866 : v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.

France, 1907 : Battre, frapper comme sur un mauvais cheval, une rosse.

Gaston. — Non. Je suis bon et j’adore les bêtes. Mais il faut les rosser. Il n’y a qu’á cette condition, d’ailleurs, qu’elles vous craignent un peu et vous aiment.
Pierre. — Mais oui, Je ne vais pas si loin que lui. Pourtant, il n’a pas tort. Les bêtes, c’est comme les femmes, ça ne vous lèche que quand c’est rossé !

(Henri Lavedan)

France, 1907 : Commettre des méchancetés, agir en rosse. Voir ce mot.

— La prochaine fois, si elle se met encore à rosser, je te promets que je ne me gênerai pas. Elle a été la maîtresse de l’oncle de mon mari et j’ai des tuyaux sur elle, ma chère, épatants.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

Tricoter

d’Hautel, 1808 : Tricoter quelqu’un. Lui donner la bastonnade ; l’étriller d’une rude manière.
Tricoter. Marcher précipitamment et à petits pas.

Larchey, 1865 : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort.

Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur.

(Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon)

Larchey, 1865 : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

Delvau, 1866 : v. a. Battre. On dit aussi Tricoter les côtes.

Delvau, 1866 : v. n. Danser.

France, 1907 : Marcher d’un pas mal assuré, comme un homme ivre ; et par ampliation faire des zigzags, aller d’un côté du trottoir à l’autre.

Qu’il fasse la rue en tricotant, c’est-à-dire en allant successivement des numéros pairs aux numéros impairs, ou qu’il la desserve en impasse, ce qui s’entend d’une distribution commencée par un côté et terminée par l’autre, il ne peut tarder à trouver un obstacle.

(J. Hilpert, Le Facteur de la poste aux lettres)

Trouver

d’Hautel, 1808 : Il ne s’est jamais trouvé à de telles noces. Manière ironique de dire que quel qu’un a été battu, étrillé d’importance.
Il s’est trouvé là comme mars en carême ; comme lard en pois ; ou, comme tabourin à noce. Pour dire à propos, à point nommé.


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