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Bataille (chapeau en)

Larchey, 1865 : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires.

Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne.

(La Bédollière)

France, 1907 : Se dit du chapeau à deux cornes placé horizontalement sur la tête, comme le portait Napoléon Ier et comme le portent encore les gendarmes : en colonne, c’est verticalement comme les généraux et les officiers d’état-major.

Chaparder

Larchey, 1865 : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l’armée française.

Delvau, 1866 : v. a. Marauder, — dans l’argot des troupiers.

Merlin, 1888 : Marauder, voler.

Virmaître, 1894 : Aller à la maraude (Argot des troupiers).

Rossignol, 1901 : Prendre.

En nous promenant à la campagne, nous avons chapardé des cerises.

Hayard, 1907 : Marauder.

France, 1907 : Marauder, de chat-pard, chat-tigre ; argot des soldats d’Afrique.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’on fricote ? Eh ! eh ! on se nourrit bien ici, tonnerre de Dieu ! ça sent bon ! Ah ! Ah ! C’est Jacobot ! D’où avez-vous tiré ce freschsteack ? Où diable a-t-il trouvé à chaparder de la viande, ce rossard ?
C’était Le gros commandant Rambaut qui, réveillé, lui aussi, s’avançait par l’odeur alléché.

(Hector France, Sous Le Burnous)

Puis voici cette étrange fille, Thérèse Figneur, dite Sans-Gêne, dont la vie est toute une épopée coupée d’éclats de rire. Engagée à dix-neuf ans dans la légion allobroge, elle est dragon au siège de Toulon. Elle vit familièrement avec l’état-major, partageant avec le sergent Masséna et le soldat Junot un gigot de mouton chapardé durant une reconnaissance en fourrageurs.

(Marzac)

Se dit aussi pour voler :

En quoi la sûreté de l’État et la défense nationale sont-elles compromises parce que j’ai prouvé, preuves en mains, qu’on avait chapardé du blé et que le Magenta ne répondait pas comme bâtiment à ce qu’on était en droit d’en attendre ?…
La publication que j’ai faite intéresse, en effet, la défense nationale, compromise par des serviteurs infidèles. Elle ne peut être désagréable qu’aux voleurs.

(Clemenceau, La Justice)

Chapeau en bataille

Delvau, 1866 : s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d’état-major. Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c’est-à-dire dans la ligne du nez.

Colonne (chapeau en)

France, 1907 : Chapeau militaire dont les pointes se redressent sur le front et sur la nuque. C’est la coiffure des généraux et de l’état-major, le contraire du chapeau eu bataille, comme le portent les gendarmes. On dit aussi frégate.

Corps de pompe

Fustier, 1889 : L’ensemble des professeurs de l’École de Saint-Cyr.

Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.

(Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)

France, 1907 : État-major de l’École de Saint-Cyr et de l’École de cavalerie de Saumur.

Cote amour

France, 1907 : On appelle ainsi, dans l’argot des écoles militaires, la note donnée à un officier ou à un élève officier manquant d’éducation première.

On lui avait appliqué la fameuse cote amour, la note à l’encre rouge qui dit que l’officier, si instruit qu’il soit, manque de tenue ; il ne sait pas conduire un cotillon ni offrir son bras à la femme du colonel ou à la fille du général ; il n’est pas de la « société » et on ne peut pas l’admettre dans le service d’état-major qui devrait être le service de mobilisation, de campagne et de campement, et qu’on réduit à n’être que le service des bureaux et des salons.

(Camille Dreyfus, La Nation)

Émile

Delvau, 1864 : Nom donné aux pédérastes que précédemment l’on appelait Tantes (V. ce mot). Les Émiles étaient en société, à Paris, en 1864. Leurs statuts ont été imprimés. La police, avertie de ces réunions, y fit une descente et fit fermer un établissement de marchand de vins de la Barrière de l’École, où ils se réunissaient. De hauts fonctionnaires furent compromis. Une chanson fut faite à cette occasion. Les patients s’habillaient en femme pour recevoir leur Émile. — Un dessinateur avait consenti à reproduire les poses lubriques de toutes ces scènes de sodomie.

Extrait d’une lettre du baron de Heeckeren, sénateur, saisie : « … Je ne pourrai venir à la réunion qu’à minuit, réservez-moi Dupanloup… »
— Duc de Mouchy. Jeune attaché d’ambassade, très connu pour ses goûts non-conformistes…, comme patient… S’habille ordinairement en femme, — Général d’Herbillon (Émile), général de division et sénateur.
Étaient encore acteurs dans la pièce : — Duc de Valmy, secrétaire d’ambassade. — Davilliers (J.-P.-E.), chef du deuxième bureau, première division, ministère de la guerre. Lieutenant d’état-major. Proxénète et mignon. On faisait des cancans sur lui dans son bureau ; indigné de bruits qui ternissaient son honneur, il fut s’en plaindre à son protecteur, le général Castelnau, chef de sa division au ministère. Le général, qui ne voulait pas que son protégé eût la réputation d’une putain, lui promit de faire cesser les bruits qui couraient. Il pria le préfet de police de faire use enquête ; pour toute réponse, le préfet lui montra une photographie représentant son protégé dans l’exercice de ses fonctions.
Plusieurs dénonciations étaient arrivées à la préfecture de police ; la plus drôle est celle d’un propriétaire qui, voyant arriver une masse de soldats dans la maison folichonne, et apprenant qu’on y avait apporté des uniformes de préfets, de sénateur, d’évêques, crut à un complot et en écrivit à la préfecture.

(La Sultane Rozréa, p. 21.)

France, 1907 : Souteneur ; pédéraste.

État-major

Fustier, 1889 : Argot de caserne. Boisson composée de vin, d’eau-de-vie et de sirop de groseille. (P. Ginisty : Manuel du parfait réserviste)

France, 1907 : Vin sucré. Expression rapportée par les soldats d’Afrique.

Fagot

d’Hautel, 1808 : C’est un fagot d’épine, se dit d’une personne qui a l’humeur revêche et acariâtre, que l’on ne sait comment aborder.
Débiter, dire des fagots. Dire des fariboles, des bourdes, des mensonges.
Un philosophe conversant un jour avec une femme de beaucoup d’esprit qui ne partageoit pas ses opinions, et à laquelle néanmoins il vantoit les hauts faits de la philosophie, en s’exprimant ainsi : Nous autres philosophes, nous avons abattu des forêts de préjugés ; la dame ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et, répliqua aussitôt C’est donc pour cela que vous nous débitez tant de fagots.
On dit d’un ami que l’on veut régaler, qu’on lui fera boire une bouteille de vin de derrière les fagots.
Il y la fagots et fagots.
Pour il y a mensonges et mensonges.
Il y a bien de la différence entre une femme et un fagot. Se dit en parlant de deux choses très différentes par leur nature.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat.

Clémens, 1840 : Forçat.

un détenu, 1846 : Forçat libéré.

Halbert, 1849 : Forçat.

Larchey, 1865 : Ancien forçat.

Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot

(V. Hugo)

Larchey, 1865 : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de l’École des eaux et forêts, — dans l’argot des Polytechniciens.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat, — Homme qui est lié à un autre homme : en liberté, par une complicité de sentiments mauvais ; au bagne, par des manicles. Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Fagot affranchi. Forçat libéré.

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu’on fait du bois mort.

Rigaud, 1881 : Vieillard. — Forçat. (Vidocq, F. Michel, Colombey.) — Ancien forçat. (V. Hugo, L. Larchey.) — Élève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.

La Rue, 1894 : Vieillard. Forçat. Camarade. Homme mené en prison.

Rossignol, 1901 : Forçat.

Hayard, 1907 : Récidiviste.

France, 1907 : Camarade.

— Où est-il ton fagot, que je le remouche.

(Vidocq)

France, 1907 : Élève de l’École forestière de Nancy.

Chaque année, le lundi de Pâques, les X reçoivent les fagots, alors à Paris, dans un restaurant du boulevard. En février, les X sont reçus à Nancy. Les deux écoles fraternisent ainsi deux fois par an.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Forçat, transporté où simplement homme conduit en prison ; on le lie ou on l’attache comme un fagot.

Mes pauvres diables de soldats en sont parfois réduits à se procurer une marmite de soupe à la cuisine de la transportation. Elle est très bonne, cette soupe, et embaume tout le camp. Il faut vous dire que les fagots — c’est le nom familier des transportés — possèdent un jardin immense et le moyen de lui faire beaucoup produire. On les soigne, du reste ; ils sont mieux nourris, plus intelligemment habillés et plus payés que les troupiers. Ajoutez qu’ils ne font rien ; on feint de les conduire au travail et ils ne feignent même pas de travailler.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

On y assommait à coups de chaînes trois condamnés : l’ex-commissaire des guerres Lemière, l’ex-officier d’état-major Simon et un voleur nommé le Petit Matelot, que l’on accusait d’avoir trahi ses camarades par des révélations et d’avoir fait manquer des complots de prison.
Celui qui les avait signalés à la vengeance des fagots était un jeune homme dont la rencontre eût été une bonne fortune pour un peintre ou pour un acteur.
On l’appelait à Bicêtre Mademoiselle.
Ce sobriquet est assez significatif.
Mademoiselle était un de ces monstres qui trouvent au bagne un théâtre digne de leurs dégoûtantes voluptés.

(Marc Mario et Louis Launay)

Fagot affranchi, forçat libéré ; fagot à perte de vue, condamné aux travaux forcés à perpétuité.

— On a beau être un vieux fagot affranchi, on sait ce qu’on doit au sexe et à l’innocence… moi d’abord j’ai toujours été le champion des dames ! Ah ! mais oui ! Et ça ne m’a pas fait tort, puisque, après avoir tiré dix berges, j’ai obtenu ma grâce, quoique fagot à perte de vue…

(Hector France, La Mort du Czar)

Fagot en campe, échappé du bagne.

France, 1907 : Vieillard.

Francs-bourgeois ou drogueurs de la haute

Vidocq, 1837 : s. m. — Les pauvres diables que l’on rencontre sur la voie publique, sales et éclopés, accroupis les genoux dans la boue au coin d’une borne, et auxquels on jette un sol sans seulement daigner laisser tomber sur eux un regard de commisération, ne sont pas les seuls mendians que renferme la bonne ville de Paris. Il y a des mendians là où on ne croit trouver que des gens possédant pignon sur rue, ou une inscription sur le grand livre ; au café de Paris, au concert Musard, par exemple, quelquefois même au balcon de l’opéra, assis entre un diplomate qui lorgne les tibias de Fanny Essler, ou un banquier qui se pâme aux roulades de Mlle Falcon. Ces mendians, il est vrai, ne sont pas couverts de haillons, ils ne sont ni tristes, ni souffreteux ; bien au contraire, leur linge est d’une blancheur éblouissante, leurs gants d’une extrême fraîcheur, le reste à l’avenant ; leur teint est fleuri et leur regard fixe.

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable,

a dit quelque part le régent du Parnasse, et jamais ce vers ne fut cité plus à propos. Comment ! me direz-vous, ce jeune dandy, cette petite maîtresse pimpante et minaudière, ce vieillard à cheveux blancs qui porte à sa boutonnière une brochette de décorations, tous ces individus qui paraissent si gais, si contens, si insoucieux du temps qui passe, sont des mendians ? Eh ! mon Dieu oui ! Prenez seulement la peine de lire cet article, vous connaîtrez tous les mystères de leur existence ; et si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous avez rompu avec tous les nobles sentimens, vous pourrez suivre leur exemple, et mener bonne et joyeuse vie sans vous donner beaucoup de peine.
C’est un agent de police, dit-on de l’homme qui mène, dans la moderne Babylone, la vie d’un sybarite, et auquel on ne connaît ni revenus ni industrie. Quelle profonde erreur ! Quelqu’élevé que soit le chiffre des fonds secrets, le nombre des agens soldés du ministère de l’intérieur, de la préfecture de police et de l’état-major de la place des Tuileries, du Palais-Royal, est trop considérable pour que chacun d’eux puisse recevoir mensuellement une bien forte somme ; l’individu dont l’existence paraît un problème insoluble, est tout simplement un Franc Bourgeois, ou Drogueur de la Haute, et voici comment il procède.
L’Almanach du Commerce, l’Almanach Royal, celui des vingt-cinq mille adresses, sont les mines qu’il exploite, et dans lesquelles il trouve tous les jours quelques nouveaux filons. Après avoir choisi une certaine quantité d’adresses, il se met en course et bientôt il arrive chez un personnage de haute volée ; il a décliné au valet-de-chambre de Monsieur ou à la camériste de Madame un nom bien sonore, toujours précédé de la particule aristocratique ; et, comme il serait malséant de faire faire antichambre à un noble personnage, on l’a immédiatement introduit près de la personne qu’il désire voir ; c’est ici que la comédie commence. Je vais prendre pour type certain personnage très-connu dans Paris, qui se dit le dernier rejeton d’une ancienne famille de la basse Normandie, famille si ancienne en effet qu’il serait vraiment impossible à tous les d’Hozier de l’époque de découvrir son écusson.
Monsieur le Baron, monsieur le Comte, monsieur le Duc (le Drogueur de la haute ressemble beaucoup au tailleur du Bourgeois Gentilhomme, il n’oublie jamais les titres de celui auquel il s’adresse, et, s’il savait que cela dût lui faire plaisir, il lui dirait très-volontiers votre majesté), je n’ai point l’honneur d’être connu de vous, et cependant je viens vous prier de me rendre un important service ; mais tout le monde sait que vous êtes bon, généreux, c’est pour cela que je me suis adressé à vous, ici il parle de ses aïeux : s’il s’adresse à un des partisans de la famille déchue, ce sont de vieux bretons, son père qui était un des compagnons de Sombreuil, est mort à Quiberon ; s’il s’adresse à un des coryphées du juste-milieu, il se donne pour le neveu ou le cousin de l’un des 221 ; s’il veut captiver les bonnes grâces d’un républicain, son père, conventionnel pur, est mort sur la terre étrangère, son frère a été tué le 6 juin 1832 à la barricade Saint-Merry. Après avoir fait l’histoire de sa famille, le Drogueur de la haute passe à la sienne, venu à Paris pour la première fois, dit-il, j’ai donné tête baissée dans tous les pièges qui se sont trouvés sur mes pas : j’ai été dépouillé par d’adroits fripons, il ne me reste rien, absolument rien, je ne veux pas demeurer plus longtemps dans la capitale, et je viens, Monsieur, vous prier de vouloir bien me prêter seulement la somme nécessaire pour payer ma place à la diligence, plus quelques sous pour manger du pain durant la route, cela me suffira ; je dois supporter les conséquences de ma conduite, et sitôt mon arrivée, mon premier soin sera de m’acquitter envers vous. J’aurais pu, pour obtenir ce que je sollicite de votre obligeance, m’adresser à monsieur le Comte, à monsieur le Marquis un tel, intime ami de ma famille ; mais j’ai craint qu’il ne jugeât convenable de l’instruire de mes erreurs.
Il est peu d’hommes riches qui osent refuser une somme modique à un gentilhomme qui s’exprime avec autant d’élégance. Au reste, si sur dix tentatives deux seulement réussissent, ce qu’elles produisent est plus que suffisant pour vivre au large pendant plusieurs jours. Quelquefois, et ici le cas est beaucoup plus grave, ce n’est point pour leur compte que les Drogueurs de la haute mendient, c’est pour une famille ruinée par un incendie, pour un patriote condamné à une forte amende. Sous la restauration, ils quêtaient pour les braves du Texas, pour les Grecs ; ils ont, à cette époque reçu d’assez fortes sommes, et les compagnons du général Lefebvre Desnouettes ou d’Ypsilanti n’en virent jamais la plus petite parcelle.
Il vaut mieux, sans doute, lorsque l’on est riche, donner quelques pièces de vingt francs à un fripon que de refuser un solliciteur dont la misère peut-être n’est que trop réelle, aussi je n’ai point écrit cet article pour engager mes lecteurs à repousser impitoyablement tous ceux qui viendront les implorer, mais seulement pour leur faire sentir la nécessité de ne point donner à l’aveuglette, et sans avoir préalablement pris quelques renseignemens, et surtout pour les engager à ne point perdre un instant de vue ceux de ces adroits et audacieux solliciteurs qui sauront leur inspirer le plus de confiance ; car les événemens qui peuvent résulter de leur visite sont plus graves qu’on ne le pense ; plusieurs d’entre eux sont liés avec des voleurs de toutes les corporations, auxquels ils servent d’éclaireurs ; il leur est facile de savoir si les concierges sont attentifs, si les domestiques se tiennent à leur poste, si les clés dont, à l’aide de la Boîte de Pandore, ils chercheront à prendre les empreintes, restent sur les portes ; s’ils ont remarqué un endroit vulnérable, ils pourront l’indiquer à un voleur praticien du genre qu’ils auront jugé le plus facile à exécuter, et au premier jour on sera volé avec des circonstances telles, que l’on sera pour ainsi dire forcé de croire que le vol a été commis par des habitans de la maison.
Que conclure de ce qui précède ? Qu’il ne faut recevoir personne, et ne point soulager l’infortune ? Non, sans doute, ce serait se priver du plus doux de tous les plaisirs ; mais on peut sans inconvénient avoir continuellement l’œil ouvert, et ses portes constamment fermées.

Frégate

Ansiaume, 1821 : Succube (jeune homme sodomiste ou putain de galère).

Il donne à sa frégate ses nourritures et 6 balles par mois.

Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune pédéraste. Terme des bagnes.

Clémens, 1840 : Jeune forçat.

Rigaud, 1881 : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chapeau bicorne, claque, à cause de sa forme assez semblable à celle d’un navire à voiles, porté par l’état-major et les élèves de l’École polytechnique. « La courbe gracieuse de la frégate n’est pas due au caprice d’un artiste habile ; c’est une courbe géométrique transcendantale qu’on peut construire par points et dont on peut déterminer les tangentes et les points d’inflexion… La manière de porter la frégate a été pour la première fois enseignée en 1824 par Baupré, ancien danseur de l’Opéra, qui donnait à l’École des leçons de danse et de maintient. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

France, 1907 : Sodomite.

Freluquet

Delvau, 1866 : s. m. Jeune homme, gandin, — dans l’argot du peuple, probablement par allusion au parler frelu d’autrefois.

France, 1907 : Petit jeune homme tiré à quatre épingles, petit sauteur.

— Puis, vous savez, dans l’état-major je tombe au milieu de tous ces freluquets de Pétersbourg qui font de la diplomatie, même entre eux… Alors, vous comprenez… nous autres petits officiers d’armée… Et puis l’uniforme doit être brillant, et je ne possède que celui que j’ai sur de corps, encore est-il un peu râpé…

Fricoter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Dépenser de l’argent, le boire ou le manger ; faire la noce ; se régaler.

Delvau, 1866 : v. n. Se mêler d’affaires véreuses ; pêcher en eau trouble.

Rigaud, 1881 : S’amuser ; tripoter à la Bourse, dans le commerce. — Dans le jargon des typographes, c’est le synonyme de chiquer des sortes. — Fricoter de l’argent, dépenser de l’argent.

Boutmy, 1883 : v. a. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons ; synonyme de piller.

Fustier, 1889 : « Les secrétaires, les commis d’état-major qu’on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d’une immense table. »

(Constitutionnel, août 1882)

Rossignol, 1901 : Tripoter. Celui qui a la conscience élastique, qui fait argent de tout, fricote ; c’est un fricoteur.

France, 1907 : Faire.

— Nous avons dans le quartier le boulevard Richard-Lenoir, la place de la Bastille et la gare de Vincennes… Mais là, rien à fricoter… C’est plein de femmes, toutes plus méchantes les unes que les autres, qui sont jalouses chaque fois qu’elles en voient une nouvelle, et qui seraient les premières à la « donner » aux agents… Les premières fois, ça finirait par des batteries. Donc, nisco… D’autant plus que le public n’est pas fameux : des types du faubourg, des artilleurs de Vincennes ou des poivrots… Ça vaut pas la peine qu’on se dérange, et faut laisser ça aux Marie-sans-dents. T’es trop jolie et trop jeune pour eux.

(Oscar Méténier, Madame la Boule)

France, 1907 : S’amuser en noces et festins, boire et manger dans les gargotes.

Gambettiste

Rigaud, 1881 : Partisan de la politique de M. Gambetta ; admirateur de M. Gambetta. — Fonctionnaire nommé par M. Gambetta, à l’époque de la guerre de 1870-71. — Préfet, général gambettiste.

France, 1907 : Partisan de Gambetta, ou fonctionnaire nommé par Gambetta.
Des buveurs de bocks, des braillards de brasserie du quartier Latin furent bombardés sous-préfets, préfets, officiers supérieurs d’état-major et devinrent d’enragés gambettistes.

Lune (armée de la)

France, 1907 : Association de malfaiteurs militaires qui opérait pendant la nuit et épouvanta la province sous la Restauration.

Vidocq savait que la fameuse armée de la Lune était une association de malfaiteurs, dont les chefs s’étaient dérobés jusque-là aux investigations de la police.
Ces brigands, qui avaient organisé l’assassinat et le vol dans un rayon de plus de dix lieues, appartenaient à tous les régiments.
La nuit, ils rôdaient dans les camps ou s’embusquaient sur les routes, faisant de fausses rondes ou de fausses patrouilles et arrêtaient quiconque présentait l’espoir du plus léger butin.
Afin de n’éprouver aucun obstacle dans l’accomplissement de leurs ténébreux exploits, ils avaient à leur disposition des uniformes de tous les grades.
Au besoin, ils étaient capitaines, colonels, généraux, et ils faisaient à propos usage de mots d’ordre et de ralliement, dont quelques affidés, emplovés à l’état-major, avaient soin de communiquer la série par quinzaine.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Possibiliste

France, 1907 : Socialiste modéré du parti révolutionnaire, qui est à l’heure actuelle divisé en cinq fractions distinctes et ennemies : les marxistes, appelés aussi guesdistes ; les blanquistes, qui ont pour organe le Comité révolutionnaire central ; le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (les allemanistes) ; les possibilistes qui ont adopté les vues et la méthode de Brousse : enfin les socialistes indépendants, soit qu’ils se réclament, comme Rouanet et Fournière, de la pensée et de la discipline morale de Malon, soit que, comme Millerand, Viviani, Gérault-Richard, ils soient allés au socialisme sans passer par une organisation définie.
Le nom des possibilistes leur vient de ce qu’au congrès de Saint-Étienne ils se sont séparés de leurs coreligionnaires en socialisme, Jules Guesde, resté fidèle aux doctrines de Karl Marx, leur cria :
« Vous êtes les opportunistes de la révolution, ô vous qui êtes les partisans du possible !… » Possibilités ! Le nom demeura.
Joffrin était le véritable chef des possibilistes : il avait avec lui, dans son état-major, Paulard, Lavy, Réties, Paul Brousse, Faillet, J.B. Dumay, Simon Saens, et quelques autres.

On sait à quel point nous nous sommes toujours défiés des possibilistes, allemanistes ou autres, lesquels ne représentent pour nous que ce qu’on pourrait appeler le « parti de la galette. »

(Henri Rochefort)

Prune

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas pour des prunes. C’est-à-dire, ce n’est pas pour rien, pour peu de chose, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Balle ou boulet, — dans l’argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes. Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l’ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc : « Pardieu ! Sire ! lui cria-t-il du plus loin qu’il l’aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres prunes que celles-ci, et un peu plus dures à digérer. » On dit aussi Pruneau. Gober la prune. Recevoir une blessure mortelle.

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c’est-à-dire depuis 1798. Avoir sa prune. Être saoul.

France, 1907 : Balle ; allusion à la forme des anciennes balles.

Au même moment, un grand juif hollandais accourait armé d’une fourche. Cela donna du cœur au « singe », qui me dit : « Si tu ne te rends pas immédiatement, je te tue. »Je lui répliquai : « Décampe, ou tu es mort. » Il essaya de me saisir. Je lui envoyai alors dans l’épaule une prune qui le roula par terre.

(Hector France, Chez les Indiens)

On dit aussi dragée, pruneau.

Un jeune maréchal des logis du 11e dragons, fils du général Henry, chef d’état-major du 6e corps, a la tête brisée par un éclat d’obus ; l’aide de camp du commandant du 4e corps, le capitaine de la Tour-du-Pin, s’empare du fanion, pendant que tombe le pauvre enfant :
— Permettez-moi, mon général, dit-il, de prendre la place du maréchal des logis.
Et c’est M. de la Tour-du-Pin qui, jusqu’à la fin de la bataille, porta le fanion tricolore, ce qui faisait dire aux soldats qui passaient :
— Pour sûr, en v’là un qui aime les pruneaux.

(Commandant X, La Nation)

Topard

France, 1907 : Officier d’état-major ; allusion aux travaux topographiques. Argot militaire.

Topo

Larchey, 1865 : Officier d’état-major, plan topographique.

Delvau, 1866 : s. m. Plan topographique, — dans l’argot des officiers d’état-major. Se dit aussi pour Officier d’état-major.

Rigaud, 1881 : État-major. — Officier d’état-major.

Rigaud, 1881 : Remontrance de professeur à élève, — dans le jargon des collégiens ; du grec topos, lieu commun, discours banal.

Rigaud, 1881 : Topographie, par apocope.

Merlin, 1888 : Apocope de plan topographique.

Fustier, 1889 : Circulaire ; proposition, motion. Argot des élèves de l’École polytechnique.

France, 1907 : Discours.

Le président s’était levé, agitant son grelot avec une impatience feinte pour réclamer le silence, et il débitait un topo sans prétention, remerciant les « petits amis » d’avoir répondu avec tant d’empressement à son invitation…

(André Desroches, L’Éternelle illusion)

France, 1907 : Officier d’état-major.

France, 1907 : Plan topographique ; abréviation de topographie ; argot militaire et des écoles.

Celui qui, par hasard, n’est pas pris par un service, reste du coin du feu, relit pour la vingtième fois un vieux journal de l’avant-dernier courrier, met son carnet à jour, dessine quelque topo des environs.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

À l’École polytechnique, on donne le nom de topo non seulement à tout dessin qui représente le plan d’un terrain, mais à toute feuille imprimée ou manuscrite que les élèves se communiquent entre eux, soit dans un but sérieux, soit pour servir d’amusement.

(A. Lévy et G. Pinet)

Topo torsif est dans le même argot la feuille de papier que les élèves font circuler dans les salles, pour dissiper l’ennui et la fatigue des trop longues études et sur laquelle s’agitent les propositions les plus saugrenues, les idées les plus baroques.

Versailleux

France, 1907 : Nom méprisant donné par les partisans de la Commune de 1871 aux troupes dont l’état-major se trouvait à Versailles.

Les troupes de Versailles, entrées dans Paris pendant la nuit, se déployaient en éventail, en longeant les fortifications. Ce ne pouvait être que l’affaire de quelques heures. Avant la fin du jour, le quartier se trouverait délivré.
Jean Norval passa outre, et haussant les épaules. « Délivré ! » Ce mot le frappait dans la bouche du concierge. « Paris délivré par Versailles ! » Il fallait que cet homme eût bien peur pour parler ainsi, lui qui, la veille encore, ne tarissait pas en insultes contre « ces salauds de Versailleux ! »

(Hugues Le Roux)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique