Rigaud, 1881 : Maladie particulière aux buveurs d’absinthe. Nom donné par le docteur Lunel à l’affection chronique résultant de l’abus de cette liqueur L’absinthisme conduit ses victimes à l’hystérie, l’épilepsie, l’idiotisme et la mort.
Absinthisme
Barbe de la femme (la)
Delvau, 1864 : Les poils de sa motte, — qu’elle se garde bien de couper et encore moins d’épiler, à l’exemple des femmes d’Orient :
Sur ta laine annelée et fine
Que l’art toujours voulut raser ;
O douce barbe féminine !
Reçois mon vers comme un baiser.
(Th. Gautier)
Batteur, batteuse de dig-dig
Rigaud, 1881 : Faux épileptique, fausse épileptique, qui simule une attaque chez un bijoutier ou simplement sur la voie publique, pour exploiter la charité des passants.
Battre un dig-dig
Virmaître, 1894 : Simuler une fausse attaque d’épilepsie sur la voie publique. L’homme qui pratique ce truc pour donner à l’attaque simulée l’apparence de la vérité, se met préalablement dans la bouche un morceau de savon. En le mâchonnant le savon mousse et lui amène l’écume aux lèvres comme si l’attaque était naturelle. Les batteurs de dig-dig font souvent de fortes recettes (Argot des voleurs).
Cambola
Virmaître, 1894 : Faux épileptique (Argot des voleurs). V. Battre un dig-dig.
France, 1907 : Faux épileptique ; argot des voleurs.
Coco épileptique
Delvau, 1866 : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu la Vie de Bohême.
France, 1907 : Vin de Champagne. Il a la couleur du coco et mousse comme les épileptiques.
Cour du roi Pétaud
France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :
On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.
Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.
Dig-dig
La Rue, 1894 : Épilepsie. Batteur de dig-dig, escroc qui simule l’épilepsie pour exploiter la charité publique.
France, 1907 : Attaque d’épilepsie. Batteur de dig-dig, mendiant qui simule l’épilépsie sur la voie publique pour attirer la compassion des passants. Le moyen est des plus simples et consiste à faire des soubresauts désordonnés après s’être introduit un morceau de savon dans la bouche. Du béarnais dingue-dangue, oscillation, mouvement saccadé de droite et de gauche.
Digue-digue
Vidocq, 1837 : s. f. — Attaque d’épilepsie.
Larchey, 1865 : Attaque d’épilepsie. — De dinguer : tomber. V. Camboler.
Delvau, 1866 : s. f. Attaque d’épilepsie, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Attaque d’épilepsie, — dans le jargon des voleurs.
Diguedigue
Rossignol, 1901 : Épilepsie. Tomber de cette maladie, c’est tomber du diguedigue.
Embarbement
France, 1907 : Attaque d’épilepsie.
Épiler la pèche (s’)
France, 1907 : Se raser.
Épiler la pêche (se faire)
Rigaud, 1881 : Se faire raser, — dans le jargon des ouvriers.
Faire la collecte
France, 1907 : Les chanteurs de cours, les culs-de-jatte, les épileptiques et autres mendiants de cette sorte ont souvent un compagnon qui les suit ou vient plusieurs fois dans la journée à un endroit désigné d’avance recueillir les aumônes reçues, pour les mettre en sûreté, afin qu’en cas d’arrestation on d’indiscrète curiosité de la police on ne trouve sur eux qu’une vingtaine de sous : c’est ce qui s’appelle faire la collecte. Maxime du Camp cite dans son Paris bienfaisant un cul-de-jatte qu’on vit longtemps sur le trottoir du boulevard Haussmann et qui avoua recueillir chaque jour plus de vingt francs, lorsqu’on l’arrêta pour avoir volé le porte-monnaie d’une dame.
Haut mal
France, 1907 : Épilepsie.
Haut-mal
Delvau, 1866 : s. m. L’épilepsie, — dans l’argot du peuple.
Mal de terre
France, 1907 : Épilepsie.
Mal Saint-Avertin
France, 1907 : On appelait ainsi autrefois la folie furieuse dans laquelle entrent les alcooliques. Elle avait plusieurs degrés, dit Charles Nisard. Le premier indiquait un simple vice de caractère, comme par exemple celui qui se manifeste chez les personnes gâtées dans leur enfance, et qui s’emportent jusqu’à la fureur à la moindre contradiction. Le dernier degré était l’épilepsie.
Comme on traitait le mariage
D’une maligne et d’un malin,
Un des parents dit : C’est dommage,
Ils se battront soir et matin.
Lors dit un d’entre eux, le plus sage :
Il les faut mettre ensemble, afin
Qu’à tout le moins saint Avertin
Ne puisse troubler qu’un ménage.
(Des Accords des Touches)
Mendigo
La Rue, 1894 : Mendiant.
France, 1907 : Mendiant ; faux pauvre.
Cette classe importante compte une foule de types : la fausse veuve avec enfants, le faux martyr politique, le mendiant à domicile, le faux épileptique, le faux ouvrier sans travail, le faux mari dont la femme se meurt faute d’argent pour un remède, etc., etc.
(Rabasse)
Quant à l’ouvrier sans travail, dont la femme pleure au logis, dont les gosses crèvent la famine, et qui bat le pavé en quête d’un labeur qui semble le fuir, gare à lui s’il s’assied un quart d’heure sur un banc pour reprendre haleine, gare à lui, surtout, s’il est mal vêtu. « À Nanterre, mendigo ! »
(La Révolte)
Faignant, lui ! Lui, lâche ! Infamie !
Un soir, on rafla son amie.
Emballée ! Ouste ! À Saint-Lago !
Ainsi tombé dans la mélasse,
Qu’auriez-vous fait, vous, à sa place ?
Lui, sans honte, il fut mendigo.
Oui, dans sa débine complète,
Pour qu’elle eût un peu de galette,
Quelques maigres douceurs là-bas,
Lui, se grimant en cul-de-jatte,
Il tendit bravement la patte
Aux sous qu’on ne lui donna pas.
(Jean Richepin)
iens, qu’est-c’ que c’est donc que c’gros moine
Qui rigole sous son capuchon ?…
J’suis bêt’… c’est l’fameux saint Antoine ;
Je le r’connais à son cochon !
Et c’vieux mendigo qui s délabre ?
Pour sûr, il ignor’ l’emploi d’l’eau !
Ce doit êtr’ ce pouilleux d’saint Labre,
Va donc prendre un bain, eh ! salop !
Pêche
Fustier, 1889 : Tête, physionomie.
France, 1907 : Excrément. Déposer une pêche, faire ses besoins.
Comm’ j’étais pressé, j’me dépêche,
Et me faufil’ comme un cabot,
Et j’pos’ delicat’ment ma pêche
Dans eune espèce d’lavabo.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Tête. Se faire épiler la pêche, se faire raser.
Ratissé
Rigaud, 1881 : Joueur qui a perdu son argent au jeu. Celui dont la poche a été ratissée par le râteau du croupier. Être ratissé jusqu’au dernier sou. La variante est : Ratiboisé.
Fustier, 1889 : Gandin, fashionable. Ç’a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux.
Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d’Égout… Pourquoi les ratissés ? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le râteau du croupier ? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d’un jardin bien entretenu ?
Je n’en sais rien ; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
Le ratissé a son féminin : la ratissée. Et je m’imagine qu’aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.
(Illustration, octobre 1885.)
Sabouleux
anon., 1827 : Ceux qui tombent du haut-mal.
Bras-de-Fer, 1829 : Ceux qui tombent du haut mal.
Vidocq, 1837 : Ancien sujet du grand Coësré, qui se mettait un morceau de savon dans la bouche pour simuler celui qui est attaqué d’épilepsie ; on les nomme aujourd’hui Batteurs de dig-dig.
Halbert, 1849 : Ceux qui tombent du mal caduc.
France, 1907 : Faux épileptique ; du vieux provençal sabo, savon, à cause du morceau de savon que ces mendiants imposteurs se mettent dans la bouche pour simuler l’écume de l’épilepsie, Le mot date du XVIIe siècle.
Sabouleux, sabouleuse
Rigaud, 1881 : Faux épileptique, fausse épileptique.
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