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Abraser

France, 1907 : Écraser, détruire ; au passif, s’écrouler : « Not’ mur s’abrase. » Mot bourbonnais et berrichon, dérivé de braser, parallèle de bréser et briser.

(P. Malvezin)

Amoureux

d’Hautel, 1808 : Amoureux des onze mille vierges. Terme de dérision. Homme volage et inconstant ; cœur banal qui s’enflamme également pour toutes les femmes.
Amoureux transi. Homme indifférent et flegmatique, qui n’aime que par calcul et intérêt.

France, 1907 : Bossu, dans l’argot populaire.

(Une bande de bambins poursuivant un enfant bossu.) — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Laissez-moi, vous me faites du mal !
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue ! (Ils le frappent et le renversent.)
L’enfant. — Vous êtes méchants, vraiment… brigands, assassins, voleurs ! Ne me battez pas tous à la fois aujourd’hui, vous me battrez demain.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Oh ! si j’étais fort !
Tous. — Fort à quoi, l’amoureux, fort à quoi ?
L’enfant. — Fort, fort à casser le ciel, je vous écraserai tous.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !…
Le bourgeois, attendri. — Chers enfants ! C’est l’espoir de la France, oui, monsieur, l’espoir de la France ; oui, monsieur, l’espoir de la France.

(Jules Noriac)

Ange gardien

Delvau, 1866 : s. m. Homme dont le métier — découvert, ou tout au moins signalé pour la première fois par Privat d’Anglemont — consiste à reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément d’être écrasés ou dévalisés — par d’autres.

Rigaud, 1881 : Accompagnateur d’ivrognes. Avant l’annexion des anciennes barrières, un grand nombre de marchands de vin avaient attaché à leurs établissements « des anges gardiens » chargés d’accompagner les ivrognes à domicile, de veiller à leur sûreté et de leur éviter le désagrément d’être dévalisés par les voleurs au poivrier. Industrie disparue aujourd’hui.

France, 1907 : Individu dont la profession consiste à ramasser les ivrognes et à les reconduire à domicile.

France, 1907 : Sonnette électrique placée à l’intérieur d’un coffre-fort.

Bouteille (coup de)

Rigaud, 1881 : Ivresse. Mot à mot : coup que le contenu de la bouteille produit sur la tête.

Il avait un coup de bouteille comme à l’ordinaire.

(É. Zola)

Écraser une bouteille, vider une bouteille.

Cachet de la république

Delvau, 1866 : s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

Virmaître, 1894 : C’est un coup de pied canaille. Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire. Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

France, 1907 : Marque d’un coup de talon de botte sur la figure ; argot des rôdeurs de barrière. Il laisse une emprunte rouge.

Carrefour des écrasés

Rigaud, 1881 : Carrefour formé par le boulevard Montmartre, la rue Montmartre et la rue du Faubourg-Montmartre. C’est un des endroits de Paris les plus dangereux pour les piétons, à cause de la quantité de voitures qui s’y croisent et de la pente du boulevard Montmartre qui ne permet pas aux cochers d’arrêter leurs chevaux à temps. Le nombre des personne écrasées, chaque année, en cet endroit, lui a valu la lugubre dénomination de « Carrefour des écrasés. »

Chantage

un détenu, 1846 : Vol par pédérastie.

Larchey, 1865 : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses.

Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur…

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l’argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes ; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on dispose.

Rigaud, 1881 : Mise en demeure d’avoir à donner de l’argent sous peine de révélation.

Le chantage est un vol pratiqué non plus à l’aide du poignard ou du pistolet, mais d’une terreur morale, que l’on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance.

(A. Karr, les Guêpes, 1845)

L’inventeur du chantage est Farétin, un très grand homme d’Italie, qui imposait les rois, comme de nos jours tel journal impose tels acteurs.

(Balzac, Un grand homme de province à Paris)

France, 1907 : Extorsion d’argent sous menaces de révélations qui peuvent perdre la réputation où l’honneur. Au lieu d’être la bourse ou la vie, c’est, comme disait Balzac, la bourse où l’honneur. Le chantage a existé de tout temps et partout, mais c’est surtout en Angleterre, en raison de l’hypocrisie des mœurs, qu’il a été et est encore le plus florissant. Reculant devant un scandale qui, même l’innocence prouvée, les eût perdus dans l’estime publique, où leur eût occasionné au moins de nombreux désagréments, des gens des plus honorables se sont laissé exploiter par d’affreux gredins.

De sorte qu’avec le système de chantage, qui est ici des plus prospères, outre qu’il n’est pas de Police Court (tribunal correctionnel) où l’on ne puisse se procurer autant de faux témoins qu’on en désire à raison de deux à cinq shillings par tête, la réputation, la fortune, la liberté, l’avenir du citoyen le plus honorable se trouvent à la merci des deux premières petites drôlesses venues.

(Hector France, Préface de Au Pays des brouillards)

Cette lâche industrie du chantage s’adresse surtout aux faibles, aux timides. aux innocents. Elle a ceci de terrible qu’elle bénéficie neuf fois sur dix de l’impunité, les victimes ayant un intérêt plus grand à payer en silence qu’à porter plainte, le châtiment des coupables ayant pour répercussion l’écrasement, la honte, la disqualification, la déchéance et la ruine des victimes.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chiens crevés, chiens écrasés

Rigaud, 1881 : Faits divers qui sont en réserve sur le marbres d’une imprimerie et qui servent à justifier une page quand il manque de la copie, — dans le jargon des journalistes.

Crevé (petit)

France, 1907 : Petit jeune homme dont la principale occupation est le souci de sa personne. Jeune fainéant que balaiera du trottoir la prochaine révolution sociale. On dit aussi simplement : crevé.

Peut-être apprendrons-nous aussi que les dames de la cour et les crevés du macadam ont dansé, comme à l’exécution des quatre sergents de la Rochelle, autour de quelques pieds carrés où seront couchés les cadavres encore chauds de Ferré ou de Rossel.

(Camille Barrère, Qui-vive !)

Hier, sur les boulevards, un corbillard vide passe à toute vitesse.
Un jeune gommeux, frais et rose, qui traversait la chaussée, est presque renversé par la voiture noire.
— Dites donc, cocher, vous ne pourriez pas faire attention, vous avez failli m’écraser, j’ai pas encore envie d’aller dans votre voiture.
— Hé ! va donc, sale crevé, j’en ai porté au cimetière qui avaient encore meilleure mine que toi.

(Ange Pitou)

I’s sont comm’ ça des tas d’crevés,
Des outils, des fiott’s, des jacquettes,
Des mal foutus, des énervés
Montés su’ des flût’ en cliquettes…

(Aristide Bruant)

Dabicule

Delvau, 1866 : s. m. Fils du patron.

France, 1907 : Fils du patron, généralement un sale petit môme.

Un affreux marmot, le dabicule, tyran de la maison, qu’on eut aimé écraser comme une punaise, poussait des cris de paon.

(Les Propos du Commandeur)

Écacher

d’Hautel, 1808 : Pour dire, écraser, froisser.
Un nez écaché. Pour, un nez gros, camus et épaté.

Delvau, 1866 : v. a. Écraser en aplatissant. On disait et on écrivait autrefois Esquacher.

France, 1907 : Écraser, aplatir.

Écafouiller

France, 1907 : Écraser.

Écarbouiller

d’Hautel, 1808 : Applatir, écraser, broyer, mettre en pièces.
Il a la figure toute écarbouillée. Se dit de quelqu’un qui a été fort maltraité dans une batterie, dont le visage est meurtri, et dans un état méconnoissable.

Delvau, 1866 : v. a. Écraser, aplatir, réduire en miettes, en escarbilles, ou plutôt en escarres. On dit aussi Écrabouiller, et Escrabouiller.

Écarbouiller ou écrabouiller

France, 1907 : Écraser, aplatir, mettre en pièces.

Enfin finit la destinée
Du redoutable Aleinoé,
De sa masse l’écrabouillant.

(Scarron)

Écrabouiller

Fustier, 1889 : Écraser ; réduire en morceaux, en miettes.

La Rue, 1894 : Aplatir, écraser.

France, 1907 : Écraser, mettre en pièces.

Les uns se saisissent aux cheveux, hurlent frénétiquement et s’écrabouillent sans s’être entendus. Ils croient. Ils gobent. C’est les Coline-Maillard. À la même question, posée par le même fait éternel, la réponse des autres est de siffler un petit air. Si la fatalité insiste, ils terminent cet air par une note suraiguë et décisive que les linguistes modernes ont nommée le Zut dièse. Ceux-là ne croient pas.
Ils blaguent : ce sont les Colin Tampon.

(É. Bergerat)

Écrase-caca

Rossignol, 1901 : Chaussures.

Écrasement

France, 1907 : Foule.

Écraser des tomates

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues, dont la couleur est cousine germaine de celle de la pomme d’amour.

— Eh bien, va coucher avec Mélie… — Peux pas : elle écrase des tomates, depuis deux jours, que ça en est dégoûtant.

(Seigneurgens)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir ses menses, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avoir ses menstrues. Et la variante : Faire la sauce tomate.

France, 1907 : Avoir ses menstrues.

La petite me bottait joliment : seize ans et le diable au corps, cela va sans dire à cet âge. Depuis huit jours elle répondait à mes œillades, si bien que je pensais : « Ça y est ! » Mais va te faire fiche, comme je la suivis un soir dans sa chambre, batifolant et essayant de la prendre au bon endroit, elle se mit à crier comme une pintade, si bien que je rengainais mon compliment et m’esquivais lestement sans sonner aux clairons. Trois jours elle me bouda, puis finalement me fit risette.
— Eh bien, quoi ? lui demandai-je… C’est donc passé cette lubie de l’autre soir ?
— Gros serin ! riposta-t-elle. Ce n’est pas la lubie qui est passée. Vous n’avez donc pas compris que j’écrasais des tomates ?

(Les Joyeusetés du régiment)

Écraser un factionnaire

Rossignol, 1901 : Marcher dans quelque chose qui, dit-on, porte bonheur.

Écraser un grain

Delvau, 1866 : v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier, — dans l’argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l’estomac.

Rigaud, 1881 : Boire un verre de vin, quelquefois la bouteille.

Viens-t’en plutôt écraser un grain avec moi.

(Huysmans, Marthe, 1879)

France, 1907 : Prendre un verre de vin sur le comptoir.

Écraser une perle

Rossignol, 1901 : Produire un bruit sourd qui ne vient pas de la gorge. Dans une chambrée, lorsqu’un semblable bruit se produit (ce qui n’est pas rare), on entend aussitôt un compagnon dire :

Quelle est cette jolie voix qui appelle mon polard.

Égrainer son chapelet

Rossignol, 1901 : Voir écraser une perle.

Escrabouillé

France, 1907 : Écrasé.

Mais i’ gliss’ su’l’ sol mouillé,
Cahin, caha,
Hu’ dia ! Hop là !
Mais i’ gliss’ su’l’ mouillé,
Crac, il est escrabouillé !

(L. Xanrof)

Escrabouiller, escarbouiller

Rigaud, 1881 : Écraser ; aplatir.

Imbibé de petits verres
Je porte une botte aux grands ;
Quand je suis entre deux bières,
J’escarbouille les tyrans !

(L. Festeau, l’Emeutier.)

Fumisterie

Rigaud, 1881 : Mauvaise farce, plaisanterie de fumiste. Les fumistes n’étant pas en général parfaitement éduqués, il s’ensuit que leurs plaisanteries ne sont pas toujours d’un goût très délicat.

Fustier, 1889 : Mauvaise plaisanterie.

France, 1907 : Art de duper les foules par des promesses que l’on sait ne pouvoir jamais tenir, et des flagorneries ridicules. Tous les politiciens cultivent plus ou moins la fumisterie.

Notre politique, jongleries électorales, mensonges et palinodies, réclames éhontées des trafiquants de plumes, puffisme et fumisterie défilent tandis que grondent les plaintes des spoliés, les revendications des prolétaires broyés par la monstrueuse machine, écrasés par le capital, que s’étale devant les meurt-de-faim le luxe insolent des fortunes mal acquises, que grouillent les débauches en putréfaction et s’épanouissent les vices en herbe, toutes les beautés des civilisations hautes, avec par-dessus tout, couvrant tout, dominant tout, les grands mots de morale, d’honneur national, de pureté nationale, d’intérêt des masses, d’abnégation et de dévouement des charlatans au pouvoir, comme si l’intérêt de ceux qui gouvernent n’était pas toujours en contradiction directe avec l’intérêt de ceux qui sont gouvernés.

(Hector France, Lettres d’Angleterre)

France, 1907 : Mauvaise plaisanterie.

Grain (écraser un)

Larchey, 1865 : Boire la goutte. Plus applicable à l’alcool dans lequel on conserve quelques grains de verjus.

Est-ce que nous n’écrasons pas un grain ?

(La Bédollière)

Boutmy, 1883 : v. Boire, s’enivrer.

France, 1907 : Boire, s’enivrer.

Gruger

d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.

Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.

(Francis Chevassu)

Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »

Krach

La Rue, 1894 : Déconfiture financière.

France, 1907 : Craquement, effondrement financier. Germanisme.

On fait, chez le tabellion, le dépôt de valeurs empruntées pour un mois, et par l’évêque à amis religieux. Les titres restent dans l’étude au nom du fiancé, pendant la période des négociations. Le mariage conclu, Monseigneur les retire. Et, vers la sixième semaine conjugale, il arrive pour annoncer au pauvre époux la perte de sa fortune, que lui enlèvent un krach imprévu sur la rente argentine, l’incendie de forêts tunisiennes, ou les malversations d’un banquier fictif.

(Paul Adam, Le Mystère des foules)

En attendant, le krach de Londres vaut à Paris un type nouveau. On connaissait le faux manchot, le faux écrasé, le faux orphelin : on a maintenant le faux dépouillé par quelque banque britannique.

(Gil Blas)

Il en est qui vivent encore sur le crédit de leur luxe passé. Jacques X… encore que décavé à fond, continua à faire bonne figure. Au lendemain du krach, il était aussi élégant que la veille, gardait sa voiture, pontait cher au cercle et dînait aux cabarets renommés. D’où tirait-il l’argent ? Du coffre-fort inépuisable de la sottise humaine.

(Henry Bauër)

Les disproportions de l’offre et de la demande, la concurrence ont de plus en plus abaissé le prix du travail au profit de la propriété inerte. Celle-ci s’est multipliée, mais avec une telle rapidité que, dans ses opérations, elle a perdu parfois l’équilibre, et l’histoire contemporaine nous apporte chaque jour un nouveau krach du capital.

(Maurice Pujo, Le Règne de la grâce)

Cependant, d’où provient — après un engouement dont l’Histoire gardera trace — l’impopularité actuelle du barreau ? Elle est, je crois, indéniable : le krach de la parole a précédé le krach de la plume. Et à le constater, je n’apporte aucune malveillance, très en désaccord, là-dessus, avec l’esprit public.

(Séverine)

Lever le coude

Larchey, 1865 : Boire à longues rasades. — Usité dès 1808.

Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude.

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : v. a. Boire, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Boire.

Dans le plus gai des cabarets,
Dont l’hôtelier jamais ne boude,
Nous sommes cinq à six cadets
Disposés à lever le coude.
De ce jus qui nous met en train,
Nous allons écraser un grain.

(Charles Colmance)

Maculature (attraper une)

Rigaud, 1881 : Se griser, — dans le jargon des ouvriers pressiers.

France, 1907 : S’enivrer. Les synonymes sont nombreux, ce qui indique la fréquence du vice. En voici les principaux : s’allumer, se cingler le blair, se cardinaliser, se coller une biture, se coaguler, se culotter, s’empoivrer, s’empaffer, écraser un grain, s’émerillonner, s’émécher, s’enluminer, se flanquer une culotte, faire cracher ses soupapes, se farder, se foncer, mettre son nez dans le bleu, partir pour la gloire, se poisser, se pocharder, prendre une barbe, se piquer le nez, se piquer le tasseau, se schniquer, se tuiler, etc.

Marcher dedans

Delvau, 1866 : Rencontrer sous son pied un insurgé de Romilly, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mettre les pieds sur une sentinelle. Marcher dans la merde, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur. On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit :
— C’est pas possible, il a marché dans la merde.
On dit également :
— Il a écrasé un colombin (Argot du peuple), N.

Marcheuse

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

(Balzac)

Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

(Béraud)

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

(1783, Mercier)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».

Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.

France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.

Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(F. Béraud)

La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.

(Édouard Petit)

France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.

La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.

(Balzac)

… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.

(Théophile Gautier)

Mie de pain

Vidocq, 1837 : s. m. — Pou.

Larchey, 1865 : Vermine (Vidocq). — Allusion à la démangeaison causée par une mie de pain égarée.

Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur, — dans l’argot des typographes. Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.

Delvau, 1866 : s. f. Pou, — dans l’argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.

Rigaud, 1881 : Objet de nulle valeur. — Individu déplaisant, — dans le jargon des typographes. — Pellicules de la tête, — dans le jargon des enfants.

Boutmy, 1883 : s. f. Chose de peu d’importance, de mince valeur Compositeur mie de pain, ouvrier peu habile. Metteur en pages mie de pain, celui qui n’a que des ouvrages de peu d’importance, ou qui n’est chargé que par occasion de la mise en pages d’un travail de cette sorte.

Virmaître, 1894 : Moins que rien. Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais. Le mauvais, c’est de la mie de pain (Argot d’imprimerie).

Virmaître, 1894 : Pou. On sait combien une mie de pain est désagréable sur la peau ; le pou occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Pou.

dis donc, Gugusse, quoiq’t’as sur le cou ? — C’est une mie de pain. — Une mie de pain ? ça marche !

France, 1907 : Chose de nulle valeur. Ouvrier mie de pain, mauvais ouvrier. Mac à la mie de pain, souteneur qui ne sait pas tirer profit de sa marmite.

Pègr’… mais pas pègre à la mie d’pain,
Pègre d’naissanc’, d’autor et d’riffe,
Pègre d’la haute et j’colle un paing
Au pantrio, quand i’ se r’biffe.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

France, 1907 : Pou.

— Oui, hier, je me peignais avec les doigts, rapport que j’ai oublié mon démêloir dans mon dernier garni. Vlan ! Voilà que j’en ramène un. Saleté de bête ! que je dis, et j’allais l’écraser quand je vois un capitaine d’artillerie qui passe avec sa dame.
— Permettez, mon officier, que j’y fais.
— Quoi donc ?
— Là, sur votre dolman, une mie de pain, vous aurez coudoyé quelqu’un de sale.
Et je fais celui qui enlève le pou en ayant l’air de me cacher de la dame.
— Merci, mon ami, qui dit.
Et il m’allonge une pièce de vingt ronds.

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Mondine (langue)

France, 1907 : Idiome languedocien.

Ô Toulouse ! ô grande cité du haut Languedoc, aime toujours ta langue mondine et souviens-toi que près de tes remparts, le Montfort fut écrasé comme une grosse figue noire sous un quartier de roc…

(L’Alouetteur du Lauraguais)

Mouche (prendre la)

France, 1907 : Se fâcher, se piquer, se formaliser pour peu de chose. On dit d’une personne trop susceptible qu’elle prend souvent la mouche. Les Français passent pour être dans ce cas. Un psychologue allemand s’est demandé quelle était l’attitude d’un homme découvrant qu’on lui a servi une mouche dans son verre de bière. Il a obtenu, à la suite d’observations réitérées, les résultats suivants :
« L’Espagnol paie et sort. Le Français prend d’abord la mouche du bout des doigts et l’écrase puis il prend la mouche — au figuré — et couvre le personnel d’invectives ! L’Anglais répand la bière sur le plancher, s’écrie : « Garçon, encore un bock ! » et parle aussitôt d’autre chose. L’Allemand retire la mouche, puis boit la bière. Le Russe ne s’inquiète pas pour si peu : il avale la mouche et la bière. Enfin de Chinois savoure d’abord la mouche en gourmet, puis hume lentement le bock. »

Je fis un soir la connaissance
D’un aimable petit tendron,
Qu’avait une tell’ redondance
Qu’on aurait dit deux p’tits bidons !…
Ell’ ne fut pas du tout farouche,
Et quand… dans l’cou je l’embrassai,
La belle, au lieu de prendr’ la mouche,
En se pâmant me répétait :
Au temps !…
R’commencez-moi c’mouvement !
Tâchez d’aller plus viv’ment !

(Griolet)

Mouscaille

Vidocq, 1837 : s. f. — Matière fécale.

Clémens, 1840 : Excréments.

Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Gadoue. Excréments.

Virmaître, 1894 : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Déjections.

France, 1907 : Excréments ; argot des prisons.

Cette semaine on vient de découvrir deux superbes pots aux roses — où les roses sont remplacées par de la fine fleur de mouscaille — qui prouvent surabondamment que si on veut trouver de la justice quelque part, c’est pas dans la turne où règnent les enjuponnés qu’il faut s’égarer.

(Le Père Peinard)

Foutre, non ! Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair. Y a des types qui pourraient écraser 36.000 étrons, pétrir la mouscaille de leurs dix doigts… parce qu’ils ne sentiront rien, c’est-y une preuve que ça ne pue pas ?

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Mouton de Panurge

France, 1907 : Sauter l’un après l’autre comme les moutons de Panurge, faire comme tout le monde, imiter sottement ses voisins.
Cette expression est tirée de Rabelais. « Panurge, retournant du pays de Lanternois, se trouva sur le bateau avec Dindenault, le marchand de moutons. Après de longs débats, il lui en achète un, le paye, choisit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportoit criant et beslant, oyant tous les aultres et ensemblement beslants et regardants quelle part on menoit leur compagnon… Soubdain, je ne sçai comment, Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et beslant ». Tous les autres moutons criant et bêlant se jettent en mer à la file. « La foule estoit à qui premier y sauteroit après leur compagnon. Possible n’estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux périr voyoit et noyer ses moutons, s’efforçoit de les empescher et retenir de tout son pouvoir. Mais c’estoit en vain. Tous à la file saultoient dedans la mer et périssoient. Finablement il en print un grand et fort, par la toison sur le tillac, cuidant ainsi le retenir et sauver le reste aussi conséquemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soi le marchand, et fut noyé… Autant en firent les aultres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels tous feurent pareillement en mer portés et noyés misérablement. »

À partir de ce moment, j’eus mes admirateurs. Ils se recrutèrent, d’abord, parmi les fruits secs qui seraient bien aises d’écraser les supériorités réelles sous certaines célébrités excentriques et d’une valeur discutable. L’admiration pour la médiocrité qui se déguise en bizarrerie est une des formes les plus fréquentes de la jalousie littéraire. Puis, vint se mettre à la suite de mes thuriféraires une bonne partie du troupeau des moutons de Panurge. Aujourd’hui, la foule ne veut plus être avec la foule. Bien des gens, pour éviter la banalité, se jettent à corps perdu dans l’océan de l’absurde. Comme, de temps à autre, parmi les insanités que je publie, j’intercale certaines des choses raisonnables que l’on me refusait autrefois, les critiques s’occupent de mes œuvres et me regardent comme un génie égaré qui eût pu monter très haut s’il n’eût été entraîné par les désordres d’une vie anormale et les chimères d’un esprit exalté.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Ne pas se fier à femme morte

France, 1907 : Cette singulière devise est traduite du latin : Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem. « Ne te fie pas aux femmes, même aux mortes », laquelle devise vient du grec. Le grammairien Diogénien l’explique par l’aventure arrivée à un jeune homme qui, étant allé visiter le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d’une colonne élevée sur le monument.
Les Anglais ont le même proverbe irrévérencieux pour le sexe : Seldom lies the devil dead in a woman’s ditch. « Rarement le diable reste enterré dans la fosse d’une femme. »

Oreilles de chien

France, 1907 : Un des sobriquets donnés aux petits jeunes gens appartenant à la jeunesse, dite dorée, du Directoire.

Au commencement de l’an III, quand les patriotes furent écrases et qu’il n’y eut plus qu’à piétiner sur les vaincus, les crevés sortirent de leurs trous et promenèrent dans les sections leurs faces blêmies par la débauche et la peur, cette peur implacable du lâche et du corrompu ; ils se joignirent aux petits émigrés cachés chez les filles, aux élégants de contrebande travestis en aristocrates sous le sobriquet de jeunesse dorée… et toute cette canaille élégante régna sur Paris, au nom de la modération et du bâton plombé, assommant les patriotes quand ils étaient vingt contre un, et fouettant leurs femmes, aux applaudissements des nymphes… Dès cette époque, et bien avant déjà, la petite coterie s’était renforcée de l’élément plébéien dans une forte proportion ; car les petits du bourgeois ont toujours aimé jouer au gentilhomme. Cette coalition forma ce bataillon de singes qu’on a tour à tour nommés : muscadins, jeunes gens, jeunesse dorées, cadenettes, peignes retroussés, incroyables, merveilleux, oreilles de chien, et, sous le Directoire, pourris (ce mot-ci est bien aussi pittoresque que les nôtres).

(Louis Combes, Curiosités révolutionnaires)

Patafioler

Larchey, 1865 : Confondre.

Aux gardes du commerce !… Que le bon Dieu les patafiole !…

(Gavarni)

V. pour l’étymologie de ce mot le Magasin pittoresque, t. II, p. 247.

Delvau, 1866 : v. a. Confondre — dans l’argot du peuple. Ce verbe ne s’emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l’indicatif : — « Que le bon Dieu vous patafiole ! »

Rigaud, 1881 : Confondre. — Que le bon Dieu vous patafiole ! — Enlever. Que le diable le patafiole !

La Rue, 1894 : Confondre.

France, 1907 : Écraser, anéantir. Ce mot employé dans nombre de provinces, outre Paris, est l’antiphrase de bénir. L’on s’en sert presque exclusivement dans cette phrase : « Que le bon lieu vous patafiole ! » En Bourgogne, patafioler signifie ennuyer. Le même patois a également affioler pour faire enrager, rendre fou, corruption évidente d’affoler. Charles Nisard explique la syllabe pat par cette expression : « Que le bon Dieu ne pas t’affiole. » Ce qui serait justement le sens contraire de ce qu’on lui donne.

Pavé de l’ours

France, 1907 : Témoignage maladroit d’amitié. Allusion à l’ours de la fable qui, pour écraser une mouche qui chatouille le front de son ami endormi, lui lance un pavé. Rien de plus terrible que les amis obtus, ce qui donne lieu au proverbe : « Mieux vaut un sage ennemi qu’un sot ami. » On appelle réclame-pavé un éloge ridicule inséré dans un journal par un ami maladroit ou un habile ennemi, qui attire l’attention sur vous en vous assommant.

Phalange

Fustier, 1889 : Main.

Ils vous ont des façons étranges,
Pires que des étaux de fer.
De vous écraser les phalanges,
En vous disant : « Bonjour, mon cher ! »

(Frondeur, déc. 1879)

France, 1907 : Main : ne s’emploie guère que dans de sens : serrer les phalanges, serrer la main.

Plomber

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Puer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Puer.

M.D., 1844 : Sentir mauvais.

un détenu, 1846 : Puer, exhaler de mauvaises odeurs.

Halbert, 1849 : Puer.

Delvau, 1864 : Se dit de l’odeur particulière que porte avec soi la femme qui ne se lave pas, ou qui échauffe trop son vagin seule ou en collaboration avec les hommes.

Nom d’un’ trombe !
Comm’ ça plombe
Dans ta vieille catacombe !

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : v. n. Donner à quelqu’un des raisons de se plaindre du « divin archerot ».

Delvau, 1866 : v. n. Être lourd, pesant — comme du plomb.

Delvau, 1866 : v. n. Exhaler une insupportable odeur, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent des plombs du vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise. Plomber de la gargoine. Fetidum halitum emittere.

Rigaud, 1881 : Communiquer la syphilis. — Être plombé, avoir du plomb de Vénus dans l’aile. — Sentir mauvais, répandre une odeur qui rappelle celle des plombs. — Plomber du goulot, sentir mauvais de la bouche.

Rigaud, 1881 : Sonner. — La guimbarde ne plombe plus, la pendule ne sonne plus.

La Rue, 1894 : Sentir mauvais. Communiquer la syphilis.

Rossignol, 1901 : Puer. On dira aussi : Ça plombe, qui a écrasé une perle ?

France, 1907 : Donner la syphilis.

France, 1907 : Sentir mauvais ; argot populaire. « Elle est aimable et jolie, mais elle plombe du goulot. Ça vient de ce qu’elle a été plombée dans le temps. »

Pousse-cailloux

Larchey, 1865 : Fantassin. — Allusion à la marche du piéton.

Votre frère était dans les dragons, moi, j’étais dans les pousse-cailloux.

(Balzac)

Cavalier… tu arriveras au grade de maréchal des logis à force de trotter… Parole d’honneur ! Vaut mieux pousser les cailloux et devenir capitaine.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Fantassin, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne. En marchant il pousse les cailloux du chemin.

Merlin, 1888 : Fantassin. — Image de la marche sur les routes fraichement chargées.

La Rue, 1894 : Fantassin.

France, 1907 : Sobriquet que les cavaliers donnent aux fantassins.

— Si les Prussiens nous ont pas mal démolis, nous ne leur avons pas ménagé les prunes. Mais, que voulez-vous ? trente contre un !… Aussi notre escadron… labouré, mitraillé, écrasé, flambé ; nos chevaux, éreintés ou éventrés !… Il a fallu faire le coup de fusil avec les pousse-cailloux et les moblots…

(Robert Vallier, Le Capitaine Silence)

On dit aussi pousquin.

Puffisme

France, 1907 : Charlatanisme.

Noire politique, jongleries électorales, mensonges et palinodies, réclames éhontées des trafiquants de plume, puffisme et fumisterie défilent tandis que grondent les plaintes des spoliés, les revendications des prolétaires broyés par la monstrueuse machine, écrasés par le capital, que s’étale devant les meurt-de-faim le luxe insolent des fortunes mal acquises, que grouillent les débauches en putréfaction et s’épanouissent les vices en herbe, toutes les beautés des civilisations hautes, avec par-dessus tout, couvrant tout, dominant tout, les grands mots de morale, d’honneur national, de pureté nationale, d’intérêt des masses, d’abnégation et de dévouement des charlatans au pouvoir, comme si l’intérêt de ceux qui gouvernent n’était pas toujours en contradiction directe avec l’intérêt de ceux qui sont gouvernés.

(Hector France, Lettres d’Angleterre)

Qui fit Normand fit truand

France, 1907 : Il faut, pour se rendre compte de ce dicton injurieux pour les Normands, savoir que le mot trus signifiait tribut, péage, impôt, de sorte que quand, ce qui arrivait souvent, des gens étaient écrasés, ruinés par les impôts et réduits à la mendicité, ou les appelait des victimes du trus, des truands. Or, de toutes les provinces de France, la Normandie fut la plus accablée d’impôts précisément à cause de sa fertilité.

Si bonne n’estoit Normandie,
Saint Michel n’y serait mie,

dit un proverbe du XVIIe siècle.
Les Normands devinrent donc les imposables par excellence, les contribuables sur lesquels le roi où les seigneurs tiraient à pleines mains, les truands enfin.
Cependant l’épithète est restée comme injure et la malice de nos pères s’est exercée largement contre les descendants de ces descendants de conquérants venus du Nord : « Si le Normand n’exerce la piraterie en mer, il l’exerce en terre », ont-ils dit avec bien d’autres dictons malsonnants. En voici quelques-uns :

Gars normand, fille champenoise,
Dans la maison toujours noise.
   Le Normand trait l’orient et l’occident.
Roux François, noir Anglais, et Normands de toute taille, ne t’y fie si tu es sage.

Rond

d’Hautel, 1808 : Il est bien rond. Pour dire, il a le ventre bien rempli, il a bien bu et bien mangé.
Cet homme est tout rond. Pour dire, franc, loyal, sans détours, sans artifice.

d’Hautel, 1808 : Le rond. Pour dire, le postérieur ; le cadet, le derrière.

anon., 1827 : Un sou.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Sou (cinq centimes).

Bras-de-Fer, 1829 : Un sou.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sol.

un détenu, 1846 : Argent, sou.

Halbert, 1849 : Un sou.

Larchey, 1865 : Saoul.

Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond.

(Les Amours de Jeannette, chanson, 1813)

Larchey, 1865 : Sou. — Le sou est rond. — V. Balle, Roue.

Aboule tes vingt ronds, bêta !

(Montépin)

Delvau, 1866 : adj. Ivre, — dans l’argot des faubouriens. Rond comme une futaille. Ivre mort. On dit aussi Rond comme une pomme.

Delvau, 1866 : s. m. Sou, pièce de monnaie, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Rotin.

Rigaud, 1881 : Ivre. — Rond comme balle, repu.

Rigaud, 1881 : Pièce d’un sou. — Pas le rond, pas le sou. — Tourner rond, ne plus avoir d’argent.

La Rue, 1894 : Ivre. Un sou.

Rossignol, 1901 : Saoul.

Rossignol, 1901 : Sou.

France, 1907 : Sou.

— Oui, hier, je me peignais avec les doigts, rapport que j’ai oublié mon démêloir dans mon dernier garni. Vlan ! voilà que j’en ramène un. Saleté de bête, que je dis, et j’allais l’écraser quand je vois un capitaine d’artillerie qui passe avec sa dame. « Permettez, mon officier, que j’y fais. — Quoi donc ? — Là, sur votre dolman, vous aurez coudoyé quéqu’un de sale. » Et je fais celui qui enlève le pou en ayant l’air de me cacher de la dame. « Merci, mon ami », qui dit. Et il m’allonge une pièce de vingt ronds !

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Jean Hiroux, convaincu d’assassinat, vient d’entendre le verdict qui le condamne à la peine de mort, plus un franc d’amende pour la partie civile.
Sur la demande du président des assises s’il n’a rien à dire sur la peine qui le frappe, Jean Hiroux répond :
— Mon président, je demande à ne faire que la moitié de la peine. — V’là les vingt ronds !

Roublarderie

un détenu, 1846 : Pauvreté, misère, détresse.

Delvau, 1866 : s. f. Ruse, astuce, expérience de l’homme qui a vécu et qui remplace l’argent qu’il n’a pas par l’ingéniosité qu’il aura jusqu’au bout de son rouleau. Signifie aussi : Pauvreté, gêne, misère.

France, 1907 : Adresse, ruse.

Plus tard, il apprendra, le pauvre gas, que la canaillerie l’emporte sur le labeur, que le mieux habillé est plus choyé, mieux reçu, toujours vainqueur, que la roublarderie écrase et exploite le haut intellect.

(Léon Daudet)

Tartinier

Rigaud, 1881 : Rédacteur qui fait la tartine dans un journal.

France, 1907 : Fabricant de tartines politiques, scientifiques et littéraires.

N’est pas qui veut tartinier.
Il faut non pas tout savoir, mais pouvoir parler de tout à heure fixe, en deux temps trois mouvements.
Le tartinier possède toutes les questions politiques, économiques, sociales, théologiques ; Il fait ou défait l’Allemagne, rétablit la Pologne, reconstitue l’Orient, retient ou pousse les peuples, transperce celui-ci, écrase celui-là, et est toujours prêt à expectorer trois cents lignes sans respirer.
Partout où il se trouve, il écrit : il écrit sur le bout d’une table, sur son chapeau, sur son genou, et jamais d’hésitation ; la plume court, vole, sans que le cerveau ait l’air de prendre la moindre part au mouvement mécanique.

(Le Journal et les Journalistes)

Tomate (sauce)

France, 1907 : Menstrues. Écraser des tomates, avoir ses menstrues.

Tomber

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

Ansiaume, 1821 : Être arrêté.

C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.

Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.

Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…

(Félix Remo, La Tombeuse)

Tonnerre

d’Hautel, 1808 : Que le tonnerre t’écrase ! Imprécation odieuse dont se servent les gens du plus bas étage, dans leurs excès de colère et d’emportement.

Vendangeuse d’amour

Delvau, 1864 : Fille ou femme qui a pour unique occupation de vendanger l’amour et de tirer de la meule de son pressoir assez d’argent pour ne pas être obligée de faire autre chose ; sa grappe est sans cesse écrasée à coups de pine, et le jus qui en sort nous grise.

Ces femmes…….
Sont des vendangeuses d’amour.
Lorsque des vignes de Cythère
On revient, c’est au petit jour,
À pas pressé, avec mystère.

(A. Delvau)

Mets à profit sa négligence,
Et sans alarmes jusqu’au jour,
Viens vendanger en son absence
Des fruits de plaisir et d’amour.

(Parny)

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse — bacchante moderne — qu’on rencontre souvent ivre dans les Vignes de Cythère. J’ai créé l’expression il y a quelques années : elle est aujourd’hui dans la circulation.

France, 1907 : Prostituée ; néologisme créé par Alfred Delvau.

Ver

d’Hautel, 1808 : Tirer les vers du nez à quelqu’un. L’engager finement dans une conversation, à dessein de savoir son secret, sa pensée.
On l’écrasera comme un ver. Pour dire qu’on viendra facilement à bout de quelqu’un.
C’est un misérable ver de terre. C’est-à-dire, un bélître, un pleutre, un homme de néant.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique