France, 1907 : Ce mot énigmatique sert à désigner ces associations amicales d’anciennes et d’anciens élèves d’écoles primaires qui n’étaient que 50 en 1889 et qui sont aujourd’hui plus de 4000.
A (petites)
Abruti
Delvau, 1866 : s. m. Élève assidu, acharné à l’étude, — dans l’argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.
France, 1907 : Élève assidu qui s’abrutit dans l’étude ; argot des écoles.
Absorption
Larchey, 1865 : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.
Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de La Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.
France, 1907 : On appelle ainsi un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais-Royal, le jour de la rentrée des anciens.
Accident
d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.
Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.
(Collé)
France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?
Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?
(« Germinal », Mot d’Ordre)
Ancien
d’Hautel, 1808 : Pour vieux ; avancé en âge.
Qu’en dites-vous, mon ancien ? Expression familière et peu respectueuse dont la jeunesse a coutume de faire usage en s’adressant à un vieillard.
Delvau, 1866 : s. m. Élève de première promotion, — dans l’argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.
Rigaud, 1881 : Élève de deuxième année ou de première division dans une école militaire. (Saint-Patrice)
Ancien, conscrit
Larchey, 1865 : Élèves de première et de seconde promotion à l’École polytechnique ou à l’École de Saint-Cyr.
Anspezade
Rigaud, 1881 : Élève de première classe à l’école de Saint-Cyr.
Antique
Delvau, 1866 : s. m. Élève oui sort de l’École. Argot des Polytechniciens.
Rigaud, 1881 : Personnage à idées arriérées, mis à la mode du temps jadis. L’opposé de moderne.
Archicube
Fustier, 1889 : Ancien élève de l’École normale.
Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J’explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif : vous êtes entré à l’École plus de trois ans avant moi.
France, 1907 : Élève de troisième année à l’École normale, un ancien par conséquent.
Ce que mon archicube Francisque Sarcey nous disait et nous dit encore depuis trois mois, c’est ceci : que les précautions imposées aux directeurs de théâtres pour prévenir les incendies ne sont qu’une plaisanterie énorme, radicalement inutile, qu’il n’en brûlera pas un théâtre de moins, et que le nombre des spectateurs rôtis n’en sera pas diminué d’une demi-douzaine.
(Joseph Moutet, Gil Blas)
Art (faire de l’art pour)
Larchey, 1865 : Cultiver les arts ou les lettres sans y chercher uniquement une occasion de lucre. V. Métier (Faire du).
Nous avons connu une école composée de ces types si étranges, qu’on a peine à croire à leur existence ; ils s’appelaient les disciples de l’art pour l’art.
(Murger)
Astique (faire l’)
Rigaud, 1881 : Astiquer son fourniment, faire son lit, cirer ses bottes, — dans le jargon de Saint-Cyr.
L’astique, une science très amusante de la grande manœuvre en plusieurs tableaux, qui se joue entre les quatre murs de l’École.
(R. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879)
Automédon
Delvau, 1866 : s. m. Cocher, — dans l’argot des académiciens et des vaudevillistes de l’école Scribe, qui se souviennent de l’écuyer d’Achille.
Bahut
d’Hautel, 1808 : Un petit bahut. Nom que l’on donne par raillerie à un homme court et trapu ; à un bambin.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre — pour un instant — sa pine, comme chose précieuse.
Dans son bahut je flottais bien au large.
(Chanson anonyme moderne)
Larchey, 1865 : Institution académique.
Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue.
(Les Institutions de Paris, 1858)
Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs. Bahut spécial : École de Saint-Cyr.
L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial.
(La Cassagne)
Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. » Bahuteur : Tapageur.
Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr.
(La Barre)
Vient du vieux mot bahutier.
Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre.
Delvau, 1866 : s. m. Collège, — dans l’argot des collégiens. Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d’aller. Bahut spécial. Saint-Cyr.
Delvau, 1866 : s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : École, pensionnat, — dans le jargon des écoliers. — École de Saint-Cyr.
On est heureux en sortant du bahut d’avoir sa chambre, son ordonnance, son cheval.
(Vte Richard, Les Femmes des autres, 1880)
Rigaud, 1881 : Mobilier. — Bazarder tout le bahut, vendre tout le mobilier.
La Rue, 1894 : École. Mobilier.
France, 1907 : Pension, collège.
J’ai gardé bien des souvenirs du bahut, quelques-uns agréables et joyeux, un plus grand nombre, je ne dirai pas mauvais, mais mêlés d’amertume et souvent d’un certain étonnement sur la façon dont on entendait — je parle, hélas ! de plus d’une demi-douzaine de lustres — l’éducation de la jeunesse militaire.
(Hector France, Souvenirs du Prytanée)
Bahut spécial
France, 1907 : École spéciale militaire de Saint-Cyr.
Barbe
d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.
Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.
Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.
Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.
La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.
Fustier, 1889 : Répétition.
Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !
(Richepin)
Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).
Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.
France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.
Barbiste
Delvau, 1866 : s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.
Rigaud, 1881 : Élève de l’institution Sainte-Barbe.
Il va sans dire que les anciens barbistes font élever leurs fils à Sainte-Barbe.
(Scribe, Maurice)
Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui prend souvent des barbes, c’est-à-dire qui se grise souvent ; ouvrier qui procède par séries soulographiques, — dans le jargon des typographes.
France, 1907 : Élève ou ancien élève de l’école de Sainte-Barbe.
Bas-off
Merlin, 1888 : Adjudant de Saint-Cyr et Polytechnique.
France, 1907 : Abréviation de bas-officier, ancienne appellation des sous-officiers ; argot de Saint-Cyr et de l’École polytechnique.
Bas-off, bazof
Rigaud, 1881 : Adjudant sous-officier de l’École polytechnique ; c’est-à-dire bas-officier, par apocope dont les élèves font grand usage. Ainsi : bibli, biblo, pour bibliothèque ; colo, géné, corri, salle de récré, amphi, pour colonel, général, corridor, salle de récréation, amphithéâtre.
Les sept punis, roulés dans leurs draps, ainsi que des fantômes d’opérette, emboîtant le pas du bazof.
(R. Maizeroy, La Vie moderne, 15 sep. 1879)
Berry
d’Hautel, 1808 : Il est marqué au nez comma les moutons de Berry. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a une contusion ou une écorchure au nez ou au visage.
Larchey, 1865 : Capote d’études à l’École polytechnique.
Toujours plus ou moins culottée, veuve d’un certain nombre de boutons.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Capote d’études, — dans l’argot des polytechniciens.
Rigaud, 1881 : Capote d’étude des élèves de l’école polytechnique.
France, 1907 : Capote d’études ; argot des polytechniciens.
Beuglant
Larchey, 1865 : Café chantant.
Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux.
(Les Étudiants, 1860)
Rigaud, 1881 : Café-concert. Le premier café-concert auquel on a infligé ce surnom fut le café des Folies-Dauphine, fréquenté par les étudiants.
Nous voici au café beuglant, ainsi nommé dans le quartier parce que, dans le principe, les artistes beuglaient leurs chansons.
(Marc Constantin, Hist. des cafés-concerts)
La Rue, 1894 : Café-concert de dernier ordre. Beuglante, chanteuse de café-concert.
Virmaître, 1894 : Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes. Les deux plus célèbres furent le Beuglant de la rue Contrescarpe et le Divan japonais de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Concert où il y a de mauvais artistes et où les spectateurs chantent avec eux.
Hayard, 1907 : Café-concert.
France, 1907 : Café chantant du dernier ordre.
Une place lui fut offerte dans l’orchestre d’un café chantant du Gros-Caillou, un de ces Alcazars de dernier ordre que l’ouvrier parisien qualifie de beuglants ou de bouibouis.
(Albert Cim, La Petite Fée)
Jadis l’homme seul travaillait. N’ayant ni le café, ni l’assommoir, ni les « beuglants », ni l’hôtel garni, ni le restaurant à faux bon marché, il était forcé de se constituer un intérieur, et se mariait. La femme le soignait, l’habillait, le nourrissait, élevait les enfants. Ceci n’existe presque plus. L’ouvrier agricole a toujours besoin d’une ménagère. Mais l’ouvrier des villes s’en passe, vit au jour le jour, et l’isolement où, de son côté, la femme est tenue, lui livre des filles en assez grand nombre pour tromper au moins son besoin d’aimer.
(Colombine, Gil Blas)
Bullier, les beuglants, les soupers de la rôtisseuse ne les tentaient pas. Ils aimaient bien mieux rester chez Malmus, parler patois, boulotter entre le café, l’école et la table d’hôte.
(A. Daudet, Numa Roumestan)
Certes, il y a loin de nos beuglants à ces Music-halls anglais où, au hasard de l’actualité, on sert tout chaud au public le couplet du jour.
(Séverine)
anon., 1907 : Café-concert.
Bichon
d’Hautel, 1808 : Mon bichon. Nom d’amitié que l’on donne à un petit enfant.
On donne aussi ce nom à une espèce de chiens qui a communément le poil long.
Delvau, 1864 : Jeune homme qui sert aux plaisirs d’un homme mûr. C’est le giton moderne. — C’est aussi l’amant de cœur, le petit chien complaisant des femmes qui aiment à se faire bichonner, c’est-à-dire, lécher le cul.
Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n’importe quels Vautrin.
Rigaud, 1881 : Éphestion de trottoir.
Rigaud, 1881 : Terme d’amitié. Nom de diminutif qui veut dire petite Elizabeth, petite Babet. (Hurtaut, Dict. des homonymes) Ne serait-ce pas plutôt une forme altérée de l’ancien mot bouchon, terme d’amitié, d’où est venu bouchonner ?
Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.
(Molière, École des femmes)
Virmaître, 1894 : Outil de chapelier. C’est une sorte de petit tampon de soie ou de velours qui sert à bichonner les chapeaux de soie et à leur donner le coup de fion (Argot des chapeliers).
Virmaître, 1894 : Petit chien à tout faire. Cet animal est fort affectionné des dames d’un certain monde qui évitent avec lui les accidents et les maladies de neuf mois (Argot des filles).
France, 1907 : Petit jeune homme qui remplit le même rôle que les mignons de Henri III. Se dit aussi pour Jésus ; allusion à sa frisure. Les débauchés, les mignons de la cour de France.
C’est dans l’argot des filles, un de ces abominables petits chiens de manchon et de lit, qu’elles emploient à tout faire.
France, 1907 : Souliers à bouffettes ; tampon de chapelier qui sert à lustrer, à bichonner le chapeau.
Bigor
France, 1907 : Artilleur de marine. Abréviation de bigorneau.
Le bigor, sur terre et sur l’onde,
S’f…iche pas mal des quat’z’éléments ;
Il s’embarque pour le nouveau monde,
Mais il n’en revient pas souvent.
Sans souci d’la couleur des filles,
Il aime aux Indes, tout comme aux Antilles ;
Et voilà, oui, voilà, voilà !
Oui, voilà le bigor français !
(Chanson de l’École polytechnique)
Binôme
Larchey, 1865 : « Aux laboratoires, nous verrons chacun des élèves (de l’École polytechnique) manipuler avec un camarade qu’il nomme son binôme. »
(La Bédollière)
Allusion à la signification algébrique de Binôme : quantité composée de deux termes.
France, 1907 : Compagnon d’études à l’École polytechnique. Camarade de chambre à l’École d’application, deux termes unis par + et - (plus et moins) formant une quantité.
Binômes
Delvau, 1866 : s. m. pl. Camarades de chambre à l’École d’application de Fontainebleau, et compagnons d’études à l’École polytechnique ; amis, copains, frères d’adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n’en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par — ou par +, et qui n’en forment pas moins à eux deux une quantité.
Bizut
France, 1907 : Élève de première année en mathématiques spéciales ; argot des écoles. — Voir Bicarré.
Bleu
Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.
Larchey, 1865 : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.
Celui des bleus qui est le plus jobard.
(La Barre)
Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.
La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.
(Murger)
Delvau, 1866 : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.
Delvau, 1866 : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.
Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.
Delvau, 1866 : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.
Delvau, 1866 : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.
Delvau, 1866 : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.
Rigaud, 1881 : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »
(A. Camus)
En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)
Rigaud, 1881 : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.
Merlin, 1888 : Conscrit.
La Rue, 1894 : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.
Virmaître, 1894 : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).
Rossignol, 1901 : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.
Hayard, 1907 : Jeune soldat.
France, 1907 : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.
Bœuf, bœuve
France, 1907 : Extraordinaire, étonnant ; argot des écoles militaires. C’est bœuf ! c’est chic ; une chance beuve.
Boîte
d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.
Delvau, 1864 : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.
Delvau, 1866 : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.
Rigaud, 1881 : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque
Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.
(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)
Boutmy, 1883 : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.
Fustier, 1889 : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.
Rossignol, 1901 : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.
Je vais vous flanquer à la boîte.
Rossignol, 1901 : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.
France, 1907 : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boîte ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.
Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boîte, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?
(René Maizeroy)
Bonnet de police
France, 1907 : Sobriquet que les anciens donnaient autrefois aux conscrits qui, pour l’école de soldat, étaient coiffés du bonnet de police et ne prenaient le shako qu’à l’école de peloton. Argot militaire.
Borda
Rigaud, 1881 : École navale.
Bordache
France, 1907 : Élève de l’École navale, du vaisseau-école le « Borda ».
Bouleux
France, 1907 : Fort, qui a des muscles ; argot des écoles. Allusion à la boule que forme un vigoureux biceps.
Brimade
Larchey, 1865 : Épreuve vexatoire infligée aux nouveaux de l’école Saint-Cyr.
Point de ces brimades, qui ont longtemps déshonoré Saint-Cyr.
(La Bédollière)
Brimer : Donner une brimade.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise plaisanterie, — dans l’argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.
Rigaud, 1881 : Épreuve vexatoire, charge d’écoliers que les anciens infligeaient aux nouveaux venus dans les écoles militaires. Cet usage tend à disparaître tous les jours.
France, 1907 : De tous temps les anciens se sont plu à tourmenter ou à mystifier les nouveaux venus. Dans les écoles et surtout les écoles et collèges militaires, on appelle ce genre de vexation brimade. Il y en a d’anodines, il y en a de ridicules, de cruelles, de féroces, surtout dans les écoles anglaises ; à Woolwich, par exemple, les anciens ficelèrent un nouveau et l’étendirent devant le feu en guise d’amusement. Quand il fut à demi rôti d’un côté, on le retourna de l’autre Le malheureux demeura estropié toute sa vie. Les brimades de nos écoles militaires ne sont pas aussi féroces ; cependant celles de Saint-Cyr ont été longtemps vexatoires et l’épouvantail des cornichons. La seule excuse des brimades était, disait-on, qu’elles formaient le caractère des jeunes gens que les gâteries de la vie de famille avaient infatués. De brimade on a l’ail le verbe brimer et le substantif brimeur.
Brouta
France, 1907 : Discours ; argot de l’École de Saint-Cyr et du Prytanée militaire, du nom d’un ancien professeur. On dit broutasser dans le même argot et broutasseur, un bavard. — Voir Laïus.
Broutta
Larchey, 1865 : Discours. V. Laïus. — Du nom d’un ancien professeur de l’École militaire.
Brutium
Fustier, 1889 : Le Prytanée militaire de La Flèche.
Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche ; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu’au régiment même. Les classiques d’il y a cinquante ans imaginèrent que c’était là une éducation à la Brutus, d’où le terme Brutium pour caractériser l’école, d’où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.
(Le siècle, 1880)
France, 1907 : Prytanée militaire de la Flèche, appelé ainsi à cause de la discipline sévère qui régnait autrefois dans cet établissement, où les élèves étaient traités en soldats. De Brutus, rigide républicain, assassin de son père César, ou peut-être encore de brutus, signifiant stupide, abruti par les punitions.
Je n’ai pas revu le Brutium depuis ma sortie, il y a de cela belle lurette. Des camarades qui y revivent en leurs fils m’écrivent que tout est bien changé ; le régime est plus doux, les punitions sont moins sévères et moins prodigalement distribuées.
On ne condamne plus un bataillon entier au piquet en des matinées glacées d’hiver, parce que quelques mutins ont murmuré, quelques turbulents ont parlé dans les rangs.
(Hector France)
Buissonnière
d’Hautel, 1808 : Faire l’école buissonnière. C’est aller jouer, aller polissonner, se divertir au lieu de se rendre à la classe comme le font les écoliers paresseux, et qui n’aiment point l’étude.
Cabe
Vidocq, 1837 : s. m. — Chien.
Fustier, 1889 : Élève de troisième année à l’École normale.
France, 1907 : Étudiant de troisième année à l’École Normale.
Cacique
France, 1907 : Premier d’une section à l’École normale.
Cadran
d’Hautel, 1808 : Faire le tour du cadran. C’est-à-dire dormir la grasse matinée ; se coucher à minuit et se lever à midi.
Il a montré son cadran solaire. Se dit par plaisanterie des enfans qui, en jouant, laissent voir leur derrière.
Il est comme un cadran solaire. Se dit d’un homme fixe dans ses habitudes, et qui met beaucoup de régularité et d’ordre dans ses affaires.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, à laquelle le membre viril sert d’aiguille pour marquer les heures minuscules du bonheur.
Conduis vite l’aiguille au milieu du cadran.
(Théâtre italien)
Larchey, 1865 : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran.
Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?
(Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle)
Delvau, 1866 : s. m. Le derrière de l’homme, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.
France, 1907 : Le derrière. Étaler son cadran. On dit aussi cadran solaire et cadran lunaire.
Est-ce l’apothicaire
Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?
Dans une école de sœurs, la bonne religieuse a pris, à l’instar des pensionnats anglais de jadis, l’habitude de fouetter les élèves ; une fillette de douze ans, qui venait d’être soumise à l’épreuve du martinet, est retournée à sa place en disant :
— Ça m’est joliment désagréable de montrer à tout le monde mon cadran solaire.
(Gil Blas)
Cafarder
Rigaud, 1881 : Protéger, patronner, — en terme d’École militaire. Un ancien qui cafarde un melon, le prend sous sa protection.
Vous savez que je cafarde M. de Sartène ; je le recommande à vos bons soins.
(Saint-Patrice, Mémoires d’un gommeux)
Rigaud, 1881 : Rapporter aux maîtres les fautes de ses condisciples, espionner ses camarades.
Virmaître, 1894 : Moucharder, dénoncer (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Rapporter, moucharder.
France, 1907 : Faire l’hypocrite, moucharder.
Caïman
Fustier, 1889 : Maître, surveillant. Argot des élèves de l’École normale.
Je rentrai si en retard, que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais avoir une excuse et je l’exposai au caïman…
(Gaulois, 1880)
France, 1907 : Maître d’étude à l’École normale.
Calé (être)
Fustier, 1889 : Dans l’argot des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons, ses cours, connaître à fond les matières d’un examen.
anon., 1907 : Avoir de l’argent.
Caler
d’Hautel, 1808 : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.
Delvau, 1866 : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.
Delvau, 1866 : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.
Boutmy, 1883 : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.
La Rue, 1894 : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.
Virmaître, 1894 : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Ne pas travailler.
France, 1907 : Rester sans ouvrage, du provençal calar, cesser de travailler, discontinuer. Caler de l’école, faire l’école buissonnière, paresser.
Si le compositeur n’est pas en train de jaser, il rêve. Sa plus grande jouissance est de caler, c’est-à-dire de ne rien faire : nunc libris, nunc somno.
(Jules Ladimir)
Caler l’école
Delvau, 1866 : v. a. N’y pas aller, la lâcher, — dans l’argot des écoliers qui ont appris assez de latin et de grec pour supposer que ce verbe vient de chalare et de χαλάω.
Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes, veulent qu’on dise caner et non caler, s’appuyant sur la signification bien connue du premier verbe, qui n’est autre en effet que Faire la cane, s’enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation, parce quelles sont plus rationnelles et qu’en outre elles ont l’avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de chante-pleure :
Depuis deux jours on m’entretient
Pour savoir d’où vient chante-pleure :
Du chagrin que j’en ai, je meure !
Si je savais d’où ce mot vient,
Je l’y renverrais tout à l’heure…
Campo
Delvau, 1866 : s. m. Congé, — dans l’argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d’aller ad campos et de n’aller ni à leur école ni à leur bureau. Avoir campo. Être libre.
France, 1907 : Congé, argot des employés, de ad campos, aller aux champs.
Les jours où j’avais campo, j’allais, en bon père, promener mes deux mioches aux Champs-Élysées… Je ne dépensais pas un sou…
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)
Partant de Saint-Malo,
Je file à Chicago ;
L’Europe est rococo
Et dure au populo !
Tandis qu’on a campo,
Détalons subito
Vers cet Eldorado
Où fleurit le coco !
(Paul Ferrier)
Caner
Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.
Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.
Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.
(Rabelais)
Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.
(Marco Saint-Hilaire)
Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.
C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.
(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)
Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :
Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.
(L. L.)
Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.
Hayard, 1907 : Avoir peur.
France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.
À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.
— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Mettre bas culotte.
Canularium
Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’École normale. Sorte d’investiture ; épreuves que subissent à l’École les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.
France, 1907 : Sorte de brimade à l’École Normale, où les anciens font subir aux nouveaux un examen grotesque qui les canule fortement.
Capitole
Rigaud, 1881 : Nom donné par les écoliers au cachot, représenté le plus souvent par un grenier, dans les écoles. On dit : « monter au Capitole », par allusion classique. (L. Larchey)
Caponner
d’Hautel, 1808 : Agir de ruse en jouant : en terme d’écolier, faire le pestard, aller rapporter, se plaindre au maître.
Delvau, 1866 : v. n. Reculer, avoir peur.
Fustier, 1889 : Argot des écoles. Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.
France, 1907 : Rapporter au maître, autrement dit : moucharder ; argot des écoles.
Caricature (faire la)
Rigaud, 1881 : À l’école (des Beaux-Arts), une fois par semaine, les élèves s’assemblent, un d’eux sert de modèle, son camarade le pose et l’enveloppe ensuite d’une pièce d’étoffe blanche, le drapant le mieux qu’il peut ; et c’est ce qu’on appelle « faire la caricature ». (Didier, 1821, Œuvres complètes, cité par Littré.)
Carré
d’Hautel, 1808 : Un mâtin carré. Expression triviale ; pour dire un homme râblu, fort, vigoureux et robuste.
C’est carré comme une flûte. Manière plaisante et contradictoire de dire que quelque chose fait l’affaire ; que c’est tout juste ce qu’il faut. On dit aussi par raillerie d’un homme qui raisonne en dépit du sens commun, qu’il raisonne juste et carré comme une flûte.
Un marchand de bois carré. Se dit ironie d’un marchand d’allumettes.
Fustier, 1889 : Élève de seconde année à l’École normale.
France, 1907 : Élève de seconde à l’École Normale.
Caser
Fustier, 1889 : Abrév. de casernement. Argot des élèves de l’École Polytechnique.
France, 1907 : Chambre, argot de l’École Polytechnique ; abréviation de casernement.
Le confortable règne maintenant dans l’École. On y mange mieux que jadis : on y fuit l’exercice du canon et, les jours de pluie, les élèves se promènent à l’aise sous une vaste véranda. Ce sont là des détails insignifiants : les murs de l’École sont neufs, les casers sont meublés de lits éblouissants ; l’esprit de l’École n’a point varié.
(Charles Leser)
France, 1907 : Placer, mettre en case, but du bourgeois qui n’est jamais plus heureux que lorsqu’il met les siens hors des luttes de la vie, c’est-à-dire quand il a fait de ses fils et de ses filles des moules et des oies.
« J’ai casé mon fils, ma fille, » se dit notamment quand la demoiselle est bossue et quand le jeune homme est un sacripant.
(Docteur Grégoire, Dictionnaire humoristique)
Casoar
Rigaud, 1881 : Plumet du shako des élèves de Saint-Cyr ; par extension, toute volaille servie sur la table de l’École est saluée du nom de casoar.
France, 1907 : Plume du shako des élèves de l’École de Saint-Cyr.
Central
Rigaud, 1881 : Détenu faisant son temps-dans une maison centrale de force et de correction.
Fustier, 1889 : Bureau télégraphique de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du ministère des Postes. Être nommé au Central. — Élève de l’École centrale ; un central, des centraux.
Les élèves de l’École centrale se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de ne pas gêner… Les centraux se sont réunis sur la place de la Bastille, et, se formant en monôme…
(Rappel, 1881)
France, 1907 : Détenu de maison centrale.
France, 1907 : Élève de l’École Centrale ; autrement dit, cube.
Centrale
Rigaud, 1881 : École Centrale, — dans le jargon des collégiens. — Je pense entrer à Centrale si je suis retoqué à l’X, je pense entrer à l’École Centrale, si je suis refusé à l’École Polytechnique.
France, 1907 : Abréviation de prison centrale.
Cha-Fust
Fustier, 1889 : Cours de machine professé à l’École navale. Argot de l’École. « Chacun de ces cours, outre son titre officiel, porte un nom spécial pour les élèves du Borda. Le cours de machine est le cha-fust, mot formé par onomatopée… Naturellement les professeurs empruntent leur titre au nom du cours. » On dit : le chafustard… (Illustration, septembre 1885)
Chambard
Fustier, 1889 : Bruit, tapage. « Il est de tradition à l’École (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C’est ce qu’on appelle faire le chambard. »
(Temps, 1881)
Rossignol, 1901 : Bruit.
Mes voisins ont fait tellement de chambard la nuit passée, que je n’ai pas fermé l’œil.
Hayard, 1907 : Bruit, tapage.
France, 1907 : Acte de briser, de bousculer, de mettre en désordre les effets ou les objets d’un nouveau venu à l’École Polytechnique ; argot des écoles miliaires. Il signifie dans l’argot populaire : tumulte, bruit.
En réalité, le chambard que les socialos rêvent se borne à changer les étiquettes, à recrépir la façade et autres fumisteries du même blot. Avec eux, au lieu d’être exploités par le patron, on le serait par l’État… au lieu de toucher notre paye en pièces de cent sous, on nous la cracherait en billets de banque baptisés : « bons de travail. »
(Almanach du Père Peinard, 1895)
Chambarder
Delvau, 1866 : v. a. Secouer sans précaution ; renverser ; briser, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.
Fustier, 1889 : Faire du bruit, du chambard.
Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l’École (Polytechnique), comme vous en avez l’habitude…
(XIXe siècle, 1881)
On dit familièrement en Bretagne chambarder pour : remuer, bousculer quelqu’un ou quelque chose. (V. Delvau : Chambarder.).
Virmaître, 1894 : Tout casser, tout démolir, bouleverser une maison de fond en comble, renouveler son personnel. Mot à mot : faire balai neuf (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Jeter.
Dans un moment de colère, j’ai chambardé par la fenêtre tout ce qu’il y avait dans les meubles.
France, 1907 : Tout casser. Se défaire à vil prix de son mobilier où de ses hardes.
Louise Michel était bouclée dans la prison de Vienne, quand les gaffes viennent lui annoncer, la gueule en cul de poule, que Constans ayant pitié d’elle on allait la foutre en liberté.
Bien plus, nom de dieu ! on disait tout bas que c’était elle qui avait réclamé sa grâce.
Sous un coup pareil, Louise a bondi ! Sortir seule de prison et y laisser moisir une cinquantaine de bons copains ? — Non, non, elle ne sortirait pas !
Foutue en rage, elle s’est mise à tout chambarder !
(Le Père Peinard)
Champfleurisme
Delvau, 1866 : s. m. École littéraire dont Champfleury est le chef. C’est le réalisme.
Charabia
Larchey, 1865 : « toutes ces affaires se traitent en patois d’auvergne dit charabia. »
(Balzac)
Larchey, 1865 : Auvergnat. On dit aussi Auverpin.
Que penseriez-vous d’un homme qui n’est ni Auverpin ni Charabia ?
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Patois de l’Auvergne. Se dit aussi pour Auvergnat.
Rigaud, 1881 : Auvergnat, charbonnier, porteur d’eau. C’est le langage de l’Auvergnat pris pour l’Auvergnat lui-même. D’autres fois on appelle l’Auvergnat un fouchtra, par allusion à son juron favori.
France, 1907 : Auvergnat, sert à désigner tout langage baroque inintelligible ou peu grammatical. « L’école des décadents écrit en charabia »
D’après quelques étymologistes, ce ne serait que la transformation de arabia. Parler charabia serait donc parler arabe, c’est-à-dire une langue qu’on ne comprend pas, L’origine de l’expression remonterait à l’occupation de nos provinces méridionales par les Sarrasins.
Charenton
d’Hautel, 1808 : Village près Paris, où il y a une école vétérinaire, et un lieu de retraite pour les fous de distinction. Le peuple prononce Chalenton.
Rigaud, 1881 : Absinthe. — Un Charenton, un train direct pour Charenton, un verre d’absinthe, — dans le jargon du peuple qui sait que l’absinthe conduit à la folie, et qui en boit quand même.
France, 1907 : Absinthe, parce qu’elle conduit à la célèbre maison d’aliénés.
Chaud (être)
Rigaud, 1881 : Se tenir sur ses gardes.
Rossignol, 1901 : Malin. Ce mot me rappelle un beau nègre, nomme Barca, qui était soldat aux zouaves de la garde. Étant en faction dans l’intérieur des Tuileries, l’Empereur passa près de lui et lui causa. Barca ne répondit pas, et Napoléon III demanda à l’officier de Service si ce nègre ne comprenait pas le français. Lorsque Barca fut relevé de faction, on lui demanda pourquoi il n’avait pas répondu à l’empereur.
Lui chaud, dit Barca, mais moi je brûle ; le Kibir voulait me faire parler étant de faction pour me f… iche dedans.
Il est vrai que la consigne interdit aux sentinelles de causer. J’ai rencontré en Kabylie, en 1871, lors de l’insurrection, Barca qui regrettait les madames la France et la barrière Zobi : barrière de l’École, ainsi nommée par les Arabes ayant tenu garnison à Paris, en raison d’un grand nombre de maisons à grand numéro qui y existaient avant 1870.
France, 1907 : Avoir l’œil au guet, se tenir sur ses gardes.
Chevalier d’industrie
Vidocq, 1837 : s. m. — Les chevaliers d’industrie, quelles que soient d’ailleurs les qualités qu’ils possèdent, n’ont pas marché avec le siècle, ils sont restés stationnaires au milieu des changemens qui s’opéraient autour d’eux, je crois même qu’ils ont reculé au lieu d’avancer ; car j’ai beau regarder autour de moi, je ne reconnais pas, parmi les illustrations comtemporaines, les dignes successeurs des Cagliostro, des comte de Saint-Germain, des Casanova, des chevalier de la Morlière, et de cent autres dont les noms m’échappent.
Ces messieurs de l’ancien régime étaient pour la plupart des cadets de famille, mousquetaires, chevau-légers ou chevaliers de Malte, qui, avant de devenir fripons, avaient commencé par être dupes. Ils portaient la cravate, le jabot et les manchettes de point de Bruxelles, l’habit nacarat, la veste gorge de pigeon, la culotte noire, les bas de soie blancs et les souliers à talons rouges ; l’or et les pierreries étincelaient sur toute leur personne ; ils étaient toujours pimpans, frisés, musqués et poudrés, et lorsqu’il le fallait ils savaient se servir de l’épée qui leur battait le mollet. Un nom illustre, un titre quelconque, qui leur appartenait réellement, ou qu’ils savaient prendre, leur ouvrait toutes les portes ; aussi on les rencontrait quelquefois à l’œil de bœuf, au petit lever, ou dans les salons de la favorite ; comme les plus grands seigneurs ils avaient leur petite maison, ils entretenaient des filles d’opéra ; et le matin avant de sortir, ils demandaient à leur valet s’il avait mis de l’or dans leurs poches, le Chevalier à la Mode de Dancourt, le marquis du Joueur ; et celui de l’École des Bourgeois, sont des types que le lecteur connaît aussi bien que moi.
À cette époque un homme de bonne compagnie devait nécessairement avoir des dettes, et surtout ne pas les payer ; Don Juan faisait des politesses à M. Dimanche, mais Don Juan est une spécialité. Les grands seigneurs et les chevaliers d’industrie du dix-huitième siècle faisaient rosser par leurs gens ou jeter par les fenêtres ceux de leurs créanciers qui se montraient récalcitrants. Les chevaliers d’industrie de l’époque actuelle sont, sauf les qualités qu’ils ne possèdent pas, à-peu-près ce qu’étaient leurs prédécesseurs ; l’humeur des créanciers est plus changée que tout le reste ; ces messieurs, maintenant, ne se laissent ni battre, ni jeter par la fenêtre, mais ils se laissent duper : les chevaliers spéculateurs n’en demandent pas davantage.
Voici l’exposé des qualités physiques et morales que doit absolument posséder celui qui veut suivre les traces des grands hommes de la corporation :
Un esprit vif et cultivé, une bravoure à toute épreuve, une présence d’esprit inaltérable, une physionomie à la fois agréable et imposante, une taille élevée et bien prise.
Le chevalier qui possède ces diverses qualités n’est encore qu’un pauvre sire, s’il ne sait pas les faire valoir ; ainsi il devra, avant de se lancer sur la scène, s’être muni d’un nom d’honnête homme ; un chevalier d’industrie ne peut se nommer ni Pierre Lelong, ni Eustache Lecourt.
Sa carrière est manquée s’il est assez sot pour se donner un nom du genre de ceux-ci : Saint-Léon, Saint-Clair, Saint-Firmin, ou quelque autre saint que ce soit ; le saint est usé jusqu’à la corde.
Pourvu d’un nom, l’aspirant doit se pourvoir d’un tailleur. Ses habits, coupés dans le dernier goût, sortiront des ateliers de Humann, de Barde ou de Chevreuil : le reste à l’avenant ; il prendra ses gants chez Valker, son chapeau chez Bandoni, ses bottes chez Concanon, sa canne chez Thomassin ; il ne se servira que de foulards de l’Inde, et de mouchoirs de fine batiste ; il conservera ses cigares dans une boîte élégante, des magasins de Susse ou de Giroux.
Il se logera dans une des rues nouvelles de la Chaussée-d’Antin. Des meubles de palissandre, des draperies élégantes, des bronzes, des globes magnifiques, des tapis de Lamornaix, garniront ses appartements.
Ses chevaux, seront anglais, son tilbury du carrossier à la mode.
Son domestique ne sera ni trop jeune ni trop vieux ; perspicace, prévoyant, audacieux et fluet, il saura, à propos, parler des propriétés de monsieur, de ses riches et vieux parents, etc., etc.
Lorsque l’aspirant se sera procuré tout cela, sans débourser un sou, il aura gagné ses éperons de chevalier.
Un portier complaisant est la première nécessité d’un chevalier d’industrie, aussi le sien sera choyé, adulé, et surtout généreusement payé.
Lorsque toutes ses mesures sont prises, le chevalier entre en lice et attaque l’ennemi avec l’espoir du succès ; alors les marchands et les fournisseurs attendent dans son antichambre qu’il veuille bien les recevoir ; quelquefois même un escompteur délicat apporte lui-même de l’argent au grand personnage ; à la vérité, cet honnête usurier vend ses écus au poids de l’or, il ne prend que 4 ou 5 p. % par mois, et l’intérêt en dedans, de sorte que l’emprunteur ne reçoit que très-peu de chose, mais toujours est-il qu’il reçoit, tandis qu’il est positif que le marchand d’argent ne recevra jamais rien.
Chevelu
Delvau, 1866 : s. m. Romantique, — dans l’argot des bourgeois de 1830.
France, 1907 : Romantique. On dit art chevelu, littérateur chevelu, poète chevelu, allusion à la fois au style touffu, embroussaillé, de l’école romantique en même temps qu’à la longue chevelure de ses adeptes.
Chevelu (art, école)
Larchey, 1865 : Art, école Romantique. — Les longs cheveux y étaient de mode.
Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue.
(L. Reybaud)
L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné.
Chiade
Rigaud, 1881 : Bousculade, — dans le jargon des écoles. (L. Larchey)
France, 1907 : Bousculade.
Chic
Larchey, 1865 : Élégance.
Vous serez ficelé dans le chic.
(Montépin)
L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.
(Noriac)
À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.
Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.
(Th. Gautier, 1838)
Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.
C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.
(La Bédollière)
Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.
C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.
(P. Féval)
Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.
Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.
Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.
La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.
Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).
Cirard
France, 1907 : Élève de l’École militaire de Saint-Cyr. Allusion, soit au mot Cyr, soit à l’obligation où sont les élèves d’astiquer leur fourniment et de cirer leurs chaussures.
Cocon
France, 1907 : Élève de première année à l’École Polytechnique. Camarade de promotion. Abréviation de co-conscrit.
Cocons
Rigaud, 1881 : Camarade de première année à l’École polytechnique. Mot à mot : co-conscrit. (L. Larchey)
Coffin
Rigaud, 1881 : Table volante pour le travail, — dans le jargon des élèves de l’école polytechnique ; nom donné en souvenir du général Coffinières.
France, 1907 : Sorte de pupitre mouvant dont se servent les polytechniciens. Abréviation de Coffinières, en souvenir du général qui a introduit ce meuble dans l’École. Singulière analogie, coffin, en anglais, signifie boîte, cercueil.
Colle
d’Hautel, 1808 : Bourde, mensonge, gasconnade faux-fuyant ; tout ce qui s’écarte de la vraisemblance et de la vérité.
Donner une colle. Faire des contes ; se tirer d’une mauvaise affaire par quelque subterfuge
Delvau, 1864 : Le sperme, liquide visqueux qui sert de ciment romain pour édifier des mariages — souvent peu édifiants.
Con qui va distillant une moiteuse colle.
(Cabinet satyrique)
Mais c’machin s’change en lavette,
Grâce au pouvoir d’la vertu,
Et j’m’en tire quitte et nette
Avec un peu d’colle au cul.
(Parnasse satyrique du XIXe siècle)
Larchey, 1865 : Examen préparatoire.
On est toujours tangent à la colle.
(La Bédollière)
Larchey, 1865 : Mensonge. — Nous trouvons dans la Juliade (1651) :
Pour mieux duper les amoureux, Être adroit à ficher la colle.
Les coquillards de Dijon disaient dès 1455 : faire la colle, pour feindre.
Delvau, 1866 : s. f. Examen préparatoire à un examen véritable, — dans l’argot des Polytechniciens. Être tangent à une colle. Être menacé d’un simulacre d’examen.
Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Examen préparatoire, — dans le jargon des écoles.
Rigaud, 1881 : Mensonge. Au XVIIe siècle, on disait ficher la colle pour conter des mensonges. On dit aujourd’hui ficher une colle.
La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, invention. Circonstance atténuante. Punition, Concubinage. Question posée à un candidat pour l’embarrasser.
Virmaître, 1894 : Mensonge. Synonyme de craque.
— Tu penses que l’on ne croit pas à tes craques (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Mensonge.
Hayard, 1907 : Mensonge ; (ça) ça va bien.
France, 1907 : Examen préparatoire, appelé ainsi parce que le colleur cherche à coller, c’est-à-dire embarrasser l’élève. On dit dans ce sens : pousser une colle, poser une question embarrassante.
Bien avant d’entrer dans l’école,
Pauvres potaches opprimés,
Fallait déjà passer en colle,
Travailler des cours imprimés.
France, 1907 : Mensonge. Les politiciens vivent de leurs colles et l’on peut leur appliquer à tous ces vers de Jules Jouy :
Quoi qu’il dise, quoi qu’il promette,
Fumist’, telle est sa profession ;
Sa d’vise : « Ot’-toi d’là que j’m’y mette ! »
L’but qu’il poursuit : son ambition.
Ses phrases, de promess’s peu chiches,
Me font rir’ comm’ plusieurs bossus.
Moi, v’là c’que j’pens’ de ses affiches :
D’la coll’ dessous, des coll’s dessus.
France, 1907 : Punition.
La religion de l’amitié ?
Cicéron, dont M. Joseph Reinach a chaussé les cothurnes, a écrit un traité là-dessus. J’en ai gardé un mauvais souvenir de ce traité-là. Ce qu’il m’a valu de pensums et le colles de sorties ! Malgré tout, je l’ai profondément admiré.
(La Nation)
Collectivisme
France, 1907 : Société dans laquelle les travailleurs organisés produiraient et consommeraient d’après les règles ou usages établis par la collectivité et où l’argent serait remplacé par des bons de travail. C’est l’école de Karl Marx, de Lafargue, de Jules Guesde, et, en Allemagne, celle de Bebel et de Liebknecht.
Les collectivistes espèrent arriver, comme moyen d’action, par le suffrage universel à la conquête des pouvoirs publics et amener ainsi la révolution sociale.
Commiss
France, 1907 : Abréviation du mot commission ; argot de l’École Polytechnique.
La commiss est le tribunal d’anciens chargé de juger les conscrits et d’appliquer une cote à tous ceux que certaines particularités ou une réputation de collège ont désignés à son attention. La lecture de ses cotes se fait publiquement, le jour de la séance des cotes.
La commiss se compose de douze membres, plus quelques « bourreaux », désignés par le vote, dès le mois de juin de l’année précédente.
(Albert Lévy et G. Pinet)
Compositrice
Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.
Coniste
Delvau, 1864 : Homme qui préfère le con au cul, — élevé qu’il a été à l’École normale de Paris au lieu fie l’avoir été à l’École anormale de Rome.
Si j’aime beaucoup mon vit, c’est que
L’estime fonde cet amour.
Voici le quatrième évêque
Qu’il refuse en un même jour ;
Il est coniste, et vous pouvez m’en croire,
Plus qu’un père de l’Oratoire.
(Collé)
Conscrar
Fustier, 1889 : Élève de première année à l’École Polytechnique.
C’est la première chose que les anciens apprennent aux conscrars lorsqu’ils arrivent à l’école.
(Gil-Blas, 1882. V. Delvau : Conscrit.)
Conscrard
France, 1907 : Élève de première année à l’École Polytechnique.
Le conscrard ne devient conscrit qu’après avoir subi les épreuves de l’absorption, du bahutage, suivant l’expression moderne, après avoir passé devant la commiss, et avoir entendu la lecture de sa cote sur l’estrade le jour de la séance des cotes. Jusque-là, il a été basculé, absorbé, bahuté, en un mot brimé par les anciens.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
Quand on pense que les femmes,
Qui sont des êtres charmants,
Ont pu porter dans leurs flancs
Ces conscrards, êtres infâmes…
C’est à dégoûter vraiment
Du métier d’enfantement !
Conscrit
Delvau, 1866 : s. m. Élève de première année, — dans l’argot des Polytechniciens, dont beaucoup se destinent à l’armée. C’est aussi l’élève de seconde année à Saint-Cyr.
Fustier, 1889 : Normalien de première année.
France, 1907 : Élève de première année aux écoles militaires et aussi à l’École Normale.
France, 1907 : Jeune homme naïf. Les ouvriers donnent ce sobriquet à ceux d’entre eux qui débutent dans leur profession, ou qui travaillent maladroitement.
Constante
Delvau, 1866 : s. f. Nom que les Polytechniciens donnent à relève externe, parce que l’externe sort de l’école comme il y est entré : il n’a pas d’avancement ; il n’est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le rôle de la constante dans les calculs : il passe par toutes les transformations sans que sa nature en subisse aucune variation.
France, 1907 : Élève externe de l’École Polytechnique. Ils sont ainsi plusieurs envoyés en France par leur gouvernement pour perfectionner leur instruction.
Ils ne participent à aucun classement, ils n’ont pas de costume spécial ; avant pas d’uniforme, ils n’ont naturellement pas d’épée, c’est-à-dire de tangente : ayant une tangente nulle, ce sont des constantes.
Ces jeunes gens appartiennent pour la plupart, à des familles considérables. Quelques-uns d’entre eux, rentrés dans leur patrie après deux années de séjour à l’Ecole, n’ont pas tardé à conquérir une grande réputation.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
On donne, par extension, disent les mêmes auteurs, le nom de constante à l’élève qui fréquente une salle autre que la sienne.
Consulter Larousse
Fustier, 1889 : ou, pour parler plus clairement : consulter le Dictionnaire rédigé par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s’en vont tout droit… à la plus proche brasserie desservie par des femmes.
Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries) sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire Larousse. Aujourd’hui, ces deux mots : Consulter Larousse ont, dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n’ai pas besoin d’insister.
(La Ligue, juillet 1885)
Corio
Fustier, 1889 : Fontaine. Argot des élèves de l’École Polytechnique. C’est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l’École.
France, 1907 : Fontaine ; argot de l’École Polytechnique, du nom d’un directeur des études, Coriolis, qui, en 1838, fit installer dans les salles de petites fontaines.
Le corio fournit de l’eau filtrée, médiocre comme boisson, très bonne pour le dessin au lavis, excellente pour remplir les bombes dont on asperge les camarades, parfaite pour détremper les bottes des conscrits.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
Cornard
Delvau, 1864 : Cocu, porteur de cornes.
Ça fait toujours plaisir, lorsque l’on est cornard,
D’avoir des compagnons d’infortune…
(Louis Protat)
Larchey, 1865 : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard
Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard.
(De la Barre)
Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante, — dans l’argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.
Rigaud, 1881 : Mari infortuné qui est coiffé d’une paire de cornes. Pour donner une idée de la hauteur de certaines cornes, on dit de celui qui en est orné : Il ne passerait pas sous la porte Saint-Denis.
Sans pitié, sans regret me ferais-tu cornard ?
(Belle-Isle. Mariage de la reine de Monome)
Cornard fait allusion aux cornes du bouc, animal qui ne se formalise jamais des assiduités d’un autre bouc auprès d’une chèvre commune. Les Grecs désignaient sous le nom de fils de chèvre les enfants illégitimes. Le Videanus corneus es Latins n’était autre que notre cornard.
Virmaître, 1894 : Vient de cornette, de la cornette des femmes. Autrefois, un mari qui se laissait tromper par sa femme était appelé porteur de cornette (Argot du peuple).
France, 1907 : Mari trompé, comparé à une bête à cornes, par conséquent un sot. C’était la signification première du mot qui est vieux, car on le trouve dans une pièce, à la suite du Roman de la Rose :
Est-il cornart et deceu
Qui de tail créance est meu !
demande l’auteur, parlant de ceux qui croient aux conjurations et à la magie noire.
Et il vous daubait sur les pauvres cornards comme s’il eût espéré abattre des noix en leur secouant les cornes.
(Armand Silvestre)
Ceux qui voudront blasmer les femmes aimables
Qui font secrètement leurs bons marys cornards,
Les blasment à grand tort, et ne sont que bavardd ;
Car elles font l’aumosne et sont fort charitables,
En gardant bien la loy à l’aumosne donner,
Ne faut en hypocrit la trompette sonner !
Cornard (faire)
Rigaud, 1881 : Faire bande à part, en terme d’école militaire.
Corniche
Delvau, 1866 : s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : École de Saint-Cyr.
Cornichon
d’Hautel, 1808 : Petit concombre propre à confire. On dit ironiquement, bassement et figurément d’un homme niais, inepte, inhabile à faire quelque chose : C’est un cornichon, il a l’air d’un cornichon, il est bête comme un cornichon.
Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel les femmes aiment à accommoder leur viande.
Larchey, 1865 : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (d’Hautel, 1808).
Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne.
(Gavarni)
Cornichon : Élève de l’École militaire.
Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences.
(Institutions de Paris, 1858)
Delvau, 1866 : s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes, — dans l’argot de Breda-Street ; parfois imbécile, — dans l’argot du peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.
Delvau, 1866 : s. m. Veau. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.
France, 1907 : Niais, nigaud ; argot populaire.
Vous me disiez qu’il y a je ne sais combien de siècles, un vieux c…ornichon, qui faisait de la menuiserie, et qui s’appelait Joseph, avait épousé une petite brune… et que la petite brune avait fait la connaissance d’un pigeon, qui était le Saint-Esprit… et qu’à la suite de cette affaire votre idiot de menuisier était devenu pa ju d’un petit Jésus, sans avoir eu à en prendre la peine… et que la petite brune était restée demoiselle comme avant.
(Léo Taxil, Le Sacrement du Curé)
France, 1907 : Sobriquet donné par les potaches aux candidats à l’École de Saint-Cyr.
Le monôme des candidats à Saint-Cyr, autrefois dit le monôme des cornichons, a eu lien comme d’habitude. Plus de neuf cents jeunes gens y ont pris part. Les cornichons s’étaient réunis place du Panthéon. Ils se sont mis en marche à quatre heures et demie, précédés et flanqués de nombreux gardiens de la paix. En tête, un candidat portait un magnifique drapeau en soie frangé d’or, sur lequel on lisait : « Les candidats de Saint-Cyr — 1893. »
(Gaulois)
Corps de pompe
Fustier, 1889 : L’ensemble des professeurs de l’École de Saint-Cyr.
Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.
(Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)
France, 1907 : État-major de l’École de Saint-Cyr et de l’École de cavalerie de Saumur.
Cote
d’Hautel, 1808 : Faire une cote mal taillée. Pour, s’arranger à l’amiable ; diminuer chacun de ses prétentions pour l’arrangement d’une affaire.
Fustier, 1889 : Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses.
Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.
(Carnet des courses)
France, 1907 : Dans les écoles, la cote est le total des notes chiffrées données, soit à la fin du mois, soit à celle du trimestre.
À l’École Polytechnique, on cote tout travail d’après une échelle qui va de 0 à 20, la cote 0 signifiant absolument nul et 20 parfaitement bien.
Coter quelqu’un, c’est l’apprécier, c’est lui donner une cote ; parfois même, c’est simplement l’observer avec attention. Il y a des examinateurs qui cotent très haut, d’autres très bas. À l’amphithéâtre, le capitaine de service cote un élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce dernier sens, coter ou repérer. Quelle que soit l’intégrité d’un examinateur, mille causes, dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l’influencer. La note qu’il aurait dû donner au mérite réel se trouve, par suite de l’influence subie, modifiée dans certaines circonstances. Signalons la cote galon, dont profitent les gradés : la cote major, donnée particulièrement aux majors des deux promotions ; la code binette ou la cote d’amour, suivant le physique du malheureux appelé au tableau : la cote papa, donnée à celui dont le père, surtout s’il occupe une haute situation, est connu de l’examinateur ; la cote capote, attribuée à l’élève malade qui passe ses examens revêtu de la capote blanche de l’infirmerie, etc., etc.
L’habitude de coter par des chiffres variant de 0 à 20 est si enracinés parmi les polytechniciens qu’ils la conservent toute leur vie. Au sortir de l’École, ils ont une tendance à appliquer cette méthode, par amusement, il est vrai, aux affaires de la vie : beaucoup d’entre eux, dans le monde, cotent de 0 à 20 les jeunes filles à marier.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, le tableau indiquant les hausses et les baisses qui ont lieu sur les chevaux.
Cote amour
France, 1907 : On appelle ainsi, dans l’argot des écoles militaires, la note donnée à un officier ou à un élève officier manquant d’éducation première.
On lui avait appliqué la fameuse cote amour, la note à l’encre rouge qui dit que l’officier, si instruit qu’il soit, manque de tenue ; il ne sait pas conduire un cotillon ni offrir son bras à la femme du colonel ou à la fille du général ; il n’est pas de la « société » et on ne peut pas l’admettre dans le service d’état-major qui devrait être le service de mobilisation, de campagne et de campement, et qu’on réduit à n’être que le service des bureaux et des salons.
(Camille Dreyfus, La Nation)
Crocher (se)
Larchey, 1865 : « Je grille de vous voir crocher avec le Maître-d’École, lui qui m’a toujours rincé. » — E. Sue. — V. S’accrocher.
Delvau, 1866 : v. réfl. Se battre à coups de poing et de pied, comme les crocheteurs, — dans l’argot des bourgeois.
France, 1907 : Se battre.
Crocodile
d’Hautel, 1808 : Animal amphibie.
Des larmes de crocodile. Douleur feinte larmes hypocrites, à dessein de surprendre la pitié de quelqu’un.
Le peuple prononce Crocodille, comme s’il y avoit deux ll.
Delvau, 1866 : s. m. Homme de mauvaise foi ou d’un commerce désagréable, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi Créancier.
France, 1907 : Créancier, usurier, homme avide et fourbe.
France, 1907 : Jeune homme de nationalité étrangère suivant les cours de l’École spéciale militaire.
Croix de Dieu
Fustier, 1889 : Alphabet.
Je connaissais la croix de Dieu. La croix de Dieu, vous le savez, n’est rien moins que l’alphabet avec une belle croix au commencement.
(B. Pifteau.)
France, 1907 : Alphabet. Allusion à la croix qui se trouvait en tête des alphabets donnés dans les écoles des frères ignorantins et des sœurs ignorantines. On dit aussi croisette.
Crotal
Fustier, 1889 : Sergent à l’École Polytechnique.
L’on s’installe par demi-section présidée par un crotal. Le crotal c’est le sergent.
(Gil Blas, juin 1882)
Crotale
France, 1907 : « Nom donné, à l’École Polytechnique, aux chefs de salle, qui portaient le titre et les galons de sergent. L’administration a conservé aux crotaux le titre de chefs de salle ; c’est à eux qu’elle s’adresse quand elle a des communications générales à faire aux élèves. »
(Albert Lévy et G. Pinet)
Cube
France, 1907 : Élève de l’École Centrale ou élève de mathématiques spéciales.
Dans la salle se pressaient les parents, les amis et les professeurs des centraux, venus avec la ferme intention d’applaudir — enfin sur une vraie scène — les jeunes cubes en activité.
(La Nation)
Se dit aussi pour lourdaud, imbécile, car de tous temps les savants faisant des mathématiques une étude exclusive ont eu, près des gens de lettres, la réputation de philistins. Voltaire a dépeint ainsi le cube de son temps :
Entends-tu murmurer ce sauvage algébriste,
À la démarche lente, au teint blême, à l’œil triste,
Qui, d’un calcul aride à peine encore instruit,
Sait que quatre est à deux comme seize est à huit ?
Il méprise Racine, il insulte à Corneille ;
Lulli n’a point de sons pour sa pesante oreille,
Et Rubens vainement sous ses pinceaux flatteurs
De la belle nature assortit les couteurs,
Des x, x redoubles admirant la puissance,
Il croit que Varignon fut seul utile en France,
Et s’étonne surtout qu’inspiré par l’amour,
Sans algèbre autrefois, Quenault charmât la cour.
(Stances)
Culiste
Delvau, 1864 : Homme qui préfère le cul au con, — élevé, sans doute, à l’école anormale des RR. PP. Jésuites.
Il n’est à présent que des sots
Qui se disent conistes :
Les philosophes. les héros
Ont tous été culistes.
(Collé) (Recueil du Cosmopolite.)
Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.
L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.
(La Fontaine)
Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.
(Moyen de parvenir)
Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.
(Tournebu)
La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célèbre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.
(Lemontey)
À quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.
(Ad. Ricard)
Débraillé
d’Hautel, 1808 : Décoleté, découvert, vêtu avec une grande négligence.
Cette femme est toute débraillée. Pour dire est mise indécemment ; il règne dans tout son habillement un désordre honteux.
Décadent
France, 1907 : Disciple d’une sorte d’école littéraire qui s’est imposé la tache de rendre inintelligible, confuse et assommante la langue française. Ces littérateurs baroques tendent, comme jadis Ronsard, au XVIe siècle, à franciser des mots latins.
Les déctents schopenhauériens, symbolistes, chatnoiriens, égotistes, werthériens et autres abstracteurs de quintessence idéale nous ennuient. Voilà qui est net. Et j’ajoute qu’ils sont profondément ridicules et sots.
(Abel Peyrouton, Mot d’Ordre)
À l’encontre des décadents demeurés à Paris, et qui n’ont pas le droit de nous parler une langue incompréhensible, n’ayant d’ailleurs à nous révéler que des choses communes.
(Émile Goudeau)
Ô vous, les délicats artistes,
Délinquescents et décadents,
Translucides ; et symbolistes,
Il n’est que d’être Chambigistes !
Ça vous guérit du mal de dents.
(Gringoire)
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