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Bec

d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Un oiseau à gros bec, Sobriquet bas et trivial que l’on donne à un goinfre, à un gourmand ; à un homme grossièrement ignorant.
Se refaire le bec. Prendre un bon repas ; s’en mettre jusqu’au nœud de le gorge.
Donner un coup de bec. Et plus souvent Un coup de patte. Censurer, satiriser quelqu’un ou quelque chose, quand on en trouve l’occasion.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’entretenir de promesses trompeuses ; le tenir dans l’attente l’alternative.
Avoir bon bec. Parler avec trop d’abondance, babiller, caqueter ; en dégoiser.
Avoir bec et ongles. Savoir repousser à propos une injure, soit par paroles, soit par les voies de faits.
Faire le bec à quelqu’un. Lui faire sa leçon ; lui apprendre ce qu’il doit dire ou répondre. Cette manière de parler signifie aussi corrompre quelqu’un ; le soudoyer pour l’engager au secret.
Mener quelqu’un par le bec. En disposer à volonté ; gouverner son esprit, se rendre maître de toutes ses actions.
Passer la plume par le bec à quelqu’un. Le fourber, le tromper, le friponner.

Larchey, 1865 : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.

Delvau, 1866 : s. m. Bouche, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Bouche, langue, langage, visage.

Quand ma muse est échauffée, elle n’a pas tant mauvais bec.

(St-Amant)

Passer devant le bec, ne pas participer à. Les bons morceaux lui passent devant le bec. — Trouilloter du bec, sentir mauvais de la bouche. Et les variantes : Schlinguer, puer repousser du bec, — avoir la rue du bec mal pavée, manquer de dents. — Se rincer le bec, boire. River le bec, imposer silence. Taire son bec, ne plus parler.

Voyons M’me Rabat-Joie, tais ton bec !… et qu’on vienne baiser son vainqueur !

(Gavarni)

France, 1907 : Bouche. Rincer le bec à quelqu’un, lui payer à boire ; se rincer le bec, boire ; tortiller du bec, manger ; chelinguer du bec, avoir mauvaise haleine ; avoir la rue du bec mal pavée, avoir les dents mal rangées ; se calfater le bec, manger ou boire, dans l’argot des voleurs ; ourler son bec, finir son travail, argot des matelots ; claquer du bec, n’avoir rien à manger, allusion aux cigognes qui font claquer leur bec lorsque la faim se fait sentir. Bec fin, gourmet ; river le bec, faire taire par des menaces ; taire son bec, cesser de parler ; avoir bon bec, avoir la langue bien pendue.

Prince, aux Dames parisiennes
De bien parler donnez le prix.
Quoi qu’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

(François Villon)

Lamper

d’Hautel, 1808 : Boire à grands coups, sabler, avaler tout d’un trait les verres de vin.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire abondamment. On disait, il y a deux siècles : Mettre de l’huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.

France, 1907 : Boire à longs traits.

— Il lampa coup sur coup deux verres d’eau-de-vie et, se levant brusquement, se précipita sur moi, laissa tomber sa face empourprée dans ma chevelure, y mit d’ardents baisers, et comme je rejetais cette tendresse trop violente, il s’affala à mes pieds on m’enlaçant la taille.

(Louis de Caters, L’Amour brutal)

Il avait soif d’avoir bavardé tout le jour, toute la soirée, et il s’arrêta devant sa commode, se versa un verre d’eau que, d’un trait, il lampa.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Il fallut en passer par une tournée générale, et comme j’avais déjà fortement lampé au déjeuner, ma tête était très échauffée en sortant du mastroquet.

(Sutter-Laumann)

Noces réchauffées

France, 1907 : Secondes noces. Convoler à une nouvelle union était acte décrié chez les Romains. Valère Maxime dit que les femmes qui les contractaient ne pouvaient toucher à la statue de la Chasteté, et Martial les flagelle dans une épigramme : « Se marier une seconde fois, c’est être légalement adultère. » C’est ce que d’ailleurs Tertullien nommait adultera speciosa, des adultères déguisés. « Les pères de l’Église les qualifiaient de même, dit M. Quitard, et dans le moyen âge on inventa le charivari pour les bafouer. » « Première épouse, mariage ; seconde, compagnie ; troisième, hérésie », dit le proverbe italien.

Piot

d’Hautel, 1808 : Pour vin. C’est un gaillard qui aime le piot. Se dit d’un homme qui a le défaut de boire ; qui est enclin à l’ivrognerie.

France, 1907 : Vin, boisson en général ; patois du Dauphiné. Vieux français.

Leur voyant de piot la cervelle échauffée.

(M. Regnier)

Réchauffées

France, 1907 : On appelle ainsi encore en certaines provinces les secondes noces, qui, sous l’impulsion de l’Église, étaient toutes en ridicule pendant tout le moyen âge et même plus tard. On donnait un charivari aux veufs ou veuves qui se remariaient. Les Pères de l’Église les considéraient comme des sortes d’adultère, et en cela ils ne faisaient que suivre la tradition romaine. On trouve en effet, chez les auteurs païens, nombre d’épigrammes contre les noces réchauffées.

Sœur (et ta) !

France, 1907 : Grossièreté populaire que l’on répond à propos de tout. C’est le commencement d’un couplet de chanson de café-concert :

Et ta sœur est-elle heureuse,
A-t-elle eu beaucoup d’enfants ?
Fait-elle toujours la gueuse
Pour la somme de trois francs ?

 

Il y a maintenant dans le Quartier latin des façons de parler qui feraient rougir des crocheteurs. Ce sont d’inqualifiables expressions, d’horribles membres de phrases, mis en usage par je ne sais quel habitant de la place Maubert.
Il arrive de temps en temps qu’il passe par la tête d’un sot l’idée de mettre en circulation une locution vide de sens, et aussitôt voilà que l’on accueille comme le trait d’esprit le plus piquant quelque grosse saillie, fruit malsain produit par une imagination échauffée ou une intelligence malade. Ces bouffonneries se succèdent avec une rapidité incroyable, et il n’y a jamais de vide dans la liste de ces tabarinades. Hier, c’était : Et ta sœur ! aujourd’hui c’est : Eh ! Lambert ! demain ce sera quelque autre épigramme de la même force.

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne, 1869)


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