Rigaud, 1881 : Locution populaire qui veut dire : Ça ne lui va pas du tout, ça produit sur lui le plus mauvais effet. — Le sifflet d’ébéne, rien que ça de chic ! ça te va comme des bas de soie à un cochon.
Bas de soie à un cochon (ça lui va comme des)
Caporal
Larchey, 1865 : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu a un prix moindre.
Un fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor.
(A. Luchet)
Delvau, 1866 : s. m. Tabac de la régie.
Rigaud, 1881 : Tabac à fumer. Ainsi désigné primitivement par les soldats pour le distinguer du tabac de cantine. Le caporal est, pour le soldat, du tabac supérieur, du tabac gradé, d’où le surnom.
France, 1907 : Coq ; argot des voleurs.
France, 1907 : Tabac à fumer.
Mon brûle-gueule à la couleur d’ébène,
De caporal, moi, j’aime ton tabac ;
De ces mignons, sous ta brûlante haleine,
Défailleraient le débile estomac.
(Le vieux Quartier Latin)
Culotter
Delvau, 1866 : v. n. Noircir, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe spécialement à propos des pipes fumées.
Rigaud, 1881 : Noircir le fourneau d’une pipe selon les règles de l’art du fumeur.
… Sans vider le brûlot Chargez, chargez toujours sur le même culot. Fumez-le lentement, sans brutale secousse, Vous le verrez bientôt prendre une teinte rousse, Assombrir par degrés son cordon régulier, Jusqu’à ce que, formant un superbe collier, Il étale à la fois sa couleur blanche et noire, La culotte d’ébène et le turban d’ivoire.
(Paris-Fumeur.)
Lâcher
d’Hautel, 1808 : Ce verbe reçoit un grand nombre d’acceptions parmi le vulgaire. Voici les manières les plus usitées d’en faire usage.
Lâcher quelqu’un. L’abandonner, le planter là.
On dit qu’une femme a lâché son mari, pour exprimer qu’elle l’a abandonné pour aller avec un autre ; qu’elle s’est séparée de lui.
En lâcher de bonnes. Dire des gausses, des contes bleus, des gasconnades.
En lâcher une. Pour donner essor à un mauvais vent.
Lâcher le pied. Pour s’enfuir honteusement ; montrer les talons.
Delvau, 1864 : Quitter une femme dont on est l’amant, ou un homme dont on est la maîtresse.
Après ! Milie veut te lâcher.
(Ch. Monselet)
— On dit aussi, dans le même sens : lâcher d’un cran.
Delvau, 1866 : v. a. Quitter. Lâcher d’un cran. Abandonner subitement.
Rigaud, 1881 : Quitter, abandonner.
Voilà les femmes !… ça vous lâche dans le malheur.
(Dumanoir et d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)
Lâcher le coude, laisser tranquille. On dit à quelqu’un qui vous ennuie : Lâche-moi le coude. — Lâcher comme un pet, abandonner sans vergogne, à l’improviste, — dans le jargon du peuple. — Lâcher la rampe, mourir. — Lâcher le paquet, faire des aveux. — Lâcher de l’argent, payer. — Lâcher l’écluse, uriner. — En lâcher un, sacrifier à crepitus.
Rigaud, 1881 : Sortir un objet, exhiber. — Lâcher le tuyau de poêle, lâcher le sifflet d’ébène.
France, 1907 : Quitter, abandonner. Se dit surtout en parlant d’un amant qui abandonne sa maîtresse et vice-versa.
— Chaque fois, il m’apporte un bouquet, nous causons… il m’appelle « Madame » — quelquefois « baronne ». Je crois que je ressemble à une de ses anciennes qui serait défunte ou qui l’aurait lâché.
(Maurice Montégut)
— Mais épouser, unir son bienheureux sort à celui d’une de ses infortunées, — avant du moins qu’un respectable héritage eût permis à cette candidate ou cette collègue de « lâcher la boîte » — ah ! mais non, grand Dieu, pas si sot !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Quand j’aurai votre âge,
J’pourrai m’arrêter,
Mais la Môm’ Fromage,
Je crois, vient d’entrer,
Gémissez, mon père,
Et priez bien, car…
J’vous lâche et préfère
Voir le grand écart.
(Henry Naulus)
Négriot
Delvau, 1866 : s. m. Coffret, d’ébène ou d’autre bois. On dit aussi Moricaud.
France, 1907 : Coffret.
— Vous avez entendu ma femme et mes deux momignardes vous bonnir que le négriot était gras et qu’il plombait.
(Mémoires de Vidocq)
Nymphe de Guinée
Delvau, 1866 : s. f. Négresse, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Négresse. On dit en anglais dans le même sens : morceau d’ébène.
C’était une fort belle fille dont la croupe énorme faisait loucher Arabes et colons. Ses cheveux crépus et courts se cachaient sous un madras jaune, et à ses chevilles nues cliquetaient des anneaux d’argent. Sa peau reluisait au soleil comme un bronze florentin. Elle était sage, disait-on, n’ayant encore eu, malgré ses dix-huit ans passés, qu’une demi-douzaine d’amants à qui elle restait fidèle jusqu’au lâchage fatal. Un soir, je devins possesseur de ses charmes. Mais je me lassai après une semaine à cause de l’odeur pénétrante de cette nymphe de Guinée.
(Les Propos du Commandeur)
Ourson
Delvau, 1864 : La toison qui protégé la nature de la femme, et qui est souvent hérissée comme un petit ours blanc ou noir.
Thomas est un monsieur sans gêne :
Malgré mon r’fus, il va son train ;
Dans mon ourson couleur d’ébène,
Sans façon il glisse la main.
(Laujon)
Delvau, 1866 : s. m. Bonnet de grenadier, — dans l’argot des gardes nationaux.
Rigaud, 1881 : Ancien bonnet à poil de l’ancienne garde nationale.
France, 1907 : Mot que les grenadiers de la garde nationale donnaient à leur bonnet à poil.
Rose
d’Hautel, 1808 : C’est la plus belle rose de son chapeau. Se dit du plus grand honneur, du plus grand avantage qu’ait une personne.
Delvau, 1864 : La nature de la femme.
Tu n’auras pas ma rose,
Car tu la flétrirais.
(Béranger)
Là, sous l’albâtre on voit naitre l’ébène,
Et sont l’ébène une rose s’ouvrir.
(Parny)
Ma fille, avant d’céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.
(É. Debraux)
France, 1907 : Virginité. « Tu n’auras pas ma rose », air connu.
Sous le frémissant abri
De ses jeunes feuilles
La rose à fleuri,
Pour que tu la cueilles.
(Catulle Mendès)
Sifflet
d’Hautel, 1808 : Couper le sifflet à quelqu’un. Pour dire, le rendre muet et confus ; l’interdire, le mettre hors d’état de répondre.
Larchey, 1865 : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix.
Qu’en te coupant le sifflet, quelqu’un délivre le royaume.
(La Nouvelle Mazarinade, 1652)
Se rincer, s’affuter le sifflet : Boire.
Là, plus d’un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet.
(Colmance, Ch)
Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l’jour s’affuter le sifflet.
(P. Durand, Ch. 1836)
Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — entonnoir à air et à vin. S’affûter le sifflet. Boire. On dit aussi Se rincer le sifflet. Couper le sifflet à quelqu’un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu’il a tort de parler, ce qui vaut mieux.
Rigaud, 1881 : Voix, gosier. — Couper le sifflet, tuer, interrompre, faire taire. Étonner au point de rendre l’interlocuteur muet. — Raboter le sifflet, brûler le gosier.
Hein ! ça rabote le sifflet ! Avale d’une lampée.
(É. Zola)
Se rincer le sifflet, boire.
Merlin, 1888 : Canon. — Il en a tant soit peu la forme, et sa détonation peut être comparée à un sifflement gigantesque. L’un et l’autre servent, d’ailleurs, de signal de combat.
Rossignol, 1901 : Habit de cérémonie.
Rossignol, 1901 : Le cou.
Hayard, 1907 : Habit à queue de morue.
France, 1907 : Canon ; argot militaire.
France, 1907 : Cou, gosier, gorge. Se rincer le sifflet, boire. Couper le sifflet, égorger, guillotiner.
Les aminches et les gigolettes,
Ceux de Belleville et de la Villette,
Viendront nous voir couper le sifflet
Si ça leur fait pas trop d’effet.
(Sellier, dit le Manchot de Montmartre)
Se dit aussi pour surprendre, étonner ; même sens que couper la chique.
France, 1907 : L’habit noir, appelé ainsi à cause de la forme.
Derrière Harimina, formant un groupe sympathique, voici le père, en sifflet, la mère, en robe de velours à traine, les quatre demoiselles d’honneur, essaim bourdonnant de petites demi-vierges, aux grands yeux luisant de prometteuses précocités.
(Émile Blavet)
On dit aussi sifflet d’ébène.
Dans une invitation à un dîner de la Société nationale des professeurs de français en Angleterre, on lit ce nota bene :
N. B. — On est prié de ne pas endosser le « sifflet d’ébène », alias habit noir — evening dress, comme disent les Anglais.
Suceuse
Delvau, 1864 : Femme qui fait profession de donner aux hommes du plaisir sans peur, C’est la fellatrice des anciens. — La suceuse rend à l’homme le service que le gamahucheur rend a la femme, et dans les deux cas, c’est la langue qui fout. — Il y a a Paris, dans le faubourg Montmartre, une maîtresse suceuse, appelée la Pompe funèbre, — de l’ameublement d’ébène et de soie noire de son appartement.
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